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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 07:46

2e Guerre mondiale n°56 (octobre-novembre 2014), 2e Guerre mondiale-Thématique n° 36.  

De Kharkov à Koursk

Le dernier numéro de la revue 2e Guerre mondiale livre un article sur l'Ukraine durant la Seconde Guerre mondiale par Vincent Bernard. L'essentiel y est. Mais l'article ne faisant que deux pages, le lecteur reste sur sa faim alors que ce sujet est en soi passionnant et trop mal connu. Il aurait fallu, à notre avis, un article plus long afin de montrer la complexité de la situation ukrainienne durant la Seconde Guerre mondiale. Cela aurait aussi permis de mettre en évidence l'instrumentalisation politique dont cette période est l'objet dans le cadre du conflit civil qui embrasse actuellement ce pays.

 

Signalons également dans ce numéro un dossier sur Joachim Peiper par Stéphane Mantoux qui est l'occasion d'un article sur la contre-offensive de Kharkov où s'illustra Peiper. Concernant le front de l'Est, Stéphane Mantoux est l'auteur d'un numéro thématique sur le matériel utilisé lors de la bataille de Koursk. Les amateurs du genre apprécieront d'autant que les profils présentés sont assez réussis et les descriptions de qualité. L'auteur a également pris soin de livrer une copieuse bibliographie, ce qui fait d'ailleurs tout l’intérêt de ce numéro.

De Kharkov à Koursk
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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 07:28

Alain Frerejean, Tito, Truman. Le coup d’arrêt à Staline, La Bisquine, 2014.

Tito et Truman

La biographie parallèle est un genre ancien qui connaît toujours la faveur des auteurs comme le prouve le livre d'Alain Frerejean. Ce dernier n'est d'ailleurs pas à son coup d'essai puisqu'en 2013 il fut l'auteur d'une biographie croisée de Churchill et Staline. Ici il s'attaque à deux personnages moins flamboyants, Tito le chef partisan puis dirigeant de la Yougoslavie et Harry Truman, le 33e président des États-Unis. Leur point commun réside dans leur opposition aux desseins expansionnistes de Staline aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale.

 

L'auteur axe la première partie de son ouvrage sur Tito dont il décrit l'enfance, la jeunesse, les tribulations dans l'Europe en de la Grande Guerre, le parcours de militant communiste et enfin le rôle de chef des partisans. Puis il s'attache à Truman, un homme modeste du Midwest, un petit boutiquier qui connaît la faillite avant de se lancer dans la politique où il se fait remarquer pour son intégrité et son pragmatisme. Voici donc deux destins bien différents. C'est la guerre et l'occupation allemande de la Yougoslavie qui propulse Tito chef des partisans. Il est reconnu par les Alliés occidentaux comme un partenaire ce qui lui permet de marginaliser ses adversaires nationalistes. Lors de l'effondrement de l'Allemagne, ses partisans libèrent la plus grande partie du pays sans l'aide des Soviétiques et Tito prend en main le pays.

 

Pour Truman ce sont les combinaisons de la machine démocrate qui le propulse vice-président des États-Unis lors du 3e mandat de Roosevelt. Il faut le décès de ce dernier pour que Truman devienne, presque accidentellement président. C'est lui qui prend la décision de lancer des bombes atomiques sur le Japon, c'est lui qui négocie avec Staline à Potsdam. Peu à peu la Guerre froide se profile. Si dans un premier temps Truman se montre conciliant, rapidement il prend conscience des desseins soviétiques. Le coup de Prague le décide à s'engager plus avant contre l'URSS. Il soutient le gouvernement monarchiste grec contre les communistes et met sur pied le plan Marshall pour relever les économies de l'Europe. Surtout il affronte avec courage l'épreuve de force avec Staline lors du blocus de Berlin en 1948.

