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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 07:42

Alexandre Jevakhoff, La Guerre civile russe, 1917-1922, Perrin, 2017.

Les Rouges contre les Blancs

Mal connue et parent pauvre de l’historiographie française concernant l’histoire de la Russie et de l’URSS, la guerre civile russe est pourtant un moment essentiel de l’histoire du 20e siècle. Le livre d’Alexandre Jevakhoff vient donc à point pour combler cette lacune d’autant que le pari est particulièrement risqué. En effet, outre que cet événement se déploie sur l’étendue immense de l’ancien Empire tsariste, de Vladivostok à Helsinki, de Samarcande à Varsovie, il met aux prises une quantité impressionnante d’acteurs politiques et sociaux : bolcheviks, socialistes-révolutionnaires, libéraux, monarchistes, Russes, Ukrainiens, Caucasiens, Baltes, Sibériens, nobles, bourgeois, paysans, ouvriers mais aussi Allemands, Français, Britanniques, Américains, Japonais. Les diverses interactions entre ces acteurs et cela sur un territoire démesuré font de la guerre civile un conflit particulièrement complexe à déchiffrer, à analyser et à mettre en récit.

Il serait donc facile de critiquer le travail d’Alexandre Jevakhoff pour lui reprocher d’avoir négligé tel ou tel aspect de la guerre civile russe. Il parle peu en effet des nationalismes qui désagrègent l’Empire russe, de la guerre civile dans le Caucase, en Asie centrale ou en Extrême-Orient, des révoltes paysannes. Les amateurs d’histoire militaire seront déçus car si l’auteur retrace dans ses grandes lignes l’évolution des principaux fronts de la guerre civile, il dit peu de choses sur l’organisation des armées, leurs tactiques, les combats, les batailles.

Malgré ces absences, ou plutôt grâce à elles, Alexandre Jevakhoff essaye de répondre à une question, qu’il ne pose jamais clairement mais qui forme le fil rouge de son livre : comment les bolcheviks, minoritaires en Russie aussi bien en février qu’en octobre 1917, réussissent-ils finalement à l’emporter contre une impressionnante série d’adversaires ? Comme le montre l’auteur, les partisans de Lénine font preuves d’un grand pragmatisme, n’hésitant pas à jouer la carte allemande ou alliée suivant les circonstances alors que les blancs refusent fermement toute aide germanique ainsi qu’une alliance avec les nationalités de l’ancien Empire au nom de la Russie une et indivisible.

Surtout les bolcheviks comprennent qu’une guerre civile ne se conduit pas comme une guerre classique et que l’objectif principal est de conquérir le soutien de la population. Une conquête qui se fait soit par la contrainte au travers de la répression et de la terreur rouge, soit par une propagande habile et massive. Sur ces points, les blancs ne se montrent pas à la hauteur, incapables de réprimer les rébellions et les infiltrations rouges et de fournir des réponses claires aux aspirations populaires qui ont conduit à la Révolution. Ils se retrouvent ainsi isolés, fragilisés comme le montre leur difficultés à enrôler la population dans leurs armées. Dans cette situation une aide extérieure s’avère indispensable. Mais dans ce domaine, les blancs se heurtent à la pusillanimité des Alliés, à leurs divisions, à leurs ambitions et querelles respectives. Au final, ce soutien s’avère décevant, à l’exception de celui des Tchécoslovaques qui forment l’ossature des armées blanches en Sibérie et dans l’Oural, et en tout cas incapable de donner l’avantage aux blancs.

S’appuyant sur une importante documentation, bien que curieusement il manque dans la bibliographie certains travaux anglo-saxons importants, et sur des fonds d’archives russes et occidentales, le livre d’Alexandre Jevakhoff retrace, dans un style clair et fluide, les grandes lignes de forces et les grandes étapes de la guerre civile russe. Même si, à notre goût, l’auteur fait un peu trop la part belle dans son récit aux blancs, un biais peut-être lié à sa documentation, ou aux intrigues personnelles, notamment autour des agents alliés en Russie, son ouvrage permet une meilleure connaissance de la guerre civile russe auprès d’un vaste public et, à ce titre, mérite toute l’attention de la part de ceux qui souhaitent découvrir ce moment essentiel de l’histoire russe contemporaine.

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 07:00

Le Figaro-Histoire, n° 30, février-mars 2017.

1917, suite...

Le numéro de février-mars du magazine Le Figaro-Histoire donne une large place au centenaire de la Révolution russe. C’est l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse qui débute ce dossier par l’évocation du règne de Nicolas II, un tsar qu’elle présente à la fois comme celui qui essaya de réformer et de moderniser l’Empire mais dont les faiblesses, l’indécision et l’incapacité à asseoir son autorité conduisirent finalement à la fin de la monarchie tricentenaire des Romanov. Jean-Christophe Buisson trace quant à lui le portrait d’Alexandre Kerenski, un avocat idéaliste, opportuniste et charismatique qui dans le chaos qui emporte la Russie après février 1917 parvient à se hisser à la tête du pouvoir, se rêvant même Bonaparte. Son ambition le mène finalement à sa perte puisque tous ceux qui l’ont soutenu l’abandonnent, le forçant à rejoindre « les poubelles de l’Histoire ».

Jean-Pierre Arrignon retrace les grands moments de la Révolution depuis les événements de février à Petrograd jusqu’au début de la guerre civile en passant par la montée des bolcheviks, l’échec du putsch de Kornilov et l’incapacité de Kerenski face à Lénine. Pour l’auteur, la chute du tsarisme, œuvre des libéraux et des socialistes modérés, ouvre de façon presque inéluctable la voie à Octobre présenté comme un coup d’État minoritaire. Alexandre Jevakhoff traite de la guerre civile russe, un épisode mal connu en France et inséparable du moment révolutionnaire qui la précède. Événement d’une ampleur à l’égal de la taille de la Russie, la guerre civile ne se résume pas à une lutte entre des armées monarchistes et des troupes bolcheviques. Allemands et Alliés interviennent en effet dans ce conflit tandis que le camp blanc est hétérogène, rassemblant des socialistes modérés, des libéraux et des militaires. La défaite de ces derniers s’explique, selon l’auteur, par leur incapacité à se hisser à la hauteur des bolcheviks notamment dans le domaine de la répression.

Stéphane Courtois dresse un portrait au vitriol de Lénine qu’il qualifie d’inventeur du totalitarisme, un homme assoiffé de pouvoir, implacable dictateur, d’abord au sein de son parti puis de toute la Russie, promoteur du terrorisme d’État, les mains pleines de sang. C’est oublier que Lénine fut souvent mis en cause et contesté par ses camarades, aussi bien avant qu’après la prise du pouvoir. C’est oublier également la violence sociale et politique qui se déchaîne en Russie bien avant Octobre et la puissance des adversaires coalisés des bolcheviks.

Ce numéro du Figaro-Histoire est ainsi symptomatique d’une vision libérale et conservatrice de l’histoire de la Révolution russe qui fut à son apogée dans les années 1990. Pour ce courant, la Russie de Nicolas II avait pris le chemin de la modernité, un chemin juste entravé par l’incapacité du tsar à comprendre la nécessité de réformer le système politique pour l’adapter à l’émergence de la Russie capitaliste. Cette voie heureuse fut, hélas, brisée en 1917 par une révolution, certes démocratique en février, mais qui ouvrit le pouvoir à la dictature bolchevique, un projet totalitaire et sanguinaire. L’article d’Irina de Chikoff sur la vision qu’avait Soljenitsyne de la révolution russe et qu’il délivra dans le cycle romanesque de la Roue rouge résume parfaitement cette lecture historique en noir et blanc largement dépassée comme le montrent des travaux historiques récents comme ceux d’Orlando Figes.

Ce numéro richement illustré, doté d’une solide chronologie et d’un article présentant les grands films ayant pour décor la Russie en révolution, contient également un passionnant entretien avec Olivier Wievorka sur la résistance en Europe occidentale.

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 07:17

Nicolas Ross, Koutiepov. Le combat d’un général blanc, de la Russie à l’exil, Éditions des Syrtes, 2016.

Koutiepov, général blanc

Sans son mystérieux enlèvement en 1930, le nom du général Koutiepov serait largement ignoré, si ce n’est de quelques spécialistes de l’émigration russe blanche. En effet, tous les ouvrages traitant de l’histoire des services secrets soviétiques relatent, avec plus ou moins de précisions, l’opération menée par la Guépéou qui aboutit à « l’évaporation » du général blanc. Mais le récit qu’ils donnent des derniers moments de liberté de Koutiepov fait généralement l’impasse sur la figure et l’histoire de cet homme. Le livre de Nicolas Ross comble ce manque.

 

Issu d’une famille modeste, Koutiepov intègre dans son adolescence le corps des cadets et débute une brillante carrière militaire. Décoré par Nicolas II pour son action lors de la guerre russo-japonaise en 1904-1905, il commande pendant la Première Guerre mondiale le régiment Preobrajenski de la Garde impériale. Avec la prise du pouvoir par les bolcheviks en novembre 1917, Koutiepov rejoint les unités blanches dans la région Don. Officier déterminé et excellent tacticien, il lutte contre les Soviétiques dans le sud de la Russie jusqu’à l’évacuation des troupes blanches en 1920. Une grande partie des restes de l’armée blanche trouve refuge dans la péninsule de Gallipoli où Koutiepov tente de lui conserver une force opérationnelle et une discipline rigoureuse. Peu à peu, les unités de l’armée blanche quittent Gallipoli pour s’établir principalement en Bulgarie et en Yougoslavie. Koutiepov suit ses hommes en Bulgarie puis en Serbie en 1922 avant de s’établir en France.

