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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 07:19

Paul Boulland, Des vies en rouge. Militants, cadres et dirigeants du PCF (1944-1981), Editions de l’Atelier, 2016.

Les communistes français des Trente glorieuses.

Issu de sa thèse de doctorat en Histoire, Paul Boulland, nous offre dans son livre une véritable plongée au cœur du monde communiste français au moment de son apogée. Dépassant la simple étude sociologique des militants et cadres, l’auteur, à travers l’analyse des modifications de la composition du PCF, propose une lecture originale et stimulante de l’histoire de ce dernier.

 

Pour les communistes, la composition sociale du corps militant et de son encadrement représente un enjeu politique majeur. Parti de la classe ouvrière, le PCF veut incarner concrètement cette spécificité aussi bien à la base qu’aux différents niveaux de sa hiérarchie. Pour cela, il a élaboré au cours des années 1930 le modèle du cadre thorézien qui conjugue à la fois l’origine ouvrière, la capacité à assimiler de nouvelles connaissances et l’autorité du meneur et de l’organisateur, ce modèle assurant la légitimité politique des cadres et dirigeants qui l’incarnent. Afin de maintenir ce modèle au centre de son dispositif, le PCF s’est doté à partir de 1932 d’une section des cadres renommée après-guerre section de montée des cadres. Cette dernière, à travers des questionnaires biographiques et des enquêtes, doit d’abord protéger le Parti de l’infiltration par des provocateurs, des policiers, des adversaires et, après-guerre, le purger de ceux dont la conduite sous l’Occupation ne fut pas irréprochable. La section de montée des cadres doit également sélectionner ceux et celles jugés aptes à tenir des fonctions d’encadrements à tous les niveaux du Parti. C’est donc elle qui est en première ligne pour perpétuer le modèle du cadre thorèzien.

 

Après la guerre, la légitimité politique incarnée par la conformité à ce modèle se heurte à une autre légitimité, celle issue de la Résistance. Cette concurrence débouche sur une série de crises interne mais permet de réaffirmer la primauté du modèle thorèzien, le plus à même d’assurer la cohésion du Parti en période de Guerre froide. Ce sont les changements politiques initiés à la fin des années 1950 et qu’incarne à partir de 1964 Waldeck-Rochet, le successeur de Thorez, qui vont profondément ébranler son caractère central dans l’organisation communiste. L’ouverture vers les socialistes et la volonté d’élargir les rangs du PCF débouchent dans les années 1970 sur la signature du Programme commun et la montée des effectifs. Les classes moyennes, c’est-à-dire les techniciens, fonctionnaires, ingénieurs et employés prennent alors une place de plus en plus importante alors que les ouvriers qualifiés, au cœur du modèle thorèzien, s’effacent, victimes de la crise économique des années 1970. Face à cette évolution, la direction du PCF, incarnée par Georges Marchais, réaffirme la primauté du modèle ancien, cette forme de conservatisme provoquant la rupture avec la fédération de Paris en 1979. Cette crise apparaît de manière rétrospective comme le premier signal du déclin communiste dans les années 1980.

 

Si Paul Boulland dans son ouvrage ne parle jamais des théories du sociologue Roberto Michels, le lecteur qui connaît les thèses de ce dernier ne peut manquer de constater que le PCF, à travers le modèle thorèzien, a cherché à contrecarrer une des lois que Michels a mis en évidence en étudiant le mouvement socialiste du début du 20e siècle, la tendance pour les militants disposant d’un capital culturel élevé à s’imposer comme dirigeant. Pris entre le phénomène de démocratisation de l’enseignement supérieur et la disparition de pans de la classe ouvrière traditionnelle, le PCF n’a pas su renouveler son modèle militant et s’est recroquevillé sur un schéma qui n’était plus en phase avec la société issue des Trente glorieuses.

 

Le livre de Paul Boulland, c’est là aussi tout ce qui fait son intérêt, ne se limite pas à l’étude de la composition du Parti ou des moyens pris par la direction pour la contrôler. Il offre également de nombreux aperçus du quotidien des militants et cadres. Les pages consacrées à l’étude de l’agenda d’une secrétaire de section de la région parisienne sont particulièrement éloquentes sur l’aspect chronophage du militantisme. L’auteur montre également la difficulté d’être permanent, non seulement sur le plan matériel, mais aussi dans les rapports avec les militants. Il y a aussi les cadres qui choisissent volontairement de devenir ouvrier pour être en conformité avec le modèle militant mis en avant par la direction et ceux qui refusent les promotions sans oublier les tensions qui existent pour chacun entre la vie militante et la vie familiale. Paul Boulland montre ainsi toute la diversité des militants et des cadres communistes, un univers où se côtoient abnégation et faiblesse, un monde à l’image de la nature humaine en somme. 

communismeetconflits - dans Communisme français
12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 07:19

Pino Adriano, Une mort de plomb, qui a tué Mauro Brutto ? Vuibert, 2016.

