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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 08:50

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C'est à Tunyogmatolcs dans l'est du royaume de Hongrie que nait le 23 avril 1896, Bela Frankl. Fils d'aubergiste il grandit au sein d'une famille représentative de la petite-bourgeoise juive. Après l'école primaire il part étudier dans la ville proche de Mateszalka au sein d'une école de commerce dont il sort diplômé. Mais quand la guerre éclate à l'été 1914, ce sujet de l'empereur et roi François-Joseph se porte volontaire pour servir dans la cavalerie austro-hongroise. Il est alors versé chez les hussards et devient, en raison de ses études secondaires, sous-officier.


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Bela Frankl est alors envoyé sur le front italien etse bat dans le secteur de l'Isonzo et plus particulièrement à Doberdo del Lago. La violence des combats dont il fait l'expérience dans ce secteur à la limite de l'Italie et de la Slovénie le marque si profondément qu'il en tirera des années plus tard matière à l'écriture d'un roman. Bela Frankl ne continue pas la guerre sur le front italien puisqu'en 1916 il est envoyé sur le front oriental pour combattre les Russes. C'est en Ukraine, prés de Lutsk, qu'après avoir été blessé il est capturé par les troupes russes en juin 1916.

 

_wsb_630x392_AHDoberdo.jpg             Carte postale austro-hongroise sur les combats à Doberdo


Bela Frankl est envoyé comme prisonnier de guerre dans un camp prés de Khabarovsk en Sibérie oriental. Après la révolution de février 1917, lui et d'autres prisonniers hongrois se rapprochent des bolcheviks. Ces prisonniers forment en février 1918 une unité de garde rouge internationaliste et éditent un journal.


En mai 1918, la Légion tchécoslovaque s'établit en Sibérie afin de pouvoir, par le biais de la ligne de chemin de fer du Transsibérien, rejoindre Vladivostok et, de ce port sur le Pacifique, embarquer sur des navires en direction de la France pour continuer la lutte contre les Empires centraux. Mais les difficultés de ravitaillement ralentissent le départ des Tchèques et l'hostilité s'installe entre eux, la population russe et les bolcheviks. Le 25 mai 1918, à Tcheliabinsk des heurts éclatent entre les Tchèques et un convoi de prisonniers hongrois rapatrié dans leur pays. Les Tchèques tuent un soldat hongrois et Trotski ordonne alors le désarmement de la Légion. Mais les troupes rouges sont trop faibles pour faire appliquer cette mesure qui provoque la révolte des Tchèques.


Les Tchécoslovaques s'emparent sans difficulté d'une grande partie de la Sibérie le long du Transsibérien dont Mariinsk et Tomsk mais des combats se déroulent à Irkoutsk et Krasnoyarsk. Pour combattre les Tchèques, les Soviétiques organisent alors deux fronts, celui de Mariinsk à l'ouest et le front de Klyuchevsky à l'est. Selon certains témoignages, repris dans les biographies éditées sous la période communiste, c'est à ce moment que Bela Frankl, en prenant la direction d'une unité soviétique du front de Mariinsk contre les Tchèques en révolte, est devenu Máté Zalka. Toujours selon ces sources, une fois les bolcheviks vaincus dans la région, Zalka aurait été emprisonné à Krasnoïarsk par les Blancs. Mais un historien soviétique a, dans les années 1970, réfuté cette version des faits. Selon Poznanzky, au moment de l'insurrection tchécoslovaque, Zalka n'aurait pas été sur le front de Mariinsk mais à Novo-Nikolayevsk où il aurait reçu une blessure. D'ailleurs pour appuyer sa démonstration il ajoute que dans la liste des prisonniers de la prison de Krasnoïarsk il n'y a aucune trace en 1918 d'un Máté Zalka ou d'un Bela Frankl. Il semble selon lui plus vraisemblable que Zalka soit parti de Novo-Nikolaïevsk pour se diriger vers l'est, certainement dans l'espoir de rejoindre la région du lac Baïkal où des troupes soviétiques se trouvaient, et qu'il ait été fait prisonnier par les troupes blanches durant son voyage.


Máté Zalka, qui reste aux yeux des autorités blanches un prisonnier hongrois, se retrouve interné dans un camp. En juin il est transféré dans un autre camp où il retrouve un certain Ivan Kusnetzov, un ancien garde rouge qui lui confie être en mission clandestine pour les Soviétiques. Il lui apprend alors l'existence dans les environs de bandes de partisans commandées par Alexandre Kravchenko et Pierre Schetinkine.


A l'été 1919, Zalka prend la tête d'un petit groupe de Hongrois que la direction du camp de prisonniers a envoyé à l'extérieur afin de préparer le bois nécessaire à l'entretien du chemin de fer. Le petit groupe parvient à désarmer les gardes russes et, conduit par Zalka, il se transforme en groupe de partisans rouges qui parcourt la taïga. Armé d'une mitrailleuse et de grenades, le groupe de Zalka parvient à Kemchug dans la région de Krasnoïarsk. Mais la petite troupe n'arrive pas à rejoindre les partisans de Kravchenko et Schetinkine qui, après avoir été battu, fuient vers la région d'Uryankhai dans l'actuelle république de Tuva.


Sur les bords de la Mana la troupe que conduit Zalka rencontre d'autres groupes de partisans auxquelles elle s’agrège. Ils mènent alors la vie des partisans, nomadisant sur les bords de L'Ienisseï autour de Kemchug, affrontant les Blancs et même à une occasion, selon Zalka, un détachement de soldats italiens, alors que ces derniers ont quitté la région de l'Ienissei en août 1919. A la fin novembre 1919, les armées blanches de Sibérie que dirige l'amiral Koltchak sont en déroute devant l'offensive de l'Armée rouge. Sur les arrières du front blancs les partisans entrent alors en contact avec les soldats de Koltchak en fuite et les désarment. A Krasnoïarsk les anciens soldats blancs hissent le drapeau rouge. Le groupe de partisans de Zalka est l'une de ses multiples formations qui continuent la lutte contre les Blancs dans le district d'Achinsk entre décembre 1919 et janvier 1920. La légende soviétique veut d'ailleurs que Zalka ait fait partie de ceux qui ont défendu les armes à la main au printemps 1920 le train contenant l'or de Koltchak. Il s'agit des réserves d'or de l'Empire russe, soit 409 millions de roubles-or prit en 1918 à Kazan, détenus ensuite par l'amiral blanc et qui tombent aux mains des Tchécoslovaques en janvier 1920 qui rendent ce trésor aux Soviétiques à Irkoutsk. Ces derniers expédient l'or par voie ferré en direction de Kazan.

 

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                                                   Máté Zalka durant la guerre civile russe


Le convoi d'or ne fut jamais victime d'aucune attaque surtout de la part des troupes blanches qui se trouvaient alors bien plus à l'est. Zalka fit néanmoins partie des convoyeurs au sein de la brigade III° Internationale fondée en avril 1920 à Krasnoïarsk et qui regroupe environ 2500 soldats dont les 2/3 sont des Hongrois mais qui comptent également des Autrichiens et des Allemands. La brigade a pour mission d'assurer la protection du convoi d'or qui quitte alors les bords de l'Ienissei. Une fois arrivée à Kazan et la mission confiée à la brigade accomplie, Zalka poursuit sa route jusqu'à Moscou puis l'Ukraine où il participe à quelques combats contre les forces de l'anarchiste Nestor Makhno.


Pendant la guerre contre la Pologne Máté Zalka commande un bataillon d'infanterie composée là encore d'une majorité de volontaires étrangers puis en septembre-décembre 1920 il est envoyé sur le front sud contre les dernières troupes blanches du général Wrangel. En 1921-1923, Zalka commande un régiment de cavalerie de la Tchéka chargé de combattre en Ukraine les rebelles et paysans révoltés.


Il semble qu'en 1923, Máté Zalka retourne à la vie civile et qu'il travaille au commissariat du peuple aux Affaires étrangères. Parallèlement il entame une carrière d'écrivain en devient membre de l'Association internationale des écrivains révolutionnaires. Il publie, aussi bien en russe qu'en hongrois, quelques romans, Rattrapage en 1924 puis Raid de cavalerie en 1929, Les Pommes en 1934 et Doberdo en 1936. L'ensemble des œuvres de Zalka a pour décor soit la Grande Guerre soit la guerre civile russe. Son dernier roman, Doberdo, raconte ainsi les combats contre les Italiens à Monte-Clara. De 1925 à 1928 Zalka est directeur du Théâtre de la Révolution de Moscou, qui deviendra plus tard le Théâtre Maïakovski. A partir de 1929 Zalka travaille pour le comité central du Parti communiste soviétique. Il devient également membre du bureau du Secours rouge international, une organisation fondée en 1924 par le Komintern pour venir principalement en aide aux prisonniers politiques.

2A35C773B31840E59F90EF0740B58DBA-500                                           Máté Zalka dans les années 1930


Peu après la sortie de son dernier livre, Máté Zalka arrive en Espagne sous le nom de général Lukacs. Il s'installe d'abord à Albacete, la base des Brigades internationales où il devient le commandant de la 12° brigade internationale avant de se diriger sur Madrid, le 10 novembre, afin de soutenir les troupes républicaines face à l'armée nationaliste qui tente de prendre la capitale espagnole. Il déclare alors le 22 novembre au journal El Socialista « La 12° Brigade défendra votre capitale comme si elle était sa ville natale ». Il joue alors un rôle important dans les combats à la Cité Universitaire à la tête de sa brigade qui comprend trois bataillons appelés respectivement Thälmann, Garibaldi et André Marty. Son unité appartient alors à la 14° division sous les ordres de l'anarchiste Cipriano Mera. Zalka est secondé dans son travail par le commissaire politique de la brigade, l'écrivain allemand Gustav Regler. Durant la bataille de Madrid, Zalka acquiert une grande popularité parmi la population mais également auprès de ses soldats.


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Avec sa brigade le général Lukacs participe ensuite à la bataille de la Jarama, qui empêche que les communications de Madrid ne soient coupées par les nationalistes, puis à la bataille de Guadalajara où les troupes républicaines remportent la victoire contre les troupes italiennes envoyées en Espagne par Mussolini.

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                                                        Le général Lukacs


En juin 1937 Máté Zalka prend la route de Huesca que les Républicains veulent occuper. Il s'agit également lors de cette opération de soulager le front du nord puisque les nationalistes ont lancé une grande offensive en Biscaye. Zalka planifie minutieusement l'offensive qui doit démarrer le 12 juin. La veille, le 11 juin il se rend avec Regler sur le front pour une inspection au volant d'une Packard décapotable verte. La voiture se dirige vers vers Barbastro où se trouve le général Sebastian Pozas, le chef de l'armée de l'Est. C'est lors de ce trajet alors qu'il est près du front qu'il trouve la mort au Monte Fragon lors d'un bombardement de l'artillerie nationaliste.

zalka_mate.jpg                                 Sur le front


Mais les circonstances de la mort de Zalka apparaissent obscures. Joaquin Morato, chef d'une escadrille nationaliste, affirme, qu'après plusieurs combats aériens contre des appareils républicains, il a remarqué sur la route une grosse voiture noire qu'il a miraillé. Une heure après il a appris que l'offensive républicaine sur Huesca avait cessé tandis que la radio diffusé la nouvelle que Lukacs avait été tué lors du mitraillage de sa voiture par un avion. Pour Morato il ne fait pas de doute que c'est lui qui a tué Zalka. Pourtant cette mort n'a pu arrêter une offensive qui n'a débuté que le lendemain. L'hypothèse, hautement improbable, a été également émise que la voiture de Zalka aurait pu sauter sur une mine ou être l'objet d'une bombe déposée par le NKVD pour éliminer un général devenu trop populaire. Aucun élément ne vient appuyer ces affirmations.

172_001.jpg                               Carte postale hongroise en l'honneur de Zalka (1956)


La mort de Zalka le transforme en héros de la lutte antifasciste et le gouvernement de Valence décide de lui accorder des funérailles solennelles. Selon Valentin Gonzales, le célèbre El Campesino, cet enterrement est organisé par le NKVD qui avait, peu avant sa mort, donné l'ordre d’arrêter Zalka pour l'interroger. Dans le contexte des purges staliniennes qui n'épargnent pas les Soviétiques qui se trouvent en Espagne, qui sont rappelés à Moscou pour être liquidé, si Zalka avait été arrêté par le NKVD il aurait sans doute connu ce sinistre sort à moins d’être envoyé au goulag à l'instar de Manfred Stern, le général Kléber de la 11° brigade internationale. Quelle que soit la vérité, les funérailles de Zalka à Valence réunissent une foule nombreuse ainsi que l'ensemble des responsables politiques et militaires du camp républicain.


Le corps de Máté Zalka reste inhumé en Espagne jusqu'à la fin de la période franquiste. A ce moment son neveu est invité par la famille royale espagnole afin de célébrer la mémoire de la guerre civile. Peu après il fut autorisé à transférer la dépouille à Budapest afin de l'enterrer dans le carré militaire du cimetière de la capitale hongroise.

zalka-m.jpg                                        La tombe de Máté Zalka à Budapest

 

Bibliographie:

-В.С.Познанский, Очерки вооруженной борьбы Советов Сибири с контрреволюцией в 1917-1918 гг, Наука, Новосибирск, 1973. (Vassili Poznianski, Esquisses sur la lutte armée en Sibérie soviétique et la contre-révolution, 1917-1918, Science, Novosibirsk, 1973)

-О. С. Рябухина, А. А. Ходак, Венгерские интернационалисты в Октябрьской революции и Гражданской войне в СССР, Volume 2, Политиздат, Москов, 1968, (O Ryaboukina, A Hodak, Internationalistes hongrois dans la Révolution d'Octobre et la guerre civile en URSS, éditions Polit, Moscou, 1968).

Moscou,1968) .

-Бела Франкл, Матэ Залка — писатель, генерал, человек, Сов. Писатель, Москов, 1968, (Bela Frankl, Máté Zalka- un écrivain, un général, un homme, Les écrivains soviétiques, Moscou, 1968).

-Россиянов О. Матэ Залка Критико-биогр, Худож. лит , Москов , 1964, (O Rossianov, Máté Zalka, biographie critique, Moscou, 1964).

-Peter Foeldes, Zalka Máté élete, Móra Könyvkiadó, Budapest, 1966.

-Anthony Beevor, La Guerre d'Espagne, Calmann-Lévy, Paris, 2006.

 

David FRANCOIS

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 10:24

L'écrasement de la Hongrie (juin-juillet 1919)

La décision de Kun d'accepter l'ultimatum de Clemenceau signe la fin de la République des conseils en Slovaquie. Mais si les Hongrois acceptent de se retirer ils espèrent que les Roumains feront de même au sud. Quand le Conseil allié demande aux Roumains d'évacuer la région à l'est de la Tisza, ceux-ci répondent qu'ils ne le feront que lorsque l'armée hongroise aura démobilisé. Devant l'intransigeance roumaine, Kun répond qu'il ne compte que sur les armes pour reprendre les territoires hongrois. A l'appel du conseil ouvrier central, 44 000 ouvriers prennent alors les armes. Le 12 juillet le gouvernement introduit la conscription obligatoire et accepte l'incorporation d'anciens officiers d'active. Mais la conscription, destinée à renforcer les effectifs, n'atteint pas son objectif et en juillet il y a moins de bataillons qu'en mai au moment où des milliers de volontaires s'enrôlaient par enthousiasme révolutionnaire.

position3mai.jpg                                       Le front sur la Tisza en mai 1919


Le 5 juillet, lord Balfour, le ministre des Affaires étrangères britannique, recommande une action militaire contre la Hongrie et le 17 juillet le conseil suprême allié examine un plan élaboré par Foch et devant mobiliser 100 000 hommes. Mais les Alliés préfèrent laisser faire la besogne par l'armée roumaine. Mais les Hongrois frappent les premiers le 21, jour de la grève générale internationale organisée par le Komintern, en lançant une attaque sur la Tisza dans la région de Szolnok. Les Roumains tiennent là un front de 250 km, de Szeged au sud au contact des Français et des Serbes à Tokaj au nord au contact des Tchèques. L'armée rouge hongroise, dont la majorité de l'encadrement est dorénavant le fait d'officiers de carrière, compte 100 bataillons d'infanterie, soit 50 000 soldats, 10 escadrons de cavalerie, 69 batteries d'artillerie et 9 trains blindés. Mais les unités chargées de l'offensive sont de second ordre et attaquent en terrain découvert tandis qu'au nord les Tchèques avancent en Slovaquie empêchant les Hongrois de rapatrier des troupes vers le sud. L'armée rouge doit alors mener une offensive avec moins de bataillons que Stromfeld n'en disposait contre les Tchèques. Le plan hongrois consiste néanmoins à traverser la Tisza pour marcher sur Statu Mare, Oradea et Arad en espérant que se produisent simultanément un soulèvement communiste en Roumanie et l'attaque de la Bessarabie par les Soviétiques.

artilleurs-hongrois-a-Sabinova-juin-1919.jpg       Artilleurs hongrois en juin 1919


L'armée roumaine compte 92 bataillons d'infanterie soit 48 000 hommes, 58 escadrons de cavalerie avec 12 000 hommes, 80 batteries d'artillerie et deux trains blindés. Ces unités ont été placés le long de trois lignes de défense. La première ligne, plutôt mince, est censée mener des actions de retardement en cas d'attaque hongroise. La deuxième ligne doit stopper les attaquants jusqu'à ce que la contre-attaque des troupes de la troisième ligne débute. La première ligne inclut la 16e division au nord et la 18e division au sud. Dans la deuxième ligne des formations plus puissantes ont été rassemblés comme la 2e division Vanatori autour de Nyiregyháza, et la 1ère division Vanatori dans le sud, autour de Békéscsaba. La troisième ligne comprend les formations les plus puissantes de l'armée et doit servir de masse de manœuvre. Elle est composé des 1ère et 6ème divisions d'infanterie et des 1er et 2e divisions de cavalerie en position le long de la ligne ferroviaire allant de Carei jusqu'à Arad. Deux divisions d'infanterie sont chargées d'assurer la sécurité derrière la troisième ligne.


Entre le 17 et le 20 juillet, les Hongrois commencent par bombarder les positions roumaines et mènent des opérations de reconnaissance. Le 20 juillet, vers 3h00, après un violent bombardement, l'infanterie hongroise traverse la Tisza et attaque les positions roumaines. Au nord, les Hongrois s'emparent de Rakamaz mais les troupes de la 16e division roumaine reprennent la ville le lendemain, avec l'aide de la 2ème division Vanatori. Toutefois, les Hongrois repartent à l'assaut, soutenus par leur artillerie. Ils reprennent la ville, mais ne peuvent sortir de la petite tête de pont qu'ils ont créée. Pour débloquer la situation ils essayent de déborder les positions roumaines à Tiszafüred plus au sud avec des troupes de la 80e Brigade internationale, mais cette tentative est stoppée par les troupes de la 16e division roumaine. Les Roumains contre-attaquent et lancent les troupes de la 20e division d'infanterie au combat. Ils réussissent ainsi à dégager la tête de pont de Tiszafüred le 24 juillet. N'étant toujours pas en mesure de sortir de Rakamaz, les Hongrois commencent à fortifier leurs positions mais le 26 juillet les Roumains attaquent et, après quelques combats violents, mettent fin à l'existence de la tête de pont hongroise. Ils contrôlent alors totalement la rive orientale nord de la Tisza.


Au centre du front, le 20 juillet, les 6° et 7° divisions hongroises ont réussi à établir une solide tête de pont sur ​​la rive orientale de la Tisza à Szolnok, et cela en dépit de l'opposition du 91° régiment roumain. Elles sont même parvenus à franchir la première ligne de défense roumaine. La 6° division hongroise attaquent alors à l'est et s'empare de Törökszentmiklos, tandis que la 7ème division s'avance vers Mezotúr. Dans le même temps, la 5e division a franchi la Tisza et attaque en direction de Túrkeve. Le 22 juillet, les Hongrois s'avancent vers Kunhegyes à environ 20 km au nord de Szolnok et défont le 18e régiment Vanatori. Les troupes roumaines de la 18e division sont alors renforcées avec des formations de la deuxième ligne. Pourtant le 23 juillet, les Hongrois parviennent encore à prendre Túrkeve et Mezotúr. Dans la nuit du 23 au 24 juillet, ils contrôlent un morceau de la rive droite de la Tisza, face à Szolnok sur une largeur de 80 km et une profondeur de 60 km et obligent l'armée roumaine à former un groupe de manœuvre avec des troupes de la troisième ligne de défense le long de la Tisza.

rouge a Szolnok                  Les Hongrois à Szolnok

                                    

Au sud du front, la deuxième division hongroise a besoin de deux jours pour prendre Szentes des mains des 89e et 90e régiments roumains. Les 21 et 22 juillet, la ville de Hódmezovásárhely change plusieurs fois de mains avant que le 23 les Roumains ne la réoccupent définitivement. Ils reprennent également les villes de Szentes et Mindszent, forçant les Hongrois à retraverser la Tisza et mettant ainsi fin aux combats dans ce secteur.


Le groupe de manœuvre roumain est alors mobilisé dans le but de stopper l'offensive hongroise. Il attaque le 24 juillet avec la 2e division de cavalerie et la 18° division d'infanterie qui s'emparent de Kunhegyes. La 1ère division d'infanterie roumaine attaque la 6° division hongroise qu'elle repousse parvenant à s'emparer de Fegyvernek. La 6e division roumaine a moins de succès et doit subir les contre-attaques des formations de réserve hongroises. En définitive, le 24 juillet, les Roumains ont réussi à repousser les Hongrois d'environ 20 km et surtout à reprendre l'initiative. Ils renforcent le groupe de manœuvre avec des troupes venues du nord où les combats ont diminué d'intensité. Les troupes roumaines reçoivent alors l'ordre d'attaquer l'ennemi le lendemain sur l'ensemble du front.


Le 25 juillet les combats sont particulièrement violents autour de Fegyvernek, où les Hongrois ont choisi de contre-attaquer. Vers la fin de la journée, le groupe de manœuvre roumain commence à briser les positions hongroises dans le nord tandis que celles dans le sud s'effondrent. Les Hongrois débutent alors une retraite générale en direction de Szolnok et des ponts sur la Tisza qu'ils font sauter le 26 dans l'espoir d'arrêter l'avance roumaine. Dans la soirée du 26, toute la rive orientale de la Tisza est à nouveau sous contrôle roumain.

bataille-Tisza.jpg                     La bataille de la Tisza, juillet 1919


Après avoir repoussé l'attaque hongroise, les Roumains commencent à planifier la traverser de la Tisza pour porter le coup final à la Hongrie soviétique. Ils font venir la 7e division d'infanterie du front de Bessarabie ainsi que la 2e division d'infanterie. Pour traverser la rivière le commandement roumain dispose alors de 119 bataillons, soit 84 000 soldats, 99 batteries d'artillerie avec 392 canons et 60 escadrons de cavalerie. Pendant ce temps les Hongrois n'ont d'autres recours que de pilonner avec leur artillerie les zones de concentration roumaines. Entre le 27 et le 29 juillet, les Roumains testent les défenses hongroises avec de petites attaques. Ils décident finalement de franchir la Tisza dans le voisinage de Fegyvernek, où la rivière fait un coude. Dans la nuit du 29 au 30 juillet, la rivière est franchie. Le principal point de passage à Fegyvernek a été couvert par des opérations de diversion sur d'autres points du front, où d'intenses duels d'artillerie ont eu lieu. Les Roumains ont réussi à surprendre les Hongrois qui, le 31 juillet, abandonnent les bords de la Tisza et battent en retraite vers Budapest.


Une fois la rivière franchie, les troupes roumaines marchent sur la capitale hongroise. La cavalerie est envoyée en avant afin de découvrir les points de concentration ennemie et de couper les liaisons entre les différents corps de l'armée hongroise. Le 1er août, la plupart des combats ont lieu autour de la ville de Szolnok. Mais à la fin de la journée, les Hongrois envoient des représentants négocier la reddition des combattants. Au centre et au nord, les troupes hongroises sont encerclées et, dans la soirée du 3, elles se rendent ou se désintègrent. Le 3 août voit donc la fin définitive de l'armée rouge hongroise. Le même jour trois escadrons du 6° régiment de cavalerie sont les premières troupes roumaines à entrer dans Budapest. Le 4 août, la majeure partie des forces roumaines entre dans la capitale hongroise où un défilé a lieu. Les troupes roumaines poursuivent malgré tout leur avance jusqu'à la ville de Gyor. A ce moment les combats ont cessé et la guerre est définitivement terminée.

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                  L'armée roumaine dans Budapest


Les Roumains ont perdu dans les affrontements de juillet un total de 123 officiers et 6 434 soldats dont 39 officiers et 1730 soldats sont morts. Jusqu'au 8 août, les Roumains capturent 1 235 officiers et 40 000 soldats hongrois, s'emparent de 350 canons, de 332 mitrailleuses, de 52 000 fusils et de 87 avions. La Hongrie rouge a dû se défendre seule car si le 1° août 1919, à la demande d'Endre Rudniansky, le gouvernement soviétique décide de diriger toutes les unités internationales vers l'ouest pour soutenir les Hongrois, il est déjà trop tard.


Le 2 août 1919, Béla Kun a effet fuit son pays par la frontière autrichienne. Il rejoint par la suite l'Union soviétique où il sera exécuté lors des purges staliniennes. Un gouvernement socialiste sous la direction de Gyula Peidl s'installe alors à Budapest avec l'aide de quelques représentants des Alliés. Les Roumains occupent alors toute la Hongrie, à l'exception d'une parcelle de territoire autour du lac Balaton. Là, un groupe formé autour de l'amiral Horthy, et armé par les Roumains, forme le noyau de la nouvelle armée hongroise et se prépare à prendre la relève des occupants roumains au début de 1920. La terreur blanche est alors à l'ordre du jour, non seulement contre les communistes mais aussi contre la population juive hongroise. Fusillades et pendaisons sont quotidiennes. Et les Français participent à la curée puisque des officiers français, sur ordre de Franchet d'Esperey, font déporter 600 miliciens rouges hongrois en Algérie et au Maroc.

 

Conclusion

La Hongrie soviétique est née de la guerre et de ses conséquences. Les Hongrois vaincus cherchent alors dans le communisme le moyen de faire face à l'Entente et surtout à ses alliés régionaux qui n'aspirent qu'à dépecer l'antique royaume magyar. L'exemple des bolcheviks russes qui tiennent tête au même moment aux Alliés et aux forces russes blanches apparaît comme un modèle crédible. La force du sentiment national explique en grande partie comment le régime soviétique parvient à créer rapidement une armée rouge qui réussit à remporter des succès indéniables et à conquérir l'ensemble de la Slovaquie.