 

Après 1945 Tito impose son pouvoir en Yougoslavie et se montre plus radical que les autres démocraties populaires. Mais rapidement il refuse la tutelle soviétique ce qui conduit en 1948 à la rupture avec Moscou. Si Staline essaye de déstabiliser la Yougoslavie, organise des projets d'attentat contre Tito, il ne recourt pas à la force armée contrairement à ce qui se passera en 1956 à Budapest et en 1968 à Prague. 1948 marque ainsi le rapprochement, au départ improbable entre les États-Unis et la Yougoslavie socialiste. L'auteur retrace ensuite avec détail le reste de la présidence Truman, notamment la guerre de Corée, puis plus succinctement sa vie jusqu'à sa mort en 1972 ainsi que celle de Tito.

 

L’intérêt de ce livre est de se concentrer sur deux personnalités mal connues mais dont le rôle fut essentiel. Néanmoins l'auteur fait preuve d'un certain manichéisme en présentant face à face un Truman bon mari, intègre, voué exclusivement à la défense du monde libre face à un Tito mégalomane, mauvais père, coureur de jupons, retors et criminel. Surtout le lecteur peut regretter que l'auteur ne développe pas plus la question des liens entre Américains et Yougoslaves face aux Soviétiques.

 

Le livre d'Alain Frerejean, d'une lecture agréable et aisée, s'il n'évite pas les clichés et reste trop souvent factuel, est néanmoins une bonne introduction pour ceux qui veulent découvrir la genèse et le début de la Guerre froide.  

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 07:47

Françoise Thom, Beria, le Janus du Kremlin, Éditions du Cerf, 2013.

Beria

Le personnage de Beria est inséparable, dans la mémoire collective, de l'époque la plus sombre du communisme soviétique. Bourreau de Staline, une tenace légende noire continue d'entourer ce personnage mystérieux qui est devenu un des symboles des crimes staliniens. C'est à ce personnage sulfureux que Françoise Thom a consacré une volumineuse biographie qui, disons-le, est une œuvre maîtresse dont l'ampleur dépasse de loin la personne de Beria.

 

L'historiographie khrouchtchévienne est en grande partie responsable de l'image négative de Béria qui apparaît alors comme un exécutant brutal, un dépravé qui ne se distingue de ses prédécesseurs, Yagoga ou Ejov, que par sa ruse et sa capacité à manipuler Staline. Françoise Thom, sans rejeter la part sombre de Beria qui fut un exécutant fidèle des ordres de Staline, dresse le portrait d'un fin politique, d'un réformateur privilégiant le pragmatisme à l'idéologie.

 

Rien ne semble prédestiner Beria au rôle qui sera le sien. Né dans une famille pauvre de Géorgie, ses parents lui font néanmoins faire des études. Il côtoie les cercles socialistes mais sans devenir un militant actif. Après un séjour sur le front pendant la Première Guerre mondiale, il retourne à Bakou en proie à la révolution. Là il travaille pour le service de renseignements du Moussavat, le parti nationaliste azéri. Il rejoint néanmoins les bolcheviks avant d'intégrer la Tcheka au début des années 1920. Intelligent et retors il gravit les échelons de la hiérarchie avant d’être remarqué par son compatriote Staline qui le fait nommer à la tête du PC de Géorgie puis le nomme, en 1938, chef du NKVD. L'après-guerre est difficile pour Beria qui, même s'il dirige le projet nucléaire soviétique, devient la cible de Staline. La mort du dictateur en 1953 semble le sauver mais 3 mois plus tard il est arrêté et exécuté.

 

La mort de Beria est-elle le premier pas de la destalinisation ? Pour Françoise Thom c'est plutôt l'inverse. En effet, Beria, après la mort de Staline, lance toute une série de réformes qui remettent en cause l'hégémonie du PC, desserrent l'étreinte soviétique sur les minorités nationales en URSS mais également sur les démocraties populaires. Beria est même prêt à lâcher la RDA au profit d'une Allemagne unifiée et neutre. Il souhaite également réintroduire la propriété privée. Ces mesures, qui ne sont pas sans rappeler celle de la Perestroïka dans les années 1980. Cette frénésie réformatrice effraye les autres dirigeants soviétiques et scelle la fin de Beria.

