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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 07:38

Boris Laurent, Les opérations germano-soviétiques dans le Caucase (1942-1943), Economica, 2014.

Allez-retour de la Crimée à l’Elbrouz

Boris Laurent, auteur d’un gros ouvrage sur l’histoire du front de l’Est, propose un récit complet des opérations germano-soviétiques dans le Caucase en 1942-1943. L’auteur nous montre la genèse de cette tentative d’invasion du Caucase par les Allemands et insiste sur l’erreur que représente la direction n° 45 d’Hitler qui écartèle l’effort allemand entre une offensive dans le Caucase et une offensive en direction de la Volga. Mais il montre également que l’objectif d’Hitler de priver l’URSS de son pétrole, de la couper de l’approvisionnement américain en provenance du corridor persan, et de pousser la Turquie à rejoindre l’Axe n’est pas totalement chimérique.

 

Après avoir présenté les forces en présence, l’auteur raconte dans le détail, les différentes phases des combats dans le Caucase depuis les succès allemands jusqu’à la reconquête soviétique. Si l’ensemble est de facture classique, signalons le chapitre concernant l’utilisation par les Allemands de volontaires caucasiens, dans le cadre de l’opération Chamil, pour s’emparer des puits de pétrole de Grozny ou les pages sur la bataille aérienne du Kouban où pour la première fois, l’aviation rouge l’emporte sur la Luftwaffe.

 

Si l’ouvrage, agréable à lire, est une mine de renseignements pour le néophyte, nous regrettons le manque de cartes. Il est en effet impossible au lecteur de suivre le déroulement des opérations décrites, à moins de se munir au préalable d’un atlas. Sans cartes lisibles, la lecture devient assez pénible et quelque peu frustrante. Ce problème n’est évidemment pas propre au livre de Boris Laurent et touche, hélas, de nombreux autres ouvrages. Concernant l’opération Chamil, l’auteur, à notre étonnement, ne cite pas la biographie de Béria par Françoise Thom qui livre une analyse minutieuse, basée sur les archives russes et caucasiennes, de l’attitude complexe des Caucasiens durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Au-delà de ces quelques remarques, le livre de Boris Laurent s’inscrit avec bonheur dans l’émergence d’une littérature francophone sur l’histoire du front de l’Est. Loin des batailles de Moscou, Stalingrad, Koursk ou Berlin, il procure une sensation de dépaysement aux lecteurs qui souhaitent découvrir le sujet.

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 07:13

Nicolas Patin, La catastrophe allemande, 1914-1945, Perrin, 2014.

Le démocratie allemande dans la tourmente.

Le titre de l’ouvrage de Nicolas Patin est quelque peu trompeur puisqu’il peut laisser croire qu’il retrace l’histoire de l’Allemagne entre le déclenchement de la Première Guerre mondiale et la capitulation du 8 mai 1945. En fait, l’auteur analyse cette tranche d’histoire allemande par le biais d’une institution, le Reichstag, le parlement allemand, et surtout à travers le destin des députés élus à l’époque de la République de Weimar.

 

L’auteur commence par montrer la place singulière du Reichstag dans la vie politique à l’époque de l’Empire, un rôle qui est assez éloigné de celui, central, joué par la Chambre des députés de la IIIe République. Le Chancelier n’étant pas responsable devant le Reichstag et l’exécutif ayant les moyens de légiférer sans l’assentiment du Parlement, ce dernier ne possède en réalité qu’une ombre de pouvoir. Il apparaît surtout comme une scène publique, une tribune où il est facile de faire de grands discours et de montrer une grande d’intransigeance puisque les grandes décisions ne sont pas prises là. La situation change radicalement en 1919 avec la constitution de Weimar. Le Reichstag devient le lieu central où s’élabore la politique allemande mais la majorité des députés continue à cultiver la rhétorique et l’opposition systématique au lieu de développer une culture du débat et du consensus, déstabilisant ainsi l’ensemble du dispositif constitutionnel.

