Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 07:00

Olivier Wievorka, Une histoire de la Résistance en Europe occidentale, Perrin, 2017.

L’armée des ombres en Europe

Après la publication d’un ouvrage remarqué sur l’histoire de la Résistance française, Olivier Wieviorka élargit son champ d’observation à l’ensemble de la résistance en Europe occidentale soit la France, l’Italie, la Belgique, les Pas-Bas, le Danemark et la Norvège. A l’opposé d’une juxtaposition ou d’un catalogue qui décrirait à tour de rôle chaque résistance nationale, il adopte, pour analyser son sujet, une position résolument comparatiste particulièrement fructueuse et riche d’enseignements.

Le pari d’Olivier Wieviorka pouvait se révéler périlleux tant la situation de chaque pays est contrastée à la suite de l’invasion allemande du printemps 1940. Les souverains et les gouvernements de Norvège et des Pays-Bas se réfugient à Londres à l’instar du gouvernement belge dont le roi reste néanmoins au pays. Le Danemark, qui n’est pas entré officiellement en guerre, conserve quant à lui ses institutions tandis que la France est coupée en deux avec le régime de Vichy en zone sud. Quant à l’Italie, elle demeure membre de l’Axe jusqu’en septembre 1943. Cette diversité conditionne le développement de résistances nationales selon des modalités et des chronologies différentes. Pour contourner la difficulté que représente cette hétérogénéité, Olivier Wieviorka se place en surplomb et privilégie l’étude des relations qu’entretiennent les Alliés anglo-saxons avec ses résistances nationales.

À l’été 1940, les Britanniques, qui se retrouvent seules face à l’Axe, sont conscients des possibilités que peut leur apporter le développement d’une guerre subversive en Europe occupée, mais ne disposent d’aucune structure, ni de doctrines concernant son emploi. Churchill fonde alors un service destiné à organiser et animer ce nouveau front, le SOE, rejoint avec l’entrée en guerre des États-Unis par l’OSS, deux services qui vont à la fois soutenir les mouvements de résistance mais également essayer de leur faire appliquer les directives de l’État-major allié.

Olivier Wieviorka montre avant tout que la résistance, phénomène endogène aux pays occupés, n’aurait pu se développer sans le soutien anglo-saxon, notamment en moyens matériels et en armes mais aussi par la propagande. Les relations ne sont pas toujours faciles entre les résistances et les Alliés d’autant qu’elles sont souvent parasitées par les conflits entre services alliés, entre les Anglo-saxons et les pouvoirs en exil, entre ces derniers et la résistance.

Malgré ces difficultés, les Alliés apportent un appui substantiel aux résistants et cela sans faire de discrimination selon leur couleur politique, malgré ce que diront beaucoup de résistants après la guerre. Les incompréhensions qui s’installent entre les Alliés anglo-saxons et les résistances résultent avant tout d’une divergence entre les partenaires quant à leurs objectifs. Si les premiers sont animés par une logique de victoire militaire, les secondes privilégient une logique de libération. Cette divergence est à la base de la controverse entre partisans de l’action immédiate et attentistes. Elle n’empêche pas que les résistants se plient finalement aux exigences de la stratégie définie par les Alliés, une stratégie où ils jouent le plus souvent un rôle de second plan sans être néanmoins négligeable.

Le livre d’Olivier Wieviorka est une réussite qui permet tout à la fois d’élargir nos connaissances sur l’histoire de la résistance hors des frontières hexagonales, de mieux appréhender la place des Britanniques et des Américains dans cette histoire, de réfléchir à l’articulation entre guerre conventionnelle et guerre subversive et de remettre en cause certaines idées reçues. Espérons que ce livre donne à un historien l’idée de se pencher sur les relations de l’Union soviétique avec les résistances nationales en Europe, aussi bien orientales qu’occidentales.

Repost 0
10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 07:00

Pascal Delwit, Les gauches radicales en Europe, XIXe-XXe siècles, Éditions de l’Université libre de Bruxelles, 2016.

Une histoire de l'Europe rouge

L’ouvrage de Pascal Delwit est un concentré d’érudition, une mine d’informations et une synthèse d’une grande clarté sur l’histoire de la gauche radicale depuis deux siècles.

L’ouvrage est divisé en trois parties, la première, la plus classique, traite de l’apparition du socialisme dans l’Europe au début du 19e siècle, de sa montée en puissance, de son implantation nationale et de son unification au sein des 1e et 2e Internationales. La seconde partie, qui forme le cœur de l’ouvrage et occupe prés des 2/3 du livre, s’intéresse au « court 20e siècle » de 1914 à 1991 et traite exclusivement de l’histoire du mouvement communiste et de ses dissidences trotskistes et maoïstes. La dernière partie, la plus originale, étudie les différentes formes où s’incarne la gauche radicale au lendemain de la chute des pays socialistes en Europe de l’Est et jusqu’à nos jours, que ce soit d’anciennes organisations qui essayent ou non de s’adapter aux temps nouveaux ou de formations nouvelles comme Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce.