 

Koutiepov devient un élément central de l’émigration blanche par son activité au sein de deux associations qui la structurent, l’Union des anciens de Gallipoli et l’Union générale des combattants russes. C’est à partir de ce moment qu’il se lance dans l’organisation de l’action clandestine et subversive en URSS. Sur ce terrain dangereux, Koutiepov subit de nombreux revers, la GPU veille et les Soviétiques se montrent de redoutables adversaires face à des Blancs naïfs et crédules. Pourtant, à l’heure où la collectivisation bat son plein en URSS les Soviétiques craignent que l’émigration blanche ne représente un possible débouché pour les résistances et les révoltes des victimes de la politique de Staline. La disparition de Koutiepov est alors ordonné et conduit à son enlèvement en plein cœur de Paris en janvier 1930.

 

Le livre de Nicolas Ross est une intéressante plongée dans le monde de l’émigration blanche des années 1920, un monde dispersé, précaire, nostalgique où apparaissent rivalités et dissensions. L’auteur, s’appuyant sur une riche documentation, fait revivre cette émigration, ces grandes figures, ses structures, les lieux où se retrouve cette diaspora. Les chapitres concernant les opérations clandestines en URSS se lisent comme un roman d’espionnage et démontrent la supériorité des Soviétiques dans cette bataille de l’ombre où les manipulations, les retournements, les trahisons sont légion. Sur ce sujet regrettons néanmoins la minceur et la faiblesse des sources utilisées.

 

Au final, voici un livre indispensable pour appréhender l’émigration blanche et la lutte qu’elle livra contre l’Union soviétique. Si nous aurions aimé que les passages sur la guerre civile soient plus développés et que l’auteur consacre quelques pages sur la mémoire de Koutiepov dans la Russie actuelle, le livre de Nicolas Ross lève un coin du voile sur un aspect mal connu de l’histoire russe.

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 07:00

Militant politique et commandant militaire, Mikhaïl Frounze fut l'un des principaux chefs de l’Armée rouge durant la guerre civile russe et la première moitié des années 1920. Vainqueur de Koltchak, de Wrangel, des cosaques de l’Oural, des rebelles du Turkestan, de Petlioura et de Makhno, il succède à Trotski à la tête de l’Armée rouge en 1924. Frounze, qui n’appartient pas au groupe proche de Staline, est un personnage largement méconnu mais dont le rôle fut pourtant décisif à la fois dans la victoire soviétique durant la guerre civile, la construction de l’Armée rouge et l'élaboration de la doctrine militaire soviétique en vigueur jusqu’aux années 1980.

Mikhaïl Frounze, bâtisseur de l’Armée rouge

Le militant bolchevik.

Mikhaïl Frounze est né en 1885 à Pichpek (actuelle Bichkek au Kirghizistan) aux confins de l’Empire russe, dans une région, le Turkestan, à peine conquise par les armées du tsar et où domine un ordre colonial. Son père, officier de santé, s’est établi dans la région après y avoir servi comme militaire tandis que sa mère est la fille de paysans, venus comme colons dans l’espoir d’une vie meilleure.

 

Brillant élève au lycée de Verniy (actuelle Alma-Ata), Frounze rejoint en 1904 Saint-Pétersbourg pour suivre des études d’économie à l'Institut polytechnique. C’est alors un jeune étudiant romantique et idéaliste qui veut améliorer le sort des déshérités. À la fin de 1904, il rejoint le Parti ouvrier social-démocrate russe et prend part à la manifestation du 9 janvier 1905, le célèbre Dimanche sanglant, dont la répression marque le début de la première révolution russe.

 

En 1905, il est envoyé à Ivanovo-Voznesensk et Chouïa, le cœur de l’industrie textile russe, la troisième plus grande zone industrielle du pays. Il y anime la grève des ouvriers du textile, publie des tracts, récupère des armes et forme des détachements armés. C’est à Ivanovo-Voznesensk que naît le premier soviet de Russie dont Frounze est membre. En décembre 1905, quand une insurrection ouvrière éclate à Moscou, il rejoint les insurgés avec un groupe de combattants d'Ivanovo-Voznesensk. Il est alors remarqué par les bolcheviks pour son activisme politique et rencontre Lénine lors du congrès du POSDR à Stockholm en 1906 dont il est le plus jeune délégué.

 

De retour en Russie, il organise le 17 janvier 1907 un coup de main, armée, contre une imprimerie afin de faire publier des tracts pour une campagne électorale. Il participe également à une attaque armée contre un policier. C’est cette action qui lui vaut deux condamnations à mort après son arrestation à la fin de 1907. Mais sous la pression de l’opinion libérale, sa peine est commuée en travaux forcés puis en exil en Sibérie en 1914. En 1916, il fuit sa région d’exil pour s’installer clandestinement à Minsk prés du front afin de faire de la propagande auprès des soldats et de mettre en place une organisation bolchevique.

Frounze étudiant

Frounze étudiant

Après la révolution de février 1917, Frounze dirige la milice de Minsk, une organisation de volontaires armés dépendant du soviet de la ville plutôt que des autorités gouvernementales. Peu avant la Révolution d’Octobre, il est envoyé préparer la prise du pouvoir à Ivanovo-Voznesensk. Si les bolcheviks s’emparent facilement de la capitale, Petrograd, leur situation est plus difficile à Moscou où des troupes fidèles au gouvernement provisoire résistent. Avec un détachement armé, Frounze se rend à Moscou et participe à la prise de contrôle de la ville par les bolcheviks. En raison de son expérience au sein des groupes de combat bolcheviks en 1905 et 1917 et à la tête de la milice de Minsk, il apparaît déjà comme un spécialiste des questions militaires au sein du parti bolchevik.

 

Au début de 1918, Frounze est élu président du comité provincial du parti bolchevik et nommé commissaire militaire de la province d'Ivanovo-Voznessensk. En août, il est nommé commissaire du district militaire de Iaroslav qui comprend huit provinces. Il est alors chargé de mobiliser les ressources de ce secteur, après le soulèvement de Iaroslav, afin de former le plus rapidement possible des divisions pour l’Armée rouge naissante.

 

Il montre alors un vrai talent d’organisateur par sa capacité à comprendre rapidement les problèmes, à distinguer l’essentiel de l’accessoire et à utiliser au mieux les compétences de chacun. S’il ne possède pas de connaissances techniques précises dans le domaine militaire, notamment sur l’organisation d’une armée régulière ou la conduite des opérations militaires, il sait s’appuyer sur des militaires professionnels, anciens officiers du tsar et s’entoure d’un état-major expérimenté. Ses victoires, par la suite reposeront en grande partie sur ces experts militaires issus de l’ancienne armée dont il supervisera le travail. Néanmoins, conscient de son manque de connaissances militaires, Frounze prend soin également de se former à l’art de la guerre, en se plongeant dans la littérature militaire. Trotski lui reprochera d’ailleurs sa fascination pour les « schémas abstraits » et l’influence trop forte des anciens officiers sur lui.

 

Frounze compense surtout son manque de formation militaire par un véritable charisme et sa capacité à diriger les masses de l’Armée rouge tout en faisant preuve de courage personnel et de détermination. Il n’hésite pas ainsi à se retrouver en première ligne et sera même blessé en juin 1919 près d'Oufa. Il sait surtout organiser le travail de son état-major en cas d’urgence tout en réussissant à mobiliser l’ensemble des ressources locales pour les besoins de la guerre.

Mikhaïl Frounze, bâtisseur de l’Armée rouge

Commandant de la guerre civile.

Le premier commandement militaire de Frounze, qu’il reçoit en 1919, est celui de commandant de la 4e armée rouge du front oriental puis de commandant du groupe sud de ce front alors que les armées blanches de l’amiral Koltchak mènent une offensive victorieuse. Il revient à Frounze, dans cette situation délicate, de frapper le flanc occidental de l’armée blanche dans la région de Bouzoulouk. Le succès de l’opération casse l’offensive blanche et fait repasser l’initiative stratégique dans le camp soviétique. Frounze conduit alors une série d’opérations, de Bourougouslan à Oufa entre avril et juin 1919 qui repoussent les armées de Koltchak de la Volga à l’Oural puis en Sibérie. Frounze prend alors la direction de l'armée du Turkestan et de l’ensemble du front oriental.

 

D’août 1919 à septembre 1920, Frounze commande le front du Turkestan. Natif de la région, il connaît bien le terrain où ses troupes opèrent. Sa première mission est de briser l’encerclement des troupes rouges déjà présente dans la région. Le 13 septembre 1919, au sud d'Aktiobe, les soldats de la 1ere armée rouge font donc leur jonction avec les unités rouges du Turkestan. Ensuite, Frounze nettoie la région au sud de l’Oural des armées blanches qui s’y trouvent, les cosaques d'Orenbourg et de Semiretchie. La conquête de l’émirat de Boukhara et la victoire sur les rebelles musulmans, les Basmachis, parachèvent la mission de Frounze et le contrôle soviétique sur le Turkestan.

Frounze avec Boudienny et Vorochilov

Frounze avec Boudienny et Vorochilov

Fort de ces succès militaires, Frounze est nommé en septembre 1920 à la tête du front sud avec pour mission d’écraser l’armée blanche de Wrangel qui tient encore la Crimée. L’opération sur Perekop-Chongar et la traversée simultanée de la Syvach qui permettent de briser les défenses blanches ont été conçues par le groupe d’officiers de l’état-major du front sud qu’il a formé. Le succès de l’opération oblige Wrangel à évacuer la Crimée mettant fin à la guerre civile dans la partie occidentale de la Russie soviétique.

