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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 09:05

Georges Vidal, La grande Illusion ? Le Parti communiste français et la Défense nationale à l'époque du Front populaire, Presses universitaires de Lyon, Lyon, 2006.

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Le livre de Georges Vidal est une version remaniée et allégée de sa thèse de doctorat, soutenue en décembre 2002 à l’université Paul Valéry de Montpellier. Il s'agit pour lui, par le biais de l'étude de la position du Parti communiste français face à la politique de défense de la France et à l’institution militaire au cours des années 1930 d'analyser la transformation d'une force politique encore dans la dynamique révolutionnaire en un parti réformiste.


Pour appuyer sa démonstration, Georges Vidal s'appuie sur une riche documentation où se croisent des documents issus des archives soviétiques et des archives de la section de centralisation des renseignements de l’état-major de l’armée française.


Dans un premier chapitre, Georges Vidal rappelle la force du sentiment antimilitariste qui anime le PCF depuis sa naissance, un antimilitarisme particulier puisque l'Union soviétique est alors perçue comme la patrie des révolutionnaires et l'Armée rouge comme l'armée du prolétariat mondial. Cette orientation amène le PCF, sous l'influence du Komintern, à développer un travail son action antimilitariste appuyée sur un appareil spécial clandestine et une presse spécialement destinée aux soldats, dont La Caserne et Le Conscrit, dans le but de noyauter l'armée pour mieux la désagréger. Mais après février 1934, à l’initiative d'André Marty, représentant du PCF à Moscou, le PCF rompt avec l'antimilitarisme kominternien des années 1920. Dorénavant les communistes, tout en continuant leur travail au sein de l'armée, mettent en place une politique antifasciste visant le corps des officiers et développent un antifascisme de masse dont l'action doit préserver l'URSS contre une attaque occidentale. Peu à peu la politique de la direction communiste envers l'armée se modère et perd de son agressivité.


Dès les premiers mois de l'année 1936, le tournant en faveur de la défense nationale est complètement engagé. Avec le succès du Front populaire, la stratégie militaire du PCF se manifeste dans la revendication d'une républicanisation de l'Armée. Les communistes se montrent particulièrement actifs dans le soutien à la création d'associations d'officiers républicains, copiant étroitement le modèle de l'armée républicaine espagnole, alors en voie de constitution.


Mais les efforts du PCF n'obtiennent jamais l'assentiment de la hiérarchie militaire qui considère toujours avec suspicion l'influence communiste dans l'armée. Le « complot communiste » demeure toujours l'horizon de perception de l'armée et de son encadrement. Sur ce point, Georges Vidal montre, justement, que cette perception de la menace communiste par les militaires est un échec pour le PCF, qui ne parvient pas à s’intégrer dans le système politique français. Pourtant, avec la perspective croissante du déclenchement de la guerre consécutive à l'expansionnisme hitlérien, le PCF se rallie totalement au principe du renforcement de l'armée française et vote les crédits militaires. L'Union nationale est de mise ainsi qu'un militarisme républicain. Un ralliement que la signature du pacte germano-soviétique réduit à néant.


Accompagné d'une chronologie, d'une solide bibliographie et d'un index complet, le livre de Georges Vidal est une référence majeure pour comprendre les liens complexes que nouent en France le Parti communiste et l'institution militaire.

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communismeetconflits - dans Communisme français
10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 09:14

Andrew Nagorski, La bataille de Moscou, Perrin, coll. Tempus, Paris, 2011.

 

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Alors que certaines batailles du conflit germano-soviétique, tels Stalingrad ou Berlin, possèdent déjà de solides bibliographies en français, la bataille de Moscou est quelque peu délaissée. Pourtant sept millions de soldats se battirent autour de Moscou au cours de l’automne et de l’hiver 1941. Le tiers d’entre eux fut tué, blessé, fait prisonnier, soit prés de deux millions de Soviétiques et plus de 600 000 Allemands. L’ampleur des effectifs engagés, les pertes subies par les deux camps et l'enjeu même de la bataille à savoir la capitale de l'Union soviétique témoigne que cette bataille est un moment majeur du conflit mondial.

 

Andrew Nagorski, journaliste américain pour Newsweek, présente une relation complète de cet épisode en alternant la petite Histoire avec la grande. Après avoir présenté les différentes phases de l'invasion de l'URSS par l'Allemagne à l'été 1941, il montre que l’offensive allemande avait pour but de réaliser un encerclement en tenaille de la région de Moscou. La première pince fut dirigée vers le nord contre le Front de Kalinine par les 3e et 4e groupes de Panzer La seconde fut orientée au sud de Moscou contre le Front de l’ouest en direction de Toula avec le 2e groupe de Panzer tandis que la 4e armée avançait directement sur Moscou depuis l’ouest. Initialement, Les Soviétiques opérèrent une défense stratégique de Moscou en construisant trois ceintures défensives et en déployant des réserves militaires venant juste d’être mobilisées tout en rapatriant des troupes de Sibérie et d’Extrême-Orient. Ainsi dès l’arrêt de l’offensive allemande, les Russes furent en mesure de lancer une vaste contre-offensive visant à rejeter la Wehrmacht sur ses positions à Orel, Viazma et Vitebsk manquant d’anéantir trois armées allemandes dans l’opération.