Mais le destin de la Hongrie soviétique est scellé dès sa naissance. Pour les Alliés l'existence d'un État communiste au cœur de l'Europe centrale est inacceptable, à la fois pour des raisons intérieures que pour des raisons extérieures. La Hongrie ne doit pas être un modèle pour l'Allemagne sinon ce serait remettre en cause la victoire de novembre 1918. Dès lors, encerclées par des adversaires puissants et bien armés et ne pouvant recevoir de soutien de la Russie soviétique, la Hongrie rouge est condamnée à se battre jusqu'à son effondrement. Elle relève le défi avec un certain panache et quelques succès mais ne parvient pas à déjouer l'inéluctable.

 

Bibliographie :

En français :

Bertrand Auerbach, La Dictature du prolétariat en Hongrie, 22 mars-31 juillet 1919, Chiron, Paris, 1923.

Ferdinand Joseph Deygas, L'Armée d'Orient dans la guerre mondiale-1915-1919, Payot, Paris, 1932.

Emile Bujac, Campagnes de l'armée roumaine, 1916-1919, Lavauzelle, Paris, 1933.

Lajos Varjassy, Lajos, Révolution, bolchevisme, réaction, histoire de l'occupation française en Hongrie (1918-1919), Jouve, Paris, 1934.

Arpad Szelpal, Les 133 jours de Béla Kun, Fayard, Paris, 1959.

Jean Bernachot, Les armées alliées en Orient après l’armistice de 1918, Vol 1, L’Armée française d’Orient, L’Armée d’Hongrie (11 Novembre 1918 - 10 Septembre 1919), Imprimerie nationale, Paris, 1970.

Roland Bardy, 1919: La Commune de Budapest , La Tete de Feuille, Paris, 1972.

Dominique Gros, Les Conseils ouvriers, espérances et défaites de la révolution en Autriche-Hongrie, thèse de doctorat en science politique, Université de Bourgogne, 1974.

Dumitru Preda, Vasile Alexandrescu, Costica Prodan, La Roumanie et sa guerre pour l'unité nationale : campagne de 1918-1919, Éditions encyclopédiques, Bucarest, 1995.

 

En anglais :

Rudolf Tőkés, Béla Kun and the Hungarian Soviet Republic: the origins and role of the Communist Party of Hungary in the revolutions of 1918–1919, Hoover Institution on War, Revolution, and Peace, Stanford, 1967.

György Borsányi, The life of a Communist revolutionary, Béla Kun, Colorado Social Science Monographs, New York, 1993.

Thomas Sakmyster, A Communist Odyssey: The Life of József Pogány, Central European University Press, Budapest, 2012.

 

En hongrois :

Jozsef Breit A magyarorszagi 1918-1919 evi forradalmak es a voros haboru tortetnete, Magyar Kirazlyi Leveltar, Budapest, 1925.

Erwin Liptai, A magyar Vörös Hadsereg harcai : 1919, Zrínyi, Budapest 1960 (La plupart des illustrations de cet article sont tirées de cet ouvrage paru dans la Hongrie communiste de Janos Kadar).

 

David FRANCOIS

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 09:18

303px-Flag-map of Hungarian Soviet Republic.svgLes premiers combats (Avril-mai 1919)

Fin mars les Alliés restent divisés sur la question hongroise. La Roumanie, qui voit avant tout dans la Hongrie et la Russie deux menaces communistes, demande aux Alliés l'autorisation de chasser les communistes hongrois du pouvoir. Les Américains quant à eux craignent que l'option militaire contre la Hongrie n'encourage les militaires français qui aspirent à une nouvelle guerre contre l'Allemagne et la Russie. Alors que les responsables français sont partisans d'une intervention militaire, les Américains prêchent toujours la négociation. Les Alliés tombent malgré tout d'accord sur l'envoi d'une mission confiée au général sud-africain Smuts qui a pour but de freiner l'avance roumaine et de discuter avec les Hongrois de la question de la zone neutre.

miliceouvrière

                                                      Milice ouvrière hongroise


Les propositions faites alors à Kun sont celles déjà présentées à Karoliy: l'acceptation des conditions de la note Vyx par les Hongrois entraînerait la fin du blocus et l'examen de manière bienveillante des questions territoriales avec les Roumains, les Tchèques et les Serbes. Kun, qui sait que l'armée rouge est encore embryonnaire, accepte de discuter et veut profiter de cette venue pour ouvrir des négociations. Smuts arrive à Budapest le 4 avril. Il défend la création de la zone neutre qui serait sous le contrôle de troupes françaises, britanniques et italiennes tandis que Kun demande l'application stricte de l'armistice de novembre. Devant l'impossibilité de concilier des positions antagonistes, Kun rejette les propositions de Smuts qui quittent alors la Hongrie.


Si les Yougoslaves refusent de s'en prendre à la Hongrie pour montrer leur mécontentement concernant le sort que leur réserve la Conférence de la paix, notamment sur les différents qui les opposent aux Italiens, les Tchèques et les Roumains sont quand à eux volontaires pour mettre à exécution la décision des Alliés de mettre la Hongrie au pas. La principale menace pour les Hongrois vient toujours de l'Est, de la Roumanie.


Sur le front roumain, l'armée hongroise passe bientôt de 20 000 à 60 000 hommes et s'essaye à l'amalgame des anciens officiers et troupes d'élite de l'armée austro-hongroise avec les volontaires inexpérimentés. Cette armée possède 5 trains blindés et 137 canons. Face à eux se trouvent 64 divisions d'infanterie roumaines, 28 escadrons de cavalerie, 160 canons, 32 obusiers, un train blindé, 3 escadrilles aériennes et deux bataillons de pionniers. Cette armée roumaine de Transylvanie, commandée par le général Georges Mardarescu est divisée en deux groupes, un au nord et l'autre au sud. Le plan roumain prévoit en effet de frapper avec le plus de force au nord pour s'emparer de Carei et Oradea afin d'isoler la division Szekely, unité d'élite hongroise. Le groupe du sud doit pendant ce temps s'emparer de Radna et Beius et servir de pivot pour la manœuvre de flanc du groupe nord. Le but de l'offensive est d'atteindre la rivière Tisza.


Conscient des préparatifs roumains, les Hongrois se retranchent et dans la nuit du 15 au 16 avril, après une préparation d'artillerie, ils attaquent les 6° et 7° divisions d'infanterie roumaines dans la vallée de Koros. Cette action offensive, qui donne peu de résultats, offre aux Roumains l'occasion de lancer une attaque sur l'ensemble du front. Ils repoussent les Hongrois, s'emparent, après de violents combats, des cols de montagnes, et avancent vers l'ouest. Le 18, le front hongrois est rompu. Les 1° et 2° division d'infanterie légère roumaines s'emparent durant la journée des vallées de la Mures et de Crisu. Carei est prise le 19, Prontea et Salonta tombent le 20. Pendant ce temps les troupes françaises coupent les lignes téléphoniques et télégraphiques entre Budapest et le monde extérieur.


AR                   L'armée rouge hongroise en marche


Bien que les Roumains atteignent alors la ligne de démarcation fixée par la note Vyx, le commandement roumain décide de la dépasser et d'atteindre les rives de la Tisza, plus facile à défendre. Pour empêcher les Hongrois de former une ligne de défense sur l'axe Nyiregyhaza, Debrecen et Békescsaba, la cavalerie roumaine mène des actions de poursuites.


Dans le nord, la cavalerie harcèle la division Szekely en retraite sur Nyiregyhaza qu'elle essaye en vain de défendre. Devant la supériorité des Roumains la division recule en direction de la Tisza. Mais à ce moment la rive orientale du fleuve est déjà contrôlé par les Roumains et seule une tête de pont autour de Rakamaz est encore aux mains des Hongrois. Quand Rakamaz tombe le 29 avril, la division Szekely n'a plus aucune possibilité de rejoindre le reste de l'armée et doit se rendre aux Roumains. Ces derniers s'emparent de Debrecen le 23 avril, puis de Békéscsaba après deux jours de durs combats le 26. Les restes de l'armée hongroise en retraite essayent alors d'atteindre Szolnok sur la Tisza et établissent une ligne de défense sur la rive orientale. Malgré les renforts venant de la rive occidentale, les Roumains parviennent à briser les défenses hongroises et le 1° mai ils contrôlent l'ensemble de la rive orientale de la Tisza. Au sud les Serbes avancent et prennent Mako où ils sont rapidement remplacés par un détachement français. A Szeged, quand des militaires français arrêtent des individus transportant des tracts communistes en français et croates, un groupe de gardes rouges ouvre le feu et un échange de tir a lieu.

avance-sur-Tisza.jpg                   L'offensive roumaine sur la Tisza


Fin avril, quand les troupes roumaines atteignent la Tisza, une crise éclate au sein du gouvernement hongrois entre ceux qui veulent capituler et ceux qui au contraire souhaitent résister. Kun pose le débat devant le Grand conseil révolutionnaire des ouvriers et des soldats de Budapest, sorte de parlement révolutionnaire. Le Grand conseil vote pour la défense armée de la révolution. En 10 jours il parvient à mobiliser et armer les 50 000 hommes qui lancent l'offensive sur la Slovaquie.


Au nord, avec l'accord des Alliés, les troupes tchèques passent à l'attaque le 27 avril. Elles s'emparent de Chop puis de Moukatcheve où s'établit une liaison avec les troupes roumaines. Le 2 mai la mobilisation générale commence en Hongrie. Mais ce même jour les Roumains sont seulement à 100 km de Budapest. Kun est alors obligé de demander la fin des hostilités. Il propose de reconnaître les demandes territoriales roumaines en échange d'un renoncement à toute intervention dans les affaires intérieures hongroises. Sous la pression des Alliés les Roumains acceptent seulement de cesser les hostilités.

 

Le problème de la jonction avec l'Armée rouge soviétique.

Fin mars 1919, quand les communistes prennent le pouvoir en Hongrie, des unités de l'armée rouge soviétique se trouvent en Galicie prés de Brodov, soulevant chez les Hongrois l'espoir d'une prochaine jonction militaire avec l'Ukraine rouge par le biais de la Galicie et de la Bukovine. Lénine et Trotsky pensent d'ailleurs être en mesure à ce moment là de réaliser cette encontre. Ils demandent à Khristian Rakovski, secrétaire du conseil des commissaires du peuple d'Ukraine, et à Vladimir Antonov-Ovseenko, commandant du front ukrainien, que l'armée rouge porte son effort en direction de Czernowitz afin d'établir le contact avec les Hongrois.


Pour les Alliés, la perspective d'une possible jonction entre l'armée rouge soviétique et l'armée rouge hongroise est le pire des scénarios possibles. Pour l'éviter il est nécessaire d'empêcher que les Hongrois ne prennent le contrôle de la Galicie. La géographie semble en effet favorable aux communistes puisque la Ruthénie subcarpatique, la partie orientale du royaume de Hongrie (actuellement en Ukraine) et l'Ukraine soviétique ne sont séparés que par 200 km. Les Hongrois cherchent alors à contrôler la ligne ferroviaire qui partant de l'est de la Hongrie à Szatmar-Nemeti (actuellement Satu Mare en Roumanie) rejoint Cernowitz en Ukraine par Kolomyia. Mais cette région est déjà revendiquée par au moins cinq États : alors que les nationalistes ukrainiens revendiquent la Bukovine et la Galicie occidentale, la Pologne a des prétentions sur la Galicie, la Tchécoslovaquie veut s'emparer de la région de Moukatcheve et la Roumanie de la Bukovine.

international                   Volontaires étrangers de l'armée rouge hongroise


Le 6 avril un plan de jonction entre Soviétiques et Hongrois est établi par Malakhovski, un officier de la 8° armée rouge. Ce plan prévoit une pénétration des troupes soviétiques en Bukovine et en Galicie combinée à une offensive de diversion en Bessarabie qui doit accessoirement appuyer les efforts des révolutionnaires roumains et bulgares. Des unités internationales de l'armée rouge sont spécialement transférées en Ukraine pour participer à ces opérations. Le 20 avril, Antonov-Ovseenko précise ainsi qu'une partie de la 1° armée rouge comprend des unités formées de prisonniers de guerre hongrois chargée de réaliser la jonction.


Mais dès le 21 avril le général Vacetis, chef d'état-major de l'armée rouge, prévient Lénine que l'opération devant mener à cette jonction est en réalité une aventure dangereuse. Ce dernier répond que si l'Armée rouge est amenée à porter son effort principal sur le bassin du Donbass, elle devra alors essayer à tout prix d'établir un contact avec les Hongrois. La jonction n'est plus alors qu'une éventualité secondaire dépendant de la situation militaire dans le sud de la Russie.


Quand, malgré l'existence d'un éphémère gouvernement soviétique en Galicie, Nikolaï Podvoïski, commissaire aux affaires étrangère de l'Ukraine, ordonne le 7 mai de concentrer tous les moyens militaires soviétiques contre la Roumanie afin de reprendre la Bessarabie, il met fin à la possibilité d'une jonction avec les Hongrois. D'ailleurs la situation se détériore pour les communistes en Ukraine occidentale. Le 16 avril l'armée polonaise du général Haller, en provenance de France, rejoint la Pologne avec 70 000 hommes dont une partie se dirige vers la Galicie. Le 7 mai en Ukraine soviétique commence la révolte de l'ataman Grigoriev qui tente de retourner les troupes rouges contre les soviets.


Les 14 et 15 mai les troupes polonaises brisent le front ukrainien. Armées soviétiques et polonaises s'affrontent alors sur un front qui s'étend de Kovel au col de Dukla dans les Carpates tandis que les troupes du nationaliste ukrainien Semyon Petlioura harcèlent les flancs de l'armée rouge. Le 25 mai, ce sont les Roumains qui essayent de s'emparer de la ligne de chemin de fer Kolomea-Ciguet pour empêcher toute possibilité de jonction entre troupes rouges hongroises et ukrainiennes dans la vallée de la Tisza. En juin-juillet 1919, la concentration d'armée blanche dans le sud de la Russie sous la direction du général Denikine et la révolte de l'anarchiste Nestor Makhno rendent impossible la réalisation du plan de jonction.


Il semble que le meilleur moment pour opérer la jonction fut certainement la fin avril 1919 quand la Slovaquie fut occupée par les Hongrois. Par la suite les Soviétiques ne peuvent plus distraire des troupes nécessaires sur les fronts polonais et de Bessarabie. La 6° division qui devait réaliser la jonction se décompose et se révolte tandis que les unités internationales sont immobilisées par la nécessité de mater la rébellion de Grigoriev. A ce moment-là la possibilité d'une jonction est définitivement hors de propos et laisse la Hongrie rouge seule face à son sort.

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La guerre contre les Tchéques (mai-juin 1919)

Tout au long du mois d'avril 1919, malgré les déconvenues, les communistes hongrois peuvent croire que le vent de l'Histoire souffle dans leur sens. L'élan révolutionnaire en Europe n'est pas stoppé. L'établissement de la République des Conseils en Bavière le 7 avril, la tentative insurrectionnelle qui touche Vienne le 17 avril et la progression soviétique en Ukraine renforcent l'espoir d'obtenir une aide extérieure. Mais la situation de la République des Conseils est précaire après la défaite contre les Roumains. Ces faiblesses encouragent les menées des contre-révolutionnaires hongrois qui se trouvent à Vienne. Le 6 mai, ces derniers forment un gouvernement à Arad, sous la direction de Julius Karolyi, soutenu par l'armée française. Ce gouvernement se transporte rapidement à Szeged et donne pour mission à l'amiral Horthy de former une armée nationale avec l'aide des Français et des Yougoslaves.


Pour renforcer sa position affaiblie par la défaite face aux Roumains, Kun décide alors de passer à l'attaque au nord contre les Tchèques qu'il juge être le maillon faible des forces encerclant la Hongrie. Il est vrai que les Roumains ont déjà prouvé leurs forces tandis qu'au sud les Serbes sont intouchables du fait de la présence de troupes françaises en Serbie. L'attaque au nord doit surtout faciliter l'établissement d'un contact avec les Soviétiques. Il est en effet vital d’empêcher que la jonction des troupes tchèques et roumaines qui se profile ne ferme la trouée de Moukatcheve par où peut s'opérer la rencontre avec les Soviétiques.


La Hongrie rouge mobilise toutes les ressources nécessaires pour son offensive dans le nord. L'ensemble des hommes de 19 à 25 sont enrôlé ainsi que les anciens officiers de l'armée austro-hongroise. Cet effort permet aux Hongrois de concentrer rapidement deux divisions, les 1° et 5°, regroupant prés de 40 bataillons, dans le nord.


Ce n'est pas la première fois que les Hongrois se confrontent aux Tchèques. En décembre 1918 des combats ont opposé prés de Bratislava des troupes hongroises et tchèques. A cette occasion un détachement hongrois, commandé par les communistes Jeno Laszlo et Gabor Kohn, a occupé la ville le 30 décembre et proclamèrent un république des conseils qui fut balayée seulement 23h plus tard par l'avancée de l'armée tchèque. Par la suite les communistes hongrois font de la propagande en Slovaquie obligeant les autorités tchèques à déclarer la loi martiale. Pour empêcher les immixtions hongroises, les autorités tchèques autorisent les généraux Piccione et Hennocque à organiser l'occupation militaire des territoires hongrois attribués par les Alliés aux Tchèques soit la Ruthénie et la Slovaquie du sud.

cavalerie rouge                    Cavalerie rouge hongroise


Le 20 mai, les troupes hongroises dirigées par Aurel Stromfeld attaquent et mettent en déroute les Tchèques à Miskolc. Les Hongrois occupent alors la région minière de Salgotarjan et la ville de Miskolcz. Des unités tchèques sont amenées du reste du pays pour repousser les Hongrois tandis que le commandement l'ensemble des forces tchécoslovaques est confié à des officiers français, notamment le général Mittlehauser mais aussi le général Pellé que le gouvernement tchèque nomme le 4 juin commandant en chef de l'armée tchécoslovaque.


Les Roumains tentent de leur côté de maintenir le contact avec les Tchèques et pour cela attaquent le flanc hongrois. Mais cette opération ne permet pas d'enrayer la déroute tchèque. Les Roumains sont alors obligés de se retirer dans la tête de pont de Tokaj et doivent même se défendre contre des attaques hongroises entre le 25 et le 30 mai. L'avancée magyare en Slovaquie permet aux Hongrois de pouvoir déborder par le nord les Roumains. Ces derniers sont alors obligés d'abandonner Tokaj le 3 juin et de se replier sur la rive orientale de la Tisza. Pour enrayer le risque de débordements ils sont contraints d'étendre leur ligne de défense au nord.


L'armée rouge hongroise continue sa progression en Slovaquie et s'empare le 30 mai de Lucenec puis de Nove Zamky le 2 juin, de Kosice le 6 et de Presov le 9, ainsi que des principaux bourgs des monts Tatra. Alors qu'un régiment hongrois approche de Bratislava, les deux tiers de la Slovaquie sont occupés. Pour les Hongrois la perspective d'une avancée vers l'est à la rencontre des Soviétiques semble à nouveau s'ouvrir.

front nord                    Soldats hongrois sur le front slovaque


Il ne s'agit pas alors pour le gouvernement hongrois d'annexer la Slovaquie mais plutôt de la libérer du joug impérialiste et capitaliste afin qu'elle devienne à son tour une république soviétique. C'est chose faite le 16 juin quand la République des conseils de Slovaquie est proclamée à Presov sous la direction d'Antonin Janousek tandis que Josef Szabo dirige la garde rouge slovaque. La Russie soviétique et le Komintern saluent alors la naissance de la nouvelle république soviétique.


Dans l'immédiat, les Hongrois cherchent d'abord à renforcer l'armée rouge en créant de nouvelles unités en Slovaquie. Les premiers bataillons de volontaires se forment, renforcer ensuite par la conscription à l'intérieur des syndicats. Dans la ville de Kosice plus de 3000 hommes sont ainsi recrutés.


L'armée rouge hongroise atteint alors les frontières de l'ancienne Hongrie au nord-est des Carpates. Cela lui donne une excellente base de départ pour attaquer l'armée roumaine à l'est. Plutôt que de profiter de cette opportunité les Hongrois cherchent à se regrouper afin de continuer à avancer vers l'ouest et atteindre le Hron. Mais le 8 juin Clemenceau exige le retrait des troupes hongroises de Slovaquie. Un second ultimatum le 13 juin est encore plus menaçant.


Les Alliés, mécontents de l'avancée roumaine jusqu'à la Tisza, souhaitent que ces derniers se retirent sur la ligne de démarcation fixée par l'ultimatum de Vyx. Ils font également pression sur Bela Kun afin qu'il cesse son offensive en Slovaquie et le menacent d'une attaque combinée des troupes françaises, serbes et roumaines par le sud et l'est. En échange ils promettent d'être généreux concernant la délimitation des frontières de la Hongrie. Sur ces bases un armistice est signé avec la Tchécoslovaquie le 23 juin et les troupes hongroises se retirent de 15 km pour permettre l'établissement d'une zone neutre.


L'acceptation de l'ultimatum de Clemenceau et le retrait des troupes de Slovaquie sont des coups rudes pour la République des conseils. Alors que le moral de l'armée fléchit, Vilmos Böhm et Aurel Stromfeld, en désaccord avec les décisions de Kun, démissionnent et sont remplacés par Jeno Landler et le général Julier qui ne parviennent pas à redonner une cohésion à l'armée malgré l'arrivée de nombreux communistes dans les rangs. La confiance dans le gouvernement des conseils semble rompue et les soldats ne croient plus en la victoire.

Si la menace d'une invasion alliée a joué son effet, la décision de Kun s'explique également par un contexte international moins favorable aux Hongrois. Alors qu'en mars et avril à Munich les conseils proclamaient leur soutien à la Hongrie et que des cheminots bloquaient les voies ferrées pour empêcher le transport du matériel des Alliés, le 2 mai la république des conseils de Bavière s'effondre. A l'est, le renforcement des armées russes blanches par les Alliés maintient l'encerclement militaire de la Russie soviétique et provoque un regain de la guerre civile qui tempère toutes velléités d'action en direction du Danube, même si en juin arrivent à Budapest deux officiers soviétiques, des proche de Rakovski, chargés d'organiser les prisonniers russes devant servir dans l'armée rouge hongroise.


Afin de soutenir les républiques soviétiques en péril, le Komintern n'a comme moyen d'action qu'un appel à une grève générale mondiale le 21 juillet. Sans effet en France ni en Angleterre, des manifestations ont lieu ce jour là en Autriche et en Italie. La journée rencontre également un grand écho en Roumanie, notamment à Bucarest paralysé par la grève. Dans l'armée des régiments exigent la démobilisation, et en juillet des soldats du 107° régiment d'infanterie d'Alba Julia rejoignent l'armée rouge. Le gouvernement roumain réagi par des arrestations mais la contestation ne parvient pas à disloquer l'armée.

carte

La Hongrie rouge encerclée

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 09:25

303px-Flag-map of Hungarian Soviet Republic.svgL'armistice du 11 novembre 1918 ne signifie pas la fin des combats en Europe. A la Grande Guerre succèdent en effet une multitude de conflits localisés essentiellement en Europe de l'Est. Il s'agit là d'une des conséquences de la Révolution russe. L'effondrement du régime tsariste en 1917 a créé un énorme vide en Europe orientale, un vide que les Puissances Centrales ont tant bien que mal essayé de combler entre la fin 1917 et octobre 1918 avant de s'effondrer elles aussi. De nouveaux États voient le jour et chacun cherche à s'affirmer sur la scène régionale, avant tout en tirant les meilleures parties du dépeçage territorial des Empires déchus. Des conflits éclatent alors entre ces jeunes États sur la question de la détermination des frontières mais également avec les nations vaincues. Surtout l'Europe de l'Est doit faire face à la montée de ce bolchevisme qui, du cœur de l'ancienne Moscovie, appelle à la Révolution mondiale et menace la suprématie des Alliés sur l'Europe et le monde.


Le communisme est, début 1919, de nouveau un spectre qui hante l'Europe et surtout un nouvel adversaire pour l'ordre mondial que les Alliés mettent en place par le biais du traité de Versailles. Si ces derniers espèrent toujours écraser la Russie soviétique, ils sont conscients que le combat sera difficile. L'Armée rouge tient bon devant des forces blanches désunies. Mais si la Russie peut être perdue, il serait inacceptable que la contagion bolchevique progresse plus avant en Europe. Et c'est là que réside le drame de la Hongrie en 1919.


Pays vaincu, cet héritier du défunt empire des Habsbourg est emblématique de la situation en Europe de l'Est après 1918 puisqu'il devient le centre et l'enjeu à la fois des conflits régionaux qui opposent les États des Carpates mais également du combat mondial que mènent les Alliés contre le communisme. Si c'est par sentiment nationaliste que les Hongrois acceptent la dictature du prolétariat, les guerres que mène la République soviétique hongroise mêlent rapidement et inextricablement dimensions régionales et internationales.

 

La Hongrie en ébullition (septembre 1918-mars 1919)

Le 29 septembre 1918 marque le début de la débâcle des Empires centraux sur le front balkanique. Ce jour-là, afin d'éviter l'invasion de son pays, le roi de Bulgarie signe un armistice avec les Alliés. Français, Britanniques et Grecs pénètrent néanmoins dans son pays afin de menacer Constantinople. A l'ouest, les troupes françaises et serbes pénètrent en Serbie pour reprendre Nis le 14 octobre et Belgrade le 1° novembre. Le 28 octobre, une armée d'Orient, composée de deux divisions françaises et commandée par le général Berthelot voit le jour. Elle se dirige vers la Roumanie où se sont regroupés les troupes allemandes en déliquescence. Berthelot entre dans Bucarest le 1° décembre 1918.


Le 4 novembre, l'Autriche-Hongrie demande elle aussi un armistice. Peu après l'empereur Charles 1° abdique. Rapidement l'empire des Habsbourg se désagrège sous la pression conjointe des nationalités qui aspirent à l'indépendance et des ambitions annexionnistes des États balkaniques qui se sont battus aux côtés des Alliés. Le gouvernement hongrois signe un armistice à Belgrade le 13 novembre avec le général Louis Franchet d'Esperey qui représente les Alliés. L'armée roumaine reçoit alors le droit de s'avancer jusqu'à la rivière Mures et les troupes de l'Entente celui d'occuper des points stratégiques et de circuler dans toute la Hongrie.

