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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 06:56

Le croiseur Aurore, immortalisé en 1928 par Sergueï Eisenstein dans son film « Octobre », reste un symbole de la Révolution d'Octobre, malgré le rôle minime qu'il joua dans l'événement. Ses trois cheminées se dressent depuis des décennies au-dessus de la Néva, au cœur de Leningrad redevenue depuis 1991 Saint-Pétersbourg. Passage obligé pour les touristes qui visitent la capitale de la Révolution russe, l'histoire du croiseur Aurore ne se résume pas à uniquement à l'Octobre Rouge mais raconte aussi l'histoire du 20e siècle russe.

 

Le croiseur Aurore, nommé en l'honneur de la frégate qui défendait la ville de Petropavlovsk-Kamchatski, pendant la guerre de Crimée a été conçu par Konstantin Ratnik, chef du chantier naval de Baltiisk. Sa construction, lancée le 23 mai 1897 à Saint-Pétersbourg, dure prés de 3 ans. Le navire est finalement baptisé dans la capitale des tsars le 11 mai 1900 avant d'entrer officiellement en service en juillet 1903. L'Aurore est un croiseur de 127 mètres de long sur 17m de large pouvant atteindre les 20 nœuds soit près de 40 km/h. L'équipage est alors composé de 20 officiers et 550 matelots.

 

Après un premier voyage en Méditerranée et en mer Rouge, le croiseur rejoint la flotte russe de la Baltique. Après les premières défaites russes lors de la guerre contre le Japon en 1904-1905, l'Aurore fait le voyage de la Baltique à la mer de Chine au sein de la deuxième division de croiseurs de l'escadre du Pacifique sous le commandement du contre-amiral Oskar Enkvist. Durant la bataille de Tsushima des 27 et 28 mai 1905, un désastre pour la flotte russe, l'Aurore, après avoir escorté un convoi, est touché par une torpille. Il est néanmoins l'un des rares navires russes à pouvoir échapper à la destruction sous les coups japonais et parvient à atteindre Manille pour être réparé.

 

A la fin de la guerre contre le Japon, l'Aurore devient un navire-école pour les cadets de la marine. A ce titre il effectue de nombreux voyages, faisant escale en Espagne, en Algérie, en Tunisie, en France, en Italie, en Turquie, en Crète, en Grèce. De l'automne 1909 à l'été 1910, il navigue dans le Pacifique, l'Atlantique, l'océan Indien, la Méditerranée. En novembre 1911 il participe même aux célébrations en l'honneur du couronnement du roi de Siam à Bangkok.

 

En 1914 quand éclate la Grande Guerre, l'Aurore intègre la deuxième escadre de la flotte de la Baltique. Il escorte des convois, réalise des missions de reconnaissance dans les golfes de Finlande et de Botnie, recherche des voies de passage pour contourner le blocus allemand de la Baltique. En 1916, l'Aurore sert une nouvelle fois, provisoirement, de navire-école avant de participer à la défense du golfe de Riga où ses canons servent pour les tirs de barrage à terre. A l'automne, le navire regagne Petrograd pour effectuer des réparations. Au cours de cet hiver 1916-1917 ses machines sont changées et il est armé de 14 canons de 153 mm, 4 canons de 76 mm, 3 lance-torpilles et 35 mines.

 

Stationné à Petrograd, l'Aurore se retrouve au début 1917 au milieu des événements révolutionnaires. Le 12 mars, des matelots se rassemblent pour demander au capitaine la libération de trois ouvriers propagandistes qui sont montés sur le navire. Pour les disperser, le capitaine Nikolski et le premier officier Ogranovitch tirent sur les marins en blessant quelques-uns. Le lendemain, les marins se mutinent et prennent le contrôle du navire. Le capitaine est tué et le premier officier blessé. Un comité révolutionnaire est alors élu où rapidement les bolcheviks dominent. Peu à peu les relations se normalisent entre les officiers et l'équipage. Si les officiers ne se mêlent pas de politique, les marins ne créent pas d'obstacles à la gestion du croiseur pour ce qui concerne le service, la discipline et le fonctionnement du navire.

L'Aurore en Méditerranée avant 1914.

L'Aurore en Méditerranée avant 1914.

En septembre 1917, l'élection du nouveau comité révolutionnaire de l'Aurore donne la majorité aux bolcheviks. Au début novembre, les réparations sur le navire sont terminées et ce dernier doit rejoindre le reste de la flotte. Mais les bolcheviks refusent et le Soviet de Petrograd ordonne que l'Aurore passe sous le commandement du comité militaire révolutionnaire qui prépare alors l'insurrection. Au matin du 7 novembre, les bolcheviks contrôlent les points stratégiques de Petrograd. Seul le Palais d'Hiver, où se trouve le Gouvernement provisoire leur échappe. Antonov-Ovseenko, l'un des dirigeants de l'insurrection, demande alors à l'Aurore de tirer à blanc. A 21h40, le croiseur exécute l'ordre qui donne le signal de l'assaut sur le Palais d'Hiver tout en minant le moral des derniers défenseurs. Pendant ce temps des groupes de matelots se rendent à terre pour assurer l'ordre tandis que la radio du croiseur diffuse sur les ondes un appel de Lénine aux peuples de Russie.

 

Fin novembre 1917, l'Aurore rejoint Helsinki puis Cronstatd en décembre. En juillet 1918, le croiseur et d'autres navires reçoivent la mission de protéger Petrograd contre une éventuelle attaque de la flotte britannique qui soutient le général blanc Youdenitch. Quand il apparaît finalement que les Anglais n'attaqueront pas par la mer, l'Aurore regagne Cronstadt où seulement 40 hommes restent à bord pour entretenir et garder le navire. Au printemps 1919 les 6 canons du croiseur sont même démontés et expédiés à Astrakhan pour armer la flottille de la Volga et de la Caspienne. De décembre 1919 à 1922, l'Aurore mouille à Petrograd dans l'inaction.

 

Après la fin de la guerre civile, quand débute la reconstruction d'une force navale soviétique, les autorités décident juste de rénover le navire dont les travaux de modernisation ont déjà été réalisé en 1916-1917. L'Aurore est alors réarmé et son équipage complété. Le croiseur sert à nouveau de navire-école au sein de la flotte de la Baltique et effectue de nombreux voyages de 1924 à 1930.

 

En 1927, à l'occasion des 10 ans de la Révolution d'Octobre, l'Aurore reçoit l'Ordre du Drapeau rouge pour sa participation à la prise du pouvoir par les bolcheviks mais également pour son rôle dans la formation des officiers de la nouvelle marine soviétique. Le navire retourne alors au chantier naval mais face à l'ampleur des travaux de rénovation nécessaires, l'amirauté soviétique décide qu'il ne naviguera plus. Il sert alors à la formation des cadets de première année de l'Academie navale de Léningrad.

 

Durant la Guerre d'Hiver contre la Finlande en 1939-1940, l'Aurore reprend du service pour effectuer des patrouilles contre les sous-marins. Avec l'invasion de l'URSS par l'Allemagne en 1941, le croiseur, alors ancré dans le port d'Oranienbaum, participe à la défense de Léningrad, mais le 30 septembre 1941 il est gravement endommagé par l'artillerie allemande. Les canons du navire encore utilisables sont retirés et l'Aurore finit la guerre incapable de se déplacer et à moitié couler.

 

Il est néanmoins restauré entre 1945 et 1947 et rejoint de manière permanente son ancrage sur la Néva, au quai Petrogradskaïa, au cœur de Léningrad. Jusqu'en 1961, il est utilisé pour la formation des élèves de l'Ecole navale Nakhimov et fait l'objet de rénovation en 1957-1958, 1966-1968 et 1984-1987 où il retrouve son aspect de 1917. A partir de 1956, il devient un musée flottant et l'une des principales attractions touristiques de Léningrad. En 1968, il est décoré de l'Ordre de la Révolution d'Octobre.

 

Depuis juillet 1992, le drapeau rouge ne flotte plus sur l'Aurore, remplacé par le drapeau de Saint-André, symbole de la nouvelle flotte russe. Bien que musée, le croiseur fait toujours partie de la flotte militaire et possède un équipage qui assure sa garde, son entretien et participe aux cérémonies militaires. En septembre 2014, l'Aurore, le plus ancien navire russe encore en service et symbole de la Révolution d'Octobre, lève l'ancre une fois de plus pour rejoindre Cronstadt afin de subir une nouvelle révision. Il doit retrouver son ancrage sur la Néva en 2016, prêt pour le centenaire de la Révolution russe.

