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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 09:16

Florin Aftalion, Alerte rouge sur l'Amérique : Retour sur le maccarthysme, JC Lattés, 2007.

Quand l’Amérique voyait rouge

La peur du rouge, le Red Scare, qui s’empare des États-Unis aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale est au cœur du livre de Florin Aftalion. Loin de voir dans cet épisode une réaction fantasmatique de l’opinion américaine conduisant à une chasse aux sorcières contre des intellectuels coupables d’opinions de gauche, l’auteur insiste plutôt sur la faiblesse des capacités de défense des États-Unis face à l’espionnage soviétique.

 

L’auteur montre que, profitant de la présidence Roosevelt et de l’alliance soviéto-américaine durant la Seconde Guerre mondiale, les Soviétiques infiltrent les milieux intellectuels, l’administration et le monde scientifique américains. Cela aussi bien dans un but d’espionnage que d’influence. Cette infiltration est révélée peu à peu à partir de 1945 notamment grâce aux déclarations de Whittaker Chambers devant la commission sur les activités antiaméricaines. L’auteur décrit de manière claire le déroulement des multiples affaires qui font suite à ces découvertes, de celle concernant Alger Hiss, fonctionnaire au Département d’État, aux enquêtes dans les milieux du cinéma hollywoodiens où s’illustre le jeune Ronald Reagan. Il s’attarde aussi longuement sur l’espionnage atomique, les affaires Fuchs et Rosenberg, montrant la culpabilité de ce dernier.

 

L’hystérie anticommuniste qui s’empare alors de l’Amérique s’incarne bientôt dans la figure du sénateur Joseph McCarthy, un personnage médiocre qui fait carrière en dénonçant l’infiltration de l’administration démocrate par les communistes. Lorsqu’il entre en scène, l’épuration des administrations a déjà été réalisé et les grandes affaires d’espionnage de l’après guerre sont terminés. McCarthy fait malgré tout beaucoup de bruits pour décrédibiliser l’administration Truman mais dès qu’il commence à attaquer l’armée il ne trouve plus seulement face à lui la gauche américaine. L’administration républicaine, après l’élection d’Eisenhower en 1952, décide de se débarrasser de l’histrion dont la carrière est rapidement ruinée et qui meurt prématurément en 1957.

 

L’auteur insiste longuement tout au long de son livre sur la difficulté de combattre l’espionnage dans un État de droit. Les responsables américains ont très vite découvert, grâce au programme Venona de déchiffrement des messages codés soviétiques, l’ampleur de l’espionnage de l’URSS aux États-Unis. Mais le caractère secret-défense de l’opération Venona interdit que le programme ne soit rendu public et surtout que les informations qui en sont issus soient présentés devant des tribunaux. Faute de ces éléments, le FBI peut difficilement traduire en justice et faire condamner les suspects. La publicité des débats, inhérente à une justice démocratique, s’accorde mal avec les nécessités de la guerre secrète. Une situation qui semble toujours d’actualité.

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communismeetconflits - dans Espionnage Guerre froide
19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 07:56

Radu Portocala, L’exécution des Ceaucescu. La vérité sur une révolution en trompe-l’œil, Larousse, 2009.

Retour sur la révolution roumaine de 1989

Le livre de Radu Portocala est pour le moins iconoclaste. Pour l’auteur, la révolution roumaine de décembre 1989 ne fut en effet qu’une énorme manipulation mêlant à la fois un coup d’État local et une opération de désinformation à l’échelle mondiale.

 

L’auteur débute en retraçant les étapes de l’ascension de Nicolae Ceaucescu, un personnage médiocre, sans grande culture mais aussi un ambitieux brutal et rusé. Rien ne le désigne néanmoins pour prendre la tête de la Roumanie à la mort de Gheorghiu-Dej en 1965. Ceux qui le placent à la direction du pays pensent qu’ils pourront le manipuler facilement mais Ceaucescu est plus fin tacticien et réussit en quelques années à asseoir son pouvoir. Il parvient également à se distinguer sur la scène internationale par son refus de s’aligner systématiquement sur les positions soviétiques et bénéficie ainsi pendant longtemps d’une image positive en Occident.

