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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 07:51
Vladimir Copic en 1937

Vladimir Copic en 1937

Un jeune nationaliste croate.

Vladimir Copic voit le jour le 8 mars 1891 à Senj une ville de la côte Adriatique en Croatie d'un père orthodoxe et d'une mère catholique. Il grandit néanmoins dans la foi orthodoxe, alors que ses sœurs deviennent catholiques. Il développe alors des talents de chanteur dans la chorale de son église orthodoxe. Malgré ses origines mixtes catholiques et orthodoxes, Copic, jeune homme, devient un fervent nationaliste croate et adhère à l'aile radicale du mouvement, la Jeune Croatie. Parmi ses proches camarades nationalistes au lycée de Senj se retrouvent d'ailleurs de futurs dirigeants du mouvement fasciste des Oustachis et de l’État croate entre 1941 et 1945. Après ses études secondaires à Senj, Copic part étudier le droit à Zagreb.

 

Enrôlé dans l'armée austro-hongroise à la déclaration de la guerre en 1914, Copic est fait prisonnier en 1915 dans les Carpates par les Russes et se retrouve dans un camps de prisonniers. Quand le gouvernement tsariste cherche à mettre sur pied la division des volontaires serbes en y incorporant des prisonniers de guerre venant de Croatie et de Bosnie, Copic, toujours nationaliste, refuse de prêter serment au roi Pierre 1er et retourne en captivité.

 

En 1917 après la Révolution d'Octobre, Copic voit dans le bolchevisme le meilleur moyen d'assurer la libération de sa patrie. Il devient alors membre du groupe communiste yougoslave du Parti communiste russe où il milite comme agitateur, journaliste et traducteur. Quand, en mai 1918, en Russie, est fondé le Parti communiste des Serbes, Croates et Slovène il en devient le secrétaire.

 

 

Un dirigeant communiste.

Copic rentre en novembre 1918 à Zagreb dans la nouvelle Yougoslavie. Il y fonde la première section communiste illégale et pousse à la radicalisation du mouvement social-démocrate. Lors du 1er congrès du Parti communiste yougoslave (PCY) qui se tient à Belgrade en avril 1919 il est élu à son comité exécutif. Il se fait ensuite élire en novembre 1920 à l'Assemblée constituante yougoslave comme député de Rijeka et devient le leader du groupe parlementaire communiste.

 

Après l'interdiction du PCY par le gouvernement yougoslace, Copic passe plusieurs fois devant les tribunaux, notamment en 1919 et 1921, en raison de ses activités politiques. Son dernier procès a lieu en 1925 alors qu'il rentre juste de Moscou où il a assisté au 5e congrès du Komintern. Condamné à de la prison, il obtient un transfert à l'hôpital d'où il parvient à s'évader pour retourner en URSS. Après un passage par l'Ecole léniniste internationale, le Komintern l'envoie à Prague pour le représenter auprès du Parti communiste tchécoslovaque en 1931 et 1932.

 

De retour à Moscou, il devient membre du bureau politique du Parti yougoslave en 1932. Il enseigne également au sein de l'Université communiste des minorités nationales d'Occident. En 1934 il représente son parti au sein de la direction du Komintern et participe à ce titre au 7e congrès de l'Internationale en 1935. Il aurait également durant cette période travaillé au sein de la section des cadres du Komintern. Mais Copic entre alors en conflit avec Milan Gorkic le secrétaire du PCY qui parvient à l'évincer du bureau politique et du comité central à la fin de 1936. 

Milan Gorkic

Milan Gorkic

Le commandant de la 15e Brigade internationale.

