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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 07:05

Harvey Klehr, John Earl Haynes, Kyrill Anderson, The Soviet World of American Communism, Yale University Press,1998.

Le communisme américain et l'URSS

Pendant longtemps le Parti communiste américain a fait l'objet d'un préjugé favorable. Paradoxalement la croisade anticommuniste lancée par McCarthy, par ses outrances, a favorisé un courant de sympathie envers ce parti de la part d'intellectuels et d'une partie de l'opinion publique de gauche. Ses adhérents sont longtemps considérés comme des idéalistes épris de justice sociale, victimes de la répression politique américaine. Mais l'accès aux archives soviétiques montre que le PC américain était totalement soumis aux Soviétiques.

 

Le livre de Klehr, Haynes et Anderson est essentiellement un recueil de documents et une suite de The Secret World of American Communism, publié en 1995, et qui montrait les liens entre le PC américain et les services de renseignements soviétiques. Le but du présent ouvrage est de montrer que le PC américain fut un satellite du PC soviétique qui le finançait, choisissait les dirigeants et fixait la ligne politique.

 

Les exemples de cette soumission du communisme américain à Moscou sont nombreux. Les 31 mai et 1er juin 1940 se tient ainsi à New-York une conférence spéciale réunissant les cadres du Parti approuve la politique soviétique après la signature du pacte avec Hitler, notamment la disparition de la Pologne condamnée comme un État réactionnaire. Dans les années 1930, les communistes américains justifient la terreur en URSS et à aucun moment ils n'essayent de prendre la défense des Américains rentrés en Union soviétique depuis les années 1920 et victimes des purges en 1936-1938. C'est notamment le cas des communistes américains d'origine finlandaises qui se sont installés en Carélie et sont accusés par le NKVD d'espionnage au profit de la Finlande. Les dirigeants communistes américains, s'ils discutent de leurs cas, c'est uniquement pour envisager l'impact négatif de ces arrestations, jamais pour remettre en cause leur bien-fondé. Au moment de la chasse aux trotskistes, la branche new-yorkaise du PC américain vote une résolution pour les exclure mais elle décide également d'exclure leurs conjoints qui ne peuvent rester au Parti que s'ils se séparent de leurs époux ou épouses renégats.

 

La petite taille du PC américain, le peu de soutien qu'il rencontre au sein du monde ouvrier explique en grande partie cette dépendance à l'égard de l'URSS. Contrairement à certains partis européens, qui en raison de leur influence politique, ont pu faire preuve parfois d'une certaine autonomie, les communistes américains, isolés, en proie à de nombreuses difficultés dans une société imperméable à leurs idées, avaient un besoin vital de l'aide financière et politique soviétique.

 

Le livre de Klehr, Haynes et Anderson met à nu les mécanismes de cette dépendance et la soumission totale du PC américain. Il est souvent à charge oubliant parfois les différences existant entre le noyau des dirigeants et la base du Parti, une base qui se renouvelle souvent en raison du départ de nombreux adhérents. Il n'en représente pas moins une saisissante plongée dans les relations inégales entre le puissant parti soviétique et la petite section communiste isolée au cœur de l'Empire américain.

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communismeetconflits - dans Communisme aux Etats-Unis
14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 07:17

Andrew Meier, The Lost Spy: An American in Stalin's Secret Service, W. W. Norton and Co, 2008.

Le premier espion américain au service de l'URSS

Voici l'histoire d'un homme dont le destin, longtemps caché, aurait pu rester encore longtemps enfermé dans des archives poussiéreuses. Isaïah Oggins, intellectuel new-yorkais, assassiné en 1947 sur ordre de Staline fut longtemps un inconnu avant qu'en 1992, le président russe de l'époque, Boris Eltsine, ne remette à la Maison-Blanche le dossier le concernant, dossier jusqu'alors conservé dans les archives du KGB.