 

Andrew Nagorski ne se borne pas à présenter « de haut » cette bataille, il s'attache aussi à décrire la vie quotidienne des soldats des deux camps de la même manière qu'il expose les certitudes d'Hitler, les angoisses de Churchill et les hésitations de Staline.

 

Le plus intéressant ce sont ces faits méconnus qui témoignent tout autant des craintes que de la détermination des Soviétique comme l’évacuation, dès le 3 juillet 1941, de la momie de Lénine, la formation d’unités de partisans par le N.K.V.D. dans l’éventualité de la chute de Moscou, mais aussi les peurs de la population moscovite qui se traduisent par la fameuse panique de la mi-octobre 1941 où le pouvoir soviétique est remis en cause. Pourtant Staline reste dans Moscou, ce qui contribuera à fortifier la résistance à l’envahisseur.

 

L’ouvrage se termine sur l’échec désastreux de la contre-offensive d’hiver soviétique, nouvelle preuve, si besoin est, de l’incompétence stratégique de Staline. Pourtant pour la première fois la guerre-éclair nazie a échoué. L’Armée rouge a gagné un sursis, dont elle saura bientôt pleinement tirer parti. Et il ne fait pas doute, au moins pour Andrew Nagorski, que la victoire de Moscou est une des causes profondes de la défaite finale de l’Allemagne nazie.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 09:17

Thierry Derbent, La Résistance communiste allemande, 1933-1945, Aden, Bruxelles, 2008.

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Thierry Derbent part du prémisse que l'historiographie occidentale, soit nie l'existence d'une quelconque résistance antinazie allemande, soit met en lumière seulement la résistance des militaires et des conservateurs, résistance que symbolise et résume l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler. Il ne fait pour lui aucun doute que la résistance communiste est délibérément, pour des raisons idéologiques, ignorée. Son petit ouvrage vise donc à donner une image complète des actions de cette résistance communiste afin de lui rendre sa juste place au sein du mouvement antinazi.

 

Dans un premier chapitre, Thierry Derbent montre que, face à la montée du nazisme en Allemagne, les communistes furent les seules à affronter les nazis physiquement dans la rue, et que si, après la prise du pouvoir par Hitler, la social-démocratie fut tétanisée, le Parti communiste fut le seul à tenter de résister. Un chapitre montre ensuite les efforts communistes pour maintenir des réseaux militants dans l'Allemagne nazie. Ces réseaux, régulièrement démantelés et ses membres exécutés, renaissent sans cesse jusqu'en 1944 et l'arrivée des armées alliés. A l'étranger, les communistes en exil reconstituent une organisation et de nombreux militants vont se retrouver en Espagne au sein des Brigades internationales pour continuer la lutte antifasciste.

 

Les quatre derniers chapitres couvrent la période de la Seconde Guerre mondiale. L'un retrace la place des communistes au sein des résistances des différents pays occupés. Le lecteur apprend ainsi que les communistes allemands se battirent comme partisans en France au sein des FTP mais aussi en Grèce, en Yougoslavie, en Slovaquie et même en Union soviétique. En Allemagne, la résistance militaire communiste prend la forme de la participation des militants aux réseaux de renseignements soviétiques. Un chapitre traite du comité "Allemagne libre", formé en URSS après la victoire de Stalingrad avec des prisonniers de guerre, dont le maréchal Paulus et des émigrés communistes. Ce mouvement qui se veut l'expression de l'Allemagne antifasciste sera plus tard à la base de la formation de la RDA. Mais le chapitre le plus émouvant est celui qui traite de la résistance communiste dans les camps de concentration lorsque l'on sait que les communistes allemands furent dés 1933 les premières victimes du système concentrationnaires. Des communistes passèrent ainsi plus de 12 ans dans ces camps et organisèrent dans des conditions très périlleuses des réseaux de résistance et d'entraide qui profitèrent plus tard aux communistes déportés des pays occupés.

 

Le livre de Thierry Derbent est d'une lecture facile et agréable. Il permet la découverte de certains aspects essentiels de l'activité communiste à l'époque nazie, notamment au cœur de l'Allemagne, alors que l'action des communistes allemands en exil, que ce soit en Espagne puis plus tard en URSS, est déjà bien connu.

 

Le lecteur ne peut alors que regretter certains parti pris de l'auteur notamment sur les causes de l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Rejeter la faute sur les seuls sociaux-démocrates revient à adopter l'interprétation stalinienne des évènements. Quelques mots sur l'attitude des communistes allemands lors de la période du pacte germano-soviétique et sur la remise aux autorités nazies de communistes allemands en exil à Moscou, comme Margarete Buber-Neumann, n'auraient, c'est le moins que l'on puisse dire, pas été de trop. La bibliographie qui ne reprend que des ouvrages publiés dans l'ex-Allemagne de l'Est, c'est à dire antérieur à 1989, laisse également planer quelques doutes sur l'ouvrage de Derbent quand l'on connait la liberté qui était prise quand à l'écriture de l'histoire en Europe de l'Est où l'orthodoxie à la ligne politique primait sur la vérité historique.