En janvier 1937, Copic, dirigeant communiste confirmé, polyglotte et ayant servi dans l'armée austro-hongroise, est envoyé en Espagne pour devenir le commissaire politique de la 15e Brigade internationale qui monte en ligne pour la première fois le 12 février 1937 sur le front de la Jarama. La Brigade est composée de 4 bataillons, le 6-Février composé de Français et de Belges commandés par Gabriel Fort, un bataillon britannique, le bataillon Dimitrov formé de volontaires des Balkans et le bataillon Abraham Lincoln où se retrouvent des Américains, des Irlandais, des Canadiens et des Sud-Américains. Par le suite est adjoint à la Brigade deux bataillons espagnols. La brigade est alors commandé par le général Gal alias Janos Galicz un communiste hongrois naturalisé Soviétique. Au moment où s'engage la bataille de la Jarama, Gal prend la tête d'une division qui regroupe les 11e et 15e Brigades internationales et deux brigades espagnoles. Il est alors remplacé par Copic à la direction de la 15e Brigade le 27 février 1937 avec comme commissaire politique le Français Jean Chaintron. Sous les ordres de Copic la brigade participe donc à la bataille de la Jarama à partir de février 1937 et reste en ligne jusqu'au 29 avril, sans un jour de repos.

 

Copic entre alors en conflit avec les volontaires américains qui lui reprochent d'avoir ordonné une attaque inutile à la Jarama alors qu'il n'a fait qu'obéir aux ordres de Galicz. Il semble qu'à l'origine de ce conflit se trouve plutôt la déception qu'éprouvent les Américains que ce ne soit pas l'un de leurs compatriotes qui commande la brigade. Les reproches contre Copic sont appuyés par Ernest Hemingway qui le rend responsable des pertes subies par les Américains. Il entre ensuite en conflit avec le bataillon franco-belge qu'il considère comme une unité indisciplinée. En mai 1937, de Paris, Gorkic fait part à Moscou du manque de popularité de Copic au sein de la Brigade et envoie un rapport de Balgoje Parovic, le représentant du PCY en Espagne, pour appuyer ses accusations. La position de Copic est rendue plus difficile en raison de son autorité sur le bataillon Dimitrov où se retrouvent de nombreux volontaires yougoslaves. Gorkic prétend en effet que Copic, mécontent de son éviction du bureau politique, essaye de former une fraction au sein de ce bataillon. Prudent, Copic évite le plus possible les contacts avec ses compatriotes au point que certains d'entre eux pensent qu'il est Tchécoslovaque. Vlajko Begovic, un Serbe de Bosnie, qui sert dans son état-major note néanmoins que Copic est un bon organisateur, qu'il inspecte régulièrement les tranchées et prend même le risque d'installer son poste de commandement le plus près du front. Il est d'ailleurs légèrement blessé en juillet 1937 lors de la bataille de Brunete.

 

Dans les combats, Copic dirige avec succès la 15e brigade mais il est néanmoins blâmé pour l'échec de son unité devant Fuentes de Ebro en octobre 1937 lors de la bataille de Brunete. Il se défend avançant que l'échec est surtout le résultat d'une préparation insuffisante de l'opération par ses supérieurs. Au printemps 1938, la 15e Brigade est à nouveau durement éprouvée lors de la bataille de Gandesa qui permet néanmoins aux troupes républicaines en retraite de franchir l'Ebre.

 

 

Une victime des purges.

Copic reste à la tête de la 15e Brigade jusqu'en juin 1938 où il est rappelé à Moscou. S'il est possible que ce rappel soit le résultat de l'échec de Fuentes de Ebro, il semble qu'il réponde avant tout au bouleversement qui affecte alors la direction du PCY. A la mi-1937, Gorkic est démis de toutes ses responsabilités et disparaît dans la Goulag, victimes des purges staliniennes. Mais il ne reçoit pas de successeur. Si Josip Broz Tito se voit attribuer les responsabilités assumées jusque là par Gorkic, il n'est confirmé comme secrétaire générale du PCY qu'en 1939. Cette vacance du pouvoir peut laisser penser à Copic qu'il va pouvoir reprendre la tête du PCY. En 1937, Tito a d'ailleurs écrit à Georgi Dimitrov, le secrétaire du Komintern, pour demander le rappel d'urgence de Copic afin qu'il prenne des responsabilités au sein du PCY. Copic rentre donc à Moscou en passant par Paris en septembre 1938 et commence, en compagnie de Tito, une traduction en croate du Manuel d'histoire du Parti bolchevik. Mais il est bientôt arrêté et condamné à mort par un tribunal militaire soviétique le 19 avril 1939.