Le croiseur Aurore de nos jours

Le croiseur Aurore de nos jours

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 06:41

Anne Applebaum, Rideau de Fer. L'Europe de l'Est écrasée, 1944-1956, Grasset, 2014.

La naissance des démocraties populaires

Voici un livre publié en anglais en 2012. Il vient d'être traduit en français et publié chez Grasset en octobre. Nous reproduisons ici la recension que nous en avions donné en 2013 après la lecture de l'édition originale. Si, après la lecture de la traduction française, nous n'avons rien à modifier sur le fond de notre critique précédente, nous souhaitons ajouter néanmoins une note positive en soulignant que le livre d'Anne Applebaum balaye de nombreux aspects de la vie quotidienne dans les jeunes démocraties populaires. Il fourmille donc d'informations sur des sujets peu ou mal connu et à ce titre là fait œuvre utile et mérite d’être lu. Ajoutons que l'éditeur français n'a pas sacrifié la riche bibliographie déjà présente dans l'édition anglaise.

                                                                  

 

Anne Applebaum est une spécialiste de l'histoire de l'URSS dont le positionnement est bien connu. Elle s'inscrit en effet dans un courant conservateur pour qui Staline n'était qu'un sanguinaire dictateur qui ne désirait qu'asservir l'Europe. Dans ses travaux il n'y a donc aucune place pour les arguments du courant révisionniste qui avance que les États-Unis pourraient être responsables de la division de l'Europe. 

L'histoire racontée dans ce livre est donc pour elle celle d'une tragédie. A partir de 1945 les aspirations à la liberté et à l'indépendance de nombreux peuples sont foulés aux pieds par un État soviétique sans pitié qui s'appuie sur la servilité de sbires locaux. L'histoire commence en mars 1945 avec l'entrée de l'armée rouge en Allemagne par le nettoyage ethnique de millions d'Allemands et se termine par l'intégration de l'Europe orientale dans la sphère soviétique durant les années 1950. 

Pour l'auteur les Occidentaux n'ont rien pu faire pour empêcher ce phénomène et changer le statu-quo ainsi établi en Europe. Comme nous l'avons dit le portrait est à charge et s'inscrit dans une tradition qui prend ses racines en pleine Guerre froide. Le lecteur peut ainsi regretter l'absence d'analyses sur les raisons qui ont permis à l'URSS de maintenir son hégémonie pendant plus de 40 ans sur l'Europe orientale. En effet le contrôle totalitaire a finalement échoué et cela sans intervention extérieure. 

Au final, voici un livre solide quand aux informations données et aux faits décrits et qui se lit assez facilement. Mais l'ensemble est très daté, sans grande originalité et surtout sans nuances, ni recul.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 06:54

Geoffrey Roberts, Les guerres de Staline, de la guerre mondiale à la guerre froide, 1939-1953, Delga, 2014.

Staline, chef de guerre

A l'occasion de la sortie de la traduction française du livre de Geoffrey Roberts, nous republions la recension que nous avions réalisé de l'édition originale. Profitons-en pour saluer cette première traduction d'un ouvrage anglo-saxon sur la guerre germano-soviétique et espérons qu'elle ne fasse qu'ouvrir la voie.

                                                                               

 

Disons le d'emblée, voici un grand livre où l'histoire militaire croise l'histoire politique. L'image d'un Staline sanguinaire et incompétent sur le plan militaire est depuis longtemps devenu un lieu commun de l'historiographie. Pourtant Geoffrey Roberts propose de revenir sur cette image, de la soumettre au questionnement historique sans tomber dans le révisionnisme puisqu'à aucun moment il n'est question de nier que Staline fut directement responsable de la mort de millions d'hommes.

 

L'ouvrage débute avant 1939 puisque l'auteur montre les efforts de l'URSS pour créer des alliances avec la France et la Grande-Bretagne et ainsi se placer dans la meilleure position pour affronter un conflit qui apparaît à tous comme imminent. Le pacte germano-soviétique s'explique alors par cette volonté forcenée de Staline d'éviter que la guerre ne touche son pays. Geoffrey Roberts ne manque pas de montrer que c'est à la suite du refus occidental de la proposition d'alliance faite par Staline et de la mise à l'écart de ce dernier lors de la conférence de Munich que le dirigeant soviétique envisage finalement une alliance allemande. Par la suite Staline fait de son mieux pour éviter la guerre malgré les avertissements. Roberts signale qu'il autorise pourtant les mouvements de troupes et l'appel aux réservistes, mesures qui seront de peu d'utilité au moment de l'invasion de juin 1941.

 

Geoffrey Roberts décrit également avec détails les origines de l'art de la guerre soviétique qui passe d'une conception offensive au moment de la guerre civile russe à une conception défensive dans les années 1930. Il relate également les différentes phases du conflit sur le front de l'Est avec précision et clarté. Le lecteur a ainsi une étude fouillée de l'URSS dans la Seconde Guerre mondiale, aussi profonde et informée que les études de Glantz. Regrettons qu'une synthèse d'une telle qualité sur l'histoire du conflit à l'Est n'existe pas en français.

 

L'auteur montre qu'entre le début de l'attaque allemande et la bataille de Stalingrad, Staline, par ses erreurs, est responsable de la perte de centaines de milliers d'hommes. Mais à partir du moment où l'armée rouge met en œuvre des opérations de grandes envergures comme Uranus ou Bagration, Staline est relégué à n'exercer qu'un rôle de contrôle sur ses généraux et maréchaux. Si l'histoire militaire domine le livre, l'aspect politique n'est pas oublié, et Roberts se penche avec minutie sur les relations entre Staline et les Alliés, notamment concernant le partage des zones d'influence en Europe. Il démontre que pour Staline il est indispensable que l'URSS se dote d'un glacis protecteur pour éviter qu'un nouveau juin 41 n'advienne.

 

Sur de nombreux points où le débat historiographique est tendu, Geoffrey Roberts apportent de précieuses précisions. Ainsi pour lui, l'armée soviétique n'a pu entrer dans Varsovie à l'été 1944 pour des raisons seulement militaires. Sur les origines de la guerre froide, il n'esquive pas les responsabilités de Staline dans la dégradation des relations internationales ou la rupture avec la Yougoslavie de Tito.

 

Le travail de Geoffrey Roberts s'appuie sur de nombreuses archives, notamment soviétiques tel que les agendas de Staline mais aussi sur sa correspondance ainsi que sur des travaux russes récents. D'une grande clarté, sérieux, impartial et bien documenté le livre de Geoffrey Roberts est une référence incontournable sur l'histoire de l'Union soviétique.

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 07:01
Légionnaires en Sibérie

Légionnaires en Sibérie

Les Tchécoslovaques face à Koltchak.

Le général Radola Gajda, commandant de la 2e division tchécoslovaque est, contrairement à Sirovy, favorable à l'engagement des légionnaires auprès de Koltchak. Au début de 1919, l'amiral constitue 3 armées, l'armée de Sibérie, l'armée de l'Ouest et l'armée d'Orenbourg. Ces armées, adossés à l'Oural, doivent prendre l'offensive en direction de Samara, puis marcher vers l'ouest pour prendre Nijni-Novgorod et Moscou. Il offre alors le commandement de l'armée de Sibérie à Gajda qui a rallié à lui certains légionnaires.

 

Début mars 1919, les troupes blanches se déploient. L'armée de Sibérie commandée par Gajda se trouve au nord entre Perm et Glasov. L'armée de l'Ouest du général Hanschin se masse devant Oufa et l'armée de l'Ouest de l'hetman Doutov se trouve entre Orsk et Orenbuurg. Rapidement des divergences apparaissent entre les généraux russes et Gayda. Si les Russes veulent marcher directement sur l'ouest, Gayda veut quand à lui prendre la direction du nord dans le but d'opérer une jonction avec les Alliés qui se trouvent à Arkhangelsk.

 

Quand l'offensive se déclenche, les 3 armées prennent des axes de marche différents. L'armée de Sibérie de Gajda se dirige vers le nord-ouest en direction d'Arkhangelsk, l'armée de l'Ouest marche en direction de Bogoulma tandis que celle d'Orenbourg fait un mouvement tournant vers Bousoulouk. L'Armée rouge est d'abord surprise par la vigueur de l'attaque. Elle recule donc de prés de 400 km mais, vers la mi-avril 1919, une brèche dangereuse s'ouvre entre l'armée de Sibérie et l'armée de l'Ouest. Les Rouges s'y engouffrent, provoquant la panique chez les Blancs qui, craignant d'être tournée, battent en retraite. Les Russes accusent alors les Tchécoslovaques d'avoir décroché trop tôt, provoquant la catastrophe. Gajda est finalement destitué.