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communismeetconflits - dans Communisme allemand
7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 09:07

Les ouvrages soviétiques sur la guerre civile, suivis sur ce point par la plupart des historiens occidentaux, présentent la prise de Perm par les armées blanches à la veille de Noël 1918 comme un événement majeur, ouvrant la route d'une Moscou sans défenses aux troupes de l’amiral Koltchak. L'examen des opérations militaires sur le front oriental à l'hiver 1918-1919 permet de fortement nuancer cette analyse. Si la chute de Perm ne fut pas une catastrophe militaire, les dirigeants bolcheviks en tirèrent un certain nombre de leçons et engagèrent une série de réformes fondamentales pour l'avenir de l'Armée rouge.

 

Au printemps 1918, les dirigeants de la Société du chemin de fer de l’Est chinois et l'ambassadeur de Russie à Pékin, le prince Koudatchev, demandent à l'amiral Alexandre Koltchak, de retour de mission aux États-Unis, de prendre le commandement des forces russes qui dominent la zone du chemin de fer de l'Est chinois, soit la Mandchourie et la Sibérie Orientale. Koltchak, sous la pression des Britanniques, accepte. Ces derniers promettent aussitot des armes et des instructeurs pour la formation d'une puissante armée blanche en Sibérie. La situation est alors favorable aux anti-bolcheviques depuis qu'en mai 1918 le soulèvement de la Légion tchèque a soustrait la plus grande partie de la Sibérie au pouvoir soviétique. En juin 1918 se constitue à Omsk le Directoire anti-bolchevik unifié, un gouvernement où dominent les socialistes révolutionnaires. Le directoire intègre Koltchak comme ministre chargé du commandement de la marine militaire. Mais le 18 novembre 1918, Koltchak renverse par un coup d’État militaire le directoire et installe une dictature. Il fait ensuite réprimer brutalement toute forme de contestation.

 

Pour combattre les forces soviétiques, Koltchak peut compter sur l'appui des Alliés. Ces derniers contrôlent Vladivostok qui devient leur centre logistique. La garde du Transsibérien, artère vitale reliant les territoires de l’océan Pacifique à la Russie d'Europe, est confiée à l’armée américaine tandis que les navires alliés débarquent à Vladivostok le matériel ensuite acheminé par le Transsibérien vers Omsk puis le front. Fort de cet appui, les armées de blanches de Koltchak peuvent attaquer vers l'ouest.

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Les positions soviétiques paraissent encore solides sur le front oriental et l'Armée rouge poursuit toujours son avance vers l'Est commencée au printemps après avoir repris le contrôle du bassin de la Volga. Dans le sud, les 1° et 5° armées rouges avancent en direction d'Oufa. La 3° armée rouge, la plus au nord, commandée par Mikhail Lashevitch, et qui comptent 36 000 soldats et cavaliers avancent quand à elle en direction de Kungur et Iekaterinbourg. La 2° armée rouge, au centre, commandé par Vassili Shorine se trouve à Kazan entre la 3° et la 5° armée. Mais le front oriental est alors victime de ces succès. L'essentiel des ressources disponibles pour l'armée est désormais destiné à d'autres fronts, jugés plus précaires, tandis qu'il lui est demandé de toujours continuer à avancer vers l'Est. Les Soviétiques sont pourtant alors conscients du danger que représentent les forces de Koltchak et le comité central du Parti bolchevik, en accord avec le commandement de l'Armée rouge, décide, en novembre 1918, de lancer une nouvelle offensive sur le front oriental contre les Blancs de Sibérie. Mais les forces soviétiques sont alors épuisées par des mois de combat dans des régions qu'elles ne maitrisent pas totalement et alors que l'hiver commence à faire sentir sa rigueur.

 

L'offensive blanche démarre le 29 novembre 1918 avec le 1° corps d'armée de Sibérie central commandé par le Major-général Anatoly Pepelyayev qui comprend environ 45 000 fantassins et cavaliers. Ce dernier a pour mission d'écraser la 3°armée rouge, de s'emparer de Perm, puis de traverser la Kama pour prendre de flanc les troupes rouges qui s'avancent sur Oufa. Les troupes soviétiques de la 3° armée reçoivent l'assaut de plein fouet. Elles se défendent pieds à pied mais sont rapidement obligées de battre en retraite. Lashevitch a en effet perdu plus de la moitié de ses hommes et il ne peut plus tenir un front de prés de 400 km. La 3° armée en retraite ne peut attendre de soutien de la part de la 2° armée qui ne compte que 9000 soldats. La ville de Perm est donc abandonnée par l'Armée rouge le 24 décembre.

