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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 07:47

Franck Liaigre, Les FTP: Nouvelle histoire d’une Résistance, Perrin, 2015

Les FTP, nouvelle approche de l'histoire de la Résistance communiste

Organisation incontournable dans l’histoire de la Résistance française, objet de dénigrement ou figure de légende héroïque, les Francs-Tireurs et Partisans ont longtemps été les parents pauvres de l’historiographie. La chose est en partie réparée avec l’ouvrage, issu d’une thèse, que leur consacre Franck Liaigre. Nous disons en partie, car l’auteur concentre l’essentiel de son étude sur la création et l’action des FTP dans les villes de la zone occupée durant la période 1941-1943. Le lecteur trouvera donc peu de choses sur les maquis, l’action des FTP dans le sud du pays ou sur la période de la Libération. Il est vrai que traiter ces sujets aurait nécessité de consulter une masse énorme de documents d’archives en plus de l’impressionnant corpus documentaire déjà utilisé par Franck Laigre.

L’auteur montre avec précision le processus de formation des FTP, issus de la fusion entre l’Organisation spéciale (OS) du PC, les Bataillons de la jeunesse et l’OS de la Main d’œuvre immigrée. Loin d’être le fruit d’une spontanéité militante, les FTP naissent de la volonté de la direction du PCF de répondre à la demande de Moscou de mener une lutte de partisans en France contre la Wehrmacht après l’invasion de l’URSS en juin 1941. Les dirigeants du PCF désignent pour cela certains cadres en raison de leur expérience de la clandestinité comme Charles Tillon ou Pierre Georges pour trouver des combattants en région parisienne et en province et former les premiers détachements de la lutte armée. Ces responsables font alors appel à leurs réseaux militants constitués avant la guerre. Ainsi à Dijon, Lucien Dupont fait appel à ses anciens camarades de classe ou aux membres du club sportif qu’il a fréquenté quelques années plus tôt. Ces premiers noyaux FTP se caractérisent par leur grande fragilité, l’étroitesse de leur recrutement les rend en effet particulièrement vulnérables aux coups de la police, le cloisonnement des groupes est sans effet quand la majorité des combattants sont des vieux « copains » dont les identités sont connues de chacun des membres.

Les FTP ne regroupent au final qu’une petite minorité des militants communiste, quelques dizaines dans les villes de province et même pas une centaine en région parisienne. À la peur de la répression s’ajoute souvent le rejet du terrorisme individuel pour expliquer la réticence des militants à s’engager dans les FTP. La direction du PCF en est particulièrement consciente puisqu’elle prend bien soin de ne pas revendiquer certains attentats comme celui du métro Barbés en août 1941 ou celui de Nantes en octobre qui entraîne la fusillade de nombreux otages dont ceux du camp de Chateaubriand. Cette répugnance militante face aux attentats individuels liée à l’efficacité de la répression anticommuniste, essentiellement menée par les Brigades spéciales de la Préfecture de police de Paris et les brigades régionales de la police judiciaire, maintient les FTP dans un état groupusculaire dans les villes.

La faiblesse numérique des FTP, sans oublier la pauvreté de leurs armements, explique en grande partie le peu d’efficacité de la lutte armée urbaine. Selon Franck Liaigre, seulement 75 soldats allemands sont tués à Paris de juin 1941 à la Libération et moins de 500 pour l’ensemble du pays. Les sabotages, s’ils sont plus nombreux que les attaques directes, ne parviennent pas non plus à perturber le fonctionnement de la machine de guerre allemande. La formation des maquis donnera sur ce point un second souffle aux FTP, la guerre de partisans prenant alors le relais d’une guérilla urbaine anémique.

L’auteur n’oublie pas dans son ouvrage de traiter largement du quotidien des résistants communistes mais également de la question des exécutions des collaborateurs et des « traîtres » au Parti, ainsi que des moyens dont les FTP usent pour survivre matériellement avec les braquages de mairies ou de bureaux de poste, flirtant parfois avec le banditisme pur et simple. Il livre ainsi un tableau documenté de la vie quotidienne des FTP, une histoire au ras du sol où se mêlent sacrifice, héroïsme, maladresse, peur, échec et qui a le mérite de rendre aux combattants des FTP une humanité aussi éloignée que possible des légendes noires ou dorées.

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 07:13

La Révolution cubaine débute en 1953 avec l’attaque de la caserne de la Moncada par Fidel Castro. Cinq ans plus tard, la guerre d’usure que les révolutionnaires mènent contre le gouvernement de Fulgencio Batista porte ses fruits. Après une campagne d’été désastreuse, le dictateur cubain se trouve en difficulté et Castro sent que le moment est favorable pour lui porter le coup de grâce. Mais sur le chemin qui doit le mener à La Havane se trouve la ville de Santa Clara avec sa forte garnison bien armée. Castro confie alors à l’un de ses plus fidèles lieutenants, Ernesto Che Guevara, la tache de s’emparer de la ville. La bataille de Santa Clara devient la plus importante de toute la Révolution cubaine, ouvrant la route de La Havane à Castro et faisant entrer le Che dans le panthéon des révolutionnaires victorieux sur le champ de bataille.

Che Guevara et Fidel Castro

Che Guevara et Fidel Castro

La colonne de Guevara.

Les dirigeants de la révolution cubaine, après le piteux échec de la Moncada en 1953, rentrent clandestinement à Cuba en 1956 à bord du navire « Granma ». Après un débarquement raté, les survivants se cachent dans les montagnes de la Sierra Maestra au sud de l’île et organisent une guérilla qui se développe peu à peu. En 1958, Batista lance une vaste offensive contre les rebelles mais l’opération tourne à la catastrophe et démontre la faiblesse de la dictature. À la fin de 1958, le dictateur craint tellement pour son pouvoir qu’il n’hésite plus à appeler à des élections. Mais Castro, qui possède désormais l’initiative, est prêt à donner le coup de grâce au régime.

 

Castro envoie alors 3 colonnes sous les ordres de Jaime Vega, Camilo Cienfuegos et Che Guevara à la conquête du pays. La colonne de Guevara se met en marche le 28 décembre 1958 depuis le port côtier de Caibarién et prend la route en direction de Camajuani, qui se trouve entre Caibarién et Santa Clara. Le voyage se fait au milieu d’une foule de paysans en liesse et la prise de Caibarién, en seulement une journée, renforce la conviction des rebelles que leur victoire est imminente. Les troupes gouvernementales de la garnison de Camajuani ont en effet déserté leurs postes sans combattre permettant à la colonne de Guevara d’atteindre sans encombre Santa Clara. Les rebelles atteignent l’université, à la périphérie de la ville au crépuscule.

 

Le rapport de forces est en défaveur des insurgés. La garnison de Santa Clara compte 2 500 hommes et dix chars tandis qu’un millier de soldats sont également dispersés dans la ville. En outre un train transportant 400 soldats bien armés est en route pour la ville depuis La Havane. Face à ses forces gouvernementales, Guevara ne dispose que de 300 combattants épuisés par leur marche depuis les montagnes et les nombreuses escarmouches avec les troupes de Batista. Mais il peut compter sur le soutien de la population et sur la démoralisation des soldats du camp adverse.

 

Arrivé dans la ville, Guevara divise ses forces en deux colonnes. La colonne du sud est la première à rencontrer les forces gouvernementales commandées par le colonel Casillas Lumpuy. Le train blindé, envoyé par Batista pour renforcer la garnison locale en munitions, armes et effectifs arrive alors au pied de la colline de Capiro, au nord-est de la ville. Guevara dépêche là-bas son « escadron-suicide », commandé par Roberto Rodríguez, "El Vaquerito", pour capturer la colline, à l’aide de grenades à main et ainsi empêcher qu’elle ne devienne un point d’appui pour les soldats venant de la capitale. Les défenseurs de la colline se retirent rapidement mais le train blindé parvient à se déplacer et rejoint le centre de la ville.

 

Les rebelles qui ont pris position dans la ville sont quant à eux attaqués par des soldats et un char. L’aviation les mitraille, les obligeant à rester à couvert. La deuxième colonne rebelle, dirigée par Rolando Cubela, qui reçoit l'aide de civils qui fabriquent des cocktails Molotov, se lance dans une série d’escarmouches. Les deux garnisons militaires, celle de la caserne Leoncio Vidal et celle du régiment de la Garde rurale se retrouvent assiégées par les forces de Cubela malgré le soutien de l’aviation, des tireurs d’élite et des chars. De nombreux soldats sont alors démoralisés et certains ressentent de la sympathie pour les guérilleros.

Roberto Rodriguez, "El Vaquerito"

Roberto Rodriguez, "El Vaquerito"

La prise du train blindé.

Guevara sait que le succès de sa mission repose sur trois facteurs : le maintien de la garnison dans les casernes, la neutralisation des troupes arrivées par le train blindé et dont les soldats montrent une volonté de se battre, l’implication de la population civile. Dans la nuit du 28 au 29, les rebelles se déplacent dans la ville et prennent position pour le lendemain notamment afin de mettre hors d’état la voie ferrée. Ils reçoivent le soutien de la population qui élève des barricades afin d’entraver le déplacement des forces gouvernementales.

 

Le 29, les officiers qui dirigent le train de renforts décident de poursuivre leur route jusqu’à la caserne Leoncio Vidal pour se mettre à l’abri. Mais les rebelles ont saboté la voie, notamment avec l’aide des tracteurs de l’école d’agronomie, provoquant un déraillement qui renverse sur la voie trois wagons. Les hommes du Che se précipitent alors, tirent sur le train et l’attaquent avec des cocktails Molotov. Des wagons prennent feu. Les hommes prisonniers à l’intérieur se rendent rapidement.