 

La bataille de l'Oural tourne au désastre pour les Blancs. Perm est perdu ainsi que la flottille fluviale de la Volga. Les Blancs refluent et parviennent à se regrouper, à la mi-juin, sur la ligne Iekaterinbourg-Tcheliabinsk-Troïtsk. A Tcheliabinsk, des combats acharnés ont lieu, la ville changeant plusieurs fois de mains, avant de tomber sous le contrôle des Rouges.

 

Toukhatchevsky fait alors marcher la 5e Armée rouge en direction du fleuve Tobol et ses avant-gardes atteignent Tobolsk et Ichim. Mais la 3e armée blanche, commandé par Sakharov, qui regroupe les éléments subsistant de l'armée de Sibérie et de l'Ouest, résistent avec acharnement. L'armée d'Orenbourg a été quand à elle refoulé vers le sud-est en direction de la mer d'Aral. Finalement, à court de munitions, les Rouges se replient derrière le fleuve Tobol.

 

Fin octobre la 5e armée rouge, dont les effectifs ont été doublé, reprend l'offensive. Elle franchit le Tobol et bouscule les Blancs. Le 3 novembre, elle prend Tobolsk et le 15 c'est Omsk qui tombe. La retraite de l'armée blanche tourne vite à la catastrophe et s'accompagne d'un exode massif de population dans une situation sanitaire déplorable. Dans cette débâcle, seule la légion tchécoslovaque garde une certaine cohérence. Les légionnaires essayent, dans cette cohue, de s'ouvrir un chemin vers la mer. Cette progression est marquée par quelques massacres qui touchent des prisonniers de guerre allemands, autrichiens et hongrois rencontrés sur la route.

 

L'effondrement du front de l'Oural a sonné définitivement la fin de la collaboration militaire entre Tchécoslovaques et Russes. Masaryk envoie alors une délégation pour notifier à Koltchak la neutralité des Tchécoslovaques. Janin et Sirovy quand à eux accélèrent les mesures organiser leur rapatriement. Pour cela les convois des légionnaires obtiennent la priorité absolue sur le Transsibérien.

Train blindé tchécoslovaque

Train blindé tchécoslovaque

La fin de l'odyssée des légionnaires en Russie.

Le régime de Koltchak est devenu largement impopulaire. Son programme politique est maigre et ne répond pas aux demandes de la population, notamment en matière de démocratie. Les partis politiques sont interdits tandis que certains atamans, comme Semenov et Kalmykov, se livrent à des atrocités en Sibérie. Sur le plan politique il échoue donc à former une solide unité entre les différents mouvements anti-bolcheviks. Ainsi quand les SR se révoltent, ils sont matés par les cosaques ce qui les pousse eux et leur armée populaire, après des négociations, à rejoindre les Rouges.

 

Au niveau militaire, les actions de Koltchak manquent de coordination avec celles de Denikine dans le sud de la Russie et celles de Ioudenitch au nord-ouest. Surtout, l'amiral est incapable de convaincre les Alliés d'intervenir avec des troupes. Les Américains n'apprécient pas Koltchak et vont même créer une commission d'enquête sur les crimes commis par les Blancs. Le général Graves qui commande les troupes américaines en Russie considère lui aussi Koltchak comme un monarchiste et un réactionnaire qui tend à la dictature. Cette opinion est même partagée par le président Wilson qui, s'il accepte d'approvisionner les Blancs en armes et munitions, refuse de reconnaître le gouvernement Koltchak.

 

L'amiral ne peut s'appuyer sur les petits contingents français et italiens en Sibérie et britanniques dans le nord-ouest. Il ne peut compter non plus sur le soutien des Japonais qui veulent faire main basse sur la Sibérie orientale. Les chances de maintenir son pouvoir et les bases d'une résistance antibolchevique s'écroulent définitivement avec la perte de Omsk.

 

Dans les villes de Sibérie des forces de gauche, notamment SR, se soulèvent et prennent le pouvoir, notamment à Irkoutsk, bloquant la retraite vers Vladivostok et coupant en deux les forces de Koltchak, celle de l'hetman Semionov se trouvant au-delà d'Irkoutsk entre Tchita et Kharbine.

 

L'amiral est pressé par les Rouges qui avancent à l'ouest. Koltchak demande alors l'aide de Janin qui répond qu'il ne peut rien faire et lui demande de se replier. Le 13 novembre, Koltchak se sépare de son armée et prend le train pour Krasnoïarsk avec son état-major et sa garde personnelle abandonnant Omsk pour rejoindre son gouvernement à Irkoutsk. A l'annonce de ce départ l'armée blanche se replie précipitamment ne laissant en arrière-garde qu'une division polonaise et un régiment serbe qui sont rapidement capturés. Les Tchécoslovaques se retrouvent alors à l'arrière-garde au contact direct avec les Rouges. Ils envoient des parlementaires au commandement de la 5e Armée rouge pour lui demander de les laisser partir. Les Rouges acceptent mais Frounze pose comme condition que les Tchécoslovaques soient désarmés et faits prisonniers pour être ensuite évacués par l'ouest. Les légionnaires refusent alors que l'artillerie rouge les prend déjà pour cible. Ils se retrouvent alors pris en étau entre la 5e armée rouge et les SR de la zone d'Irkoutsk.

 

Le trafic est bloqué sur le Transsibérien créant un embouteillage monstre à Taïga. Les légionnaires qui ont réquisitionné de nombreux trains pour transporter l'armement et le ravitaillement qu'ils ont accaparés sont en partie responsable de cette situation. Koltchak, dont le train avance lentement et qui accuse les Tchécoslovaques d'en être responsable, ordonne alors, en représailles, d'arrêter leurs convois par tous les moyens et demande à Semionov de contrôler les bagages légionnaires. Le conflit entre Koltchak et les Tchécoslovaques est ouvert. Le 9 janvier, le 4e régiment d'infanterie tchécoslovaque lance une opération contre Semonov dans la région du Baïkal. Après 4 heures de combat les troupes blanches sont défaites. Un armistice est signé sous l'égide des Japonais le 12 janvier.

 

Le 20 décembre, Koltchak atteint Nijneoudinsk et apprend que des SR et des mencheviks ont pris le pouvoir à Irkoutsk en formant un Centre politique. Janin envoie alors un télégramme à l'amiral lui demandant de ne pas se rendre immédiatement à Irkoutsk. Quand ce dernier apprend finalement que son gouvernement à négocier une reddition, il démissionne le 6 janvier au profit du général Denikine.

 

Les Tchécoslovaques n'ont jusqu'alors rien fait pour stopper le convoi de Koltchak mais à Krasnoïarsk le train est tronçonné et la garde de Koltchak se voit refuser de poursuivre sa route. A Nijneoudinsk, le convoi est finalement arrêté par les légionnaires et cerné par des soldats en armes. Koltchak fait alors prévenir Janin qui s'est réfugié à Vladivostok. Le commandant allié lui répond de se mettre sous la protection des Tchécoslovaques. Rassuré, Koltchak accepte, et les derniers soldats blancs quittent son wagon pour laisser la place aux légionnaires. Près de Tcheremchovo, des troupes communistes formées par les ouvriers des mines de charbon attaquent le convoi. Les Tchécoslovaques acceptent alors que des Gardes rouges participent à la garde du train qui arrive à Irkoutsk où il est mis sur une voie de garage. Le 15 janvier, les légionnaires annoncent à Koltchak qu'il va être remis au Centre politique d'Irkoutsk. L'ordre vient de Janin et de Sirovy. Dans la soirée les miliciens socialistes viennent arrêter Koltchak qui est transféré à la prison municipale. Au même moment des délégations tchécoslovaques et bolcheviques se réunissent dans la gare de Kuitin pour conclure un accord concernant le passage des divisions tchécoslovaques à travers la région d'Irkoutsk.

 

Le 20 janvier, le Centre politique abandonne le pouvoir à Irkoutsk à un comité révolutionnaire bolchevik alors que la 5e armée rouge approche de la ville. A la nouvelle de l'arrestation de Koltchak, de Tchita, Semionov envoie un commando sous les ordres du général Skipetrov sur Irkoutsk. A Krasnoïarsk et Kansk les restes de l'armée blanche sous les ordres de Kappel marchent aussi sur Irkoutsk pour délivrer leur chef. Le 7 février les avants gardes, sous les ordres de Wojciechowski, sont à Inokentjevsk à quelques km au nord-ouest d'Irkoutsk mais ce dernier reçoit un message de la 2e division tchécoslovaque qui lui intime l'ordre de ne plus avancer sinon les légionnaires se battront au coté des rouges. A l'est les Tchécoslovaques ont arrêté Skipetrov et désarmé ses hommes. Mais dans les premières heures de ce 7 février, Koltchak a été passé par les armes. Le même jour les légionnaires trouvent un accord avec les Soviétiques pour évacuer leur troupes vers Vladivostol, évacuation qui commence le lendemain ne laissant en arrière-garde que le 7e régiment d'infanterie.