 

L'annonce de la perte de Perm est un choc pour les dirigeants soviétiques. Le comité central du Parti bolchevik nomme alors une commission d’enquête dirigée par Felix Dzerjinski, le chef de la Tcheka, et Staline. Elle arrive à Viatka le 6 janvier 1919. Sa première tache consiste à rétablir la situation militaire en reconstituant les forces de la 3° armée et en renforçant celles de la 2° armée. La commission commet l'erreur de considérer que Koltchak a porter l'essentiel de son effort sur Perm, ce qui signifie qu'elle ne va pas manquer d'exploiter ce succès et avancer vers l'ouest. Pourtant l'armée blanche a également subi de lourdes pertes dans les combats autour de Perm et doit stopper son offensive. L'avance, au sud, de la 5° armée rouge en direction d'Oufa oblige en effet l'armée sibérienne de Koltchak à passer à la défensive et de regrouper ses forces. Oufa est d'ailleurs prise par Soviétiques le 31 décembre, puis tombent Uralsk et Orenberg.

8bb7ae99ee72.jpgTroupes blanches de l'amiral Koltchak.

 

Sur le plan militaire, la perte de Perm, que l'historiographie soviétique qualifiera ultérieurement de catastrophe de Perm est donc de peu d'importance. Le succès de Koltchak est limité puisqu'il doit stopper son attaque et regrouper ses forces pour pouvoir reprendre l'initiative. De leur coté les bolcheviks vont au essayés de tirer les leçons de l'épisode de Perm. La commission d’enquête de Dzerjinski et Staline a en effet mis en évidence les lacunes dans l'organisation des unités de l'Armée rouge, mais également des problèmes au niveau des effectifs, de l'entrainement des soldats et du travail des états-majors. Les conclusions de la commission servent de base au rapport sur la chute de Perm établi par le comité central du Parti et qui fait l'objet d'une intense discussion lors du 8° congrès du parti bolchevik qui se déroule du 18 au 22 mars.

 

Ce congrès joue un rôle fondamental dans l'histoire de la jeune Armée rouge. Le rapport sur les questions militaires demande de mettre fin au système du volontariat dans le recrutement afin de créer une armée régulière basée sur la discipline. Il insiste sur la nécessité d'utiliser les spécialistes militaires de l'ancien régime sous le strict contrôle du Parti communiste à travers le système des commissaires politiques. Le congrès décide d'examiner ces questions lors d'une séance à huis clos. Lors de cette session Lénine défend la thèse du rapport du comité central et se montre partisan d'une administration centralisée de l'Armée rouge, du renforcement de la discipline et souligne l'importance des commissaires politiques au sein de l'armée. Le congrès joue un rôle important dans le renforcement de la puissance de l'Armée rouge. En effet, les bolcheviks décident alors d'étendre la conscription à l'ensemble de la paysannerie et pas seulement aux paysans pauvres et aux ouvriers et de renforcer le poids des officiers de métier. L'idée marxiste d'une armée de milices autonomes socialement « pure » est abandonnée au profit d'une armée de type classique dont la pureté idéologique sera assurée par le renforcement de l'administration des commissaires politiques.

 

Pendant ce temps le commandement du front oriental a préparé une offensive dans le but de reprendre Perm. La 3° armée avec 20 000 soldats lance une attaque frontale en direction de l'ouest tandis que la 2° armée avec 18 000 hommes développe une attaque de flanc par le sud. La 5° armée, qui ne compte que 4 000 soldats doit faire une attaque de diversion sur Krasnoufimsk. L'opération est lancée le 19 janvier 1919. Mais la hâte avec laquelle elle a été préparé et surtout le manque d'effectifs nécessaire à sa réussite empêche l'Armée rouge d'atteindre les objectifs fixés. Le 28 janvier, la 2°armée n'a avancée que de 20 à 40 km, le 3°armée de 10 à 20 km et la 5° armées de 35 à 40 km. Mais l'offensive a malgré tout retardé le regroupement des troupes blanches autour d'Oufa.


Quand ce regroupement s’opère enfin, la faiblesse des troupes rouges, apparue au moment de la catastrophe de Perm, devient plus criante et les conséquences plus graves pour le pouvoir bolchevik. En mars 1919, les armées blanches de Koltchak ont définitivement repris l'initiative et prennent Oufa et Kazan, contrôlant ainsi l'Oural occidental. Elles ne sont plus alors qu'à 600 km de Moscou tandis que dans le sud de la Russie les troupes de Denikine marchent vers le nord.

ac09b14b97d1.jpgTroupes soviétiques sur le front oriental.

 

Les Soviétiques ne reprennent Perm qu'à l'été 1919. Lors de la grande contre-offensive que lance alors l'Armée rouge sur le font oriental pour briser Koltchak, les 2° et 3° armées rouges, fortes de prés de 50 000 soldats et cavaliers, repoussent l'armée du général Gaida qui se retranche derrière la Kama juste devant Perm. Selon les plans prévus, la 3° armée, commandée par Mezheninov, doit attaquer Perm par l'ouest et le nord-ouest tandis que la 2° armée doit mener l'attaque sur Kungur. Cette armée, soutenue par la flottille de la Volga, parvient le 21 juin à franchir la Kama à Osa et atteint Kungur le 29, menaçant les liaisons entre les troupes blanches à Perm et Iekaterinboug. Avec l'aide la flottille de la Volga, les 29° et 30° divisions de la 3° armée franchissent la Kama le 30 juin. Le 1° juillet, Kungur est prise par la 2° armée tandis que la 29° division de la 3° armée par un mouvement d'enveloppement par le nord s'empare de Perm qui est définitivement perdue pour les Blancs.