 

La capture du train gouvernemental permet d’approvisionner les rebelles en armes notamment en bazookas, en mitrailleuses, en mortier. Ils mettent aussi la main sur un canon de 20 mm, 600 fusils et environ un million de cartouches. C’est une prise déterminante pour des rebelles mal armés et qui leur permet d’armer une partie des étudiants arrivés la veille en renfort. Les 350 soldats et officiers fait prisonniers se montrent surtout soulagés d’être en vie et n’hésitent pas à fraterniser avec les révolutionnaires. Par la suite, Batista affirmera que le train blindé a été livré par les officiers en échange d’argent, une version partagée par le chef rebelle Eloy Guttiérrez Menoyo.

 

Les militaires qui restent dans les casernes apprennent la capture du train blindé ce qui ne fait que miner leur volonté de se battre. Les demandes de renforts restent sans réponse car Batista veut conserver des troupes à La Havane pour défendre la capitale contre l'arrivée inéluctable des troupes de Castro.

Le train blindé après son déraillement

Le train blindé après son déraillement

La garnison capitule.

Les combats reprennent le 30 décembre, quand les hommes du Che, sous un feu nourri, s’emparent de la préfecture de police. Les policiers se défendent avec acharnement, car ils craignent la population, les semaines précédants l’arrivée des rebelles, la répression s’est déchaînée sur ceux suspectés de les soutenir entraînant emprisonnements et tortures. Le lendemain, l’ensemble des postes de police sont aux mains des rebelles qui ont alors le contrôle de la ville. Ne reste que la caserne Leoncio Vial à la périphérie de la ville où les soldats de Batista se sont retranchés.

 

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, alors que La Havane fête le nouvel an, Batista quitte le pays après avoir pris connaissance de la situation à Santa Clara. Le 1er janvier 1959, la garnison, démoralisée, capitule sans conditions après que le Che a promis aux soldats et aux officiers qu’ils pourraient rentrer chez eux une fois désarmés. La bataille de Santa Clara prend fin et ouvre la route de La Havane aux barbudos.

Les séquelles des combats dans Santa Clara

Les séquelles des combats dans Santa Clara

La bataille de Santa Clara, engagement que l’on peut juger mineur, tant par le nombre de combattants engagés que par la faible intensité des combats, marque néanmoins un tournant dans la prise de pouvoir des rebelles. Elle démontre que les jours de Batista à la tête de Cuba sont comptés puisqu’un groupe de 300 rebelles, mal armé, parvient alors à briser sa ligne de défense la plus importante en dehors de La Havane. Le dictateur sait alors qu’il n’a plus aucun espoir de retourner la situation et le succès improbable des hommes du Che ne fait que hâter son départ en exil.

 

Les armes saisies par le Che à Santa Clara jouent également un rôle décisif dans les luttes de pouvoir qui suivent l’entrée des rebelles à La Havane. Au début de 1959, la Révolution cubaine agrège en effet différents groupes de mécontents qui pour certains ont des vues divergentes de celles de Castro concernant l’avenir du pays. Avec les armes prises à Santa Clara, le Che, qui est totalement fidèle à Castro, lui offre la force militaire la mieux équipée du pays lui permettant de prendre la direction du pays en position de force.

 

La prise de Santa Clara tient aussi une place importante dans la vie de Che Guevara. Elle contribue en effet largement à asseoir sa réputation chef militaire qui lui assure un certain prestige durant les années suivantes à Cuba et à l’étranger. Une réputation largement exagérée comme le montrera tragiquement par la suite ses fiascos militaires au Congo en 1965 puis en Bolivie en 1968.

Che Guevara lors de la bataille de Santa Clara

Che Guevara lors de la bataille de Santa Clara

Bibliographie.

-Dosal, Paul, Comandante Che: Guerrilla Soldier, Commander, and Strategist, 1956-1967, Pennsylvania State University Press, 2003.

-Bonachea, Ramon, Marta San Martin, The Cuban Insurrection: 1952-1959, Transaction Books, 1974.

-Kalfon Pierre, Che, Ernesto Guevara, une légende dans le siècle, Seuil, 1998.

-Paco Ignacio Taibo II, Ernsto Guevara connu aussi comme le Che, 2 volumes, Métallié-Payot, 2001.

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communismeetconflits - dans Cuba Che Guevara Révolution cubaine Santa Clara
19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 07:00

Militant politique et commandant militaire, Mikhaïl Frounze fut l'un des principaux chefs de l’Armée rouge durant la guerre civile russe et la première moitié des années 1920. Vainqueur de Koltchak, de Wrangel, des cosaques de l’Oural, des rebelles du Turkestan, de Petlioura et de Makhno, il succède à Trotski à la tête de l’Armée rouge en 1924. Frounze, qui n’appartient pas au groupe proche de Staline, est un personnage largement méconnu mais dont le rôle fut pourtant décisif à la fois dans la victoire soviétique durant la guerre civile, la construction de l’Armée rouge et l'élaboration de la doctrine militaire soviétique en vigueur jusqu’aux années 1980.

Mikhaïl Frounze, bâtisseur de l’Armée rouge

Le militant bolchevik.

Mikhaïl Frounze est né en 1885 à Pichpek (actuelle Bichkek au Kirghizistan) aux confins de l’Empire russe, dans une région, le Turkestan, à peine conquise par les armées du tsar et où domine un ordre colonial. Son père, officier de santé, s’est établi dans la région après y avoir servi comme militaire tandis que sa mère est la fille de paysans, venus comme colons dans l’espoir d’une vie meilleure.

 

Brillant élève au lycée de Verniy (actuelle Alma-Ata), Frounze rejoint en 1904 Saint-Pétersbourg pour suivre des études d’économie à l'Institut polytechnique. C’est alors un jeune étudiant romantique et idéaliste qui veut améliorer le sort des déshérités. À la fin de 1904, il rejoint le Parti ouvrier social-démocrate russe et prend part à la manifestation du 9 janvier 1905, le célèbre Dimanche sanglant, dont la répression marque le début de la première révolution russe.

 

En 1905, il est envoyé à Ivanovo-Voznesensk et Chouïa, le cœur de l’industrie textile russe, la troisième plus grande zone industrielle du pays. Il y anime la grève des ouvriers du textile, publie des tracts, récupère des armes et forme des détachements armés. C’est à Ivanovo-Voznesensk que naît le premier soviet de Russie dont Frounze est membre. En décembre 1905, quand une insurrection ouvrière éclate à Moscou, il rejoint les insurgés avec un groupe de combattants d'Ivanovo-Voznesensk. Il est alors remarqué par les bolcheviks pour son activisme politique et rencontre Lénine lors du congrès du POSDR à Stockholm en 1906 dont il est le plus jeune délégué.

 

De retour en Russie, il organise le 17 janvier 1907 un coup de main, armée, contre une imprimerie afin de faire publier des tracts pour une campagne électorale. Il participe également à une attaque armée contre un policier. C’est cette action qui lui vaut deux condamnations à mort après son arrestation à la fin de 1907. Mais sous la pression de l’opinion libérale, sa peine est commuée en travaux forcés puis en exil en Sibérie en 1914. En 1916, il fuit sa région d’exil pour s’installer clandestinement à Minsk prés du front afin de faire de la propagande auprès des soldats et de mettre en place une organisation bolchevique.

Frounze étudiant

Frounze étudiant

Après la révolution de février 1917, Frounze dirige la milice de Minsk, une organisation de volontaires armés dépendant du soviet de la ville plutôt que des autorités gouvernementales. Peu avant la Révolution d’Octobre, il est envoyé préparer la prise du pouvoir à Ivanovo-Voznesensk. Si les bolcheviks s’emparent facilement de la capitale, Petrograd, leur situation est plus difficile à Moscou où des troupes fidèles au gouvernement provisoire résistent. Avec un détachement armé, Frounze se rend à Moscou et participe à la prise de contrôle de la ville par les bolcheviks. En raison de son expérience au sein des groupes de combat bolcheviks en 1905 et 1917 et à la tête de la milice de Minsk, il apparaît déjà comme un spécialiste des questions militaires au sein du parti bolchevik.

 

Au début de 1918, Frounze est élu président du comité provincial du parti bolchevik et nommé commissaire militaire de la province d'Ivanovo-Voznessensk. En août, il est nommé commissaire du district militaire de Iaroslav qui comprend huit provinces. Il est alors chargé de mobiliser les ressources de ce secteur, après le soulèvement de Iaroslav, afin de former le plus rapidement possible des divisions pour l’Armée rouge naissante.

 

Il montre alors un vrai talent d’organisateur par sa capacité à comprendre rapidement les problèmes, à distinguer l’essentiel de l’accessoire et à utiliser au mieux les compétences de chacun. S’il ne possède pas de connaissances techniques précises dans le domaine militaire, notamment sur l’organisation d’une armée régulière ou la conduite des opérations militaires, il sait s’appuyer sur des militaires professionnels, anciens officiers du tsar et s’entoure d’un état-major expérimenté. Ses victoires, par la suite reposeront en grande partie sur ces experts militaires issus de l’ancienne armée dont il supervisera le travail. Néanmoins, conscient de son manque de connaissances militaires, Frounze prend soin également de se former à l’art de la guerre, en se plongeant dans la littérature militaire. Trotski lui reprochera d’ailleurs sa fascination pour les « schémas abstraits » et l’influence trop forte des anciens officiers sur lui.

