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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 07:16

Joseph McKenna, Guerilla Warfare in the Irish War of Independence, Mcfarland, 2010.

Guérilla en Irlande

La guerre d'indépendance irlandaise est largement méconnue en France contrairement aux troubles qui ont agités l'Ulster des années 1960 aux années 1990. Pourtant elle peut apparaître comme la première guerre de libération nationale du 20e siècle et, à ce titre, elle fut un modèle pour des générations de guerilleros.

 

Joseph McKenna fournit une histoire générale de ce conflit depuis l'insurrection de Pâques en 1916 à la signature du traité anglo-irlandais de 1921. Dans ce cadre, l'auteur accorde une place particulière aux opérations des forces irrégulières ce qui fait l’intérêt de l'ouvrage.

 

La première partie du livre traite de l'insurrection de 1916 et de ses conséquences. La révolte lancée à Dublin par les volontaires de l'IRA est conçu comme le premier acte d'une insurrection générale qui doit embraser l'ensemble du pays. Au lieu de cela l'insurrection est écrasé et les dirigeants exécutés. Les survivants ont du alors reconstruire une organisation et repenser leur stratégie. Pour l'auteur, James Connlly, le chef des rebelles, s'est directement inspiré de l'insurrection de Moscou en 1905 pour préparer le soulèvement de 1916. Il en a tiré de mauvaises leçons puisque, contrairement à Lénine qui en a tiré la conclusion qu'il fallait organiser de petits groupes mobiles, il a privilégie une défense statique. En revanche John McBride qui a combattu au coté des Boers en Afrique du Sud a réussi à combattre Michael Collins des bienfaits de la guérilla. McKenna rappelle aussi que c'est également l'impossibilité de se procurer un armement conventionnel en nombre qui pousse l'IRA à privilégier la guérilla plutôt que l'insurrection.

 

L'auteur étudie ensuite de manière thématique la lutte entre les forces britanniques et l'IRA entre 1919 et juillet 1921. La résistance passive, le renseignement, la guerre urbaine, la guerilla et le rôle des femmes sont successivement analysés. Les cinq derniers chapitres offrent un récit classique des événements entre 1919 et 1922. L'IRA après 1916 accroît son armement par des coups de main contre l'armée britannique et la police locale. Petit à petit elle oblige les Anglais à se replier dans les villes d'où ils ne peuvent sortir sans devoir affronter de nombreuses difficultés. L'auteur excelle dans la description de nombreux combats mais le lecteur peut regretter parfois un certain manque d'analyse et de hauteur de vue.

 

Au passif de ce travail notons que l'ouvrage est dépourvu de cartes concernant les différents affrontements à l'exception d'une sur Dublin au moment de l'insurrection de 1916. L'auteur ne cache pas un certain partie pris en faveur des insurgés il se laisse parfois aller à des jugements de valeurs qui ont peu à voir avec l'Histoire. Le lecteur pourra aussi être lassé par le récit extrêmement détaillé de certains combats qui ne sont en réalité que des embuscades n'impliquant parfois pas plus d'une dizaine de combattants.

 

Au final, voici un livre qui laisse sur sa faim. Le sujet est intéressant et l'auteur a fait de nombreuses recherches qu'il restitue avec forces détails. Mais l'ensemble manque singulièrement d'analyses qui permettraient de replacer le conflit irlandais dans son époque et plus largement dans l'histoire du phénomène insurrectionnel.  

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communismeetconflits - dans Irlande Insurrection
18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 07:04

Tanya Harmer, Allende's Chile ant the Inter-American Cold War, University of North Carolina Press, 2011.

Aux origines de la chute d'Allende

La chute du régime de l'Unité populaire et la mort de Salvador Allende le 11 septembre 1973 sont des événements emblématiques de la guerre froide en Amérique du Sud et de ce fait largement connus comme le montre le nombre d'articles, d'émissions de télévision et de livres destinés au grand public à l'occasion du 40e anniversaire du coup d’État militaire.