 

Pour les Tchécoslovaques le dernier obstacle au rapatriement est levé. Fin février, la 2e division quitte Irkoutsk. Les légionnaires traversent la Mandchourie, font halte à Kharbine et arrivent en mars à Vladivostok où les attendent 29 navires. Ce sont plus de 67 000 personnes qui sont évacuées dont 53 000 soldats et 3 000 officiers. Une partie passe par l'océan Indien, Suez, Trieste et l'Autriche et une autre traverse le Pacifique puis les États-Unis. Ils arrivent en Tchécoslovaquie auréolé fêté comme des héros tandis que le dernier légionnaire quitte la Russie le 2 septembre 1920.

Le général Syrovy, commandant de la légion tchécoslovaque en Russie

Le général Syrovy, commandant de la légion tchécoslovaque en Russie

Près de 4 000 légionnaires sont morts en Russie. L'odyssée de la légion tchécoslovaque s'inscrit d'abord dans l'histoire de la Tchécoslovaquie et plus particulièrement de son accession à l'indépendance. Les combats que les légionnaires ont menés en Russie ont en effet servi les efforts de Masaryk et du Conseil national tchécoslovaque dans leurs négociations avec les Alliés qui aboutissent à la création de la République tchécoslovaque fin 1918.

 

Dans l'évolution de la guerre civile russe, le rôle des Tchécoslovaques est également essentiel. Leur révolte en mai 1918 coute en effet aux bolcheviks le contrôle des régions à l'est de l'Oural tandis que leurs succès militaires offrent le temps aux forces antibolcheviques de Sibérie de s'organiser et de former un nouveau front de la guerre civile sous les ordres de l'amiral Koltchak.

 

Pourtant à la fin de la guerre civile, certains blancs accusent les Tchécoslovaques de trahison, notamment pour avoir livré Koltchak à ses adversaires. Mais c'est oublier que les légionnaires ne furent en Russie que les instruments de la politique des Alliés, une politique timorée, contradictoire et ambiguë qui tourna finalement au désastre.

 

Bibliographie:

Bullock, David: The Czech Legion 1914–20, Osprey Publishers, 2008.

Joan Mc Guire Mohr, The Czech and Slovak Legion in Siberia from 1917 to 1922, Mc Farland, 2012.

Footman, David, Civil War in Russia, 1961.  

Légionnaires tchécoslovaques

Légionnaires tchécoslovaques

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communismeetconflits - dans Guerre civile russe.
18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 07:57

La révolte des Tchécoslovaques.

Le 14 mai 1918 à la gare de Tcheliabinsk un convoi de légionnaires tchécoslovaques croise un convoi de prisonniers de guerre austro-hongrois. Une querelle survient, un Hongrois, qui a mortellement blessé un légionnaire, est lynché par les Tchécoslovaques. Les Gardes rouges interviennent et arrêtent les Tchécoslovaques impliqués mais ceux-ci sont libérés de force par leurs camarades qui en profitent pour reprendre les armes qu'ils ont précédemment rendues. La légion tchécoslovaque entre en révolte. Une révolte qui n'est pas politique mais répond à de graves inquiétudes. Les Tchécoslovaques réalisent en effet que sur les 450 000 prisonniers de guerre se trouvant en Russie, un grand nombre collabore avec les bolcheviks tandis que le Transsibérien est la victime de raids menés par des rebelles armés. Dans ces conditions si les Tchécoslovaques continuent à être désarmé, ils deviendront vulnérable et il sera facile aux bolcheviks de les bloquer pour les remettre ensuite aux autorités austro-hongroises.

 

Après l'incident de Tcheliabinsk, Trotski ordonne le désarmement des Tchécoslovaques ajoutant que ceux qui refusent doivent être abattu. Simon Aralov, chef de la section des opérations aux Commissariat du peuple à la guerre, considérant les Tchécoslovaques comme un encombrant héritage de l'armée tsariste, donne alors les instructions nécessaires pour faire appliquer les décisions de Trotski.

 

Les Tchécoslovaques se retrouvent alors éparpillés de Penza à Vladivostok, le long d'une voie ferrée coupée en de nombreux endroits. Du 21 au 23 mai 1918 un congrès des légionnaires se tient à Tcheliabinsk qui suspend temporairement l'autorité du quartier général du corps au profit d'un collège élu qui décide que les légionnaires doivent rejoindre Vladivostok en armes. Quand, obéissant aux ordres de Trotski, les Rouges essayent de stopper et de désarmer les Tchécoslovaques des affrontements armés éclatent.

 

Le plan qu'établissent les Tchécoslovaques consiste alors à établir une liaison entre les différentes gares où les légionnaires sont bloqués afin de sécuriser la voie ferrée. Une fois le Transsibérien sous contrôle, les unités pourront prendre le chemin de Vladivostok pour embarquer sur des navires alliés à destination de la France. Quand les premiers légionnaires parviennent finalement à Vladivostok, ils y trouvent les Alliés mais pas de navires. Ces derniers souhaitent en effet que les Tchécoslovaques restent en Russie pour reconstituer un front oriental. Cela doit permettre selon eux d'éviter l'infiltration allemande en Sibérie et surtout d'empêcher les Allemands de transférer des troupes de Russie vers le front occidental. Les Tchécoslovaques acceptent et reprennent position sur l'Oural. Ils sont alors conscients qu'en fixant des troupes allemandes en Russie ils soulagent la pression à l'Ouest où les Américains arrivent et cette contribution ne peut que servir les desseins du Conseil national tchécoslovaque. En chemin, alors qu'ils manquent de réserves et de renforts, ils parviennent à recruter 15 000 prisonniers de guerre tchécoslovaques.

 

Encouragé par l'annonce que deux armées alliées arrivent en renfort, une armée française venant de Vologda et une armée japonaise venant de Vladivostok, les forces russes et tchécoslovaques repartent en avant. La légion est alors divisée en 3 groupes, le groupe de Penza commandé par Cecek, celui de Tcheliabinsk sous les ordres de Syrovy et le groupe de l'Est dirigé par Dieterichs. Le 26 mai, les légionnaires s'emparent de Tcheliabinsk et de Novosibirsk et dans les semaines suivantes de Mariinsk, Kansk, Penza, Syzran, Petropavlovsk, Tomsk et Kurgan. Pour assurer les liaisons entre les différents groupes, celui de Tcheliabinsk s'empare de Omsk le 10 juin et rejoint le groupe de l'Est. Le groupe de Penza marche vers l'est et s'empare d'Oufa et de Samara où se sont installés les représentants des partis modérés russes. A l'Est les légionnaires prennent le contrôle de Vladivostok.

 

Pour parvenir à vaincre des adversaires, le plus souvent bien supérieur en nombre, les Tchécoslovaques développent une tactique originale. Des petits groupes de combattants s'infiltrent dans les lignes ennemies pour provoquer le panique puis le gros des troupes lance une attaque surprise cherchant à déborder l'adversaire. L'utilisation de la cavalerie et des trains blindés leur fournit en outre un haut degré de mobilité permettant des attaques rapides sur des forces soviétiques statiques, le plus souvent enterrés dans des tranchées. Les Tchécoslovaques possèdent également une petite force aérienne mais aussi navale qui s'illustre sur le lac Baïkal.

 

Le 7 aout, les légionnaires prennent Kazan où se trouvent le trésor des tsars. Le butin, représentant plusieurs milliards de roubles, est chargé sur 5 wagons qui prennent la direction de l'est. Le général Cecek prend alors le commandement du front de la Volga. Les succès tchécoslovaques ont pour effet de galvaniser les Russes antibolcheviks alors que Kuzneck, Kazan et Irkoutsk tombent également et que des détachements prennent Iekaterinbourg, provoquant l'assassinat de la famille impériale. A la fin aout 1918 les Tchécoslovaques ont ainsi réussi à prendre le contrôle de l'ensemble du Transsibérien de Penza à Vladivostok.

