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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 07:00

Le Figaro-Histoire, n° 30, février-mars 2017.

1917, suite...

Le numéro de février-mars du magazine Le Figaro-Histoire donne une large place au centenaire de la Révolution russe. C’est l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse qui débute ce dossier par l’évocation du règne de Nicolas II, un tsar qu’elle présente à la fois comme celui qui essaya de réformer et de moderniser l’Empire mais dont les faiblesses, l’indécision et l’incapacité à asseoir son autorité conduisirent finalement à la fin de la monarchie tricentenaire des Romanov. Jean-Christophe Buisson trace quant à lui le portrait d’Alexandre Kerenski, un avocat idéaliste, opportuniste et charismatique qui dans le chaos qui emporte la Russie après février 1917 parvient à se hisser à la tête du pouvoir, se rêvant même Bonaparte. Son ambition le mène finalement à sa perte puisque tous ceux qui l’ont soutenu l’abandonnent, le forçant à rejoindre « les poubelles de l’Histoire ».

Jean-Pierre Arrignon retrace les grands moments de la Révolution depuis les événements de février à Petrograd jusqu’au début de la guerre civile en passant par la montée des bolcheviks, l’échec du putsch de Kornilov et l’incapacité de Kerenski face à Lénine. Pour l’auteur, la chute du tsarisme, œuvre des libéraux et des socialistes modérés, ouvre de façon presque inéluctable la voie à Octobre présenté comme un coup d’État minoritaire. Alexandre Jevakhoff traite de la guerre civile russe, un épisode mal connu en France et inséparable du moment révolutionnaire qui la précède. Événement d’une ampleur à l’égal de la taille de la Russie, la guerre civile ne se résume pas à une lutte entre des armées monarchistes et des troupes bolcheviques. Allemands et Alliés interviennent en effet dans ce conflit tandis que le camp blanc est hétérogène, rassemblant des socialistes modérés, des libéraux et des militaires. La défaite de ces derniers s’explique, selon l’auteur, par leur incapacité à se hisser à la hauteur des bolcheviks notamment dans le domaine de la répression.

Stéphane Courtois dresse un portrait au vitriol de Lénine qu’il qualifie d’inventeur du totalitarisme, un homme assoiffé de pouvoir, implacable dictateur, d’abord au sein de son parti puis de toute la Russie, promoteur du terrorisme d’État, les mains pleines de sang. C’est oublier que Lénine fut souvent mis en cause et contesté par ses camarades, aussi bien avant qu’après la prise du pouvoir. C’est oublier également la violence sociale et politique qui se déchaîne en Russie bien avant Octobre et la puissance des adversaires coalisés des bolcheviks.

Ce numéro du Figaro-Histoire est ainsi symptomatique d’une vision libérale et conservatrice de l’histoire de la Révolution russe qui fut à son apogée dans les années 1990. Pour ce courant, la Russie de Nicolas II avait pris le chemin de la modernité, un chemin juste entravé par l’incapacité du tsar à comprendre la nécessité de réformer le système politique pour l’adapter à l’émergence de la Russie capitaliste. Cette voie heureuse fut, hélas, brisée en 1917 par une révolution, certes démocratique en février, mais qui ouvrit le pouvoir à la dictature bolchevique, un projet totalitaire et sanguinaire. L’article d’Irina de Chikoff sur la vision qu’avait Soljenitsyne de la révolution russe et qu’il délivra dans le cycle romanesque de la Roue rouge résume parfaitement cette lecture historique en noir et blanc largement dépassée comme le montrent des travaux historiques récents comme ceux d’Orlando Figes.

Ce numéro richement illustré, doté d’une solide chronologie et d’un article présentant les grands films ayant pour décor la Russie en révolution, contient également un passionnant entretien avec Olivier Wievorka sur la résistance en Europe occidentale.

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 07:00

Olivier Wievorka, Une histoire de la Résistance en Europe occidentale, Perrin, 2017.

L’armée des ombres en Europe

Après la publication d’un ouvrage remarqué sur l’histoire de la Résistance française, Olivier Wieviorka élargit son champ d’observation à l’ensemble de la résistance en Europe occidentale soit la France, l’Italie, la Belgique, les Pas-Bas, le Danemark et la Norvège. A l’opposé d’une juxtaposition ou d’un catalogue qui décrirait à tour de rôle chaque résistance nationale, il adopte, pour analyser son sujet, une position résolument comparatiste particulièrement fructueuse et riche d’enseignements.

Le pari d’Olivier Wieviorka pouvait se révéler périlleux tant la situation de chaque pays est contrastée à la suite de l’invasion allemande du printemps 1940. Les souverains et les gouvernements de Norvège et des Pays-Bas se réfugient à Londres à l’instar du gouvernement belge dont le roi reste néanmoins au pays. Le Danemark, qui n’est pas entré officiellement en guerre, conserve quant à lui ses institutions tandis que la France est coupée en deux avec le régime de Vichy en zone sud. Quant à l’Italie, elle demeure membre de l’Axe jusqu’en septembre 1943. Cette diversité conditionne le développement de résistances nationales selon des modalités et des chronologies différentes. Pour contourner la difficulté que représente cette hétérogénéité, Olivier Wieviorka se place en surplomb et privilégie l’étude des relations qu’entretiennent les Alliés anglo-saxons avec ses résistances nationales.