 

Les Soviétiques reprennent ainsi le contrôle de l'Oural, fermant toute possibilité aux Blancs d'avancer vers l'ouest. La maitrise des régions industrielles de l'Oural ne peut que renforcer le régime soviétique. Le 14 juillet, Iekaterinbourg est prise par l'Armée rouge, puis Tcheliabinsk tombe le 24. Le 3 janvier avec la prise de Krasnoiarsk, le front oriental cesse d'exister.

 

La Catastrophe de Perm est largement un mythe fabriqué par l'historiographie soviétique, certainement pour plaire à Staline, membre de la commission d’enquête envoyée sur place et accabler Trotski le chef de l'armée durant la guerre civile. La perte de Perm fut néanmoins un coup rude pour les bolcheviks car elle mit en évidence les faiblesses du système militaire soviétique élaboré depuis la naissance de l'Armée rouge au début de 1918. La commission d’enquête envoyée sur place puis les décisions prises au 8° congrès du Parti bolchevik tirèrent les conséquence de ces faiblesses et engagèrent une réforme en profondeur de l'armée pour en faire l'instrument indispensable à la victoire. A ce moment là, en mars 1919, la situation est précaire pour les bolcheviks. Koltchak a repris son offensive dans l'Oural et Denikine progresse du sud vers Moscou. Il faut attendre le printemps pour que les réformes décidées à la suite de la chute de Perm fassent sentir tous leurs effets. A ce moment l'Armée rouge repasse à l'offensive et balaye Koltchak puis Denikine. La guerre civile est alors gagnée et l'organisation de l'Armée rouge stabilisée pour plusieurs années.

 

Bibliographie:

Francesco Benvenutti, The Bolsheviks and the Red Army, Cambridge University Press, 2009.

Evan Mawdsley, The Russian Civil War, Pegasus Book, 2007.

Serge Petroff, Remembering a Forgotten War: Civil War in Eastern European Russia and Siberia, 1918-1920, Columbia University Press, 2001.

Pour les russophones:

Н. Е. Какурин, И. И. Вацетис, Гражданская война. 1918-1921, Полигон, 2002.

Collectif, История гражданской войны в СССР, Государственное издательство политической литературы, 1935-1960.

 

David FRANCOIS

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 07:54

-Romain Ducoulombier, Vive les Soviets. Un siècle d'affiches communistes, Les Echappés, coll. Documents, 2012.

-Nicolas Lebourg, Mort aux bolchos. Un siècle d'affiches anticommunistes, Les Echappés, coll. Documents, 2012.


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Voici une idée pour le moins originale des éditions Les Echappés, publier deux ouvrages qui se répondent comme des miroirs, l'un sur les affiches communistes, écrit par Romain Ducoulombier, spécialiste incontournable du communisme français, et l'autre sur les affiches anticommunistes, par Nicolas Lebourg, récent auteur d'une biographie de François Duprat. Il s'agit donc ici de retracer l'idée de deux grands courants d'idées qui ont traversé et structuré à la fois politiquement et culturellement le siècle dernier.


Et le pari est pleinement réussi pour les deux livres. Les affiches reproduites, environ une centaine par ouvrage, sont superbes. Parfois tragiques, voire insupportables ou alors franchement humoristiques, elles couvrent l'ensemble de la période, depuis 1920 à jusqu'à ces dernières années. Cet ensemble iconographique est accompagné par des textes qui retracent non seulement l'évolution de l'environnement politique, mais également les grands thèmes de propagande de chacun des camps. L'étude du rôle donné à l'affiche et celui des courants graphiques à l’œuvre n'est pas négligée. Si le livre de Romain Ducoulombier ne contient que des affiches produites par le camp communiste, celui de Nicolas Lebourg offre un large éventail des courants anticommunistes qui va des anarchistes à l'extrême-droite en passant par les socialistes.


A la croisée de l'histoire culturelle, de l'histoire politique et de l'histoire sociale, les livres de Romain Ducoulombier et Nicolas Lebourg offrent un panorama visuel complet du grand conflit idéologique du siècle dernier. On ne peut donc que souhaiter que ce diptyque se retrouve au pied de nombreux sapins de Noël pour le plaisir des plus grands.

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communismeetconflits - dans Communisme français
5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 08:04

Batailles et Blindés n°52, décembre 2012-janvier 2013.

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Le dernier numéro du magazine Batailles et Blindés a particulièrement fait l'objet de notre attention. D'abord signalons l'article de Boris Laurent sur l'opération Wintergewitter, c'est à dire la tentative réalisée par les troupes de Manstein pour libérer les soldats de Paulus enfermées dans Stalingrad. Malgré un certain parti pris en faveur des Allemands que l'auteur nuance parfois, l'article est bien écrit et possède une bibliographie d'une certaine consistance.