 

La situation est bien différente en 1989. Le régime roumain est isolé sur la scène internationale alors que, selon Portocala, l’URSS organise sciemment la fin des régimes communistes en Europe oriental. L’ouverture de la frontière hongroise en mai 1989 est, toujours selon lui, le premier acte d’un plan soviétique qui conduit en novembre à la chute du Mur de Berlin. Si l’essentiel de cette désovietisation de l’Europe de l’Est se fait sans heurts et pacifiquement, les Soviétiques savent que tout changement en Roumanie doit passer par l’éviction d’un Ceaucescu hostile à toute remise en cause de son pouvoir.

 

Les Soviétiques organisent donc la chute de Ceausescu. Pour cela ils bénéficient de la complicité d’une partie des services de renseignements militaires roumains et de la police politique, la Securitate qui se livrent à un véritable double jeu, privant peu à peu Ceausescu de tout pouvoir sans que ce dernier s’en rende compte. La relève politique s’organise autours de cadres du PC roumain comme Iliescu mais aussi Militaru, un agent des services de renseignement de l’armée soviétique ou encore Radulescu, un dirigeant proche de Moscou.

 

Portocala raconte ensuite la mise en marche de ce coup d’État qui débute à Timisoara où des « touristes » soviétiques sèment le chaos, poussant les manifestants à devenir agressif pour entraîner une réaction violente des autorités. Les tueries de Timisoara doivent légitimer la suite du coup d’État tandis que l’opération de désinformation autour du charnier de la ville doit rallier l’opinion internationale. La révolution se poursuit ensuite, en direct, dans les studios de la télévision à Bucarest où se retrouvent les instigateurs de l’opération pour former la nouvelle équipe gouvernementale. C’est ce groupe qui décide la mise à mort de Ceaucescu dans une atmosphère étrange où des tireurs de la Securitate, supposés fidèles au dictateur déchu, tirent sur les foules mais sans qu’aucun d’entre eux ne soit jamais arrêté.

 

Au final la « révolution roumaine » apparaît comme une révolte populaire spontanée, provoquée et manipulée pour justifier un coup d’État au sein de l’appareil dirigeant. Et pour Portocala l’ensemble de l’opération a était supervisé par les Soviétiques. Cette relecture de la chute du pouvoir communiste n’est certes pas nouvelle, mais elle permet d’envisager autrement l’histoire des bouleversements en Europe orientale à la fin des années 1980.

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communismeetconflits - dans communisme roumain 1989
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 07:16

2e Guerre mondiale, n°59, avril-mai 2015.

De la Pologne au Caucase

Le dernier numéro du magazine 2nde Guerre mondiale, paru début avril, livre un dossier et trois articles sur le front de l’Est.

 

Le dossier, sous la plume de Vincent Bernard, décrit et compare l’état des forces de la Wehrmacht et de l’Armée rouge au printemps 1941, à la veille de l’opération Barbarossa. Si le traitement du dossier est classique avec force tableaux et organigrammes, l’auteur montre que l’armée soviétique est alors en pleine transformation et dispose d’un potentiel qui s’il n’apparaît pas lors des désastres de l’année 1941 jouera un rôle essentiel dans la suite du conflit.

 

Jean-Baptiste Murez retrace le parcours de la 16e division d’infanterie allemande, l’unité qui fut engagée le plus profondément dans le Caucase.

 

Stéphane Mantoux décrit et analyse un sujet peu connu, l’invasion et l’occupation de la Pologne orientale par l’URSS en septembre 1939. Il montre que cette invasion ne fut pas une simple promenade de santé pour les Soviétiques qui rencontrèrent une certaine résistance et que l’épisode est un premier avertissement sur les faiblesses de l’appareil militaire soviétique seulement deux ans après les grandes purges. Soulignons que l’auteur ne s’arrête pas aux seuls aspects militaires de l’occupation soviétique en Pologne et montre l’imposition par la force du système stalinien à une société polonaise traumatisée.

 

Parmi les rubriques habituelles dans le magazine, soulignons la fiche personnage qui est ici consacrée à Nikolaï Kouznetsov, commissaire du peuple à la marine pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Voici donc un numéro de 2e Guerre mondiale intéressant et stimulant en attendant la parution du prochain opus dans une nouvelle formule qui promet tout à la fois de nouvelles rubriques et des dossiers plus importants.

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 06:40

Christian Chevandier, Été 44. L’insurrection des policiers de Paris, Vendémiaire, 2014

Des policiers insurgés.