 

Frounze compense surtout son manque de formation militaire par un véritable charisme et sa capacité à diriger les masses de l’Armée rouge tout en faisant preuve de courage personnel et de détermination. Il n’hésite pas ainsi à se retrouver en première ligne et sera même blessé en juin 1919 près d'Oufa. Il sait surtout organiser le travail de son état-major en cas d’urgence tout en réussissant à mobiliser l’ensemble des ressources locales pour les besoins de la guerre.

Mikhaïl Frounze, bâtisseur de l’Armée rouge

Commandant de la guerre civile.

Le premier commandement militaire de Frounze, qu’il reçoit en 1919, est celui de commandant de la 4e armée rouge du front oriental puis de commandant du groupe sud de ce front alors que les armées blanches de l’amiral Koltchak mènent une offensive victorieuse. Il revient à Frounze, dans cette situation délicate, de frapper le flanc occidental de l’armée blanche dans la région de Bouzoulouk. Le succès de l’opération casse l’offensive blanche et fait repasser l’initiative stratégique dans le camp soviétique. Frounze conduit alors une série d’opérations, de Bourougouslan à Oufa entre avril et juin 1919 qui repoussent les armées de Koltchak de la Volga à l’Oural puis en Sibérie. Frounze prend alors la direction de l'armée du Turkestan et de l’ensemble du front oriental.

 

D’août 1919 à septembre 1920, Frounze commande le front du Turkestan. Natif de la région, il connaît bien le terrain où ses troupes opèrent. Sa première mission est de briser l’encerclement des troupes rouges déjà présente dans la région. Le 13 septembre 1919, au sud d'Aktiobe, les soldats de la 1ere armée rouge font donc leur jonction avec les unités rouges du Turkestan. Ensuite, Frounze nettoie la région au sud de l’Oural des armées blanches qui s’y trouvent, les cosaques d'Orenbourg et de Semiretchie. La conquête de l’émirat de Boukhara et la victoire sur les rebelles musulmans, les Basmachis, parachèvent la mission de Frounze et le contrôle soviétique sur le Turkestan.

Frounze avec Boudienny et Vorochilov

Frounze avec Boudienny et Vorochilov

Fort de ces succès militaires, Frounze est nommé en septembre 1920 à la tête du front sud avec pour mission d’écraser l’armée blanche de Wrangel qui tient encore la Crimée. L’opération sur Perekop-Chongar et la traversée simultanée de la Syvach qui permettent de briser les défenses blanches ont été conçues par le groupe d’officiers de l’état-major du front sud qu’il a formé. Le succès de l’opération oblige Wrangel à évacuer la Crimée mettant fin à la guerre civile dans la partie occidentale de la Russie soviétique.

 

Après son succès en Crimée, Frounze se voit confier le commandement des forces armées en Ukraine. Son objectif principal est alors d’éliminer l’armée insurrectionnelle de l’anarchiste Makhno ainsi que les bandes armées nationalistes ou autres qui fourmillent dans la région. Là encore, Frounze rencontre le succès, payant de sa personne puisqu’il est blessé à l’été 1921 dans une fusillade avec des partisans de Makhno. À la fin de 1921, il est envoyé en Turquie pour une mission à la fois diplomatique et militaire. Il s’agit d’établir une alliance avec Mustafa Kemal et de lui fournir des armes pour l’aider à remporter la guerre d’indépendance turque.

 

Dans ses différents commandements, Frounze se distingue des autres dirigeants bolcheviks par son manque de cruauté. Ainsi, durant la guerre civile, il signe des instructions afin que les prisonniers soient traités humainement ce qui provoque un certain mécontentement au sein du Parti, notamment de la part de Lénine. S’il est un excellent militaire, il fait néanmoins preuve de peu de sens politique et ce n’est pas un hasard si plus tard Molotov notera que beaucoup de bolcheviks considéraient que Frounze n’était pas vraiment l’un des leurs.

Frounze passe des troupes en revue

Frounze passe des troupes en revue

Le chef de l’Armée rouge.

Au moment de la lutte au sein de la direction entre Staline et Trotski, Frounze devient en 1924 chef de l’état-major de l’Armée rouge et vice-président du conseil militaire révolutionnaire tout en prenant la tête de l’Académie militaire de l’Armée rouge. En 1925, il poursuit son ascension puisqu’il est nommé président du conseil militaire révolutionnaire et qu’il succède à Trotski comme commissaire du peuple aux Affaires militaires et navales. Contrairement à une vision largement répandue par la suite, Frounze poursuit les réformes entamées par Trotski afin de créer une armée régulière, d’organiser un système territorial de défense, d’améliorer la formation et la qualité des unités de l’armée. Il introduit de nouveaux équipements au sein de l’armée et renforce l’unité du commandement.

 

Frounze se lance également dans la rédaction d’ouvrages sur la théorie militaire afin de développer une doctrine propre à l’Armée rouge qu’il nomme « doctrine militaire prolétarienne ». Il y prône la primauté de l’offensive et préconise la mobilité et la manœuvre dans les opérations militaires posant ainsi les jalons de l’art opératif.

 

Si Frounze fait remplacer les proches de Trotski au sein de la direction de l’Armée rouge, il n’appartient pas au groupe stalinien. Il garde une certaine indépendance qui s’appuie à la fois sur son prestige militaire et sur son autorité dans l’armée. Cette situation particulière a pu engendrer des suspicions à son égard même si Frounze n’a jamais fait preuve de velléités « bonapartistes ». Elle est néanmoins au fondement des accusations portées contre Staline à la suite de la mort de Frounze en octobre 1925 lors d’une banale intervention chirurgicale à l’âge de 40 ans. Selon cette version, diffusée dés 1926, notamment par le biais du petit roman de Boris Pilniak, Conte de la lune non éteinte, Staline se serait débarrassé d’un possible rival, d’autant plus dangereux qu’il est populaire dans l’armée, comme il le fera en 1937, de manière plus expéditive, avec Toukhatchevski. À l’heure actuelle, aucun document ne permet cependant d’engager la responsabilité de Staline dans la mort de Frounze.

Frounze avec Trotski

Frounze avec Trotski

Après sa mort, la figure de Frounze est mythifiée et idéalisée par la propagande officielle. Il est présenté comme le véritable créateur et dirigeant de l’Armée rouge durant la guerre civile permettant ainsi de faire disparaître la figure de Trotski. Un culte posthume se développe en Union soviétique autour de Frounze dont le nom est donné à de nombreux villages, quartiers, stations de métro, entreprises. Sa ville natale, Pichpek est rebaptisée Frounze, tandis que son nom est attribué à un sommet du Pamir et à un cap sur l’archipel des Terres du nord dans l’Arctique. Durant toute l’ère soviétique, des monuments sont érigés à sa gloire, tandis que son image est largement diffusée au cinéma, dans les livres et aussi par la philatélie.

 

La propagande soviétique autour de la figure de Frounze pendant prés de 65 ans a largement fabriqué une légende derrière laquelle l’homme, avec ses qualités et ses défauts, a disparu pour se transformer en icône, en saint révolutionnaire. Il n’en reste pas moins que Frounze, comme Toukhatchevski et Joukov, fut un des meilleurs commandants soviétiques.

Statut équestre de Frounze dans sa ville natale de Bichkek

Statut équestre de Frounze dans sa ville natale de Bichkek

Bibliographie

-M. A Gareev, M. V. Frunze, Military Theorist, Pergamon-Brassey's, 1987.

-Walter Darnell Jacobs, Frunze : The Soviet Clausewitz, 1885-1925, Martinus Nijhoff, 1969.

-Collectif, Фрунзе : Военная и политическая деятельность [Frounze : activités politiques et militaires], Воениздат, 1984.

-B. A. Рунов, Фрунзе. Тайна жизни и смерти [V. A. Rounov, Frounze. Le mystère de sa vie et de sa mort], Вече, 2011.

-Л. Млечин, Фрунзе [L. Mlechine, Frounze], Молодая гвардия, 2014.

-Boris Pilniak, Le conte de la lune non éteinte, Interférences, 2008.

Les funérailles de Frounze

Les funérailles de Frounze

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 07:00

Figure mythique de la guerre civile russe, héros national, autodidacte qui se hisse dans le haut commandement de l’Armée rouge en dépit de son absence de formation militaire, Tchapaev incarne la figure du chef partisan dans la mythologie communiste.

Tchapaev, le partisan rouge

Sous-officier dans l’armée impériale.

Vassili Tchapaev est né dans une famille paysanne du village de Budaïka dans la province de Kazan. Petit-fils de serfs et fils d’un charpentier, il grandit ensuite dans la ville de Balakovo dans la province de Samara. Sa famille est pauvre et le jeune Vassili ne passe que deux années à l’école paroissiale. Il commence à travailler à l’âge de 12 ans et enchaine les petits emplois chez un marchand, puis dans un restaurant mais également comme assistant d’un joueur d’orgue de barbarie avant d’aider son père dans une menuiserie.

 

Après son service militaire, Tchapaev reprend son emploi de menuisier, se marie, fonde une famille et quand la Première Guerre mondiale éclate, il est déjà père de trois enfants. Mobilisé en 1914, il devient sergent et participe à la fameuse offensive Broussilov de juin 1916 où il est blessé. C’est alors un sous-officier consciencieux qui sait faire preuve de courage et obtient ainsi trois Croix de Saint-Georges et la médaille de Saint-Georges.