À l’été 1940, les Britanniques, qui se retrouvent seules face à l’Axe, sont conscients des possibilités que peut leur apporter le développement d’une guerre subversive en Europe occupée, mais ne disposent d’aucune structure, ni de doctrines concernant son emploi. Churchill fonde alors un service destiné à organiser et animer ce nouveau front, le SOE, rejoint avec l’entrée en guerre des États-Unis par l’OSS, deux services qui vont à la fois soutenir les mouvements de résistance mais également essayer de leur faire appliquer les directives de l’État-major allié.

Olivier Wieviorka montre avant tout que la résistance, phénomène endogène aux pays occupés, n’aurait pu se développer sans le soutien anglo-saxon, notamment en moyens matériels et en armes mais aussi par la propagande. Les relations ne sont pas toujours faciles entre les résistances et les Alliés d’autant qu’elles sont souvent parasitées par les conflits entre services alliés, entre les Anglo-saxons et les pouvoirs en exil, entre ces derniers et la résistance.

Malgré ces difficultés, les Alliés apportent un appui substantiel aux résistants et cela sans faire de discrimination selon leur couleur politique, malgré ce que diront beaucoup de résistants après la guerre. Les incompréhensions qui s’installent entre les Alliés anglo-saxons et les résistances résultent avant tout d’une divergence entre les partenaires quant à leurs objectifs. Si les premiers sont animés par une logique de victoire militaire, les secondes privilégient une logique de libération. Cette divergence est à la base de la controverse entre partisans de l’action immédiate et attentistes. Elle n’empêche pas que les résistants se plient finalement aux exigences de la stratégie définie par les Alliés, une stratégie où ils jouent le plus souvent un rôle de second plan sans être néanmoins négligeable.

Le livre d’Olivier Wieviorka est une réussite qui permet tout à la fois d’élargir nos connaissances sur l’histoire de la résistance hors des frontières hexagonales, de mieux appréhender la place des Britanniques et des Américains dans cette histoire, de réfléchir à l’articulation entre guerre conventionnelle et guerre subversive et de remettre en cause certaines idées reçues. Espérons que ce livre donne à un historien l’idée de se pencher sur les relations de l’Union soviétique avec les résistances nationales en Europe, aussi bien orientales qu’occidentales.

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 07:00

L’Histoire, « Les Révolutions russes. Février-Octobre 1917 », n° 432, février 2017.

La Russie en révolution

Centenaire oblige, la rédaction du magazine L’Histoire propose dans son numéro de février un dossier sur les Révolutions russes de 1917. L’ensemble s’ouvre par un entretien avec Marc Ferro, grand spécialiste de l’histoire de cette période. Ce dernier dresse le tableau de la Russie en révolution, ses moments forts et ses évolutions qui conduisent finalement à la prise du pouvoir par les bolcheviks. Sur ce point, Marc Ferro montre finement que si la révolution d’Octobre est techniquement un coup d’État, elle s’appuie sur un soutien important dans la population de Petrograd et ne peut donc se réduire à un simple putsch.

Au-delà de l’histoire des événements qui ponctuent l’année 1917, ce numéro privilégie des éclairages précis sur certains aspects de la révolution russe. L’article de Boris Kolonitskii montre ainsi le lien qui existe entre politique et religion à travers la Pâque rouge, la résurrection du Christ étant confondue dans les discours et l’iconographie avec celle de la Russie. Nicolas Werth étudie la place des soldats dans la révolution. Loin des idées reçues, il montre que les phénomènes de désertions sont relativement rares sur le front contrairement à ce qui se passe à l’arrière et dans les garnisons. L’écroulement de l’armée survient surtout après la tentative de putsch de Kornilov quand les désertions prennent un caractère massif, les soldats irriguant tout le pays d’une violence de guerre qu’ils transportent avec eux depuis le front. Catherine Goussef porte son regard sur le quotidien des classes aisées, la bourgeoisie, à Petrograd, un quotidien qui ne cesse de s’aggraver entre les pénuries, les perquisitions et les arrestations arbitraires.

Plus politique, Catherine Merridale revient sur les circonstances du retour de Lénine en Russie à travers l’Allemagne et la façon, dès son retour, dont il définit les grandes lignes de sa stratégie politique jusqu’à la prise du pouvoir d’octobre. Dominique Colas, dans un court article, s’interroge sur les raisons qui ont permis à Lénine de l’emporter sur ses adversaires, à la fois au sein du Parti bolchevik et en dehors. Emilia Koustova revient quant à elle sur l’histoire du soviet de Petrograd entre février et octobre 1917 tandis que Sabine Dullin fait découvrir la formidable frénésie démocratique qui s’empare de la Russie à l’occasion de l’élection de l’Assemblée constituante, un élan qui se prolonge au-delà de la prise du pouvoir par les bolcheviks avant de se fracasser sur la dispersion de l’Assemblée dès sa première séance.