Un journaliste face aux années de plomb

Le 25 novembre 1978, un journaliste du quotidien communiste milanais, L’Unità, Mauro Brutto, trouve la mort dans ce qui semble être d’abord un simple accident de la route. Ce drame est le point de départ d’une fascinante enquête de Pino Adriano qui plonge le lecteur dans les arcanes des années de plomb de l’Italie des années 1970. Brutto n’est pas en effet un journaliste ordinaire mais un véritable enquêteur qui s’est, en particulier, spécialisé dans l’investigation concernant les nombreux enlèvements contre rançon qui ravagent le nord de l’Italie. Et il est doué puisque grâce à ces informations la police appréhende un chef mafieux responsable de nombreuses séquestrations. Il découvre également des trafics d’armes organisés conjointement entre les néofascistes et la Mafia, les relations troubles entre certains autonomes et néofascistes pour le contrôle de la vente de drogues. Et bien sur, au fil de ses enquêtes, il ne cesse de se faire des ennemis, suffisamment pour laisser penser que sa mort n’est pas purement accidentelle, d’autant qu’elle est revendiquée par un groupe gauchiste.

 

Le récit du parcours de Brutto, de sa mort, de l’enquête judiciaire qui suit celle-ci, permet à Pino Adriano de plonger le lecteur dans les arcanes et les entrelacs des années de plomb, expression de la souveraineté limitée de l’Italie dans le contexte de la Guerre froide. Après la chute de Mussolini, les États-Unis, mais également le Vatican, sont en effet obsédés par la crainte que l’Italie ne bascule à gauche alors que le Parti communiste italien est le plus puissant des PC en Europe occidentale. Le maintien de la Démocratie chrétienne au pouvoir devient alors la garantie de l’attachement solide de la péninsule au giron atlantiste. Pourtant, dans le climat de détente du début des années 1960, apparaît au sein de la DC une aile gauche incarnée par Fanfani et Aldo Moro, favorable à un rapprochement avec la gauche. C’est plus que ne peuvent en supporter les Américains qui, s’appuyant sur leurs plus solides soutiens au sein de l’appareil d’État italien, alimentent une stratégie de la tension visant toujours à éloigner la gauche du pouvoir.

 

Tentatives de coups d’État, attentats sanglants, meurtres, enlèvements vont dés lors marquer le quotidien de l’Italie jusqu’aux années 1980. Le paroxysme de cette flambée de violence sera l’enlèvement et le meurtre du président du Conseil, Aldo Moro, en 1978, quelques mois seulement avant la mort de Brutto. La Mafia, les groupes néofascistes, les services de renseignements sont les principaux instigateurs de ces tragédies, n’hésitant pas à infiltrer les organisations gauchistes pour faire retomber sur l’ensemble de la gauche l’horreur légitime que ces violences inspirent. C’est ce que Brutto découvre peu à peu au fil de ces investigations.

 

A travers le destin de ce journaliste mort à seulement 32 ans, Pino Adriano dissèque avec brio les mécanismes de cette stratégie de la tension, ses mobiles, les liens entre ses acteurs. Il réussit surtout à rendre compréhensible une histoire passablement compliquée dont les principaux protagonistes ont cherché à brouiller et effacer leurs traces. Son livre, qui se lit comme un fascinant roman policier, permet ainsi d’appréhender une période charnière de l’histoire italienne et européenne. Une époque de violence qui ne manque pas de rappeler celle que nous vivons.

communismeetconflits - dans Terrorisme Italie Guerre froide
31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 07:08

Patrick Fort, Après nous, Editions Arcane, 2016.

Un « Espagnol rouge »

Ce n’est pas sans une certaine appréhension que nous avons ouvert le livre que Patrick Fort consacre à Celestino Alfonso. Depuis quelques années, en effet, la fiction s’est emparée des combattants FTP-MOI de la tristement célèbre Affiche rouge. Ainsi depuis 2009, ils ont été les protagonistes d’un film de Robert Guédiguian, d’un polar de Didier Daenincks, du livre d’Alain Blottiére sur Tomas Elek, de celui de Marie-Florence Ehret sur Olga Bancic, d’une bande dessinée sur Marcel Rayman. Cette profusion pouvait laisser craindre l’apparition dans le domaine éditorial d’un « filon » charriant le bon grain mais surtout le mauvais ivraie, celui qui naît de la facilité et de la caricature. Tel n’est heureusement pas le cas du livre de Patrick Fort, ni d’ailleurs des auteurs cités précédemment.