 

À l’été 1916, en raison de ses blessures, Tchapaev est envoyé à l’arrière dans la garnison de Saratov. Là, il participe aux troubles révolutionnaires de 1917 et, selon son ami Koutiakov, se montre proche des anarchistes. Preuve de son activisme politique, il est élu président du soviet de sa compagnie et membre du soviet de son régiment. Il adhère finalement au parti bolchevik le 28 septembre 1917 et se retrouve chef militaire du détachement de la Garde rouge de la ville de Nikolaievsk (actuelle Pougatchev).

Tchapaev, sous-officier dans l'armée tsariste

Tchapaev, sous-officier dans l'armée tsariste

Premières armes révolutionnaires.

Après la Révolution d’Octobre, Tchapaev est l’un des militaires professionnels sur lequel les bolcheviks de Nikolaievsk mais aussi de la province de Samara comptent pour réprimer les révoltes de paysans et de cosaques qui éclatent spontanément. Il est donc nommé commissaire militaire du district et au début de 1918, il met sur pied les 1er et 2e régiments de Nikolaievsk qui s’intègrent à l’Armée rouge du soviet de Saratov. En juin, ces deux régiments sont réduits pour former la brigade de Nikolaievsk sous les ordres de Tchapaev.

 

Tchapaev se trouve rapidement confronté à la révolte de la légion tchécoslovaque dont les capacités militaires sont bien plus élevées que celles des cosaques ou des paysans révoltés qu’il a dû affronter jusque-là. Face à ses adversaires redoutables, il montre qu’il est un excellent tacticien, habile à évaluer une situation et à dégager la meilleure solution possible. Il se montre également courageux, dirigeant personnellement la troupe dans les combats et jouit donc d’un grand prestige parmi ses hommes. À l’automne 1918, il dirige la brigade de Nikolaievsk qui en raison de sa petite taille est parfois appelé le détachement Tchapaev.

 

Le commandant de la 4e armée rouge et ancien général de l’armée impériale, AA Baltisk remarque que Tchapaev « manque de formation militaire ce qui affecte son commandement ». Mais il estime que s’il reçoit la formation adéquate, il pourra devenir un commandant de qualité. En novembre 1918 Tchapaev est donc envoyé à Moscou à l’Académie militaire que vient de former l’état-major général de l’Armée rouge.

 

Il semble que la formation reçue ne soit pas au goût de Tchapaev qui au bout de quelques semaines et sans autorisation quitte l’Académie pour retourner sur le front. Il prend alors le commandement du groupe d’Alexandrovo-Gaïsk qui combat les cosaques de l’Oural.

Tchapaev, le partisan rouge

Commandant de la 25e division.

À la fin mars 1919, Tchapaev devient commandant de la 25e division d’infanterie sous les ordres du groupe sud du front oriental commandé par Mikhaïl Frounze. Cette division affronte le gros des troupes blanches qui ont repris leurs offensives sous la direction de l’amiral Koltchak au printemps 1919. La division que commande Tchapaev se distingue dans les opérations sur Bougourouslan, Belebeï et Oufa qui conduisent à l’échec de l’offensive de Koltchak. Dans ces opérations, l’unité de Tchapaev fait preuve d’un grand sens tactique et d’une grande souplesse, des qualités qui sont reconnues par ses adversaires blancs qui soulignent les talents d’organisateur du commandant rouge.

 

Le plus grand succès de la 25e division reste le passage de la rivière Belaïa qui conduit à la prise d’Oufa le 9 juin et à la retraite des armées blanches. Si Tchapaev, qui se trouve en première ligne, est blessé à la tête, il reste sur le front où il reçoit l’Ordre du Drapeau rouge tandis que sa division reçoit un drapeau rouge honorifique.

 

Tchapaev illustre alors la figure de ces sous-officiers de l’ancienne armée qui vont donner de grands chefs militaires à l’Armée rouge comme Boudienny ou Joukov. Aimé de ses hommes, sa division est l’une des meilleures du front oriental. Privilégiant les méthodes de la guérilla, il sait faire preuve d’un grand sens tactique, d’énergie, d’esprit d’initiative, se tenant souvent au plus près des combats. Il possède en outre l’avantage de combattre toujours dans la même zone, sur l’aile droite du front oriental, son excellente connaissance de la région lui permettant ainsi d’illustrer ses talents dans la guerre de partisans.

 

Si l’unité que commande Tchapaev est intégrée au sein de l’Armée rouge, elle accuse des traits qui la rapprochent des unités de partisans telle que les problèmes de discipline ou les mauvaises relations entre commandants et commissaires qui se terminent parfois par des passages à tabac. Les relations sont ainsi houleuses et difficiles entre Tchapaiev et le commissaire politique de sa division, Dimitri Fourmanov.

 

Après l’opération d’Oufa, la division de Tchapaev est renvoyée en première ligne pour affronter les cosaques de l’Oural. La zone d’opération est alors la steppe aux limites de la Russie et du Kazakhstan, loin des grandes voies de communication ce qui gêne l’arrivée du ravitaillement notamment en munitions, dans la chaleur et face à un ennemi redoutable, les cosaques, qui font preuve d’une indéniable supériorité en matière de cavalerie. Ces derniers menacent ainsi constamment les flancs et les arrières de la division de Tchapaev. La lutte est acharnée, les combats sont sans pitié et la brutalité est le lot qui frappe tous les prisonniers.

 

Le 5 septembre 1919, un raid de la cavalerie cosaque s’abat sur le siège de l’état-major de la 25e division qui se trouve à Lbichtchensk dans un secteur dangereusement éloigné du gros des troupes. C’est en cherchant à fuir les cosaques que Tchapaev trouve la mort durant cette attaque. Selon certaines sources, il aurait péri noyé en cherchant à traverser l’Oural à la nage, selon d’autres, il aurait succombé à ses blessures durant la fusillade. Son corps ne fut jamais retrouvé.

Tchapaev, commandant de l'Armée rouge

Tchapaev, commandant de l'Armée rouge

La légende.

Tchapaev est rapidement entré dans la légende, une légende fabriquée pour servir le régime. Le mythe s’élabore en effet dès le début des années 1920 avec la publication en 1923 du roman de Dimitri Fourmanov. Avec le film des frères Vassiliev en 1934, Tchapaev apparaît comme la figure emblématique choisie par le pouvoir dans la cohorte des héros de la guerre civile, un groupe qui comprend alors quelques dirigeants politiques et certains commandants de l’Armée rouge comme Frounze, Kotovski ou Nikolaï Shchors qui sont pour la plupart déjà morts. Ces héros sont mythifiés par une propagande qui ne cesse d’exalter leurs exploits et leurs caractères positifs.

 

La propagande autour de Tchapaev dépasse le cadre de l’Union soviétique puisque le livre de Fourmanov est traduit dans plusieurs langues et diffusé par des maisons d’édition communistes ou de gauche à travers le monde tandis que le film fait l’objet de projections organisées par les PC. Signe de cette internationalisation du mythe de Tchapaev, en décembre 1936, au sein de la 13e Brigade internationale qui combat en Espagne auprès des républicains se forme un bataillon Tchapaev.

 

Dans le cas de Tchapaev, la mythologie finit par éclipser le personnage historique réel. Ainsi en 1919, selon la légende, ce serait grâce à la fermeté de Frounze et de Tchapaev que les Rouges n’auraient pas abandonné Samara contre l’avis des spécialistes militaires, ce qui ne correspond en rien à la réalité. La légende veut aussi que Trotski fût un adversaire acharné de Tchapaev. Dans la réalité, Trotski remis à ce dernier une montre en or pour le distinguer d’une manière particulière par rapport aux autres commandants. Le mythe est renforcé par le fait que de nombreux anciens compagnons de Tchapaev occupent durant de nombreuses années des postes de direction dans l’armée. Près de 12 généraux soviétiques sont ainsi issus de la division que commandé Tchapaev et forment une sorte de fraternité qui entretient la légende.

 

La figure de Tchapaev pénètre également le folklore populaire en devenant le centre de nombreuses anecdotes et plaisanteries. La croyance est même largement répandue qui veut qu’il ait aussi combattu directement le général Kappel, ce qui est historiquement faux, mais dans la mentalité populaire, seul un héros de la trempe de Tchapaev pouvait vaincre un adversaire de la réputation de Kappel qui apparaît ainsi comme l’alter-ego blanc du chef partisan rouge.

Affiche du film de 1934

Affiche du film de 1934

Bibliographie.

-B. O. Дайнес, Чапаев, [V. O. Daïnes, Tchapaev], Вече, 2010.

-A. Симонов, « Первый отряд Чапаева » [A. Simonov, Le premier détachement Tchapaev], Родина., n°2, 2011, pp. 69-72.

-D. Fourmanov, Tchapaev, Éditions sociales, 1971.

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 11:28
Sergueï Kamenev, commandant en chef de l’Armée rouge.

Figure largement méconnue, Sergueï Kamenev, à ne pas confondre avec le dirigeant communiste Lev Kamenev, fut un des créateurs de l’Armée rouge qu’il commanda à différents postes durant la guerre civile. Ce spécialiste militaire, ancien officier du tsar, fut en effet commandant de l’Armée rouge, une des plus hautes fonctions au sein de la Russie soviétique pour un homme qui n’était pas membre du Parti bolchevik.