 

Mais dans les années 1920, le système parlementaire s’améliore peu à peu et parvient même à intégrer les communistes pourtant farouches opposants à la République de Weimar. Si les députés du KPD n’hésitent pas à utiliser le Reichstag pour faire de l’agitation ou de la provocation, ils s’intéressent peu à peu au travail parlementaire, notamment au sein des commissions où s’élaborent les lois et ne représentent plus une menace pour le bon fonctionnement du Parlement. Cette intégration des communistes permet au Reichstag d’assurer sans trop de heurts ses fonctions. L’arrivée massive de députés nazis en 1930 bouleverse ce fragile équilibre. Le Parlement est incapable d’intégrer ces nouveaux venus et le système se retrouve rapidement bloqué provoquant la crise institutionnelle.

 

Si comme le montre Nicolas Patin, le Reichstag des années 1920 fut dominé par des députés anciens combattants, l’expérience du front ne forme pas un ciment qui aurait pu unir les parlementaires. C’est même le contraire qui se passe puisqu’elle devient un facteur de division et de conflit, le député conservateur généralement ancien officier faisant l’apologie de la discipline militaire face au communiste, ancien soldat, prônant l’insubordination et dénonçant la boucherie inutile. Les divisions sociales et religieuses s’incarnent et se déchirent au Reichstag à travers des partis qui ne s’adressent et ne représentent que des segments de la population. La seule exception est le parti nazi qui à travers son appel à l’unité communautaire du peuple transcende les clivages de classe. Ce dernier finit par l’emporter, réduisant à néant le parlementarisme allemand. Par son incapacité à dépasser les divisions sociales et idéologiques du pays, le Reichstag allemand participe donc bien de la catastrophe allemande qui ébranle non seulement l’Allemagne mais également le reste de l’Europe.

 

À la croisée de l’histoire politique, sociale et culturelle, Nicolas Patin montre avec talent que si la démocratie de Weimar n’était pas condamnée dès sa naissance à mourir, l’absence de culture du consensus et les profondes divisions de la société allemande ont finalement conduis à la dictature nazie.

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communismeetconflits - dans Allemagne de Weimar Communisme allemand
20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 07:27

Stéphane Mantoux, Les guerres du Tchad, 1969-1987, Lemme Edit, 2015.

Tchad, champs de bataille.

Après un ouvrage sur l’offensive du Têt paru chez Tallandier en 2013, Stéphane Mantoux publie un nouvel opus où il conduit cette fois-ci le lecteur au cœur du continent africain pour étudier la série de conflits qui ébranla le Tchad depuis son accession à l’indépendance.

 

L’auteur prend soin d’abord de présenter l’histoire, mal connue, du Tchad depuis la préhistoire. Le lecteur découvre ainsi que la région a vu se développer des structures étatiques d’ampleur comme l’empire de Kanem-Bornou et une division territoriale entre un nord qui est le domaine de chasseurs guerriers et un sud agricole plus pacifique. C’est sur ce territoire, qui n’a rien d’homogène, qu’à la fin du 19e siècle, la France s’implante et transforme le Tchad en une colonie qui ne prend son indépendance qu’en août 1960.

 

Le premier président du Tchad, Tombalbaye, instaure rapidement un parti unique et favorise les populations du Sud aggravant les tensions qui déchirent le pays. Les opposants s’organisent et s’arment. En 1966 naît le FROLINAT, le Front de libération national du Tchad, qui porte des coups de plus en plus sévère au gouvernement. La montée en puissance du FROLINAT oblige la France à intervenir militairement pour soutenir le pouvoir tchadien avec l’opération Limousin en 1969.

 

Les années 1970 ne voient pas une accalmie dans les conflits qui ensanglantent le Tchad. La situation devient même de plus en plus complexe avec la mort de Tombalbaye, les divisions au sein du FROLINAT, l’intervention de puissance extérieure comme le Zaïre, le Nigeria, le Soudan mais surtout la Libye. Et toujour la France dans le cadre des opérations, Tacaud, Manta et Epervier.