 

Après son succès en Crimée, Frounze se voit confier le commandement des forces armées en Ukraine. Son objectif principal est alors d’éliminer l’armée insurrectionnelle de l’anarchiste Makhno ainsi que les bandes armées nationalistes ou autres qui fourmillent dans la région. Là encore, Frounze rencontre le succès, payant de sa personne puisqu’il est blessé à l’été 1921 dans une fusillade avec des partisans de Makhno. À la fin de 1921, il est envoyé en Turquie pour une mission à la fois diplomatique et militaire. Il s’agit d’établir une alliance avec Mustafa Kemal et de lui fournir des armes pour l’aider à remporter la guerre d’indépendance turque.

 

Dans ses différents commandements, Frounze se distingue des autres dirigeants bolcheviks par son manque de cruauté. Ainsi, durant la guerre civile, il signe des instructions afin que les prisonniers soient traités humainement ce qui provoque un certain mécontentement au sein du Parti, notamment de la part de Lénine. S’il est un excellent militaire, il fait néanmoins preuve de peu de sens politique et ce n’est pas un hasard si plus tard Molotov notera que beaucoup de bolcheviks considéraient que Frounze n’était pas vraiment l’un des leurs.

Frounze passe des troupes en revue

Frounze passe des troupes en revue

Le chef de l’Armée rouge.

Au moment de la lutte au sein de la direction entre Staline et Trotski, Frounze devient en 1924 chef de l’état-major de l’Armée rouge et vice-président du conseil militaire révolutionnaire tout en prenant la tête de l’Académie militaire de l’Armée rouge. En 1925, il poursuit son ascension puisqu’il est nommé président du conseil militaire révolutionnaire et qu’il succède à Trotski comme commissaire du peuple aux Affaires militaires et navales. Contrairement à une vision largement répandue par la suite, Frounze poursuit les réformes entamées par Trotski afin de créer une armée régulière, d’organiser un système territorial de défense, d’améliorer la formation et la qualité des unités de l’armée. Il introduit de nouveaux équipements au sein de l’armée et renforce l’unité du commandement.

 

Frounze se lance également dans la rédaction d’ouvrages sur la théorie militaire afin de développer une doctrine propre à l’Armée rouge qu’il nomme « doctrine militaire prolétarienne ». Il y prône la primauté de l’offensive et préconise la mobilité et la manœuvre dans les opérations militaires posant ainsi les jalons de l’art opératif.

 

Si Frounze fait remplacer les proches de Trotski au sein de la direction de l’Armée rouge, il n’appartient pas au groupe stalinien. Il garde une certaine indépendance qui s’appuie à la fois sur son prestige militaire et sur son autorité dans l’armée. Cette situation particulière a pu engendrer des suspicions à son égard même si Frounze n’a jamais fait preuve de velléités « bonapartistes ». Elle est néanmoins au fondement des accusations portées contre Staline à la suite de la mort de Frounze en octobre 1925 lors d’une banale intervention chirurgicale à l’âge de 40 ans. Selon cette version, diffusée dés 1926, notamment par le biais du petit roman de Boris Pilniak, Conte de la lune non éteinte, Staline se serait débarrassé d’un possible rival, d’autant plus dangereux qu’il est populaire dans l’armée, comme il le fera en 1937, de manière plus expéditive, avec Toukhatchevski. À l’heure actuelle, aucun document ne permet cependant d’engager la responsabilité de Staline dans la mort de Frounze.

Frounze avec Trotski

Frounze avec Trotski

Après sa mort, la figure de Frounze est mythifiée et idéalisée par la propagande officielle. Il est présenté comme le véritable créateur et dirigeant de l’Armée rouge durant la guerre civile permettant ainsi de faire disparaître la figure de Trotski. Un culte posthume se développe en Union soviétique autour de Frounze dont le nom est donné à de nombreux villages, quartiers, stations de métro, entreprises. Sa ville natale, Pichpek est rebaptisée Frounze, tandis que son nom est attribué à un sommet du Pamir et à un cap sur l’archipel des Terres du nord dans l’Arctique. Durant toute l’ère soviétique, des monuments sont érigés à sa gloire, tandis que son image est largement diffusée au cinéma, dans les livres et aussi par la philatélie.

 

La propagande soviétique autour de la figure de Frounze pendant prés de 65 ans a largement fabriqué une légende derrière laquelle l’homme, avec ses qualités et ses défauts, a disparu pour se transformer en icône, en saint révolutionnaire. Il n’en reste pas moins que Frounze, comme Toukhatchevski et Joukov, fut un des meilleurs commandants soviétiques.

Statut équestre de Frounze dans sa ville natale de Bichkek

Statut équestre de Frounze dans sa ville natale de Bichkek

Bibliographie

-M. A Gareev, M. V. Frunze, Military Theorist, Pergamon-Brassey's, 1987.

-Walter Darnell Jacobs, Frunze : The Soviet Clausewitz, 1885-1925, Martinus Nijhoff, 1969.

-Collectif, Фрунзе : Военная и политическая деятельность [Frounze : activités politiques et militaires], Воениздат, 1984.

-B. A. Рунов, Фрунзе. Тайна жизни и смерти [V. A. Rounov, Frounze. Le mystère de sa vie et de sa mort], Вече, 2011.

-Л. Млечин, Фрунзе [L. Mlechine, Frounze], Молодая гвардия, 2014.

-Boris Pilniak, Le conte de la lune non éteinte, Interférences, 2008.

Les funérailles de Frounze

Les funérailles de Frounze

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 07:00

Figure mythique de la guerre civile russe, héros national, autodidacte qui se hisse dans le haut commandement de l’Armée rouge en dépit de son absence de formation militaire, Tchapaev incarne la figure du chef partisan dans la mythologie communiste.

Tchapaev, le partisan rouge

Sous-officier dans l’armée impériale.

Vassili Tchapaev est né dans une famille paysanne du village de Budaïka dans la province de Kazan. Petit-fils de serfs et fils d’un charpentier, il grandit ensuite dans la ville de Balakovo dans la province de Samara. Sa famille est pauvre et le jeune Vassili ne passe que deux années à l’école paroissiale. Il commence à travailler à l’âge de 12 ans et enchaine les petits emplois chez un marchand, puis dans un restaurant mais également comme assistant d’un joueur d’orgue de barbarie avant d’aider son père dans une menuiserie.

 

Après son service militaire, Tchapaev reprend son emploi de menuisier, se marie, fonde une famille et quand la Première Guerre mondiale éclate, il est déjà père de trois enfants. Mobilisé en 1914, il devient sergent et participe à la fameuse offensive Broussilov de juin 1916 où il est blessé. C’est alors un sous-officier consciencieux qui sait faire preuve de courage et obtient ainsi trois Croix de Saint-Georges et la médaille de Saint-Georges.

 

À l’été 1916, en raison de ses blessures, Tchapaev est envoyé à l’arrière dans la garnison de Saratov. Là, il participe aux troubles révolutionnaires de 1917 et, selon son ami Koutiakov, se montre proche des anarchistes. Preuve de son activisme politique, il est élu président du soviet de sa compagnie et membre du soviet de son régiment. Il adhère finalement au parti bolchevik le 28 septembre 1917 et se retrouve chef militaire du détachement de la Garde rouge de la ville de Nikolaievsk (actuelle Pougatchev).

Tchapaev, sous-officier dans l'armée tsariste

Tchapaev, sous-officier dans l'armée tsariste

Premières armes révolutionnaires.

Après la Révolution d’Octobre, Tchapaev est l’un des militaires professionnels sur lequel les bolcheviks de Nikolaievsk mais aussi de la province de Samara comptent pour réprimer les révoltes de paysans et de cosaques qui éclatent spontanément. Il est donc nommé commissaire militaire du district et au début de 1918, il met sur pied les 1er et 2e régiments de Nikolaievsk qui s’intègrent à l’Armée rouge du soviet de Saratov. En juin, ces deux régiments sont réduits pour former la brigade de Nikolaievsk sous les ordres de Tchapaev.

 

Tchapaev se trouve rapidement confronté à la révolte de la légion tchécoslovaque dont les capacités militaires sont bien plus élevées que celles des cosaques ou des paysans révoltés qu’il a dû affronter jusque-là. Face à ses adversaires redoutables, il montre qu’il est un excellent tacticien, habile à évaluer une situation et à dégager la meilleure solution possible. Il se montre également courageux, dirigeant personnellement la troupe dans les combats et jouit donc d’un grand prestige parmi ses hommes. À l’automne 1918, il dirige la brigade de Nikolaievsk qui en raison de sa petite taille est parfois appelé le détachement Tchapaev.

 

Le commandant de la 4e armée rouge et ancien général de l’armée impériale, AA Baltisk remarque que Tchapaev « manque de formation militaire ce qui affecte son commandement ». Mais il estime que s’il reçoit la formation adéquate, il pourra devenir un commandant de qualité. En novembre 1918 Tchapaev est donc envoyé à Moscou à l’Académie militaire que vient de former l’état-major général de l’Armée rouge.

 

Il semble que la formation reçue ne soit pas au goût de Tchapaev qui au bout de quelques semaines et sans autorisation quitte l’Académie pour retourner sur le front. Il prend alors le commandement du groupe d’Alexandrovo-Gaïsk qui combat les cosaques de l’Oural.

Tchapaev, le partisan rouge

Commandant de la 25e division.

À la fin mars 1919, Tchapaev devient commandant de la 25e division d’infanterie sous les ordres du groupe sud du front oriental commandé par Mikhaïl Frounze. Cette division affronte le gros des troupes blanches qui ont repris leurs offensives sous la direction de l’amiral Koltchak au printemps 1919. La division que commande Tchapaev se distingue dans les opérations sur Bougourouslan, Belebeï et Oufa qui conduisent à l’échec de l’offensive de Koltchak. Dans ces opérations, l’unité de Tchapaev fait preuve d’un grand sens tactique et d’une grande souplesse, des qualités qui sont reconnues par ses adversaires blancs qui soulignent les talents d’organisateur du commandant rouge.

