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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 08:55

Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre, Liquidez les traitres. La face cachée du PCF, 1941-1943, Robert Laffont, Paris, 2007.

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Dans cet opus, Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre poursuivent leur entreprise de démolition des légendes et vérités officielles entourant le rôle du PCF dans la Résistance. Après s’être intéressé aux Bataillons de la Jeunesse, ils se penchent en effet ici sur le détachement Valmy, une formation de lutte armée dirigée par la commission des cadres du PCF.


Cette commission est née en 1932 dans le but de repérer les militants prometteurs afin de les former et de les promouvoir au sein de l'appareil. Avec les purges staliniennes en URSS, elle se voit également confier la mission de démasquer les opposants et les dissidents au sein du PC afin de les exclure. Dans le contexte de la guerre, la commission des cadres voit son rôle d'accroitre puisqu'elle est alors chargée de régler le sort des traitres au Parti. Pour cela elle se dote d'un instrument d'exécution, le détachement Valmy.


Les premières cibles de ce groupe ce sont les anciens dirigeants communistes passés à la collaboration avec les Allemands et dont la figure emblématique est Marcel Gitton, numéro 3 de la direction en 1939 avant de rompre au moment du pacte germano-soviétique. Gitton est abattu le 5 septembre 1941. Le détachement s'en prend ensuite aux résistants communistes accusés d'avoir parlé après leur arrestation puis à partir de l'été 1942 aux Allemands eux-mêmes. Les auteurs décrivent avec beaucoup de détail le quotidien des hommes de ce groupe et avant tout cette traque menée contre les traitres d'où les « bavures » ne sont d'ailleurs pas absentes. Face aux hommes du détachement Valmy, la police de Vichy mit en branle les Brigades spéciales des Renseignements généraux dont les compétences parvinrent à démanteler le détachement en 1943.


Le livre est particulièrement bien écrit, avec un style proche de celui du polar, qui le rend agréable à lire et particulièrement attractif pour le non-spécialiste. De plus, il s’appuie sur une masse documentaire et archivistique dense et parfaitement maitrisée. Les chapitres sur le travail policier sont d'ailleurs particulièrement réussis et convaincants.


Mais hélas ce bel ensemble est entaché par l'orientation anticommuniste évidente des deux historiens qui par certains aspects font ressembler l'ouvrage à un livre de combat plutôt qu'à une étude sérieuse sur la Résistance. L'ouvrage commence ainsi par la relation de l’exécution d'une jeune femme accusée à tort d'avoir trahi. Il s'agit là pour les auteurs rien moins que d'un assassinat avalisé par la direction communiste représentée en France par Jacques Duclos. Le caractère criminel du communisme, déjà au cœur du Livre noir du communisme, est donc affirmé d'emblée et l'action du détachement Valmy, qualifié de "police" ou "Guépéou" du PC, disqualifiée en tant qu'organisation criminelle, une sorte de Gestapo rouge française.


Pourtant les auteurs montrent dans le même temps que les hommes du Valmy ne se sentent pas l’âme de tchékistes. Ils contestent les consignes qui leur sont données d'exécuter un certain nombre de collabos, non pour des raisons morales, mais pour des soucis d'efficacité. Ils ne semblent d'ailleurs mettre aucun enthousiasme particulier à leur besogne de liquidateurs et expriment surtout le désir de combattre les Allemands.


La violence terroriste que déploie le PCF durant l’Occupation n'est donc jamais resitué dans le contexte de la lutte armée contre la Wehrmacht. Cette hostilité au communisme s'appuie sur une méthode historique particulière : le rejet des témoignages. Ces derniers sont considérés par les deux auteurs comme vicié par la malhonnêteté intellectuelle ou l’intérêt politique bien compris dans le but de créer une histoire officielle, et fausse, de la Résistance communiste. Les choses sont pourtant plus complexes et un témoignage, comme toute source, doit être soumis à la critique historique et confrontée à d'autres sources.


Si une conclusion peut être tirée de ce livre c'est celle de l’inefficacité relative des attentats communistes. A aucun moment les communistes français n'ont sérieusement menacé la domination allemande en France contrairement à ce qui s'est passés au même moment en Grèce ou en Yougoslavie. Le fait de privilégier la lutte terroriste urbaine plutôt que la guerre de partisans en milieu rural est peut être un facteur d'explication de cet échec. Mais cela n'est pas le propos du livre de Jean-Marc Berlière et Frank Liaigre qui reste malgré tout ces défauts, incontournable pour appréhender la lutte armée communiste en France sous l'Occupation.

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communismeetconflits - dans Communisme français

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")