 

Basé sur 6 ans d’enquête, le livre d'Andrew Meier, révèle les secrets de cet homme qui fut probablement le premier Américain à faire de l'espionnage pour le compte de l'URSS. Oggins, né en 1898 dans le Connecticut et fils d'un immigrant russe, est étudiant à l'université de Columbia, un haut lieu de l'activisme de gauche dans les années 1920. Il rencontre alors sa femme Nerma, une militante communiste de Manhattan. Captivés par l'idéologie socialiste et l'expérience communiste en Russie, il rejoint le Parti communiste des États-Unis avant d’intégrer, par le biais des réseaux clandestins du Komintern, les services secrets soviétiques en 1928. Oggins quitte alors le continent américain pour parcourir le monde au gré des missions qui lui sont confiées, allant de Berlin à Paris pour espionner les membres de la famille Romanov puis en Mandchourie pour recueillir des renseignements sur les agissements japonais. Sous la couverture d'un couple de bourgeois américains indifférents à la politique, le couple Oggins n'éveille pas la suspicion. Après 11 ans de service, Oggins est convoqué en février 1939 à Moscou où il est arrêté et envoyé au Goulag où il reste 8 ans.

 

En 1942, alors que l'URSS et les États-Unis sont alliés dans la guerre contre l'Allemagne, le Département d’État apprend par hasard l'existence d'Oggins. Le secrétaire d’État, Cordell Hull demande confirmation de sa présence en URSS, les raisons de son emprisonnement et la possibilité qu'un représentant américain puisse le rencontrer. Les Soviétiques commencent par ignorer cette demande puis au bout de six mois, ils fournissent à Oggins un meilleur régime alimentaire et des soins médicaux avant de le faire venir à deux reprises au siège du NKVD à Moscou. Lorsque les États-Unis demandent la libération d'Oggins, les Soviétiques refusent simplement. Le malheureux retourne alors au Goulag pour accomplir l'intégralité de sa peine. A l'expiration de celle-ci, il est finalement exécuté par le NKVD d'une manière horrible, une injection de neurotoxique qui paralyse progressivement le corps alors que la victime reste consciente. Nerma, qui a réussi à rejoindre Paris en 1938 avant de rentrer en Amérique, reste seul avec son fils Robin, aujourd'hui professeur à la retraite et qui a confié à Meier une boîte de photos et des documents concernant son père.

 

La vie d'Oggins était destiné à être effacé de l'Histoire s'il n'y avait eu l'ouverture partielle et brève de son dossier au début des années 1990. A partir de ce dossier l'auteur a traqué de nouveaux éléments, des témoignages, des pistes nouvelles afin de faire sortir Oggins du néant de l'histoire.

 

L'auteur retrace précisément le destin d'un couple de jeunes idéalistes attirés par le communisme au nom de la justice sociale qui se retrouve impitoyablement broyée par la machine répressive stalinienne. Ont-ils eu des doutes, des regrets sur le choix qu'ils ont fait de se donner totalement à leur idéal ? Le livre ne donne pas de réponse claire sur ce sujet mais il suggère que Nerma Oggins est morte en 1995 toujours fidèle à la cause communiste.

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communismeetconflits - dans Guerre froide Communisme aux Etats-Unis
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 07:00

John Earl Haynes, Harvey Klehr, In Denial: Historians, Communism and Espionage, Encounter Books, 2006.

Espionnage soviétique et communisme américain dans la Guerre froide

Les auteurs sont des spécialistes du communisme américain et de l'espionnage soviétique qui constituent la trame de cet ouvrage. Mais la question centrale concerne la relation entre les intellectuels et la vérité, notamment quand cette dernière est balayée par la réalité. Parfois le livre est une œuvre à charge qui dénonce des méthodes et la manière dont l'idéologie est utilisée par des historiens et des professeurs pour l'histoire des communistes américains impliqués dans l'espionnage soviétique.