 

Le plus grand succès de la 25e division reste le passage de la rivière Belaïa qui conduit à la prise d’Oufa le 9 juin et à la retraite des armées blanches. Si Tchapaev, qui se trouve en première ligne, est blessé à la tête, il reste sur le front où il reçoit l’Ordre du Drapeau rouge tandis que sa division reçoit un drapeau rouge honorifique.

 

Tchapaev illustre alors la figure de ces sous-officiers de l’ancienne armée qui vont donner de grands chefs militaires à l’Armée rouge comme Boudienny ou Joukov. Aimé de ses hommes, sa division est l’une des meilleures du front oriental. Privilégiant les méthodes de la guérilla, il sait faire preuve d’un grand sens tactique, d’énergie, d’esprit d’initiative, se tenant souvent au plus près des combats. Il possède en outre l’avantage de combattre toujours dans la même zone, sur l’aile droite du front oriental, son excellente connaissance de la région lui permettant ainsi d’illustrer ses talents dans la guerre de partisans.

 

Si l’unité que commande Tchapaev est intégrée au sein de l’Armée rouge, elle accuse des traits qui la rapprochent des unités de partisans telle que les problèmes de discipline ou les mauvaises relations entre commandants et commissaires qui se terminent parfois par des passages à tabac. Les relations sont ainsi houleuses et difficiles entre Tchapaiev et le commissaire politique de sa division, Dimitri Fourmanov.

 

Après l’opération d’Oufa, la division de Tchapaev est renvoyée en première ligne pour affronter les cosaques de l’Oural. La zone d’opération est alors la steppe aux limites de la Russie et du Kazakhstan, loin des grandes voies de communication ce qui gêne l’arrivée du ravitaillement notamment en munitions, dans la chaleur et face à un ennemi redoutable, les cosaques, qui font preuve d’une indéniable supériorité en matière de cavalerie. Ces derniers menacent ainsi constamment les flancs et les arrières de la division de Tchapaev. La lutte est acharnée, les combats sont sans pitié et la brutalité est le lot qui frappe tous les prisonniers.

 

Le 5 septembre 1919, un raid de la cavalerie cosaque s’abat sur le siège de l’état-major de la 25e division qui se trouve à Lbichtchensk dans un secteur dangereusement éloigné du gros des troupes. C’est en cherchant à fuir les cosaques que Tchapaev trouve la mort durant cette attaque. Selon certaines sources, il aurait péri noyé en cherchant à traverser l’Oural à la nage, selon d’autres, il aurait succombé à ses blessures durant la fusillade. Son corps ne fut jamais retrouvé.

Tchapaev, commandant de l'Armée rouge

Tchapaev, commandant de l'Armée rouge

La légende.

Tchapaev est rapidement entré dans la légende, une légende fabriquée pour servir le régime. Le mythe s’élabore en effet dès le début des années 1920 avec la publication en 1923 du roman de Dimitri Fourmanov. Avec le film des frères Vassiliev en 1934, Tchapaev apparaît comme la figure emblématique choisie par le pouvoir dans la cohorte des héros de la guerre civile, un groupe qui comprend alors quelques dirigeants politiques et certains commandants de l’Armée rouge comme Frounze, Kotovski ou Nikolaï Shchors qui sont pour la plupart déjà morts. Ces héros sont mythifiés par une propagande qui ne cesse d’exalter leurs exploits et leurs caractères positifs.

 

La propagande autour de Tchapaev dépasse le cadre de l’Union soviétique puisque le livre de Fourmanov est traduit dans plusieurs langues et diffusé par des maisons d’édition communistes ou de gauche à travers le monde tandis que le film fait l’objet de projections organisées par les PC. Signe de cette internationalisation du mythe de Tchapaev, en décembre 1936, au sein de la 13e Brigade internationale qui combat en Espagne auprès des républicains se forme un bataillon Tchapaev.

 

Dans le cas de Tchapaev, la mythologie finit par éclipser le personnage historique réel. Ainsi en 1919, selon la légende, ce serait grâce à la fermeté de Frounze et de Tchapaev que les Rouges n’auraient pas abandonné Samara contre l’avis des spécialistes militaires, ce qui ne correspond en rien à la réalité. La légende veut aussi que Trotski fût un adversaire acharné de Tchapaev. Dans la réalité, Trotski remis à ce dernier une montre en or pour le distinguer d’une manière particulière par rapport aux autres commandants. Le mythe est renforcé par le fait que de nombreux anciens compagnons de Tchapaev occupent durant de nombreuses années des postes de direction dans l’armée. Près de 12 généraux soviétiques sont ainsi issus de la division que commandé Tchapaev et forment une sorte de fraternité qui entretient la légende.

 

La figure de Tchapaev pénètre également le folklore populaire en devenant le centre de nombreuses anecdotes et plaisanteries. La croyance est même largement répandue qui veut qu’il ait aussi combattu directement le général Kappel, ce qui est historiquement faux, mais dans la mentalité populaire, seul un héros de la trempe de Tchapaev pouvait vaincre un adversaire de la réputation de Kappel qui apparaît ainsi comme l’alter-ego blanc du chef partisan rouge.

Affiche du film de 1934

Affiche du film de 1934

Bibliographie.

-B. O. Дайнес, Чапаев, [V. O. Daïnes, Tchapaev], Вече, 2010.

-A. Симонов, « Первый отряд Чапаева » [A. Simonov, Le premier détachement Tchapaev], Родина., n°2, 2011, pp. 69-72.

-D. Fourmanov, Tchapaev, Éditions sociales, 1971.

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 11:28
Sergueï Kamenev, commandant en chef de l’Armée rouge.

Figure largement méconnue, Sergueï Kamenev, à ne pas confondre avec le dirigeant communiste Lev Kamenev, fut un des créateurs de l’Armée rouge qu’il commanda à différents postes durant la guerre civile. Ce spécialiste militaire, ancien officier du tsar, fut en effet commandant de l’Armée rouge, une des plus hautes fonctions au sein de la Russie soviétique pour un homme qui n’était pas membre du Parti bolchevik.

 

Noble et officier du Tsar.

Sergueï Sergueïevitch Kamenev est né à Kiev le 4 avril 1881 dans une famille noble. Son père est ingénieur à l’Arsenal de la ville mais également colonel d’artillerie. Si, enfant, Kamenev rêve de devenir chirurgien, il choisit finalement la voie militaire. Il intègre alors le corps des cadets de Vladimir à Kiev puis en 1898 le collège militaire Alexandrov dont il termine troisième en 1900. Il entre ensuite à la prestigieuse Académie d’état-major Nikolaevski qu’il termine en 1907. Parallèlement à ces études, Kamenev sert dans l’armée dès 1900 au sein du 165e régiment d’infanterie de Loutsk qui stationne à Kiev. Ce n’est qu’après avoir terminé sa formation à l’Académie qu’il part servir au sein de l’état-major général.

 

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, Kamenev sert comme adjoint de l’aide de camp principal de l’état-major de la région militaire d'Irkoutsk puis comme aide de camp principal à l’état-major de la 2e division de cavalerie et enfin comme adjoint de l’aide de camp principal de l’état-major de la région militaire de Vilnius. Dans le même temps, il enseigne également la tactique et la topographie dans une école militaire. Durant ces années, il participe à de nombreuses manœuvres et voyagent beaucoup. Il visite ainsi les forteresses de Kaunas et Grodno, ce qui lui permet d’élargir ses horizons et de se former en tant qu’officier d’état-major. Il prend également soin d’étudier les erreurs commises de l’armée russe lors de la guerre contre le Japon en 1904-1905.

Kamenev, officier du tsar

Kamenev, officier du tsar

Entre Grande Guerre et Révolution

Avec le déclenchement de la Grande Guerre, Kamenev, qui est alors capitaine, sert comme aide de camp principal à l’état-major de la 1ere armée et commande le 30e régiment d’infanterie de Poltava. Ses chefs sont élogieux à son égard et le proposent au grade supérieur.

 

À la tête de son régiment, Kamenev sait faire preuve tout à la fois de courage, d’habileté et de sang-froid tout en se souciant du quotidien des officiers et des soldats. Cette attention portée aux conditions de vie de la troupe explique qu’en 1917, après la révolution de février, il soit élu commandant du régiment.

 

À l’époque du gouvernement provisoire, Kamenev se retrouve chef d’état-major du 15e corps d’armée, poste qu’il occupe au moment de la Révolution d’Octobre, puis chef d’état-major de la 3e armée. Durant cette période, il s’occupe principalement de la démobilisation des troupes de l’ancienne armée tsariste. Le siège de son état-major se trouvant à Podolsk, Kamenev doit fuir devant l’avance des troupes allemandes et replier sur Nijni-Novgorod où s’achève son service dans l’ancienne armée qui est alors dissoute par le gouvernement bolchevik.

 

Son expérience, plutôt positive, des soviets dans l’armée facilite le passage de Kamenev dans le camp bolchevik assez tôt. Au début de 1918, il s’engage donc comme volontaire dans l’Armée rouge en tant que spécialiste militaire. Ce choix s’explique certainement par sa volonté de continuer le combat contre les Allemands car il ne cherche pas à s’impliquer dans la guerre civile qui débute.

 

Dés avril 1918, Kamenev sert parmi le mince rideau de troupes qui fait face aux troupes allemandes en cas de reprise des combats. Il se retrouve alors adjoint du commandant du détachement de Nevelsk et doit faire face aux débuts difficiles de l’Armée rouge où sévissent la désobéissance, la désertion, la présence d’éléments criminels et une mentalité de partisans.