 

Dans les années 1980, le conflit tchadien est devenu un mélange de guerre civile et de guerre international. Le FROLINAT de Oueddeï, soutenu par les Libyens affronte les FANT d’Hissène Habré soutenu quant à eux par la France, l’Égypte et les États-Unis. Un conflit de guerre froide en plein cœur de l’Afrique puisque la Libye est armée et reçoit une aide logistique du bloc de l’Est. La situation semble se débloquer quand les FANT s’empare de la base libyenne de Fada, puis de Ouadi Doum et d’Aouzou en 1987.

 

Le coup de grâce à l’intervention libyenne ne se joue pas au Tchad mais dans le sud de la Libye, près de Koufra, quand la base militaire de Maaten as-Sarra est victime d’un raid des FANT en septembre 1987. C’est l’occasion pour Stéphane Mantoux de montrer les méthodes de combat utilisées avec succès dans cette région sahélienne, la fameuse guerre des Toyotas. Ces véhicules utilitaires sont transformés avec des armes relativement anciennes et parfois équipés de matériels modernes comme les missiles Milan. Ils permettent aux troupes d’organiser des raids au long cours jouant sur l’effet de surprise, la puissance de feu et l’extrême mobilité de ces colonnes motorisées. C’est un raid de ce type qui est mené contre Maaten as-Sarra, poussant la Libye a abandonné ses prétentions sur le Tchad.

 

Le livre de Stéphane Mantoux est une synthèse utile sur l’histoire des conflits tchadiens des années 1960 à la fin des années 1980. S’il s’intéresse aux interventions militaires françaises dans cette ancienne colonie, il ne fait pas l’impasse sur les dissensions qui, au-delà de la colonisation, fracturent ce territoire et conduisent à une guerre civile qui dura plus de 30 ans. Le vainqueur de ce combat, Hissène Habré est encore au pouvoir en 2015 et a réussi à faire de son pays une puissance régionale et un pôle de stabilité dans un environnement de plus en plus incertain.

 

L’ouvrage de Stéphane Mantoux, bien illustré et possédant quelques cartes en couleur, est incontournable pour ceux qui souhaitent découvrir l’histoire du Tchad, des conflits dont ce pays fut le théâtre, de l’affrontement entre la France et la Libye qui s’y joua et qui n’était également qu’une partie d’un conflit plus vaste opposant l’Est et l’Ouest.

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communismeetconflits - dans Guerre froide Tchad Afrique Libye
2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 07:43

Jeanne Puchol, Laurent Galandon, Vivre à en mourir, Le Lombard, 2014.

L'Affiche rouge en BD

L'histoire du groupe Manouchian, ceux de l'Affiche rouge, est bien connue. Des ouvrages historiques, des romans, des livres jeunesses, des films et des documentaires retracent le destin tragique de ces résistants communistes. Mais jusque là, la bande dessinée ne s'était jamais, à notre connaissance, appropriée ce sujet. C'est chose faite désormais avec l'album Vivre à en mourir. Et disons le d'emblée, c'est une réussite.

 

C'est le parcours de Marcel Rayman qui forme le fil rouge de l'ouvrage. A travers le destin de ce jeune homme, ils montrent la nécessité pour ses étrangers de résister, une résistance qui débute timidement avec des tracts et des actes de vandalisme. Ce sont les rafles antisémites qui touchent sa famille qui font basculer Rayman vers la lutte armée. Ce choix n'est pas simple, des doutes se font jour sur la nécessité d'utiliser les méthodes du terrorisme. S'ajoutent à ces réflexions celles concernant l’exécution d'otages par les Allemands en représailles des attentats.

 

Les auteurs présentent donc les résistants comme des êtres humains ordinaires, avec leurs doutes, leurs angoisses, leurs peines, leurs espérances. Ici pas d'héroïsation, ni d'image d'Epinal. S'appuyant sur les travaux des historiens, le livre retrace assez fidèlement l'engagement de Rayman, ses actions. Il met également en scène la traque que livrent les policiers français contre le groupe Manouchian. Les imprudences, les trahisons, le professionnalisme de la police conduisent à l'arrestation de Rayman et de ses camarades. La fin de l'histoire est connue avec les exécutions du 21 février 1944 et l'apparition de l'Affiche rouge, une opération de propagande allemande qui fait paradoxalement entrer les condamnés dans la légende.