 

Tanya Harmer ne propose pas ici un nouveau récit de la chute d'Allende mais une nouvelle approche de l'histoire du gouvernement d'Unité populaire qui dépasse le cadre étroit des relations entre le Chili et les États-Unis. Pour l'auteur, les événements chiliens ne sont compréhensibles que dans le cadre d'une guerre froide au sein du continent américains où s'affrontent alors les États-Unis, le Chili, Cuba et le Brésil.

 

Le livre s'ouvre sur une présentation des rapports de force en Amérique du Sud entre 1959 et 1970 puis l'auteur présente les réactions à l'élection d'Allende. Pour Cuba et les Etats-Unis le Chili est alors devenu un enjeu majeur dans l'équilibre des forces en Amérique latine. A partir de là curieusement, les Américains ont cherché à faire chuter un président démocratiquement tandis que les Cubains ont soutenu un démocrate constitutionnel. Le gouvernement chilien tout en cherchant à renforcer ses relations avec les autres pays sud-américains a toujours cherché à négocier avec les Américains et à refuser toute politique de rupture. Mais dans un contexte de droitisation du continent et alors que l'URSS garde ses distances, le Chili se retrouve vite isolé.

 

Alors que les conseillers cubains demandent à Allende de mobiliser la population pour faire face au danger réactionnaire ce dernier refuse l'emploi de la force. La régularité des élections législatives de 1973 démontre aux Américains que la seule solution pour faire tomber Allende reste un coup d’État. Mais les États-Unis n'offrent à la droite chilienne qu'un appui moral et financier. Comme l'explique fort bien Harner il y a plus qu'une différence de degré entre « créer les conditions » et « orchestrer » un coup d’État. Mais si les Américains ne peuvent étre tenus pour responsable du 11 septembre 1973 par la suite l'administration Nixon à aider la dictature à consolider son pouvoir sur le pays.

 

Pour l'auteur l'administration américaine n'est pas responsable de la mort de la démocratie chilienne même si dès 1970, Nixon veut le départ d'Allende du pouvoir. Tout comme les Cubains ont toujours soutenu le président chilien et n'ont pas cherché à subvertir la démocratie chilienne. Au final elle démontre que les puissances étrangères n'ont jamais réussi à véritablement influencer sur le cours des événements au Chili. Ce n'est pas Nixon qui a décidé du coup d’État mais les militaires chiliens tandis que, malgré les préparatifs cubains, la gauche chilienne a été incapable de défendre la voie chilienne au socialisme. Curieusement il semble que le pays qui fut le plus influent fut alors le Brésil qui était loin d’être un appendice inefficace des Américains.

 

Ce livre est une contribution importante pour mieux comprendre les mécanismes de la guerre froide en Amérique du Sud. En insérant l'histoire du Chili dans celui trans-national d'un continent il apporte des éclairages nouveaux sur la tragédie qui se joue dans ce pays au début des années 1970. Surtout il met en avant la recherche de la vérité plutôt que celui de responsables ou de coupables et fait ainsi pleinement œuvre d'histoire.

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communismeetconflits - dans Chili Guerre froide
16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 07:54

Richard Bidlack, Nikita Lomagin, The Leningrad Blockade, 1941-1944 : A New Documentary History from the Soviet Archives, Yale University Press, 2012.

Le siège de Léningrad à la lumière des archives

Le blocus de Léningrad est un épisode du conflit germano-soviétique bien connu et qui a déjà été l'objet de nombreux articles et ouvrages. Le lecteur peut alors se demander ce que peut apporter de nouveau un livre consacré à ce sujet. Ici tout repose sur l'archive. Les auteurs, après avoir fait remarquer avec justesse que jusqu'à maintenant les récits du siège de Léningrad s'appuyaient sur des archives soviétiques soumises à une censure préalable, cherchent à combler ce défaut en mettant en avant 66 documents, issus de différents fonds, notamment ceux des musées de la ville de Saint-Pétersbourg. Ces documents sont d'une grande diversité, de celui qui relate les conflits entre Staline, Jdanov, le chef du parti à Léningrad, et Vorochilov le commandant du front, sur la façon de défendre la ville aux tracts allemands lancés par des bombardiers conseillant aux habitants de rejoindre les lignes allemandes pour y être bien nourris. Les extraits du journal d'un petit garçon de 10 ans qui détaille son alimentation montre, mieux que n'importe quel récit, cette faim obsédante qui taraude la population tout au long des 900 jours que dure le siège.