 

Peu après, de manière posthume, il est exclu du PCY ainsi que de nombreux autres dirigeants comme Gorkic. Vladimir Copic est réhabilité le 10 juin 1958 sur décision de la Cour suprême de l'URSS.

Copic (au centre) en Espagne

Copic (au centre) en Espagne

Sources:

John Kraljic, « From the ALBA Archives. New Material on Vladimir Copic, Commander of the Xvth Brigade », The Volunteer, Journal of the Veterans of the Abraham Lincoln Brigade, Vol. 21, n° 4, 1999.

Ivo Banac: « Nacionalno pitanje u Jugoslaviji: Porijeklo, povijest, politika », Durieux, Zagreb, 1995.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne
28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 07:18

Josie McLellan, Anti-Fascism and Memory in East Germany: Remenbering the International Brigades 1945-1989, Clarendon Press, 2004.

Antifascisme et culture politique en RDA

Voici un livre qui montre comment l'antifascisme militant des années 1930 est devenu un élément central de la culture politique est-allemande à partir de 1945. L'engagement de 4 000 germanophones au coté de la République espagnole en 1936 s'est alors présenté comme une alternative attrayante face au passé nazi du pays. Les volontaires allemands en Espagne sont en majorité des ouvriers qui ont fuis le nazisme et veulent combattre le fascisme. Après 1939 ils connaissent des destins variés: un tiers est emprisonné en Allemagne, un sixième participe à la Résistance en France et un sixième se retrouve en URSS. Ceux qui rentrent en Allemagne de l'Est se retrouvent nombreux au sein de l'appareil d’État mais pendant les purges des années 1950, soupçonnés d'avoir subi des influences étrangères, ils sont sur la sellette et soumis à de nombreux interrogatoires. A partir du milieu des années 1950, le SED se réapproprie le souvenir de la participation allemande aux Brigades internationales pour en faire le mythe de fondation des forces armées de la RDA.

 

Cette participation allemande aux Brigades internationales devient alors l'objet de commémorations et de nombreuses manifestations culturelles. Des cérémonies de remises de médailles aux vétérans, la publications de livres, les chants lors des rassemblements, des chasses au trésor pour les enfants participent de ce culte. Les anciens volontaires y participent. La majorité sont fidèles au SED et sont prêt à adapter leurs souvenirs publics à la ligne officielle. Mais de nombreux vétérans conservent des souvenirs qui ne correspondent pas avec la version officielle. Des récits divergents sont également rendus publics grace aux erreurs de la censure ou aux subterfuges des éditeurs. Cette histoire, souvent moins héroïque, a rencontré un certain succès auprès de la génération née sous le régime communiste qui la reprend pour la retourner contre la direction du SED. Ce dernier, en raison du contrôle et de la discipline qu'il impose au pays, ne peut plus alors utiliser l'idéalisme antifasciste sur ces générations pour maintenir son autorité.

 

L'auteur s'appuie sur de nombreuses sources pour mener son étude: documents d'archives bien sur mais également des mémoires, des œuvres de fiction, des monuments et des entretiens. Elle apporte une contribution d'importance sur la culture politique en RDA mais également sur la place de l'antifascisme armée dans cette mémoire de la guerre qui hante les sociétés européennes depuis 1918.

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communismeetconflits - dans Communisme allemand
25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 07:12

Alessandro Brogi, Confronting America: The Cold War between the United States and the Communists in France and Italy, University of North Carolina Press, 2011.

Les communistes européens contre les Etats-Unis: 50 ans de guerre froide

Avec ce livre Alessandro Brogi étudie l'ingérence américaine dans la politique intérieure de la France et de l'Italie sur plus de trois décennies, des années 1950 aux années 1970. Il s'agissait en priorité pour les États-Unis de neutraliser les hommes politiques qui prônaient la neutralité dans la guerre froide mais surtout l'influence communiste. Pour cela le Département d’État et la CIA n'ont pas hésité à utiliser un large éventail de procédés : financement occulte des partis et des syndicats, propagande et guerre psychologique. Inquiet du développement de l'anti-américanisme ils acceptèrent même de soutenir ceux qui proposaient des politiques plus isolationniste à partir du moment où ils ne mettaient pas en cause les liens transatlantiques.