 

Les forces blanches s'organisent, se renforcent et deviennent à même d'affronter les Rouges. Mais leur principale faiblesse réside dans le fait qu'elles ne sont ni coordonnés, ni homogènes. Alors que Samara, où se trouve le quartier général tchécoslovaque, est gouverné par les SR, à Ouralsk et Orenbourg ce sont les cosaques qui dominent. A Omsk se forme un gouvernement autonome sibérien tandis que Tchita est sous la coupe de l'hetman Semionov. Pour remédier à cette anarchie, SR, mencheviks et partis nationaux se réunissent en congrès à Oufa en septembre 1918 et élisent un Directoire de 5 membres où se trouvent 3 proches de Kerenski. Ce Directoire nomme un gouvernement d'Union nationale où l'amiral Alexandre Koltchak est nommé ministre de la Guerre.

Le Transsibérien

Le Transsibérien

Naissance d'un nouveau front de la guerre civile.

Malgré leur rapide succès le moral des Tchécoslovaques se détériore rapidement. Ils attendent en effet d'être relevé ou de recevoir des renforts des Alliés mais ces derniers n'envoient en Russie que de maigres contingents, qui ont plus souvent une valeur symbolique que militaire. Seule les Japonais déploient des troupes en nombre mais uniquement dans l'espoir de former des protectorats en Mandchourie, en Mongolie et en Sibérie orientale. Ils n'ont donc aucun intérêt à voir se reconstituer une Russie forte et unie et les 70 000 soldats japonais, n'ayant donc pas l'intention de soutenir les Tchécoslovaques, ne s'aventurent à l'ouest pas plus loin que Irkoutsk.

 

La mission de constituer un nouveau front oriental repose donc sur les épaules des Tchécoslovaques. Ils reçoivent néanmoins des Alliés 200 canons, 1 300 mitrailleuses, 140 000 fusils, 25 avions et 240 000 obus. Pour tenir le front l'ensemble des unités tchécoslovaques du Baïkal à Vladivostok est donc mobilisé. Ils ne reçoivent l'aide que des petits bataillons serbes et roumains et de détachements lettons.

 

Pendant que les Blancs s'organisent avec peine, Trotski met sur pied l'Armée rouge qui fait son apparition sur le front oriental à l'été 1918 et s'empare de Kazan le 9 septembre. Sans renforts japonais ou français et face à un ennemi 10 fois supérieur, le front russo-tchécoslovaque se disloque rapidement. Simbirsk, Volsk et Syrzan tombent. Le 15 octobre, les Tchèques abandonnent la ligne de défense Samara-Oufa.

 

Les légionnaires commencent aussi à échapper au contrôle des officiers et se livrent aux pillages des villages qu'ils traversent. La fin de la guerre le 11 novembre 1918 enlève définitivement aux légionnaires toute raison de se battre en Russie tandis que l'annonce de l'indépendance de la Tchécoslovaquie exacerbe leur désir de rentrer chez eux. Désormais chaque fois qu'ils entrent en contact avec les Rouges, les Tchécoslovaques décrochent vers l'est et s'emparent pour cela de plusieurs centaines de locomotives et de milliers de wagons pour se frayer un chemin vers Vladivostok. Mais le Transsibérien est une ligne à voie unique où les trains ne peuvent se croiser qu'à quelques embranchements, les trains tchécoslovaques provoquent des embouteillages et empêchent l'arrivée de munitions et de renforts pour les forces blanches.

 

A Omsk où il a installé son quartier général, l'amiral Koltchak s'inquiète de cette situation. Les Rouges ne cessent en effet de progresser à l'ouest tandis que des agitateurs communistes apparaissent dans la région d'Irkoutsk sur les arrières blancs. Le trafic ferroviaire est quand à lui paralysé par les Tchécoslovaques tandis que le Directoire contrecarre le plus souvent les décisions de l'amiral. Dans l'espoir de mettre fin à cette décomposition, ce dernier organise, le 18 novembre 1918, un coup d'État. Il fait arrêter les membres du Directoire, dissout l'Assemblée et se fait nommer Régent et Gouvernant suprême de toute la Russie. Les Tchécoslovaques craignant alors que Koltchak ne veuille les incorporer de force dans l'armée blanche, des régiments se préparent à marcher sur Omsk pour le renverser. Koltchak qui ne souhaite pas combattre les légionnaires, ni avoir de complications avec les Alliés convoque alors le général Sirovy qui lui répond que les Tchécoslovaques resteront neutres dans la guerre civile.

 

A l'annonce du coup d'État de Koltchak, le général Janin et le général tchèque Stefanik se rendent à Omsk. Stefanik, après avoir essayé difficilement de rétablir l'ordre dans la légion, est contraint de rentrer en Tchécoslovaquie. Il reste alors à Janin, qui manque d'envergure, à maitriser une situation qui le dépasse largement. Finalement en janvier 1919 le commandant des forces alliées en Russie, retire les Tchécoslovaques du front, où ils sont remplacés par des unités russes blanches et leur donne comme mission de garder le ligne du Transsibérien de Novosibirsk à Mysovaïa près du Baïkal pour permettre de sécuriser l'approvisionnement des forces blanches en matériel allié. Cette mission, loin du front, s'avère néanmoins de plus en plus difficile alors que le nombre de groupes de partisans rouges ne cesse d'augmenter. Surtout les légionnaires sont utilisés contre les populations locales et servent à réprimer les insurrections contre le gouvernement blanc, ce qui ne permet pas de relever leur moral. Cette fonction policière ne fait donc qu'aggraver l'animosité contre Koltchak d'autant que la majorité des légionnaires sont des partisans de la démocratie et se montrent très méfiants envers la dictature de Koltchak, jugé monarchiste et réactionnaire.

Légionnaires tchécoslovaques

Légionnaires tchécoslovaques

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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 07:52

Le 11 novembre 1918, si les armes se taisent sur le front occidental, à l'est de l'Europe, la guerre civile ravage la Russie. L'historiographie a généralement tendance à dissocier les deux conflits comme si le second n'était pas la conséquence et le prolongement de la Grande Guerre. L'odyssée des légionnaires tchécoslovaques en Russie illustre parfaitement ce constat. Cette armée d'un État qui n'existe pas avant la fin 1918, formée pour combattre les Empires centraux au sein de l'armée tsariste, joue en effet un rôle central dans la guerre civile russe.

 

La révolte des légionnaires en juillet 1918 est la première menace militaire sérieuse que doivent affronter les bolcheviks. Elle cristallise et favorise en outre l'organisation du mouvement blanc en Sibérie. Les légionnaires deviennent alors les instruments de la politique des Alliés en Russie, une politique timorée et ambiguë qui tourne rapidement au désastre.

 

 

La naissance de la légion tchécoslovaque.

Les Tchèques et les Slovaques vivent au sein de l'Empire des Habsbourg depuis le 16e siècle. Mais depuis le compromis de 1867 qui donne naissance à l'Autriche-Hongrie, ils se sentent de plus en plus mal à l'aise dans l'Empire, coincés entre la montée des sentiments pan-allemands en Autriche et la domination magyare en Hongrie.

 

En aout 1914, quand la guerre mondiale embrase l'Europe, tous les hommes de 20 à 45 ans de l'Empire d'Autriche-Hongrie sont mobilisés. Cherchant à affaiblir son adversaire en jouant sur les conflits de nationalités, la Russie, dés le 3 aout 1914 par la voix du grand-duc Nicolas, lance un appel aux peuples slaves de l'Autriche-Hongrie afin qu'ils se soulèvent contre l'oppresseur. Mais cet appel à la révolte n'est pas entendu et les Tchèques et les Slovaques demeurent loyaux à l'empereur François-Joseph. La police autrichienne a néanmoins pris la précaution d'arrêter les nationalistes et d'interdire leurs journaux tandis que la plupart des régiments tchèques sont envoyés sur le front oriental.

 

Dans les pays de la Triple-Entente, en France, en Serbie mais surtout en Russie, les Tchèques et les Slovaques ne font pas preuve de la même loyauté envers l'Empire. Dans ces pays, qui sont devenus des refuges pour les nationalistes venant de la Double-Monarchie, beaucoup s'engagent individuellement dans les différentes armées alliées avant de former des unités autonomes de volontaires en France, en Italie et en Russie.

 

Dans l'Empire tsariste vivent quelques dizaines de milliers de Tchèques et de Slovaques. La grande majorité sont des paysans qui vivent en Volhynie et qui possèdent donc la nationalité russe. Les autres sont des enseignants, des commerçants, des industriels, des ouvriers de nationalité austro-hongroise émigrés en Russie. Quand la guerre éclate, ces expatriés organisent des manifestations de soutien à la Russie et demandent à rejoindre l'armée tsariste. Pour les organiser les autorités forment dès le 20 aout 1914 un bataillon de volontaires tchécoslovaques, la Druzina, qui rejoint la 3e armée impériale. Les effectifs sont modestes et les 720 hommes qui composent la Druzina appartiennent pour la plupart à la communauté tchèque de Volhynie.