 

demantelement            Affiche hongroise denonçant le démembrement de la Hongrie


La situation évolue néanmoins rapidement puisque les troupes serbes, roumaines et tchèques s'arrogent le droit d'avancer en territoire hongrois sous le couvert de protéger leurs minorités nationales. La Slovaquie est ainsi officiellement reconnue comme partie du nouvel État tchèque et le 1° décembre 1918 l'assemblée d'Alba Iulia vote le rattachement à la Roumanie de la Transylvanie, du Banat et du Crisana, territoires qui jusque là appartenaient au royaume de Hongrie.


Depuis octobre 1918, le royaume magyar est également la proie de l'agitation révolutionnaire. Si libéraux et sociaux-démocrates se réunissent dans un Conseil national qui réclame la démocratisation et l'indépendance du pays, des conseils de soldats sont simultanément créés à l'initiative de soldats de retour du front russe. Le 30 octobre, tandis que le conseil des ouvriers de Budapest voit le jour, la révolution éclate dans les rues de la capitale envahie par une foule de soldats et de civils en armes qui s'emparent des bâtiments officiels, des casernes, des gares et du central téléphonique. Des milices ouvrières se constituent dans les usines. Le 31, le Conseil national hongrois forme un gouvernement dirigé par le comte Mihaly Karolyi qui adopte un programme libéral, fédéraliste et pacifiste. Le 16 novembre, Karolyi proclame la république tandis que le pays se couvre de conseils jusque dans les villages.


Sur le plan militaire l'ordre de démobilisation qui suit l'armistice laisse la Hongrie sans défense. L'armée hongroise est alors réduite à 6 divisions d'infanterie et deux de cavalerie qui regroupe environ 70 000 hommes fin novembre 1918. Mais le gouvernement de Karolyi doit toujours compter sur le conseil des soldats de Budapest qui exige le droit d'élire les officiers. Le conseil l'emporte dans le bras de fer engagé avec le gouvernement et, en décembre, il fait même nommer Vilmos Böhm secrétaire d'État à la Défense. Ce dernier devint ministre en janvier puis commandant de l'armée rouge.


L'année 1918 est également marquée par le retour au pays des 700 000 soldats hongrois prisonniers de guerre en Russie. Quand la Révolution russe a éclaté certains prisonniers, membre du parti social-démocrate, ont participé aux travaux des soviets locaux. C'est le cas en particulier de Bela Kun, ancien fonctionnaire d'une coopérative ouvrière, qui adhère alors au parti bolchevik de Tomsk en Sibérie. Des organisations révolutionnaires de prisonniers voient également le jour. Après la révolution d'Octobre, les bolcheviks organisent dans plus de 400 villes des unités de garde rouge formés par des prisonniers hongrois. Ainsi à Tomsk, Ferenc Münnich devient commandant des gardes rouges de la ville. Mais la majorité des prisonniers aspire avant tout à rentrer au pays reprendre une vie normale et seulement quelques milliers adhérent en 1918 aux organisations communistes.


Kun, qui a rencontré Karl Radek et Lénine en décembre 1917, est affecté au service de propagande internationale du commissariat du peuple aux affaires étrangères. Si en janvier 1918 est créé auprès du comité militaire du Comité exécutif du conseil des soviets, un bureau des prisonniers qui organise le recrutement massif de volontaires au sein de l'armée rouge, l'action des communistes hongrois est vite entravée par le traité de Brest-Litovsk qui interdit la propagande contre le gouvernement austro-hongrois. Pourtant les communistes hongrois préparent eux aussi leur retour aux pays et c'est le lieutenant Tibor Szamuely qui est chargé d'organiser le rapatriement des soldats qui doivent devenir la garde prétorienne de la révolution.


En octobre 1918, l'heure de ce retour approche. Le rapatriement commence tandis que les unités internationales de l'armée rouge, qui comprennent de nombreux volontaires hongrois, sont dirigées vers l'Ukraine. L'arrivée des anciens prisonniers venant de Russie n'est pas du goût des dirigeants social-démocrates hongrois qui voient d'un mauvais œil croitre le poids de tous ces extrémistes. Ils n'ont pas entièrement tort puisqu'à la suite du retour de Kun, le parti communiste hongrois est créé le 24 novembre 1918.


La sortie de guerre de la Hongrie est également un formidable accélérateur pour les communistes, d'autant que contrairement aux bolcheviks russes, ils apparaissent à l'opinion comme les champions de l'idée nationale hongroise. Les ennemis de la Russie soviétique ne sont elles pas ses forces de l'Entente qui autorisent le dépeçage de la Hongrie millénaire ?


Le sentiment national hongrois, humilié, pousse donc une partie des patriotes à se tourner vers les conseils d'ouvriers et de soldats, à la fois pour faire pression sur l'Entente mais également convaincu que les révolutionnaires ne pourront supporter sans réagir l'invasion du pays par les troupes impérialistes des rois de Serbie et de Roumanie. Les communistes, de leur coté, assurent que les conquêtes de la révolution ne peuvent être préservées dans le cadre territorial de la Hongrie sans une alliance militaire avec la Russie soviétique.


L'agitation révolutionnaire se poursuit notamment à Budapest. En février les communistes appellent à l'armement du prolétariat tandis que le conseil des soldats fait distribuer des armes et que la formation de milices ouvrières est en plein essor. Le 20 février, une manifestation ouvrière dégénère à Budapest faisant 7 morts et donne le prétexte au gouvernement, soutenu par la direction du parti social-démocrate, pour s'attaquer aux communistes dont la direction est emprisonnée.

ouvrier                                   Milice ouvrière à Budapest


C'est la situation internationale qui va mettre à nouveau les communistes sur le devant de la scène. Chez les patriotes hongrois se développe l'idée que seul le prolétariat en armes peut encore sauvegarder l'intégrité du territoire hongrois tandis que certains officiers supérieurs pressent Karolyi de chercher à négocier une alliance militaire avec les Soviétiques contre l'Entente. Face à cette pression qui se fait chaque jour plus forte, le 2 mars, Karolyi menace de reprendre les hostilités si la conférence de paix n'applique pas les principes wilsoniens à la Hongrie. Il s'agit d'abord de mettre un terme aux prétentions et provocations des Roumains.


Les troupes roumaines ont atteint en novembre la rivière Mures, c'est à dire la ligne de démarcation convenue par les représentants de l'Entente et de la Hongrie à Belgrade le 13 novembre. Mais en violation de cet accord, le commandement allié en Orient, sous la direction du général Franchet d'Esperey, permet à l'armée roumaine d'avancer jusqu'à la ligne des Carpates occidentales. La 7e division roumaine dite Vanatori avance alors en direction de Cluj, et le 1er décembre en direction d'Alba-Iulia. Le 24, les unités roumaines entrent dans Cluj. Elles s'assurent ainsi la possession des territoires promis par les Alliés en 1916 : la Transylvanie, la Bukovine et le Banat.


Concernant le nord de la Hongrie, le 23 décembre 1918 une note française fixe la ligne de démarcation avec la Slovaquie, ligne qui se trouve à seulement 40 km au nord de Budapest. Les troupes hongroises doivent évidemment évacuer le territoire slovaque ainsi tracé. Au sud, les forces françaises et serbes tiennent une zone qui part de Baja sur le Danube et passe par Szeged et Arad pour entrer en contact avec les Roumains à Deva. Dans ce secteur les Serbes menacent de s'emparer de Pecs.


Pour freiner les initiatives roumaines, le Conseil des Alliés décident d'établir une zone neutre, occupée par des troupes françaises, britanniques et italiennes, qui fasse tampon entre Hongrois et Roumains. Le 28 février, le Conseil notifie à la Hongrie l'établissement d'une nouvelle ligne de démarcation qui doit permettre une ultime avancée de l'armée roumaine en territoire hongrois. Cette ligne coïncide avec les chemins de fer reliant les villes de Satu Mare, Oradea et Arad. Cependant, l'armée roumaine n'est pas autorisée à entrer dans ces villes. La zone démilitarisée qui doit être créée, s'étend à partir de cette ligne de démarcation jusqu'à 5 km à l'intérieur de la Hongrie. Les Alliés demandent que le retrait de l'armée hongroise derrière la zone neutre commence le 22 mars 1919 et qu'elle abandonne des villes magyares.


Il revient au colonel Fernand Vyx de transmettre le 20 mars au gouvernement hongrois l'ultimatum lui donnant deux jours pour évacuer la zone neutre. Le 21, devant l'ultimatum qu'il juge inacceptable, Karolyi répond qu'il ne peut y donner suite et son gouvernement démissionne. Il souhaite néanmoins former un nouveau gouvernement avec les social-démocrates mais le 21 c'est un Conseil révolutionnaire de gouvernement qui voit le jour comprenant une trentaine de commissaires du peuple issu du parti social-démocrate et du parti communiste. Les deux partis, naguère ennemis, fusionnent dans un Parti socialiste hongrois unifié. Si le chef du gouvernement est un social-démocrate, les postes clefs reviennent aux communistes. Bela Kun est ainsi commissaire aux Affaires étrangères et Tibor Szamuely secrétaire d’État aux affaires militaires afin de seconder le commissaire du peuple à la Défense Joszef Pogany.

Kun                                   Bela Kun (au centre)

 

La naissance de l'Armée rouge hongroise.

Le 27 mars, le maréchal Foch présente au Conseil des Alliés un plan d'intervention militaire immédiate contre la Hongrie dans le but d’accélérer les pourparlers avec les autorités hongroises. C'est pour lui la première étape d'une entreprise plus grande puisqu'il propose également d'organiser une offensive avec des troupes finlandaises, polonaises, tchèques, roumaines, grecques et russes blanches, sous commandement français, contre la Russie soviétique. Si Churchill est favorable au plan Foch, Wilson, Loyd Georges et Clemenceau refusent sachant que les armées alliées ne sont plus totalement sûr comme l'ont montré les mutineries de la mer Noire. Les Américains refusent fermement la proposition et les Alliés décident seulement de soutenir l'armée roumaine qui doit empêcher la contagion bolchevique dans l'Europe danubienne. La Hongrie, pays vaincu, est alors enserrée par l'Entente dans un étau militaire. Sa position est d'autant plus difficile que pour les Alliés l'accession des communistes au pouvoir en Hongrie est une menace sérieuse. Elle peut servir de modèle pour l'Allemagne et ainsi remettre en cause la victoire de 1918.


Malgré cette hostilité, Kun envoie le 29 mars un message secret aux Alliés où il leur propose d'ouvrir des négociations sur la base des droits à l'autodétermination des peuples. Il promet en outre ne pas avoir d'intentions belliqueuses. Pourtant dans le même temps les Hongrois mettent sur pied une armée rouge.

enrolement                               Enrolement dans l'armée rouge


Dans le gouvernement des commissaires du peuple, le social-démocrate Joszef Pogany est commissaire à la Guerre assisté par un comité militaire de 5 membres qui comptent en son sein Bela Kun, Vilmos Böhm, Béla Szanto, Reszo Fiedler et Joszef Haubrich. Un décret du 15 avril ordonne à ce comité de mettre sur pied une armée rouge hongroise de 7 divisions dont une doit être composée de Ruthènes. Il faut ajouter à ces divisions la division Szekely composée de Hongrois originaires de Transylvanie. C'est la seule division encore opérationnelle et qui se bat depuis l'automne contre les Roumains.


L'armée rouge hongroise voit officiellement le jour le 24 mars 1919. Ses effectifs progressent rapidement car si le 29 mars elle compte 11 000 volontaires, ils sont 35 000 le 4 avril et 53 000 le 15 avril. A la fin avril ce sont 16 000 soldats rouges qui défilent dans les rues de Budapest.


Le 18 avril, face à de nouvelles offensives roumaines et tchèques, le gouvernement hongrois lance un appel aux armes. Vilmos Böhm devient alors commandant en chef de l'armée rouge avec pour adjoint le colonel Aurél Stromfeld. Le recrutement est réorganisé pour l'élargir au-delà des seuls volontaires tandis que les conseils de soldats renaissent pour former l'ossature de la nouvelle armée. Pour éviter les conflits de compétence entre ces conseils et la hiérarchie militaire, Stromfeld obtient rapidement que l'activité des conseils n'interfère pas avec l'activité de l'état-major. Des mesures énergiques sont prises pour établir une véritable armée et non pas des milices. Ainsi concernant la discipline, le 25 avril, Böhm prévient que la non-obéissance aux ordres est passible de la cour martiale. Mais contrairement aux bolcheviks, les communistes hongrois sont encore trop peu nombreux pour occuper des postes de commandements et de contrôle dans l'armée et ils restent donc dominés au sein de l'état-major.

 

Stromfeld et Bohm                    Aurél Stromfeld et Vilmos Böhm


Les Hongrois peuvent également compter sur l'aide d'unités internationales institués le 4 avril et qui comptent prés de 2000 hommes en juillet 1919 sous le contrôle du communiste Mozes Gabor. Ces unités rassemblent des volontaires venus d'horizons différents. Il y a des anciens prisonniers de guerre russes, serbes mais aussi 300 Italiens, des ouvriers bulgares et polonais émigrés en Hongrie, un millier de volontaires autrichiens issus du 41° bataillon de la Volkswehr et commandé par le communiste Leo Rothziegel, quelques déserteurs serbes, roumains, français et slovaques. Ils forment d'abord trois puis quatre régiments. Le second est commandé par Rothziegel tandis que le troisième, le Bataillon rouge des Balkans, jouera un certain rôle dans la propagande communiste en Yougoslavie.


Un décret du 29 mars précise l'organisation de l'armée. C'est avant tout une armée de classe composé d'ouvriers ayant reçu la recommandation du Parti, des syndicats ou des conseils. Les grades et distinctions sont interdits même si un décret ultérieur rétablit l'ancienne terminologie des grades pour distinguer les échelons du commandement mais sans que cela ne corresponde à des différences de statut ou de solde. Si les officiers d’état-major, les commandants de divisions et de régiments sont désignés par le commissaire à la défense, les autres officiers sont directement élus par les conseils de soldats. Ces officiers doivent néanmoins au préalable faire l'objet d'une évaluation technique par un comité chargé de déterminer leur compétence. Des commissaires politiques sont également institués afin d'assurer l'agitation et la propagande dans l'armée mais cette fonction échappe aux communistes au profit des chefs syndicalistes.

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 09:11

« Général dans trois armées », tel est le titre de gloire de Karol Swierczewski qui a effectivement été officier supérieur respectivement dans l'armée soviétique, l'armée républicaine espagnole et pour terminer l'armée polonaise. Voici donc un destin original mais pas forcément singulier. Le maréchal Rokossovski, lui aussi Polonais de naissance, a dirigé les armées soviétiques puis polonaises. L'internationalisme militaire, qui sous-tend ces parcours, est néanmoins une spécificité du mouvement communiste international où l'idéologie prime la nation et où le monde se divise en deux : les communistes et les autres, tous ennemis à différents titres. Retracer le destin de Karol Swierczewski c'est donc nécessairement parcourir l'histoire du communisme et surtout mettre à jour son indissociable aspect guerrier et militaire.

 

Au service de la Révolution.

Karol Swierczewski est né à Varsovie le 22 février 1897 dans une famille ouvrière. A la fin de l'école primaire, à l'âge de 12 ans, il devient apprenti tourneur. Sa vie bascule en septembre 1915 quand les troupes du Kaiser Guillaume II pénètrent en Pologne et que l'usine Gerlach, où il est alors assistant tourneur, est transférée par les autorités russes à Kazan. Karol, ainsi que le reste de sa famille, se retrouve alors en Russie. En janvier 1916 le jeune Swierczewski est tourneur à l'usine Provodnik de Moscou avant d’être incorporé dans l'armée russe.


En 1917, au moment de la Révolution d'Octobre, il retourne à Moscou et soutient les bolcheviks. Pour expliquer ce choix et surtout lui donner un fondement politique les biographies parues en Pologne communiste avancent que Swierczewski aurait été en Pologne membre du SDKPiL, la Social-démocratie du royaume de Pologne et de Lituanie, un parti dont l'internationalisme intransigeant doit beaucoup à deux de ses principaux dirigeants, Karl Radek et Rosa Luxemburg. Rien n'est moins sûr. A Moscou, Swierczewski devient garde rouge dans le quartier de Lefortovo avant de rejoindre l'Armée rouge en 1918 avec qui il combat d'abord les mouvements antibolcheviques dans la région de Moscou.


Swierczewski est ensuite envoyé sur le front sud où il affronte les troupes blanches commandées par Alexei Kalédine et les unités de l'hetman Skoropadsky en Ukraine. En novembre 1918 il entre au parti bolchevik et entame son ascension dans la hiérarchie militaire. En 1919, Swierczewski commande une compagnie du 123° régiment d'infanterie de l'armée rouge qu'il dirige notamment lors de la bataille du Donets face aux troupes de Krasnov et Denikine. Pour son action durant la guerre civile il est nommé chef de bataillon et reçoit en 1920 l'Ordre du Drapeau rouge.

walteren1920                                          Swierczewski jeune soldat de l'armée rouge, 1920.


Durant la guerre entre la Russie bolchevique et la Pologne, qui débute au printemps 1920, Swierczewski demande à combattre et rejoint l'armée de Toukhatchevski. Il dirige alors le 5° bataillon du 57° régiment d'infanterie. En juin il est blessé à deux reprises lors de la bataille de Chobnoje et de juillet à octobre 1920 il se trouve à l'hôpital pour soigner ses blessures.


En octobre 1920 Swierczewski devient commandant d'un bataillon de tirailleurs à Arkhangeslsk, puis il part suivre un cours à l’École supérieure d'infanterie avant de devenir en février 1921 commissaire politique de l'école polonaise des Communards rouges à Moscou.

Quand éclate l'insurrection paysanne dirigé par Antonov dans la région de Tambov, il reprend du service actif et participe à l'écrasement de la rébellion. Il est ensuite envoyé à l’École supérieure des commandants de régiment d'infanterie dont il sort diplômé en 1924. Il intègre alors l'académie militaire Frunze dont il sort diplômé en 1927.

Walteretsonepouse.jpg                                         Swierczewski et son épouse dans les années 1920.


En sortant de l'académie Frunze, Swierczewski devient chef d'état-major d'un régiment de cavalerie puis en 1929 il intègre le 4° bureau de l'état-major général de l'armée rouge et devient ainsi officier des renseignements militaires soviétiques. Il travaille à ce poste jusqu'en 1931 avant d’être mis à la disposition de l'état-major général. C'est dans ce cadre qu'il dirige, au sein de l'école militaire et politique, la formation des militants communistes de la section polonaise du Komintern qui ont été choisir pour devenir les agents du GRU/NKVD en Pologne.

 

Le général Walter en Espagne.

Le soulèvement des troupes nationalistes espagnoles contre le gouvernement républicain en juillet 1936 marque un tournant dans la vie de Swierczewski puisqu'en octobre 1936 il est envoyé en Espagne sous le nom de général Walter. Son rôle est important puisqu'il participe au comité d'organisation des Brigades internationales qui se transforme rapidement en conseil militaire.


Il prend ensuite le commandement de la 14° Brigades internationale, qui compte 3 000 combattants et comprend les bataillons français, « La Marseillaise » et « Henri Barbusse ». Cette prédominance française explique que le commissaire politique de la brigade soit  le Français André Heussler. En décembre 1936 la brigade part en Andalousie pour bloquer la progression nationaliste en direction d'Andujar. Elle mène de dure combat autour de Lopera mais parvient à sauver la ville de Jaen. C'est lors de cette opération que Delassale, le commandant du bataillon « La Marseillaise », est condamné à mort et exécuté pour trahison. Swierczewski se fait alors connaître par ses méthodes répressives et son goût de l'alcool. Il se lie également d'amitié avec l'écrivain américain Ernest Hemingway à qui il sert de modèle pour le personnage du général Golz dans Pour qui sonne le glas.

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                                             Le général Walter en Espagne, 1937.


Au début juin 1937, Walter est mis à la tête de la 35° division qui comprend la 14° brigade, désormais dirigée par le Français Jules Dumont. La division est alors engagée dans une offensive dans la sierra de Guadarrama, en direction de Ségovie, dans le but de soulager le front nord où les nationalistes menacent Bilbao. Si en Andalousie, Walter a laissé ses volontaires encore inexpérimentés se faire massacrer, il ne recule pas à nouveau à sacrifier ces hommes lors de cette offensive qui se solde par un échec. La dureté de Walter, qui n'hésite pas à donner l'ordre de mitrailler ceux qui reculent et d'abattre les fuyards, provoque des remous au sein des brigades. Le 6 juin il est relevé de son commandement opérationnel. En juillet la 35° division participe à la grande offensive sur Brunete, opération qui de nouveau saigne à blanc les Brigades.


Walter quitte l'Espagne début mai 1938, après la déroute d'Aragon, et rejoint l'URSS en juin. De retour en Union Soviétique, Swierczewski est mis à la disposition du bureau du personnel du commissariat du peuple à la Défense. Il est également décoré de l'Ordre de Lénine et de l'Ordre du Drapeau rouge. Il reste pourtant inactif pendant environ un an et rédige un mémoire sur les combats en Espagne. Il échappe aux purges, contrairement à son frère Maximilien qui a été arrêté par le NKVD avant d’être libéré en 1940. Swierczewski retrouve en 1940 un poste d'enseignant à l'Académie Frunze, poste qu'il occupe jusqu'en 1941.

 

Face à l'Allemagne nazie

En juin 1941, après le déclenchement de l'attaque allemande contre l'URSS, il demande en tant que major-général à rejoindre le front. Si le commandement soviétique connait son incompétence et son alcoolisme, le général Joukov ne veut pas déplaire à Staline qui a personnellement appuyé pour que Swierczewski serve en première ligne. Ce dernier est alors nommé commandant de la 248° division d'infanterie. Son ivresse chronique a des conséquences catastrophiques comme le montre le général Berling dans ses mémoires. Ses erreurs de commandement, aggravé par son penchant pour l'alcool, conduisent en effet la division à la déroute. En novembre 1941 elle se retrouve encerclée dans la poche de Viazma et anéantie. Swierczewski parvient pourtant à survivre et au bout d'un mois il rejoint les lignes soviétiques. Victime d'une pneumonie il est hospitalisé à Moscou et mis à la disposition du général Rokossovski .


A sa sortie de l’hôpital Swierczewski est chargé de l'instruction des soldats à l'école d'infanterie d'Achinsk en Sibérie, puis de février 1942 à juin 1943 il dirige l’École militaire de Kiev.

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                            Swierczewski en uniforme de l'armée rouge.


En aout 1943 Swierczewski est choisi par Staline pour participer à la mise sur pied de l'armée populaire polonaise en territoire soviétique sous les ordres du général Berling. La 1° division d'infanterie polonaise devient bientôt un corps d'armée et Swierczewski en devient le commandant en second.


En janvier 1944 Swierczewski entre au bureau central des communistes polonais en URSS. En mars 1944 il est nommé général de division et s'occupe plus particulièrement de l'intendance de la 1° armée polonaise. Mais son alcoolisme persistant et son mépris pour les conditions de vie des soldats provoquent de nombreux conflits avec Berling. Il est écarté de son poste de septembre à décembre 1944 au moment de la formation de la 2° armée polonaise dont il a pourtant pris le commandement en aout. Fin décembre 1944 il reprend la tête de la 2° armée polonaise qui n'est pourtant opérationnelle qu'à partir de janvier 1945. Là il se fait encore remarquer pour son incompétence et sa dureté. De nombreuses controverses existent ainsi sur son rôle dans les jugements que rendent les cours martiales de la 2° armée à Lublin contre des anciens membres de l'Armée secrète, l'AK.


Fin février 1945, la 2°armée renforce le 1° front biélorusse autours de Gorzov en Poméranie, puis en mars elle rejoint le 1° front ukrainien au nord de Breslau en Silésie. En avril, en préparation de la prise de Berlin, les Polonais se regroupent en Lusace sur les bords de la Neisse.


Ils reçoivent alors pour mission d'avancer sur Bautzen et Dresde le 16 avril. L'armée franchit la Neisse, mais désobéissant aux ordres de Koniev, Swierczewski avance sur Dresde sans protéger son flanc sud. Les Allemands, conscients de la brèche dans le dispositif polonais, se regroupent et contre-attaquent. Les lignes de communication et d'approvisionnement des Polonais sont vite coupées, des unités sont encerclées et détruites. La 2° armée doit reculer et les Allemands reprennent Bautzen. Seuls l'arrivée de renforts soviétiques parvient à éviter un désastre. L'incompétence de Swierczewski mais également ses nombreux conflits avec ses subordonnés sont responsables des pertes énormes lors de cette bataille qui devient d'ailleurs l'une des plus coûteuses en termes de pertes humaines de l'histoire militaire polonaise.


En mai 1945, la 2° armée participe à la dernière grande offensive soviétique de la guerre en Europe en direction de Prague. Les Polonais prennent ainsi part en Tchécoslovaquie à la libération de Melnik prés de Prague.

Polonaisamoscou1945.jpg                        Troupes polonaises au défilé de la Victoire à Moscou, juin 1945.

 

Héros de la Pologne communiste.

Le 11 mai 1945 Swierczewski est nommé général de division et le 3 juin inspecteur général de l'armée chargée des forces polonaises à l'étranger. A ce titre il est nommé en septembre 1945 commandant de l'armée polonaise en Occident avec la mission de rapatrier en Pologne les unités qui ont combattu dans les armées anglo-saxonnes. Mais face à l'opposition du gouvernement britannique le commandement de l'armée polonaise en Occident est supprimé. Swierczewski devient alors commandant du 3° district militaire à Poznan puis en février 1946 vice-ministre de la Défense nationale.


Sur le plan politique il entre en août 1944 au comité central du Parti ouvrier polonais et devient membre du Conseil national. En 1947, à la suite des élections manipulées par les communistes, il entre à la Diète législative où il fait figure de parfait stalinien.

walter1947.jpg                                           Swierczewski en 1947.


En mars 1947 il visite le sud-est de la Pologne et notamment les troupes qui, dans les montagnes de Bieszczady, affrontent régulièrement les insurgés ukrainiens nationalistes de l'UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne). Le 28 mars alors qu'il se rend en voiture à Cisna pour inspecter les gardes-frontières il trouve la mort lors d'une embuscade tendue à Jablonski, prés de Baligrod, par une unité de l'UPA.


Malgré l'envoi d'une commission d’enquête, cette mort est l'objet de multiples controverses, d'autant que pour certains historiens elle tombe au bon moment pour le gouvernement afin de servir de prétexte au déclenchement de l'opération Vistule, c'est à dire la déportation de 150 000 Ukrainiens vers l'ouest et le nord de la Pologne afin de démanteler définitivement l'UPA.