 

L’auteur retrace les derniers mois de la vie de Celestino Alfonso, de son arrestation à sa mort le 21 février 1944. Chaque chapitre est donc l’occasion de décrire une nouvelle étape du chemin qui mène le résistant à sa fin mais également d’analepses qui racontent son parcours avant son arrestation. Et ce destin possède quelques singularités peu connues que l’auteur met en lumière. Ainsi, si Celestino Alfonso est bien né en Espagne, il n’arrive pas en France à la fin de la guerre civile espagnole comme de nombreux compatriotes qui s’engageront dans la Résistance, mais au début des années 1930, avec sa famille, alors qu’il n’est encore qu’adolescent. Il découvre alors la banlieue ouvrière de Paris, en l’occurrence Ivry-sur-Seine, et s’intègre en trouvant un travail et en militant au sein de la Jeunesse communiste à partir de 1934. Mais quand son Espagne natale devient la proie de la guerre civile, Alfonso se porte volontaire dans les Brigades internationales. Quand il rentre définitivement en France, en février 1939, il est interné au camp de Saint-Cyprien dont il s’évade pour rejoindre sa famille.

 

Quand il s’engage dans la Résistance, Alfonso est en effet marié et père d’un petit garçon. S’il n’est pas le seul dans ce cas, cette situation semble plutôt minoritaire au sein des groupes FTP-MOI de la région parisienne. Patrick Fort raconte alors les ennuis d’Alfonso qui, pour cacher ses activités clandestines, doit mentir à son épouse, provoquant ainsi disputes et suspicions. En effet, Alfonso n’est pas un clandestin, il mène une double vie, partagé entre son emploi et ses activités résistantes. Son arrestation a ainsi lieu au moment où il rentre de son travail pour retrouver sa famille, ce qui permet à Patrick Fort d’offrir au lecteur le récit poignant de l’instant où Alfonso aperçoit les siens pour la dernière fois sans même pouvoir leur faire un signe ou leur lancer un au revoir.

 

Loin de tomber dans la facilité de l’héroïsation de son personnage, l’auteur nous dépeint un Celestino Alfonso profondément humain, plein de doutes et d’angoisses, meurtri de ne pas voir les siens, ni de recevoir de leurs nouvelles quand il est en prison. Il revient également sur les différentes actions d’Alfonso dans la lutte armée, notamment l’exécution de Julius Ritter et prend soin de ne pas donner une image totalement négative des Allemands. La bonté de l’abbé Stock « l’archange des prisons » et le courage du sous-officier qui a pris, à la dérobée, des photos de l’exécution des membres de l’Affiche rouge répondent à la brutalité des policiers français qui torturent Alfonso pour montrer que la barbarie et l’humanité n’ont pas de patrie.

 

Au final, voici un livre à la fois sobre, émouvant et bien documenté sur cet « Espagnol rouge » qui donna sa vie pour la France le 21 février 1944 au côté de 21 de ses camarades.

18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 07:34

Jean Vigreux, Histoire du Front populaire. L’échappée belle, Taillandier, 2016.

La vie est à nous

Les commémorations d’événements historiques sont depuis quelques années systématiquement accompagnées d’une floraison éditoriale où la quantité n’est pas toujours synonyme de qualité. Les 80 ans du Front populaire n’échappent pas à ce phénomène même si dans ce cas le nombre de publications est moindre que pour d’autres événements et la qualité des ouvrages publiés bien meilleurs. Parmi ces derniers, celui de Jean Vigreux apparaît comme la synthèse la mieux réussie.

 

Le livre de Jean Vigreux, s’adressant au plus grand nombre, apparaît au premier abord d’une facture assez classique, adoptant un plan chronologique qui, après un tableau de la crise à la fois économique, politique et sociale qui touche la France dans la première moitié des années 1930, retrace la genèse et le développement de la coalition de Front populaire jusqu’à la victoire électorale de mai 1936. La suite de l’ouvrage étudie le Front populaire au pouvoir, donnant une large place aux grèves de juin et aux différentes réformes initiées par le gouvernement Blum, puis son déclin et sa fin avec l’arrivée de Daladier au pouvoir. Pour terminer, les deux derniers chapitres analysent l’ampleur du phénomène de politisation ainsi que la façon dont les différents secteurs de la société ont vécu la période.

 

Si l’auteur, à la lumière des travaux historiques les plus récents, retrace les différentes étapes, déjà bien connues, de l’histoire du Front populaire, il élargit son propos bien au-delà du simple horizon de l’histoire politique ou sociale traditionnelle concernant cette période. Ainsi, sur le plan social, si Jean Vigreux consacre une part importante de son livre au monde ouvrier, il offre de nombreux passages traitant de la situation et des conflits au sein de la société rurale. Le rôle des intellectuels, de l’Église, du patronat, des femmes n’est pas oublié de même que la façon dont l’expérience du Front populaire est vécue dans les régions et dans les colonies françaises. A ce titre, Jean Vigreux innove dans l’historiographie du Front populaire en nous offrant la première histoire globale du Front populaire de ce moment clef de l’histoire française contemporaine.