 

L'article qui a attiré notre attention et nous a poussé à nous procurer ce numéro est celui d'Alexandre Ashuraliev sur les plans du pacte de Varsovie en cas de conflit avec l'OTAN. Le sujet n'est pas neuf, même s'il est rarement traité dans les revues de vulgarisation et a déjà fait l'objet d'articles dans la presse au fur et à mesure des découvertes réalisées au sein des archives ,tant dans les pays de l'ancien pacte de Varsovie que dans ceux de l'OTAN. Nous renvoyons le lecteur pour cela sur le site du Cold War International History Project du centre Wilson aux États-Unis et surtout au site du Parallel History Project on Cooperative Security de l'université de Zurich qui a publié de nombreux documents et études sur le sujet  Alexandre Ashuraliev décrit de manière claire l'organisation du Pacte de Varsovie, les plans élaborés à l'époque de Brejnev pour envahir l'Europe de l'Ouest, la place des troupes des pays de l'Est au cotés de celle du grand frère soviétique. Des cartes et organigrammes complètent cette présentation générale. Voici donc un article de vulgarisation bien écrit mais qui manque cruellement d'une bibliographie alors que les titres en anglais il est vrai et les sites Internet ne manquent pas.

 

Signalons, même si nous sortons de notre domaine de prédilection, l'article de Stéphane Mantoux sur la guerre en Ossétie du sud en 2008. Voici un article sur un sujet jamais traité qui justifie à lui seul, l'existence de ce magazine. Même s'il est essentiellement descriptif, cet article permet de connaître une réalité qui me semble avoir souffert d'une certaine désinformation. En effet alors que je croyais jusqu'à maintenant que les Russes avaient attaqué la petite Géorgie, rejouant le scénario de David et Goliath, j’apprends là que ce sont les Géorgiens qui ont commencé les hostilités. L'article de Stéphane Mantoux est donc indispensable pour connaître, de manière claire et informée, les tenants et le déroulement d'un conflit récent et pas si lointain géographiquement. Des articles de cette qualité sur des sujets aussi originaux et je suis prêt à m'abonner à ce magazine, certainement le meilleur dans sa spécialité.

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communismeetconflits - dans Divers
4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 08:59

Simon Sebag Montefiore, Le jeune Staline, Calmann-Levy, Paris, 2008 (réédition au Livre de poche, 2010).

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Après avoir raconté dans un précédent opus (La cour du Tsar rouge) la vie de Staline et de son entourage entre la fin des années 1920 et la mort du dictateur en 1953, l'historien britannique Simon Sebag Montefiore s'attache à un aspect assez méconnu de la vie du Petit père des peuples, sa vie d'avant Staline, quand il n'était encore que Joseph Djougachvili, ou Sosso ou Koba, entre 1878 et 1917. Et si cette biographie est une somme aussi bien au niveau du fond que de la forme c'est que la vie de Joseph Djougachvili dans ses quarante premières années fut mouvementée.


Staline est le fils d'un cordonnier alcoolique de Gori en Géorgie qui abandonne rapidement sa famille. Élève doué à l’école, il entre au séminaire mais perd rapidement la foi pour se donner tout entier au marxisme et à l'action politique. Après le séminaire, il se retrouve employé au service météorologique de Tiflis, une couverture commode pour son activité « révolutionnaire », puisqu’il est devenu en août 1898 membre du parti marxiste russe, le POSDR, et devient un révolutionnaire professionnel. Souvent arrêté et déporté, il partage alors le sort de la plupart des militants de l'époque oscillant entre périodes de clandestinité, les arrestations et les déportations.


Cette vie nécessite du jeune Djougachvili qu'il change sans cesse de nom, de domicile et d'apparence physique. Peu à peu il devient le spécialiste de l'organisation et de la direction des coups de main et attaques armées pour alimenter les finances du parti de Lénine. Organisant ceux-ci de Tiflis à Bakou, en passant par Batoumi où il travaille pour la compagnie pétrolière détenue par les Rothschild.


Pour réaliser ces expropriations, véritables opérations militaires, il s'entoure de militants qui ne répugnent pas à l'usage de la force, tel Kamo, un genre de psychopathe, ami d’enfance et totalement dévoué à Staline, qui devient son homme de main. Arrêté en 1908, Kamo, pour échapper à la peine capitale, simulera pendant quatre ans la folie avant de s'évader et de reprendre du service.


Homme d'action qui se pique alors peu de théorie, Staline est pourtant un familier de Lénine puisque les deux hommes échangent une correspondance abondante et se rencontrent régulièrement à partir de 1905. Staline devient alors un homme clé dans le dispositif léniniste, notamment parce qu’il organise les expropriations armées qui contribuent au financement du Parti bolchevik. Mais ce dernier a aussi une profonde admiration pour Lénine dont il révère le charisme, l'autorité et la volonté tout entière tendue vers la conquête du pouvoir.