L’histoire de la police est au cœur de nombreux ouvrages traitant de l’Occupation en France. Instrument de répression au service des autorités de Vichy mais aussi des Allemands, l’institution policière apparaît ainsi fortement compromise. Pourtant à l’été 1944, ce sont les policiers parisiens qui sont les fers de lance de la libération de la capitale.

 

Christian Chevandier montre que cet étonnant retournement s’inscrit dans une évolution souterraine : l’hostilité des policiers contre les Allemands ne cessent de grandir et s’exprime de nombreuses façons. Certains font preuves de mauvaises volontés lors des rafles des Juifs, d’autres n’interviennent pas lors des manifestations du 14 juillet 1944. La Résistance se développe au sein de la police. Des policiers entrent en clandestinité tandis que le 14 août, les représentants des trois principaux mouvement de résistance policier, dont le Front national de la police proche des communistes, lancent une grève générale pour le lendemain, grève qui est largement suivie. Le 19, environ 2 000 policiers en grève occupent la Préfecture de police de Paris et hissent le drapeau tricolore en plein Paris. La police vient de lancer l’insurrection qui conduit à la Libération de la ville. Une course de vitesse s’engage alors entre gaullistes, plutôt hostiles à l’insurrection, et partisans de cette dernière. Chaban-Delmas presse le général Koenig d’envoyer des troupes régulières sur Paris tandis que Parodi, représentant du général de Gaulle, intronise Charles Luizet comme nouveau Préfet de Police.

 

Les policiers combattent aux cotés des FFI puis des soldats français de la division Leclerc. Les combats pour la Libération de Paris font environ 5 000 morts dont 3 200 Allemands et un millier de FFI. La police compte ainsi 152 tués. Le 31 août, le gouvernement s’installe à Paris et a besoin de la police pour asseoir son autorité et mettre au pas les groupes armés issus de la Résistance et souvent proche du PCF.

 

Après la description du rôle de la police dans la Libération de Paris, l’auteur analyse ce groupe particulier, en en dressant un portrait sociologique et politique à travers l’étude des dossiers individuels des 152 policiers résistants tués durant les combats. La plupart sont né dans le nord de la France, dans des familles modestes. Ils sont entrés jeune dans la vie active et ont pour la plupart connu d’autres professions avant d’intégrer la police. Il montre ainsi que ce sont les gardiens de la paix et les petits gradés qui s’engagent le plus massivement dans la résistance, bouleversant au passage les hiérarchies traditionnelles. Leurs motivations ne sont pas idéologiques, la plupart ont subi la défaite et l’occupation comme une humiliation. L’insurrection leur apparaît donc comme un moyen de retrouver une dignité perdue.

 

L’auteur retrace également la mémoire de cette participation policière à la Libération, une mémoire mise à l’honneur par les autorités. De Gaulle a en effet besoin de la police pour assurer le maintien de l’ordre dans un pays en convalescence et cela nécessite d’effacer le souvenir du rôle de la police sous l’occupation pour lui substituer l’image de policiers combattants. La réhabilitation de la police passe par cette exaltation du rôle des policiers dans la Libération.

 

Les policiers français servirent donc à quelques mois d’intervalles à la fois Pétain et de Gaulle et si l’institution policière a collaborée, il est indéniable que des policiers ont résisté. Loin des stéréotypes et des anachronismes, Christian Chevandier met en perspectives et éclaire cette apparente contradiction qui fut alors celle de nombreux Français.

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communismeetconflits - dans Seconde Guerre mondiale Résistance
26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 07:38

Boris Laurent, Les opérations germano-soviétiques dans le Caucase (1942-1943), Economica, 2014.

Allez-retour de la Crimée à l’Elbrouz

Boris Laurent, auteur d’un gros ouvrage sur l’histoire du front de l’Est, propose un récit complet des opérations germano-soviétiques dans le Caucase en 1942-1943. L’auteur nous montre la genèse de cette tentative d’invasion du Caucase par les Allemands et insiste sur l’erreur que représente la direction n° 45 d’Hitler qui écartèle l’effort allemand entre une offensive dans le Caucase et une offensive en direction de la Volga. Mais il montre également que l’objectif d’Hitler de priver l’URSS de son pétrole, de la couper de l’approvisionnement américain en provenance du corridor persan, et de pousser la Turquie à rejoindre l’Axe n’est pas totalement chimérique.