 

La démarche de Jean Vigreux permet ainsi de « casser » certains mythes concernant le Front populaire. Ainsi, si cette période fut marquée par de nombreuses espérances et une certaine joie de vivre, elle fut aussi un moment de grandes tensions, de haines et de violences. Elle fut aussi celle de profondes restructurations politiques. Si à gauche, l’unité des débuts laisse la place à des divisions, aussi bien entre les formations politiques qu’à l’intérieur de celles-ci, notamment au sein de la SFIO et du parti radical, la droite voit l’émergence du Parti social français, véritable parti de masse. Jean Vigreux montre d’ailleurs que l’attraction exercée par le PSF sur de larges franges de l’électorat radical pousse le parti radical à se rapprocher de la droite, conduisant ainsi à mettre fin à la coalition de Front populaire.

 

Le livre de Jean Vigreux, claire et accessible aux non-spécialistes, magistrale synthèse sur ce moment clef de l’histoire politique et sociale française où l’État s’arroge un rôle régulateur et interventionniste, est un passage obligé pour tous ceux qui veulent découvrir ou redécouvrir, au-delà des mythologies et des simplifications cette « échappée belle » que fut le Front populaire.

11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 07:00

Carlo Feltrinelli, Senior Service, Christian Bourgeois Editeur, 2001.

Feltrinelli, l’amour de la littérature et de la révolution

En mars 1972, Giangiacomo Feltrinelli, grand éditeur italien et révolutionnaire clandestin trouve la mort au pied d’un pylône électrique dans l’explosion d’une bombe qu’il avait déposée. Dans ans auparavant, il a écrit une lettre à son fils, Carlo qui fête ses 8 ans, pour lui expliquer les raisons de son absence, son combat en faveur des ouvriers et contre l’injustice et le fascisme. Trente ans plus tard, ce fils, après une minutieuse enquête, raconte le destin de ce père, un homme qui fut animé à la fois par la passion des livres et de la révolution.

Feltrinelli voit le jour à Milan en 1926 au sein d’une des familles les plus fortunées d’Italie, son père est un industriel et un financier tandis que sa mère est la fille d’un banquier. Il grandit dans un milieu privilégié, voyage beaucoup et fréquente la famille royale italienne. Il découvre néanmoins la condition ouvrière au contact des employés qui travaillent pour sa famille.

Il rejoint en 1944, les troupes italiennes qui combattent les Allemands et commence à lire Marx. Un an plus tard, il rejoint le Parti communiste italien à qui il fournit des renseignements sur les milieux monarchistes que fréquente sa mère. C’est aussi à cette période qu’il hérite de la fortune de son père ce qui lui permet de faire de généreux dons au PCI et de préparer un grand projet culturel, une bibliothèque rassemblant des documents sur l’histoire du mouvement ouvrier.

Quelque temps plus tard, Feltrinelli fonde une maison d’édition qui connaît rapidement le succès en publiant Lampedusa, Borges, Lessing, Kerouac, Garcia Marquez mais également Che Guevara. Mais ce qui donne à Feltrinelli une renommée mondiale, c’est la publication du Docteur Jivago de Pasternak dont il acquiert les droits pour l’ensemble de la planète à l’exception de l’URSS où le livre ne sera publié qu’en 1989.

L’auteur consacre une grande partie de son livre aux relations compliquées entretenues entre Feltrinelli et Pasternak et donne de larges extraits de leurs correspondances dont une partie fut interceptée par le KGB. Si le Docteur Jivago est un succès mondial, l’obstination et les subterfuges déployés par Feltrinelli pour parvenir à le publier, malgré les réticences des autorités soviétiques, marque une première faille dans les relations entre l’éditeur et le PCI. L’invasion de la Hongrie par les blindés soviétiques en 1956 conduit finalement à la rupture et en 1958, Feltrinelli n’est plus membre du PCI.

En 1959, Feltrinelli se rend à Cuba pour essayer de persuader Fidel Castro de rédiger ses mémoires. Il devient aussi l’ami de Che Guevara et défend les luttes de libération nationale des pays du tiers-monde. Sur le plan éditorial, il publie les auteurs du Groupe 63 qui réunit des écrivains d’avant-garde mais également la revue Tricontinentale. Feltrinelli, devenu l’une des figures du gauchisme culturel des années 1960, son destin bascule en même temps que l’Italie entre dans les années de plomb. Il noue des contacts avec des militants gauchistes dont Renato Curcio l’un des fondateurs des Brigades rouges et alors que l’Italie connaît ses premiers attentats dont Feltrinelli est accusé d’être l’inspirateur.

Persuadé que l’Italie est à la veille d’une prise de pouvoir par le fascisme, il prend le chemin de la lutte armée et devient clandestin. Il vit alors dans la solitude, achetant des armes et des appartements pour en faire des planques et nouant des liens avec de petits groupes clandestins d’extrême-gauche pour lesquelles il fabrique de manière artisanale des bombes. C’est l’une d’entre elles d’ailleurs qui le tue en 1972 dans des circonstances mystérieuses.