 

Ces ingérences américaines ne restent pas sans réponse de la part des communistes français et italiens. Le PCF et le PCI ont été exclus des gouvernements à partir de 1947 et ils savent que la route vers le pouvoir par les urnes leur est bloqué. Pour élargir leur influence ils se posent en défenseur de l'indépendance nationale. Ils utilisent pour cela une presse pléthorique et même les revues et journaux consacrés à l'art, au cinéma et à la culture populaire servent à diffuser les idées communistes. Par ce biais, et avec le soutien financier soviétique, ils parviennent à demeurer les principaux partis d'opposition durant les années 1950 et 1960.

 

Les tensions qui naissent au sein du PCF et du PCI, à la suite du Mai 68 français et de l'intervention soviétique contre le Printemps de Prague conduisent à l'élaboration de l'eurocommunisme. Cette stratégie vise à prendre des distance vis-à-vis de l'URSS. Le PCI laisse même entendre qu'il pourrait accepter le maintien de l'Italie dans l'OTAN. A partir des années 1980, les difficultés économiques en Union soviétique et la baisse de l'influence communiste en Europe obligent le PCF et le PCI à s'éloigner encore un peu plus de l'influence soviétique et à reconnaître la permanence du systéme capitaliste. Cette évolution conduit le PCI à se dissoudre et à former le Parti démocratique de la gauche. Le PCF poursuit quand à lui un déclin inexorable.

 

L'auteur retrace avec talent cette histoire cinquantenaire en utilisant à la fois les archives du Département d'État américains, du PCF et du PCI. Surtout l'auteur ne tombe pas dans les travers d'une histoire complotiste. Il réfute ainsi la thèse qui veut que l'enlèvement et le meurtre d'Aldo Moro en 1978 par les Brigades rouge fut le fruit d'un complot organisée par la CIA. Le lecteur peut néanmoins regretté que certains événements comme le retrait de la France de l'OTAN en 1966 où l'élaboration du compromis historique en Italie en 1978 ne soient pas plus analysés.

 

Ce livre n'en demeure pas moins une contribution importante à l'étude de la guerre froide. L'appareil de notes et la bibliographie en font également une instrument de travail précieux.

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communismeetconflits - dans Guerre froide
23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 07:58

Thomas P. McKenna, Kontum: The Battle to Save South Vietnam, University Press of Kentucky.

La dernière victoire du Sud-Vietnam

L'offensive du Têt de 1968 ne permet pas aux communistes de s'emparer de Saïgon et d'unifier le Vietnam. En 1972, une nouvelle offensive est lancée mais contrairement à 1968 où seul des unités de Vietcongs ont combattu, l'offensive de Pâques 1972 est menée par trois divisions régulière nord-vietnamiennes. Elles profitent du retrait massif des forces américaines pour affronter l'armée sud-vietnamienne.

 

Thomas McKenna, historien et vétéran de la guerre du Vietnam, examine en détail la bataille de Kontum, un moment clef de cette offensive de 1972. Ayant participé lui meme à l'affrontement, il cherche à replacer la bataille dans le contexte plus large de cette offensive. Pour cela l'auteur utilise de nombreuses sources: témoignages, entretiens, rapports officiels mais également les nombreuses études réalisées sur la période.

 

L'auteur prend soin d'expliquer les actions et les décisions prises par les conseillers américains mais parmi ces derniers il met en relief l'importance du rôle de John-Paul Vann dans la défense du Sud-Vietnam. Ce dernier est présenté comme le seul conseiller ayant véritablement compris les Vietnamiens et la nature de la guerre. Pour l'auteur Vann symbolise le rôle clef joué par les Américains dans la victoire sud-vietnamienne à Kontum.

 

Il n'oublie pas de se pencher sur les atouts de l'armée nord-vietnamienne qui, par exemple, dispose d'un net avantage en artillerie. Si cet avantage est compensée par la puissance aérienne américaine, les nord-vietnamiens disposent également des derniers modèles soviétiques d'armes antiaériennes. Il souligne les faiblesses de l'armée sud-vietnamienne qui manque d'officiers supérieurs de qualité et fiables. Ainsi le lieutenant-colonel Pham Van Dinh n'hésite pas à faire capituler ses troupes pour passer du coté nord-vietnamien. Les forces aériennes du Sud qui n'hésitent pas à rançonner les civils qui sont évacués lors de l'offensive de 1972 sont emblématiques de comportements qui ternissent l'image des forces sud-vietnamiennes aux yeux de la population mais aussi des Américains.