 

Après avoir présenté les forces en présence, l’auteur raconte dans le détail, les différentes phases des combats dans le Caucase depuis les succès allemands jusqu’à la reconquête soviétique. Si l’ensemble est de facture classique, signalons le chapitre concernant l’utilisation par les Allemands de volontaires caucasiens, dans le cadre de l’opération Chamil, pour s’emparer des puits de pétrole de Grozny ou les pages sur la bataille aérienne du Kouban où pour la première fois, l’aviation rouge l’emporte sur la Luftwaffe.

 

Si l’ouvrage, agréable à lire, est une mine de renseignements pour le néophyte, nous regrettons le manque de cartes. Il est en effet impossible au lecteur de suivre le déroulement des opérations décrites, à moins de se munir au préalable d’un atlas. Sans cartes lisibles, la lecture devient assez pénible et quelque peu frustrante. Ce problème n’est évidemment pas propre au livre de Boris Laurent et touche, hélas, de nombreux autres ouvrages. Concernant l’opération Chamil, l’auteur, à notre étonnement, ne cite pas la biographie de Béria par Françoise Thom qui livre une analyse minutieuse, basée sur les archives russes et caucasiennes, de l’attitude complexe des Caucasiens durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Au-delà de ces quelques remarques, le livre de Boris Laurent s’inscrit avec bonheur dans l’émergence d’une littérature francophone sur l’histoire du front de l’Est. Loin des batailles de Moscou, Stalingrad, Koursk ou Berlin, il procure une sensation de dépaysement aux lecteurs qui souhaitent découvrir le sujet.

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 07:13

Nicolas Patin, La catastrophe allemande, 1914-1945, Perrin, 2014.

Le démocratie allemande dans la tourmente.

Le titre de l’ouvrage de Nicolas Patin est quelque peu trompeur puisqu’il peut laisser croire qu’il retrace l’histoire de l’Allemagne entre le déclenchement de la Première Guerre mondiale et la capitulation du 8 mai 1945. En fait, l’auteur analyse cette tranche d’histoire allemande par le biais d’une institution, le Reichstag, le parlement allemand, et surtout à travers le destin des députés élus à l’époque de la République de Weimar.

 

L’auteur commence par montrer la place singulière du Reichstag dans la vie politique à l’époque de l’Empire, un rôle qui est assez éloigné de celui, central, joué par la Chambre des députés de la IIIe République. Le Chancelier n’étant pas responsable devant le Reichstag et l’exécutif ayant les moyens de légiférer sans l’assentiment du Parlement, ce dernier ne possède en réalité qu’une ombre de pouvoir. Il apparaît surtout comme une scène publique, une tribune où il est facile de faire de grands discours et de montrer une grande d’intransigeance puisque les grandes décisions ne sont pas prises là. La situation change radicalement en 1919 avec la constitution de Weimar. Le Reichstag devient le lieu central où s’élabore la politique allemande mais la majorité des députés continue à cultiver la rhétorique et l’opposition systématique au lieu de développer une culture du débat et du consensus, déstabilisant ainsi l’ensemble du dispositif constitutionnel.

 

Mais dans les années 1920, le système parlementaire s’améliore peu à peu et parvient même à intégrer les communistes pourtant farouches opposants à la République de Weimar. Si les députés du KPD n’hésitent pas à utiliser le Reichstag pour faire de l’agitation ou de la provocation, ils s’intéressent peu à peu au travail parlementaire, notamment au sein des commissions où s’élaborent les lois et ne représentent plus une menace pour le bon fonctionnement du Parlement. Cette intégration des communistes permet au Reichstag d’assurer sans trop de heurts ses fonctions. L’arrivée massive de députés nazis en 1930 bouleverse ce fragile équilibre. Le Parlement est incapable d’intégrer ces nouveaux venus et le système se retrouve rapidement bloqué provoquant la crise institutionnelle.

 

Si comme le montre Nicolas Patin, le Reichstag des années 1920 fut dominé par des députés anciens combattants, l’expérience du front ne forme pas un ciment qui aurait pu unir les parlementaires. C’est même le contraire qui se passe puisqu’elle devient un facteur de division et de conflit, le député conservateur généralement ancien officier faisant l’apologie de la discipline militaire face au communiste, ancien soldat, prônant l’insubordination et dénonçant la boucherie inutile. Les divisions sociales et religieuses s’incarnent et se déchirent au Reichstag à travers des partis qui ne s’adressent et ne représentent que des segments de la population. La seule exception est le parti nazi qui à travers son appel à l’unité communautaire du peuple transcende les clivages de classe. Ce dernier finit par l’emporter, réduisant à néant le parlementarisme allemand. Par son incapacité à dépasser les divisions sociales et idéologiques du pays, le Reichstag allemand participe donc bien de la catastrophe allemande qui ébranle non seulement l’Allemagne mais également le reste de l’Europe.