 

A travers ce portrait tout en nuances de Beria, qui s'appuie sur de nombreuses archives notamment géorgiennes, l'auteur offre une nouvelle vision de l'histoire de l'URSS stalinienne. La richesse de la documentation est impressionnante et le lecteur, même le mieux averti, découvre des pans mal connus d'une histoire qu'on croyait bien connaître, des liens de l'émigration menchevique géorgienne avec l'URSS aux faiblesses du renseignement soviétique pendant la guerre.

 

Ce livre est donc une référence incontournable, à lire absolument par tous ceux qui s’intéressent à l'histoire de l'Union soviétique.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Biographie
14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 07:34

Jean Lopez, Opération Bagration. La revanche de Staline (été 1944), Economica, 2014.

Bagration

Jean Lopez est un auteur qu'on ne présente plus. Avec son Opération Bagration il signe son 5e ouvrage sur la guerre germano-soviétique. Comme son titre l'indique, ce livre retrace les différentes phases de la destruction du groupe d'armées Centre de la Wehrmacht à l'été 1944. Seulement deux semaines après le débarquement allié en Normandie, les Soviétiques parviennent à détruire 28 divisions allemandes et progressent de plus de 500 km atteignant Varsovie.

 

L'ambition de l'auteur ne se limite pas à une simple description des différentes phases de cette campagne. Il veut montrer que Bagration est un modèle de l'art opératif à la soviétique, c'est à dire le refus de l'encerclement des troupes ennemies au profit d'opérations en profondeur qui visent à détruire sa cohésion et à rendre ainsi impossible la défense du front.

 

Concernant la genèse de Bagration, l'auteur montre l'opportunisme des Soviétiques qui profitent de la formation du « balcon biélorusse » suite à une avancée en Ukraine pour organiser leur campagne. Il en résulte que Bagration ne fut pas une opération prévue longtemps à l'avance. Pour sa réussite les Soviétiques peuvent compter sur les progrès réalisés dans de nombreux domaines notamment dans l'aviation, les transmissions, la coopération interarme. Jean Lopez prend également soin de montrer l'environnement politique et diplomatique qui entoure Bagration. Cette opération vise en premier lieu à favoriser l'ouverture du second front en Europe, c'est à dire le débarquement en Normandie. Cette coordination entre alliés est une première, le fruit de la conférence de Téhéran où pour la première fois, Staline, Churchill et Roosevelt se rencontrent.

 

Après avoir présenté les forces en présence, l'auteur fait le récit de Bagration qu'il découpe en 4 phases chronologiques. Au final l'opération est un succès complet. Le territoire de l'URSS est définitivement libéré ainsi qu'une partie de la Pologne. L'Armée rouge pénètre en Prusse-Orientale et encercle les forces allemandes stationnées dans les pays baltes. Ce succès est d'ailleurs facilité par le refus d'Hitler d'ordonner une retraite. Il faut l'arrivée du général Model à la tête des troupes allemandes pour organiser une défense en profondeur qui parvient finalement à stopper les Soviétiques.

 

L'auteur insiste sur le fait que pour les Soviétiques le but de Bagration est d'atteindre la Vistule. Mais Jean Lopez avance l'hypothèse que pour y parvenir, Staline ne compte pas sur une percée en profondeur. Dans cette optique, Bagration n'est pas l'opération principale de la campagne soviétique. Elle oblige les Allemands, en pulvérisant le groupe d'armées Centre, à dégarnir le reste de leur front notamment en Ukraine. Car c'est là que doit se produire l'offensive principale, celle que lance Koniev en juillet sur l'axe Lvov-Sandomir. En un mois les Soviétiques parviennent effectivement à atteindre la Vistule qu'ils franchissent pour former une tête de pont. Une seconde offensive, menée par Rokossovski, s'empare de Lublin, où s'installe le gouvernement communiste polonais, puis prend la direction de Varsovie où la résistance polonaise lance l'insurrection.