 

L'auteur met aussi en avant l'héroisme et la détermination des soldats sud-vietnamiens, à l'image des unités de rangers ou de la 23e division qui défend Kontum contre trois divisions du Nord. La victoire du Sud repose donc sur la bravoure des hommes sur le terrain qui après avoir résistés à l'assaut ennemi repartent à l'attaque pour reprendre le terrain perdu.

 

Le livre démontre avec force que le Sud-Vietnam avait besoin de l'aide permanente des États-Unis pour résister au Nord-Vietnam. L'auteur décrit avec détail et clarté les différents phases de la bataille de Kontum mais aussi le processus de vietnamisation du conflit et donne un aperçu saisissant de l'état de l'armée sud-vietnamienne. McKenna, acteur de la bataille, livre aussi son propre témoignage faisant ainsi de son livre une source primaire sur un moment clef de la guerre du Vietnam.

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communismeetconflits - dans Guerre du Vietnam
21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 07:16

Joseph McKenna, Guerilla Warfare in the Irish War of Independence, Mcfarland, 2010.

Guérilla en Irlande

La guerre d'indépendance irlandaise est largement méconnue en France contrairement aux troubles qui ont agités l'Ulster des années 1960 aux années 1990. Pourtant elle peut apparaître comme la première guerre de libération nationale du 20e siècle et, à ce titre, elle fut un modèle pour des générations de guerilleros.

 

Joseph McKenna fournit une histoire générale de ce conflit depuis l'insurrection de Pâques en 1916 à la signature du traité anglo-irlandais de 1921. Dans ce cadre, l'auteur accorde une place particulière aux opérations des forces irrégulières ce qui fait l’intérêt de l'ouvrage.

 

La première partie du livre traite de l'insurrection de 1916 et de ses conséquences. La révolte lancée à Dublin par les volontaires de l'IRA est conçu comme le premier acte d'une insurrection générale qui doit embraser l'ensemble du pays. Au lieu de cela l'insurrection est écrasé et les dirigeants exécutés. Les survivants ont du alors reconstruire une organisation et repenser leur stratégie. Pour l'auteur, James Connlly, le chef des rebelles, s'est directement inspiré de l'insurrection de Moscou en 1905 pour préparer le soulèvement de 1916. Il en a tiré de mauvaises leçons puisque, contrairement à Lénine qui en a tiré la conclusion qu'il fallait organiser de petits groupes mobiles, il a privilégie une défense statique. En revanche John McBride qui a combattu au coté des Boers en Afrique du Sud a réussi à combattre Michael Collins des bienfaits de la guérilla. McKenna rappelle aussi que c'est également l'impossibilité de se procurer un armement conventionnel en nombre qui pousse l'IRA à privilégier la guérilla plutôt que l'insurrection.

 

L'auteur étudie ensuite de manière thématique la lutte entre les forces britanniques et l'IRA entre 1919 et juillet 1921. La résistance passive, le renseignement, la guerre urbaine, la guerilla et le rôle des femmes sont successivement analysés. Les cinq derniers chapitres offrent un récit classique des événements entre 1919 et 1922. L'IRA après 1916 accroît son armement par des coups de main contre l'armée britannique et la police locale. Petit à petit elle oblige les Anglais à se replier dans les villes d'où ils ne peuvent sortir sans devoir affronter de nombreuses difficultés. L'auteur excelle dans la description de nombreux combats mais le lecteur peut regretter parfois un certain manque d'analyse et de hauteur de vue.

 

Au passif de ce travail notons que l'ouvrage est dépourvu de cartes concernant les différents affrontements à l'exception d'une sur Dublin au moment de l'insurrection de 1916. L'auteur ne cache pas un certain partie pris en faveur des insurgés il se laisse parfois aller à des jugements de valeurs qui ont peu à voir avec l'Histoire. Le lecteur pourra aussi être lassé par le récit extrêmement détaillé de certains combats qui ne sont en réalité que des embuscades n'impliquant parfois pas plus d'une dizaine de combattants.