Alexandre Sumpf interroge la postérité d’Octobre à travers les productions cinématographiques soviétiques. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la révolution inspire peu les cinéastes qui, lorsqu’ils traitent de ce sujet, répondent le plus souvent à des commandes étatiques à l’occasion de commémorations dans des films qui ne rencontrent jamais le succès public. Emilia Koustova termine ce dossier de L’Histoire avec un article qui met en parallèle la façon dont est célébré le premier anniversaire de la Révolution et le malaise des autorités russes face au centenaire qui approche. En effet, la Révolution russe, synonyme de déchirement national, de révolte contre les autorités et de bouleversement social, correspond mal aux valeurs prônées par la Russie de Poutine.

Ce numéro de L’Histoire, loin de brosser un simple récit de la Révolution russe dont les grandes lignes sont bien connues, porte un éclairage original sur certain des aspects de ce grand bouleversement qui inaugure le siècle des communismes.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Révolution russe
24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 07:00

Paul Preston, Une guerre d’extermination. Espagne, 1936-1939, Belin, 2016.

La tragédie espagnole

Les guerres civiles sont toujours des tragédies atroces, des conflits totaux propices aux massacres et à la vengeance. Une fois terminée, elles sont également l’objet d’une rivalité des mémoires où les héritiers de chaque camp se disputent sur la responsabilité des crimes commis, leur ampleur et leur légitimité. La guerre civile espagnole n’échappe bien entendu pas à ce tropisme sanglant, ni à cette lutte des mémoires d’autant que le vainqueur a, pendant près de 40 ans, pu imposer sa vision de l’histoire et que la démocratisation post-franquiste du pays s’est construite sur une forme d’oubli du passé et de ses taches sombres.

C’est tout le mérite du livre de Paul Preston, grand historien de l’Espagne contemporaine, de retracer et d’analyser les massacres qui eurent lieu en Espagne à la suite du soulèvement militaire du 18 juillet 1936. Il en retrace la genèse dans la guerre sociale dont les campagnes espagnoles furent le théâtre au début des années 1930, dans le développement et la théorisation d’un racisme social à l’égard des ouvriers et des paysans pauvres qui s’accompagne d’une démonisation de la gauche, symbole d’une anti-Espagne manipulée par la franc-maçonnerie, les juifs et Moscou. Les massacres s’enracinent aussi dans les pratiques utilisées par l’armée espagnole au Maroc contre les populations colonisées.

Ces pratiques coloniales, l’armée de Franco les importent dans la péninsule dès les premiers jours de la guerre civile. Les massacres ont alors deux objectifs complémentaires. Le premier est de terroriser la population, la frapper d’épouvante afin d’asseoir le pouvoir des militaires et d’imposer l’ordre nouveau. Le second est d’éliminer toute opposition, même potentielle, de purifier les zones conquises de ceux et celles qui représentent l’anti-Espagne, en somme les partisans de la République. Cette volonté d’éliminer physiquement l’adversaire prime même les impératifs stratégiques. Ainsi, quand un objectif militaire est atteint, il arrive que les nationalistes, plutôt que de profiter de leur succès pour s’emparer rapidement du suivant, préfèrent ratisser la région conquise pour procéder à l’élimination de leurs adversaires.

La zone républicaine n’est pas exempte de massacres, notamment dans les premiers mois de la guerre. Mais ces derniers ne procèdent pas d’une volonté délibérée des autorités et sont plutôt le résultat de l’effondrement de l’État à la suite du soulèvement militaire. Ce contexte chaotique, incarnée dans le domaine répressif par la multiplication des checas, ces prisons privées aux mains des partis du Front populaire, favorise les vengeances, les fusillades suscitées par la crainte devant l’avancée nationaliste, la peur d’une cinquième colonne. Au fur et à mesure que l’État se reconstruit et se renforce, la violence tend à s’atténuer pour laisser la place à une répression encadrée juridiquement. Cela ne signifie pas, bien sur, la fin des abus et des crimes en zone républicaine que ce soit contre les franquistes ou bien contre les militants du POUM après les journées de Barcelone en mai 1937. Mais l’État républicain cherche dans tous les cas, dans la mesure de ses moyens, à contrôler la répression et n’a jamais une volonté exterminatrice contre ses ennemis. Cette différence profonde explique que le nombre de victimes de la répression en zone républicaine est trois fois inférieur à celui de la zone franquiste que Paul Preston estime à environ 130 000.

Une fois la guerre civile terminée, en avril 1939, la volonté exterminatrice des franquistes se mue en terreur d’État contre les vaincus qui sont asservis dans le cas des prisonniers de guerre, poursuivis devant les tribunaux, emprisonner, dépouiller de leurs biens et impitoyablement traquer y compris dans leur exil avec la complicité de l’Allemagne nazie et de la France de Vichy.