Staline apparaît tout au long de l'ouvrage comme un personnage complexe, mélange de courage physique et de rouerie, nouant des intrigues et dressant les uns contre les autres. Montefiore examine aussi longuement la thèse de Staline « agent de l’Okhrana »,  thèse qui a fait couler beaucoup d'encre depuis des décennies, pour la rejeter, même si les relations de Staline avec la police apparaissent pour le moins complexes.


Cette vie d'avant la Révolution, où l'ombre l'emporte sur la lumière, Staline souhaitera la gommer. Dans la seconde moitié des années 1930, pendant la Terreur, il ordonne l'assassinat des témoins gênant de son passé mais la destruction de tout document compromettant. Heureusement il échoua dans cette tache et c'est sur ces documents que s'appuie l'ouvrage de Simon Montefiore qui a écumé les archives récemment ouvertes de Moscou, Tbilissi, Batoumi ou Saint-Petersbourg mais également de Berlin, Londres et Paris, Il a ainsi exhumé des documents inédits, des versions non expurgées de mémoires et correspondance parfois méconnus, confrontés des témoignages contradictoires ou subjectifs.


Pour ceux qui s'intéressent aux relations entre communisme et violence cet ouvrage est une mine, notamment sur l'organisation des groupes de combat bolcheviks avant 1917, le système des expropriations armées et la duplicité de Lénine concernant cette pratique qu'il dénonce publiquement mais encourage en sous-main.


Le Jeune Staline est un ouvrage incontournable pour qui veut comprendre Staline mais surtout la genèse d'un système idéologique qui s'étendit sur une grande partie de la planète.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 15:19

Loriot2012.jpgJulien Chuzeville, Fernand Loriot. Le fondateur oublié du Parti communiste, l'Harmattan, Paris, 2012.

 

Présentation de l'éditeur:

Fernand Loriot (1870-1932) est le principal fondateur du Parti communiste. Il était le premier signataire de la motion fondatrice du PC, qui remporta une large majorité au Congrès socialiste de Tours en décembre 1920.

Instituteur, militant socialiste, syndicaliste révolutionnaire, il fut l'un des principaux organisateurs du mouvement pacifiste en France pendant la guerre de 1914-1918. La presse le décrivait comme le « leader des révolutionnaires » pendant la grève générale de mai 1920. Il est pourtant aujourd'hui tombé dans l'oubli. Cela est en partie dû à son attitude d'opposant interne en 1924-1926 puis à sa rupture avec le PC en 1926, et à sa dénonciation précoce de la dictature stalinienne.

De la lutte contre la Première Guerre mondiale à la lutte contre le stalinisme, on retrouve toujours Fernand Loriot au premier plan. Quatre-vingts ans après sa mort, un ouvrage lui est pour la première fois consacré. C'est aussi un éclairage inédit sur les luttes sociales et l'histoire politique des décennies 1910-1920, et une contribution à l'histoire du syndicalisme, du socialisme, du pacifisme et du communisme.

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communismeetconflits - dans Communisme français
3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 09:04

Adriano Sofri, Les ailes de plomb, Verdier, Paris, 2010.

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Le livre d'Adriano Sofri n'est pas un livre d'histoire, ni même un témoignage mais un roman. Pourtant c'est là une espèce de roman particulier puisque l'auteur relate des faits réels en s'appuyant sur la presse de l'époque mais surtout sur le dossier de l'affaire judiciaire.


L'histoire débute dans la nuit du 15 au 16 décembre 1969 dans un commissariat de Milan avec la mort d'un militant anarchiste Giuseppe Pinelli, tombé d'un bureau au 4° étage après trois jours d'interrogatoire. Pinelli a été emprisonné car la police le soupçonne alors d’être le responsable de l'attentat de la Piazza Fontana, le 12 décembre 1969, qui marque l'entrée de l'Italie dans ce que l'on nomme les années de plomb. En 1972, l'inspecteur Calabresi, qui pour l'extreme-gauche est l'assassin de Pinelli, est exécuté par le groupe Lotta Continua. En tant que dirigeant de ce groupuscule terroriste, Adriano Sofri fut condamnée par la justice italienne à 22 ans de prison en 1997.


Sofri reprend l'enquête sur la mort de Giuseppe Pinelli, un fervent libertaire mais surtout un adversaire de la violence. A cet homme, face lumineuse de l'anarchie s'oppose une face sombre, celle de Pietro Valpreda, un partisan de l'action violente par les bombes, à la Ravachol.


Les liens entre les deux hommes poussent la police à les accuser tous deux d'un attentat qui fit 12 morts et 88 blessés et dont ils sont innocents car l'on sait depuis qu'il fut l'œuvre de l'extrême-droite. Pour Sofri, la thèse du suicide d'un Pinelli, qui acculé par la police à avouer l'horreur, se serait défenestrée, ne tient pas. Les conclusions du juge D'Ambrosio pour qui Pinelli a été victime d'un malaise lui semblent encore plus ridicule.