 

Au final, voici un livre qui laisse sur sa faim. Le sujet est intéressant et l'auteur a fait de nombreuses recherches qu'il restitue avec forces détails. Mais l'ensemble manque singulièrement d'analyses qui permettraient de replacer le conflit irlandais dans son époque et plus largement dans l'histoire du phénomène insurrectionnel.  

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communismeetconflits - dans Irlande Insurrection
18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 07:04

Tanya Harmer, Allende's Chile ant the Inter-American Cold War, University of North Carolina Press, 2011.

Aux origines de la chute d'Allende

La chute du régime de l'Unité populaire et la mort de Salvador Allende le 11 septembre 1973 sont des événements emblématiques de la guerre froide en Amérique du Sud et de ce fait largement connus comme le montre le nombre d'articles, d'émissions de télévision et de livres destinés au grand public à l'occasion du 40e anniversaire du coup d’État militaire.

 

Tanya Harmer ne propose pas ici un nouveau récit de la chute d'Allende mais une nouvelle approche de l'histoire du gouvernement d'Unité populaire qui dépasse le cadre étroit des relations entre le Chili et les États-Unis. Pour l'auteur, les événements chiliens ne sont compréhensibles que dans le cadre d'une guerre froide au sein du continent américains où s'affrontent alors les États-Unis, le Chili, Cuba et le Brésil.

 

Le livre s'ouvre sur une présentation des rapports de force en Amérique du Sud entre 1959 et 1970 puis l'auteur présente les réactions à l'élection d'Allende. Pour Cuba et les Etats-Unis le Chili est alors devenu un enjeu majeur dans l'équilibre des forces en Amérique latine. A partir de là curieusement, les Américains ont cherché à faire chuter un président démocratiquement tandis que les Cubains ont soutenu un démocrate constitutionnel. Le gouvernement chilien tout en cherchant à renforcer ses relations avec les autres pays sud-américains a toujours cherché à négocier avec les Américains et à refuser toute politique de rupture. Mais dans un contexte de droitisation du continent et alors que l'URSS garde ses distances, le Chili se retrouve vite isolé.

 

Alors que les conseillers cubains demandent à Allende de mobiliser la population pour faire face au danger réactionnaire ce dernier refuse l'emploi de la force. La régularité des élections législatives de 1973 démontre aux Américains que la seule solution pour faire tomber Allende reste un coup d’État. Mais les États-Unis n'offrent à la droite chilienne qu'un appui moral et financier. Comme l'explique fort bien Harner il y a plus qu'une différence de degré entre « créer les conditions » et « orchestrer » un coup d’État. Mais si les Américains ne peuvent étre tenus pour responsable du 11 septembre 1973 par la suite l'administration Nixon à aider la dictature à consolider son pouvoir sur le pays.

 

Pour l'auteur l'administration américaine n'est pas responsable de la mort de la démocratie chilienne même si dès 1970, Nixon veut le départ d'Allende du pouvoir. Tout comme les Cubains ont toujours soutenu le président chilien et n'ont pas cherché à subvertir la démocratie chilienne. Au final elle démontre que les puissances étrangères n'ont jamais réussi à véritablement influencer sur le cours des événements au Chili. Ce n'est pas Nixon qui a décidé du coup d’État mais les militaires chiliens tandis que, malgré les préparatifs cubains, la gauche chilienne a été incapable de défendre la voie chilienne au socialisme. Curieusement il semble que le pays qui fut le plus influent fut alors le Brésil qui était loin d’être un appendice inefficace des Américains.

 

Ce livre est une contribution importante pour mieux comprendre les mécanismes de la guerre froide en Amérique du Sud. En insérant l'histoire du Chili dans celui trans-national d'un continent il apporte des éclairages nouveaux sur la tragédie qui se joue dans ce pays au début des années 1970. Surtout il met en avant la recherche de la vérité plutôt que celui de responsables ou de coupables et fait ainsi pleinement œuvre d'histoire.