Insaisissable et inclassable, le destin de Giangiacomo Feltrinelli rend compte d’une époque marquée par la passion politique où un millionnaire rouge pouvait mourir pour ses idées.

communismeetconflits - dans Communisme italien Terrorisme Extrême-gauche Italie
4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 07:49

Les saisons d’Alsace, n° 68, printemps 2016, « 1936. Des grandes grèves aux premiers congés payés. »

« Frieden, Arbeit und Brot », le Front populaire en Alsace

A l’occasion de l’anniversaire de l’élection du Front populaire, Les saisons d’Alsace publient un excellent dossier sur l’année 1936 dans la région alsacienne. Cette dernière, redevenue française en 1918, est marquée par certaines spécificités issues à la fois de son passé allemand et des modalités de son retour dans le giron français. Les années 1920 ont été marquées par une profonde incompréhension. Les autorités françaises ont en effet essayé de remettre en cause ces spécificités, notamment le régime condordataire, entraînant en retour le développement d’un mouvement autonomiste puissant en Alsace. Le début des années 1930 est marqué par la crise économique qui touche particulièrement la région, notamment avec le rattachement de la Sarre à l’Allemagne en 1935.

 

C’est dans ce contexte particulier que s’organise et se développe le Front populaire en Alsace. Les craintes provoquées par l’avènement du nazisme en Allemagne sont particulièrement sensibles dans une région qui accueille de nombreux antifascistes allemands. Les réseaux d’entraides avec les camarades d’outre-Rhin pour publier et diffuser dans le Reich une propagande antifasciste sont à ce titre un ciment essentiel du Front populaire alsacien. Si ce dernier obtient des succès lors d’élections locales comme lors des cantonales à Colmar en 1934 ou des municipales à Mulhouse en 1935, les élections législatives de mai 1936 sont un échec, la région reste à droite et seul un communiste est élu député à Strasbourg. Le mois de juin 1936 est marqué par une vague de grève avec occupation d’usine sans précédent en France. Si le mouvement touche tardivement l’Alsace, il prend néanmoins un caractère massif, qui s’exprime notamment à l’occasion de grandes manifestations organisées les 14 juin et 14 juillet 1936.

 

L’été 1936 est marqué par les premiers congés payés. Si de nombreux ouvriers alsaciens bénéficient déjà de cet acquis avant 1936, certains depuis des dizaines d’années, sa généralisation inaugure la société des loisirs. Si la grande majorité des ouvriers alsaciens n’est pas partie en vacances durant l’été 1936, ce nouveau temps de repos est vécu comme une libération qui renforce les solidarités populaires et familiales. Les gens se retrouvent dans les Biergarten ou les jardins ouvriers, certains en profitent pour retourner dans leur famille à la campagne et participer aux travaux des champs. Une minorité quitte la ville pour partir en excursion, notamment dans les Vosges, profitant du développement des auberges de jeunesse et d’un réseau d’hébergement mis en place par les mouvements sportifs et de loisirs ouvriers mais également par les organisations catholiques.

 

Après le bel été 36, l’automne 1936 les opposants au Front populaire relever la tête. En Alsace, ce sont les catholiques qui se mobilisent contre le décret du gouvernement qui relève l’age de la scolarité obligatoire. Ils voient dans cette décision une attaque directe à la fois contre l’enseignement de l’allemand et celui de la religion. La figure de Léon Blum est alors l’objet de nombreuses attaques qui flirtent parfois avec un antisémitisme ouvert avant que le conflit ne s’éteigne avec la chute du gouvernement Blum au printemps 1937, prélude à la fin du Front populaire.

 

Au confluent de l’histoire nationale et locale, le dossier des Saisons d’Alsace montre tout l’intérêt qu’il y a à relire les grands événements nationaux dans un cadre régional et d’examiner les interactions qui se produisent entre les deux échelles. Au-delà des aspects sociaux et politiques du Front populaire, il offre également un instantané de la vie en Alsace à la fin des années 1930 explorant aussi bien les spécificités de la société rurale, les innovations dans l’industrie automobile ou le développement du cinéma amateur. L’ensemble est accompagné de nombreuses illustrations qui donnent à voir l’Alsace à la veille de l’immense catastrophe que fut pour elle la Seconde Guerre mondiale.

25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 07:00

Gérard Soufflet, Maquisards russes en Bourgogne. Histoire du détachement Léningrad, 1943-1944, Éditions de l’Armançon, 2016.

Résistants soviétiques en Bourgogne

La participation de Soviétiques à la Résistance en France est encore un sujet mal connu qui, à notre connaissance, n’a pas encore été l’objet d’une étude systématique. L’ouvrage de Gérard Soufflet représente de ce point de vue une avancée historiographique en retraçant le destin d’un groupe de maquisards russes entre la Saône et Loire, la Nièvre et la Côte d’Or de 1943 à 1944.