 

Jean Lopez n'élude pas la question de la non-intervention de l'Armée rouge lors de cette insurrection. Il montre qu'elle répond avant tout à des considérations militaires même si elle favorise la politique de Staline en Pologne. Quand Rokossovski atteint les faubourgs de Varsovie, il a perdu sa 2e armée de chars, ses lignes d'approvisionnement sont trop étirés et surtout ses hommes sont épuisés. Il n'a plus les moyens de continuer son avance tandis que les Allemands se sont renforcés. L'insurrection est donc écrasée par la Wehrmacht.

 

Le livre de Jean Lopez est une synthèse solide sur l'une des plus grandes victoires soviétiques de la Seconde Guerre mondiale. S'appuyant sur de nombreux travaux anglo-saxons, allemands mais également des sources russes, servi par un style fluide et clair et des cartes nombreuses, cet ouvrage, le premier en français sur cette campagne, démontre l’intérêt à découvrir un front de l'Est trop longtemps négligé par l'historiographie francophone.

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 07:31

Ramon Rufat, Espions de la République. Mémoires d'un agent secret pendant la guerre d'Espagne, Allia, 1990.

Le service secret de l'armée républicaine espagnole

Voici un livre à la fois original et passionnant. Original puisque l'auteur nous livre une histoire des services de renseignements de l'armée républicaine en Aragon et en Catalogne, un sujet totalement méconnu. Passionnant car l'auteur fut lui-même membre de ces services et parsème donc son récit de ces souvenirs d'espion.

 

Ramon Rufat n'a pas 20 ans quand éclate la guerre civile espagnole. Il rejoint alors le groupe des internationaux de la colonne Durruti en tant que simple soldat. Peu à peu, certains étrangers qui ont une expérience de la guerre mettent en place un service de renseignement et de guérilla à laquelle s'intègre Rufat. Tout se passe dans une incroyable improvisation. Les recrues sont des volontaires qui en dehors de leurs missions continuent à servir comme de simples soldats. Mais peu à peu, un phénomène de spécialisation se fait jour. Les agents suivent des formations dans des écoles spéciales, une différenciation se fait entre espions et guérilleros. Ce processus de militarisation culmine avec la formation en août 1937 du Service d'intelligence spéciale périphérique (SIEP), véritable service de renseignement de l'armée républicaine. Rufat, l'agent R2, décrit avec minutie les succès et échecs du SIEP pour lequel il effectua prés de 50 missions en territoire ennemi d'octobre 1936 à décembre 1938. Il n'oublie pas de traiter du destin de ses agents après la victoire franquiste. Rufat est lui-même arrêté, condamné à mort avant que sa peine ne soit commué. Il passe alors quelques années en prison avant de s'évader en 1944.

 

L'auteur fait également revivre les grands moments de la guerre civile, les événements de mai 1937 à Barcelone, les batailles de Belchite, de Teruel, de l'Ebre, la chute de la Catalogne. Il avance aussi l'idée que la guerre de guérilla a été négligé par les républicains alors qu'elle offrait une arme efficace contre une armée professionnelle et équipée par l'Allemagne et l'Italie. Cette erreur ne fut pas seulement militaire puisqu'en privilégiant la formation d'une armée traditionnelle les dirigeants républicains ont sacrifié l'esprit révolutionnaire qui animait les combattants.

 

Le livre de Rufat est à la fois un livre d'histoire et d'aventure passionnant. Le lecteur sera étonné par l'humilité de l'auteur qui refuse de raconter ses exploits à la première personne et ne tombe jamais dans la caricature. Le ton est toujours juste et neutre. Surtout voici un ouvrage qui éclaire de façon vivante une des facettes mal connues du conflit civil espagnol.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne Espionnage
7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 07:52

Robert Littell, Philby. Portrait de l'espion en jeune homme, Éditions Baker Street, 2011, (édition de poche dans la collection Point-policier, 2012).