 

Sur le plan graphique l'ouvrage est superbe, utilisant la ligne claire et des couleurs douces . Cette douceur et la clarté des dessins forment d'ailleurs un saisissant contraste avec le drame qui se déroule sous les yeux du lecteur, peut-être pour signifier la fin de l'innocence des hommes et des femmes, la plupart jeune, qui s’engagèrent dans un combat inégal et furent fauchés pour la barbarie.

 

Voici donc un album à mettre entre toutes les mains.

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communismeetconflits - dans Seconde Guerre mondiale Résistance
15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 07:38

Brian Moynahan, Le concert héroïque. L'histoire du siège de Leningrad, Lattés, 2014.

Le siège de Leningrad

Seulement quelques semaines après le début de l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie, les panzers allemands se retrouvent aux portes de Leningrad, l'actuelle Saint-Pétersbourg. Commence alors un siège entré dans l'Histoire qui dure un peu plus de 900 jours.

 

A la mi-septembre 1941, les liaisons terrestres entre la ville et le reste du monde sont coupées. Seule demeure ouverte une liaison par bateau à travers le lac Ladoga. Le martyre de la ville débute avec les bombardements allemands qui ne vont plus cesser avant que la famine ne fasse son apparition, puis le froid avec l'arrivée de l'hiver. Le rationnement est en effet insuffisant pour étancher la faim des habitants qui sont réduits à manger les chevaux, les chiens, les chats, les rats, des écorces ou même de la sciure. Le cannibalisme se répand et la mort rode sur l'ensemble de la ville. Près de 800 000 personnes périssent pendant le siège et les survivants sont si faible qu'en hiver les cadavres sont laissés dans les rues où ils gèlent.

 

Brian Moynahan décrit avec précision le calvaire des habitants de Leningrad en s'appuyant sur des témoignages, des journaux intimes. Il n'oublie pas non plus de raconter les infructueuses tentatives de l'Armée rouge pour lever le siège mais également la vie des simples soldats aussi bien du coté soviétique que du coté allemand. Il montre surtout que, malgré les souffrances, les habitants cherchent encore et toujours à se raccrocher à une certaine normalité qui s'exprime le mieux dans la culture. Malgré le siège, des spectacles et des concerts ont lieu dans Leningrad. Et le plus mémorable de ces concerts a lieu en août 1942 quand est joué la 7e Symphonie de Chostakovitch.

 

Cette symphonie et son compositeur sont le fil rouge du livre de Brian Moynahan. Originaire de Leningrad, le récit de la vie de Chostakovitch permet à l'auteur de retracer l'histoire de la ville avant la guerre, depuis l’assassinat de Kirov en 1934 jusqu'en juin 1941 en passant par les grandes purges de 1937-1938 où disparaissent des proches du compositeur comme Ossip Mandelstam ou le maréchal Toukhatchevski. La répression ne cesse pas avec la guerre et le NKVD continue toujours sa besogne dans Leningrad assiégée. Chostakovitch est évacué de la ville en octobre 1941 et se réfugie à Kouibychev. C'est là qu'il rédige sa symphonie en hommage à sa ville natale et à ses habitants qui désespérément essayent de survivre. L'auteur décrit avec un luxe de détail l'accouchement de ce chef-d’œuvre musical, mais aussi le tour de force que représente son interprétation dans une ville assiégée où les musiciens affamés n'ont plus la force de jouer. Des hauts parleurs permettent sa retransmission sur la ligne de front pour les soldats aussi bien soviétiques qu'allemands.

 

Le récit du siège de Leningrad que fait l'auteur est souvent dantesque. Les anecdotes qui émaillent le texte illustrent le quotidien des habitants fait d'un mélange de sublime, de tragédie et parfois de comique. A travers ce livre, dont le héros principal est la ville de Leningrad et ses habitants, l'auteur montre que l'art peut parfois triompher de l'inhumanité.

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 07:34

Boris Laurent, La guerre totale à l'Est, 1941-1945, Nouveau Monde, 2014.