Le livre étudie les aspects proprement militaires du blocus et expose les plans de défense de la ville. Il fait le point sur les relations entre les dirigeants civils et militaires de la cité, la mobilisation militaire et industrielle, le rôle de la police politique, le NKVD, lors du siège. Le drame et les sacrifices de la population ne sont pas oubliés non plus : la faim, les vols, les agressions, les cas de cannibalisme mais également les exemples de charité prodiguée par l’Église orthodoxe mais aussi les habitants les plus fortunés. Un chapitre s'attache aussi à analyser l'opinion publique dans la ville pour essayer de déterminer le niveau du soutien au régime et aux dirigeants tel Jdanov, le chef du PCUS de Léningrad, mais aussi les réactions envers certains événements comme l'annonce du débarquement en Normandie.

Les auteurs traitent également des conséquences ultérieures du blocus à travers l'affaire de Léningrad, une vaste purge de l'appareil communiste de la ville en 1949, qui n'a pour but que d'éliminer des dirigeants qui ont fait leurs preuves lors du siège et pourraient ainsi avoir la légitimité nécessaire pour s'opposer à Staline.

Voici donc un livre qui complète parfaitement ceux de David Glantz sur le siège de Léningrad. Il est bien écrit et surtout accessible sans connaissances préalables pour le lecteur moyen tandis que les documents présentés et une riche bibliographie font le bonheur du spécialiste.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Front de l'Est
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 07:36

Craig Campbell, Sergey Radchenko, The Atomic Bomb and the Origins of the Cold War, Yale University Press, 2008.

Bombe A et guerre froide

Il est bien connu de nos jours que dès avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, les espions soviétiques se mirent en chasse pour voler les secrets atomiques de leur allié américain et que la question nucléaire fut au centre des tensions de la guerre froide. De manières concises, organisées et en s'appuyant sur de nombreuses sources américaines et russes, les deux auteurs éclairent la place de l'arme atomique dans la montée de l'antagonisme entre l'URSS et les États-Unis.

Pour les auteurs ce sont deux visions concurrente de l'après-guerre qui conduisent les deux superpuissances à s'affronter. Le président Franklin Rossevelt souhaite organiser le monde autour d'une organisation internationale et d'une économie libérale qui permettent d’empêcher toutes agressions contrairement à ce que fut la Société des Nations. Mais cette vision du monde futur se heurte à l'existence d'un système soviétique qui tend à s'étendre. Pour gagner le soutien de Staline, Roosevelt est alors tenté d'utiliser l'arme atomique comme une menace sur les Soviétiques. Mais l'espionnage sape rapidement cette diplomatie atomique. Staline est au courant de l'avancée du projet Manhattan et reçoit par ses agents les renseignements scientifiques lui permettant d’accélérer les travaux nucléaires soviétiques.

La politique atomique américaine ne change pas avec l'arrivée de Truman à la Maison Blanche. A peine entré en fonction ce dernier doit affronter la préparation de la conférence de Potsdam et la décision d'utiliser l'arme nucléaire sur le Japon. Les auteurs remarques avec raison que le bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki bouscule l'équilibre entre les superpuissances et symbolise à la fois le dernier acte américaine de la Seconde Guerre et le premier de la guerre froide. L'utilisation de la bombe A donne à Truman la possibilité d'une reddition japonaise sans le concours de l'URSS et d’empêcher ainsi une occupation conjointe de l'archipel. Staline ne répond pas à ce défi tout en percevant la menace que représente l'arme atomique. Mais il tend à durcir ses positions et à accélérer ses efforts pour se doter de la bombe A.