 

En mars 1915, les Tchécoslovaques de Petrograd et Moscou fondent une Union des Tchèques et des Slovaques de Russie qui demande la formation d'une armée tchécoslovaque autonome. Le 13 janvier 1916, la Druzina devient un régiment de chasseurs mais face à l'afflux de volontaires il se transforme rapidement en une brigade. Les Russes restent cependant méfiants envers ces volontaires qui ne sont en définitive que des traitres à leur pays et décident donc que le commandement de la brigade restera russe et qu'elle sera tenue à l'écart des secteurs névralgiques.

 

A la même période au sein de l'armée austro-hongroise les désertions de Tchécoslovaques se multiplient. Des bataillons et des régiments entiers changent de camps comme le 28e régiment de Prague le 3 avril 1915. Rapidement plus de 25 000 Tchèques se trouvent dans les camps de prisonniers russes. Le 21 avril 1916 le tsar accepte que ces prisonniers soient intégrés au sein de la brigade tchécoslovaque. Mais par la suite les autorités tsaristes ne tiennent pas cette promesse.

Affiche de propagande pour les volontaire tchécoslovaques

Affiche de propagande pour les volontaire tchécoslovaques

Les Tchécoslovaques au service de la jeune démocratie russe.

Après la Révolution de février 1917, les Tchécoslovaques soutiennent le gouvernement provisoire, surtout que ce dernier accepte le 16 avril de libérer les prisonniers de guerre tchécoslovaques et même de former une armée tchécoslovaque en Russie.

 

Lors de l'offensive Kerenski en juin 1917, la brigade Druzina est engagé dans le secteur de Zborov. Les 3 500 Tchécoslovaques partent à l'assaut le 18 juin et bousculent les positions ennemies. Ils font alors plus de 3 000 prisonniers et capturent 20 canons. Leur percée est l'une des plus importantes de cette offensive et Kerenski vient en personne sur le front féliciter les troupes. Ce succès, qui démontre les capacités militaires de la brigade pousse le gouvernement provisoire à faciliter le recrutement des prisonniers de guerre. Le 26 juin, ce sont 15 000 volontaires qui se sont engagés permettant de transformer la brigade en une division.

 

Sur le front, les Austro-hongrois passent à la contre-attaque et repoussent les Tchécoslovaques sur leur position de départ. Des régiments russes se débandent et les Tchécoslovaques perdent pied à leur tour. La bataille de Zborov tourne finalement au désastre. Craignant d'être encerclé, les Tchécoslovaques se replient sur Tarnopol puis se regroupent vers Kiev où ils voient arriver de nouveaux volontaires mais aussi des civils qui cherchent leur protection dans le désordre ambiant.

 

A la fin de l'été 1917, la 1ere division tchécoslovaque, connu sous le nom de division hussite, comporte 4 régiments sous les ordres du général Mamontov. En aout se forme la 2e division qui comprend également 4 régiments. L'ensemble est complété par des brigades d'artillerie et forme le 9 octobre, le corps d'armée tchécoslovaque en Russie sous les ordres du général Shokhorov. Il dépend sur le plan militaire du Grand quartier général russe et sur le plan administratif du bureau régional du conseil national tchécoslovaque. Les efforts de Tomas Masaryk permettent d'atteindre le nombre de 50 000 soldats et la création d'une brigade de réserve et d'un bataillon de choc. Le 7 février 1918, le corps tchécoslovaque en Russie est intégré à l'armée autonome tchécoslovaque dont le quartier général est en France, un pas supplémentaire vers la légitimité et l'indépendance.

 

La majorité des légionnaires tchécoslovaques reste neutre au milieu des soubresauts de la Révolution russe. Ne fait exception que la compagnie de volontaires tchécoslovaques formée au sein de la 8e armée russe commandée par le général Lavr Kornilov. Quand ce dernier tente un coup d'État en septembre 1917 contre le gouvernement provisoire, la compagnie tchécoslovaque le suit. Après l'échec du coup, ce détachement de choc devient le 1er régiment de choc slave et intègre la 1ere division tchécoslovaque. Mais certains de ces membres suivent Kornilov dans la région du Don où, avec le général Alexeïev, il met sur pied l'Armée des Volontaires.

 

 

Les légionnaires face à la révolution bolchevique.

Avec la révolution bolchévique et la disparition du gouvernement provisoire, les Tchécoslovaques perdent un soutien de poids. Que doivent-ils faire ? Quand les forces bolcheviques conduites par Mikhaïl Mouraviev pénètrent en Ukraine, les Tchécoslovaques signent avec eux un accord garantissant leur neutralité en échange de leur rapatriement. Ailleurs ils aident même les Rouges, par exemple en donnant des armes aux hommes de Vladimir Antonov-Ovsenko pour combattre les Blancs.

 

Quand les Allemands, après la rupture des négociations de Brest-Litovsk pénètrent en Ukraine, les légionnaires sont obligés de partir pour éviter de devenir prisonniers. Cette perspective est d'autant plus nécessaire que les Tchécoslovaques sont toujours considérés comme des sujets austro-hongrois et à ce titre, s'ils tombent aux mains des armées des Puissances centrales ils sont considérés comme des traitres passibles de la peine de mort. Cette retraite en direction de la Volga ne se fait pas sans combat comme à Doch, Korostychev mais surtout à Bakhmach. Dans ce lieu, un nœud ferroviaire important, les combats durent 6 jours et immobilisent deux divisions allemandes. Cette action facilite l'évacuation de la 1ere division tchécoslovaque qui arrive du sud de Kiev et sécurisent la retraite de l'ensemble des légionnaires.

 

Masaryk est en Russie depuis mai 1917. Ce dernier craint que si les Tchécoslovaques restent en Russie ils ne succombent à la propagande communiste. Des agitateurs envoyés par le Soviet de Kiev ont déjà essayé d'amener les soldats à rejoindre l'Armée rouge tandis que des Tchécoslovaques communistes ont formé un comité, un journal, et occupé de force les locaux du comité national à Petrograd se proclamant comme le seul représentant des Tchécoslovaques en Russie. Les consignes de Masaryk sont simples, les Tchécoslovaque doivent conserver leurs armes, rester neutre dans la guerre civile et essayer de regagner le front occidental dans les plus brefs délais.

 

Les unités tchécoslovaques deviennent alors la légion tchécoslovaque, intégrée à l'armée française, et dépendante de la commission franco-anglo-tchéque dirigée par Maurice Janin, Alfred Knox et Milan Stefanik. Les officiers russes sont éliminés au profit de cadres tchécoslovaques sous les ordres des généraux Cecek, Sirovy et Gajda. Mais le problème du rapatriement est posé. La route de Mourmansk est bloquée en raison de la présence de U-boots alors que les Allemands, contrôlant Rostov et Tbilissi, il est impossible de passer par la mer Noire. La seule issue est d'emprunter le Transsibérien de Kazan à Vladivostok, soit 8 000 km.

 

A Penza, le 18 mars, des négociations se nouent entre les Tchécoslovaques et les bolcheviks. Ces derniers veulent le désarmement des légionnaires et Staline, le négociateur, propose que les Tchécoslovaques quittent la Russie par la Sibérie en tant que civil mais en disposant de certaines armes pour se défendre. Les Tchécoslovaques acceptent l'accord le 26 mars. Mais seulement un tiers des légionnaires parviennent ainsi à Vladivostok, le reste se retrouvant éparpillé le long du Transsibérien ou bloquer par les bolcheviks à différents endroits.

 

A Moscou, l'ambassadeur allemand von Mirbach demande l'arrestation et le désarmement des Tchécoslovaques. Les Allemands craignent en effet la présence de ces troupes toujours fidèles aux Alliés sur leurs arrières en Russie. Les bolcheviks demandent donc aux Tchécoslovaques de livrer plus d'armes que prévu dans l'accord du 26 mars. Obéissant à la consigne de Masaryk de rester neutre, les légionnaires obtempèrent. Le 21 avril, Tchitcherine le commissaire du peuple aux Affaires étrangères écrit au soviet de Krasnoïarsk que les Allemands, craignant une invasion de la Sibérie par les Japonais, exigent que les prisonniers de guerre allemands soient transférés par tous les moyens possibles de Sibérie en Russie centrale. Il ordonne aussi que le voyage vers l'est des Tchécoslovaques, considérés comme des rebelles, empêchant le pouvoir soviétique de prendre le contrôle de la Russie, soit stoppé. Cette décision est peut-être aussi un moyen de les forcer à se fondre dans l'Armée rouge.  

Unité de la légion tchécoslovaque en 1918.

Unité de la légion tchécoslovaque en 1918.

