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2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 07:32

Le 23 septembre 1923, débute en Bulgarie, un grand soulèvement armé contre le gouvernement. Vaincu de la Première Guerre mondiale, la Bulgarie vit un après-guerre agité. De 1919 à 1923, le pays est dirigé par le premier ministre Alexandre Stambouliski, dirigeant de l’aile gauche de l’Union nationale agraire bulgare. Ce parti veut représenter et améliorer les conditions de vie de la paysannerie qui représente alors la grande majorité de la population. Stambouliski prône ainsi une troisième voie politique et économique entre le capitalisme et le socialisme marxiste pour répondre aux intérêts des paysans. L’Union agraire préconise ainsi le développement de la propriété coopérative et la réforme agraire. Cette dernière voit finalement le jour en 1921 et vise à accorder des terres aux petits exploitants et aux paysans sans terres par la saisie des terres incultes et inexploitées des grands propriétaires.

Cette politique se heurte rapidement à l’hostilité des grands propriétaires terriens mais également des officiers de l’armée. Conscient de ne pouvoir s’appuyer sur l’élite militaire, Stambouliski forme ses propres troupes, la Garde orange qui rassemble des jeunes partisans de l’Union agraire dont beaucoup sont des vétérans de la Grande Guerre. Outre l’opposition des milieux conservateurs, de l’armée et de l’élite politique, Stambouliski doit également affronter l’hostilité des grandes puissances occidentales qui craignent les aspirations socialistes de l’Union agraire et un possible rapprochement de la Bulgarie avec la Russie soviétique. Des intellectuels libéraux commencent à leur tout à critiquer l’autoritarisme du premier ministre.

Finalement, le 9 juin 1923, un coup d’État militaire renverse le gouvernement de Stambouliski. Mais ce dernier tente d’organiser la résistance contre les rebelles notamment autour de la Garde orange dirigé par le capitaine Vasil Ionovski. Le 11 juin, lors d’affrontements contre l’armée, les partisans de Stambouliski sont vaincus à Topolnitsa. Trois jours plus tard, le 14 juin, Stambouliski est arrêté et exécuté. Le pouvoir passe aux mains de l’économiste Alexandre Tsankov.

Une fois maître de la situation, Tsankov commence à réprimer les communistes qui organisent une résistance armée. Du 1er au 6 juillet a lieu à Sofia une réunion des dirigeants du Parti communiste bulgare (PCB) où les membres du comité central, Todor Petrov et Georgi Dimitrov demandent de soutenir les insurrections paysannes des régions de Pleven et Nikopol. Mais rapidement ces soulèvements sont réprimés. Le 7 août, il est finalement décidé de mobiliser toutes les forces du Parti pour préparer un soulèvement de masse contre le gouvernement. Mais la direction du Parti est consciente que pour obtenir le succès, il est nécessaire d’impliquer l’ensemble des militants communistes mais également ceux d’autres organisations de gauche. De nombreux militants de L’Union agraire sont en effet désireux de venger Stambouliski tandis que les anarchistes, qui jouissent d’une grande influence, s’activent également.

Le gouvernement, informé des préparatifs de soulèvement, prend les devant et déclenche de grandes vagues d’arrestations dés le 12 septembre 1923. Parmi les dirigeants arrêtés se trouve Hristo Kabakchiev l’un des introducteurs du marxisme en Bulgarie. Face à ces arrestations de masse, le 15 septembre, le PCB décide de lancer l’insurrection armée et en fixe la date, le 22 septembre. La responsabilité de sa direction revient à Vasil Kolarov, Georgi Dimitrov, Todor Lukanov et Todor Petrov. La police prend des mesures et le 21 septembre, elle arrête Nikola Atynsky, officier d’artillerie, militaire expérimenté et membre de l’Union agraire qui devait prendre le poste de chef d’état-major des troupes révolutionnaires.

L’Insurrection bulgare de 1923

Malgré les mesures policières, le soulèvement débute à la date prévue. Il touche en premier les régions de Stara Zafora, Novozagorsk, Kazanlak et Chirpanskoy et son épicentre se trouve dans le nord-ouest du pays. Dans la nuit du 23 septembre, les rebelles attaquent le village de Varshet avant de s’emparer de la ville de Ferdinandovo. Le 25, un détachement rebelle met en déroute des troupes gouvernementales à Boychinovtsi laissant augurer une réelle possibilité de prendre le contrôle d’une partie du pays. Débute une guerre civile à grande échelle où s’affrontent d’un côté les unités fidèles au gouvernement et de l’autre les troupes rebelles composés de communistes, d’anarchistes et d’ancien de la Garde orange.