L'année 1946 est marquée par les discussions de la commission de l'énergie atomique des Nations Unies. Les Américains proposent des plans de contrôles de l'arme nucléaire, plans que les Soviétiques rejettent, accusant les États-Unis de pratiquer le chantage atomique. Pour les auteurs l'impossibilité d'un contrôle international des armes atomiques, qui signifie un sacrifice de la souveraineté nationale, rendait le déclenchement la guerre froide inévitable.

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communismeetconflits - dans Guerre froide
12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 14:18

Sur le blog L'autre coté de la colline, Adrien Fontanellaz se penche sur les différentes tactiques employées depuis les années 1960 par les forces insurrectionnelles, notamment au Viet-Nam et en Afghanistan, pour mettre en échec la force aéromobile de l'adversaire

 

Une plongée érudite dans une forme de guerre née aux marges d'un monde en guerre froide mais qui reste toujours d'actualité à l'heure des guerres asymétriques.

La chasse aux hélicos
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communismeetconflits
11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 07:39

George Veith, Black April : The Fall of the South Vietnam, 1973-1975, Encounter Books, 2011.

Au crépuscule de la guerre du Vietnam

Les deux ans qui vont de la signature des accords de Paris en 1973 à la chute de Saïgon en 1975 sont un triomphe pour le Nord-Vietnam et une tragique agonie pour le Sud. Gorge Veith explore cette période où le sort de la guerre est déjà joué et comble ainsi un vide historiographique. Surtout l'auteur s'appuie sur des sources nord-vietnamienne ainsi que des archives américaines déclassifiées.

En huit chapitres l'auteur aborde en détail les batailles militaires et les conflits politiques internationaux que se mènent les deux adversaires vietnamiens. Il montre le rôle joué par le désengagement progressif des Américains du bourbier vietnamien dans la chute du Sud. Il met en lumière les ressorts de la propagande nord-vietnamienne qui représente le Sud comme le responsable de la poursuite des combats après les accords de Paris. Alors que le Nord multiplie les incursions militaires dans le Sud et accumulent les forces terrestres à sa frontière, aux yeux du monde, à l'époque, Hanoï cherche la paix contrairement à Saïgon. Le Vietnam-Sud apparaît finalement comme le fauteur de guerre alors que son infériorité est manifeste.

Le dernier atout du Sud, le soutien aérien américain, disparaît avec le départ de Richard Nixon de la Maison Blanche suite au scandale du Watergate, Le Congrès américain profite de la faiblesse de l'administration Ford pour réduire les crédits destinés au Sud-Vietnam. Ce dernier se retrouve définitivement seul face à un Nord-Vietnam bien armé et déterminé.

L'auteur analyse en détail es équipements qui font la force de l'armée du Nord-Vietnam sans négliger l’héroïsme de l'armée du Sud-Vietnam. Après la signature des accords de Paris, le Nord se prépare à la guerre et organise une force mécanisée pour envahir son voisin. Si les forces communistes sont supérieures les soldats du Sud font preuves de bravoure et parviennent parfois à mettre en échec l'ennemi.

Voici un livre foisonnant qui plonge avec bonheur le lecteur dans la phase finale du conflit vietnamien. Si le récit est passionnant, les analyses des aspects militaires et diplomatiques de cette dernière phase de l'affrontement font de cet ouvrage un outil précieux pour mieux comprendre la guerre du Vietnam.

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communismeetconflits - dans guerre du Vietnam
9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 07:49

Nicolas Bernard, La guerre germano-soviétique, Tallandier, 2013.

La guerre germano-soviétique: une somme !

Le livre de Nicolas Bernard marque une étape d'importance dans l'historiographie française de la Seconde Guerre mondiale. Cela autant par le choix du sujet traité que par l'ampleur du travail fourni. Il n'existait en effet jusqu'à cette parution aucune synthèse moderne et sérieuse en français sur l'histoire de la guerre germano-soviétique.