Jeunesse d'un espion

Robert Littell est un des maîtres contemporains du roman d'espionnage avec un style qui mêle toujours réalité et fiction. A ce titre, la figure mythique de Kim Philby ne pouvait le laisser indifférent. Avec ce roman il en trace un portrait avec la volonté de comprendre les mécanismes qui poussent le jeune anglais à trahir sa patrie et sa classe sociale. Il ne s'agit donc pas ici d'une biographie mais d'une tentative d'expliquer les raisons du comportement et des succès de Philby. En effet, comment un jeune idéaliste, marié à une communiste autrichienne a-t'il pu infiltrer si facilement les services secrets britanniques et n’être démasqué qu'au bout de 30 ans ?

 

De la Vienne en révolte de 1934 à Londres sous les bombes allemandes, en passant par l'Espagne franquiste ou Moscou à l'époque des purges, Littell trace l'histoire de Philby par le biais de récits à la troisième personne de ceux qui l'ont croisé. Ses amis, ses maîtresses, ses collègues du MI6, ses agents traitants et contacts soviétiques livrent ainsi des portraits différents de Philby, un individu complexe qui entretient autour de lui une certaine ambiguïté. Ici donc pas de rebondissement ou de coups d'éclat même si l'auteur avance à la fin du livre une hypothèse séduisante mais hasardeuse, en l'état des connaissances, sur le parcours de Philby.

 

Mais à travers la personne de Philby, Littell dresse le portrait d'une époque, les années 1930, une période où l'engagement et la violence déterminent des destinées, conduisent au sacrifice de soi ou à la trahison des siens au nom d'idéaux. Philby choisit son camp et ne l'abandonnera plus jusqu'à sa mort en 1988.

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communismeetconflits - dans Espionnage Fiction
2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 07:51

Alexandre Courban, “L'Humanité” de Jean Jaurès à Marcel Cachin, 1904-1939, éditions de l'Atelier, 2014.

L'Huma de 1904 à 1939

Alexandre Courban livre avec cet ouvrage, une version remaniée et allégée de sa thèse, la première histoire du journal l'Humanité. Curieusement, alors que ce quotidien a joué un role considérable dans l'histoire du mouvement socialiste puis communiste en France, aucun historien ne s'était penché avant lui, de manière scientifique, sur son histoire.

 

Le fil rouge qui court tout au long de l'ouvrage est celui des relations difficiles entre un organe de presse et un parti politique, chacun étant animé par des logiques souvent différentes voire opposées. Mais le journal et le parti socialiste, puis le PCF, ont besoin l'un de l'autre. Quand Jaurès lance l'Humanité en 1904, il souhaite se doter d'une tribune pour diffuser ses idées mais également faire du journal un lien entre les différentes composantes du mouvement ouvrier. Avec la naissance de la SFIO en 1905, la question des rapports entre le parti et le journal se pose rapidement. Les difficultés financières du l'Humanité offrent l'occasion à la SFIO d'asseoir son autorité sur un journal qui en 1914 tire à 100 000 exemplaires. Mais c'est l'assassinat de Jaurès qui fait définitivement de l'Humanité l'organe de la SFIO.

 

L'auteur retrace ensuite la vie du journal durant la Grande Guerre, entre la mobilisation des employés et jounaliste et la mise en place de la censure. L'Humanité devient également un enjeu dans le conflit de plus en plus vif entre les majoritaires de guerre favorables à l'Union sacrée et les minoritaires qui veulent une issue pacifiste au conflit. La victoire des minoritaires à la fin 1918 a une conséquence direct sur le journal puisque son directeur, Pierre Renaudel, est remplacé par Marcel Cachin.

 

La naissance du PCF à la fin de 1920, qui s'assure rapidement le controle de l'Humanité modifie les rapport entre le journal et le parti. Selon la doctrine bolchevique, c'est dorénavant la direction du PC qui prend toute les décisions concernant le journal, du recrutement des journalistes aux moyens de diffusions. Mais les relations sont en réalité plus complexes que cela puisque si le journal doit refléter le point de vue du PCF, il cherche aussi à attirer un lectorat qui dépasse la seule mouvance militante. Vaillant-Couturier, rédacteur en chef de 1926 à 1929 puis de 1935 à sa mort en 1937 réussit ce périlleux exercice en faisant de l'Humanité un journal d'information grand public qui atteint en 1936 son apogée. Les années qui précédent la guerre sont plus difficiles pour le journal dont les ventes baissent avant d'etre interdit par le gouvernement Daladier en septembre 1939.