Dans les premiers jours du soulèvement les villes d’Oryahovo, de Byala Slatina, Kneja, Berkowitz, Vidin tombent sous le contrôle des rebelles et dans certains endroits des gouvernements locaux ouvriers et paysans se mettent en place. Cependant la faiblesse des forces insurgées dans certaines régions et le manque de coordination entre elles sont mises à profit par le gouvernement. Dès le 26 et 27 septembre les troupes loyalistes remportent des succès et prennent le dessus. Dans la région de Sofia où se concentrent de nombreuses unités militaires, les rebelles sont rapidement écrasés. Dans la capitale, il n’y a eu aucune agitation, les services spéciaux ayant réussi à neutraliser les principaux dirigeants avant le début de l’insurrection.

L’Insurrection bulgare de 1923

Après l’écrasement des rebelles dans les régions de Sofia et Plovdiv, les troupes marchent vers les régions du nord-ouest, devenues les foyers de l’insurrection. Elles sont le théâtre de violents combats entre les insurgés et l’armée bulgare qui reprend le 26 septembre la ville de Berkowitz puis, le 27, Ferdinandovo, quartier-général de l’insurrection. Face à la défaite, le comité militaire révolutionnaire ordonne aux troupes insurgées de se replier vers la frontière yougoslave. Le 30 septembre, les principaux centres rebelles sont tombés. En Bulgarie, dans les zones rurales, se poursuivent néanmoins des actions de guérillas.

Le gouvernement Tsankov, à la suite de sa victoire, réprime les rebelles qui n’ont pas pris la fuite mais également la population rurale soupçonnée d’avoir sympathisé avec les insurgés. La répression est sévère, 5 000 personnes trouvent la mort, 10 000 sont arrêtés et condamnés tandis que 2 000 doivent fuir le pays. Les exilés trouvent refuge dans tous les pays d’Europe mais également en Union soviétique. Un rôle majeur dans l’organisation de l’assistance aux réfugiés est fourni par le PC yougoslave qui centralisent les fonds destinés à cette tache.

L’Insurrection bulgare de 1923

Tsankov accuse les communistes d’être les organisateurs de l’insurrection qui regroupe en réalité de nombreuses forces politiques recevant un soutien important dans la paysannerie mécontente de la fin de la réforme agraire. En novembre 1923, Tsankov organise des élections parlementaires, notamment afin d’obtenir le soutien des Britanniques et des Américains. Les résultats sont un succès pour les candidats de son camp. Le PC est alors interdit mais les communistes créent le Parti du Travail qui malgré son respect de la légalité est lui aussi interdit. En 1924, le gouvernement Tsankov interdit la totalité des organisations politique du pays afin d’établir un régime autoritaire.

Le calme ne revient pas immédiatement dans le pays. La répression violente qui suit l’insurrection de septembre 1923 entraîne une partie de la gauche à l’action clandestine et terroriste. Les communistes, notamment les militants de son organisation militaire, anime des foyers de guérillas. Ces militants ont des positions plus radicales que la direction en exil et ne se contentent pas d’organiser des manifestations de masses mais également des sabotages et des attentats contre les représentants du pouvoir.

Le 13 avril, un commando anarchiste dirigé par Vasil Ikonomov s’attaque au tsar Boris III lors d’une partie de chasse. Dans l’embuscade l’un des gardes du corps du souverain et un employé du Musée d’histoire naturelle sont tués tandis que le roi parvient de justesse à s’échapper. L’action la plus spectaculaire est néanmoins l’explosion souterraine qui touche la cathédrale de Sofia le 16 avril. Un bombe placé dans une voie de métro passant sous l’édifice explose lors de l’enterrement du général Georgiev. L’attentat est meurtrier : 12 généraux et 15 colonels et lieutenants-colonels sont tués dont un ex-ministre de la Guerre. À la suite de cet attentat, la loi martiale est proclamée dans tous le pays.

En réaction à ces attaques, le gouvernement intensifie la répression contre la gauche. La militante Tsolu Dragoycheva est ainsi arrêté et condamné à mort. Sa peine est néanmoins commuée en raison de sa grossesse. Certains militants communistes qui ont la chance de pouvoir quitté la Bulgarie joueront par la suite un rôle important dans le mouvement communiste international. Certains serviront dans l’Armée rouge durant la Seconde Guerre mondiale ou dans les groupes de partisans opérant dans différents pays d’Europe orientale.

À la suite de la défaite de l’insurrection de septembre 1923, la Bulgarie voit se succéder des gouvernements de droite qui se rapproche de l’Italie fasciste puis du IIIe Reich. En 1944, Tsankov est à Vienne où il essaye de créer un gouvernement bulgare en exil favorable à Hitler. Il échappe à la justice des vainqueurs et parvient en 1949 à trouver refuge en Argentine où il meurt à 80 ans en 1959.

L’Insurrection bulgare de 1923
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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")

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