Après sa mort, le gouvernement fait de Swierczewski un héros national et une icône de la propagande communiste. Les conditions de sa mort, face à l'ennemi, le transforment en martyr. Son nom est alors donné à des rues, des écoles, des entreprises. Des livres à sa gloire sont publiés qui popularisent les légendes et les mythes du général des trois armées, bien loin de la vérité historique. En 1953 un film sur sa vie est réalisé et à partir de 1967 son portrait est même porté sur les billets de 10 zlotys.


Son rôle historique est largement revisité après la chute du régime communiste en Pologne. En 2003 la principale organisation polonaise d'anciens combattants demande à l'Institut de la mémoire nationale-Commission de poursuite des crimes contre la nation polonaise d’enquêter sur les crimes commis par Swierczewski. Les lieux publics qui portaient son nom ont été débaptisés depuis 1990. Mais si sa statue érigée à Poznan est déboulonnée en 2009 celle qui se trouve à Bieszczady est toujours en place, la population s'est en effet majoritairement exprimée contre son démontage.

 

Bibliographie.

Les ouvrages concernant Karol Swierczewski sont essentiellement écrit en polonais.

Saturnina Leokadia Wadecka, Generał Karol Świerczewski "Walter": 1897-1947, Wydaw Ministerstwa Obrony Narodowej, Warszawa, 1976

Lech Wyszczelski, Generał broni Karol Świerczewski Walter, Wydawnictwo MON, Warszawa, 1987.

(Ces deux ouvrages parus en Pologne communiste avant 1989 sont avant tout des œuvres de propagandes mais restent néanmoins utiles pour fixer les grandes lignes de la vie de Swierczewski).

Czesław Grzelak, Henryk Stanczyk, Stefan Zwoliński, Bez możliwości wyboru. Wojsko Polskie na Froncie Wschodnim 1943–1945, Bellona, Warszawa, 1993 (ce livre retrace sans complaisance l'histoire des forces polonaises sur le front de l'Est et le rôle tenu par Swierczewski).

Zygmunt Berling, Wspomnienia, Polski Dom Wydawniczy, Warszawa, 1990, (les mémoires du général Berling, parus seulement après la chute du régime communiste).

Mariusz Patelski, « Karol Świerczewski Walter – komunista i generał » dans  Historia, n°32, 1996, pp. 73–82. 

Grzegorz Motyka, W kręgu "Łun w Bieszczadach", Rytm, 2009 (Sur la mort de Swierczewski)

Antonina, Marta y Zosia Swierczewski, Soldado de tres ejércitos. Karol Swierczewski, General Walter, Asociación de Amigos de las Brigadas Internacionales, Madrid, 2007, (Ce livre est la traduction en espagnol d'un livre paru en Russie en 1993 ecrit par des membres de la famille du général Swierczewski dont sa fille).

Remy Skoutelsky, L'Espoir quidait leurs pas. Les volontaires français dans les Brigades internationales, 1936-1939, Grasset, Paris, 1998 (Sur le role de Walter en Espagne).

 

David FRANCOIS

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 09:10

2006BB5478 jpg dsLes hommes du Regiment de Potsdam sous les ordres du major von Stephani sont prêts à passer à l'action. Pendant que les soldats se mettent en route, le major est déjà parti en reconnaissance observer l'édifice que sa troupe doit conquérir dans la journée. C'est déguisé en révolutionnaire que l'ancien officier de l'armée impériale pénètre dans l'immeuble qui abrite le siège du quotidien social-démocrate le Worwärts. Sous le prétexte de s'engager dans les milices rouges il parvient à parcourir sans encombre les différents bureaux et peut donc minutieusement inspecter le bâtiment avant de rejoindre ses hommes qui ont déjà pris position. Il demande alors aux révolutionnaires qui occupent l'immeuble de se rendre. Ces derniers refusent une telle proposition et s'en remettent au sort des armes pour juger de l'issue du conflit. Les mitrailleuses, obusiers et mortiers de l'unité de von Stephani entrent alors en action. La bataille pour Berlin commence.


Cette bataille qui, aux premiers jours de l'année 1919, ensanglante la capitale du Reich est à l'origine de deux mythes. Le premier veut que ce soulèvement ouvrier soit l'œuvre délibérée des Spartakistes, ceux là qui ont créé fin décembre le Parti communiste allemand, estimant le moment venu d'installer le bolchevisme en Allemagne. Le second fait la part belle aux corps-francs présentés comme cette troupe invincible, ayant repris Berlin et ainsi sauvé l'Allemagne du péril communiste. Comme tous les mythes, ils présentent une part minime de vérité et beaucoup d'exagération et d'occultation. L'étude de cette insurrection et des combats de rue qu'elle provoque, la première du XX° siècle dans une capitale de l'Europe occidentale, peut seule permettre de casser les mythes patiemment entretenus et de mieux appréhender les débuts d'un aspect fondamental de l'art militaire: la contre-insurrection en milieu urbain.

 

Aux origines du drame.

La guerre civile qui ensanglante la capitale du Reich à la fin 1918 prend sa source quelques mois plus tôt, en septembre, quand les chefs de l'armée allemande prennent conscience que leur pays n'a plus aucune possibilité de gagner la guerre contre les Alliés. Afin de négocier la reddition dans les meilleures conditions ils obtiennent la nomination comme Chancelier du libéral prince Max de Bade. Ce dernier forme alors un gouvernement où pour la première fois de l'histoire allemande, siège deux sociaux-démocrates, Friedrich Ebert et Philip Scheidemann. Ces changements politiques sont pourtant de peu d'effet devant le mécontentement qui étreint la majorité de la population allemande. Cette dernière est en effet épuisée par quatre années de guerre où sont tombés plus de 2 millions de soldats tandis que le blocus imposé par les Alliés alimente une inflation qui aggrave la misère et la pénurie.

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         Berlin et ses environs en 1914.


La révolte éclate fin octobre 1918, non pas dans la population civile, mais chez les marins de la flotte de guerre. Le 29 octobre, à Kiel, les matelots refusent les ordres d'appareiller pour affronter la Royal Navy. Après quelques combats avec la police, le 4 novembre, Kiel est aux mains des insurgés et le drapeau rouge flotte sur les bâtiments de guerre allemands. Le mouvement de révolte se propage rapidement aux autres bases maritimes du pays. Il touche aussi les villes à l'intérieur du pays, notamment la capitale, Berlin. Le 9 novembre la révolte y éclate et les soldats fraternisent avec les insurgés. Confronté à cet effondrement de l'Empire avec l'annonce de l'abdication de Guillaume II, le social-démocrate Philipp Scheidemann, juché sur une fenêtre du Reichstag, proclame la République tandis qu'au même moment au château royal de Berlin, le chef des spartakistes Karl Liebknecht proclame quant à lui la naissance de la République socialiste d'Allemagne. Ces proclamations républicaines concurrentes symbolisent parfaitement la lutte qui s'engage alors entre les sociaux-démocrates et la gauche révolutionnaire et où se joue le sort de l'Allemagne.


Le parti social-démocrate (SPD) est alors le plus puissant sur la scène politique allemande. Théoriquement toujours marxiste, il s'est pourtant orienté vers un réformisme où domine la nécessité d'une transition démocratique afin de transformer l'Allemagne en une démocratie libérale. Mais surtout la guerre a fait du SPD un parti « patriote ». Les sociaux-démocrates ont en effet accepté le conflit en 1914, appelant à défendre la patrie allemande, à se battre pour la victoire et votant les crédits militaires présentés par le pouvoir impérial. Cette attitude nationaliste et belliciste a rapidement provoqué des remous dans les rangs entrainant en 1917 une scission qui donne naissance au parti social-démocrate indépendant (USPD). Ce dernier regroupe des socialistes de gauche pacifiste mais aussi une aile gauche rassemblée au sein de la Ligue Spartakus et dont les positions sont proches de celles des bolcheviks russes.


La formation le 10 novembre d'un gouvernement réunissant SPD et USPD, avec l'accord du conseil des ouvriers de Berlin est un premier désaveu pour les spartakistes. Les conseils d'ouvriers et de soldats dans lesquels ils voient des soviets ne les suivent pas. Le nouveau gouvernement engage rapidement des réformes populaires et surtout annonce l'élection en janvier 1919 au suffrage universel d'une assemblée constituante. Cette politique a pour principal objectif d'empêcher que la situation politique et sociale ne se dégrade et profite ainsi aux révolutionnaires au premier rang desquels se trouvent les spartakistes.


Si le gouvernement semble prendre peu à peu l'ascendant sur ses adversaires, la situation paraît beaucoup plus difficile à Berlin. Dans la capitale du Reich les révolutionnaires bénéficient d'une certaine audience auprès des ouvriers et ils s'appuient sur le conseil des ouvriers et soldats de la ville pour chercher à disputer le pouvoir au gouvernement. Le conseil berlinois se pose en effet en concurrent du gouvernement et se montre très méfiant face à la perspective de l'élection d'une assemblée constituante qui le dépouillerait de tout pouvoir. Mais là aussi le bras de fer tourne très vite au désavantage des révolutionnaires. Ils échouent d'abord à mettre en place une garde rouge devant la détermination du gouvernement qui impose la formation d'une troupe de défense républicaine forte de plusieurs milliers d'hommes. Quand le congrès national des conseils d'ouvriers et de soldats approuve, le 20 décembre 1918, la politique gouvernementale et avant tout la convocation de l'Assemblée constituante, les révolutionnaires berlinois, c'est-à-dire les spartakistes mais aussi les membres du conseil des ouvriers et les indépendants de la capitale, n'ont plus comme solution, pour inverser un courant qui leur est défavorable que de tenter de s'emparer du pouvoir, ce qui passe par le déclenchement d'une insurrection.


Berlin aux mains des insurgés.

Parmi les révolutionnaires, les plus radicaux, ceux qui sont fascinés par l'exemple de l'insurrection armée bolchevique, qui estiment que seule l'emploi de la violence peut accélérer le cours de l'histoire prennent de l'influence et cette minorité agissante pousse à l'affrontement. Elle se regroupe en particulier au sein de la Ligue des soldats rouges dont l'influence s'accroit tout au long du mois de décembre.


Il est vrai que les signes de décomposition qui touchent alors l'armée peuvent apparaître encourageant. Les unités qui rentrent du front semblent disciplinées et obéir à leurs officiers mais sous cette apparence de solidité les idées révolutionnaires et plus encore le désir de retrouver sa famille et la vie civile affaiblissent et sapent la cohésion de l'édifice militaire. Le gouvernement en fait l'amère expérience au moment où il compte s'appuyer sur les troupes de retour du front pour reprendre le contrôle de la capitale. Le 8 décembre, à la demande du maréchal Hindenburg, le président Ebert accepte ainsi la présence de 10 divisions à Berlin sous les ordres du général Lequis. Pour les chefs de l'armée, ces troupes doivent assurer l'ordre en procédant au désarmement des civils. Ebert, qui craint finalement que cette opération ne se termine dans le sang, demande aux militaires de se contenter d'un défilé géant dans les rues de Berlin, qui doit à la fois rassurer la population et effrayer les révolutionnaires. A la suite du défilé, qui est un succès, les officiers se rendent vite compte que les soldats n'ont qu'une envie: retrouver leurs foyers. Plus graves ils fraternisent avec les ouvriers et écoutent avec sympathie les discours extrémistes. L'instrument militaire sur lequel comptaient les autorités pour mettre au pas les révolutionnaires s'évapore. Pire encore, le pouvoir n'a alors plus de forces militaires organisés à opposer aux Rouges, alors que ces derniers peuvent s'appuyer sur la Volksmarinedivision, la Division de marine du peuple.


Cette unité est formée à l'origine de matelots mutins venus de Kiel, courant novembre, pour propager la révolte à Berlin. Bientôt rejoints par des marins d'autres ports allemands, ils sont alors plusieurs milliers à occuper les rues de la capitale pour défendre les acquis de la révolution de novembre. Le gouvernement décide alors d'utiliser cette troupe comme force de l'ordre et les installe au Marstall, les écuries du Palais royal. Mais la Division de Marine se radicalise peu à peu sous l'influence d'un ancien lieutenant devenu spartakiste, Heinrich Dorrenbach. Ce basculement fragilise encore plus le gouvernement.

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                                                  Soldats et matelots de la Volksmarinedivision à Berlin.


Pourtant, à l'exception de la Volksmarinedivision, les révolutionnaires ne peuvent s'appuyer sur une véritable force armée. La ligue des soldats rouges, une association regroupant des anciens combattants, possèdent quelques détachements mais ils sont peu nombreux. La ligue Spartakus si elle appelle également à la formation de Gardes rouges, semble bien incapable de les encadrer et encore moins de les diriger car elle ne possède pas dans ses rangs de véritables spécialistes militaires. En dehors de ce noyau solide mais faible, les révolutionnaires peuvent espérer obtenir le soutien des faibles forces de sécurité placées sous le commandement du préfet de police, l'indépendant Emil Eichorn. Il reste malgré tout l'espoir, constamment renouvelé par les rumeurs et les fausses informations qui ne cessent de circuler, d'un possible ralliement de la garnison de Spandau où selon certains bruits les révolutionnaires sont majoritaires. La faiblesse des révolutionnaires est encore accrue par l'absence d'un véritable état-major capable de coordonner l'action de ces formations hétéroclites. En définitive, les civils et les soldats armés qui parcourent les rues de la capitale du Reich, ce prolétariat en armes de Berlin ne forme en aucun car une véritable armée. Cette faiblesse s'avère de plus en plus insurmontable au fur et à mesure qu'il apparaît que le gouvernement cherche l'épreuve de force.


Le gouvernement ne peut accepter que la Volksmarinedivision fasse cause commune avec les révolutionnaires. Fin décembre il demande que les matelots quittent le cantonnement du Marstall au cœur de la capitale et réduisent de moitié leur effectif. S'ils refusent, Otto Wels, le ministre de l'Intérieur, menace de ne plus faire verser les soldes. Un accord est vite trouvé, mais l'évacuation terminée personne ne semble décidé à verser les salaires promis. Exaspérés les marins envahissent la Chancellerie puis marchent sur la Kommandantur. Durant le trajet se produit un incident qui fait basculer la manifestation. Les matelots sont en effet mitraillés par une voiture blindée et répondent par les armes. Devant cette agression, ils s'emparent de Wels, le ministre de l'Intérieur qu'ils gardent en otage au Marstall qu'ils ont également réinvesti. Ebert fait appel à l'armée pour mettre au pas les matelots. Les soldats ont alors ordre de ramener le calme et de dissoudre la Division de marine.


Le gouvernement parvient malgré tout à trouver un nouvel accord avec les marins. Mais dans le même temps, les hommes de la division de la Garde dirigés par le capitaine Pabst, que personne n'a visiblement prévenu du compromis passé entre le gouvernement et les mutins, ont encerclé le Marstall dans le but de libérer les otages par la force. Le matin du 24 décembre le bâtiment est bombardé pendant près de deux heures. Le son de la canonnade a aussitôt alerté les ouvriers berlinois qui se rassemblent et marchent sur le Marstall. C'est au moment où Pabst accorde aux marins une vingtaine de minutes de suspension de tir afin de les amener à se rendre, que la foule arrive et brise les minces cordons de soldats destinés à isoler le lieu de la bataille. Les soldats de la Garde pris alors à revers par la foule en furie doivent évacuer tandis que les officiers échappent de peu au lynchage. Au soir de ce Noël les révolutionnaires sont victorieux mais ils savent que la partie n'est pas terminée.


Ils ont pourtant des raisons de se réjouir. La Révolution domine la capitale. Des hommes armés contrôlent les carrefours et les locaux des journaux comme le Worwärts et le Berliner Tageblatt. Le gouvernement ne contrôle plus que la Chancellerie et ne semble alors pouvoir compter sur aucune force organisée.


La nomination du député social-démocrate, Gustav Noske en tant que ministre dans le gouvernement Ebert marque un tournant. Apprécié par les officiers, Noske, qui durant la guerre fut chargé d'assurer la liaison entre les socialistes et l'état-major, devient le responsable des affaires militaires du Reich avec le titre de commandant en chef et pour tache première de reprendre le contrôle de Berlin. Pour cela il sait qu'il ne peut compter sur l'armée traditionnelle qui continue à se débander. Il se tourne alors vers les quelques unités d'élite encore tenue en main et surtout vers cette troupe nouvelle, les corps-francs, qui font alors leur première apparition. C'est en effet le 6 décembre 1918, qu'une première formation de ce genre a vue le jour quand le général Maercker a décidé de former au sein de son unité un corps-franc des chasseurs volontaires destiné à combattre le danger bolchevik. Ces volontaires présentent plusieurs avantages: ils ont d'abord une solide expérience des combats, beaucoup ayant appartenu aux sections d'assaut de l'armée impériale. Ils sont en outre bien payés, motivés et idéologiquement opposés au bolchevisme. Maercker s'entoure également d'un état-major apte à conduire une guerre des rues. Le 24 décembre il dispose ainsi de prés de 4000 volontaires installés près de Berlin et qui sont passés en revue le 4 janvier 1919 par le président Ebert et Noske en personne. Le phénomène prend vite de l'ampleur et début janvier, il existe environ une douzaine de corps-francs autours de Berlin.


L'offensive gouvernementale dirigée par Noske débute avec l'affaire Eichorn. Ce dernier, membre de l'USPD, est depuis la révolution de novembre, préfet de police de Berlin. Les sympathies qu'il porte aux révolutionnaires ne peuvent que déplaire à un gouvernement qui souhaite désormais le remplacer par un homme dévoué au pouvoir. Le 4 janvier 1919, le gouvernement démet Eichorn de son poste mais ce dernier refuse de s'incliner. Il sait qu'il peut compter sur le soutien de la population ouvrière ainsi que de l'ensemble des organisations révolutionnaires. Le 5 janvier une manifestation géante en sa faveur mobilise plusieurs centaines de milliers de personnes qui occupent le cœur de Berlin. De nombreux manifestants sont armés. Le soir, des groupes d'ouvriers armées prennent l'initiative de s'emparer des locaux du Worwärts mais également des principales maisons d'éditions et de presse. De manière hâtive, des mitrailleuses sont installées pour défendre ces bâtiments.


Le lendemain des policiers favorables à Eichorn, épaulés par des civils armés et par de l'artillerie prennent le contrôle des principales gares et nœuds de communications. Le 8 janvier c'est l'Imprimerie du Reich qui est occupée. Ces actions, qui sont essentiellement le fait d'éléments radicaux incontrôlés, n'ont comme résultat que de durcir le conflit et, paradoxalement, desservent les révolutionnaires. Aux yeux de l'opinion publique elles ternissent leur image tandis qu'elles offrent au gouvernement le prétexte pour intervenir militairement.


Le succès de la manifestation du 5 est telle que les dirigeants révolutionnaires, c'est-à-dire les spartakistes, les membres du conseil des ouvriers et soldats de Berlin et les indépendants de la capitale, s'interrogent pour savoir si le moment n'est pas venue de passer à l'offensive. Ils hésitent prétextant qu'ils ne connaissent pas assez le potentiel militaire sur lequel l'insurrection peut reposer. Dorrenbach affirme alors que la Volksmarinedivision et la garnison de Berlin sont du côté de la Révolution. Il assure surtout que la garnison de Spandau, où se trouve prés de 2000 mitrailleuses et 20 canons, l'est également. Fort de ces informations les dirigeants décident que le moment de la lutte pour le pouvoir, c'est-à-dire celui de l'insurrection armée, est venu. Le but n'est plus alors de défendre Eichorn mais de renverser le gouvernement. Un comité révolutionnaire est immédiatement désigné pour diriger le mouvement, comité où les spartakistes, qui depuis le 29 décembre ont fondé le Parti communiste allemand, sont minoritaires.

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                                                             Milice ouvrière dans Berlin.


Le 6 janvier, la capitale du Reich semble aux mains de l'insurrection, le prolétariat de Berlin occupe les rues et les carrefours de la capitale. Au Marstall et à la Préfecture de police, des armes sont données aux ouvriers tandis que des agitateurs parcourent les casernes pour rallier les soldats. Des camions armés de mitrailleuses sillonnent les grandes avenues au cœur de Berlin.


La Chancellerie semble alors un objectif tentant pour les révolutionnaires. Pour empêcher que le gouvernement ne se retrouve prisonnier, l'adjudant Suppe qui commande une compagnie du corps-franc Reinhard, rejoint la Chancellerie qu'il transforme en camp retranché. Au matin du 6 janvier, les révolutionnaires passent à l'attaque mais ils sont repoussés par les volontaires. Ces premiers combats font une vingtaine de morts et une quarantaine de blessés. A la caserne de Moabit, les 150 hommes restants du corps-francs Reinhard parviennent également à repousser un assaut des révolutionnaires. Le gouvernement peut également compter sur la création au Reichstag d'une milice social-démocrate qui compte bientôt deux régiments de six compagnies, soit environ 800 hommes. Mais ces effectifs sont trop faibles pour faire face aux insurgés et retourner la situation. La police berlinoise et les soldats de la garnison n'étant pas jugée fiables le gouvernement dispose finalement de peu de troupes pour reprendre l'initiative. Conscient que Berlin ne peut être reprise de l'intérieur, Noske veut s'appuyer sur les troupes loyales qui stationnent prés de la ville. Il décide alors de les rejoindre et quitte clandestinement une Chancellerie qui peut d'un instant à l'autre tomber entre les mains des révolutionnaires. Pour préparer la contre-attaque il installe son état-major dans un pensionnat pour filles de banlieue à Dahlem.


Noske parvient à réunir huit corps d'armée en agrégeant différents corps-francs. Il veut agir vite et en finir avant la tenue des élections pour l'Assemblée constituante prévues pour le 19 janvier. Pour s'emparer de Berlin et mater l'insurrection il fixe trois objectifs successifs : prendre le contrôle de la ville Spandau, surtout de son arsenal, s'emparer ensuite du quartier de la presse puis faire pénétrer le gros des forces dans le centre de la capitale afin d'écraser définitivement l'insurrection.


Pendant ce temps les révolutionnaires tergiversent. Alors qu'une nouvelle manifestation le 6 janvier réunit une masse considérable d'ouvriers armés, les dirigeants ne donnent aucune consigne et comptent toujours sur le ralliement de la garnison de Spandau. La foule des ouvriers armés, sans ordres, ni direction effective, occupe des magasins, pille les immeubles appartenant au SPD et, au lieu de se préparer au combat, brule dans la rue le matériel électoral devant servir pour les élections de l'Assemblée constituante. Le comité révolutionnaire n'agit pas, laissant des milliers de combattants révolutionnaires assoiffés d'action patienter dans les rues en attendant des ordres qui ne viennent pas. La journée du 6 janvier marque bien un tournant dans le rapport de forces militaires entre insurgés et gouvernementaux. La force des insurgés commence inexorablement à décliner tandis que celle du gouvernement ne fait que se renforcer.


Noske rassemble ces troupes sans perdre de temps. Dans la journée du 7, les premiers éléments des corps-francs prennent position dans les quartiers encore largement boisés à l'ouest de Berlin. Dans la caserne de Moabit au nord de la capitale, qui doit servir de base de lancement des premières opérations de reconquête de Berlin, les 900 hommes du colonel Wilhelm Reinhard attendent eux aussi de passer à l'action tout comme les 1200 soldats du régiment de Potsdam commandé par von Stephani qu'accompagne une compagnie de mitrailleuse lourde et une batterie d'artillerie.


La conquête de Berlin.

Si Noske compte parvenir à ses fins grâce aux corps-francs et en investissant de l'extérieur la ville, à l'instar de ce que fut l'écrasement de la Commune de Paris, la reconquête de Berlin débute en réalité au sein même de la ville et sans liaison avec l'état-major de Noske. En effet, dans Berlin, les soldats du génie de la Garde, consignés jusque-là dans leur caserne, commencent à en sortir et se placent sous les ordres du gouvernement. Le 8, ces soldats, de leur propre initiative, reprennent le contrôle de la Direction des chemins de fer. Pendant ce temps, sous les ordres du sergent-major Schulze, des fusiliers de la Garde et des policiers s'emparent de l'Imprimerie du Reich. Ces forces gouvernementales, qui ne sont pas des corps-francs, agissent alors sans coordination, ni direction. La faiblesse de leur puissance de feu conduit d'ailleurs à des revers. Les cadres du régiment d'infanterie de la Garde échouent ainsi à reprendre l'agence de presse Wolf et le régiment du Reichstag subi de lourdes pertes en essayant de s'emparer d'une imprimerie que les révolutionnaires ont transformée en forteresse. Ces troupes gouvernementales sont également défaites lors d'escarmouches à la porte de Brandebourg. Le 9, ces combats autour de la Wilhelmstrasse et du quartier de la presse.


Le 10, une partie du corps-franc Reinhard, dirigé par le lieutenant von Kessel prend la direction de Spandau. Il s'empare de l'hotel de ville après un bref bombardement. Spandau, lieu stratégique avec son arsenal et ses usines d'armement, est neutralisé. A Berlin les bureaux du Rote Fahne, le journal communiste, sont occupés tandis que les hommes de von Stephani prennent position dans la caserne des dragons de la Garde et dans le bâtiment des brevets face au siège du Worwärts.


Le 11 janvier, après deux heures de bombardement, von Stephani donne aux combattants installés dans l'immeuble du Worwärts dix minutes pour capituler. Sept insurgés sortent alors du bâtiment les mains en l'air et proposent de discuter d'une trêve. La réponse est sans appel, les assiégés doivent se rendre sans conditions. Pendant qu'un des révolutionnaires retourne dans le bâtiment pour apporter cette réponse, von Stephani, craignant que se répète le fiasco du Marstall, lance ses hommes à l'assaut. Un détachement s'élance depuis le bureau des brevets sur la Jacobstrasse et prend l'immeuble à revers. Mais il est vite bloqué par une haute clôture et se trouve sous le feu des mitrailleuses rouges. L'usage d'un lance-flamme est alors nécessaire pour abattre la clôture afin de permettre aux soldats de s'engouffrer dans l'immeuble où fait également irruption le premier détachement qui entre par la porte principale. Les grenades lancées dans le rez de chaussée obligent les assiégés à se réfugier au premier étage. Rapidement, la situation étant désespérés ces derniers décident de se rendre. Prés de 300 prisonniers dont beaucoup sont abattus par les soldats qui, dans la journée, reprennent les immeubles de l'agence de presse Wolff ainsi que différents journaux.