Kamenev, commandant de l'Armée rouge

Kamenev, commandant de l'Armée rouge

Commandant en chef de l’Armée rouge

En août 1918, Kamenev est nommé adjoint du chef militaire du front occidental et instructeur militaire de la région de Smolensk, son autorité s’étend aussi aux secteurs de Nevelsk, Vitebsk et Roslavl. L’objectif de Kamenev est alors de protéger ces régions contre les Allemands et de former des unités de l’Armée rouge. Il parvient ainsi à mettre sur pied la division de Vitebsk et le détachement de Roslavl qui sont envoyés dans l’Oural renforcer le front oriental contre les troupes blanches.

 

L’ascension de Kamenev au sein de l’Armée rouge débute réellement à l’automne 1918. En septembre, il reçoit un poste clef, celui de commandant du front oriental. Ce front est encore en formation et Kamenev doit bâtir un état-major, l’ancien ayant suivi Vatsetis nommé commandant en chef de l’Armée rouge. Il dirige les combats qui se déroulent dans la région de la Volga et en octobre, il parvient à repousser ses adversaires à l’est du grand fleuve. À la fin de l’année et au début de 1919, il réussit à reprendre Oufa et Orenbourg. Mais l’apparition, au printemps, des armées de Koltchak, l’oblige à abandonner ces conquêtes pour se replier sur la région de la Volga.

 

Durant la campagne de 1919, Kamenev contribue à la victoire soviétique sur les armées de l’amiral Koltchak. Cependant, au milieu des opérations, à la suite d’un conflit avec le commandant en chef Vatsetis, il est démis de son poste et remplacé par Alexandre Samoïlo qui arrive du front nord. Mais ce dernier entre rapidement en conflit avec le conseil militaire révolutionnaire du front ainsi qu’avec ses subordonnés. Il ne reste donc que peu de temps à son poste et Kamenev retrouve son commandement avec l’appui de Lénine.

 

Si Kamenev est un militaire talentueux, il n’a guère de sens politique et ne sait pas s’orienter dans les affrontements politiques qui touchent également la direction l’Armée rouge. Il bénéficie néanmoins sur ce point de l’appui de Sergueï Gousev, un vieux bolchevik membre du conseil militaire révolutionnaire du front oriental, qui l’aide à atteindre le sommet de la hiérarchie militaire. En juillet 1919, à la suite de la destitution et de l’arrestation de Vatsetis et de ses plus proches collaborateurs accusés de complots dans le cadre de luttes politiques au sommet du pouvoir soviétique, Kamenev est nommé commandant en chef de l’Armée rouge. C’est Gousev qui a attiré l’attention de Lénine sur lui pour cette nomination, la plus haute obtenue par un spécialiste militaire non-membre du Parti.

 

Kamenev prend ses nouvelles fonctions au moment où les armées de Denikine, venant du sud, marchent sur Moscou. Alors qu’il était encore commandant du front oriental, Kamenev a établi un plan pour empêcher la jonction entre les forces de Denikine et celles de Koltchak. Quand il est nommé commandant en chef, ce plan se révèle dépassé puisque Koltchak a été vaincu et que sa jonction avec Denikine semble alors improbable. Mais Kamenev continue à défendre son plan initial qui prévoit une offensive sur la région du Don où les Soviétiques attendent une résistance farouche des cosaques. Il reçoit le soutien d’un Lénine dont les connaissances en matère stratégique sont limitées. Le plan de Kamenev tourne au fiasco, l’offensive rouge dans le Don en août est un échec tandis que les Blancs percent le front plus à l’ouest et atteignent Orel et Mtsensk, menaçant Toula et mettant en péril l’existence même de la Russie soviétique. Les plans soviétiques doivent dès lors être changés en toute urgence pour sauver la situation par des actions coordonnées des différents fronts.

 

Par la suite, Kamenev mène la lutte sur différents fronts, prés de Petrograd contre le général Ioudenitch puis contre les Polonais et enfin en Crimée contre le général Wrangel. Sur ce front, il participe à l’élaboration du plan de l’opération Perekop qui ouvre les portes de la Crimée à l’Armée rouge. Après la fin des grandes opérations de la guerre civile, Kamenev dirige la lutte contre les révoltes paysannes, il réprime le soulèvement de la Carélie et combat les Basmatchis au Turkestan.

 

Kamenev fait l’objet d’appréciations divergentes de la part de ses contemporains. Ses détracteurs parlent de lui comme de « l’homme avec une grosse moustache et de petites capacités ». Trotski en donne une vue moins partiale, pour lui Kamenev se distingue par « son optimisme et son imagination stratégique rapide. Mais sa compréhension des facteurs sociaux sur le front sud était relativement étroite : les ouvriers, les paysans ukrainiens, les cosaques, ce n’était pas clair pour lui. » Ensuite, l’ancien commissaire du peuple à la Guerre compare Kamenev et Vatsetis : « Il est difficile de dire lequel des deux colonels était le plus doué. Les deux avaient d’incontestables qualités stratégiques, tous deux avaient l’expérience de la Grande Guerre, les deux se distinguaient par un caractère optimiste sans lequel il est impossible de commander. Vatsetis était têtu, volontaire et subissait l’influence d’éléments hostiles à la révolution. Kamenev était incomparablement plus souple et subissait facilement l’influence des communistes travaillant avec lui S.S. Kamenev était certainement un chef capable avec de l’imagination et la capacité à prendre des risques. Il lui manquait de la profondeur et de la fermeté. Lénine a été fortement déçu par lui et qualifiait durement ses rapports : « un compte rendu stupide et parfois analphabète. »

 

Malgré ses défauts et ses faiblesses, Kamenev est fidèle à Lénine et c’est sous ses ordres que l’Armée rouge a vaincu ses ennemis et a remporté la guerre civile. Il a en effet compris que seule une stratégie offensive pouvait permettre de remporter la victoire dans les conditions de la guerre civile. Il fut également un grand administrateur et sut se montrer extrêmement prudent dans ses rapports avec la direction du Parti afin de gagner ses faveurs.

Kamenev et Trotski

Kamenev et Trotski

Après la guerre civile

Pour son rôle dans la guerre civile, Kamenev reçoit l’Ordre du Drapeau rouge. En avril 1920, le comité exécutif central lui remet une épée en or pour sa victoire sur le front oriental et en janvier 1921 il reçoit un pistolet d’honneur Mauser. Pour son action dans le Turkestan, il est décoré de l’Ordre de l’Étoile rouge par la république de Boukhara et de l’Ordre du Drapeau rouge par la république autonome de Khorezm.

 

Après la guerre civile, Kamenev continue à servir dans l’Armée rouge. Dans ses écrits et des conférences, il repense l’expérience de la Grande Guerre et de la guerre civile. Il participe également à la rédaction des nouveaux règlements pour l’Armée rouge. Après son éviction du poste de commandant en chef en mars 1924, il sert comme inspecteur de l’armée en 1924-125, chef d’état-major en 1925, sous-secrétaire au commissariat du peuple pour les Affaires militaires et navales et président du conseil militaire révolutionnaire de 1927 à 1934, dirigeant de l’Académie militaire et finalement chef du département de la défense antiaérienne de 1934 à 1936. Dans ce dernier poste il joue un rôle important pour améliorer la protection du pays en dotant la défense antiaérienne de nouveaux équipements. Kamenev est également l’un des fondateurs de l’Ossoaviakhim, une organisation de préparation militaire pour les civils, et contribue à l’exploration et à la mise en valeur de l’Arctique en tant que président de la commission gouvernementale pour l’Arctique.

 

Colonel dans l’armée tsariste, Kamenev termine sa carrière dans l’Armée rouge avec le grade de commandant de 1er rang. Il adhère au Parti communiste tardivement, en 1930, et échappe au destin funeste qui s’abat par la suite sur ses compagnons d’armes. Kamenev décède en effet d’une crise cardiaque le 25 août 1936, évitant les tourments de la Grande Terreur. Ses cendres sont placées dans une urne dans le mur du Kremlin. Malgré sa mort, Kamenev n’échappera pas aux calomnies et sera déclaré « ennemi du peuple », son nom et son œuvre tombant dans l’oubli avant d’être réhabilité après la mort de Staline.

Sergueï Kamenev, commandant en chef de l’Armée rouge.

Bibliographie :

-Léon Trotski, Staline, Grasset, 1948.

-Ю. Галич, Красный хоровод, [Galitch, Le cercle rouge], Вече, 2008.

-Митюрин Д. В., Гражданская война: белые и красные, [D.V. Mitourine, La guerre civile : blancs et rouges],Полигон, 2004.

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 07:14

Maréchal de l’Union soviétique, figure militaire majeure de l’entre-deux guerres, commandant durant la guerre civile puis dirigeant des forces soviétiques d’Extrême-Orient, Vassili Blücher fut le premier titulaire de l’ordre du Drapeau rouge et de l’Étoile rouge. Un certain nombre d’opérations militaires ont fait sa légende avant qu’il n’incarne la puissance soviétique en Extrême-Orient. Le maréchal Joukov a admis qu’il fut pour lui un modèle tandis que Tchang Kaï-Shek déclara qu’il était l’équivalent d’une armée de 100 000 hommes.

 

 

 

Soldat dans l’armée du tsar

Vassili Kontantinovitch Blücher est né dans une famille paysanne du village de Barchinska dans la province de Iaroslav le 1er décembre 1889. Son nom si particulier lui vient de son aïeul serf à qui il fut donné durant la guerre de Crimée par son propriétaire en l’honneur du maréchal prussien Blücher.