L’ouvrage de Paul Preston, somme de près de 900 pages, avec une abondante bibliographie, des notes, des cartes, des graphiques est un puissant travail de recherche et de vulgarisation, une référence incontournable. Sa lecture, parfois difficile par la succession de massacres et de crimes qu’il relate, est indispensable pour tous ceux qui veulent comprendre l’histoire de l’Espagne contemporaine et d’un conflit qui hante toujours la société espagnole.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne
17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 07:00

Michelle Zancarini-Fournel, Les luttes et les rêves. Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, La Découverte-Zones, 2016.

La France des dominés

Inspiré du livre d’Howard Zinn sur les États-Unis, Michelle Zancarini-Fournel propose aux lecteurs une première histoire « populaire » de la France, une seconde étant annoncée aux éditions Agone sous la plume de Gérard Noiriel pour le courant de l’année 2017. Véritable somme de plus de 1 000 pages, le livre de Michelle Zancarini-Fournel rassemble et synthétise les savoirs les plus récents autours d’un objectif commun, retracer une histoire de la France vue par les gens d’en bas, les petits, les humbles, les opprimés et cela depuis la fin du 17e siècle.

Saluons d’abord les grands mérites de ce travail. L’auteur fournit une vaste fresque de l’histoire de la France populaire, ses conditions de vie, ses mentalités, ses fractures, ses espoirs, ses mobilisations et ses combats. Pour cela, elle n’hésite pas à donner largement la parole à ces gens d’en bas qui s’expriment à travers des journaux intimes, des lettres, des souvenirs ou face à des policiers ou des juges. Elle retrace également le parcours de quelques-uns de ces gens, inconnus ou non, mais dont les destins sont symptomatiques d’une époque ou des évolutions d’une société toujours en mouvement.

L’auteur donne une large place dans son récit aux résistances, luttes et révoltes de ce monde populaire qui se bat pour de meilleures conditions de vie et de travail mais également pour sa liberté et son droit à s’exprimer et à participer à la vie nationale. Luttes politiques et luttes sociales rythment donc la geste que retrace Michelle Zancarini-Fournel qui, si elle ne peut prétendre à une exhaustivité chimérique, restitue l’ensemble des offensives populaires, depuis les journées de 1789 aux émeutes de 2005, en essayant à chaque fois de décentrer le regard traditionnellement porté sur ces événements. Elle traite ainsi des mouvements communalistes en province au moment de la Commune de Paris ou des grèves dans les campagnes lors du Front populaire.

Plutôt qu’une histoire populaire, le livre de Michelle Zancarini-Fournel est avant tout une histoire des dominées, comme le démontre le choix de l’année 1685 comme début de son récit marquée par la révocation de l’Édit de Nantes et l’adoption du Code Noir et l’insistance de l’auteur sur le sort et les combats des plus dominés parmi les dominés, les femmes et les colonisés. Si Michel Zancarini-Fournel livre une très intéressante synthèse sur l’histoire, mal connu pour le grand public, de ces deux groupes, l’importance qu’elle leur accorde dans son récit laisse perplexe. Consacrer deux pages à Messali Hadj et à la naissance de l’Étoile Nord-africaine alors que celle du PCF n’est traitée qu’en deux lignes nous interroge. Si on ne peut plus faire, comme auparavant et dans une tradition marxiste, une histoire du monde ouvrier qui laisse de côté la diversité de ses composantes et qui se concentre uniquement sur l’histoire de ses organisations, négliger ces dernières, c’est oublier le rôle intégrateur qu’elles ont pu jouer auprès des exclus et sur lequel le livre de Miche Zancarini-Fournel dit peu de choses.

Les luttes et les rêves pourra apparaître sur certains points comme un livre militant, notamment dans ses dernières pages. Il possède quelques défauts comme la tendance à utiliser la graphie inesthétique de style « militant.e.s » ou « polonais.e.s » Il n’en reste pas moins une excellente synthèse sur l’histoire des dominés et plus particulièrement celle des femmes, des colonisés et des immigrés.

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communismeetconflits - dans France luttes sociales Histoire de France
10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 07:00

Pascal Delwit, Les gauches radicales en Europe, XIXe-XXe siècles, Éditions de l’Université libre de Bruxelles, 2016.

Une histoire de l'Europe rouge

L’ouvrage de Pascal Delwit est un concentré d’érudition, une mine d’informations et une synthèse d’une grande clarté sur l’histoire de la gauche radicale depuis deux siècles.