Si la dernière partie de l’ouvrage, la plus contemporaine, doit encore passer le cap de la durée pour confirmer ou non certaines hypothèses, la partie sur l’histoire du communisme européen est une véritable référence. L’auteur, par de multiples aller-retours entre sa dimension internationale et nationale, montre à la fois la profonde unité du communisme européen mais également sa diversité dans ses expressions nationales, une diversité qui, à partir de 1956, tend à s’accroître avant son déclin général dans les années 1970-1980. Pour cela, l’auteur s’appuie sur une impressionnante masse de faits et de connaissances ne laissant de côté aucun parti communiste européen, des plus grands comme celui de France ou d’Italie aux plus modestes comme ceux d’Islande ou du Luxembourg.

L’ensemble s’accompagne de nombreuses cartes et tableaux et d’une vaste bibliographie pour faire du livre de Pascal Delwit une excellente synthèse, un instrument de travail, un manuel de qualité pour comprendre et appréhender le destin et la place de la gauche radicale en Europe depuis deux siècles. Un ouvrage indispensable qui a en plus le mérite d’être édité en format de poche à un prix plus que raisonnable pour une telle somme.

Repost 0
communismeetconflits - dans Communisme en Europe Extrême-gauche
8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 09:54

Valerio Gentili, Bastardi senza storia. Dagli Arditi del Popolo ai Combattenti Rossi di Prima Linea : La storia rimossa dell'antifascismo europeo, Castelvecchi, Rome, 2011.

 

Bastardi

Le postulat à l'origine du livre de Valerio Gentili est particulièrement original et intéressant : selon lui, il a existé à partir des années 1920 un véritable mouvement de résistance armé antifasciste en Europe dont l'histoire et le souvenir ont été délibérément occulté. En effet l'auteur avance, de manière assez hardie, l'idée que seule une réaction violente du monde ouvrier, dépassant les cadres de la légalité démocratiques, aurait pu éviter l'arrivée des nazis au pouvoir, mais les dirigeants réformistes, soutenu par les classes dirigeantes, n'ont pas voulu enfreindre cette légalité. Afin d'occulter cette funeste erreur, l'existence d'un antifascisme armé avant la guerre a donc été sciemment occultée.


Pour appuyer sa théorie Valerio Gentili se lance dans une description des différents groupes paramilitaires de gauche qui ont existé en Europe durant les années 1920 et 1930 : Rote Frontkampferbund, Reichsbanner Front de Fer en Allemagne, Schutzbund en Autriche, Groupes de défense antifascistes et TPPS en France, Arditi del Popolo en Italie, Ex-Servicemen en Angleterre. Il porte une attention particulière à l'Allemagne et met en évidence la nécessité pour les organisations de gauche d'assurer la défense de l'exercice de leurs droits politiques et syndicaux mais aussi celle de leurs militants et dirigeants. Cette nécessité face à l'agressivité des groupes fascistes explique la naissance de troupes paramilitaires à gauche. Il montre surtout la fascination qu'exerce à l'époque, même à gauche, la symbolique guerrière, ce qui se laisse voir dans les affiches, les symboles graphiques, comme les trois flèches, mais aussi les uniformes et les défilés. Cette appétence pour la discipline, la rhétorique de l'honneur, une virilité brutale se déploie ainsi au milieu d'une véritable guerre des symboles qui voit naitre et s'internationaliser le salut le poing levé.


Valerio Gentili ne cache pas la spécificité des organisations armées antifascistes dont la majorité des membres sont des anciens combattants et qui recrutent dans les marges du monde ouvrier. Cela signifie que s'y retrouvent de nombreux chômeurs, des déclassés mais également un lumpen-prolétariat qui n'hésite pas à confondre étroitement politique et criminalité à l'instar du groupe impliqué dans le meurtre du nazi Horst Wessel. Ces milices ne forment pas non plus un ensemble idéologique structuré mais plutôt un agrégat de diverses révoltes contre la société, ce qui peut expliquer à la fois la méfiance que les partis de gauche manifestent à leur égard mais aussi la relative facilité pour les militants à déserter pour rejoindre les rangs des adversaires.