 

Noble et officier du Tsar.

Sergueï Sergueïevitch Kamenev est né à Kiev le 4 avril 1881 dans une famille noble. Son père est ingénieur à l’Arsenal de la ville mais également colonel d’artillerie. Si, enfant, Kamenev rêve de devenir chirurgien, il choisit finalement la voie militaire. Il intègre alors le corps des cadets de Vladimir à Kiev puis en 1898 le collège militaire Alexandrov dont il termine troisième en 1900. Il entre ensuite à la prestigieuse Académie d’état-major Nikolaevski qu’il termine en 1907. Parallèlement à ces études, Kamenev sert dans l’armée dès 1900 au sein du 165e régiment d’infanterie de Loutsk qui stationne à Kiev. Ce n’est qu’après avoir terminé sa formation à l’Académie qu’il part servir au sein de l’état-major général.

 

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, Kamenev sert comme adjoint de l’aide de camp principal de l’état-major de la région militaire d'Irkoutsk puis comme aide de camp principal à l’état-major de la 2e division de cavalerie et enfin comme adjoint de l’aide de camp principal de l’état-major de la région militaire de Vilnius. Dans le même temps, il enseigne également la tactique et la topographie dans une école militaire. Durant ces années, il participe à de nombreuses manœuvres et voyagent beaucoup. Il visite ainsi les forteresses de Kaunas et Grodno, ce qui lui permet d’élargir ses horizons et de se former en tant qu’officier d’état-major. Il prend également soin d’étudier les erreurs commises de l’armée russe lors de la guerre contre le Japon en 1904-1905.

Kamenev, officier du tsar

Kamenev, officier du tsar

Entre Grande Guerre et Révolution

Avec le déclenchement de la Grande Guerre, Kamenev, qui est alors capitaine, sert comme aide de camp principal à l’état-major de la 1ere armée et commande le 30e régiment d’infanterie de Poltava. Ses chefs sont élogieux à son égard et le proposent au grade supérieur.

 

À la tête de son régiment, Kamenev sait faire preuve tout à la fois de courage, d’habileté et de sang-froid tout en se souciant du quotidien des officiers et des soldats. Cette attention portée aux conditions de vie de la troupe explique qu’en 1917, après la révolution de février, il soit élu commandant du régiment.

 

À l’époque du gouvernement provisoire, Kamenev se retrouve chef d’état-major du 15e corps d’armée, poste qu’il occupe au moment de la Révolution d’Octobre, puis chef d’état-major de la 3e armée. Durant cette période, il s’occupe principalement de la démobilisation des troupes de l’ancienne armée tsariste. Le siège de son état-major se trouvant à Podolsk, Kamenev doit fuir devant l’avance des troupes allemandes et replier sur Nijni-Novgorod où s’achève son service dans l’ancienne armée qui est alors dissoute par le gouvernement bolchevik.

 

Son expérience, plutôt positive, des soviets dans l’armée facilite le passage de Kamenev dans le camp bolchevik assez tôt. Au début de 1918, il s’engage donc comme volontaire dans l’Armée rouge en tant que spécialiste militaire. Ce choix s’explique certainement par sa volonté de continuer le combat contre les Allemands car il ne cherche pas à s’impliquer dans la guerre civile qui débute.

 

Dés avril 1918, Kamenev sert parmi le mince rideau de troupes qui fait face aux troupes allemandes en cas de reprise des combats. Il se retrouve alors adjoint du commandant du détachement de Nevelsk et doit faire face aux débuts difficiles de l’Armée rouge où sévissent la désobéissance, la désertion, la présence d’éléments criminels et une mentalité de partisans.

Kamenev, commandant de l'Armée rouge

Kamenev, commandant de l'Armée rouge

Commandant en chef de l’Armée rouge

En août 1918, Kamenev est nommé adjoint du chef militaire du front occidental et instructeur militaire de la région de Smolensk, son autorité s’étend aussi aux secteurs de Nevelsk, Vitebsk et Roslavl. L’objectif de Kamenev est alors de protéger ces régions contre les Allemands et de former des unités de l’Armée rouge. Il parvient ainsi à mettre sur pied la division de Vitebsk et le détachement de Roslavl qui sont envoyés dans l’Oural renforcer le front oriental contre les troupes blanches.

 

L’ascension de Kamenev au sein de l’Armée rouge débute réellement à l’automne 1918. En septembre, il reçoit un poste clef, celui de commandant du front oriental. Ce front est encore en formation et Kamenev doit bâtir un état-major, l’ancien ayant suivi Vatsetis nommé commandant en chef de l’Armée rouge. Il dirige les combats qui se déroulent dans la région de la Volga et en octobre, il parvient à repousser ses adversaires à l’est du grand fleuve. À la fin de l’année et au début de 1919, il réussit à reprendre Oufa et Orenbourg. Mais l’apparition, au printemps, des armées de Koltchak, l’oblige à abandonner ces conquêtes pour se replier sur la région de la Volga.

 

Durant la campagne de 1919, Kamenev contribue à la victoire soviétique sur les armées de l’amiral Koltchak. Cependant, au milieu des opérations, à la suite d’un conflit avec le commandant en chef Vatsetis, il est démis de son poste et remplacé par Alexandre Samoïlo qui arrive du front nord. Mais ce dernier entre rapidement en conflit avec le conseil militaire révolutionnaire du front ainsi qu’avec ses subordonnés. Il ne reste donc que peu de temps à son poste et Kamenev retrouve son commandement avec l’appui de Lénine.

 

Si Kamenev est un militaire talentueux, il n’a guère de sens politique et ne sait pas s’orienter dans les affrontements politiques qui touchent également la direction l’Armée rouge. Il bénéficie néanmoins sur ce point de l’appui de Sergueï Gousev, un vieux bolchevik membre du conseil militaire révolutionnaire du front oriental, qui l’aide à atteindre le sommet de la hiérarchie militaire. En juillet 1919, à la suite de la destitution et de l’arrestation de Vatsetis et de ses plus proches collaborateurs accusés de complots dans le cadre de luttes politiques au sommet du pouvoir soviétique, Kamenev est nommé commandant en chef de l’Armée rouge. C’est Gousev qui a attiré l’attention de Lénine sur lui pour cette nomination, la plus haute obtenue par un spécialiste militaire non-membre du Parti.

 

Kamenev prend ses nouvelles fonctions au moment où les armées de Denikine, venant du sud, marchent sur Moscou. Alors qu’il était encore commandant du front oriental, Kamenev a établi un plan pour empêcher la jonction entre les forces de Denikine et celles de Koltchak. Quand il est nommé commandant en chef, ce plan se révèle dépassé puisque Koltchak a été vaincu et que sa jonction avec Denikine semble alors improbable. Mais Kamenev continue à défendre son plan initial qui prévoit une offensive sur la région du Don où les Soviétiques attendent une résistance farouche des cosaques. Il reçoit le soutien d’un Lénine dont les connaissances en matère stratégique sont limitées. Le plan de Kamenev tourne au fiasco, l’offensive rouge dans le Don en août est un échec tandis que les Blancs percent le front plus à l’ouest et atteignent Orel et Mtsensk, menaçant Toula et mettant en péril l’existence même de la Russie soviétique. Les plans soviétiques doivent dès lors être changés en toute urgence pour sauver la situation par des actions coordonnées des différents fronts.

 

Par la suite, Kamenev mène la lutte sur différents fronts, prés de Petrograd contre le général Ioudenitch puis contre les Polonais et enfin en Crimée contre le général Wrangel. Sur ce front, il participe à l’élaboration du plan de l’opération Perekop qui ouvre les portes de la Crimée à l’Armée rouge. Après la fin des grandes opérations de la guerre civile, Kamenev dirige la lutte contre les révoltes paysannes, il réprime le soulèvement de la Carélie et combat les Basmatchis au Turkestan.

 

Kamenev fait l’objet d’appréciations divergentes de la part de ses contemporains. Ses détracteurs parlent de lui comme de « l’homme avec une grosse moustache et de petites capacités ». Trotski en donne une vue moins partiale, pour lui Kamenev se distingue par « son optimisme et son imagination stratégique rapide. Mais sa compréhension des facteurs sociaux sur le front sud était relativement étroite : les ouvriers, les paysans ukrainiens, les cosaques, ce n’était pas clair pour lui. » Ensuite, l’ancien commissaire du peuple à la Guerre compare Kamenev et Vatsetis : « Il est difficile de dire lequel des deux colonels était le plus doué. Les deux avaient d’incontestables qualités stratégiques, tous deux avaient l’expérience de la Grande Guerre, les deux se distinguaient par un caractère optimiste sans lequel il est impossible de commander. Vatsetis était têtu, volontaire et subissait l’influence d’éléments hostiles à la révolution. Kamenev était incomparablement plus souple et subissait facilement l’influence des communistes travaillant avec lui S.S. Kamenev était certainement un chef capable avec de l’imagination et la capacité à prendre des risques. Il lui manquait de la profondeur et de la fermeté. Lénine a été fortement déçu par lui et qualifiait durement ses rapports : « un compte rendu stupide et parfois analphabète. »

 

Malgré ses défauts et ses faiblesses, Kamenev est fidèle à Lénine et c’est sous ses ordres que l’Armée rouge a vaincu ses ennemis et a remporté la guerre civile. Il a en effet compris que seule une stratégie offensive pouvait permettre de remporter la victoire dans les conditions de la guerre civile. Il fut également un grand administrateur et sut se montrer extrêmement prudent dans ses rapports avec la direction du Parti afin de gagner ses faveurs.