L’ouvrage est divisé en trois parties, la première, la plus classique, traite de l’apparition du socialisme dans l’Europe au début du 19e siècle, de sa montée en puissance, de son implantation nationale et de son unification au sein des 1e et 2e Internationales. La seconde partie, qui forme le cœur de l’ouvrage et occupe prés des 2/3 du livre, s’intéresse au « court 20e siècle » de 1914 à 1991 et traite exclusivement de l’histoire du mouvement communiste et de ses dissidences trotskistes et maoïstes. La dernière partie, la plus originale, étudie les différentes formes où s’incarne la gauche radicale au lendemain de la chute des pays socialistes en Europe de l’Est et jusqu’à nos jours, que ce soit d’anciennes organisations qui essayent ou non de s’adapter aux temps nouveaux ou de formations nouvelles comme Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce.

Si la dernière partie de l’ouvrage, la plus contemporaine, doit encore passer le cap de la durée pour confirmer ou non certaines hypothèses, la partie sur l’histoire du communisme européen est une véritable référence. L’auteur, par de multiples aller-retours entre sa dimension internationale et nationale, montre à la fois la profonde unité du communisme européen mais également sa diversité dans ses expressions nationales, une diversité qui, à partir de 1956, tend à s’accroître avant son déclin général dans les années 1970-1980. Pour cela, l’auteur s’appuie sur une impressionnante masse de faits et de connaissances ne laissant de côté aucun parti communiste européen, des plus grands comme celui de France ou d’Italie aux plus modestes comme ceux d’Islande ou du Luxembourg.

L’ensemble s’accompagne de nombreuses cartes et tableaux et d’une vaste bibliographie pour faire du livre de Pascal Delwit une excellente synthèse, un instrument de travail, un manuel de qualité pour comprendre et appréhender le destin et la place de la gauche radicale en Europe depuis deux siècles. Un ouvrage indispensable qui a en plus le mérite d’être édité en format de poche à un prix plus que raisonnable pour une telle somme.

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communismeetconflits - dans Communisme en Europe Extrême-gauche
7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 07:41

Alexander Rabinowich, Les bolcheviks prennent le pouvoir. La révolution de 1917 à Petrograd, La Fabrique, 2016.

Les bolcheviks et la Révolution d’Octobre

Le centenaire, l’an prochain, de la Révolution russe sera certainement l’occasion de nombreuses publications où le meilleur côtoiera le moins bon. Espérons néanmoins que la majorité puisse avoir la qualité du livre d’Alexander Rabinowitch. Cette étude, devenue un classique de l’histoire de la Révolution russe depuis sa publication en 1976, enfin accessible aux lecteurs francophones, bouscule bien des idées reçues sur la prise du pouvoir par les bolcheviks.

 

L’auteur, s’appuyant sur une documentation ample et diversifiée, concentre son étude sur les événements qui se déroulent à Petrograd de juillet à octobre 1917. Dans les premiers jours de juillet, la capitale de la Russie est la proie d’une tentative insurrectionnelle vite maîtrisée par les autorités qui accusent les bolcheviks d’être à l’origine des désordres. En réalité l’insurrection est largement spontanée et les bolcheviks sont fortement divisés quant à son opportunité. Si la majorité des dirigeants des organisations locales du parti ainsi que l’Organisation militaire bolchevik soutiennent et participent au mouvement, la majorité des dirigeants se montre réservée à l’instar de Lénine qui prône le calme. L’échec de juillet entraîne une violente répression contre les bolcheviks de la part du gouvernement provisoire et une condamnation unanime des partis socialistes du Soviet.

 

L’insurrection ratée de juillet entraîne en réaction une effervescence de la droite qui se cristallise autour de la personne du général Kornilov. À la fin août, ce dernier se sent assez fort face à Kerenski pour déclencher un coup d’État. Devant cette situation et alors que le 6e congrès du parti a vu l’adoption des thèses de Lénine refusant toute coopération avec les autres formations socialistes, les bolcheviks de Petrograd s’allient aux socialistes révolutionnaires et aux mencheviks pour lutter contre Kornilov. Ils jouent un rôle important dans l’échec de l’aventure kornilovienne par l’agitation qu’ils mènent au sein des troupes du général et en paralysant le trafic ferroviaire.

 

Remis en selle par sa participation à la défense de Petrograd contre Kornilov, le parti bolchevik reste encore le champ de divergences. D’abord, Lénine, début septembre, adopte des positions jugées trop modérées par certains avant qu’il ne révise son jugement pour appeler à l’insurrection armée immédiate. Cette position est vivement condamnée par le comité central et Lénine est obligé de se rendre en personne à Petrograd pour imposer le vote d’une résolution prônant l’insurrection immédiate.

 

La conjoncture est favorable aux bolcheviks. Leur influence ne cesse de progresser au sein des soviets ce qui leur permet d’ailleurs de prendre la direction de celui de Petrograd. La crainte d’une offensive allemande contre la capitale mobilise la garnison qui multiplie les résolutions en faveur de la défense de la ville et du soviet et condamne fermement le gouvernement provisoire. Pour organiser la défense de Petrograd, le soviet met sur place un comité militaire révolutionnaire que les bolcheviks transforment peu à peu en organe préparant et dirigeant l’insurrection. Finalement, au moment où s’ouvre le 2e Congrès des Soviets, le 25 octobre, les bolcheviks ont de leur côté les troupes de la garnison et une grande partie des ouvriers de la capitale. Sans défenseurs, le gouvernement provisoire s’écroule dans une certaine indifférence lors d’une journée historique dont l’auteur retrace avec soin tous les détails.