 

Ces maquisards sont pour la plupart d’anciens soldats de l’Armée rouge fait prisonniers par la Wehrmacht sur le front de l’Est et envoyé en France, principalement dans les bassins miniers du Nord et de Lorraine, pour servir de main-d’œuvre. Parmi ces groupes de prisonniers des organisations de résistance voient le jour et des évasions ont lieu. Il revient à la MOI, la structure du PCF chargée d’encadrer les étrangers, de prendre en charge et d’organiser ces évadés soviétiques.

 

Dés l’été 1943, la MOI envoie des Soviétiques dans la région de Montceau-les-Mines où existe un groupe de FTP polonais assez actif. En octobre 1943, suite à des arrestations, les Soviétiques accompagnés de certains Polonais forment un maquis au nord de Chalon-sur-Saône. Ce maquis sovieto-polonais, qui maintient des contacts permanents avec la direction de la MOI à Paris par le biais d’agents de liaison, rayonne sur la région jusqu’en mars 1944. La coexistence en son sein est difficile, les Russes se montrent parfois brutaux avec les civils et n’hésitent pas à se livrer à des actes de banditisme provoquant le mécontentement des Polonais. Un jeune Polonais est même abattu par un camarade soviétique pour avoir trop protesté contre les brutalités russes.

 

Finalement, en mars 1944, les Polonais quittent le maquis Léningrad tandis que les Soviétiques rejoignent le sud de la Nièvre. En réalité, ils combattent encore quelques mois cote à cote en tant que troupes de choc du maquis FTPF Valmy et participent à de nombreux combats entre la Nièvre et la Saône et Loire. La séparation a définitivement lieu en août 1944. Les Polonais forment des unités qui sont conçues comme les noyaux de la future armée de la Pologne libérée. Les Soviétiques quant à eux rejoignent la Côte d’Or et intègrent le maquis Maxime Gorki qui regroupe des combattants étrangers. Ils participent alors aux attaques contre les colonnes allemandes en retraite ainsi qu’à la libération de Châtillon-sur-Seine, quelques jours avant que les troupes alliées venant de Normandie et de Provence ne fassent leur jonction à quelques kilomètres de là, le 12 septembre 1944.

 

L’auteur s’appuie sur un riche corpus archivistique, aussi bien des témoignages, parfois inédits, que les fonds des archives départementales, du service historique de la Défense ou de l’Institut de la mémoire nationale à Varsovie pour retracer ce morceau de l’histoire de la Résistance étrangère en France. Surtout il démontre que l’étude locale de la Résistance permet tout à la fois d’ébranler certains mythes et d’éclairer des lignes politiques élaborées au niveau national voire international. Pour ce qui est des mythes, le livre de Gérard Soufflet montre que le maquis soviétique a bénéficié au moins une fois d’un armement provenant d’un parachutage britannique contredisant la vulgate d’une résistance communiste défavorisée par Londres. Il écorne d’autres légendes en mettant en lumière les dérives vers le banditisme, les tensions entre les différentes nationalités, les méprises tragiques lors d’embuscades.

 

Les tribulations des maquisards soviétiques en Bourgogne mettent aussi en lumière la place particulière de la MOI dans le dispositif communiste en tant que courroies de transmission de la politique soviétique en France. C’est sur son ordre que les maquisards soviétiques se séparent de leurs camarades polonais qui en prévision de l’après-guerre sont destinés à rentrer en Pologne former l’armature du nouveau pouvoir communiste. A ce moment, les Soviétiques, plutôt que de rejoindre les FTPF, se regroupent pour se placer sous les ordres des résistants gaullistes. Pour l’auteur cette décision, qui prive la résistance communiste de l’appui de combattants expérimentés, montre que dès l’été 1944 Staline a abandonné l’idée d’une prise de pouvoir par les communistes français.

18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 07:00

Philippe Sidos, La guerre soviétique en Afghanistan, Economica, 2016.

La dernière guerre de l’Armée rouge

L’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques en 1979 est un tournant majeur, aussi bien pour l’Union soviétique que pour le développement de l’islamisme radical, dont les effets se font encore sentir de nos jours. Si le contexte géopolitique de cette intervention est bien connu, il manquait une étude précise sur son aspect proprement militaire. Le livre de Philippe Sidos comble ce manque.

 

L’auteur, ancien attaché militaire en Russie, dresse d’abord l’historique des relations entre l’URSS et l’Afghanistan et les mécanismes de l’engrenage qui conduit à l’intervention de décembre 1979. Sur ce point il montre les hésitations au sein de la direction soviétique quant à son bien-fondé et les éléments qui firent pencher la balance en sa faveur. Il retrace ensuite les différentes phases du conflit tant sur le plan militaire que politique, les difficultés du retrait soviétique, le rôle du Pakistan ainsi que les péripéties de la guerre civile qui déchire le pays jusqu’à l’intervention de la coalition alliée en 2001.