Kamenev et Trotski

Kamenev et Trotski

Après la guerre civile

Pour son rôle dans la guerre civile, Kamenev reçoit l’Ordre du Drapeau rouge. En avril 1920, le comité exécutif central lui remet une épée en or pour sa victoire sur le front oriental et en janvier 1921 il reçoit un pistolet d’honneur Mauser. Pour son action dans le Turkestan, il est décoré de l’Ordre de l’Étoile rouge par la république de Boukhara et de l’Ordre du Drapeau rouge par la république autonome de Khorezm.

 

Après la guerre civile, Kamenev continue à servir dans l’Armée rouge. Dans ses écrits et des conférences, il repense l’expérience de la Grande Guerre et de la guerre civile. Il participe également à la rédaction des nouveaux règlements pour l’Armée rouge. Après son éviction du poste de commandant en chef en mars 1924, il sert comme inspecteur de l’armée en 1924-125, chef d’état-major en 1925, sous-secrétaire au commissariat du peuple pour les Affaires militaires et navales et président du conseil militaire révolutionnaire de 1927 à 1934, dirigeant de l’Académie militaire et finalement chef du département de la défense antiaérienne de 1934 à 1936. Dans ce dernier poste il joue un rôle important pour améliorer la protection du pays en dotant la défense antiaérienne de nouveaux équipements. Kamenev est également l’un des fondateurs de l’Ossoaviakhim, une organisation de préparation militaire pour les civils, et contribue à l’exploration et à la mise en valeur de l’Arctique en tant que président de la commission gouvernementale pour l’Arctique.

 

Colonel dans l’armée tsariste, Kamenev termine sa carrière dans l’Armée rouge avec le grade de commandant de 1er rang. Il adhère au Parti communiste tardivement, en 1930, et échappe au destin funeste qui s’abat par la suite sur ses compagnons d’armes. Kamenev décède en effet d’une crise cardiaque le 25 août 1936, évitant les tourments de la Grande Terreur. Ses cendres sont placées dans une urne dans le mur du Kremlin. Malgré sa mort, Kamenev n’échappera pas aux calomnies et sera déclaré « ennemi du peuple », son nom et son œuvre tombant dans l’oubli avant d’être réhabilité après la mort de Staline.

Sergueï Kamenev, commandant en chef de l’Armée rouge.

Bibliographie :

-Léon Trotski, Staline, Grasset, 1948.

-Ю. Галич, Красный хоровод, [Galitch, Le cercle rouge], Вече, 2008.

-Митюрин Д. В., Гражданская война: белые и красные, [D.V. Mitourine, La guerre civile : blancs et rouges],Полигон, 2004.

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 07:14

Maréchal de l’Union soviétique, figure militaire majeure de l’entre-deux guerres, commandant durant la guerre civile puis dirigeant des forces soviétiques d’Extrême-Orient, Vassili Blücher fut le premier titulaire de l’ordre du Drapeau rouge et de l’Étoile rouge. Un certain nombre d’opérations militaires ont fait sa légende avant qu’il n’incarne la puissance soviétique en Extrême-Orient. Le maréchal Joukov a admis qu’il fut pour lui un modèle tandis que Tchang Kaï-Shek déclara qu’il était l’équivalent d’une armée de 100 000 hommes.

 

 

 

Soldat dans l’armée du tsar

Vassili Kontantinovitch Blücher est né dans une famille paysanne du village de Barchinska dans la province de Iaroslav le 1er décembre 1889. Son nom si particulier lui vient de son aïeul serf à qui il fut donné durant la guerre de Crimée par son propriétaire en l’honneur du maréchal prussien Blücher.

 

Après avoir reçu une instruction primaire à l’école paroissiale, Blücher commence à travailler. Son père le conduit en 1904 à Saint-Pétersbourg où il devient garçon dans la boutique du marchand Klochkova puis ouvrier à l’usine de machines-outils Byrd. En 1906, il rentre finalement dans son village pour reprendre ses études. À l’automne 1909, il se rend à Moscou pour travailler dans un atelier de serrurerie puis comme mécanicien dans une usine de wagons à Mytichtchi. C’est là qu’il prend part à une grève en 1910 qui le fait condamner à trois ans de prison. Libéré, il trouve du travail aux ateliers de chemins de fer de la ligne Moscou-Kazan.

 

Avec le début de la Première Guerre mondiale, Blücher est incorporé au 56e bataillon de réserve puis rejoint le front en novembre 1914 au sein du 19e régiment d’infanterie de Kostroma. Soldat courageux, il devient sous-officier puis officier et reçoit la médaille de Saint-Georges. Il est grièvement blessé par une grande en janvier 1915 et passe plus d’un an en convalescence dans différents hôpitaux du pays. Finalement, en mars 1916, il est démobilisé et trouve du travail dans une usine de construction navale prés de Nijni-Novgorod puis dans une usine de mécanique à Kazan.

 

Vassili Blücher en 1915

Vassili Blücher en 1915

Héros de la guerre civile

En juin 1916, il rejoint le Parti bolchevik qui lui donne en mai 1917 l’ordre de réintégrer l’armée. Blücher intègre le 102e régiment de réserve où il est élu vice-président du soviet du régiment. En novembre 1917, au moment de la Révolution d’Octobre, il est membre du comité militaire révolutionnaire de Samara et participe à la prise de contrôle de la province. Il devient alors commissaire politique de la garnison de Samara.

 

Blücher participe à la formation de l’Armée rouge. À la fin de 1917, il est commissaire d’un détachement de Garde rouge envoyé à Tcheliabinsk pour participer à la lutte contre les cosaques d’Orenbourg commandés par l’ataman Doutov. Blücher agit dans la région de Tcheliabinsk entre janvier et mars 1918 et se voit également chargé de former les organes du nouveau pouvoir soviétique. En mars 1918 il est donc élu président du soviet de Tcheliabinsk et chef de l’état-major de la garde rouge.

 

La lutte contre les cosaques d'Orenbourg connaît des succès divers. L'ataman Doutov se retrouve dans l'Oural où il est pratiquement encerclé. Il parvient néanmoins à percer pour rejoindre la steppe Tourgaï tandis qu’au printemps débute un vaste soulèvement cosaques que les bolcheviks combattent en lançant des expéditions punitives contre les villages. Blücher participe à ses actions et acquiert une certaine notoriété en raison des mesures drastiques qu’il prend. Dans le même temps il rencontre des représentants cosaques et mène des négociations avec eux. En mai 1918, il dirige un détachement sous Orenbourg où la croissance graduelle des rébellions cosaques favorise en mai 1918 le soulèvement du corps tchécoslovaque contre les bolcheviks.

 

Blücher assoit sa réputation en 1918 quand il mène un raid de 150 km dans les arrières des Blancs. À la suite du soulèvement des cosaques d’Orenbourg, les bolcheviks qui tiennent la ville se retrouvent cernés. Les dirigeants de la Garde rouge décident à la fin juin de briser cet encerclement, une partie doit se diriger vers le Turkestan et une autre sous les ordres de Blücher et des cosaques rouges de Tomine et des frères Kashirine doit prendre la direction du nord afin de trouver du soutien dans leurs villages d’origine. Mais la majorité des villageois cosaques étant hostile aux bolcheviks, ces derniers ne peuvent rester dans leur territoire et doivent trouver refuge dans l’Oural industriel. Durant la marche, des groupes disparates sont réunis sous les ordres de Blücher qui se retrouve élu, le 2 août, commandant de l’unité des partisans du sud de l’Oural doit une force de 10 000 hommes. Il révèle alors ses dons d’organisateurs et de commandant ainsi que son savoir-faire manœuvrier. Régulièrement les hommes de Blücher affrontent les Blancs qu’ils parviennent à neutraliser et réussissent à franchir l’Oural et à rejoindre les lignes de la 3e armée rouge du front oriental, le 12 septembre après une marche de 54 jours. À la suite de cet exploit, Blücher devient, le 28 septembre, le premier récipiendaire de l’Ordre du Drapeau rouge.

Blücher en 1919

Blücher en 1919

Le 20 septembre 1918, Blücher se voit confier le commandement de la 4e division de l’Oural de l’Armée rouge qu’il commande jusqu’en novembre 1918 avant de prendre la tête de la 30e division d’infanterie. À la fin janvier 1919, il est nommé adjoint du commandant de la 3e armée du front oriental et organise la défense de Viatka face à l’offensive des troupes de l’amiral Koltchak. En avril 1919, il se voit confier la tache de former et de diriger la 51e division d’infanterie dans la région de Tioumen et du lac Baïkal. C’est à la tête de cette unité qu’il prend part à l’offensive soviétique à travers l’Oural contre les armées de Koltchak. Sa division s’empare ainsi de Tioumen le 6 août puis de Tobolsk. L’armée blanche est définitivement vaincue à l’automne 1919 et en mars 1920, fait prisonnier, l’amiral Koltchak est fusillé.

 

En août 1920, la division de Blücher est transféré dans le sud de la Russie pour lutter contre les troupes du Wrangel. Blücher défend ainsi la tête de pont de Kakhovka contre laquelle les Blancs utilisent des chars d’assaut britanniques. En octobre, une fois renforcée par des brigades de choc, sa division devient le fer de lance de l’offensive soviétique contre Wrangel en Crimée. Elle atteint Perekop puis le 9 novembre se lance à l’assaut des fortifications blanches qui défendent l’isthme, porte d’entrée de la Crimée. Le 11 novembre le front blanc s’effondre. Le 15, la division de Bulcher s’empare de Sébastopol puis de Yalta le lendemain. Malgré les lourdes pertes dans les rangs de sa division, Blücher reçoit alors un deuxième Ordre du Drapeau rouge puis le commandement en chef de la province d’Odessa.