 

Précis et détaillé le livre de Rabinowich est véritable référence pour se guider dans les faits qui conduisent à l’Octobre rouge. Il montre également que le parti bolchevik, loin d’être une organisation monolithique, est traversé de débats, de désaccords où souvent Lénine est en minorité. Surtout il fait un sort à l’idée, trop largement répandue et fausse, que la Révolution d’octobre fut un simple coup d’État organisé par une minorité. Au contraire, les ouvriers et les militaires de Petrograd ont reconnu leurs aspirations dans le programme bolchevik et lui ont accordé leurs soutiens sans lequel la prise du pouvoir aurait été impossible.

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 07:37

Jean Monneret, Histoire cachée du Parti communiste algérien. De l’Étoile nord-africaine à la bataille d’Alger, Via Romana, 2016

Communistes en Algérie

Pour de nombreux historiens, les positions prises par les communistes français face à la guerre d’Algérie marquent une rupture entre le PCF et une partie de la gauche qui lui était jusque-là favorable. Les ambiguïtés communistes face à la question nationale algérienne ne datent pas de 1954 mais s’inscrivent dans une histoire plus longue, une histoire qui est au cœur du livre de Jean Monneret et que résume le destin du PC algérien.

 

L’auteur montre dans un premier temps les relations compliquées entre les communistes et l’Algérie depuis la création de l’Étoile nord-africaine en 1926 au début de la guerre d’Algérie en 1954 en passant, bien sur, par la création du PC algérien en 1936. Au cœur de ce lien se trouve la difficulté pour les communistes d’articuler lutte des classes et lutte nationale, surtout dans le contexte d’une colonie de peuplement comme l’est alors l’Algérie. Si l’anticolonialisme radical prôné par le PCF dans les années 1920 peut sembler un point de convergence avec les nationalistes, très rapidement les tensions apparaissent et ne cessent de croître notamment lorsque le PCF, au moment du Front populaire, prône l’assimilation et n’envisage une éventuelle indépendance que dans un futur lointain.

 

Le PC algérien, chapeauté par le PCF, suit la ligne dictée depuis Paris qui, par exemple, se montre virulente pour condamner les soulèvements de Sétif et Guelma en mai 1945 et approuver la répression qui suit. Les relations sont alors particulièrement conflictuelles avec les nationalistes d’autant que si le PCA cherche à s’ouvrir aux musulmans, sa base et ses cadres sont essentiellement composés d’Européens.

 

L’insurrection nationaliste de la Toussaint 1954 lancées par le FLN est l’objet de critiques de la part du PCF comme du PCA. Si ce dernier opère néanmoins un rapprochement avec les nationalistes sa situation devient vite intenable et la logique de la guerre d’Algérie le broie peu à peu. Le départ de nombreux militants européens le réduit en effet à une peau de chagrin tandis que certains militants qui souhaitent participer à la lutte pour l’indépendance se retrouvent dans les Combattants de la libération, son bras armé. Il se rapproche alors de plus en plus du FLN. En 1955, les communistes sont acceptés à titre individuel au sein du Front tandis qu’en 1956, les Combattants de la libération sont intégrés au FLN. Le PCA, peu à peu marginalisé par les nationalistes, n’a plus qu’un rôle de propagande et subit les coups de la répression à la suite de son interdiction par les autorités en septembre 1955.

 

Jean Monneret, montre que la participation du PCA à la lutte indépendantiste durant la guerre d’Algérie fut modeste même si elle ne fut pas négligeable. L’épisode du vol d’armes par l’aspirant Maillot suivi de la tentative de former un maquis rouge, l’affaire Fernand Iveton, la présence d’artificiers communistes travaillant avec le FLN montrent que des communistes participèrent activement à la lutte mais cet appui fut marginal, à l’image d’un parti qui ne parvint jamais à devenir un mouvement de masse.

 

La dernière partie du livre de Jean Monneret, qui traite de l’affaire Maurice Audin, est certainement celle qui prête le plus à discussion et à débat. Pour l’auteur, les communistes ont choisi le cas Audin pour mener une vaste campagne contre l’utilisation de la torture en Algérie sans prendre en compte la réalité des faits, ni le contexte terroriste de l’époque. En ciblant volontairement les seuls militaires, ils ont oublié que ces derniers agissent avec l’assentiment des autorités civiles tandis que le FLN organise de son côté des attentats qui prennent délibérément pour cible des civils innocents. Si l’auteur ne cache pas ses opinions sur la question de la répression en Algérie, il montre aussi que pour les militaires, l’ennemi communiste était tout aussi important et dangereux que l’ennemi nationaliste. Traumatisés par l’échec indochinois, les officiers sont pour beaucoup convaincus que l’insurrection algérienne est le fruit d’une machination initiée par Moscou. Cette obsession anticommuniste explique en grande partie la vigueur de la répression contre le PC algérien dont Maurice Audin fut une des victimes, une répression disproportionnée en vérité en comparaison du rôle marginal tenu par les communistes dans l’insurrection algérienne.