 

Le livre, qui s'appuie sur de nombreuses sources, témoignages, enquètes des autorités américaines, documents Venona et archives soviétiques, regorge d'informations sur l'histoire du Parti communiste américain, notamment sur son financement par le Komintern puis directement par le Parti communiste soviétique. Il montre que les communistes américains suivent fidèlement les différentes lignes politiques élaborées par Moscou. Ce lien politique se double de l'envoi de nombreux renseignements fournis par des militants et sympathisants américains vers l'URSS, dont certains concernent les programmes militaires. Le milieu communiste américain devient dans les années 1940 un vivier de recrutements et de contacts pour les services de renseignements soviétiques.

 

Les auteurs affirment que c'est la poursuite énergique de ces réseaux, ce qui conduit à l'affaire Rosenberg, et l'intransigeance de l'administration Truman, qui n'hésite pas à renvoyer les fonctionnaires communistes ou sympathisants qui mettent un terme aux liaisons entre le KGB et les communistes américains. A partir des années 1950, les Soviétiques ne comptent plus que sur l'argent et le chantage pour recruter des informateurs. Les activités d'espionnage de l'URSS aux États-Unis chutent donc tandis qu'elles continuent normalement au Canada et en Europe où la répression est moins intense. Les auteurs reconnaissent les excès du maccarthysme, mais c'est surtout pour regretter que ces outrances permettent d'excuser la trahison de citoyens américains.

 

Voici donc un ouvrage à mi-chemin entre le livre d'histoire et un réquisitoire contre les milieux libéraux et universitaires qui selon les auteurs excusent, minimisent ou pire, justifient, l'espionnage réalisé au nom de l'idéal par des Américains.  

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communismeetconflits - dans Communisme aux Etats-Unis
18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 09:24

Dan Berger, Weather Underground. Histoire explosive du plus célèbre groupe radical américain, Éditions L’Échappée, Collection « Dans le feu de l’action », Montreuil, 2010.

 

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Presque inconnu en France le Weather Underground fut l'un des plus importants groupes contestataires américains de la fin des années 1960 et des années 1970. Son originalité est d’être constitué d'étudiants blancs majoritairement issu de la classe moyenne. Pour les autorités américaines, ses caractéristiques rendent d'autant plus dangereux un mouvement qui se veut ouvertement révolutionnaire, souhaite renverser le gouvernement et soutient activement les mouvements d'émancipation des minorités ethniques.


Le Weather Underground nait de la colère de jeunes blancs, membres du SDS (Students for a Democratic Society) devant l'inaction de la gauche officielle alors que le gouvernement américain mène une politique belliqueuse et répressive. Les violences policières au moment de la convention démocrate de Chicago en 1968 radicalisent des jeunes qui veulent désormais rendre coup par coup. Les membres du Weather Underground entrent alors dans la clandestinité et multiplient les attentats contre des bâtiments emblématiques comme le Capitole ou le Pentagone et cela sans jamais faire victimes.


L'auteur montre également que derrière le discours émancipateur, le Weather Underground est soumis aux mêmes contraintes que les autres groupes révolutionnaires de l'époque: autocritiques violentes, scission permanente, machisme. Mais ce groupuscule fait aussi la preuve d'un véritable sens de la communication avec la sortie en 1970 d'un communiqué intitulé: Déclaration d'un état de guerre, puis la publication clandestine d'un livre Prairie Fire et d'une revue Osawatomie.


Le livre repose sur la consultation de nombreuses archives et journaux d'époque. Mais Dan Berger a également rencontré de nombreux anciens militants du Weather Underground dont David Gilbert qui purge toujours une peine de prison à Attica depuis 1981 pour la mort d'un convoyeur de fonds et de deux policiers lors d'un braquage.


Le livre de Dan Berger ne cherche pas seulement à faire le récit d'une organisation terroriste mais prend également soin d'explorer la pensée et la réflexion d'un mouvement qui ne cesse d'évoluer. Si l'auteur est avant tout un militant et se montre favorable au Weather Underground, s'appuyant d'ailleurs un peu trop sur les témoignages des anciens membres, il parvient néanmoins à conserver une certaine distance critique avec son sujet et donne ainsi à son ouvrage le caractère d'un travail historique de qualité.