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communismeetconflits - dans Chili Guerre froide
16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 07:54

Richard Bidlack, Nikita Lomagin, The Leningrad Blockade, 1941-1944 : A New Documentary History from the Soviet Archives, Yale University Press, 2012.

Le siège de Léningrad à la lumière des archives

Le blocus de Léningrad est un épisode du conflit germano-soviétique bien connu et qui a déjà été l'objet de nombreux articles et ouvrages. Le lecteur peut alors se demander ce que peut apporter de nouveau un livre consacré à ce sujet. Ici tout repose sur l'archive. Les auteurs, après avoir fait remarquer avec justesse que jusqu'à maintenant les récits du siège de Léningrad s'appuyaient sur des archives soviétiques soumises à une censure préalable, cherchent à combler ce défaut en mettant en avant 66 documents, issus de différents fonds, notamment ceux des musées de la ville de Saint-Pétersbourg. Ces documents sont d'une grande diversité, de celui qui relate les conflits entre Staline, Jdanov, le chef du parti à Léningrad, et Vorochilov le commandant du front, sur la façon de défendre la ville aux tracts allemands lancés par des bombardiers conseillant aux habitants de rejoindre les lignes allemandes pour y être bien nourris. Les extraits du journal d'un petit garçon de 10 ans qui détaille son alimentation montre, mieux que n'importe quel récit, cette faim obsédante qui taraude la population tout au long des 900 jours que dure le siège.

Le livre étudie les aspects proprement militaires du blocus et expose les plans de défense de la ville. Il fait le point sur les relations entre les dirigeants civils et militaires de la cité, la mobilisation militaire et industrielle, le rôle de la police politique, le NKVD, lors du siège. Le drame et les sacrifices de la population ne sont pas oubliés non plus : la faim, les vols, les agressions, les cas de cannibalisme mais également les exemples de charité prodiguée par l’Église orthodoxe mais aussi les habitants les plus fortunés. Un chapitre s'attache aussi à analyser l'opinion publique dans la ville pour essayer de déterminer le niveau du soutien au régime et aux dirigeants tel Jdanov, le chef du PCUS de Léningrad, mais aussi les réactions envers certains événements comme l'annonce du débarquement en Normandie.

Les auteurs traitent également des conséquences ultérieures du blocus à travers l'affaire de Léningrad, une vaste purge de l'appareil communiste de la ville en 1949, qui n'a pour but que d'éliminer des dirigeants qui ont fait leurs preuves lors du siège et pourraient ainsi avoir la légitimité nécessaire pour s'opposer à Staline.

Voici donc un livre qui complète parfaitement ceux de David Glantz sur le siège de Léningrad. Il est bien écrit et surtout accessible sans connaissances préalables pour le lecteur moyen tandis que les documents présentés et une riche bibliographie font le bonheur du spécialiste.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Front de l'Est
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 07:36

Craig Campbell, Sergey Radchenko, The Atomic Bomb and the Origins of the Cold War, Yale University Press, 2008.

Bombe A et guerre froide

Il est bien connu de nos jours que dès avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, les espions soviétiques se mirent en chasse pour voler les secrets atomiques de leur allié américain et que la question nucléaire fut au centre des tensions de la guerre froide. De manières concises, organisées et en s'appuyant sur de nombreuses sources américaines et russes, les deux auteurs éclairent la place de l'arme atomique dans la montée de l'antagonisme entre l'URSS et les États-Unis.

Pour les auteurs ce sont deux visions concurrente de l'après-guerre qui conduisent les deux superpuissances à s'affronter. Le président Franklin Rossevelt souhaite organiser le monde autour d'une organisation internationale et d'une économie libérale qui permettent d’empêcher toutes agressions contrairement à ce que fut la Société des Nations. Mais cette vision du monde futur se heurte à l'existence d'un système soviétique qui tend à s'étendre. Pour gagner le soutien de Staline, Roosevelt est alors tenté d'utiliser l'arme atomique comme une menace sur les Soviétiques. Mais l'espionnage sape rapidement cette diplomatie atomique. Staline est au courant de l'avancée du projet Manhattan et reçoit par ses agents les renseignements scientifiques lui permettant d’accélérer les travaux nucléaires soviétiques.