 

Après avoir reçu une instruction primaire à l’école paroissiale, Blücher commence à travailler. Son père le conduit en 1904 à Saint-Pétersbourg où il devient garçon dans la boutique du marchand Klochkova puis ouvrier à l’usine de machines-outils Byrd. En 1906, il rentre finalement dans son village pour reprendre ses études. À l’automne 1909, il se rend à Moscou pour travailler dans un atelier de serrurerie puis comme mécanicien dans une usine de wagons à Mytichtchi. C’est là qu’il prend part à une grève en 1910 qui le fait condamner à trois ans de prison. Libéré, il trouve du travail aux ateliers de chemins de fer de la ligne Moscou-Kazan.

 

Avec le début de la Première Guerre mondiale, Blücher est incorporé au 56e bataillon de réserve puis rejoint le front en novembre 1914 au sein du 19e régiment d’infanterie de Kostroma. Soldat courageux, il devient sous-officier puis officier et reçoit la médaille de Saint-Georges. Il est grièvement blessé par une grande en janvier 1915 et passe plus d’un an en convalescence dans différents hôpitaux du pays. Finalement, en mars 1916, il est démobilisé et trouve du travail dans une usine de construction navale prés de Nijni-Novgorod puis dans une usine de mécanique à Kazan.

 

Vassili Blücher en 1915

Vassili Blücher en 1915

Héros de la guerre civile

En juin 1916, il rejoint le Parti bolchevik qui lui donne en mai 1917 l’ordre de réintégrer l’armée. Blücher intègre le 102e régiment de réserve où il est élu vice-président du soviet du régiment. En novembre 1917, au moment de la Révolution d’Octobre, il est membre du comité militaire révolutionnaire de Samara et participe à la prise de contrôle de la province. Il devient alors commissaire politique de la garnison de Samara.

 

Blücher participe à la formation de l’Armée rouge. À la fin de 1917, il est commissaire d’un détachement de Garde rouge envoyé à Tcheliabinsk pour participer à la lutte contre les cosaques d’Orenbourg commandés par l’ataman Doutov. Blücher agit dans la région de Tcheliabinsk entre janvier et mars 1918 et se voit également chargé de former les organes du nouveau pouvoir soviétique. En mars 1918 il est donc élu président du soviet de Tcheliabinsk et chef de l’état-major de la garde rouge.

 

La lutte contre les cosaques d'Orenbourg connaît des succès divers. L'ataman Doutov se retrouve dans l'Oural où il est pratiquement encerclé. Il parvient néanmoins à percer pour rejoindre la steppe Tourgaï tandis qu’au printemps débute un vaste soulèvement cosaques que les bolcheviks combattent en lançant des expéditions punitives contre les villages. Blücher participe à ses actions et acquiert une certaine notoriété en raison des mesures drastiques qu’il prend. Dans le même temps il rencontre des représentants cosaques et mène des négociations avec eux. En mai 1918, il dirige un détachement sous Orenbourg où la croissance graduelle des rébellions cosaques favorise en mai 1918 le soulèvement du corps tchécoslovaque contre les bolcheviks.

 

Blücher assoit sa réputation en 1918 quand il mène un raid de 150 km dans les arrières des Blancs. À la suite du soulèvement des cosaques d’Orenbourg, les bolcheviks qui tiennent la ville se retrouvent cernés. Les dirigeants de la Garde rouge décident à la fin juin de briser cet encerclement, une partie doit se diriger vers le Turkestan et une autre sous les ordres de Blücher et des cosaques rouges de Tomine et des frères Kashirine doit prendre la direction du nord afin de trouver du soutien dans leurs villages d’origine. Mais la majorité des villageois cosaques étant hostile aux bolcheviks, ces derniers ne peuvent rester dans leur territoire et doivent trouver refuge dans l’Oural industriel. Durant la marche, des groupes disparates sont réunis sous les ordres de Blücher qui se retrouve élu, le 2 août, commandant de l’unité des partisans du sud de l’Oural doit une force de 10 000 hommes. Il révèle alors ses dons d’organisateurs et de commandant ainsi que son savoir-faire manœuvrier. Régulièrement les hommes de Blücher affrontent les Blancs qu’ils parviennent à neutraliser et réussissent à franchir l’Oural et à rejoindre les lignes de la 3e armée rouge du front oriental, le 12 septembre après une marche de 54 jours. À la suite de cet exploit, Blücher devient, le 28 septembre, le premier récipiendaire de l’Ordre du Drapeau rouge.

Blücher en 1919

Blücher en 1919

Le 20 septembre 1918, Blücher se voit confier le commandement de la 4e division de l’Oural de l’Armée rouge qu’il commande jusqu’en novembre 1918 avant de prendre la tête de la 30e division d’infanterie. À la fin janvier 1919, il est nommé adjoint du commandant de la 3e armée du front oriental et organise la défense de Viatka face à l’offensive des troupes de l’amiral Koltchak. En avril 1919, il se voit confier la tache de former et de diriger la 51e division d’infanterie dans la région de Tioumen et du lac Baïkal. C’est à la tête de cette unité qu’il prend part à l’offensive soviétique à travers l’Oural contre les armées de Koltchak. Sa division s’empare ainsi de Tioumen le 6 août puis de Tobolsk. L’armée blanche est définitivement vaincue à l’automne 1919 et en mars 1920, fait prisonnier, l’amiral Koltchak est fusillé.

 

En août 1920, la division de Blücher est transféré dans le sud de la Russie pour lutter contre les troupes du Wrangel. Blücher défend ainsi la tête de pont de Kakhovka contre laquelle les Blancs utilisent des chars d’assaut britanniques. En octobre, une fois renforcée par des brigades de choc, sa division devient le fer de lance de l’offensive soviétique contre Wrangel en Crimée. Elle atteint Perekop puis le 9 novembre se lance à l’assaut des fortifications blanches qui défendent l’isthme, porte d’entrée de la Crimée. Le 11 novembre le front blanc s’effondre. Le 15, la division de Bulcher s’empare de Sébastopol puis de Yalta le lendemain. Malgré les lourdes pertes dans les rangs de sa division, Blücher reçoit alors un deuxième Ordre du Drapeau rouge puis le commandement en chef de la province d’Odessa.

 

Blücher est ensuite envoyé en Extrême-orient où la guerre civile n’est pas terminée. Là, il occupe le poste clef de ministre de la Guerre de la République d’Extrême-Orient, une entité territoriale créée spécialement afin d’éviter les affrontements directs entre les unités de l’Armée rouge et les troupes japonaises présentes dans la région. Sous la direction de Blücher se forme alors une armée révolutionnaire populaire de la République d’Extrême-Orient qui libère la région des dernières troupes blanches en 1922. Blücher commande ainsi les troupes lors de la bataille de Volochaevska près de Khabarovsk, les 10-12 février 1922, l’une des plus célèbres batailles menées par l’armée de la République d’Extrême-Orient. Cette bataille signe la victoire totale des Soviétiques contre les restes des armées blanches. Mais Blücher quitte l’Extrême-Orient en juillet avant la bataille de Spassk-Dalni en octobre qui met définitivement fin à la guerre civile.

Commandant durant la guerre civile

Commandant durant la guerre civile

Conseiller militaire en Chine

À la fin de la guerre civile, malgré son manque de formation militaire académique, Blücher appartient à l’élite militaire de la Russie soviétique. Il est nommé, en 1922, commandant du 1er corps d’infanterie, puis de la zone fortifiée de Petrograd. En 1924, il est détaché auprès du conseil militaire révolutionnaire de l’URSS pour accomplir des missions délicates.

 

À ce titre il est envoyé de 1924 à 1927 en Chine comme conseiller militaire du gouvernement nationaliste de Sun Yat-Sen, sous le pseudonyme de Galen. Durant cette période, il dirige un groupe de conseillers militaires et politiques qui atteint la centaine de personnes au milieu de 1927 et supervise la réforme de l’armée du Kuomintang. Il organise en 1926-1927, l’expédition du Nord, menée par l’armée révolutionnaire nationale chinoise et qui aboutit à la réunification du pays. Par son talent, Blücher gagne le respect des autorités chinoises et en 1927, quand les nationalistes se retournent contre les communistes, Tchang Kaï-Chek le laisse s’échapper, lui évitant le sort funeste que connaissent certains conseillers soviétiques. Plus tard dans les années 1930, alors qu’il lutte contre le Japon, le chef du Kuomintang n’hésitera pas à déclarer que Blücher vaut à lui seul une armée de 100 000 hommes. Son talent est aussi reconnu par les militaires soviétiques. Le futur maréchal Joukov, qui l’a connu au milieu des années 1920 dira : « J’étais fasciné par la sincérité de cet homme. Combattant intrépide contre les ennemis de la République soviétique, héros légendaire, Blücher était pour beaucoup un idéal. Franchement, j’ai toujours voulu être comme ce grand bolchevik, un ami merveilleux et un commandant de talent. »

Portrait de Blücher

Portrait de Blücher

Commandant de l’armée d’Extrême-Orient

À son retour en URSS, après un commandement en Ukraine, Blücher est nommé en 1929 à la tête du district militaire d’Extrême-Orient, un secteur vital pour la défense soviétique. À peine arrivé à son nouveau poste, il doit lutter contre les seigneurs de la guerre chinois alliés à des Russes blancs pour le contrôle du chemin de fer de l’Est chinois. Victorieux, il signe en décembre 1929 un accord avec le seigneur de la guerre Zhang Zueliang pour résoudre les conflits autours du chemin de fer avant qu’un accord de paix soit signé à Khabarovsk en décembre 1930.

 

En 1930, Blücher est élu membre du comité exécutif central du soviet de l’URSS. Il devient également député au 1er soviet suprême de l’URSS et membre suppléant du comité central du PCUS en 1934 et 1937. Il symbolise la puissance soviétique en Extrême-Orient, étendant son pouvoir au-delà de la sphère militaire pour s’occuper d’économie, participant à la création de kolkhozes ou à l'approvisionnement des villes. Blücher devient alors une légende dans l’Armée rouge. Dans les années 1930 des milliers de parents de conscrits lui écrivent pour lui demander d’incorporer leurs enfants dans l'armée d’Extrême-Orient. Il est le premier récipiendaire de l’Ordre du Drapeau rouge et de l’Ordre de l’Étoile rouge. Il reçoit ainsi deux Ordres de Lénine et cinq Ordres du Drapeau rouge. En 1935 il reçoit le grade le plus prestigieux celui de maréchal de l’Union soviétique.