Et l'auteur, outre son audace de se colleter avec un tel sujet, s'est montré particulièrement ambitieux, car il ne se contente pas d'un simple récit du déroulement des campagnes et des batailles entre juin 1941 et mai 1945 où s'affrontent Allemands et Soviétiques. La diplomatie, le fonctionnement des régimes politiques des belligérants, l'économie, l'arrière, les crimes et violence, la propagande, sont également au cœur de cet ouvrage qui se présente, bien que l'auteur s'en défende, comme une histoire totale de ce combat titanesque entre deux des plus féroces systèmes totalitaires du 20e siècle. Nicolas Bernard, dans ce difficile exercice parvient en outre à tenir la balance égale entre les deux camps alors que durant des années la littérature de vulgarisation a donnée la part belle à la guerre vue du coté allemand.

L'auteur dissèque avec finesse les origines du conflit, balayant au passage les théories farfelues présentant l'invasion de l'URSS comme une attaque préventive de la part des Allemands. Il fait également le point avec objectivité sur la période du pacte germano-soviétique, notamment sur les arrières-pensées qui animent les deux dictateurs durant le temps que dure cette alliance contre-nature. Nicolas Bernard décrit et analyse ensuite avec forces détails le formidable combat qui s'engage à partir du 22 juin 1941. Mais il ne s’arrête pas le 9 mai 1945 et il prend soin de retracer les grandes lignes de la campagne que mène l'Armée rouge en Mandchourie contre les Japonais en août 1945. Après un bilan humain et matériel de la guerre, il s’intéresse également à l'étude de sa mémoire en Russie et en Allemagne jusqu'à nos jours et inscrit ainsi son récit dans une histoire de plus longue durée. Il n'oublie pas non plus de retracer l'évolution et les tendances actuelles de l'historiographie consacrée au conflit germano-soviétique.

L'écriture est claire, les transitions entre les différentes parties du récit et de l'analyse sont fluides. Il faut ajouter que l'ensemble s'appuie solidement sur un corpus bibliographique foisonnant. Le spécialiste pourra certes toujours discuter de certains points ou regretter une absence mais il est d'ores et déjà acquis que ce livre est une référence à la fois pour les connaisseurs mais également pour le grand public, car l'auteur s'adresse au plus grand nombre et offre ainsi un bel exemple d'un ouvrage de vulgarisation réussi et de qualité.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Front de l'Est
7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 07:26

Stéphane Mantoux L'offensive du Têt, 30 janvier-mai 1968, Taillandier, 2013.

L'offensive du Têt, tournant de la guerre du Vietnam

A l'heure où disparait le général Giap, l'un des plus grands théoriciens militaires du siècle dernier, le moment est venu de porter un nouveau regard sur les conflits qui ont ensanglanté la péninsule indochinoise. Si la guerre d'Indochine est l'objet d'une bibliographie francophone conséquente, il n'en est pas de même de la guerre du Vietnam. Les rares ouvrages sur la question datent ou sont des traductions de livres parus en anglais. Il faut donc saluer l'initiative des éditions Tallandier de publier un ouvrage sur l'offensive du Têt sous la plume de notre camarade du blog L'autre coté de la colline, Stéphane Mantoux.

L'auteur nous livre une utile synthèse de ce moment clef, véritable tournant dans le déroulement du conflit, mais qu'il insère dans le temps plus long de l'intervention américaine dans la guerre. Par son envergure, sa surprise et sa puissance, l'offensive du Têt au printemps 1968 déstabilise profondément les Américains et les Sud-Vietnamiens. Elle met en lumière à la fois la capacité opérationnelle des forces communistes, l'échec de l'intervention américaine dans le conflit et annonce le chute du Sud-Vietnam.