La politique atomique américaine ne change pas avec l'arrivée de Truman à la Maison Blanche. A peine entré en fonction ce dernier doit affronter la préparation de la conférence de Potsdam et la décision d'utiliser l'arme nucléaire sur le Japon. Les auteurs remarques avec raison que le bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki bouscule l'équilibre entre les superpuissances et symbolise à la fois le dernier acte américaine de la Seconde Guerre et le premier de la guerre froide. L'utilisation de la bombe A donne à Truman la possibilité d'une reddition japonaise sans le concours de l'URSS et d’empêcher ainsi une occupation conjointe de l'archipel. Staline ne répond pas à ce défi tout en percevant la menace que représente l'arme atomique. Mais il tend à durcir ses positions et à accélérer ses efforts pour se doter de la bombe A.

L'année 1946 est marquée par les discussions de la commission de l'énergie atomique des Nations Unies. Les Américains proposent des plans de contrôles de l'arme nucléaire, plans que les Soviétiques rejettent, accusant les États-Unis de pratiquer le chantage atomique. Pour les auteurs l'impossibilité d'un contrôle international des armes atomiques, qui signifie un sacrifice de la souveraineté nationale, rendait le déclenchement la guerre froide inévitable.

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communismeetconflits - dans Guerre froide
12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 14:18

Sur le blog L'autre coté de la colline, Adrien Fontanellaz se penche sur les différentes tactiques employées depuis les années 1960 par les forces insurrectionnelles, notamment au Viet-Nam et en Afghanistan, pour mettre en échec la force aéromobile de l'adversaire

 

Une plongée érudite dans une forme de guerre née aux marges d'un monde en guerre froide mais qui reste toujours d'actualité à l'heure des guerres asymétriques.

La chasse aux hélicos
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communismeetconflits
11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 07:39

George Veith, Black April : The Fall of the South Vietnam, 1973-1975, Encounter Books, 2011.

Au crépuscule de la guerre du Vietnam

Les deux ans qui vont de la signature des accords de Paris en 1973 à la chute de Saïgon en 1975 sont un triomphe pour le Nord-Vietnam et une tragique agonie pour le Sud. Gorge Veith explore cette période où le sort de la guerre est déjà joué et comble ainsi un vide historiographique. Surtout l'auteur s'appuie sur des sources nord-vietnamienne ainsi que des archives américaines déclassifiées.

En huit chapitres l'auteur aborde en détail les batailles militaires et les conflits politiques internationaux que se mènent les deux adversaires vietnamiens. Il montre le rôle joué par le désengagement progressif des Américains du bourbier vietnamien dans la chute du Sud. Il met en lumière les ressorts de la propagande nord-vietnamienne qui représente le Sud comme le responsable de la poursuite des combats après les accords de Paris. Alors que le Nord multiplie les incursions militaires dans le Sud et accumulent les forces terrestres à sa frontière, aux yeux du monde, à l'époque, Hanoï cherche la paix contrairement à Saïgon. Le Vietnam-Sud apparaît finalement comme le fauteur de guerre alors que son infériorité est manifeste.

Le dernier atout du Sud, le soutien aérien américain, disparaît avec le départ de Richard Nixon de la Maison Blanche suite au scandale du Watergate, Le Congrès américain profite de la faiblesse de l'administration Ford pour réduire les crédits destinés au Sud-Vietnam. Ce dernier se retrouve définitivement seul face à un Nord-Vietnam bien armé et déterminé.

L'auteur analyse en détail es équipements qui font la force de l'armée du Nord-Vietnam sans négliger l’héroïsme de l'armée du Sud-Vietnam. Après la signature des accords de Paris, le Nord se prépare à la guerre et organise une force mécanisée pour envahir son voisin. Si les forces communistes sont supérieures les soldats du Sud font preuves de bravoure et parviennent parfois à mettre en échec l'ennemi.

Voici un livre foisonnant qui plonge avec bonheur le lecteur dans la phase finale du conflit vietnamien. Si le récit est passionnant, les analyses des aspects militaires et diplomatiques de cette dernière phase de l'affrontement font de cet ouvrage un outil précieux pour mieux comprendre la guerre du Vietnam.

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Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")