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                   Les corps-francs dans Berlin accompagnés d'un tank


Ce même 11 janvier, Noske prend la tête d'une colonne d'environ 3 000 volontaires issus des corps-francs des chasseurs de Maercker, de la Garde et de la Brigade de Fer et qui se dirige vers le centre de la capitale et la porte de Brandebourg. Des batteries d'artillerie, des détachements de cavalerie et une poignée de chars d'assaut accompagnent la troupe. Pendant ce temps des corps-francs sous la direction des généraux von Roeder et Maercker s'avancent vers les banlieues sud et ouest de Berlin. La colonne de Noske traverse quant à elle Berlin sans rencontrer de résistance puis se sépare en deux. Après cette démonstration de force une partie de la colonne retourne à Lichterfeld tandis que le reste rejoint à la caserne de Moabit les hommes de Reinhard qui ont reçu pour mission de prendre la préfecture de police, le dernier bastion des insurgés, défendu par 300 révolutionnaires sous les ordres du communiste Justus Braun.


L'insurrection est à bout de forces. Les forces sur lesquelles comptaient les révolutionnaires pour abattre le gouvernement se dérobent. Les soldats de la garnison accueillent fraternellement les troupes gouvernementales qui s'emparent de la gare de Silésie. Au Marstall, les matelots de la Volksmarinedivision décident finalement de rester neutre et de chasser les spartakistes qui leur demandent de se battre. Les chefs révolutionnaires et ce qu'ils leur restent de troupes n'ont plus comme refuge que la Préfecture de police. Ce 11 janvier, le siège du Parti communiste, à la Friedrichstrasse, est pris par les forces gouvernementales. Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht se réfugient dans le quartier ouvrier de Neukoln.


Au matin du 12, les hommes de Reinhard rejoignent l'Alexanderplatz où l'artillerie entre en action pour l'acte final. Les obus qui s'abattent sur la préfecture de police éventrent les murs. Les assiégés ripostent. Alors les cadres des fusiliers de la Garde et les forces de police sous les ordres du sergent-major Schulze passent à l'attaque et pénètrent dans l'immeuble qui est le théâtre d'un véritable carnage. Après deux heures de combat, sous le bombardement qui fait s'écrouler tout un pan de la façade, l'immeuble est finalement pris, ses occupants pourchassés et abattus. Quelques rares défenseurs parviennent néanmoins à s'enfuir par les toits.

arton1207-116eb.jpg                Devant le batiment du Worwärts après les combats.


Les principaux points d'appui de l'insurrection sont pris et la ville est cernée au sud et à l'ouest. Le nettoyage de la capitale commence par l'occupation des quartiers au sud de la Spree et des quartiers ouvriers. Les corps-francs reçoivent chacun un secteur à occuper. Ils forment alors de petites équipes qui s'emparent des carrefours, y installent des mitrailleuses pour prendre les rues en enfilades. Les maisons où l'on soupçonne que se cachent des spartakistes sont fouillés tandis que des autos blindées et des chars patrouillent. Le couvre-feu empêche les civils de sortir, les rassemblements sont interdits. La nuit des projecteurs balaient la ville et ceux qu'ils surprennent deviennent des cibles légitimes pour les tireurs des corps-francs. Ainsi pendant quatre jours des escarmouches éclatent encore entre révolutionnaires et soldats.


Le 15 janvier Berlin est aux mains du gouvernement. Déjà le 13, les comités ouvriers appellent à reprendre le travail. La traque aux révolutionnaires commence. Le 15 au soir Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont pris. Ils sont assassinés dans la nuit par les hommes des corps-francs. Berlin subit l'occupation des corps-francs jusqu'aux élections du 19 janvier. Celle-ci passées, ces derniers se retirent tandis que la Volksmarinedivision est réarmée par Noske avec l’accord du général Lüttwitz. Pourtant le calme qui règne à Berlin n'est qu'apparent. Sous la cendre le feu couve et ce premier chapitre du combat entre révolutionnaires et corps-francs aura à Berlin un prolongement encore plus sanglant, mais définitif, en mars 1919.


 

La bataille de Berlin en janvier 1919 est entrée dans l'histoire comme le moment de la première apparition des corps-francs. Toute une historiographie présente même ces derniers comme la force indispensable sans qui le gouvernement social-démocrate n'aurait jamais pu vaincre les révolutionnaires et empêcher finalement que l'Allemagne ne devienne communiste. Au-delà du fait que la majorité de la population allemande était favorable au gouvernement, les révolutionnaires ne disposaient au début de 1919 d'aucune force militaire organisée. Les communistes allemands ne pouvaient compter sur une garde rouge ou des régiments comme ce fut le cas pour les bolcheviks russe en novembre 1917. L'attitude de la Volksmarinedivision, de la police et des troupes de la garnison de Berlin qui oscille de la neutralité au ralliement au gouvernement ne laissent face aux troupes gouvernementales qu'environ un millier d'insurgés armés. Surtout au côté des corps-francs, le gouvernement a pu compter sur les troupes de volontaires sociaux-démocrates mais également sur les forces policières et militaires de Berlin restées fidèles comme celle du sergent-major Schulze et qui s'emparent de la préfecture de police. S'il est vrai que sans la présence des corps-francs la reconquête de Berlin aurait été plus longue, elle restait inéluctable.


L'utilisation des corps-francs par le gouvernement SPD a surtout été une erreur politique. La publicité que les volontaires acquièrent de leur participation à la bataille de Berlin accélère la prolifération de nouveaux corps-francs dans toute l'Allemagne pour aboutir à ce paradoxe que la jeune république n'a pour défenseurs que des troupes hostiles à la démocratie où se recruteront les cadres du nazisme. La propagande communiste ne manquera donc pas de rappeler que les sociaux-démocrates furent les complices des assassins de Rosa Luxembourg. Et ce sang qui sépare alors les deux partis de gauche, social-démocrate et communiste, profitera largement au Parti nazi débarrasser ainsi, au tournant des années 1930, de l'obstacle d'un front antinazi uni.

 

Bibliographie indicative:

Sur la République de Weimar:

Christian Baechler, L'Allemagne de Weimar, 1918-1933, Paris, Fayard, 2007.

Sur la révolution allemande:

Gilbert Badia, Les spartakistes. 1918, l'Allemagne en révolution, Bruxelles, Aden, 2008.

Pierre Broué, Révolution en Allemagne, Paris, éditions de Minuit, 1971.

Sebastian Haffner, 1918, une révolution trahie, Bruxelles, Complexe, 2001.

Alfred Doblin, Novembre 1918, une révolution allemande, Toulouse, Agone, 2009.

Sur les corps-francs:

Jacques Benoist-Mechin, Histoire de l'armée allemande, Paris, Robert Laffont, 1984.

Robert G. L. Waite, Vanguard of nazism, the Free Corps movement in Postwar Germany, 1919-1923, Harvard, Harvard University Press, 1969.

Dominique Venner, Histoire d'un fascisme allemand, les corps-francs du Baltikum, Paris, Pygmalion, 1997.

Carlos Caballero Jurado, The German Freikorps, 1918-23, Londres, Osprey Publishing, 2001.

Ernst von Salomon, Les Réprouvés, Paris, Omnia, 2011.

 

David FRANCOIS

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 09:07

Les ouvrages soviétiques sur la guerre civile, suivis sur ce point par la plupart des historiens occidentaux, présentent la prise de Perm par les armées blanches à la veille de Noël 1918 comme un événement majeur, ouvrant la route d'une Moscou sans défenses aux troupes de l’amiral Koltchak. L'examen des opérations militaires sur le front oriental à l'hiver 1918-1919 permet de fortement nuancer cette analyse. Si la chute de Perm ne fut pas une catastrophe militaire, les dirigeants bolcheviks en tirèrent un certain nombre de leçons et engagèrent une série de réformes fondamentales pour l'avenir de l'Armée rouge.

 

Au printemps 1918, les dirigeants de la Société du chemin de fer de l’Est chinois et l'ambassadeur de Russie à Pékin, le prince Koudatchev, demandent à l'amiral Alexandre Koltchak, de retour de mission aux États-Unis, de prendre le commandement des forces russes qui dominent la zone du chemin de fer de l'Est chinois, soit la Mandchourie et la Sibérie Orientale. Koltchak, sous la pression des Britanniques, accepte. Ces derniers promettent aussitot des armes et des instructeurs pour la formation d'une puissante armée blanche en Sibérie. La situation est alors favorable aux anti-bolcheviques depuis qu'en mai 1918 le soulèvement de la Légion tchèque a soustrait la plus grande partie de la Sibérie au pouvoir soviétique. En juin 1918 se constitue à Omsk le Directoire anti-bolchevik unifié, un gouvernement où dominent les socialistes révolutionnaires. Le directoire intègre Koltchak comme ministre chargé du commandement de la marine militaire. Mais le 18 novembre 1918, Koltchak renverse par un coup d’État militaire le directoire et installe une dictature. Il fait ensuite réprimer brutalement toute forme de contestation.

 

Pour combattre les forces soviétiques, Koltchak peut compter sur l'appui des Alliés. Ces derniers contrôlent Vladivostok qui devient leur centre logistique. La garde du Transsibérien, artère vitale reliant les territoires de l’océan Pacifique à la Russie d'Europe, est confiée à l’armée américaine tandis que les navires alliés débarquent à Vladivostok le matériel ensuite acheminé par le Transsibérien vers Omsk puis le front. Fort de cet appui, les armées de blanches de Koltchak peuvent attaquer vers l'ouest.

map russian civil war

 

Les positions soviétiques paraissent encore solides sur le front oriental et l'Armée rouge poursuit toujours son avance vers l'Est commencée au printemps après avoir repris le contrôle du bassin de la Volga. Dans le sud, les 1° et 5° armées rouges avancent en direction d'Oufa. La 3° armée rouge, la plus au nord, commandée par Mikhail Lashevitch, et qui comptent 36 000 soldats et cavaliers avancent quand à elle en direction de Kungur et Iekaterinbourg. La 2° armée rouge, au centre, commandé par Vassili Shorine se trouve à Kazan entre la 3° et la 5° armée. Mais le front oriental est alors victime de ces succès. L'essentiel des ressources disponibles pour l'armée est désormais destiné à d'autres fronts, jugés plus précaires, tandis qu'il lui est demandé de toujours continuer à avancer vers l'Est. Les Soviétiques sont pourtant alors conscients du danger que représentent les forces de Koltchak et le comité central du Parti bolchevik, en accord avec le commandement de l'Armée rouge, décide, en novembre 1918, de lancer une nouvelle offensive sur le front oriental contre les Blancs de Sibérie. Mais les forces soviétiques sont alors épuisées par des mois de combat dans des régions qu'elles ne maitrisent pas totalement et alors que l'hiver commence à faire sentir sa rigueur.

 

L'offensive blanche démarre le 29 novembre 1918 avec le 1° corps d'armée de Sibérie central commandé par le Major-général Anatoly Pepelyayev qui comprend environ 45 000 fantassins et cavaliers. Ce dernier a pour mission d'écraser la 3°armée rouge, de s'emparer de Perm, puis de traverser la Kama pour prendre de flanc les troupes rouges qui s'avancent sur Oufa. Les troupes soviétiques de la 3° armée reçoivent l'assaut de plein fouet. Elles se défendent pieds à pied mais sont rapidement obligées de battre en retraite. Lashevitch a en effet perdu plus de la moitié de ses hommes et il ne peut plus tenir un front de prés de 400 km. La 3° armée en retraite ne peut attendre de soutien de la part de la 2° armée qui ne compte que 9000 soldats. La ville de Perm est donc abandonnée par l'Armée rouge le 24 décembre.

 

L'annonce de la perte de Perm est un choc pour les dirigeants soviétiques. Le comité central du Parti bolchevik nomme alors une commission d’enquête dirigée par Felix Dzerjinski, le chef de la Tcheka, et Staline. Elle arrive à Viatka le 6 janvier 1919. Sa première tache consiste à rétablir la situation militaire en reconstituant les forces de la 3° armée et en renforçant celles de la 2° armée. La commission commet l'erreur de considérer que Koltchak a porter l'essentiel de son effort sur Perm, ce qui signifie qu'elle ne va pas manquer d'exploiter ce succès et avancer vers l'ouest. Pourtant l'armée blanche a également subi de lourdes pertes dans les combats autour de Perm et doit stopper son offensive. L'avance, au sud, de la 5° armée rouge en direction d'Oufa oblige en effet l'armée sibérienne de Koltchak à passer à la défensive et de regrouper ses forces. Oufa est d'ailleurs prise par Soviétiques le 31 décembre, puis tombent Uralsk et Orenberg.

8bb7ae99ee72.jpgTroupes blanches de l'amiral Koltchak.

 

Sur le plan militaire, la perte de Perm, que l'historiographie soviétique qualifiera ultérieurement de catastrophe de Perm est donc de peu d'importance. Le succès de Koltchak est limité puisqu'il doit stopper son attaque et regrouper ses forces pour pouvoir reprendre l'initiative. De leur coté les bolcheviks vont au essayés de tirer les leçons de l'épisode de Perm. La commission d’enquête de Dzerjinski et Staline a en effet mis en évidence les lacunes dans l'organisation des unités de l'Armée rouge, mais également des problèmes au niveau des effectifs, de l'entrainement des soldats et du travail des états-majors. Les conclusions de la commission servent de base au rapport sur la chute de Perm établi par le comité central du Parti et qui fait l'objet d'une intense discussion lors du 8° congrès du parti bolchevik qui se déroule du 18 au 22 mars.

 

Ce congrès joue un rôle fondamental dans l'histoire de la jeune Armée rouge. Le rapport sur les questions militaires demande de mettre fin au système du volontariat dans le recrutement afin de créer une armée régulière basée sur la discipline. Il insiste sur la nécessité d'utiliser les spécialistes militaires de l'ancien régime sous le strict contrôle du Parti communiste à travers le système des commissaires politiques. Le congrès décide d'examiner ces questions lors d'une séance à huis clos. Lors de cette session Lénine défend la thèse du rapport du comité central et se montre partisan d'une administration centralisée de l'Armée rouge, du renforcement de la discipline et souligne l'importance des commissaires politiques au sein de l'armée. Le congrès joue un rôle important dans le renforcement de la puissance de l'Armée rouge. En effet, les bolcheviks décident alors d'étendre la conscription à l'ensemble de la paysannerie et pas seulement aux paysans pauvres et aux ouvriers et de renforcer le poids des officiers de métier. L'idée marxiste d'une armée de milices autonomes socialement « pure » est abandonnée au profit d'une armée de type classique dont la pureté idéologique sera assurée par le renforcement de l'administration des commissaires politiques.

 

Pendant ce temps le commandement du front oriental a préparé une offensive dans le but de reprendre Perm. La 3° armée avec 20 000 soldats lance une attaque frontale en direction de l'ouest tandis que la 2° armée avec 18 000 hommes développe une attaque de flanc par le sud. La 5° armée, qui ne compte que 4 000 soldats doit faire une attaque de diversion sur Krasnoufimsk. L'opération est lancée le 19 janvier 1919. Mais la hâte avec laquelle elle a été préparé et surtout le manque d'effectifs nécessaire à sa réussite empêche l'Armée rouge d'atteindre les objectifs fixés. Le 28 janvier, la 2°armée n'a avancée que de 20 à 40 km, le 3°armée de 10 à 20 km et la 5° armées de 35 à 40 km. Mais l'offensive a malgré tout retardé le regroupement des troupes blanches autour d'Oufa.


Quand ce regroupement s’opère enfin, la faiblesse des troupes rouges, apparue au moment de la catastrophe de Perm, devient plus criante et les conséquences plus graves pour le pouvoir bolchevik. En mars 1919, les armées blanches de Koltchak ont définitivement repris l'initiative et prennent Oufa et Kazan, contrôlant ainsi l'Oural occidental. Elles ne sont plus alors qu'à 600 km de Moscou tandis que dans le sud de la Russie les troupes de Denikine marchent vers le nord.

ac09b14b97d1.jpgTroupes soviétiques sur le front oriental.

 

Les Soviétiques ne reprennent Perm qu'à l'été 1919. Lors de la grande contre-offensive que lance alors l'Armée rouge sur le font oriental pour briser Koltchak, les 2° et 3° armées rouges, fortes de prés de 50 000 soldats et cavaliers, repoussent l'armée du général Gaida qui se retranche derrière la Kama juste devant Perm. Selon les plans prévus, la 3° armée, commandée par Mezheninov, doit attaquer Perm par l'ouest et le nord-ouest tandis que la 2° armée doit mener l'attaque sur Kungur. Cette armée, soutenue par la flottille de la Volga, parvient le 21 juin à franchir la Kama à Osa et atteint Kungur le 29, menaçant les liaisons entre les troupes blanches à Perm et Iekaterinboug. Avec l'aide la flottille de la Volga, les 29° et 30° divisions de la 3° armée franchissent la Kama le 30 juin. Le 1° juillet, Kungur est prise par la 2° armée tandis que la 29° division de la 3° armée par un mouvement d'enveloppement par le nord s'empare de Perm qui est définitivement perdue pour les Blancs.

 

Les Soviétiques reprennent ainsi le contrôle de l'Oural, fermant toute possibilité aux Blancs d'avancer vers l'ouest. La maitrise des régions industrielles de l'Oural ne peut que renforcer le régime soviétique. Le 14 juillet, Iekaterinbourg est prise par l'Armée rouge, puis Tcheliabinsk tombe le 24. Le 3 janvier avec la prise de Krasnoiarsk, le front oriental cesse d'exister.

 

La Catastrophe de Perm est largement un mythe fabriqué par l'historiographie soviétique, certainement pour plaire à Staline, membre de la commission d’enquête envoyée sur place et accabler Trotski le chef de l'armée durant la guerre civile. La perte de Perm fut néanmoins un coup rude pour les bolcheviks car elle mit en évidence les faiblesses du système militaire soviétique élaboré depuis la naissance de l'Armée rouge au début de 1918. La commission d’enquête envoyée sur place puis les décisions prises au 8° congrès du Parti bolchevik tirèrent les conséquence de ces faiblesses et engagèrent une réforme en profondeur de l'armée pour en faire l'instrument indispensable à la victoire. A ce moment là, en mars 1919, la situation est précaire pour les bolcheviks. Koltchak a repris son offensive dans l'Oural et Denikine progresse du sud vers Moscou. Il faut attendre le printemps pour que les réformes décidées à la suite de la chute de Perm fassent sentir tous leurs effets. A ce moment l'Armée rouge repasse à l'offensive et balaye Koltchak puis Denikine. La guerre civile est alors gagnée et l'organisation de l'Armée rouge stabilisée pour plusieurs années.

 

Bibliographie:

Francesco Benvenutti, The Bolsheviks and the Red Army, Cambridge University Press, 2009.

Evan Mawdsley, The Russian Civil War, Pegasus Book, 2007.

Serge Petroff, Remembering a Forgotten War: Civil War in Eastern European Russia and Siberia, 1918-1920, Columbia University Press, 2001.

Pour les russophones:

Н. Е. Какурин, И. И. Вацетис, Гражданская война. 1918-1921, Полигон, 2002.

Collectif, История гражданской войны в СССР, Государственное издательство политической литературы, 1935-1960.

 

David FRANCOIS

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 13:59

Voici quelques données concernant l'histoire des fusiliers lettons que nous n'avons pas intégré dans l'article que nous avons consacré à cette unité de l'Armée rouge. Il s'agit d'abord de la liste des commandants de la division lettone puis de l'ordre de bataille de cette division lors des combats d'Orel en octobre 1919.

 

Liste des commandants de la division soviétique de Lettonie:

Jukums Vacietis (13 avril-17 juillet 1918)

Alexander Kosmatov (par intérim, 18-25 juillet 1918)

Peter Avens (25 juillet-11 janvier 1919)

Gustav Mangulis (12 janvier-26 mars 1919)

Anton Martusevics (27 mars-20 octobre 1919)

Fridrich Kalnins (20 octobre 1919-4 juillet 1920)

Ian Latsis (4-15 juillet 1920)

Kirill Stuchka (15 juillet-28 novembre 1920)

 

Division d'infanterie lettone à la bataille d'Orel, octobre 1919.

La division lettone est intégrée en octobre 1919 à la 13° armée rouge du front sud, dirigé par Egorov. Durant la bataille alors que la 13° armée est détruite, la division passe à la 14° armée rouge. Unité d'élite, elle fait alors partie du groupe de choc chargé de briser l'armée blanche.

Il faut noter que le décompte qui suit ne se traduit pas en nombre de soldats mais de baïonnettes !

 

Commandant: Anton Martusevics (1863-1944) puis à partir du 20 octobre par Friedrich.K. Kalnins (1887-1938)

 

1ère Brigade:

1er régiment de fusiliers letton - 705 baïonnettes (7 compagnies), 12 mitrailleuses.

2e régiment de fusiliers letton - 664 baïonnettes (6 compagnies), 12 mitrailleuses.

3e régiment de fusiliers letton - 690 baïonnettes (6 compagnies), 12 mitrailleuses.

 

2e brigade:

4e régiment de fusiliers letton- 741 baïonnettes (9 compagnies), 12 mitrailleuses.

5e régiment de fusiliers letton - 658 baïonnettes (6 compagnies), 12 mitrailleuses.

6e régiment de fusiliers letton - 719 baïonnettes (6 compagnies), 12 mitrailleuses.

 

3e Brigade:

7e régiment de fusiliers letton - 720 baïonnettes (6 compagnies), 12 mitrailleuses.

8ème régiment de fusiliers letton - 611 baïonnettes (6 compagnies), 12 mitrailleuses.

9e régiment de fusiliers letton - 569 baïonnettes (6 compagnies), 12 mitrailleuses.

 

Régiment de cavalerie:

1ere-4ème escadrons - au total 618 sabres, 2 mitrailleuses, 8 fusils-mitrailleurs "Lewis".

 

Brigade d'artillerie

1er Division artillerie légère: 1ère à la 3ème batteries - 4 canons (76,2 mm), 2 mitrailleuses.

2e Division d'artillerie légère: 4e à 6e batteries légères - 4 canons (76,2 mm), 2 mitrailleuses.

3e Division artillerie légère: 7e à 9e batteries légères - 4 canons (76,2 mm), 2 mitailleuses.

Divizion d'obusiers: 1ère batterie - 3 obusiers (122mm); 2nde batterie - 2 canons lourds.

 

Sources: СЕРЖАНТ, Военный журнал, n°5, 1997.

 

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 10:00

 

Les conditions de l'accession à l'indépendance des pays baltes début 1991, puis le développement à l'intérieur de ces jeunes États d'une politique anti-russe symbolisée en Lettonie par l'instauration d'une journée de commémoration en l'honneur des anciens volontaires de la Waffen SS, laissent l'image de nations fortement hostiles au communisme. Si cette hostilité est ancienne, elle ne doit pas occulter le fait que de nombreux Lettons mirent leurs espoirs dans la jeune révolution soviétique. Et cette espérance ne fut pas seulement sociale mais également et paradoxalement nationale.

Des Lettons, soldats dans l'armée de cette Russie, qui avant 1914 était toujours une « prison des peuples », mirent ainsi leurs expériences et leurs talents militaires au service d'un Lénine qui proclamait alors le droit des peuples à l’autodétermination. Ces fusiliers lettons formèrent un instrument militaire de premier plan à l'heure où l'ancienne armée russe se désintégrait et où la jeune armée rouge faisait malhabilement ses premiers pas. A plusieurs reprises, ils sauvèrent le pouvoir bolchevik d'une déroute certaine et ce fut dans leurs rangs que Lénine choisit ses gardes du corps et la garde du Kremlin.

L'histoire de ces hommes fut longtemps occultée. En Lettonie, ils sont considérés comme des traitres tandis que l'honneur national russe supporte mal leur réputation de troupe d'élite aux cotés d'unités russes défaillantes. Des études en anglais et en allemand retracent en détail cette histoire et il nous a semblé intéressant de réaliser une synthèse de ces travaux afin de présenter la contribution des fusiliers lettons à l'instauration du régime soviétique au moment de la Révolution et la Guerre civile.


 

latvia_map.jpgUn pays révolutionnaire ?

Au début du XX° siècle, l'idée d'une nation lettone, réunissant l'ensemble des personnes parlant la langue lettone existe, bien que la Lettonie ne fut jamais un État indépendant. Depuis le début du XVIII° siècle, les provinces de Kurzeme, Latgale et Vidzeme où vivent ces populations sont des territoires de l'Empire russe, directement gérés par Saint-Pétersbourg. Et malgré les tentatives de russification des provinces, l'inexistence d'une immigration russophone fait que le sentiment national letton ne se développe pas prioritairement contre la Russie mais plutôt contre la noblesse allemande.

Les Tsars en incorporant la Livonie et la Courlande dans l'Empire n'en ont pas modifié les structures sociales héritées du Moyen-Age. Depuis l'arrivée des chevaliers Teutoniques et des marchands de la Hanse qui ont fondé les villes, la terre et le pouvoir continuent d'appartenir à leurs descendants, la noblesse balte. Bien que loyal envers la monarchie russe, qu'ils servent dans l'administration et l'armée, ces nobles cultivent la culture allemande, notamment la langue, en gardant des liens étroits avec le reste du monde germanique. Maitres des terres et des industries qui naissent à la fin du XIX° siècle, ils dominent socialement et économiquement les Lettons qui forment pourtant 90% de la population en 1914. Chez les Lettons s'ancre peu à peu l'idée que leur nation subit depuis des siècles le joug de l'oppression allemande.

La Lettonie connait un rapide développement industriel à la fin du XIX° siècle notamment à Riga. La ville croît et prés de 400 000 ouvriers travaillent dans les usines de la ville. C'est là que se développent également les courants socialistes et en 1904 nait le Parti ouvrier social-démocrate letton qui tombe rapidement sous l'influence des bolcheviks.

En 1905, quand la révolution éclate en Russie, les Lettons s'y rallient avec enthousiasme lui donnant une tonalité particulière. Lutte sociale et lutte nationale sont intimement mêlées puisque dans les deux cas l'adversaire est la noblesse allemande. Ce combat prend la forme d'attaque contre les propriétés des nobles et parfois de violences directes contre ces derniers. Dans les bois s'organisent, autour de jeunes militants social-démocrates, des groupes armés qui tendent des embuscades aux forces tsaristes. Cette guérilla rurale, qui perdure jusqu'en 1914, est exalté par Lénine qui la justifie dans son fameux article La guerre des partisans. Elle est aussi le lieu d'un apprentissage de la violence pour de nombreux jeunes, à l'instar de Peter Kyuzis, le futur Jan Berzin, qui encore adolescent combat au sein de cette guérilla. En retour la répression est d'une grande férocité, bien plus que dans le reste de l'Empire russe. Les pendaisons, les fusillades sont nombreuses et les activités nationalistes durement réprimées.

 

La naissance des régiments de fusiliers lettons.