Les cinq premiers maréchaux de l'URSS en 1935 (Blücher, debout à droite)

Les cinq premiers maréchaux de l'URSS en 1935 (Blücher, debout à droite)

Blücher s’intéresse au développement de la pensée militaire, il cherche à améliorer la formation des commandants. Durant les années 1930, grâce à la direction du renseignement de l’Armée rouge, il se procure des revues militaires étrangères qu’il étudie.

 

Au milieu des années 1930 les tensions avec le Japon s’accroissent suite à l’invasion de la Mandchourie par l’armée nippone. Finalement, en juillet-août 1938, Blücher montre à nouveau ses capacités lors de la bataille du lac Khasan en écrasant les Japonais, préservant ainsi l’intégrité de la frontière soviétique. Il est rappelé à l’automne à Moscou où il arrive le 22 octobre 1938 alors que la Grande Terreur bat son plein.

L'Extrême-Orient soviétique dans les années 1930

L'Extrême-Orient soviétique dans les années 1930

Victime de Staline

Blücher participe activement aux purges qui frappent le commandement de l’Armée rouge en Extrême-Orient. En juin 1937, il est également membre du Tribunal militaire qui condamne à mort le maréchal Toukhatchevsky ouvrant la voie à l’épuration de l’armée. À l’automne 1938, quand il arrive à Moscou sa position est précaire. La victoire au lac Khasan éloigne la menace japonaise et rend donc la présence de Blücher sur ce front moins utile. Surtout, Staline tient alors un prétexte pour l’éliminer. S’il lui reproche d’abord les pertes subies au lac Khasan où il a fallu 10 jours de combats pour l’emporter, son sort a été scellé en juin quand le chef du NKVD en Extrême-Orient, Guenrikh Liouchkov, a fait défection et livrait des documents militaires aux Japonais.

Blücher à Khabarovsk en 1937

Blücher à Khabarovsk en 1937

Blücher est arrêté par le NKVD le 24 octobre 1938, accusé d’espionnage au profit du Japon. Refusant d’avouer, il est torturé pendant 18 jours d’affilée lors d’une instruction où s’implique personnellement Beria. Il meurt sous la torture sans n’avoir rien confessé le 9 novembre 1938. Son corps est incinéré tandis que le NKVD fabrique un faux procès-verbal d’aveux dans lequel Blücher s’accuse d’être le chef d’une organisation anti-soviétique et d’un complot militaire.

 

Sa famille n’est pas épargnée par la répression. Sa fille adoptive est fusillée le 10 mars 1939, sa seconde épouse le 14 mars 1939, sa troisième épouse est condamnée à 8 ans de camps. Le frère de Blücher, Pavel, officier dans l’aviation, est fusillé le 26 février 1939. Le maréchal Blücher est officiellement réhabilité à titre posthume le 12 mars 1956.

Fresque en l'honneur de Blücher

Fresque en l'honneur de Blücher

Bibliographie

-Блюхер В.К. Статьи и речи, [ Blücher V.K, Articles et discours] Воениздат, 1963.

-Великанов Н.Т. Блюхер, [Velikanov N., Blücher] Молодая гвардия, 2010.

-Картунова А.И.В.К, В.К. Блюхер в Китае 1924-1927 гг. Новые документы главного военного советника, [Kartounova A, Blücher en Chine 1924-1927. Nouveaux documents du chef des conseillers militaires] Наталис, 2003.

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 11:32

Benjamin Isitt, De Victoria à Vladivostok. L’expédition sibérienne du Canada, 1917-1919, Presses de l’Université Laval, 2012.

Les Canadiens en Sibérie

L’histoire de la guerre civile russe est l’un des parents pauvres de l’historiographie et de l’édition francophone. C’est donc avec une certaine impatience que nous nous sommes plongés dans la livre de Benjamin Isitt, historien canadien, qui raconte et analyse l’intervention militaire canadienne en Sibérie en 1918-1919. Et la surprise fut bonne.

 

Loin de se contenter d’une histoire militaire classique, l’auteur montre les liens étroits qui existent entre l’agitation sociale au Canada et le déroulement de l’expédition sibérienne et la complexité des rapports entre le monde ouvrier et les militaires en période de guerre. Pour Isitt, les pratiques radicales du mouvement ouvrier canadien favorisent la mutinerie de conscrits québécois en instance de départ pour la Russie. Si cette mutinerie est rapidement réprimée, elle contraint néanmoins les militaires à ne conduire aucune activité opérationnelle en Sibérie et les dirigeants à décider le retour rapide du corps expéditionnaire.

 

L’ouvrage d’Isitt traite également des rapports entre le Canada, dominion britannique, et Londres et de sa volonté de mener une politique étrangère conforme à ses intérêts propres. Il n’oublie pas de décrire les évolutions politiques qui touchent l’Extrême-Orient russe, les missions dévolues au corps expéditionnaire canadien, les relations de ce dernier avec les autres corps expéditionnaires, notamment américains et japonais.

 

Voici donc un livre passionnant, bien documentée et illustrée, indispensable à la fois pour appréhender l’influence des interventions étrangères en Russie mais également les répercussions de ces interventions dans les pays alliés. Espérons qu’une étude traitant de l’intervention française voit le jour rapidement.

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communismeetconflits - dans Guerre civile russe. Canada
8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 07:26
1919, Makhno contre Denikine

Sur le blog "L'autre coté de la colline" nous publions ce mois-ci un article sur les combats entre les forces blanches du général Denikine et l'armée insurrectionnelle de l'anarchiste Nestor Makhno en Ukraine en 1919.

Cet article, qui nous donne l'occasion de retracer la geste militaire de Makhno dans le guerre civile russe, est consultable ici.

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 07:01
Légionnaires en Sibérie

Légionnaires en Sibérie

Les Tchécoslovaques face à Koltchak.

Le général Radola Gajda, commandant de la 2e division tchécoslovaque est, contrairement à Sirovy, favorable à l'engagement des légionnaires auprès de Koltchak. Au début de 1919, l'amiral constitue 3 armées, l'armée de Sibérie, l'armée de l'Ouest et l'armée d'Orenbourg. Ces armées, adossés à l'Oural, doivent prendre l'offensive en direction de Samara, puis marcher vers l'ouest pour prendre Nijni-Novgorod et Moscou. Il offre alors le commandement de l'armée de Sibérie à Gajda qui a rallié à lui certains légionnaires.

 

Début mars 1919, les troupes blanches se déploient. L'armée de Sibérie commandée par Gajda se trouve au nord entre Perm et Glasov. L'armée de l'Ouest du général Hanschin se masse devant Oufa et l'armée de l'Ouest de l'hetman Doutov se trouve entre Orsk et Orenbuurg. Rapidement des divergences apparaissent entre les généraux russes et Gayda. Si les Russes veulent marcher directement sur l'ouest, Gayda veut quand à lui prendre la direction du nord dans le but d'opérer une jonction avec les Alliés qui se trouvent à Arkhangelsk.

 

Quand l'offensive se déclenche, les 3 armées prennent des axes de marche différents. L'armée de Sibérie de Gajda se dirige vers le nord-ouest en direction d'Arkhangelsk, l'armée de l'Ouest marche en direction de Bogoulma tandis que celle d'Orenbourg fait un mouvement tournant vers Bousoulouk. L'Armée rouge est d'abord surprise par la vigueur de l'attaque. Elle recule donc de prés de 400 km mais, vers la mi-avril 1919, une brèche dangereuse s'ouvre entre l'armée de Sibérie et l'armée de l'Ouest. Les Rouges s'y engouffrent, provoquant la panique chez les Blancs qui, craignant d'être tournée, battent en retraite. Les Russes accusent alors les Tchécoslovaques d'avoir décroché trop tôt, provoquant la catastrophe. Gajda est finalement destitué.

 

La bataille de l'Oural tourne au désastre pour les Blancs. Perm est perdu ainsi que la flottille fluviale de la Volga. Les Blancs refluent et parviennent à se regrouper, à la mi-juin, sur la ligne Iekaterinbourg-Tcheliabinsk-Troïtsk. A Tcheliabinsk, des combats acharnés ont lieu, la ville changeant plusieurs fois de mains, avant de tomber sous le contrôle des Rouges.

 

Toukhatchevsky fait alors marcher la 5e Armée rouge en direction du fleuve Tobol et ses avant-gardes atteignent Tobolsk et Ichim. Mais la 3e armée blanche, commandé par Sakharov, qui regroupe les éléments subsistant de l'armée de Sibérie et de l'Ouest, résistent avec acharnement. L'armée d'Orenbourg a été quand à elle refoulé vers le sud-est en direction de la mer d'Aral. Finalement, à court de munitions, les Rouges se replient derrière le fleuve Tobol.

 

Fin octobre la 5e armée rouge, dont les effectifs ont été doublé, reprend l'offensive. Elle franchit le Tobol et bouscule les Blancs. Le 3 novembre, elle prend Tobolsk et le 15 c'est Omsk qui tombe. La retraite de l'armée blanche tourne vite à la catastrophe et s'accompagne d'un exode massif de population dans une situation sanitaire déplorable. Dans cette débâcle, seule la légion tchécoslovaque garde une certaine cohérence. Les légionnaires essayent, dans cette cohue, de s'ouvrir un chemin vers la mer. Cette progression est marquée par quelques massacres qui touchent des prisonniers de guerre allemands, autrichiens et hongrois rencontrés sur la route.