Découvrir la guerre germano-soviétique

La guerre germano-soviétique, longtemps grande oubliée de l'historiographie française, est l'objet d'une inflation éditoriale depuis quelques années. Après les ouvrages de Jean Lopez, ceux de Philippe Richardot et de Nicolas Bernard, c'est Boris Laurent qui offre une synthèse sur le front de l'Est.

 

Nous n'allons pas résumer ici la trame de l'ouvrage qui expose, de manière chronologique, les différentes opérations militaires où s'affrontèrent la Wehrmacht et l'Armée rouge de 1941 à 1945. L'auteur prend d'ailleurs soin de ne pas oublier des opérations « périphériques » du conflit comme la conquête des Balkans par les Soviétiques, les combats de Petsamo à la frontière norvégienne ou la campagne de Mandchourie à l'été 1945. Mais l'essentiel se concentre sur les quatre temps forts de la guerre à l'Est : Barbarossa, Stalingrad, Koursk, Bagration et la conquête de l'Allemagne.

 

L'ouvrage est une synthèse réussie des différents travaux sur le conflit germano-soviétique publiés ces dernières années, notamment ceux de Jean Lopez coté français, mais surtout ceux de David Glantz et de Earl Ziemke du coté des anglo-saxons. S'appuyant sur ces sources secondaires, Boris Laurent offre un panorama équilibré du conflit dans un style clair, de manière didactique et sans se perdre dans les détails.

 

Si le cœur du livre a trait aux combats et aux opérations militaires, Boris Laurent ne néglige pas les aspects politiques, diplomatiques et économiques de la guerre même s'ils apparaissent trop en retrait à notre goût. Quelques pages sur le mouvement des partisans, la collaboration des populations avec les Allemands ou la mobilisation culturelle en URSS auraient permis de dépasser une vision parfois trop militaro-centrée du propos. Regrettons également le nombre très réduit de cartes, seulement trois, les quelques lacunes de la bibliographie et les nombreuses coquilles.

 

Le livre de Boris Laurent est une synthèse solide pour une première approche du conflit germano-soviétique, un livre grand public didactique, une introduction qui invite à aller voir plus loin pour découvrir les différentes facettes de ce combat de titans.

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 07:26
1919, Makhno contre Denikine

Sur le blog "L'autre coté de la colline" nous publions ce mois-ci un article sur les combats entre les forces blanches du général Denikine et l'armée insurrectionnelle de l'anarchiste Nestor Makhno en Ukraine en 1919.

Cet article, qui nous donne l'occasion de retracer la geste militaire de Makhno dans le guerre civile russe, est consultable ici.

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 07:52

Alexandre Sumpf, La Grande Guerre oubliée, Russie 1914-1918, Perrin, 2014.

La Russie, entre guerre et révolution

Le centenaire du début de la Grande Guerre est l'occasion d'un déferlement de publication où, hélas, le plus mauvais le dispute au meilleur. Dans la seconde catégorie entre indéniablement le livre qu'Alexandre Sumpf consacre à la Russie dans le premier conflit mondial. Bien mieux et avec raison, il élargit le champ de son étude au-delà du cadre chronologique traditionnel qui veut que la Russie sorte du conflit en 1917 ou 1918 pour embrasser également la révolution et la guerre civile qui frappent le pays de 1918 à 1922. Enfin une grande synthèse sur la Russie durant la Grande Guerre, sujet jusqu'alors ignoré par l'édition francophone.

 

La première moitié du livre d'Alexandre Sumpf montre que malgré ses faiblesses et ses difficultés, la Russie impériale parvient à faire face à cet événement inédit qu'est la Première Guerre mondiale. Si la déclaration de guerre ne suscite pas l'enthousiasme de la population, ni une union sacrée autour de la personne du Tsar, la société russe parvient à se mobiliser pour faire face aux défis de la guerre moderne. Les Russes s'organisent pour venir aux secours des blessés et des réfugiés de guerre, pour soutenir et réinsérer les invalides, pour développer une propagande multiforme et efficace, les femmes de mobilisés se regroupent en associations. La guerre permet ainsi un foisonnement de la société civile qui montre ainsi sa capacité à s'organiser.