En 1914, si la Russie a quelques raisons de se méfier des Lettons, ces derniers préfèrent combattre à leurs cotés par haine des barons allemands. La plupart des Lettons incorporés dans l'armée du tsar sont regroupés dans le XX° corps d'armée qui marche en août 1914 sur la Prusse-Orientale. Emporté par la défaite des lacs de Mazurie, le XX° corps est quasiment anéanti en février 1915 par les attaques allemandes dans les forêts d'Augustow. En mai 1915 les armées du Kaiser pénètrent en Lettonie atteignant la rivière Daugava et coupant ainsi le pays en deux. Une grande partie de la population lettone fuit l'occupation allemande tandis que les autorités russes évacuent prés de 85 000 ouvriers de Riga, qui, pour la plupart, se retrouvent à Petrograd, dans le quartier de Vyborg où ils renforcent les rangs bolcheviks.

Sur le plan militaire, pendant la retraite russe dans les pays baltes, deux bataillons lettons sont parvenus à repousser l'avant-garde allemande à Jelgava. Ce succès, popularisé par la propagande, pousse les Lettons, notamment les députés à la Douma, à demander au grand-duc Nicolas, le commandant en chef de l'armée russe, la permission de constituer des unités purement lettones de volontaires pour défendre la Lettonie. Si les Russes ne sont pas favorables à ce type de demande, qui représente une forme de séparatisme, la situation militaire de l'Empire, qui nécessite la mobilisation de toutes les forces, oblige à des compromis. Le 1° aout 1915, le grand-duc accepte la demande lettonne. Les nouvelles unités deviennent les bataillons de fusiliers (Strelniki) lettons. Huit bataillons sont formés en novembre 1915, auxquels s'ajoutent un bataillon d'instruction et un de réserve. Les drapeaux portent des inscriptions en letton, le commandement est letton et les ordres donnés en letton.

Le commandement russe estime que ces unités seront plus efficaces pour défendre la Lettonie dont la chute menacerait inéluctablement la sécurité de la capitale Saint-Pétersbourg. Les bataillons lettons rencontrent un certain succès puisqu'ils sont assiégés par les volontaires, dont des émigrés de retour en Russie, tandis que les Lettons servant dans l'armée russe demandent à pouvoir y être affecté. En définitive ces bataillons strictement lettons ne comprennent pas plus d'un quart des Lettons servant dans l'armée russe, soit en septembre 1916 environ 30 à 35 000 hommes sur 150 à 160 000 Lettons mobilisés dans l'armée impériale.

Sur le front, les bataillons parviennent à contenir l'avance allemande à la fin de 1915. Les troupes du Kaiser ne parviennent pas à atteindre Riga et au début de 1916 le front est stabilisé. Entre septembre et novembre 1916, les 8 bataillons sont transformés en 8 régiments divisés en 2 brigades, l'une commandée par le Major-Général August Misins, la seconde par le colonel Auzans. C'est à ce moment que Jukums Vacietis, un diplômé de l'Académie militaire de Saint-Pétersbourg et commandant du 5° régiment letton demande la création d'un corps d'armée letton.

En mars 1916, les régiments lettons sont à l'avant-garde de l'offensive lancée par la 12° armée russe sur le front nord. En juillet, ils participent à une offensive de diversion vers Riga, puis à la bataille de l'ile de la Mort et à l'offensive de Noël. Souvent, lors de ces opérations, les Lettons parviennent à percer le front allemand, mais à chaque fois les unités russes qui les accompagnent sont à la traine et ne peuvent les relever causant ainsi dans les rangs lettons de lourdes pertes et les obligeant à revenir à leur point de départ. Dans ces conditions il est peu étonnant que se diffuse chez les fusiliers le sentiment de servir de chair à canon et d'être les victimes d'une trahison de la part des Russes, même si l'incompétence des généraux du Tsar et le manque d'allant des fantassins russes expliquent avant tout les défaillances lors des offensives. Les social-démocrates lettons qui se sont opposés à la formation des régiments lettons, dans lesquels ils voient avant tout des gardiens de la puissance tsariste, profitent de ces sentiments pour développer leur propagande.

 

Les fusiliers de Février à Octobre 1917.

Avec la révolution de Février 1917, le calme s'installe sur le front balte. Dans la partie de la Lettonie non occupée par les Allemands s'installe un conseil territorial provincial bien que le gouvernement provisoire n'accorde qu'une autonomie très réduite à la province. Les idées socialistes se développent chez les ouvriers lettons où les bolcheviks prennent rapidement l'ascendant sur les autres groupes socialistes. A Petrograd, c'est dans le quartier de Vyborg que se trouvent les cellules bolcheviques les plus actives et celles-ci sont largement dominées par des Lettons. De la même façon, après la révolution de Février se forment des unités de gardes rouges lettons composés de fusiliers déserteurs et d'ouvriers lettons, la plupart venant de Vyborg. Au moment où Lénine compte accroitre la puissance militaire des bolcheviks, le contrôle de ces gardes rouges est une question importante.

L'agitation révolutionnaire touche également les fusiliers lettons. Ces derniers se réunissent en mars lors d'une assemblée de délégués pour demander la formation d'une Lettonie autonome au sein de la république russe. En avril, ils renouvellent cette exigence, ajoutant la volonté de poursuivre la guerre jusqu'à la conclusion d'une paix sans annexion. La propagande bolchevik de paix immédiate ne semble donc pas toucher des régiments où domine le nationalisme letton. Pourtant une minorité bolchevique s'organise parmi les fusiliers et au second congrès, en mai, les résolutions bolcheviques condamnant le gouvernement provisoire et demandant le pouvoir aux soviets sont adoptées, un comité exécutif à majorité bolchevik est désigné. Malgré la formation par les nationalistes d'une association nationale des soldats lettons, la majorité des fusiliers suivent désormais les bolcheviks. Il est vrai que le discours de Lénine qui promet l’autodétermination avec droit de sécession est plus en phase avec les aspirations des Lettons tandis que le gouvernement Kerensky se montre toujours centralisateur. L'espoir de reconquérir la Lettonie dans le cadre d'une révolution mondiale apportant la paix et le bonheur au genre humain s'empare donc des soldats après trois ans de guerre.

Pourtant les choses changent quand le 1° septembre, l'armée allemande passe à l'offensive en Lettonie. Elle ne trouve face à elle que des troupes russes démoralisées dont la valeur militaire est nulle. Ce qui reste d'armée russe se disloque et bat en retraite. Seuls les régiment lettons, qui ont su maintenir une stricte discipline, contre-attaquent. Malgré des pertes énormes ils ne peuvent malgré tout empêcher la chute de Riga le 3 septembre. La volonté des autorités allemande de faire de la Baltique une terre de colonisation pour les vétérans de guerre du Reich semble prendre forme et annihiler les espoirs d'indépendance de la Lettonie. Dans les villes, particulièrement à Riga, les bolcheviks s'organisent clandestinement.

A Petrograd, l'influence des bolcheviks continue à grandir et ils peuvent toujours compter sur le soutien des Lettons. La garde rouge lettone est en effet aux avant-postes lors de la manifestation du 3 juillet, dispersée par les mitrailleuses des forces gouvernementales, puis dans le soutien à Kerensky en septembre face à la tentative de coup d’État du général Kornilov. L'Institut Smolny, quartier général des bolcheviks est au même moment protégé par une unité de gardes rouges lettons. Cette garde de Smolny devient par la suite officiellement le 1° Détachement communiste letton, chargé d'assurer la protection de Lénine et des autres dirigeants, une sorte Garde prétorienne communiste.

Le 8 octobre 1917, Trotsky est élu à la présidence du Soviet de Petrograd. Le 23 octobre, Lénine parvient à convaincre la direction du Parti de la nécessité de lancer l'insurrection. Un comité militaire révolutionnaire est désigné pour diriger le soulèvement. Dans le plan bolchevik un rôle particulier est donné à la 12° armée, dont font partie les régiments lettons, et qui est la force armée la plus proche de la capitale. Lénine envoie donc Vladimir Antonov-Ovseenko, membre du comité militaire révolutionnaire, auprès des soldats lettons avec des instructions précises concernant le déroulement de l’insurrection. Ensemble ils décident de former des comités militaires révolutionnaires dans chaque régiment letton et un comité pour l'ensemble de la 12° armée. Les troupes de cette armée devront, au cours de l'insurrection, occuper les nœuds ferroviaires stratégiques afin d’éviter que Kerensky, le chef du gouvernement provisoire, ne puisse faire venir des renforts loyalistes à Petrograd. Le comité militaire révolutionnaire de la 12° armée est formé le 31 octobre avec à sa tête le Letton Juris Carins. Au même moment, certainement conscient du danger et voulant l'enrayer, Kerensky accepte l'unification des régiments lettons dans un corps des fusiliers lettons. Mais il est trop tard, les Lettons ne lui font plus confiance. Durant la nuit du 7 au 8 novembre 1917, les fusiliers lettons et les gardes rouges s'emparent des points stratégiques de Petrograd, le Palais d'Hiver est pris d'assaut et le gouvernement provisoire chassé. Les marins qui participent à l'assaut sont commandés par le Letton Eizens Bergs.

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                                                          Fusiliers lettons à Moscou

 

Les fusiliers, remparts de la Révolution.

Lénine connait l'importance des régiments lettons au moment où il s'empare du pouvoir. En effet, alors que l'armée russe se disloque et que les soldats russes rentrent chez eux, les Lettons, qui ne peuvent retourner dans leur pays tenu par les Allemands, restent la seule force militaire organisée et disciplinée. Le succès ou la déroute de la Révolution d'Octobre dépend en grande partie de l'attitude des Lettons.

Et ils choisissent de soutenir Lénine. Ainsi, quand au sein de la 12° armée, le soviet de soldats, dominé par les mencheviks, se déclare, le 8 novembre, opposé au gouvernement bolchevik, les fusiliers lettons se débarrassent d'abord des anti-bolcheviks présents dans leur rangs puis occupent les villes de Cesis, le 9 novembre, et de Valmiera, le 11. Le régiment de réserve qui se trouvent alors en Estonie prend quand à lui le contrôle de la ville de Tartu. Les Lettons empêchent ainsi le soviet de la 12° armée d'envoyer des troupes contre Petrograd. Le 20 novembre, le quartier général de la 12° armée installé à Valka et dernier bastion anti-bolchevik de cette unité et à son tour occupé par les fusiliers lettons. Le colonel Vacietis, qui a coordonné l'opération, est nommé commandant de la 12° armée.

A Moscou où les combats entre bolcheviks et partisans du gouvernement provisoire durent jusqu'au 15 novembre, le Kremlin, arsenal pour les gardes rouges, est tenue par le Letton Jan Berzin tandis que la garde rouge est commandée par un autre Letton, Janis Piece. Mais c'est dans toute la Russie que les Lettons sont présents et actifs dans les postes de commandement de la révolution: August Klavs-Klavins est le commandant militaire de Petrograd tandis que Martin Lacis, Karlis Petersons et Peter Stucka sont membres du comité militaire révolutionnaire de la ville.

La place des Lettons dans le dispositif militaire révolutionnaire va encore s’accroitre. En effet, les bolcheviks ne peuvent faire confiance aux régiments de la garnison de Petrograd dont certains ont refusé de combattre les soldats de Kerenski. Les marins de Kronstadt, à l'humeur instable, n'apparaissent pas non plus totalement fiables tandis que la garde rouge est militairement faible. Dans cette situation, le comité militaire révolutionnaire suggère, afin de protéger le pouvoir bolchevik, de transférer des régiments de fusiliers lettons dans la capitale. Une compagnie spéciale chargée de la garde de l'Institut Smolny, quartier général des bolcheviks arrive le 9 décembre 1917 et le 6° régiment, chargé de garder la ville, arrive le 8. Moscou demande également son contingent ainsi que de nombreuses villes. Ce sont les Lettons qui assurent la protection du train qui conduit dans la nuit du 10 au 11 mars, l'ensemble de la direction bolchevique, de Petrograd à Moscou, nouvelle capitale du jeune pouvoir soviétique.

Quand, début décembre, le pouvoir bolchevik fonde la Tcheka, une police destinée à détruire les menaces contre-révolutionnaires, de nombreux Lettons intègrent cet organisme qui se dote d'un corps militaire où, en avril 1918, des fusiliers lettons sont transféré notamment des soldats déjà chargés de la protection de Lénine. A Petrograd, fin 1917, les fusiliers gardent les bâtiments officiels mais aussi les entrepôts et les magasins. Des escarmouches éclatent parfois avec des soldats démobilisés ou des foules qui souhaitent se livrer à des pillages.

Malgré la prise du pouvoir par Lénine, l'état de guerre perdure encore officiellement entre la Russie et les Empires centraux. Dans la partie de la Lettonie non occupée par les Allemands s'est formé un gouvernement soviétique, dominé par les bolcheviks, nommé la République d'Iskolat, et qui peut s'appuyer sur une partie des régiments lettons qui y sont restés stationner. Mais la situation reste instable et quand, lors des négociations de Brest-Litovsk entre Allemands et Soviétiques, ces derniers refusent les conditions allemandes, les troupes du Kaiser passent à l'attaque. Elles prennent Daugavpils puis Valka le 22 février. Les régiments lettons reculent, les 7° et 8° réussissant à échapper à l'encerclement en quittant Pskov le 25 février. Quand la paix est enfin signée, l'Iskolat a disparue et la Lettonie dans son entier devient un protectorat allemand. La situation se fige, les bolcheviks sont incapables de remettre en cause la domination allemande sur les pays baltes d'autant qu'à l'intérieur de la Russie la situation se dégrade.

La paix de Brest-Litovsk provoque la colère des socialistes-révolutionnaires de gauche jusque-là alliés des bolcheviks. Soucieux de reprendre la guerre, ils n'hésitent pas à utiliser le terrorisme et organisent un coup d'État pour chasser les bolcheviks. Le 6 juillet, ils tentent de s'emparer de Moscou et marchent sur le Kremlin protégé par le 9° régiment letton. La plupart des unités de gardes rouges préfèrent rester neutre. Seuls les Lettons défendent les bolcheviks. Lénine nomme alors Vacietis commandant des forces bolcheviques de Moscou. Ce dernier fait entrer les 1°, 2° et 3° régiments dans Moscou durant la nuit et les lance dans une contre-attaque le matin du 7. Un détachement d'artillerie letton commandé par Eduard Berzin bombarde alors le quartier général des SR de gauche dont le coup a échoué. Moscou reste aux bolcheviks. A Petrograd la révolte est matée par les 6° et 7° régiments lettons. Ces régiments participent ensuite à la prise de Iaroslav le 21 juillet, la ville étant entre les mains du SR Boris Savinkov. Après la prise de la ville il semble que les fusiliers ont participé aux exécutions massives orchestrées alors par la Tchéka. Cet épisode va durablement entacher la mémoire des fusiliers. Mais une fois encore ils ont sauvé le pouvoir bolchevik.

Malgré l'écrasement du soulèvement des SR de gauche, les forces anti-bolcheviques se renforcent et s'organisent dans toute la Russie donnant le signal au déclenchement d'une guerre civile impitoyable. Le pouvoir bolchevik doit désormais lutter pour sa survie et là encore un rôle déterminant est donné aux fusiliers lettons, seule force disciplinée et fiable, noyau de l'Armée rouge en gestation, et troupes de choc pour sauver les situations désespérées.

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                                                          La garde lettone au Kremlin

 

Combats sur la Volga.

Le 22 février 1918, le 3° régiment de fusiliers lettons et une unité de garde rouge commandés par le Letton Rudolf Sivers s'emparent de Rostov, la capitale des Cosaques du Don alors entre les mains de l'armée des Volontaires du général blanc Denikine. Le 11 février, le 1° régiment et un bataillon du 4° s'emparent de Rogatchev, en Biélorussie, tenue par des Polonais anti-bolcheviques. En mars et avril 1918, les régiments lettons sont intégrés à l'Armée rouge en formation. Bien qu'éparpillés, les 9 régiments sont regroupés en une division lettone : les 1°, 2, 3, 4 et 9° régiments sont à Moscou, le 6° à Petrograd, les 5 et 8° à Bologoye et le 7° à Novgorod. La division possède également des unités de cavalerie, d'artillerie, d'aviation et du génie. Le 9° régiment a la particularité d’être formé à partir de la compagnie spéciale des gardes du corps de Lénine. Les effectifs sont également complétés par des ouvriers lettons évacués en Russie. La division lettone compte alors 8 000 soldats en mai 1918 et 17 000 en novembre. Mais elle ne regroupe pas l'ensemble des Lettons combattant au coté des bolcheviks. Les unités lettones de garde rouge sont transformés en unités de l'armée rouge mais sans être incorporés à la division lettone comme le régiment letton de Saratov.

En juillet 1918, Jukums Vacietis est nommé commandant des forces soviétiques du front oriental. Il installe son quartier général à Kazan où le 5° régiment letton repousse une attaque de la légion tchécoslovaque le 4 août. Le 6, les forces blanches investissent Kazan et en chassent les rouges après de violents combats de rue. Vacietis, qui a décidé de défendre Kazan jusqu'au bout, rassemble à son quartier général 180 fusiliers, deux pièces d'artillerie et deux véhicules blindés. Avec 120 fusiliers, il brise l'encerclement blanc et cherche à rejoindre la forteresse de la ville. Mais quand ces hommes y parviennent, la garnison, qui a changé de camp, leur tire dessus. Les Lettons se séparent alors en petit groupes pour fuir Kazan. L'entreprise est périlleuse et dans le groupe que dirige Vacietis et qui compte 27 fusiliers, seul 6 réussissent à rejoindre les lignes bolcheviques, les autres sont tués. Les Lettons ont subi de lourdes pertes à Kazan. Mais la résistance dont ils ont fait preuve a permis aux forces soviétiques de se regrouper et de ralentir l'avance des Blancs. Le 5° régiment letton est alors le premier régiment de l'armée rouge à recevoir le Drapeau d'Honneur, une décoration que vient de créer le gouvernement soviétique.

Pour redresser la situation sur le front de la Volga, les 1° et 6° et une partie du 2° régiment lettons rejoignent Sviajsk et empêchent les Blancs de s'emparer de la ville le 28 août. Le 5 septembre, ce sont les Lettons qui contre-attaquent et, avec l'aide d'une flottille de canonnières remontant la Volga, reprennent Kazan le 10 septembre, signant là la première victoire d'importance de l'armée rouge dans la guerre civile. Le 6 septembre, Trotski nomme Vacietis premier commandant en chef de toutes les forces armées soviétiques.

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                                              Jukums Vacietis en 1917.

 

Espoirs et échec d'une Lettonie soviétique.

A l'ouest, la situation politique et militaire connait de profonds bouleversements. Les Empires centraux s'effondrent entre la fin octobre et le début novembre 1918. Les bolcheviks, profitant de la situation, dénoncent le traité de Brest-Litovsk le 13 novembre dans le but de reprendre les territoires perdus. C'est également l'espoir de porter secours aux révolutionnaires allemands qui cherchent à forcer la voie vers une Allemagne soviétique qui motive Lénine à exporter la révolution communiste au moyen des baïonnettes de l'Armée rouge.

Fin novembre 1918, Jukums Vacietis a transféré une partie des régiments lettons vers Pskov. Ces derniers pénètrent dans le sud de l'Estonie et le nord de la Lettonie le 2 décembre. Les Soviétiques suivent les troupes allemandes en retraite, sans jamais chercher le combat, sachant, par le biais des conseils de soldats allemands, que les hommes ne souhaitent que retrouver leurs foyers. Le 4 décembre, dans les territoires lettons occupés par l'Armée rouge, un gouvernement bolchevik letton dirigé par Peter Stucka est établi, reconnu par Lénine le 22 décembre. Les fusiliers lettons et des unités soviétiques continuent toujours à avancer en Lettonie. Le 1° janvier 1919, les fusiliers mettent en déroute les unités de la Landeswehr organisée par les barons baltes. L'armée allemande accentue alors son évacuation tandis que la flotte Alliée, qui croise dans la Baltique, à ordre de ne pas intervenir.

Le 3 janvier, les fusiliers lettons prennent Riga tandis que le gouvernement letton nationaliste dirigé par Ulmanis fuie en direction de Jelgava puis de Liepaja ,un port de la Baltique. Face aux Soviétiques ne se trouvent alors que 400 soldats lettons indépendantistes, 500 hommes de la Landeswehr et 200 volontaires allemands de la brigades de fer. Fin janvier, les nationalistes lettons ne tiennent plus qu'une petite poche de 50 km de diamètre autour de Liepaja.

Malgré leur supériorité les Soviétiques ne se lancent pas à l'assaut du réduit letton. Il est vrai qu'une fois entré en Lettonie de nombreux fusiliers ont déserté les rangs pour retrouver leurs foyers, affaiblissant du même coup le potentiel militaire soviétique. Au même moment, dans le nord des pays baltes, les nationalistes estoniens, ravitaillés par les Alliés, démarrent avec l'aide finlandaise, une offensive menaçant les arrières soviétiques. Pour écarter cette menace, deux brigades de fusiliers lettons sont envoyés repousser les Estoniens. Il semble que le départ de ces unités composées de vétérans a sauvé le réduit de Liepaja de l'anéantissement. Les forces allemandes encore présentes dans les pays baltes se renforcent alors avec l'arrivée de milliers de volontaires venues d'Allemagne qui forment des corps-francs. Dans leur enclave les nationalistes estoniens mobilisent 1400 hommes et reçoivent prés de 5000 fusils et 50 mitrailleuses des Britanniques en février. Quand les Estoniens avancent dans le nord de la Lettonie, des officiers lettons partent en Estonie pour organiser dans les territoires libérés des unités lettones.

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                                                      Drapeau de la Republique sovietique de Lettonie en 1919.


Les fusiliers lettons forment alors le noyau d'une petite armée soviétique lettone. Début février 1919 ils sont organisés en deux divisions: la 1° comprend les anciens régiments lettons issus de l'armée impériale tandis que la seconde est composée d'unités créées depuis la Révolution à l'exemple du régiment de Saratov ainsi que des quelques milices rouges levées en Lettonie. L'historien Visvaldis Mangulis estime que ces deux divisions comptent 12 000 hommes en février 1919, puis 27 000 en mai après que le gouvernement de Stucka ait décrété la mobilisation des hommes dans les territoires qu'il contrôle. Mais ces chiffres sont critiqués puisqu'à la même époque les divisions soviétiques ne comptent pas plus de 5000 soldats et que les armées qui au même moment ont envahi l'Estonie et la Lituanie ne comptaient pas plus de 8 000 soldats chacune. Il est plus que probable que, suite à la mobilisation, les divisions lettones n'ont pas dépassé les 10 000 hommes. Mais cette mobilisation change le caractère des régiments lettons. Aux anciens, nourris aux idées bolcheviks, mais dont les rangs sont décimés par les combats, se joignent des recrues à la fidélité incertaine surtout après que le gouvernement Stucka a nationalisé la terre, frustrant les paysans de la possession de terres appartenant depuis des siècles aux barons baltes. Les déceptions et rancœurs que provoque le gouvernement bolchevik letton qui applique également les principes de la Terreur rouge expliquent que la plupart de ces nouvelles recrues se débandent dés les premiers combats.

Alors que les unités soviétiques sont victimes d'une hémorragie liée aux désertions de masse, leurs adversaires ne cessent de se renforcer. Le général allemand Rudiger Von der Golz arrive à Liepaja le 1° février 1919 pour prendre la tête du 6° corps de réserve allemand en Lettonie qui comprend la brigade de fer (4000 hommes) et la 1° division de réserve de la Garde (5000 hommes). Son but est officiellement de sécuriser les frontières orientales de l'Allemagne contre le bolchevisme. Les Russes blancs vivant en Lettonie forment quand à eux une unité de 200 hommes intégrés aux forces de défenses lettones.

Les forces nationalistes lettones et les Allemands franchissent la rivière Venta et passent à l'attaque début février 1919. La Landeswehr reprend Kuldiga le 13 février et Ventspils le 22. Face à la faible résistance soviétique, Von der Golz poursuit l'offensive. Le 26 mars les troupes allemandes se trouvent à 30 km à l'ouest de Riga sur les rivières Lielupe et Musa mais von der Golz décide alors de rester l'arme au pied pendant 2 mois.

Les régiments de fusiliers lettons sont alors concentrés face aux Estoniens dont les positions menacent directement Petrograd et qui soutiennent les troupes blanches de Ioudenitch. Ils remportent des petits succès mais ces gains sont rapidement perdus lors de contre-attaques ennemies. Au sud, les Soviétiques attaquent également mais ces combats violents contre les Allemands rencontrent peu de succès et ne débloquent pas la situation. La position des Soviétiques devient alors vite intenable puisqu'ils sont coincés entre deux adversaires puissants, les Estoniens au nord et les Allemands au sud. L'Armée rouge risque donc d’être coupé de ses arrières car ses adversaires menacent les voies ferrées reliant Riga à la Russie alors que la ligne passant par Pskov est déjà coupée à plusieurs reprises.

Von der Golz envoie, fin mai 1919, la Landeswehr, commandé par le baron Manteuffel et où se trouvent de nombreux Allemands, prendre Riga. Le 22 mai la ville tombe. Les Lettons profitent alors de la retraite soviétique pour avancer au sud et à l'est. Ils prennent Cesis le 30 mai, Jekapbils le 6 juin, Pskov le 25 mai. Ils rencontrent peu de résistance car les Soviétiques se retirent en hâte du piège que représente le saillant letton tout comme de la Lituanie qui est totalement évacué fin mai. Seule le sud-est de la Lettonie reste encore sous contrôle soviétique.

La guerre se poursuit en Lettonie mais elle oppose désormais les nationalistes lettons aux Allemands. Ces derniers sont battu fin juin et un armistice est signé début juillet sous l'égide des Alliés. Les Allemands quittent alors la Lettonie et seule la Landeswehr reste sur place pour combattre les rouges sous la direction du général britanniques Alexander.

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                                                                    Insigne de la division lettone.

 

Les fusiliers lettons et la défaite des armées blanches russes.

La guerre entre Lettons nationalistes et Allemands est bien accueillie par les Soviétiques. Elle soulage un pouvoir soviétique dont la situation au printemps 1919 semble désespérée. L'Ukraine est en révolte tandis qu'au nord, soutenu par les Estoniens, l'Armée blanche du Nord-Ouest commandé par Nikolaï Ioudenitch commence sa marche sur Petrograd. Au sud, les troupes blanches de Denikine avancent en direction du nord et de Moscou, s'emparant de Tsaritsyne et de Kharkov en juin.