 

L'effondrement du front de l'Oural a sonné définitivement la fin de la collaboration militaire entre Tchécoslovaques et Russes. Masaryk envoie alors une délégation pour notifier à Koltchak la neutralité des Tchécoslovaques. Janin et Sirovy quand à eux accélèrent les mesures organiser leur rapatriement. Pour cela les convois des légionnaires obtiennent la priorité absolue sur le Transsibérien.

Train blindé tchécoslovaque

Train blindé tchécoslovaque

La fin de l'odyssée des légionnaires en Russie.

Le régime de Koltchak est devenu largement impopulaire. Son programme politique est maigre et ne répond pas aux demandes de la population, notamment en matière de démocratie. Les partis politiques sont interdits tandis que certains atamans, comme Semenov et Kalmykov, se livrent à des atrocités en Sibérie. Sur le plan politique il échoue donc à former une solide unité entre les différents mouvements anti-bolcheviks. Ainsi quand les SR se révoltent, ils sont matés par les cosaques ce qui les pousse eux et leur armée populaire, après des négociations, à rejoindre les Rouges.

 

Au niveau militaire, les actions de Koltchak manquent de coordination avec celles de Denikine dans le sud de la Russie et celles de Ioudenitch au nord-ouest. Surtout, l'amiral est incapable de convaincre les Alliés d'intervenir avec des troupes. Les Américains n'apprécient pas Koltchak et vont même créer une commission d'enquête sur les crimes commis par les Blancs. Le général Graves qui commande les troupes américaines en Russie considère lui aussi Koltchak comme un monarchiste et un réactionnaire qui tend à la dictature. Cette opinion est même partagée par le président Wilson qui, s'il accepte d'approvisionner les Blancs en armes et munitions, refuse de reconnaître le gouvernement Koltchak.

 

L'amiral ne peut s'appuyer sur les petits contingents français et italiens en Sibérie et britanniques dans le nord-ouest. Il ne peut compter non plus sur le soutien des Japonais qui veulent faire main basse sur la Sibérie orientale. Les chances de maintenir son pouvoir et les bases d'une résistance antibolchevique s'écroulent définitivement avec la perte de Omsk.

 

Dans les villes de Sibérie des forces de gauche, notamment SR, se soulèvent et prennent le pouvoir, notamment à Irkoutsk, bloquant la retraite vers Vladivostok et coupant en deux les forces de Koltchak, celle de l'hetman Semionov se trouvant au-delà d'Irkoutsk entre Tchita et Kharbine.

 

L'amiral est pressé par les Rouges qui avancent à l'ouest. Koltchak demande alors l'aide de Janin qui répond qu'il ne peut rien faire et lui demande de se replier. Le 13 novembre, Koltchak se sépare de son armée et prend le train pour Krasnoïarsk avec son état-major et sa garde personnelle abandonnant Omsk pour rejoindre son gouvernement à Irkoutsk. A l'annonce de ce départ l'armée blanche se replie précipitamment ne laissant en arrière-garde qu'une division polonaise et un régiment serbe qui sont rapidement capturés. Les Tchécoslovaques se retrouvent alors à l'arrière-garde au contact direct avec les Rouges. Ils envoient des parlementaires au commandement de la 5e Armée rouge pour lui demander de les laisser partir. Les Rouges acceptent mais Frounze pose comme condition que les Tchécoslovaques soient désarmés et faits prisonniers pour être ensuite évacués par l'ouest. Les légionnaires refusent alors que l'artillerie rouge les prend déjà pour cible. Ils se retrouvent alors pris en étau entre la 5e armée rouge et les SR de la zone d'Irkoutsk.

 

Le trafic est bloqué sur le Transsibérien créant un embouteillage monstre à Taïga. Les légionnaires qui ont réquisitionné de nombreux trains pour transporter l'armement et le ravitaillement qu'ils ont accaparés sont en partie responsable de cette situation. Koltchak, dont le train avance lentement et qui accuse les Tchécoslovaques d'en être responsable, ordonne alors, en représailles, d'arrêter leurs convois par tous les moyens et demande à Semionov de contrôler les bagages légionnaires. Le conflit entre Koltchak et les Tchécoslovaques est ouvert. Le 9 janvier, le 4e régiment d'infanterie tchécoslovaque lance une opération contre Semonov dans la région du Baïkal. Après 4 heures de combat les troupes blanches sont défaites. Un armistice est signé sous l'égide des Japonais le 12 janvier.

 

Le 20 décembre, Koltchak atteint Nijneoudinsk et apprend que des SR et des mencheviks ont pris le pouvoir à Irkoutsk en formant un Centre politique. Janin envoie alors un télégramme à l'amiral lui demandant de ne pas se rendre immédiatement à Irkoutsk. Quand ce dernier apprend finalement que son gouvernement à négocier une reddition, il démissionne le 6 janvier au profit du général Denikine.

 

Les Tchécoslovaques n'ont jusqu'alors rien fait pour stopper le convoi de Koltchak mais à Krasnoïarsk le train est tronçonné et la garde de Koltchak se voit refuser de poursuivre sa route. A Nijneoudinsk, le convoi est finalement arrêté par les légionnaires et cerné par des soldats en armes. Koltchak fait alors prévenir Janin qui s'est réfugié à Vladivostok. Le commandant allié lui répond de se mettre sous la protection des Tchécoslovaques. Rassuré, Koltchak accepte, et les derniers soldats blancs quittent son wagon pour laisser la place aux légionnaires. Près de Tcheremchovo, des troupes communistes formées par les ouvriers des mines de charbon attaquent le convoi. Les Tchécoslovaques acceptent alors que des Gardes rouges participent à la garde du train qui arrive à Irkoutsk où il est mis sur une voie de garage. Le 15 janvier, les légionnaires annoncent à Koltchak qu'il va être remis au Centre politique d'Irkoutsk. L'ordre vient de Janin et de Sirovy. Dans la soirée les miliciens socialistes viennent arrêter Koltchak qui est transféré à la prison municipale. Au même moment des délégations tchécoslovaques et bolcheviques se réunissent dans la gare de Kuitin pour conclure un accord concernant le passage des divisions tchécoslovaques à travers la région d'Irkoutsk.

 

Le 20 janvier, le Centre politique abandonne le pouvoir à Irkoutsk à un comité révolutionnaire bolchevik alors que la 5e armée rouge approche de la ville. A la nouvelle de l'arrestation de Koltchak, de Tchita, Semionov envoie un commando sous les ordres du général Skipetrov sur Irkoutsk. A Krasnoïarsk et Kansk les restes de l'armée blanche sous les ordres de Kappel marchent aussi sur Irkoutsk pour délivrer leur chef. Le 7 février les avants gardes, sous les ordres de Wojciechowski, sont à Inokentjevsk à quelques km au nord-ouest d'Irkoutsk mais ce dernier reçoit un message de la 2e division tchécoslovaque qui lui intime l'ordre de ne plus avancer sinon les légionnaires se battront au coté des rouges. A l'est les Tchécoslovaques ont arrêté Skipetrov et désarmé ses hommes. Mais dans les premières heures de ce 7 février, Koltchak a été passé par les armes. Le même jour les légionnaires trouvent un accord avec les Soviétiques pour évacuer leur troupes vers Vladivostol, évacuation qui commence le lendemain ne laissant en arrière-garde que le 7e régiment d'infanterie.

 

Pour les Tchécoslovaques le dernier obstacle au rapatriement est levé. Fin février, la 2e division quitte Irkoutsk. Les légionnaires traversent la Mandchourie, font halte à Kharbine et arrivent en mars à Vladivostok où les attendent 29 navires. Ce sont plus de 67 000 personnes qui sont évacuées dont 53 000 soldats et 3 000 officiers. Une partie passe par l'océan Indien, Suez, Trieste et l'Autriche et une autre traverse le Pacifique puis les États-Unis. Ils arrivent en Tchécoslovaquie auréolé fêté comme des héros tandis que le dernier légionnaire quitte la Russie le 2 septembre 1920.

Le général Syrovy, commandant de la légion tchécoslovaque en Russie

Le général Syrovy, commandant de la légion tchécoslovaque en Russie

Près de 4 000 légionnaires sont morts en Russie. L'odyssée de la légion tchécoslovaque s'inscrit d'abord dans l'histoire de la Tchécoslovaquie et plus particulièrement de son accession à l'indépendance. Les combats que les légionnaires ont menés en Russie ont en effet servi les efforts de Masaryk et du Conseil national tchécoslovaque dans leurs négociations avec les Alliés qui aboutissent à la création de la République tchécoslovaque fin 1918.

 

Dans l'évolution de la guerre civile russe, le rôle des Tchécoslovaques est également essentiel. Leur révolte en mai 1918 coute en effet aux bolcheviks le contrôle des régions à l'est de l'Oural tandis que leurs succès militaires offrent le temps aux forces antibolcheviques de Sibérie de s'organiser et de former un nouveau front de la guerre civile sous les ordres de l'amiral Koltchak.

 

Pourtant à la fin de la guerre civile, certains blancs accusent les Tchécoslovaques de trahison, notamment pour avoir livré Koltchak à ses adversaires. Mais c'est oublier que les légionnaires ne furent en Russie que les instruments de la politique des Alliés, une politique timorée, contradictoire et ambiguë qui tourna finalement au désastre.

 

Bibliographie:

Bullock, David: The Czech Legion 1914–20, Osprey Publishers, 2008.

Joan Mc Guire Mohr, The Czech and Slovak Legion in Siberia from 1917 to 1922, Mc Farland, 2012.

Footman, David, Civil War in Russia, 1961.  

Légionnaires tchécoslovaques

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")