 

Malgré les efforts du gouvernement, qui parvient à accroître la production de matériels de guerre et les quelques succès militaires du début du conflit, la Russie s'enfonce dans la débâcle. La « Grande Retraite » de 1915 marque profondément la population. La partie occidentale de l'Empire est perdue, les réfugiés, souvent issus des minorités nationales, s'installent tant bien que mal dans le reste de la Russie. Surtout cette retraite démontre les faiblesses de l'armée russe, incapable, malgré les succès de Broussilov en 1916, de remporter la victoire contre les Empires centraux. Les difficultés économiques, l'éloignement du tsar et les blocages du système impériale finissent par provoquer l'explosion sociale de février 1917. Le gouvernement provisoire ne parvient pas à maîtriser une situation qui ne cesse de s'aggraver avant que les bolcheviks ne s'emparent du pouvoir.

 

Pour parvenir à rétablir l'autorité de l’État sur l'ensemble du pays, les bolcheviks signent la paix de Brest-Litovsk, combattent leurs différents adversaires intérieures au cours de la guerre civile d'une brutalité incroyable. Ils réussissent finalement, aux prix d'une rare violence, à asseoir l'autorité du nouvel État sur l'ensemble du pays même si celui-ci a été amputé sur ses marges occidentales.

 

Le livre d'Alexandre Sumpf, d'une érudition maîtrisée, balaye de nombreux aspects de la Russie en guerre qu'il n'est pas possible de résumer ici. De l'occupation russe de la Galicie à celle de l'ouest de l'Empire russe par les Allemands, en passant par la vie dans les tranchées, l'agitation révolutionnaire dans l'armée, la situation des prisonniers de guerre ou celle des minorités nationales entre autre, ce livre foisonne de découvertes pour le lecteur. L'auteur n'oublie pas de faire le point sur la mémoire de la Grande Guerre en Russie, un conflit qui fut longtemps éclipsé par le souvenir de la Grande Guerre patriotique.

 

Le livre d'Alexandre Sumpf est une vraie réussite qui permet de comprendre les mutations que connaît la société russe en guerre et de réinsérer l'épisode révolutionnaire de 1917 dans un contexte plus large et spécifiquement russe. Une belle cartographie et une bibliographie finissent d'asseoir la solidité de ce livre qui est d'ores et déjà une référence pour ceux qui s’intéressent à la Russie de la première moitié du 20e siècle.

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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 07:22

Benoit Rayski, Stèle pour le sous-lieutenant Grunberg, Éditions du Rocher, 2014.

Grunberg, un lycéen guillotiné.

Si les fusillés de l'Affiche rouge, sur lesquels s'est penché Benoit Rayski il y a quelques années, tombèrent sous les balles allemandes, des résistants furent exécutés directement par Vichy au moyen d'un procédé typiquement français, la guillotine. A travers le parcours d'Isidore David Grunberg, le plus jeune résistant décapité par Vichy le 8 août 1942 à l'age de 19 ans, Benoit Rayski rappelle que la répression contre la Résistance fut loin d’être l'apanage des autorités d'occupation.

 

Le parcours d'Isidore David Grunberg est à la fois emblématique d'un milieu qui fournit en nombre les rangs des premiers combattants de la lutte armée communiste mais il est également singulier en raison des circonstances de sa fin tragique. Grunberg n'est pas né en France. C'est un jeune juif polonais dont les parents ont quitté Lvov pour échapper à l'antisémitisme. Installé à Paris, le jeune Isidore David est un élève brillant. Il adhère à la Jeunesse communiste et se fait renvoyer du lycée Voltaire en novembre 1940 pour avoir distribué des tracts dénonçant le gouvernement Pétain.

 

Avec l'invasion de l'URSS par la Wehrmacht en juin 1941, Grunberg intègre l'Organisation spéciale du PC. En janvier 1942, lors d'un contrôle d'identité, il tire sur un policier français pour éviter l'arrestation. La mort du brigadier Lécureuil est l'occasion de funérailles nationales où se pressent les autorités et l'occupant. Grunberg poursuit sa vie de clandestin jusqu'à son arrestation au métro Barbès. Il tombe, non sans se défendre puisqu'il est blessé par balles, après que son nom fut donné par un de ses camarades sous la torture. La descente aux enfers commence alors pour Grunberg. Les interrogatoires, les coups, la prison, la parodie de justice face à la section spéciale du tribunal de la Seine. Et finalement la guillotine au petit matin du 8 août 1942.