 

En faisant revivre l'histoire de l'Humanité, Alexandre Courban met également en lumière des formes originales de militantisme qui s'incarnent dans les Correspondants ouvriers ou bien les Comités de défense de l'Humanité. Il donne des pistes qui permettent d'appréhender le lectorat du journal mais aussi l'image que le quotidien se fait de ses lecteurs.

 

Voici un livre essentiel pour mieux connaitre le mouvement socialiste et communiste du premier 20e siècle. Souhaitons qu'il inaugure de nouveaux travaux sur la presse militante et surtout qu'il soit complété par un ouvrage retraçant l'histoire de l'Huma après 1939.

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communismeetconflits - dans Communisme français
30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 07:06

Adila Benedjaï-Zou, Joseph Confavreux, Passés à l'ennemi. Des rangs de l'armée française aux maquis Viet-Minh, Taillandier, 2014.

De l'armée française au Viet-Minh

Adila Bennedjaï-Zou et Joseph Confavreux s'attaquent dans leur livre à un sujet encore très sensible et mal connu en raison des raccourcis et des polémiques politiques qui lui sont liés. D'abord le terme rallié qu'ils utilisent dans le titre de l'ouvrage ne pourra que faire bondir les adeptes d'une vision en noir et blanc de l'histoire. Les soldats dont ils retracent les destins ne sont en effet pas de simples déserteurs même si leurs parcours les amènent à déserter. La guerre d'Indochine, comme de nombreuses guerres, a ses déserteurs, des hommes qui quittent leur camp par lassitude ou par peur de se faire tuer. Les ralliés vont au-delà de ce simple geste de refus de combattre puisqu'ils se rangent délibérément du coté de leurs adversaire et servent dans son armée au nom d'un idéal politique.

 

Les auteurs ne se livrent pas ici à une étude exhaustive de ce phénomène mais présentent différents parcours qui en illustrent les multiples facettes. Chaque chapitre est consacré à une figure du rallié : l'ancien FTP qui part en Indochine pour combattre le Japon, le nord-africain qui veut échapper à la misère, l'antifasciste allemand réfugié dans la Légion, le jeune intellectuel idéaliste. Tous se retrouvent face à une guerre qui est à la fois une guerre révolutionnaire et une guerre coloniale. Ils rejoignent le Viet-Minh par conviction idéologique au nom de l'internationalisme prolétarien et de l'anticolonialisme.

 

Les auteurs montrent la solitude de ces ralliés, leur déracinement culturel, leurs conditions de vie précaires. Peu combattent les armes à la main les troupes françaises surtout après 1950. Ils sont en effet essentiellement utilisés pour des taches de propagande ou pour l'endoctrinement des prisonniers dans le cas de Georges Boudarel. L'impact de leurs actions sur le déroulement de la guerre est donc minime. Pour le Viet-Minh ils représentent surtout un puissant instrument de propagande en direction de l'opinion publique en France et en Indochine. Ils sont néanmoins rapidement marginalisés, à la fois en butte à l'hostilité d'une partie de la population vietnamienne et victimes des inflexions de la ligne politique du PC vietnamien. Le PCF est quant à lui mal à l'aise face à ces ralliés puisque s'il combat le guerre en Indochine, il ne prône pas le ralliement. Les auteurs montrent ainsi que de nombreux militants communistes en Indochine suivent la ligne officielle et continuent à servir loyalement dans l'armée.

 

Une fois la guerre d'Indochine terminée les ralliés se trouvent dans une situation de plus en plus marginalisée. Les Allemands réussissent à rejoindre la RDA mais ils restent sous la surveillance de la Stasi. Les Nord-africains se retrouvent abandonnés par leurs gouvernements et ne rentrent chez eux qu'au début des années 1970. Les Français, sous le coup de condamnations par contumace, doivent attendre les lois d'amnistie des années 1960 pour retrouver leur pays. Ce retour est le plus souvent difficile entre une réinsertion professionnelle dans la France des Trente Glorieuses et la vindicte d'une partie de l'opinion comme le montre l'affaire Boudarel dans les années 1990.