 

Dans un second temps, Philippe Sidos décrit l’adaptation de l’armée soviétique à un conflit asymétrique. Si les débuts furent difficiles, les Soviétiques surent adapter leurs méthodes, utilisant des moyens puissants, notamment aériens, afin de porter des coups sévères aux insurgés et de maintenir ouverte les lignes de communication avec l’URSS et entre les grandes villes d’Afghanistan. Les parachutistes et les forces spéciales, les spetsnatz, sont également largement utilisés dans le cadre d’opérations aéroportées et cela avec une grande efficacité.

 

Rapidement, les militaires soviétiques sont néanmoins conscients que les grandes opérations interarmes ne peuvent venir à bout d’un ennemi très mobile, connaissant parfaitement le terrain et bénéficiant d’un soutien dans la population. Lorsque les troupes soviétiques quittent une région dont elles ont pris le contrôle suite à une de ses opérations, les moudjahidines, dont les lignes d’approvisionnement depuis le Pakistan n’ont jamais été coupées, reprennent le terrain abandonné. Les Soviétiques sont vite conscients que la réponse militaire est insuffisante pour résoudre le conflit afghan. Ils cherchent donc à trouver une solution politique en consolidant le pouvoir afghan, notamment en créant et en développant le potentiel des forces de sécurité afghanes, mais également en cherchant un interlocuteur dans les rangs des moudjahidines. Des négociations et des trêves sont ainsi conclues avec le commandant Massoud, des liens qui perdureront puisque dans les années 1990, l’armée russe lui fournira des armes pour combattre les talibans.

 

Contrairement aux idées reçues, l’armée soviétique démontra en Afghanistan de véritables capacités opérationnelles et sut ainsi remarquablement s’adapter à une guerre contre-insurrectionnelle. Si sur le plan militaire, elle fut prés de remporter la victoire, ce fut sur le plan politique que l’intervention fut un désastre. L’image de l’URSS fut irrémédiablement dégradée sur la scène internationale tandis que la mauvaise gestion du conflit sur le plan intérieur lui aliéna l’opinion. Pour sortir de l’impasse, les Soviétiques décidèrent de se retirer d’Afghanistan dès 1985, avant l’utilisation par les moudjahidines des missiles sol-air Stinger livrés par les Américains.

 

Le livre de Philippe Sidos, extrêmement documenté, apporte un regard neuf, loin des lieux communs, sur le dernier conflit militaire mené par l’armée soviétique. Ce n’est pas là l’une de ses dernières qualités puisque l’auteur réussit avec brio à montrer l’écho et la proximité de l’intervention soviétique en 1979 avec les conflits les plus récents qui touchent l’Afghanistan et plus largement le Moyen Orient. 

12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 06:59

Joël Forthoffer, Georges Wodli. Cheminot et résistant, Vent d’Est éditions, 2016.

Une figure du communisme alsacien

Dans un petit livre, Joël Forthoffer retrace les grandes lignes de la vie de Georges Wodli, figure centrale de la mémoire communiste en Alsace. Wodli naît avec le 20e siècle dans une famille modeste de Schweighouse-sur-Moder, près d’Haguenau, une petite ville du Reichsland allemand depuis 1871. Fils de cheminot, il entre comme apprenti aux ateliers ferroviaires de Bischheim près de Strasbourg où il travaille jusqu’à sa mobilisation en 1918 dans l’armée allemande.

 

Affecté comme matelot dans la Kriegsmarine, Georges Wodli participe en novembre 1918 à la mutinerie de la flotte à Kiel qui marque le début de la Révolution allemande. De retour dans une Alsace redevenue française, Wodli est obligé d’effectuer son service militaire dans la marine à Toulon. En 1922, il s’installe en région parisienne afin d’apprendre le français, une langue qu’il ne maîtrise pas comme une grande majorité d’Alsaciens passés par l’école allemande. C’est lors de son séjour en région parisienne que Wodli commence à militer, d’abord au sein de la CGTU avant de rejoindre le PCF après avoir fait la connaissance de Pierre Sémard.

 

De retour aux ateliers ferroviaires de Bischheim en 1925, Wodli poursuit son engagement notamment dans le syndicalisme cheminot. En 1929, lors de la scission qui secoue le communisme alsacien il reste fidèle au PCF et commence à apparaître comme un militant d’importance. Il devient, en 1930, secrétaire de la fédération unitaire des cheminots d’Alsace-Lorraine mais également membre du bureau régional du PC et effectue un premier voyage en URSS. Il intègre le comité central du Parti en 1932.

 

Durant le Front populaire, Wodli participe activement à la réunification syndicale en Alsace. Il devient aussi le pivot des multiples actions de soutien des communistes alsaciens envers leurs camarades allemands. A ce titre il participe à la rédaction de la presse clandestine communiste allemande et à son acheminement vers le Reich.