 

Si le livre de Jean Monneret est parfois loin de la doxa dominante concernant la guerre d’Algérie, il a le grand mérite de rappeler ce que fut l’histoire du PC algérien, de ses contradictions et de ses déchirements qui le conduisirent à son échec final.

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 07:33

Alain Roux, Chiang Kaï-shek, un destin trop grand, Payot, 2016

Le rival de Mao

Alors que Mao Tsé-toung a été l’objet de nombreuses biographies, il n’en existait pas, en français, de son grand rival, le généralissime Chiang Kaï-shek. Cette absence est aujourd’hui largement comblée avec la belle biographie que lui consacre Alain Roux.

 

Il n’est pas possible de tracer ici, en quelques lignes, le destin de Chiang Kaï-shek qui se confond en grande partie, au moins jusqu’à la fin des années 1950 avec l’histoire de la Chine. Comme de nombreux Chinois de sa génération, notamment Mao, Chiang a particulièrement souffert des humiliations que les puissances occidentales et le Japon infligèrent à son pays au moment de la guerre des Boxers en 1900. Restaurer la puissance et le prestige de son pays devint alors l’aiguillon qui guida son action et sa politique. Obscur militaire nationaliste à ses débuts, il parvint rapidement à se faire un nom auprès de Sun Yat-sen dont il se réclama par la suite l’héritier tout en prenant le contre-pied de sa politique sur certains points. Il en fut ainsi des relations entre nationalistes et communistes. Si Sun avait initié le rapprochement entre ces deux forces, obtenant ainsi le soutien, notamment militaire, de l’URSS, Chiang fut l’homme de la rupture avec les communistes qu’il massacra impitoyablement à Shanghaï en 1927 puis qu’il poursuivit lors de campagnes d’extermination qui faillirent d’ailleurs mettre un terme à l’existence du mouvement communiste chinois.

 

C’est la guerre contre le Japon en 1937 qui sauve Mao et ses partisans en forçant Chiang a tourné toute ses forces contre l’envahisseur et à consentir une alliance précaire avec les communistes qui lui permet d’obtenir le soutien de Moscou contre Tokyo. Chiang affronte seul les armées japonaises avant de recevoir l’aide des alliés occidentaux à partir de la fin 1941. Si la victoire finale de 1945 permet à la Chine d’entrer dans le cercle des Grands avec un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU, la guerre a largement ébranlé son image d’unificateur du pays. Les défaites militaires successives, l’inflation galopante, le développement de la corruption et l’absence de liberté minent le régime de Chiang qui va s’effondrer en quelques années face aux armées communistes.

 

Vaincu, Chiang se réfugie sur l’île de Taïwan dont il entend faire sa base de départ pour reconquérir le continent. S’il bénéficie de la protection militaire américaine contre une attaque de la Chine populaire, son projet de reconquête ne verra jamais le jour. Pire encore, en 1972, Nixon rend visite à Mao tandis que le siège chinois au Conseil de sécurité de l’ONU est retiré à Chiang pour être donné à la Chine populaire. Dernier pied-de-nez de la vie, Chiang ne verra pas mourir son adversaire de toujours puisqu’il décède un an avant Mao.

 

S’appuyant sur le journal intime de Chiang, Alain Roux offre un portrait mesuré et sans complaisance d’un ambitieux qui, une fois arrivé au pouvoir ne se montra pas un grand politique, ni un grand stratège militaire. Son autoritarisme qui parfois se teinte d’une tentation fasciste, ses liens avec le crime organisé, son recours à l’assassinat politique finissent de dessiner un personnage qui paradoxalement est l’objet depuis quelques années d’une relative réhabilitation en Chine. Ce retour en grâce, signe d’un renouveau du nationalisme chinois, doit être surtout mis en parallèle avec le jugement plus mesuré, voire critique, des Chinois envers la politique maoïste. Néanmoins cette revanche posthume de Chiang sur Mao ne doit pas faire oublier que ce dernier surpasse le premier, non pas humainement, mais comme dirigeant politique sachant évaluer correctement un rapport de forces et utiliser les faiblesses et les divisions de ses adversaires pour rebondir quand le pouvoir semble lui échapper.

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 07:01

André Gounot, Les mouvements sportifs ouvriers en Europe (1893-1939), Presses universitaires de Strasbourg, 2016.

Le sport rouge

André Gounot, spécialiste de l’histoire du mouvement sportif ouvrier, offre avec son dernier livre la première synthèse sur cet aspect peu connu de l’histoire du mouvement ouvrier. S’appuyant sur les nombreux travaux universitaires existant, il offre un panorama des différentes organisations qui, de la fin du 19e siècle au début de la Seconde Guerre mondiale, essayèrent de promouvoir des pratiques et un encadrement sportif issu et à destination du monde ouvrier.