 

Survient ensuite l'oubli pour la mémoire de ce jeune résistant. Un oubli à la fois collectif mais aussi individuel. Collectif dans la mesure où, à la Libération, le PCF jette un voile sur les combattants de l'OS, les auteurs des premiers attentats communistes contre les Allemands. Individuel puisque Grunberg fut condamné pour avoir tué un policier français dont les collègues furent ensuite célébrés pour leur participation à la libération de Paris. Et puis Grunberg faisait moins français que Mocquet ou Fabien pour un PCF devenu ultra-patriote en 1944.

 

Ce fut le combat du père d'Isidore David Grunberg de se battre pour que soit reconnu le sacrifice de son fils. Ce dernier est fait sous-lieutenant à titre posthume en 1962 et reçoit la médaille de la Résistance en 1968.

 

Le livre de Benoit Rayski a le grand mérite de rappeler le rôle du régime de Vichy dans la traque des résistants, qu'il n'hésita pas à en exécuter certains, à l'instar de Marcel Langer à Toulouse. Il est aussi un réquisitoire contre la politique du PCF qui tourna volontairement le dos aux combattants de l'OS, jetant leurs mémoires à l'oubli. Avec ce livre justice est rendue à celle de David Isidore Grunberg.

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communismeetconflits - dans Résistance Communisme français
16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 07:43

« Stalingrad », film russe de Fiodor Bondartchouk, 2013.

Stalingrad

Après Jospeh Vilsmaier en 1993 et Jean-Jacques Annaud en 2001, c'est le réalisateur russe Fiodor Bondartchouk qui en 2013 propose un film sur la bataille de Stalingrad. Notons d'ailleurs que l'acteur allemand Thomas Kretschmann qui joua un lieutenant de la 6e armée dans le film de 1993 incarne en 2013 un capitaine.

 

L'histoire débute quand les Allemands ne sont plus qu'à quelques centaines de mètres de la Volga dont le contrôle scellerait la défaite des Soviétiques. L'Armée rouge lance un assaut pour contenir son adversaire. C'est un échec mais un petit groupe de survivants parvient à se réfugier dans un immeuble dévasté. Face à eux se trouve un capitaine allemand qui a reçu la mission de prendre ce bâtiment coûte que coûte. Un combat à mort s'engage dans lequel l'ensemble des protagonistes finissent par disparaître.

 

Le film de Bondartchouk montre parfaitement la cruauté de la guerre urbaine entre les corps-à-corps, le feu impitoyable des snipers, les combats d'un étage à un autre, d'une pièce à une autre. Soulignons aussi que le réalisateur montre aussi le quotidien des habitants de Stalingrad qui tentent de survivre comme ils peuvent dans les ruines de leur cité et au milieu des combats. Sur le plan esthétique le film est une réussite. Les images, visiblement retravaillées, sont belles et les ralentis stylisés rappellent le film « 300 ».

 

Le film, hélas, pâtit de nombreuses invraisemblances : des soldats soviétiques en flamme qui continuent à mener l'assaut contre les positions allemandes, d'autres qui, au péril de leur vie, vont chercher une baignoire pour permettre à une civile de prendre un bain sans parler du sniper qui est touché au bras et dont la blessure disparaît dans les scènes suivantes.

 

Si le réalisateur a visiblement souhaité éviter les manichéismes réducteurs en mettant en scène les doutes de l'officier allemand, il ne parvient pas à éviter parfois certains accents patriotiques. Son éloge du courage des soldats russes est parfois caricatural et enlève à ses personnages toute personnalité en les transformant en sorte de super-héros. Surtout, l'esthétisme léché des scènes de combat met parfois mal à l'aise tant il peut laisser croire que la guerre est belle.

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L'autre coté de la colline

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Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")