 

En septembre 1939, Wodli est mobilisé mais en raison de ses responsabilités au sein du PCF il est interné dans différents centres. Il s’évade d’un camp dans l’Isère en septembre 1940 ce qui lui vaut une condamnation par défaut de la part de la justice de Vichy et l’oblige à la clandestinité. A Paris, la direction du PCF lui confie la responsabilité des liaisons avec les régions annexées d’Alsace et de Moselle. Au début de 1941, il retourne en Alsace pour reconstituer l’organisation communiste en tant que délégué interrégional du comité central.

 

Ce ne sont pas les autorités allemandes qui mettent fin à l’activité de Wodli mais la police française qui l’arrête en octobre 1942 alors qu’il loge à Chatou dans les Yvelines. Il est alors remis à la police allemande et transféré en Alsace au camp de Schirmeck. Il meurt sous la torture, début avril 1943, au siège de la Gestapo de Strasbourg et son corps est incinéré dans le crématorium du camp de concentration du Struthof.

 

Le livre de Joël Forthoffer, malgré une iconographie abondante et originale, laisse hélas un peu le lecteur sur sa faim. Le format réduit de la collection dans laquelle cette biographie est éditée ne permet pas en effet d’aller au-delà des grands traits du destin de Wodli. Il a néanmoins le mérite de permettre de redécouvrir le destin de ce responsable communiste et, à travers lui, de ce que fut le communisme alsacien dans la première moitié du 20e siècle, en attendant la publication, un jour, d’une monographie plus ample sur ce sujet.

5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 06:59

Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage, de la CGT à la Résistance, Perrin, 2016.

Le sabotage, du politique au militaire

L’industrialisation de l’Europe au 19e siècle permet le développement du machinisme, l’apparition et l’extension de réseaux de transports, de communications, d’énergies. La densité et la complexité de ces réseaux sont pour les États, à la fois gage d’efficacité et de puissance tout en constituant leur talon d’Achille. Cette fragilité est bien perçue par deux milieux profondément différents, le mouvement révolutionnaire et l’armée, qui définissent et conceptualisent, dès la fin du 19e siècle, la pratique du sabotage. C’est l’histoire de ce mode d’action que retrace Sébastien Albertelli dans un ouvrage qui étudie la notion et la pratique du sabotage en France de sa naissance au tournant du siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

C’est dans au sein du mouvement syndicaliste-révolutionnaire que la pratique du sabotage est théorisée, notamment par Émile Pouget auteur d’une brochure célèbre sur le sujet. D’abord conçue comme un moyen de rétorsion contre l’exploitation patronale, elle apparaît vite comme une arme au service du projet révolutionnaire et enflamme l’esprit des militants de la CGT mais également des partisans de Gustave Hervé. Mais très rapidement les partisans du sabotage au sein du mouvement ouvrier se retrouvent isolés face à ceux qui prônent l’action de masse comme Jaurès avant 1914 où les communistes durant l’entre-deux-guerres.

 

La pratique du sabotage intéresse également les militaires depuis 1870 et des actions sont prévus en cas de conflit avec l’Allemagne. La Première Guerre mondiale voit donc l’organisation d’opérations de sabotage effectuées par chaque camp avec plus ou moins de succès. Celles menées par les Français préfigurent par bien des points ce qui se passera durant la Seconde Guerre mondiale avec l’utilisation de l’aviation pour déposer des saboteurs derrière les lignes ennemies. Arme du faible contre le fort, les troupes françaises qui occupent la Ruhr en 1923 sont confrontés au sabotage, préfigurant en quelque sorte la situation qui prévaudra dans l’Europe occupée par les armées allemandes à partir de 1939.

 

Sébastien Albertelli accorde une large place à l’étude du sabotage dans la France occupée de 1940 à 1944. Maîtrisant parfaitement son sujet, l’auteur décrit et analyse le rôle des mouvements de Résistance, des services britanniques, notamment le SOE, et de la France libre dans le développement du sabotage, la place qui lui est assignée dans le cadre de la stratégie alliée, son efficacité dans les combats de la Libération. Un ultime chapitre rend compte des tentatives infructueuses du Reich d’organiser à partir de la fin de 1944 l’envoi de saboteurs dans la France libérée.

 

L’émergence du sabotage sur la scène politique et militaire entraîne simultanément l’apparition de la figure du saboteur dont Sébastien Albertelli se fait aussi l’historien. Il montre ainsi que cette figure est utilisée comme un repoussoir pour discréditer la gauche comme le fait Clemenceau en 1906-1908 pour combattre la CGT ou lors de la Drôle de guerre contre les communistes. Si l’image du saboteur politique est donc largement négative, il n’en est pas de même du saboteur patriotique comme le montre l’exemple de la Résistance.

 

Première histoire du sabotage, le livre de Sébastien Albertelli démontre largement l’intérêt et la richesse qu’il est possible de tirer d’un objet d’étude au croisement de l’histoire politique et militaire. D’une lecture agréable et solidement référencé, cet ouvrage qui fait date ne manque pas non plus d’une certaine actualité au regard de la situation sociale tendue que connaît actuellement la France.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")