L'ouvrage donne les biographies des anciens militants interrogées ainsi qu'une solide bibliographie et une chronologie. L'ensemble permet de mieux mesurer l'intensité de la remise en cause du modèle américain dans une grande partie de la jeunesse au tournant des années 1960 et 1970.

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communismeetconflits - dans Communisme aux Etats-Unis
26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 09:20

Tom Van Eersel, Panthères noires. Histoire du Black Panther Party, L'échappée, Paris, 2006.

 

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Tom Van Eersel est un journaliste qui, dans cet ouvrage, offre au grand public une première synthèse sur l'histoire du mouvement américain des Blacks Panthers. L'ouvrage, composée de cinq parties chronologiques, retrace l'histoire de ce mouvement depuis la fondation du Black Panther Party (BPP) en 1966 jusqu'à nos jours.


Il présente d'abord, dans une première partie, le contexte dans lequel émerge ce mouvement, c'est à dire au milieu d'une Amérique où dominent à la fois un profond anticommunisme et l'émergence du mouvement des droits civiques. C'est d'ailleurs au sein de ce dernier qu'apparaissent des militants qui se nourrissent des écrits de Marcus Garvey, de Franz Fanon et de Malcolm X. Le livre décrit de manière claire la période de la désagrégation légale entre 1954 et 1964 et les pratiques pacifiques qui l'accompagnent. Mais les émeutes de Los Angeles en 1965, les assassinats de Luther King, de Malcolm X et des frères Kennedy posent rapidement la question de la nécessité de la violence au sein du mouvement noir.


Le BBP qui nait à Oakland en Californie en 1966 se veut avant tout l'héritier de Malcolm X et souhaite mettre la violence au cœur de l'action émancipatrice en réaction à la non-violence qui caractérise la pensée de Luther King. Rapidement le parti se déclare communiste et ordonne à ses membres de lire le petit livre rouge de Mao. Il prône alors le renversement du gouvernement américain dans le cadre d’une révolution internationaliste anticapitaliste. Le principe d’un droit à l’armement et à l’autodéfense qu'affirme le BPP et qu'il met en application à travers une discipline et un uniforme de type militaire attire rapidement l'attention sur lui aussi bien des médias que des autorités d'autant qu'il cherche à contrôler l’action de la police tout en établissant une rhétorique violente qui assimile les policiers à des porcs qu’il faut abattre.


Les deux parties suivantes du livre s'attachent à décrire la réaction des autorités face à l'influence grandissante du BPP. Le FBI se lance alors dans une guerre ouverte contre ses militants. Ce harcèlement continuel précipite rapidement la chute de l'organisation qui se scinde en deux en 1971. Une branche clandestine, la Black Liberation Army se lance alors dans la lutte armée à travers des braquages et des assassinats jusqu'à sa dissolution en 1981. Dans le même temps les sections du BPP s'éteignent progressivement. Seule reste active durant les années 1970 celle d'Oakland qui met pourtant un terme à son action en 1982.


Un dernier chapitre se penche sur la mémoire du BPP. Disons le d'emblée, l'auteur veut montrer que ce parti est bien plus complexe que l'image d'un mouvement raciste et paramilitaire qu'il renvoie à travers les médias. Il analyse donc de manière approfondie son programme et une forme d'activisme qui se veut également sociale et économique. Le BPP ouvre en effet des écoles, des cliniques gratuites et surtout il offre des petits-déjeuners gratuits aux enfants pauvres. Pour l'auteur le véritable succès du mouvement se trouve dans ce travail social, qui fait du BPP une organisation réformiste sociale plutôt qu’un parti révolutionnaire violent.


Bien construit, ce livre n'est pas celui d'un universitaire. La bibliographie est assez mince, majoritairement francophone, et les références et notes sont trop souvent absentes. Mais l'ouvrage de Van Eersel est bien écrit avec une mise en page agréable. Il est en outre accompagné d'une chronologie et d'une filmographie. Il constitue à notre avis une excellente introduction et synthèse sur l'histoire des Blacks Panthers, un mouvement politique américain si singulier et largement méconnu en France.

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")