 

Voici un livre qui prolonge l'ouvrage, de 1973, de Jacques Doyon Les soldats blancs d'Ho-Chi-Minh et s'appuie sur les témoignages des derniers ralliés survivants. Il ne peut laisser indifférent et fait resurgir un pan méconnu d'un passé qui ne passe toujours pas.

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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 07:05

Ben Macintyre, Kim Philby, l'espion qui trahissait ses amis, éditions Ixelles, 2014.

Kim Philby

La vie de Kim Philby, le plus célèbre des 5 de Cambridge, a déjà fait l'objet de nombreux ouvrages dont les mémoires de l’intéressé lui-même. Le livre de Macintyre ne révèle donc aucun fait nouveau d'autant que les archives sur cette question sont encore fermées. L’intérêt du livre repose sur la focale particulière qu'utilise l'auteur pour raconter une histoire bien connue. Il déroule ainsi la vie de Philby a travers l'amitié de ce dernier avec Nicholas Elliott et dans une moindre mesure avec James Angleton. Ces deux hommes ne sont pas n'importe qui puisque le premier fut chef de poste du MI6 dans différentes capitales tandis que le second était le responsable du contre-espionnage à la CIA. Et tous les deux défendirent l'innocence de Philby jusqu'à sa défection en 1963. Par ce biais l'auteur se livre à une réflexion sur l'amitié mais montre surtout le talent de Philby qui réussit à duper pendant des décennies des amis qui étaient aussi des maîtres espions.

 

L'auteur livre aussi dans son livre un portrait de la classe supérieure britannique, une classe persuadée de sa supériorité, de sa vocation à diriger, une classe endogame qui fonctionne selon des loyautés tribales et parvient ainsi à monopoliser les postes de responsabilités notamment dans le renseignement. Elliott rentre ainsi au MI6 par le biais d'un diplomate, ami de son père, rencontré sur un champ de course. Philby rejoint également le MI6 par l'entremise d'un ami de son père. Ses sympathies communistes du temps de son passage à Cambridge sont oubliées sur la simple présomption qu'un ancien élève d'Eton, un assidu des clubs pour gentlemen ne peut espionner contre son pays. Philby commence donc une carrière brillante au sein du MI6 dont il devient le représentant aux États-Unis après guerre. C'est ainsi qu'il rencontre Elliott et Angleton. Ses amis lui font des confidences qu'il transmet aux Soviétiques pour lesquelles il travaille depuis 1934.

 

Lorsqu'en 1951, à la suite du décryptage de messages soviétiques, Burgess et Maclean, deux amis de Philby, sont démasqués comme espions, ce dernier devient la cible de soupçons. Mais là encore la solidarité de caste joue en faveur de Philby. Si l'aristocratique MI6 prend la défense de Philby, le plus prolétaire MI5 s'acharne sur lui. Sans preuves probantes contre lui, Philby échappe à l'arrestation mais doit quitter le renseignement. A partir de 1954 il commence à être réhabilité grace à l'aide de ses amis et réintègre le MI6 pour partir à Beyrouth où il peut recommencer son jeu d'agent double. Finalement démasqué en 1963, Philby se réfugie à Moscou où il meurt en 1988. Si Elliott a, semble-t'il, laissé la possibilité à Philby de faire défection, Angleton, lui aussi trahi par son ami, se lance dans une chasse forcenée aux agents doubles qui cause de profonds dégâts à la CIA.

 

Le lecteur a l'impression d’être dans un roman d'espionnage mais ici tout est vrai. L'auteur développe surtout, avec aisance et un certain humour anglais, l'histoire d'une amitié corrompue par la trahison, le double jeu, l'idéologie. Une histoire à l'image d'un 20e siècle où la foi communiste transcendait chez certains les fidélités nationales, familiales, professionnelles et amicales.