 

Blücher est ensuite envoyé en Extrême-orient où la guerre civile n’est pas terminée. Là, il occupe le poste clef de ministre de la Guerre de la République d’Extrême-Orient, une entité territoriale créée spécialement afin d’éviter les affrontements directs entre les unités de l’Armée rouge et les troupes japonaises présentes dans la région. Sous la direction de Blücher se forme alors une armée révolutionnaire populaire de la République d’Extrême-Orient qui libère la région des dernières troupes blanches en 1922. Blücher commande ainsi les troupes lors de la bataille de Volochaevska près de Khabarovsk, les 10-12 février 1922, l’une des plus célèbres batailles menées par l’armée de la République d’Extrême-Orient. Cette bataille signe la victoire totale des Soviétiques contre les restes des armées blanches. Mais Blücher quitte l’Extrême-Orient en juillet avant la bataille de Spassk-Dalni en octobre qui met définitivement fin à la guerre civile.

Commandant durant la guerre civile

Commandant durant la guerre civile

Conseiller militaire en Chine

À la fin de la guerre civile, malgré son manque de formation militaire académique, Blücher appartient à l’élite militaire de la Russie soviétique. Il est nommé, en 1922, commandant du 1er corps d’infanterie, puis de la zone fortifiée de Petrograd. En 1924, il est détaché auprès du conseil militaire révolutionnaire de l’URSS pour accomplir des missions délicates.

 

À ce titre il est envoyé de 1924 à 1927 en Chine comme conseiller militaire du gouvernement nationaliste de Sun Yat-Sen, sous le pseudonyme de Galen. Durant cette période, il dirige un groupe de conseillers militaires et politiques qui atteint la centaine de personnes au milieu de 1927 et supervise la réforme de l’armée du Kuomintang. Il organise en 1926-1927, l’expédition du Nord, menée par l’armée révolutionnaire nationale chinoise et qui aboutit à la réunification du pays. Par son talent, Blücher gagne le respect des autorités chinoises et en 1927, quand les nationalistes se retournent contre les communistes, Tchang Kaï-Chek le laisse s’échapper, lui évitant le sort funeste que connaissent certains conseillers soviétiques. Plus tard dans les années 1930, alors qu’il lutte contre le Japon, le chef du Kuomintang n’hésitera pas à déclarer que Blücher vaut à lui seul une armée de 100 000 hommes. Son talent est aussi reconnu par les militaires soviétiques. Le futur maréchal Joukov, qui l’a connu au milieu des années 1920 dira : « J’étais fasciné par la sincérité de cet homme. Combattant intrépide contre les ennemis de la République soviétique, héros légendaire, Blücher était pour beaucoup un idéal. Franchement, j’ai toujours voulu être comme ce grand bolchevik, un ami merveilleux et un commandant de talent. »

Portrait de Blücher

Portrait de Blücher

Commandant de l’armée d’Extrême-Orient

À son retour en URSS, après un commandement en Ukraine, Blücher est nommé en 1929 à la tête du district militaire d’Extrême-Orient, un secteur vital pour la défense soviétique. À peine arrivé à son nouveau poste, il doit lutter contre les seigneurs de la guerre chinois alliés à des Russes blancs pour le contrôle du chemin de fer de l’Est chinois. Victorieux, il signe en décembre 1929 un accord avec le seigneur de la guerre Zhang Zueliang pour résoudre les conflits autours du chemin de fer avant qu’un accord de paix soit signé à Khabarovsk en décembre 1930.

 

En 1930, Blücher est élu membre du comité exécutif central du soviet de l’URSS. Il devient également député au 1er soviet suprême de l’URSS et membre suppléant du comité central du PCUS en 1934 et 1937. Il symbolise la puissance soviétique en Extrême-Orient, étendant son pouvoir au-delà de la sphère militaire pour s’occuper d’économie, participant à la création de kolkhozes ou à l'approvisionnement des villes. Blücher devient alors une légende dans l’Armée rouge. Dans les années 1930 des milliers de parents de conscrits lui écrivent pour lui demander d’incorporer leurs enfants dans l'armée d’Extrême-Orient. Il est le premier récipiendaire de l’Ordre du Drapeau rouge et de l’Ordre de l’Étoile rouge. Il reçoit ainsi deux Ordres de Lénine et cinq Ordres du Drapeau rouge. En 1935 il reçoit le grade le plus prestigieux celui de maréchal de l’Union soviétique.

Les cinq premiers maréchaux de l'URSS en 1935 (Blücher, debout à droite)

Les cinq premiers maréchaux de l'URSS en 1935 (Blücher, debout à droite)

Blücher s’intéresse au développement de la pensée militaire, il cherche à améliorer la formation des commandants. Durant les années 1930, grâce à la direction du renseignement de l’Armée rouge, il se procure des revues militaires étrangères qu’il étudie.

 

Au milieu des années 1930 les tensions avec le Japon s’accroissent suite à l’invasion de la Mandchourie par l’armée nippone. Finalement, en juillet-août 1938, Blücher montre à nouveau ses capacités lors de la bataille du lac Khasan en écrasant les Japonais, préservant ainsi l’intégrité de la frontière soviétique. Il est rappelé à l’automne à Moscou où il arrive le 22 octobre 1938 alors que la Grande Terreur bat son plein.

L'Extrême-Orient soviétique dans les années 1930

L'Extrême-Orient soviétique dans les années 1930

Victime de Staline

Blücher participe activement aux purges qui frappent le commandement de l’Armée rouge en Extrême-Orient. En juin 1937, il est également membre du Tribunal militaire qui condamne à mort le maréchal Toukhatchevsky ouvrant la voie à l’épuration de l’armée. À l’automne 1938, quand il arrive à Moscou sa position est précaire. La victoire au lac Khasan éloigne la menace japonaise et rend donc la présence de Blücher sur ce front moins utile. Surtout, Staline tient alors un prétexte pour l’éliminer. S’il lui reproche d’abord les pertes subies au lac Khasan où il a fallu 10 jours de combats pour l’emporter, son sort a été scellé en juin quand le chef du NKVD en Extrême-Orient, Guenrikh Liouchkov, a fait défection et livrait des documents militaires aux Japonais.

Blücher à Khabarovsk en 1937

Blücher à Khabarovsk en 1937

Blücher est arrêté par le NKVD le 24 octobre 1938, accusé d’espionnage au profit du Japon. Refusant d’avouer, il est torturé pendant 18 jours d’affilée lors d’une instruction où s’implique personnellement Beria. Il meurt sous la torture sans n’avoir rien confessé le 9 novembre 1938. Son corps est incinéré tandis que le NKVD fabrique un faux procès-verbal d’aveux dans lequel Blücher s’accuse d’être le chef d’une organisation anti-soviétique et d’un complot militaire.

 

Sa famille n’est pas épargnée par la répression. Sa fille adoptive est fusillée le 10 mars 1939, sa seconde épouse le 14 mars 1939, sa troisième épouse est condamnée à 8 ans de camps. Le frère de Blücher, Pavel, officier dans l’aviation, est fusillé le 26 février 1939. Le maréchal Blücher est officiellement réhabilité à titre posthume le 12 mars 1956.

Fresque en l'honneur de Blücher

Fresque en l'honneur de Blücher

Bibliographie

-Блюхер В.К. Статьи и речи, [ Blücher V.K, Articles et discours] Воениздат, 1963.

-Великанов Н.Т. Блюхер, [Velikanov N., Blücher] Молодая гвардия, 2010.

-Картунова А.И.В.К, В.К. Блюхер в Китае 1924-1927 гг. Новые документы главного военного советника, [Kartounova A, Blücher en Chine 1924-1927. Nouveaux documents du chef des conseillers militaires] Наталис, 2003.

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 13:07

 

Sur le blog L'autre coté de la colline nous publions un article sur les dernières années de l'armée soviétique: "L'impossible réforme, l'armée soviétique sous l'ère Gorbatchev, 1986-1991"

 

 

 

 

La fin de l'armée soviétique
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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 07:25

Guillaume Bourgeois, La véritable histoire de l’Orchestre rouge, Nouveau Monde, 2015

L’Orchestre rouge, du mythe à la réalité

Le livre de Guillaume Bourgeois pourrait être sous-titré « histoire d’une mystification historique ». L’histoire de l’Orchestre rouge est entrée dans la mythologie de l’histoire de l’espionnage et de la Seconde Guerre mondiale depuis 1967 avec la parution du livre de Gilles Perrault, objet de nombreuses traductions et éditions ultérieures, la dernière datant de 1989. En 1975, le personnage central de cette histoire, Leopold Trepper livre ses souvenirs dans Le Grand Jeu, là aussi un succès d’édition. Depuis, d’innombrables articles et livre mais aussi des films comme celui de Jacques Rouffio en 1989, perpétuent la mémoire de ce qui fut considéré comme le plus grand réseau d’espionnage soviétique dans l’Europe occupée.