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communismeetconflits - dans Guerre civile russe.
12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 07:19

Che, 1ere partie : L'Argentin, 2e partie : Guérilla, film franco-américano-espagnol de Steven Soderbergh, 2008.

Che Guevara, de la lumière à l'ombre

La biographie cinématographique est un genre risqué surtout quand elle s'attaque à des figures historiques qui enflamment les passions et sont entrées dans la mythologie politique. Pour raconter l'histoire de Che Guevara, le réalisateur américain Steven Soderbergh s'est éloigné du modèle classique, qui suit le héros de son enfance à sa mort, pour privilégier deux moments forts dans la vie de Guevara: la guérilla victorieuse contre Batista de 1956 à 1959 et l'échec de l'expédition bolivienne en 1967. Chacun formant le sujet d'une œuvre en deux parties. Soulignons d'abord la performance de Benicio del Toro qui incarne à merveille Che Guevara, la ressemblance est troublante et le charisme présent.

 

Le premier opus retrace donc la guérilla contre les troupes du dictateur Batista, depuis le débarquement de la petite troupe conduite par Fidel Castro sur les cotes cubaines jusqu'à la bataille de Santa Clara qui ouvre les portes de La Havane. Le réalisateur sort à deux reprises de ce cadre temporel pour montrer la rencontre entre Castro et Guevara mais également le voyage que le Che effectue en 1965 à New-York pour s'exprimer devant l'ONU. L'image qu'il donne de Guevara est assez conventionnel : instructeur des premiers guérilleros, médecins, théoricien anti-impérialiste, chef de guerre. Les scènes qui relatent la bataille de Santa-Clara sont prenantes d'autant que le réalisateur n'oublie pas d'évoquer la compétition qui s'instaure entre les chefs de la guérilla, dans le film à travers Guevara et Camilo Cienfuegos, pour savoir qui entrera le premier à La Havane.

 

Le second opus apparaît comme une sorte d'image renversée du premier. A l'image de l'élan révolutionnaire à Cuba répondent les embûches et l'échec final de la tentative bolivienne. Le spectateur suit pas à pas l'évolution de ce fiasco depuis le départ de Cuba d'un Guevara grimé à l'exécution du Che. Les réticences du PC bolivien, la méfiance de la population locale, l'efficacité des forces de sécurités boliviennes appuyées par des conseillers militaires isolent les guérilleros qui finissent par tourner en rond, pris dans une nasse. Le dernier combat de Guevara et de ses compagnons contre l'armée est particulièrement bien réussi.

 

Si le spectateur peut regretter que le réalisateur fasse l'impasse sur l'action de Guevara à Cuba de 1959 à 1966, c'est oublier que l’œuvre n'est pas un documentaire mais la vision de l'auteur sur un destin historique. Pour lui, si la guérilla à Cuba débouche sur la victoire de la révolution, l'échec en Bolivie conduit à la victoire posthume du Che puisqu'il le fait entrer dans la légende.

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communismeetconflits - dans Fiction Cuba Biographie
6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 07:49

Rémi Kauffer, Le siècle des quatre empereurs, Perrin, 2014.

Les batisseurs de la Chine moderne

Pour raconter l'histoire de la Chine au 20e siècle, le journaliste Rémi Kauffer a choisi le biais de la biographie ou plutôt de quatre biographies, celles de Sun Yat-Sen de Chiang Kaï-Shek, de Mao Zedong et de Deng Xiaoping. En suivant le destin des 4 grands hommes qui ont marqué le 20e siècle chinois, il retrace la formidable ascension d'un pays millénaire qui d'une semi-colonie en 1900 est devenu cent ans plus tard une puissance mondiale tant politique, militaire qu'économique.

 

Chacun de ces 4 empereurs joua un rôle central dans le redressement chinois. Sun Yat-Sen fut le père de la Révolution chinoise. Chiang Kaï-Shek unifia et modernisa le pays avant que ses efforts ne soient ruinés par l'invasion japonaise. Mao Zedong imposa au pays un modèle communiste désastreux économiquement et effroyable en coût humain mais consolida l'indépendance du pays. Deng Xiaoping sut imposer les réformes économiques nécessaires pour faire de la Chine une grande puissance économique.

 

L'approche de l'auteur permet d'apprécier l'apport de chacun à la construction de la Chine moderne mais aussi leur limite. Les ruptures et les continuités apparaissant entre chaque période, chaque pas en avant se faisant le plus souvent dans les convulsions et les souffrances. Mais au-delà des différences idéologiques et politiques entre les 4 empereurs, ce qui anime leurs actions c'est la volonté de rendre à la Chine sa grandeur et son indépendance.

 

Le livre, clair et bien construit, fourmille d'informations et permet aux lecteurs de suivre, sans se perdre, les multiples péripéties des luttes militaires, politiques et diplomatiques chinoises, l'auteur sachant aller à l'essentiel sans se perdre dans les détails. Surtout il n'affiche pas de préférence pour l'un de ces 4 protagonistes, mettant à nu les qualités et les faiblesses de chacun sans parti pris. Un seul bémol toutefois, l'absence d'une carte de la Chine pour permettre aux lecteurs de se repérer.

 

Voici donc le récit, mené avec talent et un certain souffle, d'une épopée qui a façonné l'histoire mondiale et qu'il est indispensable de connaître pour comprendre et appréhender la Chine contemporaine.

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communismeetconflits - dans Chine populaire Communisme chinois Biographie
4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 07:43

Pascal Convert, Raymond Aubrac. Résister, reconstruire, transmettre, Seuil, 2011.

Aubrac: de la Résistance à la décolonisation

La figure de Raymond Aubrac, dans la mémoire collective, est inséparable de l'histoire de la Résistance. Elle occulte en grande partie le rôle joué par Aubrac après 1945, notamment dans les relations Est-Ouest et surtout dans le mouvement de décolonisation. C'est ce que rappelle la biographie que lui consacre Pascal Convert. Une biographie qui n'est pas classique puisqu'elle donne la parole à Aubrac lui-même dans une sorte de dialogue où l'historien expose des faits largement documentés tandis que le « biographié » donne son point de vue, remue ses souvenirs et analyse rétrospectivement ses prises de position.

 

Né en 1914, Raymond Samuel grandit à Dijon avec des parents qui tiennent une boutique de confection. Jeune bourgeois, il fait des études brillantes et entre à l'Ecole des Ponts pour devenir ingénieur. Élevé dans une famille juive où le souvenir de l'affaire Dreyfus reste fort, le jeune Aubrac, lors de ses études, fréquente la mouvance étudiante communiste, ce qui ne l’empêche pas de partir finir ses études dans l'Amérique du New Deal en 1938. Quand la guerre éclate, Aubrac possède donc un bagage politique marxiste mais aussi une bonne connaissance des États-Unis.

 

C'est à la fin 1939 alors qu'il est mobilisé que Raymond Aubrac épouse Lucie. Fait prisonnier en juin 1940, il s'évade peu après et se réfugie à Lyon où commence son aventure dans la Résistance. Aubrac devient rapidement un dirigeant de Libération-Sud où il s'occupe de l'Armée secrète. Arrêté une première fois, il est mis en liberté surveillée avant de tomber à Caluire en même temps que Jean Moulin. Mais grâce à sa femme, qui organise l'attaque commando du fourgon cellulaire qui le transporte, il échappe à la Gestapo. Aubrac rejoint alors Londres puis Alger.

 

A la Libération, Aubrac est nommé commissaire de la République à Marseille où il se fait remarquer par ses méthodes peu orthodoxes comme la réquisition des usines. Puis il se voit confier par le ministère de la Reconstruction la difficile mission d'organiser le déminage du territoire français. Alors que l'ombre de la Guerre froide commence à s'étendre sur l'Europe, Raymond Aubrac milite pour le maintien de relations, notamment économiques, entre l'Ouest et l'Est. Pour cela il fonde la BERIM, un bureau d'études spécialisé dans l'urbanisme, qui participe à la reconstruction en France mais aussi dans les pays d'Europe de l'Est. Compagnon de route du PCF il fréquente alors Jean Jerome ou Doumeng le milliardaire rouge, tandis que la BERIM devient un intermédiaire indispensable pour les relations commerciales avec les pays du bloc de l'Est.

 

Cette proximité avec le PCF explique que c'est chez les Aubrac que s'installe Ho Chi Minh en 1946 lors des négociations à Paris. Une amitié naît entre les deux hommes et c'est naturellement, qu'après une carrière de fonctionnaire international à l'ONU et à la FAO, Aubrac devient, à la demande de Kissinger un intermédiaire entre Nixon et les Vietnamiens à la fin des années 1960.