Sofri pointe alors un certain nombre d'irrégularités. La durée de la garde à vue de Pinelli est illégale. Après la chute du militant libertaire aucun des policiers présents dans la pièce ne s’est précipité dans la cour et la première déposition de chacun est étonnamment concordante, au mot près. Et puis il y a le mystère de la chaussure. Une dès chaussures de Pinelli serait restée dans la main d’un policier qui a tenté de l’arrêter au moment fatal. D’après certains elle était par terre à côté du corps. Mais Pinelli est arrivé à l’hôpital avec les deux chaussures, les siennes ? Si peu à peu, Sofri accumulent les éléments accusant des policiers, qui au bout de plusieurs jours n'avaient pas réussi à obtenir des aveux, il ne porte aucune accusation personnelle et conclu son ouvrage de curieuses manières en affirmant qu'il ne sait pas ce qui s'est passé dans le commissariat de Milan avant et pendant la chute de Pinelli.


Sans jamais être catégorique, Sofri distille pourtant peu à peu sa vérité, sur les raisons de la mort de Pinelli mais surtout sur le climat de l'époque, époque de radicalisation révolutionnaire, où des ouvriers et étudiants firent le choix de la lutte armée. Et ce choix fut alimenté par une presse révolutionnaire où les appels au meurtre étaient fréquents. Sofri, dirigeant à l'époque du journal de Lotta Continua, avoue sa responsabilité dans l'émergence de cette violence des mots qui se transforme rapidement en violence tout court.


La lecture attentive du livre montre que Sofri a réalisé un vrai travail d'enquête, décortiquant les milliers de pages des actes des instructions et des procès, prouvant que les explications de la police et de la justice n'étaient que de vaines manipulations. Mais surtout l'auteur nous invite à une réflexion sur la puissance des mots en se demandant comment la langue de l'émancipation, de la lutte pour la justice peut se transformer et devenir appel au meurtre et au terrorisme.

 

Et cette réflexion dépasse de loin le cadre de l'Italie des années 1970 puisqu'elle touche l'ensemble de l'histoire du discours révolutionnaire. Elle est aussi contemporaine au moment où la crise économique est un prodigieux accélérateur de radicalisation des esprits.

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communismeetconflits - dans Communisme italien
2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 10:16

Henri Michel, Et Varsovie fut détruite, Albin Michel, Paris, 1984.

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Henri Michel, historien universitaire décédé en 1986, est bien connu des spécialistes et amateurs de la Seconde guerre mondiale, notamment de l'histoire de la Résistance française. En 1984, sans quitter sa période de prédilection, il publie Et Varsovie fut détruite. Le titre est en partie trompeur puisque Henri Michel se propose de raconter l'histoire de la Pologne entre 1939 et 1945 et pas seulement l'insurrection de Varsovie. L'ouvrage, sur un sujet rarement traité dans l'édition française, n'a jamais, à notre connaissance, fait l'objet d'une réédition y compris en format poche.

 

Le plan de l'ouvrage est classique et suit en partie la chronologie des évènements. Dans le premier chapitre, Henri Michel brosse le portrait de la Pologne en 1939, un pays rural, fier mais qui surestime ses forces. Les deux chapitres suivants racontent la défaite polonaise de septembre 1939, le partage du pays entre l'URSS et l'Allemagne et la rigueur de l'occupation dans chacune des parties. Un quatrième chapitre se concentre plus précisément sur Varsovie où apparaissent les premiers signes de résistance avec la formation d'un véritable État clandestin lié au gouvernement en exil à Londres et qui possède son armée de l'ombre, l'Armée de l'Intérieur (AK). Henri Michel prend soin de décrire les différents types de résistance sans omettre celle des Juifs, notamment à travers l'insurrection du ghetto de Varsovie, ainsi que celle des communistes qui apparaît à partir de juin 1941.

 

Le cinquième chapitre traite de la place de la Pologne dans les relations entre les Alliés. Et c'est d'une manière particulièrement claire que Henri Michel présente une question fort complexe. Les Anglo-saxons sont en effet partagés entre le soutien au gouvernement polonais de Londres qui se bat depuis 1939 et la nécessité de ne pas froisser un Staline qui veut remodeler les frontières de l'Europe orientale et s'appuie sur les communistes polonais pour former un gouvernement polonais concurrent de celui de Londres. Le sixième chapitre est quant à lui totalement consacré au soulèvement de Varsovie à l'été 1944. Les forces en présence et le déroulement des combats sont décrits de manière précise. Henri Michel traite également de l'inaction de l'Armée rouge pourtant aux portes de la ville, inaction qui condamne les insurgés. Le dernier chapitre raconte la libération de la Pologne, les conséquences de la conférence de Yalta pour le pays et l'instauration du régime communiste.

 

Ouvrage riche, où de multiples sujets sont traités comme le massacre de Katyn, dont Henri Michel attribue justement la responsabilité aux Soviétiques, mais aussi les périples de l'armée d'Anders et celle de Berling, Et Varsovie fut détruite est plein d'une érudition qui s'exprime de manière claire et limpide. La richesse de l'index et des notes rend la lecture de ce livre indispensable pour tous ceux qu’intéressent l'histoire de la Seconde guerre mondiale et de la Pologne, un pays alors trop loin de l'Occident et trop prés de la Russie.

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communismeetconflits - dans Communisme en Europe

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")