 

À la croisée de l’histoire politique, sociale et culturelle, Nicolas Patin montre avec talent que si la démocratie de Weimar n’était pas condamnée dès sa naissance à mourir, l’absence de culture du consensus et les profondes divisions de la société allemande ont finalement conduis à la dictature nazie.

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communismeetconflits - dans Allemagne de Weimar Communisme allemand
20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 07:27

Stéphane Mantoux, Les guerres du Tchad, 1969-1987, Lemme Edit, 2015.

Tchad, champs de bataille.

Après un ouvrage sur l’offensive du Têt paru chez Tallandier en 2013, Stéphane Mantoux publie un nouvel opus où il conduit cette fois-ci le lecteur au cœur du continent africain pour étudier la série de conflits qui ébranla le Tchad depuis son accession à l’indépendance.

 

L’auteur prend soin d’abord de présenter l’histoire, mal connue, du Tchad depuis la préhistoire. Le lecteur découvre ainsi que la région a vu se développer des structures étatiques d’ampleur comme l’empire de Kanem-Bornou et une division territoriale entre un nord qui est le domaine de chasseurs guerriers et un sud agricole plus pacifique. C’est sur ce territoire, qui n’a rien d’homogène, qu’à la fin du 19e siècle, la France s’implante et transforme le Tchad en une colonie qui ne prend son indépendance qu’en août 1960.

 

Le premier président du Tchad, Tombalbaye, instaure rapidement un parti unique et favorise les populations du Sud aggravant les tensions qui déchirent le pays. Les opposants s’organisent et s’arment. En 1966 naît le FROLINAT, le Front de libération national du Tchad, qui porte des coups de plus en plus sévère au gouvernement. La montée en puissance du FROLINAT oblige la France à intervenir militairement pour soutenir le pouvoir tchadien avec l’opération Limousin en 1969.

 

Les années 1970 ne voient pas une accalmie dans les conflits qui ensanglantent le Tchad. La situation devient même de plus en plus complexe avec la mort de Tombalbaye, les divisions au sein du FROLINAT, l’intervention de puissance extérieure comme le Zaïre, le Nigeria, le Soudan mais surtout la Libye. Et toujour la France dans le cadre des opérations, Tacaud, Manta et Epervier.

 

Dans les années 1980, le conflit tchadien est devenu un mélange de guerre civile et de guerre international. Le FROLINAT de Oueddeï, soutenu par les Libyens affronte les FANT d’Hissène Habré soutenu quant à eux par la France, l’Égypte et les États-Unis. Un conflit de guerre froide en plein cœur de l’Afrique puisque la Libye est armée et reçoit une aide logistique du bloc de l’Est. La situation semble se débloquer quand les FANT s’empare de la base libyenne de Fada, puis de Ouadi Doum et d’Aouzou en 1987.

 

Le coup de grâce à l’intervention libyenne ne se joue pas au Tchad mais dans le sud de la Libye, près de Koufra, quand la base militaire de Maaten as-Sarra est victime d’un raid des FANT en septembre 1987. C’est l’occasion pour Stéphane Mantoux de montrer les méthodes de combat utilisées avec succès dans cette région sahélienne, la fameuse guerre des Toyotas. Ces véhicules utilitaires sont transformés avec des armes relativement anciennes et parfois équipés de matériels modernes comme les missiles Milan. Ils permettent aux troupes d’organiser des raids au long cours jouant sur l’effet de surprise, la puissance de feu et l’extrême mobilité de ces colonnes motorisées. C’est un raid de ce type qui est mené contre Maaten as-Sarra, poussant la Libye a abandonné ses prétentions sur le Tchad.

 

Le livre de Stéphane Mantoux est une synthèse utile sur l’histoire des conflits tchadiens des années 1960 à la fin des années 1980. S’il s’intéresse aux interventions militaires françaises dans cette ancienne colonie, il ne fait pas l’impasse sur les dissensions qui, au-delà de la colonisation, fracturent ce territoire et conduisent à une guerre civile qui dura plus de 30 ans. Le vainqueur de ce combat, Hissène Habré est encore au pouvoir en 2015 et a réussi à faire de son pays une puissance régionale et un pôle de stabilité dans un environnement de plus en plus incertain.