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communismeetconflits - dans Espionnage
23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 07:11

Martin Malia, Histoire des révolutions, Taillandier, 2008, (version poche : Points Histoire, 2010).

L'ére des révolutions

Martin Malia, décédé en 2004, fut une des figures de proue des historiens conservateurs spécialisés dans l'histoire de l'URSS. Auteur d'un Comprendre la révolution russe paru en France en 1980 puis de La tragédie soviétique en 1995, il ne cache pas que pour lui la Révolution russe fut une catastrophe, non seulement pour la Russie mais aussi pour le reste du monde. Son dernier ouvrage L'Histoire des révolutions, paru en anglais en 2006, ne déroge pas à ce point de vue.

 

L'auteur tente ici d'appréhender sur cinq siècles l'histoire du phénomène révolutionnaire, une histoire essentiellement européenne. Pour Malia la révolution est en effet un concept et une pratique intrinsèque à la civilisation occidentale. Les révolutions extra-européennes ne sont pour lui que le fruit de l'influence de l'Europe sur le reste du monde. C'est aussi essentiellement une histoire politique ou plutôt d'une pensée politique, ce qui permet à l'auteur de trouver des similitudes, des inflexions, des évolutions entre chaque événement qu'il étudie de la révolution hussite à Octobre rouge.

 

L'analyse de Malia débute par l'étude de révolutions qui sont d'abord des hérésies religieuses. La première est la révolution hussite de 1415 à 1436 dont la force provient du fait qu'elle amalgame à la fois idées religieuses et motifs politiques. Pour Malia la question du pouvoir, de sa remise en cause et de sa transformation, est en effet au cœur du phénomène révolutionnaire. Sans cet ingrédient le hussisme ne serait qu'un millénarisme comparable à ceux qui ont déjà embrasés l'Occident médiéval. C'est à partir de ce prisme que l'auteur étudie ensuite la Réforme luthérienne puis le protestantisme français. Il termine cette partie en s'attardant sur la révolte des Pays-Bas de 1566 à 1609 où selon lui la question religieuse, si elle reste présente, passe au second plan derrière celle des libertés politiques.

 

La seconde partie de l'ouvrage traite des révolutions atlantiques des 17e et 18e siècles. La révolution anglaise accomplis pleinement le passage de la révolte religieuse à la révolution politique mais cette dernière reste encore dans un cadre traditionnelle, la défense des libertés anciennes. La révolution américaine débute aussi comme une révolte au nom des libertés traditionnelles contre les empiétements d'une monarchie centraliste. Sa nouveauté réside dans l'établissement d'un gouvernement constitutionnel. La révolution française reprend à l'Amérique l'idée d'une constitution garantissant la liberté du citoyen. Mais le radicalisme qui la caractérise débouche sur l'idée d'une nécessaire égalité entre citoyen.

 

Pour Malia, cette irruption de l'égalité conduit fatalement à la Révolution russe et à son cortège de malheur. Le socialisme se veut en effet le mouvement qui doit conduire à l'égalité politique mais aussi sociale. L'échec des révolutions de 1848 permet au marxisme de devenir hégémonique au sein de la famille socialiste. L'impossibilité de concilier socialisme et libéralisme disqualifie la social-démocratie d'avant 1914 ouvrant ainsi la porte au léninisme.

 

Le livre est clair, bien écrit, d'une lecture agréable et fluide. Les analyses sont brillantes et portent le lecteur à la réflexion. Néanmoins nous ne pouvons que regretter que l'auteur privilégie systématiquement les dimensions idéologiques du phénomène révolutionnaire, négligeant de façon délibéré les facteurs économiques et sociaux. Surtout l'ombre de 1917 recouvre l'ensemble de l'étude comme si le phénomène révolutionnaire devait nécessairement aboutir à cette acmé. Cette posture aboutit à oublier le contexte propre à chaque événement et à privilégier une vision téléologique de l'histoire dans le seul but d'expliquer pourquoi la Révolution russe et le régime soviétique.

 

Un livre avec des qualités et des défauts donc. Mais un livre stimulant et qui pousse à la réflexion, donc un livre à découvrir.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")