Sur ordre de Lénine les régiments lettons sont transférés en aout du front ouest vers le sud, de la Lettonie à la Biélorussie, pour combattre les blancs autours d'Orel. Ils ont été réorganisés après la retraite de Riga et les deux divisions ont été fondus en une seule. Cette mesure et le transfert des régiments visent a enrayer les désertions toujours aussi nombreuses sur le front letton. A Orel, la division lettone ne compte plus que 9000 soldats.

Les régiments lettons font encore merveille. Ils brisent le front blanc et prennent Krom au sud-ouest d'Orel le 15 octobre 1919. Pendant ce temps une division rouge estonienne attaque Denikine au nord ouest. Les 13° et 14° armées rouges avancent au sud. Denikine est alors obligé d'évacuer Orel le 20 octobre. Les Lettons malgré de lourdes pertes et une épidémie de typhus continuent à se battre et prennent Karkhov le 12 décembre. La résistance de Denikine s'effondre.

A l'ouest, le 3 janvier 1920, les Estoniens signent un armistice avec les Soviétiques, ce qui a pour effet de libérer des troupes rouges pour se battre en Lettonie. Mais les Polonais et les Lituaniens se sont joint aux Lettons pour reprendre la ville de Latgale. L'armée lettone qui est passé de 400 hommes en janvier 1919 à 70 000 en janvier 1920 passe à l'offensive début janvier et, avant la fin du mois, a libérer l'ensemble du pays. Un armistice est alors conclu avec la Russie le 1° février mais les Soviétiques demandent à ce qu'il reste secret. La paix ne sera signée que le 11 août 1920.

Au sud, contre le général Wrangel, qui a pris la succession de Denikine à la tête des derrières troupes blanches en Crimée, la division lettone part à l'assaut du Mur des Turcs, un ensemble de fortifications bâti jadis par les Tatars dans l'isthme de Perekop. Le 13 avril 1920, les Lettons prennent le contrôle d'une partie de ces fortifications mais ils subissent de lourdes pertes, et, quand la cavalerie blanche contre-attaque, ils ne reçoivent aucun renfort. Pour l'historien Visvaldis Mangulis, le commandement soviétique a voulu délibérément, sur ordre de la direction bolchevique, anéantir, en la sacrifiant, une division lettone fatiguée par des années de combat et dont les hommes aspirent de plus à plus à retrouver leurs foyers. Ces derniers peuvent s'appuyer sur un précèdent puisque la division estonienne a demandé, conformément au traité passé entre le gouvernement estonien et soviétique, de rejoindre l'Estonie, ce qui a été accepté, non sans difficulté. Une unité d'artillerie lettone a également voté une résolution demandant de pouvoir rentrer en Lettonie dés que les conditions seraient réunies. Mais le traité de paix avec la Lettonie restant secret, la division lettone reste dans l'ignorance des possibilités de rapatriement.

Malgré la lassitude les Lettons restent des combattants redoutables. Ils repoussent la cavalerie blanche le 13 avril 1920 mais doivent abandonner le Mur Turc. Ils repartent à son assaut les 14 et 16 mais sans succès. L'attaque polonaise à l'ouest, qui débute en avril 1920, oblige alors les Soviétiques à dégarnir le front de Crimée, permettant à Wrangel de réorganiser ses troupes. Le 7 juin, ce dernier attaque avec des chars et des avions, obligeant les Soviétiques à reculer sur la rive droite du Dniepr. Le 9° régiment letton est anéanti tandis que les 4°, 5° et 6° ont subi de lourdes pertes. Début juillet 1920 la division lettone parvient toutefois à établir une tête de pont sur la rive gauche du Dniepr autour de Kakhovka, mais, à la suite de sanglants combats, elle doit se replier. C'est à ce moment que le 6° régiment refuse d'attaquer et demande son rapatriement en Lettonie. Le commandement de l'armée rouge envoi des officiers et commissaires politiques installer un tribunal militaire pour réduire le mécontentement, mais en vain car les Lettons continuent à déserter seul ou en groupe.

Dans la nuit du 6 au 7 août la division franchit à nouveau le Dniepr près de Kakhovka et établit une tête de pont. L'arrivée de trois autres divisions rouges en renfort renforce une position qui tient prés de trois mois menaçant les arrières de Wrangel. Après la signature, début octobre, d'un armistice avec la Pologne, les Soviétiques peuvent à nouveau concentrer l'essentiel de leurs forces contre Wrangel. Le 28 octobre 1920 une grande offensive soviétique repousse les forces blanches qui ne tiennent plus que la Crimée. Le 29, l'Armée rouge, dont la division lettone, atteint l'isthme de Perekop. Le Mur Turc est pris le 9 novembre. Les Blancs ne possèdent plus comme ligne de défense que le Ushun, une ligne fortifiée également d'origine tatare. La division lettonne, qui est restée en réserve, attaque cette position le 11 novembre et parvient à s'en emparer mettant fin à la résistance blanche en Crimée.

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                         La cavalerie lettone en Ukraine, 1920.

 

La fin des fusiliers lettons.

Avec la fin de la guerre civile et la consolidation du pouvoir soviétique, la division lettone ne présente plus le même intérêt pour les bolcheviks. L'existence d'un État letton indépendant stimule les espoirs des soldats qui ne souhaitent pas continuer à servir dans l'Armée rouge. Mais surtout les autorités soviétiques ne peuvent plus tolérer l'existence d'une organisation militaire puissante dont le recrutement national ne peut qu'exacerber les sentiments nationalistes. La division lettone est dissoute le 29 novembre 1920. Le traité de paix avec la Lettonie est alors connu de tous et des milliers de soldats rentrent chez eux.

De nombreux Lettons restent malgré tout en URSS et servent dans l'armée rouge. Ils sont aussi présents au sein de la police, de la diplomatie, de l'appareil gouvernemental ou du Parti tout au long des années 1920 et 1930. Quand Staline, à partir de 1937, s'attaque en priorité aux étrangers dans le cadre des purges, les Lettons n'échappent pas à la Terreur. Des centaines sont liquidées en 1937-1938. Jekab Alsknis commandant en chef des forces aériennes soviétiques est fusillé en 1938, Rudolf Peterson commandant du train blindé de Trotski pendant la guerre civile et commandant du Kremlin de 1920 à 1935 est fusillé en 1937, Robert Eidemanis commandant des 13 et 14° armées rouges pendant la guerre civile puis chef de l'organisation de la défense civile est exécuté en 1937, Jan Berzine, le chef du renseignement militaire soviétique, est tué de retour d'Espagne en 1937, Eduard Berzin, qui fit tirer au canon, contre les SR de gauche à Moscou est tué en 1938. Jukums Vacietis, ancien commandant de la division des fusiliers lettons et premier commandant en chef de l'Armée rouge, est professeur à l'Academie militaire Frunze à Moscou quand il est arrêté avant d’être abattu en 1938. Heinrih Eihe le vainqueur de Koltchak est un des rares à échapper au massacre.

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                                                                        Jukums Vacietis dans les années 1930.

 

Bibliographie.

-Francesco Benvenuti, The Bolsheviks and the Red Army, 1918-1922, Cambridge University Press, Cambridge, 1988.

-Uldis Germanis, Oberst Vacietis und die lettischen Schuetzen im Weltkrieg und in der Oktoberrevolution, Almquist and Wiksell, Stockholm, 1974.

-Raymond Leonard, « From War through Revolution: The Story of the Latvian Rifles », European Studies Conference, University of Nebraska, Omaha, 2007.

-Visvaldis Mangulis, Latvia in the Wars of the 20thCentury, Cognition Books, Princeton, 1983.

-Arvids Memenis, Strelnieki: Latviesu Strelnieki I parsaules kaŗā, Junda, Riga, 1995.

-Janis Silins, "Latvian Society and the Soviet Regime in 1919: from Support to Resistance", in henrik Jensen (dir), Rebellion and Resistance, Edizioni Plus-Pisa University Press, Pise, pp. 69-83.

-Toivo Raun, « The Révolution of 1905 in the Baltic Provinces and Finland », Slavic Review, n°3, vol. 43, 1984. pp. 456-457

-Geoffrey Swain, “The Disillusioning of the Revolution’s Praetorian Guard: The Latvian Riflemen, Summer-Autumn 1918,” Europe-Asia Studies, vol. 51, no. 4, juin1999, pp. 667-686.

-Geoffrey Swain, « Vacietis : the enigma of the Red Army's first commander », Revolutionary Russia,16 (1). 2003, pp. 68-86.

-Geoffrey Swain, Russia's Civil War, The History Press, Stroud, 2008.

 

David FRANCOIS, docteur en Histoire

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 14:32

 Le 19 mai 1926 L'Humanité annonce officiellement la création, par l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC), des Groupes de défense antifascistes (GDA)1. Dix jours plus tard, salle Huygens, devant une tribune où siègent Jacques Duclos et Paul Vaillant-Couturier, prend place une centaine d’hommes alignés militairement et vêtus d’une veste bleue et d’un béret. Duclos prend alors la parole pour présenter les « nouveaux groupes de défense antifascistes » qui doivent permettre de regrouper « des hommes de toutes les tendances, de tous les partis et qui sont prêts à donner leur vie pour combattre le fascisme »2. Les uniformes et les marches au pas côtoient alors dans les discours le souvenir de la Commune et des volontaires de 1789, plutôt que celui des gardes rouges de Petrograd.

Cette réunion illustre, comme la déjà révélé Georges Vidal pour les années 19303, l'ambiguïté du rapport entretenu par les communistes avec la violence. La création d'une organisation de combat de type paramilitaire est une incontestablement une nouveauté, l'indice même d'une possible « brutalisation » d'une frange du mouvement révolutionnaire. Si les buts officiels que se donnent les GDA s'inscrivent dans une tradition politique républicaine ancienne, ils n'en révèlent pas moins une fascination pour le fait militaire de la part de certains secteurs du communisme français, fascination qui se cristallise dans la symbiose entre un antifascisme républicain et un militarisme bolchevik. Mais cette rencontre est-elle le signe d'une volonté de lancer, sur une base « nationale » , une stratégie d'affrontement violent un an après la fusillade de la rue Damrémont4 ? En d'autres termes, le PCF cherche-t-il, pour des raisons d'efficacité, à poser les termes d'une « brutalisation » de la vie politique qui prennent sa source au cœur des affrontements qui structurent traditionnellement la politique en France ? L'étude des GDA peut permettre, sans épuiser cette problématique, d'apporter des éléments de réponse.

Ces derniers n'ont jamais été l'objet d'une étude d'ensemble. Ce désintérêt a plusieurs raisons dont le moindre n'est pas le peu de succès qu'ils ont rencontrés. S'ils ne connaissent pas le développement de leur homologue allemand, l'étude de leur origine et de leur développement, des tensions qui les traversent et des raisons de leurs échecs mettent en lumière, non seulement la diversité d'un communisme français qui n'est pas encore solidifié par un stalinisme triomphant, mais surtout la place particulière que tient la violence dans la culture et les pratiques communistes.


Une naissance entre défense républicaine et antifascisme de combat.

Le développement par le PCF d'une politique d'ouverture à fin de 1925 l'oblige, après les excès de 1924-1925, à adoucir son discours et ses pratiques afin de s'insérer dans le jeu politique républicain. La lutte antifasciste, propice aux affirmations incendiaires n'est pourtant pas abandonnée, mais réinterprétée dans le cadre de la nouvelle ligne au moment où l'ensemble de la gauche s'inquiète de l'apparition et du développement du Faisceau de Georges Valois5. Ce mouvement, fondé le 11 novembre 1925 avec, comme élément central, le Faisceau des Combattants, unité paramilitaire portant un uniforme, connaît un développement rapide, passant de 5 000 membres en décembre 1925 à 30 000 en avril 1926 et 60 000 en novembre. Cette réussite rapide, mais aussi l'agitation entretenue par les Jeunesses patriotes ou les Camelots du roi, réactivent le discours antifasciste, tandis que les heurts qui opposent les militants des ligues d'extrême-droite à ceux de gauche dans la rue donnent une réalité concrète à un danger qui, pour certains, annoncent l'entrée dans une période de guerre civile6.

C'est lors de sa conférence nationale de décembre 1925 que la direction du PCF replace au premier rang de ses préoccupations la question du fascisme. Il s'agit de répondre à l'inquiétude des cadres de province qui s'alarment face au développement des ligues de droite dans leurs régions7. La tactique préconisée est définie à travers la voix du jeune Maurice Thorez qui déclare que le PC doit « organiser des contre-manifestations, des grands meetings dans les principaux centres, pour montrer que les fascistes ne sont pas encore maîtres de la rue. Nous devons également organiser nos services d'ordre »8. L'utilisation de la force apparaît ainsi toujours comme légitime mais également la constitution d'une structure destinée à organiser la violence antifasciste.

Parallèlement à cette justification de l'emploi de la violence, la lutte antifasciste doit permettre de développer une politique de front unique, en profitant des actions de la droite pour sceller un rapprochement avec les forces de gauche9. Il s'agit rien moins que de réintégrer le PCF dans le jeu politique traditionnel par le biais de la lutte séculaire contre la réaction. Cette politique prend d'ailleurs parfois des accents qui préfigurent la période du Front populaire. Au-delà de 1789, les souvenirs de 1848 et de 1871, sont donc rappelés pour affirmer la continuité d'un combat qui unit tous les républicains et doit permettre de réaliser l'unité des organisations de gauche. Il reste néanmoins à définir les formes et les lieux de ce rassemblement antifasciste unitaire.

L'ARAC, organisation dirigée par Jacques Duclos et son frère Jean, se fait rapidement l'écho des appels à l'union antifasciste du PCF et se présente comme le lieu privilégié de ce rassemblement. Cette organisation est née en novembre 1917 de la rencontre de Paul Vaillant-Couturier, de Raymond Lefebvre et d'Henri Barbusse. Si la direction de l'association est dominée par les communistes depuis 1923, dans les sections locales domine un ensemble d'idée partagée par la gauche et d'où émerge un solide antimilitarisme mâtiné de pacifisme et d'antifascisme. En mai 1926, l'ARAC appelle ainsi à l'union en son sein de tous les antifascistes, y compris ceux qui sont attachés à la République parlementaire10. Dans l'Humanité, Jacques Duclos explique ainsi que « l'ARAC comprend fort bien que sa tâche doit tendre, dans une situation présente, à grouper toutes les volontés antifascistes, à les constituer méthodiquement en une formation solide […]. Tous les combattants ont place dans nos rangs ; nous les voulons solidement unis et dans un clair esprit de discipline, nous préparons chaque jour l'organisation des combattants rouges ; nombreux sont les antifascistes attachés aux formes actuelles de gouvernement, mais dégoutés par l'impuissance des chefs démocrates, qui viennent à nous. C'est dans l'union de tous les antifascistes au sein de l'ARAC, dont les ouvriers et les paysans révolutionnaires constituent l'ossature, que peut se poursuivre notre bataille contre le fascisme »11.

Le front unique antifasciste doit pour les communistes se cristalliser dans la formation de groupes de défense12 sous l'égide de l'ARAC13. Ces derniers se mettent en place dès le printemps 1926 et prennent officiellement le nom de groupes de défense antifascistes ouverts à tous les démocrates désireux de lutter contre le fascisme. Les responsables locaux de l'ARAC font d'ailleurs savoir par circulaires aux diverses organisations ouvrières que les GDA sont ouverts à tous, sans distinction de tendance14 et sont à la disposition de toutes les organisations qui en feront la demande15. Mais si la construction de l'organisation est laissée à l'initiative de l'ARAC, les militants communistes sont invités à y participer puisque, pour le PC, il est indispensable d'en garder le contrôle, notamment par le biais des fractions que la direction demande de créer à tous les niveaux  16. Il revient surtout aux communistes de devenir « les animateurs de ce service de protection et en activer l'organisation méthodique », comme le déclare Poulain17.

Au-delà de la situation sociale et politique française, il apparaît également que la création de groupes de défense s'insère dans une stratégie initiée par Moscou. Dès septembre 1924 la commission permanente de l'Internationale pour le travail militaire appelle les sections du Komintern à mettre sur pied des organisations de défense de masse en prenant pour modèle le RFB allemand. Cette consigne semble être suivie d'effet puisqu'en juillet 1926 le secrétaire administratif de l'Internationale des anciens combattants, se félicite de la création des GDA mais également de la création dans d'autres pays de milices ouvrières antifascistes18. En novembre 1926 une réunion des GDA à Paris en présence de délégations étrangères est l'occasion de discussions sur la création d'une Internationale antifasciste19. Il semble même qu'il existe un projet de création d'un front rouge international comme l'indique un rapport sur cette question présenté par Desphillipon et Latour au congrès de l'ARAC en aout 192720.

La première action d'éclat des GDA se déroule à Reims à l'occasion d'un rassemblement du Faisceau le 27 juin 1926. Pour la gauche, ce rassemblement est perçu comme le premier acte d'une marche sur Paris, identique à celle organisé par Mussolini sur Rome en 1922. Les appels à la contre-manifestation se multiplient, comme celui du communiste Person qui prévient qu'en cas de marche du Faisceau sur la capitale, les GDA ont déjà pris leurs dispositions21. Si le Faisceau réunit de 8 à 10 000 personnes dans la cité champenoise, ils se heurtent à une manifestation communiste forte de 3 à 4 000 personnes. La confrontation éclate sur la place du parvis de la cathédrale, obligeant la police à charger, tandis que, par la suite, des bagarres éclatent dans toute la ville22. Les premiers groupes de GDA, venus de Paris, participent à cette démonstration qui, pour Jacques Duclos, est une victoire qui doit permettre d'accroître les effectifs de la nouvelle organisation23.

Comme le montre déjà la manifestation de Reims, les GDA ont pour tache principale d'assurer la sécurité des cortèges et réunions antifascistes24. Ainsi en septembre 1926, ils assurent la protection d'un meeting antifasciste à Montreuil et, en décembre, du meeting du comité de défense des victimes du fascisme et de la terreur blanche à la Grange-aux-Belles25.

Ce rôle de service d'ordre tend à faire des GDA une police ouvrière, comme le constate le directeur de la police parisienne qui remarque qu'ils tendent à prendre possession des rues, font ranger le public, assurant ainsi les missions dévolues traditionnellement aux gardiens de la paix28. Il ne s'agit pas, pour le PCF, d'une volonté de se substituer à l'État mais d'éviter les violences et toutes formes de désordre qui pourraient effrayer les autres organisations de gauche et les classes moyennes. Ce rôle temporisateur apparaît dès la naissance des GDA puisque, pour leur première sortie publique à l'occasion de la manifestation au Mur des fédérés, ils reçoivent pour instruction de maintenir l'ordre et la discipline29 . Les dirigeants de l'ARAC et du PC prennent d'ailleurs soin de souligner que les GDA forment une organisation essentiellement défensive qui n'attaquera ni la police, ni l'armée, ni les fascistes, mais saura se défendre en cas d'agression30

Sous couvert d'antifascisme les GDA apparaissent avant tout comme un simple service d'ordre chargé de discipliner et de policer manifestations et rassemblements prolétaires.


Une organisation paramilitaire à vocation révolutionnaire.

Si les fonctions dévolues aux GDA sont celles qui reviennent traditionnellement à un service d'ordre, ces derniers pourtant se singularisent par leur caractère paramilitaire, en premier lieu par le choix du port d'un uniforme. Ce dernier est pourtant modeste, constitué d'une veste bleue et d'un béret, complétés par une canne33. Pour les dirigeants cet uniforme a plusieurs fonctions. A l'extérieur il doit servir à distinguer les membres des GDA du reste des militants et impressionner la population. A l'intérieur des groupes, il a pour fonction principale de montrer la nécessité d'une discipline de type militaire34. L'uniforme joue donc les mêmes fonctions qu'au sein d'une armée: marquer la différence entre les membres du groupe et les autres, impressionner ces derniers par une tenue martiale, fortifier la cohésion et la discipline.

La tutelle de l'ARAC, organisation d'anciens combattants, facilite les emprunts au modèle militaire. Les dirigeants de l'association expriment l'idée qu'il existe une filiation entre l'expérience de la Grande Guerre et la constitution des GDA. Desphelippon, à Rouen, n'hésite pas à déclarer que les anciens combattants rouges ont repris l'uniforme pour se battre contre le fascisme38. Il s'agit alors de les remobiliser dans un cadre militaire, mais au seul profit du prolétariat, la lutte de classes se substituant à la lutte entre nations. Cette ré-appropriation d'un modèle militaire est vu d'abord comme un gage d'efficacité : « Il existe, à l'ARAC, une discipline militaire qui doit être maintenue pour faire la révolution; 100 hommes organisés en valent 500 non organisés » déclare Desphelippon39.

Le modèle de militantisme proposé par les GDA s’inspire aussi directement du Rotfrontkampferbund allemand, comme l'indique l'Humanité d'Alsace-Lorraine qui explique que les groupes français sont formés sur « le modèle des anciens combattants rouges allemands »40. Par bien des aspects les GDA sont une transposition en France de l'organisation allemande. Cette dernière, née en 1924, compte en 1927 prés de 200 000 adhérents41. Cette puissance de l'organisation allemande la désigne pour chapeauter les premiers pas de l'organisation sœur française. Un représentant du RFB est donc présent à Paris lors de la présentation officielle des GDA salle Huygens42. La présence de délégués du RFB, mais également des milices ouvrières belges, sont régulièrement signalés lors des réunions nationales des GDA. A l'inverse les dirigeants des GDA n'hésitent pas à franchir la frontière pour participer aux rassemblements du RFB comme le fait Latour en juin 192743. Cette proximité est encore plus forte concernant les GDA d'Alsace et de Lorraine. Le 9 octobre 1927 les dirigeants lorrains assistent en uniforme au congrès régional du RFB de Trêves en présence de délégations de Rhénanie, du Palatinat, de la Sarre et du Luxembourg44. En sens inverse des représentants du RFB se rendent en France comme un chef de groupe de la Sarre à Metz le 16 juin 192745. Ces échanges entre organisations sœurs permettent et facilitent l'adoption en France d'un vocabulaire et de pratiques politiques nouvelles façonnant une culture politique communiste singulière. Le terme « Front rouge » et le salut le poing levé46 sont ainsi des emprunts aux groupes allemands, de même que l'organisation de cérémonies de remise de drapeau47.

L'organisation, le port de l'uniforme, les rituels forment un ensemble inspiré du modèle militaire et tendent à faire des GDA une organisation de type paramilitaire, ce que confirment les déclarations de ces dirigeants et la revendication de l'influence communiste allemande. Mais cette structure paramilitaire n'a t-elle pour unique fonction que d'assurer la sécurité et le calme lors des réunions et manifestations ? N'est-ce pas là un paramilitarisme tronqué qui s'interdirait de se préparer à la lutte armée et surtout éviterait de définir l'objectif de cette préparation. Cette préparation fait-elle partie des missions attribuées aux GDA, qui ne seraient donc pas qu'un simple service d'ordre en uniforme marchant au pas mais un potentiel instrument militaire révolutionnaire.

La volonté de ne pas laisser les GDA se cantonner à des missions de service d'ordre apparaît au sein des Jeunesses communistes (JC) qui se dotent d'une organisation propre, intégrée par la suite dans le dispositif constitué sous l'égide de l'ARAC, les Jeunes gardes antifascistes (JGA). Cette mise sous tutelle semble d'ailleurs répondre à la crainte de la direction du PCF face aux activistes des Jeunesses qui ont dès 1922 constitué le noyau des différents groupes de combat communistes dont ceux impliqués dans la fusillade de la rue Damrémont en avril 1925. Il s'agit donc de brider les tentations violentes en plaçant les jeunes sous la coupe des anciens combattants jugés plus calmes.

Cette tutelle n'empêche pourtant pas la JC d'affirmer sa volonté de donner un caractère avant tout révolutionnaire aux JGA. Maurice Déglise explique ainsi que ces derniers ne doivent pas se transformer en une organisation petite-bourgeoise incapable de lutter efficacement contre le fascisme48. Une résolution votée à l'unanimité par le congrès de la JC en aout 1926, affirme que les JGA forment une organisation ouvrière ouverte aux paysans et petit-bourgeois, mais qui doit éviter de devenir un mouvement d'opposition purement verbal ou le défenseur des libertés républicaines49. Pour les jeunes, le fascisme étant un instrument de la bourgeoisie, la lutte contre le fascisme s'intègre dans le combat contre la bourgeoisie, contre le régime « et ses expressions gouvernementales sous quelque étiquette elles se manifestent (sic) »50. Ce radicalisme s'inscrit dans une tradition propre aux JC. 

L'attirance des JC pour un militantisme violent s'exprime d'abord par l'implication plus forte de leurs dirigeants dans l'organisation des JGA, tandis que ceux du PC laissent cette tache à l'ARAC. Robert Alloyer, nait en 1900, adhérent de la JC depuis 1922, dirigeant de la région parisienne en 1924, puis représentant de la JC auprès de l'Internationale communiste des jeunes à Moscou, apparaît comme l'inspirateur des JGA. Il a déjà été impliqué dans la formation des groupes de combat des années 1924-1925 et son nom apparaît dans les dossiers de police concernant la fusillade de la rue Damrémont51. C'est Alloyer qui lors des différents congrès de la JC est chargé de présenter le rapport sur les JGA. Au début de 1927, quand il doit trouver le dirigeant des JGA de la région parisienne, il se plaint de ne pouvoir s'occuper correctement des JGA qui nécessite le travail d'un militant à temps plein52. Alloyer est bientôt aidé dans sa tache par Armand Latour. Ce dernier est également nait en 1900 et a fait ses armes militantes au sein de la direction de la région parisienne des JC. Il se voit confier la direction des JGA de cette région en février 1927, remplaçant Déglise, puis en aout il est nommé dirigeant national des JGA. En province se retrouve aussi ce lien étroit entre directions des JC et des JGA. Dans la région de Besançon, le responsable de la JC, Maurice Tréand, se signale en créant 17 sections de JGA53. Dans la région lyonnaise, le responsable des JC, Pierre Chabanis, est également celui des JGA54.

Cette osmose entre JC et JGA ne trouve pas son pendant entre le PC et les GDA. Si Jacques Duclos, responsable de l'ARAC, supervise les premiers pas des GDA, son entrée au comité central du PCF et son élection à la Chambre des députés en mars 1926 l'empêchent de jouer un rôle actif dans l'organisation. Mais le profil biographique de Duclos apparaît différent de celui des ses cadets des JGA. Duclos est, contrairement à Latour ou Alloyer, un ancien combattant et à ce titre un adhérent de l'ARAC. L'osmose ici se situe plutôt entre cette association et les GDA. Francis Desphelippon, le dirigeant des GDA, a fini la guerre comme lieutenant aviateur et dès son retour à la vie civile a créé la section de l'ARAC de Vichy avant d'adhérer au PC en 1924. Mais le parcours de Duclos ou de Desphelippon, le lien entre ARAC et GDA ne signifie pas automatiquement que les militants des GDA soient des anciens combattants.

