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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 09:12

Karl Laske, La mémoire du plomb, Stock, Paris, 2012.

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Karl Laske, journaliste à Médiapart, nous livre ici une enquête fouillée sur le destin de Cesare Battisti, ancien activiste d'extrême-gauche italien qui nous entraine successivement de l'Italie des années 1970 à la France mitterrandienne.


Tout commence donc dans le pays natal de Battisti, cette Italie des années de plomb où le jeune homme découvre tout à la fois la politique, le marxisme et l'activisme. Battisti est d'abord un petit délinquant qui vit de vols et connait régulièrement la prison. C'est là dans les geôles qu'il se familiarise avec des militants gauchistes qui l'influencent fortement. De nouveau libéré en 1976, il entre dans la clandestinité pour militer au sein d'un groupuscule, les Prolétaires armés pour le communisme. Au sein de cette organisation peu structurée son expérience de délinquant est un atout au moment où le groupe se lance dans la lutte armée. Et sur ce point les Prolétaires armés se montrent plus redoutables que les célèbres Brigades rouges.


Le groupe se lance dans des attaques à main armée pour financer la clandestinité, mais, plus terrible, il revendique quatre assassinats : celui d'un bijoutier, d'un gardien de prison, d'un boucher, d'un policier. Et puis il y a la pratique de la « jambisation », c'est à dire le fait de tirer des coups de feu dans les jambes des cibles, une sorte de punition en-deça de l’exécution mortelle. Une folie terroriste difficilement justifiable qui court au long des années d'activité des Prolétaires armés, c'est à dire 1978-1979.


Battisti est arrêté en 1979 puis condamné en 1981 pour appartenance à une organisation terroriste. Mais en octobre 1981 ce qui reste des Prolétaires armés organise son évasion. Battisti parvient alors à rejoindre le Mexique puis trouve refuge en France en 1985 où la gauche est depuis mai 1981 au pouvoir. François Mitterrand s'est alors engagé à ne pas extrader les anciens activistes gauchistes italiens ayant renoncé à la violence à l'exception de ceux poursuivis pour assassinat. Battisiti, qui est condamné par contumace par la justice italienne pour quatre assassinats, ne remplit pas cette dernière condition. Et les autorités françaises le savent puisque, comme le révèle le livre, Robert Badinter, Garde des Sceaux, exclut, dans une note d'avril 1983, Battisti du bénéfice de la doctrine Mitterrand. Pourtant l'ancien activiste va malgré tout profiter du droit d'asile pendant prés de vingt ans.


Battisti ne fait ensuite plus parler de lui qu'en tant qu'auteur de romans policiers. Le scandale n'éclate qu'en février 2004 avec son arrestation en vue de son extradition vers l'Italie. Alors, au nom de la parole donnée par Mitterrand, des intellectuels, des artistes mais également des personnalités politiques de gauche se mobilisent pour empêcher l'extradition. Français Hollande lui même rend visite à Battisti la prison de la Santé et demande que soit respectée la jurisprudence Mitterrand alors qu'il en a toujours été exclu.


Karl Laske établit tout à la fois et de manière argumentée la culpabilité de Battisti concernant les actes lui ayant valu une condamnation à perpétuité mais aussi la supercherie qui a consisté à lui appliquer la jurisprudence Mitterrand alors qu'il en a été nominalement exclu. L'aveuglement de la gauche française sur ce, cas est d'autant plus stupéfiant que pour la gauche italienne le cas Battisti n'en est pas un. Même l'extrême-gauche italienne reconnaît sa culpabilité. Faut-il souligner au passage que l'Italie est un pays qui n'est pas moins démocratique que la France et où la justice n'a guère à recevoir de leçon de sa consœur française.


Les faits que révèle le livre parlent d'eux-même et érode sérieusement le mythe du héros révolutionnaire romantique à laquelle succombe encore une partie de la gauche française. Ajoutons qu'à la différence de nombreux anciens terroristes gauchistes, Battisti n'a jamais effectué un véritable examen de conscience en se repentant ou en se dissociant de la lutte armée. Cet ancien « révolutionnaire » égaré a profité en mars 2004 d'une décision de libération provisoire pour quitter clandestinement la France et se réfugier au Brésil où le président Lula lui a accordé l'asile politique en 2011.

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communismeetconflits - dans Communisme italien

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")