 

Profitant de l’ouverture des archives soviétique dans les années 1990 mais également de la déclassification de dossiers du FBI et du MI5, Guillaume Bourgeois a entrepris il y a une vingtaine d’années de reprendre le sujet en partant de ces sources nouvelles. Reconstruisant méthodiquement l’histoire du mythique Orchestre rouge, il découvre en chemin de nouvelles pistes, de nouveaux protagonistes, de nouveaux témoins. Il découvre surtout la réalité derrière un mythe savamment construit. D’abord l’Orchestre rouge à Bruxelles et Paris n’a jamais livré d’informations stratégiques à Moscou, faute de sources mais également faute de moyens de transmissions. Ensuite certains des membres du réseau, à commencer par son chef lui-même, Trepper, ont fait preuve de légèreté confinant parfois à l’amateurisme. Ainsi, Trepper et Gourevitch n’hésitent pas à se mettre en couple et à avoir des enfants, ce qui ne peut que fragiliser leur sécurité alors qu’ils sont responsables d’un réseau d’espionnage en territoire ennemi.

 

L’auteur démontre que ce sont des imprudences qui font tomber le réseau et que Trepper, une fois pris par les Allemands, n’hésite pas à livrer ce qu’il en reste. La collaboration qu’il conduit avec les Allemands lui vaut un traitement de faveur qu’il utilisera pour s’évader, conscient alors que l’Allemagne va perdre la guerre et qu’il doit se racheter. Il n’en est pas moins responsables de la mort de nombre de ses agents et d’avoir conduit les Allemands bien prés de la direction du PCF. Les Soviétiques en seront parfaitement conscient et le condamneront en 1945 à 10 ans de prison pour haute trahison.

 

Rencontrant Gilles Perrault dans les années 1960, Trepper lui livrera une histoire totalement fausse de son action pendant la guerre mais suffisamment crédible pour apparaître vrai. Fort du succès du livre de Perrault, il écrira son autobiographie, dont certains passages sont de la pure fiction, pour asseoir son image de grands espions capable de berner les Allemands au point que ces derniers livreront des renseignements cruciaux à l’URSS. Jusqu’au travail de Guillaume Bourgeois cette légende fut considérée comme authentique.

 

Le livre de Guillaume Bourgeois est de bout en bout passionnant, tant par les informations qu’il livre, que par l’ampleur de la documentation consultée. Si parfois l’auteur, par manque de sources, reconstruit des faits en s’appuyant sur la logique, l’ensemble est néanmoins solide et marque un réel progrès dans la connaissance des réseaux soviétiques en Europe occidentale où se croisent les Partis locaux, les services de renseignement et le Komintern.

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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 07:49

Chris Harman, La Révolution allemande, 1918-1923, La Fabrique, 2015.

 L’Allemagne en révolution

Les événements révolutionnaires qui secouent l’Allemagne entre 1918 et 1923 sont mal connus alors qu'ils sont fondamentaux pour comprendre l’histoire de ce pays et celle du communisme au 20e siècle. La bibliographie en français sur ce sujet reste, il est vrai, faible et datée avec les travaux de Gilbert Badia et surtout le monument écrit par Pierre Broué au début des années 1970. Elle s’enrichit néanmoins aujourd'hui avec la publication du livre de Chris Harman dont l’édition anglaise date du milieu des années 1980.

 

Après une présentation de la situation sociale et politique de l’Allemagne en 1914 et des débats qui agitent la social-démocratie allemande pendant la guerre, conduisant en 1917 à une première scission, l’auteur décrit les différentes phases de la révolution allemande. Cette dernière éclate début novembre 1918 entraînant la chute de l’Empire, l’instauration de la République et la fin de la guerre. Dès les premiers jours apparaissent les trois acteurs principaux du drame qui va ensanglanter l’Allemagne : la social-démocratie, l’armée, le mouvement révolutionnaire. Les deux premiers s’allient pour écraser les spartakistes à Berlin en janvier 1919 puis la république des Conseils de Bavière. La configuration change en 1920 quand, pour faire échec au putsch de Kapp, la social-démocratie s’allie aux révolutionnaires avant de s’entendre à nouveau avec les militaires pour mettre aux pas les aspirations révolutionnaires notamment dans la Ruhr. En 1921, les communistes se lancent dans une insurrection contestée dans ses propres rangs, l’action de mars, qui est un échec retentissant. La dernière tentative révolutionnaire pour briser le statu-quo qui s’installe progressivement en Allemagne, aura lieu en 1923. En réalité l’Octobre allemand de 1923 ne verra jamais le jour puisqu’à la dernière minute le Parti communiste allemand décommande l’insurrection préparée avec le soutien de Komintern. Cet épisode met fin aux espérances révolutionnaires en Europe occidentale.

 

L’auteur, dans un style clair et avec un véritable sens de la synthèse, retrace avec soin les affrontements, les débats politiques, la complexité sociale et économique de cette période. La focale de l’ouvrage se concentre bien entendu sur les révolutionnaires et particulièrement sur le Parti communiste allemand mais aussi sur le Komintern qui sont encore à ce moment-là des lieux de débats et de confrontations. La place que tient alors l’Allemagne dans la définition de la politique de l’Internationale est si cruciale que la compréhension des événements qui la détermine est fondamentale pour comprendre la politique que mène le mouvement communiste à l’échelle mondiale. C’est là aussi un autre intérêt majeur du livre de Chris Harman.

 

L’auteur, dirigeant d’une formation trotskiste britannique, ne cache à aucun moment qu’il analyse les événements qu’il décrit selon un prisme militant. Selon lui la raison principale de l’échec de la révolution allemande réside dans l’absence dans ce pays d’un véritable parti révolutionnaire de type bolchevik avec des dirigeants déterminés. C’est oublier un peu vite le contexte national particulier de l’Allemagne d’après 1918 où une partie du territoire est occupée par des troupes étrangères. Même si on ne partage pas l’essentiel des analyses de l’auteur, elles fournissent néanmoins un heureux point de départ à la réflexion et au débat.

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 07:50

Georges Vidal, L'armée française et l'ennemi intérieur : 1917-1939. Enjeux stratégiques et culture politique, Presses universitaires de Rennes, 2015.

L'armée française face au péril communiste

Il y a quelques années Georges Vidal offrait une passionnante étude sur la politique du PCF vis-à vis de l'armée française dans La Grande illusion ? Le Parti communiste français et la Défense nationale à l'époque du Front populaire. Aujourd'hui il élargit son champ d'investigations en étudiant le regard de l'armée sur le communisme.

 

S'appuyant sur de nombreuses archives, il démontre que ce regard, loin des idées reçues, fut loin d’être uniforme dans la durée et s'accompagna de multiples nuances au sein de l'institution militaire. Le péril communiste est majoritairement perçu par les militaires à travers le prisme du danger allemand. Georges Vidal montre ici la prégnance au sein de l'armée du traumatisme de la Commune de Paris. Pour les militaires français, le danger révolutionnaire ne présente donc un réel danger que dans le cadre d'une défaite militaire. Jusqu'en 1934, l'armée ne s'inquiète donc guère d'une possible insurrection communiste en France. Malgré les velléités insurrectionnelles du PCF durant la période « classe contre classe », les militaires sont plus préoccupés par l'existence de réseaux d'espionnage soviétiques en France comme le révéle l'affaire des rabcors ou l'affaire Fantômas.

 

La perception du danger communiste change progressivement à partir de 1932 avec la note du général Voiriot. Ce dernier, chef d'état-major de la région militaire de Paris, rédige une étude sur les possibilités d'une insurrection communiste et propose différentes mesures pour la réprimer. La note de Voiriot, soutenu par Pétain, rencontre alors peu d'écho. Paradoxalement, c'est à partir de 1934, au moment où s'engageant dans la politique de Front populaire, le PCF abandonne son radicalisme révolutionnaire que la perception du péril communiste se renforce dans l'armée. Les succès électoraux du Front populaire, la progression des effectifs communistes, le développement du pacifisme entraînent la montée en puissance au sein de l'armée d'une psychose anticommuniste qui culmine en 1937 dans la crainte d'un putsch communiste.

 

Georges Vidal, montre néanmoins que cette psychose est de courte durée. L'armée compte en son sein une minorité anticommuniste que révèle l'existence du réseau Corvignolle où les écrits du général Niessel. Elle est soutenue par les efforts de Pétain qui cherche à développer le sentiment que le communisme est le danger principal pour l'armée et soutient ceux qui partagent ce point de vue. Mais la guerre d'Espagne révèle également l'existence au sein de l'armée d'une minorité pour qui l'Allemagne nazi représente le danger principal. Ce courant est incarné par le lieutenant-colonel Morel, attaché militaire à Madrid, favorable à la République espagnole et qui ne manque pas d'admirer les volontaires français des Brigades internationales. C'est donc profondément divisé sur la question du danger communiste que l'armée française s'engage dans le second conflit mondial.

 

L'ouvrage de Georges Vidal est passionnant par les multiples points qu'il aborde : le rôle du contre-espionnage, la surveillance des usines d'armement et des conscrits communistes, la question de la contre-insurrection. Surtout, le travail de Georges Vidal est novateur en liant fait militaire et dimension politique pour mieux appréhender la singularité du phénomène communiste et les évolutions de l'armée française. Voici donc un livre qui passionnera aussi bien les amateurs d'histoire politique que d'histoire militaire. Signalons pour terminer que dans quelques jours paraît un nouvel ouvrage de Georges Vidal sur l'armée française et la Russie soviétique. A suivre...

 

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communismeetconflits - dans Communisme français

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Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")