 

A la croisée de l’histoire politique, sociale et culturelle, l’auteur montre la profonde hétérogénéité des mouvements sportifs ouvriers. Le phénomène apparaît et se développe prioritairement dans l’Europe germanique c’est à dire en Allemagne et dans les provinces allemandes et tchèques de l’Empire austro-hongrois. Ces pays voient, avant 1914, l’essor et l’implantation d’organisations sportives ouvrières de masses tandis qu’il faut attendre l’Entre-deux-guerres pour que des mouvements similaires apparaissent en Scandinavie ou en Espagne. Malgré ce développement inégal, qui laisse largement à l’écart la France et la Grande Bretagne, les mouvements sportifs ouvriers se regroupent en 1913 au niveau international dans l’Association socialiste internationale d’éducation physique (ASIEP).

 

La fragile unité du sport ouvrier international ne résiste pas aux bouleversements de la guerre et à la scission entre socialistes et communistes. Dans chaque pays les organisations sportives ouvrières sont l’objet d’une compétition entre les deux tendances. Si la social-démocratie garde le contrôle de l’organisation en Allemagne, en France ce sont les communistes qui l’emportent ce qui provoque le départ des socialistes qui fondent leur propre organisation. Si le rapport de forces est profondément différent dans chaque pays, il se joue également au niveau européen avec la reconstitution de l’ASIEP à Lucerne en 1920 tandis qu’à Moscou est formé l’Internationale rouge sportive en 1923.

 

La compétition est tendue entre les deux organisations internationales, surtout à partir du moment où le mouvement communiste adopte la stratégie classe contre classe. Les contacts et rencontres sportives entre clubs socialistes et communistes sont interdits et les organisations encore unifiées se scindent comme en Allemagne. La confrontation se donne pleinement à voir en juillet 1931 quand chaque internationale organise une Olympiade. Les socialistes se retrouvent à Vienne tandis que les communistes organisent les Spartakiades à Berlin. C’est aussi à ce moment que le sport ouvrier est confronté à la montée du fascisme. Si certains sportifs ouvriers répondent à cette menace par la résistance armée, notamment en Autriche, ils ne forment le plus souvent qu’une minorité ce qui démontre les limites de la volonté affirmée par certains de faire du sport ouvrier une sorte d’entraînement militaire prolétarien.

 

Les défaites ouvrières face au fascisme en Autriche et en Allemagne entraînent en réaction des rapprochements entre sportifs socialistes et communistes. Anticipant la stratégie de Front populaire, les organisations sportives ouvrières françaises fusionnent en 1934 au sein de la Fédération sportive et gymnique du travail. L’arrivée au pouvoir du Front populaire en Espagne s’accompagne d’un impressionnant développement du sport ouvrier, notamment en Catalogne. C’est d’ailleurs dans cette région que sont organisées en juillet 1936 des Olympiades populaires en réaction contre les Jeux Olympiques qui se déroulent alors à Berlin. Même si cet événement ne pourra se tenir en raison du déclenchement du soulèvement nationaliste, socialistes et communistes ont activement collaboré à son organisation. Le Front populaire sportif débouche finalement sur la dissolution de l’Internationale sportive rouge en 1937 tandis que des sportifs soviétiques participent à l’Olympiade ouvrière d’Anvers organisée par les socialistes.

 

Au-delà d’une histoire uniquement centrée sur les organisations, André Gounot analyse également la nature du sport ouvrier, cette recherche d’une alternative au sport « bourgeois » considéré comme élitiste et trop préoccupé par les performances et la compétition. Il en montre surtout les limites. Dés ses débuts, le sport, contrairement à d’autres activités de loisirs ou artistiques, se prête mal aux tentatives de politisation. Les sportifs ouvriers, s’ils sont pour la plupart membres ou sympathisants des partis ouvriers, ne donnent pas un contenu politique à leurs pratiques. L’auteur remarque d’ailleurs que la majorité des ouvriers pratiquant un sport le font au sein de clubs « bourgeois ». Le mouvement sportif ouvrier est d’ailleurs obligé, pour ne pas perdre des adhérents, de s’aligner sur les pratiques du sport « bourgeois », notamment dans le domaine des compétitions ou la valorisation des performances. Ce processus est parallèle à celui qui voit les équipes sportives soviétiques s’intégrer peu à peu aux circuits officiels du sport international.

 

La Seconde Guerre mondiale met fin aux aspirations du mouvement sportif ouvrier qui, s’il continue à exister à travers de nombreuses organisations nationales, ne se distingue plus par ses conceptions et ses pratiques du sport « bourgeois » au moment où l’URSS entre au CIO et que le culte de la performance sportive devient une caractéristique des démocraties populaires.

 

La synthèse d’André Gounot, claire et bien documentée, apparaît déjà comme un livre de référence sur l’histoire du sport ouvrier.

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")