Ce voyage dans l'antifascisme violent ne s'achève pas en 1939-1940 puisque Valerio Gentili le prolonge jusque dans les années 1990 présentant les groupes Antifa en France et en Italie ainsi que le Rash ou Patrie socialiste en Italie. Il parvient ainsi à montrer la résurgence des symboles antifascistes nait dans l'entre-deux-guerres au sein de ces formations qui regroupent des jeunes et animent une subculture contestataire.


Le livre de Valerio Gentili est un document fascinant puisque c'est le seul, à notre connaissance, à tracer les contours d'une histoire des groupes paramilitaires de gauche. Le simple fait de vouloir combler un vide historiographique en se penchant sur l'histoire des milices antifasciste doit ainsi être salué. Mais les erreurs factuelles sont nombreuses, notamment sur le cas français que nous connaissons bien, ce qui laisse deviner l'utilisation de sources de seconde main peu scientifique. Surtout cet ouvrage est avant tout un livre militant, puisque l'auteur est une membre actif du groupe Patria socialista qui, à Rome, essaye de faire revivre cet antifascisme musclé. Le postulat de départ de l'auteur que nous avons résumé plus haut est ainsi fortement politique ce qui ne fait, en définitive, que nuire à la crédibilité du propos.

Repost 0
communismeetconflits - dans Communisme en Europe
2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 10:16

Henri Michel, Et Varsovie fut détruite, Albin Michel, Paris, 1984.

file4310

 

Henri Michel, historien universitaire décédé en 1986, est bien connu des spécialistes et amateurs de la Seconde guerre mondiale, notamment de l'histoire de la Résistance française. En 1984, sans quitter sa période de prédilection, il publie Et Varsovie fut détruite. Le titre est en partie trompeur puisque Henri Michel se propose de raconter l'histoire de la Pologne entre 1939 et 1945 et pas seulement l'insurrection de Varsovie. L'ouvrage, sur un sujet rarement traité dans l'édition française, n'a jamais, à notre connaissance, fait l'objet d'une réédition y compris en format poche.

 

Le plan de l'ouvrage est classique et suit en partie la chronologie des évènements. Dans le premier chapitre, Henri Michel brosse le portrait de la Pologne en 1939, un pays rural, fier mais qui surestime ses forces. Les deux chapitres suivants racontent la défaite polonaise de septembre 1939, le partage du pays entre l'URSS et l'Allemagne et la rigueur de l'occupation dans chacune des parties. Un quatrième chapitre se concentre plus précisément sur Varsovie où apparaissent les premiers signes de résistance avec la formation d'un véritable État clandestin lié au gouvernement en exil à Londres et qui possède son armée de l'ombre, l'Armée de l'Intérieur (AK). Henri Michel prend soin de décrire les différents types de résistance sans omettre celle des Juifs, notamment à travers l'insurrection du ghetto de Varsovie, ainsi que celle des communistes qui apparaît à partir de juin 1941.

 

Le cinquième chapitre traite de la place de la Pologne dans les relations entre les Alliés. Et c'est d'une manière particulièrement claire que Henri Michel présente une question fort complexe. Les Anglo-saxons sont en effet partagés entre le soutien au gouvernement polonais de Londres qui se bat depuis 1939 et la nécessité de ne pas froisser un Staline qui veut remodeler les frontières de l'Europe orientale et s'appuie sur les communistes polonais pour former un gouvernement polonais concurrent de celui de Londres. Le sixième chapitre est quant à lui totalement consacré au soulèvement de Varsovie à l'été 1944. Les forces en présence et le déroulement des combats sont décrits de manière précise. Henri Michel traite également de l'inaction de l'Armée rouge pourtant aux portes de la ville, inaction qui condamne les insurgés. Le dernier chapitre raconte la libération de la Pologne, les conséquences de la conférence de Yalta pour le pays et l'instauration du régime communiste.

 

Ouvrage riche, où de multiples sujets sont traités comme le massacre de Katyn, dont Henri Michel attribue justement la responsabilité aux Soviétiques, mais aussi les périples de l'armée d'Anders et celle de Berling, Et Varsovie fut détruite est plein d'une érudition qui s'exprime de manière claire et limpide. La richesse de l'index et des notes rend la lecture de ce livre indispensable pour tous ceux qu’intéressent l'histoire de la Seconde guerre mondiale et de la Pologne, un pays alors trop loin de l'Occident et trop prés de la Russie.

Repost 0
communismeetconflits - dans Communisme en Europe
24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 13:17

9780230575691.jpg

 

Ben Shepherd et Julierre Pattinson (sld), War in a Twilight World. Partisan and Anti-Partisan Warfare in Eastern Europe, 1939-1945, Palgrave McMillan, Londres, 2010.

Repost 0
communismeetconflits - dans Communisme en Europe

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")