Stéphane Mantoux commence par exposer les modalités de l'engagement américain, puis les débats qui entourent la décision nord-vietnamienne de lancer une offensive d'envergure. Il passe ensuite à la bataille proprement dite, n’omettant aucune opération de diversion, ni les combats dans Saïgon et dans l'ensemble du Sud-Vietnam même s'il donne une place privilégiée au récit et à l’analyse des batailles majeures de Hué et de Khe Sanh. Les effets de l'offensive sur chacun des camps font l'objets d'un chapitre particulier plus analytique.

Le lecteur peut regretter parfois que certains points ne soient pas plus développés, que certains aspects du conflit soient juste évoqués. Mais il faut souligner que l'auteur, malgré le manque de place pour traiter l'ensemble des données qui participent à la bataille, sait tenir la balance égale entre chacun des belligérants. Les Nord-Vietnamiens et Vietcongs ne sont pas, loin de là, les absents ou les fantômes de cette étude et Stéphane Mantoux sait leur donner toute leur place.

Voici un livre qui est une synthèse de qualité, servie par un réel sens du récit. C'est donc un excellent point de départ pour acquérir de solides connaissances sur la guerre du Vietnam dans son ensemble. Et l'auteur fournit une très intéressante mise au point historiographique, fort utile pour ceux qui voudraient approfondir le sujet. Au final, un livre indispensable pour connaître une des grandes batailles du siècle dernier, largement méconnues en France et bien loin des clichés du cinéma ou de la télévision américaine.

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communismeetconflits - dans Guerre du Vietnam
4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 07:23

Rana Mitter, China's War with Japan, 1937-1945, Allen Lane, 2013.

La Chine en guerre

La Seconde Guerre mondiale débute en Chine 1937 soit deux ans avant la Grande-Bretagne et la France et quatre ans avant les États-Unis et l'URSS. En 1945, la Chine a perdu entre 14 et 20 millions d'habitants et pourtant la Chine en guerre est largement ignorée par les lecteurs occidentaux. Il a fallu la sortie au cinéma du film The Flowers of War en 2011 sur le massacre de Nankin en 1937 pour que cette guerre se rappelle à nous. Mais en dehors de ce massacre la guerre qui oppose pendant 8 ans la Chine et le Japon reste toujours enveloppée dans un épais brouillard. Le livre de Rana Mitter se donne expressément pour but de combler cette absence de connaissance.

 

Il commence par dresser un état des lieux de la Chine avant le début du conflit, depuis la désintégration du régime impériale, la Révolution de 1911 et les empiétements japonais. Quand la guerre éclate en 1937, les premiers combats sont désastreux pour les Chinois en raison de leur incompétence militaire face à la supériorité technique japonaise. A la fin 1938 le gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-shek a perdu le cœur économique et politique du pays, c'est à dire la cote orientale et a été contraint de se réfugier à l'intérieur des terres dans la ville de Chongqing au sud-ouest. Pour arrêter l'avancée japonaise il décide même de faire sauter les barrages sur le fleuve Jaune provoquant une inondation qui tue 500 000 personnes.

 

Jusqu'en 1941 les Chinois résistent tant bine que mal aux offensives japonaises. La ville de Chongqing devient la cible de raids aériens meurtriers tandis que le reste du pays est lourdement taxé et que l'effondrement des structures sociales et économiques produit une gigantesque famine. L'entrée en guerre des États-Unis à la fin 1941 redonne du souffle à la résistance chinoise. Si les relations entre Chinois et Américains ne sont pas toujours faciles, l'aide allié est importante. En 1944 Tchang, à son grand désespoir, et obligé, à la demande de Roosevelt de placer le commandement de toutes les troupes nationalistes entre les mains du général Stilwell.

 

Mitter donne un compte-rendu clair des tragédies militaires qui émaillent le conflit et livre également une histoire politique et sociale de la Chine en guerre, décrivant les insuffisances des nationales, les communistes de Mao et le régime collaborationniste de Wang Jingwei. L'auteur livre aussi de nombreux témoignages et extraits de journaux personnels afin de donner de l'humanité à ce conflit titanesque. Il n'oublie pas non plus de montrer les conséquences de la guerre sur la Chine après 1945. Les tentatives des nationalistes de construire un État moderne ont été sapés par la guerre tandis que les communistes ont élargis leurs zones d'influence. Il montre aussi que les forces communistes se sont essentiellement battues en dehors des principaux théâtre d'opération et donc que 90% des pertes militaires chinoises affectent les forces nationalistes et seulement 10% les armées communistes.