Sur 140 noms de militants ayant appartenu aux JGA et GDA, il est possible, grâce au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, d'avoir des informations complémentaires sur seulement 35 d'entre eux, soit 18 JGA et 17 GDA55. Sur les 17 GDA, seuls sept sont des anciens combattants dont deux, Jean Duclos et Vital Gilbert, furent blessés, deux autres, Poulain et Desphelippon finirent la guerre officier et un, Vital Gilbert, a reçu la Croix de guerre. Si l'étroitesse de l'échantillon limite fortement l'interprétation qu'il est possible d'en tirer ces chiffres laissent entendre que les anciens combattants seraient minoritaires au sein des GDA. La qualité d'ancien combattant n'étant pas un préalable nécessaire pour entrer dans les GDA, il est possible que la majorité n'ait pas connu les combats de la Grande Guerre. La moyenne d'age des huit GDA dont nous connaissons la date de naissance, 32 ans en 1926, peut également étayer cette hypothèse puisqu'elle implique une moyenne d'age de 24 ans en 1918. Les anciens combattants membres des GDA se signaleraient donc par leur jeunesse qui implique une plus grande proximité avec leurs cadets des JC plutôt qu'avec les anciens membres de la SFIO.

Si les anciens combattants sont présents, les jeunes semblent déjà dominer ces premiers groupes paramilitaires. Si les anciens combattants sont représentés et dominent même au sein de la direction des GDA, la génération du feu apparait minoritaire. Les jeunes, qui n'ont pas été mobilisés entre 1914 et 1918, mais dont la jeunesse a eu lieu dans un pays en guerre où toutes les ressources de la nation étaient mobilisées et où l'imaginaire guerrier était exalté par la propagande, dominent.

Cette proximité générationnelle peut expliquer pourquoi le caractère révolutionnaire que la JC entend donner aux JGA n’est pas absent chez les GDA. Le terme même laisse parfois la place à des dénominations moins neutres, comme « jeune garde rouge » ou « bataillons de combattants rouges »56. Dans l'article de l'Humanité qui annonce leur création, le 19 mai 1926, si la première mission qui leur est assignée est de barrer la route au fascisme, la seconde est de préparer « l'émancipation totale et définitive du monde ouvrier et paysan»57. Jacques Duclos, lui-même, maintient la confusion entre lutte antifasciste et lutte pour le pouvoir lorsque, dans un même discours, il demande de « rester des combattants du front rouge pour faire reculer le fascisme » et appelle à marcher « vers la conquête du pouvoir et vers la dictature du prolétariat »58. Devant les JC, il indique encore que la lutte antifasciste est une partie de la lutte contre le capitalisme et que les JGA doivent « devenir un instrument de bataille révolutionnaire »59.

La confusion qui existe également dans le discours communiste entre le fascisme, l'armée et la police, et qui, parfois, débouche sur des attaques contre l'État démocratique, ne peut qu'effrayer les socialistes et encore plus les radicaux. Les GDA restent dont une organisation essentiellement communiste, voire même le refuge des éléments activistes comme le constate Déglise qui note que, dans la Seine, les membres des sections de gauche « ne demandent que de travailler pour l'ARAC »60. Ce glissement activiste transparait également à la lecture du Militant rouge, revue qui nait en novembre 1925 et devient l'organe officieux des GDA-JGA.

Dans le second numéro de cette revue, à la fin 1925, un certain Valdier61 note qu'un marxiste ne peut que répondre par la négative à la question de l'actualité de l'armement du prolétariat français en vue de l'insurrection révolutionnaire62. Ce texte correspond bien à la ligne définie par le PCF d'abandon de toutes perspectives insurrectionnelles à court terme au profit d'un large rassemblement antifasciste. Dans le même numéro, un autre article insiste donc sur la nécessité de former une « force semi-militaire du prolétariat » face aux organisations fascistes, en s'appuyant sur l'expérience militaire des anciens combattants pour créer, à l'exemple de l'Allemagne, un front rouge amalgamant vieux et jeunes63.

La revue se félicite donc, en janvier 1926, des discussions au sein de l'ARAC qui conduit cette dernière à appeler l'ensemble des antifascistes à se réunir en son sein dans une organisation disciplinée64. Tout au long de l'année 1926, elle développe l'idée d'un antifascisme non-sectaire et met en garde « contre les tendances anarchisantes et petites-bourgeoises qui auraient la velléité d'orienter l'organisation vers une formation sectaire, fermée, conspirative et putschiste »65. Mais à partir de décembre, après la chute du Cartel des gauches, le ton change. La revue commence à attaquer le parti radical et la SFIO, dénonçant un antifascisme bourgeois auquel elle oppose le front unique ouvrier contre le fascisme, mais également la bourgeoisie. Elle développe aussi peu à peu l'idée que la France se dirige vers une crise révolutionnaire inéluctable. Cette inflexion de l'analyse se répercute sur sa vision du rôle des GDA-JGA. Si ces dernières sont toujours considérées comme des organisations de défense et de protection contre les agressions fascistes, « l'approche des luttes décisives » en font désormais des instruments précieux dans le domaine de la « lutte active »66.

Le développement d'un anticommunisme de combat de la part de l'État à partir de 1927, favorise en parallèle la montée d'un courant insurrectionnel au sein du PCF et plus particulièrement chez les jeunes. Il apparaît alors nécessaire de se préparer à lutter par la force, non plus contre le fascisme, mais contre un État qui, par son action répressive, semble reprendre les méthodes mussoliniennes, ce qui, pour les léninistes français, ne peut être que le signe de l'entrée dans une période révolutionnaire. Les mises en garde du Komintern sur les dérives électoralistes du PCF, agissent également comme un encouragement pour les activistes d'autant que Jules Humbert-Droz appelle à une politique de lutte de classes « plus intransigeante et plus active»67. La montée du sentiment activiste n'est pas alors sans conséquence sur les formations paramilitaires que contrôlent les communistes.

Le gauchissement de la ligne politique qu'amorce l'Internationale s'accompagne d'une réévaluation du caractère militaire de la politique communiste. Dès avril 1927, l'Internationale communiste des Jeunes (ICJ) demande de ne pas présenter exclusivement les JGA comme une organisation de lutte contre le fascisme. Elle reproche aussi aux Français leur manque de discipline et leur absence de caractère militaire. Ces derniers doivent rendre obligatoire le port de l'uniforme, ainsi que l'éducation physique et la préparation militaire68. À la demande de l'ICJ, le comité central des JC appelle ses structures locales à poser la question de la « nécessité de l'armement du prolétariat dans ses organisations militaires de lutte (JGA) et par un travail sans cesse plus grand de désagrégation de l'armée impérialiste en posant, dans la propagande et l'agitation, la question de l'armée rouge prolétarienne comme instrument militaire nécessaire du pouvoir aux ouvriers et paysans »69. Le durcissement du discours kominternien, qui met désormais en avant la nécessité d'une accentuation de la militarisation du mouvement communiste, laisse entendre que le moment de l'insurrection armée se rapproche. La JC et certains secteurs de la région parisienne du PCF sont particulièrement sensibles aux changements de ton apportés, qui se traduit par un renouvellement des attaques contre les socialistes qui prennent peu à peu la place des fascistes dans la catégorie des adversaires à combattre70.

Le développement de ce courant activiste qui s'exprime à travers le Militant rouge et les GDA-JGA, explique les craintes d'une dérive insurrectionnelle qui se font jour à la direction du PCF, qui perçoit bien que les changements politiques à Moscou ne peuvent que l'encourager. Les mises en garde aux fractions communistes afin qu'elles exercent un contrôle plus étroit sur les GDA « car chacun comprend qu'une telle organisation peut vite avoir des déviations dangereuses »71 , sont le signe de la conscience du risque de perdre le contrôle de cet appareil militaire.


Un anti-paramilitarisme communiste.

Mais ces craintes tout comme les espoirs mis par les activistes dans les GDA-JGA sont pourtant loin de correspondre à une réalité qui n'est rien moins que décevante. Les GDA-JGA sont en effet loin d'apparaitre comme une organisation de masse et la question des effectifs reste un problème permanent. Fin mai 1926, la police ne compte que 400 GDA dans la région parisienne72. En septembre 1926, ils sont environ un millier73, dont 800 sont membres de l'ARAC, qui rassemble pourtant 3000 adhérents dans la Seine74 . Le début de 1927 marque l'apogée des GDA qui disposent, selon la police, de 3000 militants en France, dont 1000 dans la Seine tandis que les JGA rassemblent 1200 adhérents en France, dont 300 dans la région parisienne75 . Ces estimations montrent la faiblesse d'organisations qui avaient l'ambition de rassembler au-delà des frontières communistes. L'ordre de grandeur entre ces chiffres et le nombre d'adhérents du PC ou d'organisations communistes telles que la JC et l'ARAC, montre également que les GDA-JGA n'attirent qu'une faible fraction des militants, seulement environ 7 % des effectifs du PCF en 1927. Parmi les jeunes chez qui le discours militariste semble plus prégnant, les effectifs des JGA ne représentent qu'entre 9 et 15 % de ceux de la JC76.

La faiblesse numérique des GDA-JGA s'accompagne d'une répartition inégale sur le territoire. Grâce à l'aide active du PC77, l'ARAC constitue les premiers groupes dans la région parisienne qui apparaît rapidement comme une zone de force78. Les GDA s'implantent en Alsace et en Lorraine où la proximité géographique et historique avec l'Allemagne leur donne un caractère particulier puisqu'ils sont présentés comme un Front rouge alsacien, plus proche du RFB allemand que de l'organisation-mère française. Des groupes sont formés dans la région lyonnaise sur un axe allant de Chalon-sur-Saône à Saint-Étienne et Oyonnax. Dans le Nord il existe des groupes à Roubaix, Lille et Beauvais. En Normandie, Rouen et Le Havre se signalent par la présence de groupes actifs. Mais en dehors de ces zones de force, les GDA forment des ilots à l'existence précaire. A Bordeaux les diverses tentatives de formations de groupes échouent et il n'existe dans le sud de la France que quelques groupes notamment à Lavelanet, Tarbes, Toulouse, Nîmes, Avignon, Toulon, Nice, ainsi que dans les Bouches du Rhône. Dans l'est du pays, à l'exception de l'Alsace et de la Lorraine, des groupes ne sont signalés qu'à Reims, Besançon, Nancy et dans la région de Troyes, tandis que dans l'ouest seuls Tours et Chartres sont mentionnés.

Différents facteurs expliquent cette incapacité des GDA à s'implanter durablement. Le déclin de l'activité des ligues de droite après le retour au pouvoir de Raymond Poincaré, fait reculer à gauche la crainte d'une répétition en France de l'exemple mussolinien. L'organisation de groupes de défense n'apparaît plus alors comme une nécessité pour la fraction de la gauche non-communiste qui fut attirée par l'emploi de la force. La raison d'être principale des GDA s'évanouit en même temps que se disloque le Faisceau et que s'assagissent les Jeunesses patriotes. Mais ce changement de la situation politique ne peut expliquer, à lui seul, le déclin des GDA puisque, dès leur lancement, alors que le Faisceau est à son zénith, ils peinent déjà à se développer.

L'échec de la tactique de front unique qui préside à leur naissance est déjà un premier handicap. Si les partis de gauche se montrent, en effet, prêts à organiser des meetings et des manifestations antifascistes avec les communistes, ils refusent d'envisager la création d'organisations paramilitaires. À Belfort, la demande communiste de créer un organisme de défense est rejetée par les radicaux et les socialistes79. Cet exemple est emblématique de la réaction de la SFIO et du parti radical face aux propositions que fait le PC par le biais de l'ARAC. Dès juin 1926, la CGT rejette aussi les propositions de l'ARAC et de la CGTU, d'actions communes contre le fascisme80. Pour les socialistes, les moyens déployés par les communistes sont d'ailleurs les meilleurs arguments pour la propagande fasciste81. Le refus des organisations de gauche de s'associer aux initiatives de l'ARAC est un premier frein au développement des GDA-JGA. Il signale, au-delà des divergences de nature idéologique, la répugnance face à des pratiques qui rompent avec la tradition républicaine et ressemblent trop à celles alors à l'honneur au sein des ligues de droite.

Mais ce modèle militaire de militantisme, s'il est rejeté par l'ensemble de la gauche non-communiste, l'est également par la majorité des militants et sympathisants communistes. Le port de l'uniforme gêne considérablement le recrutement et fait l'objet de nombreuses critiques. À Lyon, certaines sections considèrent qu'il ressemble trop à celui utilisé dans l'armée82. Des critiques similaires proviennent même du service d'ordre du PC où des militants dénoncent en particulier la couleur bleue de la veste, trop semblable à celui de l'armée, alors que les hommes du service d'ordre sont contre toutes obligations de style militaires et n'acceptent, à la rigueur, que le port du béret, de l'insigne et de la canne83. Face à ces critiques  Jacques Doriot demande de s'en tenir au seul port du béret84. Robert Alloyer devant le congrès des JC où il se fait l'écho de l'embarras de militants de la région parisienne sur cette question, explique qu'il ne faut pas rendre obligatoire l'uniforme, mais tenir compte des traditions antimilitaristes85 . Il faut pourtant attendre juin 1927, pour que la direction envisage de supprimer l'uniforme pour ne conserver que le béret et la canne86.

Pour désarmer les réticents devant l'aspect trop militariste des GDA Jacques Duclos affirme que les groupes ne cherchent pas « des héros comme pendant la guerre, mais des hommes capables d'affirmer qu'ils veulent être respectés »87. Mais le refus du militarisme est plus puissant et s'accompagne également du rejet de la discipline de type militaire recherchée au sein des GDA88. L'antimilitarisme vivace des militants se concentre donc sur deux symboles du militarisme honnis, l'uniforme et la discipline pour condamner des organisations qui ne sont qu'une « mascarade […] d'anciens combattants vêtus de tenues ridicules »89. La masse communiste refuse d'intégrer des groupes qui semblent, en revanche, attirer une minorité sensible aux formes nouvelles de militantisme qu'ils représentent et qui perpétuent l'activisme des anciens groupes de combats90.


Première tentative de se doter d'une organisation autonome paramilitaire, l'échec des GDA et JGA présente un caractère paradoxal. Il symbolise le fiasco de la politique de front unique décidée par la direction du parti91 . Mais le rejet de ce qui s'apparente à un militarisme ouvrier, conforte cette même direction à maintenir une ligne politique opposée à un activisme sensible aux tentations violentes. Les JGA et GDA respectent l'esprit de cette ligne en évitant le plus possible l'emploi de la violence et en se cantonnant aux fonctions traditionnelles de service d'ordre. L'absence d'une politique d'armement, bien que certains militants possèdent, mais de manière individuelle, une arme à feu, montre qu'ils ne jouent qu'un rôle démonstratif. Ils ont en outre l'avantage de canaliser et de contraindre les activistes par le biais de l'uniforme et des marches au pas. La pratique communiste, qui s'appuie sur un anti-paramilitarisme puissant, démontre l'absence au cœur des années 1920 d'une brutalisation de la vie politique dont l'un des acteurs possibles aurait pu être le PCF.

L'organisation des GDA-JGA a quasiment disparu à la fin 1927 quand la direction du PCF décide de mettre sur pied une nouvelle organisation dédiée à la violence militante, le Front rouge. Détachés de la tutelle de l'ARAC, les quelques groupes qui existent encore se fondent en 1928 dans cette nouvelle organisation, dirigée par Armand Latour. Le Front rouge disparaît dans la débâcle du 1° aout 1929 et laisse la place à l'organisation des groupes d'autodéfense dont l'existence est précaire jusqu'en 1934 où ils retrouvent une certaine vitalité avant de disparaître début 1936 par décision de la direction communiste.

Mais la création de groupes paramilitaires donne malgré tout un cadre d'expression aux velléités insurrectionnelles. L'échec de la politique de front unique et les pressions de Moscou facilitent les tentatives pour les transformer en force armée révolutionnaire. Les GDA, malgré leur faiblesse numérique, offrent un cadre d'action propice à une frange activiste qui pense la politique en termes militaires et participe d'une radicalisation de la politique communiste.


Notes

1 « Luttons contre le fascisme », L'Humanité du 19 mai 1926.
2 « Prologue à la manifestation du Mur », L'Humanité du 30 mai 1926.
3 Georges Vidal, «  Violence et politique dans les années 1930: le cas de l'autodéfense communiste », in La Revue historique, n° 640, 2006, pp. 901-922.
4 Le 19 avril 1925 à l'occasion d'une réunion électorale une fusillade éclate causant la mort de 4 militants des Jeunesses patriotes. Si le PCF dément toute implication directe dans cet événement ce sont bien des militants communistes qui sont les auteurs de la fusillade comme le reconnaît plus tard Albert Treint.
5 Discours de Jacques Duclos au meeting de l’ARAC à Metz le 29 septembre 1926 et au meeting de l’ARAC salle Japy le 16 janvier 1926, AN F7 13179.
6 Discours de Vaillant-Couturier lors du procès de Clerc et Bernadon, Le Matin du 29 avril 1926.
7Interventions de Bernard de la région tourangelle, de Vuillemin de la région de l'Est, de Charles de l'Alsace-Lorraine, de Devernay du Nord à la conférence nationale du PCF des 1er et 2 décembre 1925, RGASPI 517/1/236.
8  Discours de Thorez à la conférence nationale du PCF des 1er - 2 décembre 1925, RGASPI 517/1/236.
9Intervention de Sémard devant le plénum exécutif du CEIC, RGASPI 495/164/323.
10 Jacques Duclos, « Le front antifasciste », l'Antiguerrier, mai 1926.
11 Jacques Duclos, « La lutte contre le fascisme, le rôle des combattants », l'Humanité du 21 février 1926
12 Compte-rendus des meetings antifascistes du 3 août 1926 à Belfort et du 8 août 1926 à Douai, AN F7 13249.
13 Discours de Jean Duclos au meeting de l’ARAC à Paris le 5 janvier 1926, rapport de police du 6 janvier 1926, AN F7 13179.
14 Circulaire du 28 octobre 1926 du secrétaire de l'ARAC de Beuvry aux organisations ouvrières, AN F7 13179.
15 Rapport de la préfecture du Rhône le 15 juillet 1926, AN F7 13179.
16 Note sur les tâches dans l'ARAC, sans date, AN F7 13179.
17 Rapport de police sur la réunion de la fraction de l'ARAC du 2ème rayon de la région parisienne du PC le 26 juin 1926, APP Ba 1939.
18 « Les assises des combattants révolutionnaire », l'Humanité du 14 juillet 1926. L'orateur fait référence aux Milices ouvrières belges
19 Rapport de police sur la réunion du secteur B des GDA le 15 septembre 1926, AN F7 13179.
20 Ordre du jour du 10° congrès de l'ARAC des 14-15 aout 1927, AN F7 13179.
21  Rapport de police du 20 juin 1926, AN F7 13179.
22 Sur la journée de Reims voir AN F7 13211.
23 Rapport de police du 4 juillet 1926, AN F7 13179.
24 Rapport de police du 9 avril 1927, APP Ba 1910.
25 Rapport de police du 22 décembre 1926, AN F7 13249.
26 Henri Barbé est alors l'un des principaux dirigeants des Jeunesses communistes.
27 Rapports de police des 31 janvier et 1er février 1927, AN F7 13180.
28 Rapport du directeur de la police parisienne du 2 mai 1927, APP Ba 1910.
29 Rapport de police du 28 mai 1926, AN F7 13179.
30 Rapport de police sur le meeting de l'ARAC à Montigny-les-Metz le 29 septembre 1926, AN F7 13179.
31 Rapport de police du 1er mai 1927, APP Ba 1628.
32 « Hommage aux héros d'Octobre », L'Humanité du 6 novembre 1927 qui montre 2 photographies.
33 Lors du meeting de l'ARAC à la Grange-aux-Belles le 10 novembre 1926 Jacques Duclos apparaît vêtu de la veste kaki, rapport de police, AN F7 13179.
34 Rapport de police du 13 novembre 1926, AN F7 13179.
35 Rapport de police sur la réunion du secteur B des GDA le 15 septembre 1926, AN F7 13179.
36 Rapport de police du 30 juin 1927, AN F7 13180.
37 Rapport de police du 5 décembre 1926, A F7 14792.
38 Le Combattant n°5 d'octobre 1926.
39 Rapport de police du 3 août 1926, AN F7 13179.
40 L'Humanité d'Alsace-Lorraine de juillet 1927.
41 Kurt P. Schuster, Der Rote Frontkämpferbund, 1924-1929, Drosde Verlag, Dusseldorf, 1975, p. 239.
42  « Prologue à la manifestation du Mur », L'Humanité du 30 mai 1926.
43 Rapport de police du 12 juin 1927, AN F7 13180.
44 Rapport de police du 10 octobre 1927, AN F7 13180.
45 Rapport de police du 24 juin 1927, AN F7 13180.
46 Le salut le poing levé est utilisé lors de la manifestation du 11 novembre 1926 à Saint-Denis, AN F7 13179. Voir Gilles Vergnon, « Le poing levé, du rite soldatique au rite de masse. Jalons pour l'histoire d'un rite politique », Le Mouvement social, n° 212, juillet-septembre 2005, pp. 77-91.
47  Rapport de police du 27 mai 1926, APP Ba 1939.
48 Discours de Déglise devant le 5ème congrès des JC le 17 août 1926, RGASPI 517/1/454.
49 Résolution sur les JGA voté par le 5ème congrès des JC, RGASPI 533/10/3213.
50 Résolution sur le rôle et l'activité des jeunes gardes, RGASPI 533/10/3228.
51 Rapport de police du 17 août 1926, AN F7 13181.
52 Questionnaire biographique de Maurice Tréand du 16 octobre 1934, RGASPI 495/270/8372.
53 Rapport de police du 22 février 1927, AN F7 13180.
54 Georges Vidal a également réalisé, à partir du DBMOF, un portrait biographique des militants liés à l'autodéfense dans « Ouvriers volontaires dans l'organisation de l'autodéfense communiste de l'entre-deux guerres: le cas français », dans Hubert Heyriès et Jean-François Muracciole (sous la direction de), Le soldat volontaire en Europe au XXème siècle : de l’engagement politique à l’engagement professionnel, Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2007, p. 255-269.
55 Expression employée par Jacques Duclos lors d'un meeting à Vienne, rapport de police du 4 août 1926, AN F7 13179.
56 « Luttons contre le fascisme », L'Humanité du 19 mai 1926.
57 Rapport de police sur le meeting de l'ARAC à Villeneuve-Saint-Georges le 30 juin 1926, AN F7 13179.
58 Discours de Duclos devant le 5ème congrès des JC le 17 août 1926, RGASPI 517/1/454.
59  Vaillant-Couturier, « À bas la guerre ! », l'Humanité du 11 novembre 1926.
60 Discours de Déglise au 5ème congrès des JC le 17 août 1926, RGASPI 517/1/454.
61 Il s'agit d'un pseudonyme dont nous n'avons pu percer le mystère.
62 Valdier, « L'histoire des insurrections et l'armement du prolétariat », Le Militant rouge, n°2, décembre 1925.
63 « Le Fascisme et les anciens combattants », Le Militant rouge, n°2, décembre 1925.
64 Pierre Lucas, « Contre le Fascisme. À propos du conseil national de l'ARAC », Le Militant rouge, n°4, février 1926.
65 Desbat, « L'ARAC et la défense prolétarienne », Le Militant rouge, n°1, 2°série, janvier 1927 cité dans Frédéric Monier, Le Complot dans la République, Paris, La Découverte, 1998, p. 189.
66 Ibidem.
67 Procès-verbal du présidium du CEIC du 30 mars 1927, RGASPI 495/2/72.
68 Lettre au comité national des JC du 15 avril 1927, RGASPI 517/1/597.
69 Résolution du comité central des JC du 10 juillet 1927 sur le rapport sur les travaux de l'exécutif de l'ICJ, RGASPI 533/10/3228.
70 Rapport sur le 7ème rayon des JC de la 4ème Entente du 20 décembre 1927, AN F7 13183.
71 Bulletin du 2ème rayon de la région parisienne du PC, n°11, janvier 1927, AN F7 14792.
72 Rapport de police du 28 mai 1926, AN F7 13179.
73 Rapport de police du 16 septembre 1926, AN F7 13179.
74 Rapports de police du 8 novembre 1926 et 29 avril 1927, AN F7 13179 et F7 13180.
75 Rapport de police du 9 avril 1927, APP Ba 1910.
76 Nous nous appuyons, pour les chiffres concernant les effectifs de la JC, sur Sylvain Boulouque, « Les Jeunesses communistes : structures d'organisation, appareil et implantation », Communisme, n° 76-77, 2003/2004, pp. 7-27.
77 Le bureau politique du PC a passé commande au syndicat de l’habillement des uniformes pour les GDA présents salle Huygens, compte-rendu de la réunion des groupes du service d'ordre du PC le 27 mai 1926, APP Ba 1939.
78 Déclaration de Deuler du comité central de l'ARAC à Lyon le 13 avril 1926, AN F7 13179.
79 Rapport de police du 3 août 1926, AN F7 13249.
80 Rapport de police du 19 juin 1926, AN F7 13179.
81 Rapport de police du 25 avril 1925, AN F7 13236.
82 Rapport de la préfecture du Rhône sur la réunion de l'ARAC du 12 septembre 1926, AN F7 13179.
83 Rapport de police du 5 juin 1926, APP Ba 1939.
84 Procès verbal du bureau politique du 12 mai 1926, RGASPI 517/1/364.
85 Rapport d'Alloyer devant le 5ème congrès des JC le 17 août 1926, RGASPI 517/1/454.
86 Rapport de police du 29 juin 1927, APP Ba 1910.
87 Rapport de police du 24 avril 1926 sur le meeting de l'ARAC à Saint-Denis le 23, AN F7 13179.
88 Rapport de la préfecture du Rhône du 15 juillet 1926, AN F7 13179.
89 Danielle Tartakowsky, Le pouvoir est dans la rue. Crises politiques et manifestations en France, Paris, Aubier, 1998, p. 75.
90 En novembre 1926, alors que les GDA comptent 3000 militants dans la Seine, la police estime que près d'un tiers sont d'anciens membres des groupes de combats du PC et des JC, rapport de police du 8 novembre 1926, AN F7 13179.
91 E. Bahier, « Les Adversaires », Bulletin de l'Entente (Région parisienne des JC), n°2, mars 1927, RGASPI 533/10/3237.

David FRANCOIS, docteur en Histoire.
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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")