 

L’ouvrage de Stéphane Mantoux, bien illustré et possédant quelques cartes en couleur, est incontournable pour ceux qui souhaitent découvrir l’histoire du Tchad, des conflits dont ce pays fut le théâtre, de l’affrontement entre la France et la Libye qui s’y joua et qui n’était également qu’une partie d’un conflit plus vaste opposant l’Est et l’Ouest.

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communismeetconflits - dans Guerre froide Tchad Afrique Libye
2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 07:43

Jeanne Puchol, Laurent Galandon, Vivre à en mourir, Le Lombard, 2014.

L'Affiche rouge en BD

L'histoire du groupe Manouchian, ceux de l'Affiche rouge, est bien connue. Des ouvrages historiques, des romans, des livres jeunesses, des films et des documentaires retracent le destin tragique de ces résistants communistes. Mais jusque là, la bande dessinée ne s'était jamais, à notre connaissance, appropriée ce sujet. C'est chose faite désormais avec l'album Vivre à en mourir. Et disons le d'emblée, c'est une réussite.

 

C'est le parcours de Marcel Rayman qui forme le fil rouge de l'ouvrage. A travers le destin de ce jeune homme, ils montrent la nécessité pour ses étrangers de résister, une résistance qui débute timidement avec des tracts et des actes de vandalisme. Ce sont les rafles antisémites qui touchent sa famille qui font basculer Rayman vers la lutte armée. Ce choix n'est pas simple, des doutes se font jour sur la nécessité d'utiliser les méthodes du terrorisme. S'ajoutent à ces réflexions celles concernant l’exécution d'otages par les Allemands en représailles des attentats.

 

Les auteurs présentent donc les résistants comme des êtres humains ordinaires, avec leurs doutes, leurs angoisses, leurs peines, leurs espérances. Ici pas d'héroïsation, ni d'image d'Epinal. S'appuyant sur les travaux des historiens, le livre retrace assez fidèlement l'engagement de Rayman, ses actions. Il met également en scène la traque que livrent les policiers français contre le groupe Manouchian. Les imprudences, les trahisons, le professionnalisme de la police conduisent à l'arrestation de Rayman et de ses camarades. La fin de l'histoire est connue avec les exécutions du 21 février 1944 et l'apparition de l'Affiche rouge, une opération de propagande allemande qui fait paradoxalement entrer les condamnés dans la légende.

 

Sur le plan graphique l'ouvrage est superbe, utilisant la ligne claire et des couleurs douces . Cette douceur et la clarté des dessins forment d'ailleurs un saisissant contraste avec le drame qui se déroule sous les yeux du lecteur, peut-être pour signifier la fin de l'innocence des hommes et des femmes, la plupart jeune, qui s’engagèrent dans un combat inégal et furent fauchés pour la barbarie.

 

Voici donc un album à mettre entre toutes les mains.

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communismeetconflits - dans Seconde Guerre mondiale Résistance
15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 07:38

Brian Moynahan, Le concert héroïque. L'histoire du siège de Leningrad, Lattés, 2014.

Le siège de Leningrad

Seulement quelques semaines après le début de l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie, les panzers allemands se retrouvent aux portes de Leningrad, l'actuelle Saint-Pétersbourg. Commence alors un siège entré dans l'Histoire qui dure un peu plus de 900 jours.

 

A la mi-septembre 1941, les liaisons terrestres entre la ville et le reste du monde sont coupées. Seule demeure ouverte une liaison par bateau à travers le lac Ladoga. Le martyre de la ville débute avec les bombardements allemands qui ne vont plus cesser avant que la famine ne fasse son apparition, puis le froid avec l'arrivée de l'hiver. Le rationnement est en effet insuffisant pour étancher la faim des habitants qui sont réduits à manger les chevaux, les chiens, les chats, les rats, des écorces ou même de la sciure. Le cannibalisme se répand et la mort rode sur l'ensemble de la ville. Près de 800 000 personnes périssent pendant le siège et les survivants sont si faible qu'en hiver les cadavres sont laissés dans les rues où ils gèlent.