 

Mitter montre surtout que la résistance chinoise a fortement influencé le cours de la Seconde guerre mondiale. Les 500 000 soldats japonais retenu sur le front chinois n'ont pu être déployés ailleurs et il est certains qu'une Chine pacifiée aurait signifié une possibilité d'invasion plus grande de l'Inde britannique.

 

La guerre contre le Japon est une composante essentielle de la mémoire historique d'un pays qui s’apprête à devenir la première puissance mondiale. Commémorations, musées, livres, films ne cessent de raviver une plaie nationale qui s'exprime par des manifestations de rue contre les réticences du Japon à reconnaître ses crimes de guerre ou à propos des différents territoriaux sur les îlots de la mer de Chine orientale. La connaissance de la guerre sino-japonaise reste donc indispensable pour comprendre le présent et l'avenir de cette région.

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communismeetconflits
2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 07:32

Geoffrey Swain, The Origins of the Russian Civil War, Longman, 1996.

Les débuts de la guerre civile russe

Geoffrey Swain livre ici une étude sérieuse de différents épisodes qui ont pour point commun de se dérouler au lendemain de la Révolution d'Octobre. Il veut ainsi démontrer que la guerre civile ne se résume pas à la simple lutte entre les Rouges et les Blancs qui n'est qu'un aspect d'une lutte plus vaste entre les Blancs et les Verts. Mais Swain ne donne pas à ce terme le contenu généralement admis par l’historiographie. Si pour cette dernière les Verts regroupes les différents groupes insurrectionnel à base local qui n'agissent pas au nom d'une faction aspirant au pouvoir sur la Russie, à l'instar des partisans de Makhno ou d'Antonov, pour Swain les Verts sont essentiellement les SR de droite et plus largement les démocrates russes. Cette construction ne manque pas d'étonner d'autant que les contours en paraissent bien floue. Le général Krasnov serait-il aussi vert que les mencheviks de droite, les membres du Komuch ou même que Kerensky, le premier des Verts historiques ?

 

Dans cette optique la lutte entre les Rouges et les Verts est largement antérieure à l'arrivée sur la scène politique et militaire de Blancs, puisque le premier affrontement armé est celui qui oppose à Pulkovo le 13 novembre 1917 les troupes bolcheviks et celles fidèles à Kerensky. A partir de ce moment l'auteur veut montrer que la guerre civile est le résultat de la détermination de Lénine à éliminer le socialisme démocratique russe. Si l'hostilité d'Oulianov contre les autres fractions du mouvement socialiste n'est plus à démontrer il est sans doute osé de l'ériger en motif principal des décisions prises au lendemain d'Octobre.

 

Swain touche malgré tout juste en montrant que le point de divergence fondamental entre les bolcheviks et leurs adversaire est la question de la guerre et que c'est là le dénominateur commun entre les groupes qu'il qualifie de « Verts ». Il estime même que Lénine impose la Brest-Litovsk pour pouvoir lancer la lutte contre les Verts qui, pour lui, ont trahi le socialisme en 1914. C'est la question de la guerre qui rend impossible l'émergence d'une troisième voie entre le bolchevisme et la réaction. Le soutien a une guerre que rejette le peuple prive les socialistes démocrates du soutien populaire indispensable pour affronter les Rouges et les Blancs. Ils sont peu à peu marginalisés avant de disparaître de la scène politique russe pour ne revenir qu'au crépuscule du siècle.

 

Voici donc un livre indispensable pour connaître les prémisses et les débuts d'une des guerres civiles les plus âpres du 20e siècle.

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L'autre coté de la colline

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Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")