 

Brian Moynahan décrit avec précision le calvaire des habitants de Leningrad en s'appuyant sur des témoignages, des journaux intimes. Il n'oublie pas non plus de raconter les infructueuses tentatives de l'Armée rouge pour lever le siège mais également la vie des simples soldats aussi bien du coté soviétique que du coté allemand. Il montre surtout que, malgré les souffrances, les habitants cherchent encore et toujours à se raccrocher à une certaine normalité qui s'exprime le mieux dans la culture. Malgré le siège, des spectacles et des concerts ont lieu dans Leningrad. Et le plus mémorable de ces concerts a lieu en août 1942 quand est joué la 7e Symphonie de Chostakovitch.

 

Cette symphonie et son compositeur sont le fil rouge du livre de Brian Moynahan. Originaire de Leningrad, le récit de la vie de Chostakovitch permet à l'auteur de retracer l'histoire de la ville avant la guerre, depuis l’assassinat de Kirov en 1934 jusqu'en juin 1941 en passant par les grandes purges de 1937-1938 où disparaissent des proches du compositeur comme Ossip Mandelstam ou le maréchal Toukhatchevski. La répression ne cesse pas avec la guerre et le NKVD continue toujours sa besogne dans Leningrad assiégée. Chostakovitch est évacué de la ville en octobre 1941 et se réfugie à Kouibychev. C'est là qu'il rédige sa symphonie en hommage à sa ville natale et à ses habitants qui désespérément essayent de survivre. L'auteur décrit avec un luxe de détail l'accouchement de ce chef-d’œuvre musical, mais aussi le tour de force que représente son interprétation dans une ville assiégée où les musiciens affamés n'ont plus la force de jouer. Des hauts parleurs permettent sa retransmission sur la ligne de front pour les soldats aussi bien soviétiques qu'allemands.

 

Le récit du siège de Leningrad que fait l'auteur est souvent dantesque. Les anecdotes qui émaillent le texte illustrent le quotidien des habitants fait d'un mélange de sublime, de tragédie et parfois de comique. A travers ce livre, dont le héros principal est la ville de Leningrad et ses habitants, l'auteur montre que l'art peut parfois triompher de l'inhumanité.

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 07:34

Boris Laurent, La guerre totale à l'Est, 1941-1945, Nouveau Monde, 2014.

Découvrir la guerre germano-soviétique

La guerre germano-soviétique, longtemps grande oubliée de l'historiographie française, est l'objet d'une inflation éditoriale depuis quelques années. Après les ouvrages de Jean Lopez, ceux de Philippe Richardot et de Nicolas Bernard, c'est Boris Laurent qui offre une synthèse sur le front de l'Est.

 

Nous n'allons pas résumer ici la trame de l'ouvrage qui expose, de manière chronologique, les différentes opérations militaires où s'affrontèrent la Wehrmacht et l'Armée rouge de 1941 à 1945. L'auteur prend d'ailleurs soin de ne pas oublier des opérations « périphériques » du conflit comme la conquête des Balkans par les Soviétiques, les combats de Petsamo à la frontière norvégienne ou la campagne de Mandchourie à l'été 1945. Mais l'essentiel se concentre sur les quatre temps forts de la guerre à l'Est : Barbarossa, Stalingrad, Koursk, Bagration et la conquête de l'Allemagne.

 

L'ouvrage est une synthèse réussie des différents travaux sur le conflit germano-soviétique publiés ces dernières années, notamment ceux de Jean Lopez coté français, mais surtout ceux de David Glantz et de Earl Ziemke du coté des anglo-saxons. S'appuyant sur ces sources secondaires, Boris Laurent offre un panorama équilibré du conflit dans un style clair, de manière didactique et sans se perdre dans les détails.

 

Si le cœur du livre a trait aux combats et aux opérations militaires, Boris Laurent ne néglige pas les aspects politiques, diplomatiques et économiques de la guerre même s'ils apparaissent trop en retrait à notre goût. Quelques pages sur le mouvement des partisans, la collaboration des populations avec les Allemands ou la mobilisation culturelle en URSS auraient permis de dépasser une vision parfois trop militaro-centrée du propos. Regrettons également le nombre très réduit de cartes, seulement trois, les quelques lacunes de la bibliographie et les nombreuses coquilles.

 

Le livre de Boris Laurent est une synthèse solide pour une première approche du conflit germano-soviétique, un livre grand public didactique, une introduction qui invite à aller voir plus loin pour découvrir les différentes facettes de ce combat de titans.

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Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
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L'autre coté de la colline

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Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")