 

Alors qu'il pourrait goûter une retraite paisible, l'ouverture du procès Barbie en 1987, remet Raymond Aubrac sur le devant de la scène. Jacques Vergès, l'avocat de Barbie, insinue qu'Aubrac a été un agent double dans la Résistance, accusation que reprennent certains comme Gérard Chauvy. Les débats sont violents et certains historiens, pour qui la parole des témoins est suspecte, instruisent le procès des Aubrac.

 

Malgré ces attaques, Raymond Aubrac poursuit, après la mort de Lucie en 2007, son combat pour que la mémoire de la Résistance ne s'éteigne pas, notamment en visitant les établissements scolaires. Il décède en avril 2012 à l'âge de 97 ans quelques mois seulement après la sortie du livre de Pascal Convert.

 

Cet ouvrage, épais, est une plongée dans l'histoire du 20e siècle, de la Résistance à la décolonisation. Il dresse surtout le portrait d'un homme qui fut toujours fidèle à ses convictions de jeunesse, un optimiste de nature, un combattant de la liberté et de la paix. Un homme qui, s'il ne renia rien de son passé, fut également lucide sur ses erreurs.

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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 07:56

La mort de Horst Wessel.

Horst Wessel est un militant type du parti nazi berlinois de la fin des années 1920. Né en 1907, ce fils de pasteur échoue lors de ces études universitaires. Victime de déclassement, il devient chauffeur et ouvrier et, malgré ses opinions nationalistes, se déclare socialiste. Il rejoint le Parti nazi en 1926 et s'engage dans la SA dans le quartier de Bötzow. Le jeune Wessel se fait rapidement remarquer pour son ardeur et sa motivation, notamment par Goebbels qu'il rencontre à plusieurs reprises. En 1928, Wessel est affecté à l'équipe de la SA de l'Alexanderplatz et en 1929 il prend la direction de la SA-Sturm 5 qui agit dans le quartier ouvrier de Friedrichshain. Cette équipe se fait remarquer par sa brutalité mais également pour son prosélytisme parmi les ouvriers, notamment communistes. Wessel organise ainsi une clique musicale, sur le modèle de celles dirigées par les communistes, pour animer les manifestations nazies et qui rencontre un certain succès.

 

Wessel fait rapidement parler de lui autour de l'Alexanderplatz, le quartier de la prostitution et du crime qui est aussi un quartier prolétaire dominé par les communistes. Pour s'implanter Wessel n'hésite pas à hanter les tavernes et les bars louches pour faire de la propagande, recruter des voyous ou retourner des militants du PC. Il devient vite une figure détestée par les militants communistes. C'est dans l'un de ses bars qu'il s'entiche d'une prostituée. Pour vivre cette romance il quitte le domicile parental pour sous-louer une chambre chez une certaine Elisabeth Salm. Quand Wessel décide que son amie vivra dorénavant avec lui, les relations avec sa logeuse se tendent en raison de différents concernant le loyer. Au début de 1930 Élisabeth Salm veut expulser Wessel de l'appartement mais cette veuve ne sait comment y parvenir. Elle décide de se tourner vers les anciens camarades de son défunt mari, lui même membre du KPD et du Rot Frontkämpferbund. Les militants qu'elle rencontre l'écoutent poliment jusqu'au moment où elle donne le nom de son locataire indésirable. Wessel possède alors une solide réputation de nazi accrocheur et persuasif. L'occasion de lui donner une leçon semble trouvée.

 

Le 14 janvier 1930 un groupe de militants et sympathisants communistes se rend donc à l'appartement d'Elisabeth Salm. Craignant que Wessel ne soit armé, ils ont demandé à deux militants, qui sont également connus pour être des membres du Milieu, Erwin Rückert et Albrecht Höhler, de les accompagner avec des armes. Le groupe frappe à la porte de la chambre de Wessel qui s'y trouve avec sa compagne et une amie. Attendant la visite d'un camarade de la SA, Wessel ouvre. Höhler lui tire alors une balle en plein visage. Le jeune SA grièvement blessé est transporté à l'hôpital où il meurt cinq semaines plus tard le 23 février.

 

Le KPD se retrouve alors dans une position difficile car il ne peut assumer ce meurtre qui a peu à voir avec de la légitime défense. La situation est d'autant plus délicate que si la violence politique dans les lieux publics est devenue chose banale et acceptée, l'attaque contre Wessel est la première du genre à se dérouler dans un lieu privé. Cela apparaît d'autant plus intolérable à la population que souvent, communistes et nazis sont voisins de paliers et qu'une trêve tacite sanctuarise les habitations. Le désavouer publiquement signifierait à contrario que le Parti ne contrôle pas les initiatives militantes de sa base. La direction communiste berlinoise réunit le commando qui a réalisé l'attaque pour le prévenir qu'elle fera abattre celui qui voudrait parler de l'affaire. La presse communiste affirme qu'il ne s'agit que d'un règlement de comptes entre souteneurs et fait pression sur Höhler pour qu'il témoigne en ce sens.

 

La mort de Horst Wessel, dont les funérailles sont l'occasion d'une formidable démonstration nazie organisée par Goebbels, n'entrave pas le développement du national-socialisme dans la capitale du Reich. Il attire au contraire de nouveaux adhérents pour qui Wessel apparaît comme un martyr. Le nombre de tavernes berlinoises contrôlées par les nazis, qui sont autant de bases de départ que l'enjeu d'une lutte féroce avec les communistes, quintuple entre 1928 et 1931. La SA dirigée par Walter Stennes compte près de 3 000 membres dans la capitale. Le 10 septembre 1930, 100 000 personnes se trouvent réunies à l'extérieur du Palais des Sports dans l'espoir d'entendre le discours que fait Hitler. Quatre jours plus tard, le Parti nazi, avec 18% des voix aux élections législatives, devient le troisième parti de la capitale après les communistes et les sociaux-démocrates. Il rassemble surtout dix fois plus que voix qu'en 1928.

 

Les communistes ne tirent aucun avantage de la mort de Wessel puisque le KP refuse d'endosser sa responsabilité et de faire des tueurs des héros antifascistes. Les autorités prennent au contraire prétexte de la mort de Wessel pour redoubler la répression contre les organisations communistes dont le RFB qui continue à fonctionner de manière clandestine comme une élite militaire. De nouvelles formations naissent également pour encadrer militairement les militants comme l'Antifaschistische Junge Garde fondée en juillet 1929 mais qui se trouve rapidement décimée par la répression policière.

Horst Wessel et son escouade de SA à Nuremberg

Horst Wessel et son escouade de SA à Nuremberg

La bataille des tavernes

A partir d'avril 1931, les communistes lancent une campagne contre le réseau des tavernes qui s'infiltrent de plus en plus profondément dans les quartiers ouvriers. Les patrons de ces tavernes ont toujours mis leurs établissements à la disposition des réunions communistes ou social-démocrates. Les auditoires sont autant de consommateurs mais avec la crise les clients se font plus rares et ceux qui viennent aux réunions politiques dépensent moins. Des patrons répondent donc favorablement aux sollicitations des nazis qui, en échange d'une clientèle régulière et solvable car appointée par le parti, demandent d'utiliser les tavernes comme des casernes pour les SA, des bases brunes en territoire rouge. Pour les communistes la fermeture de ces tavernes devient un objectif tactique essentiel. Le 9 septembre à Kreuzberg une attaque coûte la vie à une sentinelle nazie mais c'est au mois d'octobre que les communistes lancent une vaste offensive sur le quartier de Neukölln contre les tavernes tenues par les nazis.

 

Ces attaques sont bien préparées et perpétrées par de petits groupes qui agissent comme des commandos. Elles se déroulent selon un schéma que résume bien l'action organisée le 15 octobre 1931 contre une taverne de la Richardstrasse. Les militants des organisations antifascistes dirigées par les communistes convoquent une manifestation de masse à environ un kilomètre de la taverne dans le but de détourner l'attention de la police. Durant ce temps un petit groupe armé dirigé par un dirigeant local du KPD se dirige vers la taverne. Dans la rue entre 30 et 50 personnes s'approchent de la taverne et crient « A bas le fascisme » et chantent l'Internationale. Quand le patron de la taverne et les SA sortent dans la rue, le cortège s'arrête et un coup de feu est tiré. Quatre à cinq hommes tirent alors une vingtaine de coups de feu tandis que la foule de manifestants se disperse et que les tireurs prennent la fuite.

 

Le raid est apparemment un succès puisque le patron a été tué et la taverne fermée. En octobre et novembre 1931 ces attaques coûtent la vie à 14 nazis contre six communistes ce dont se félicitent les dirigeants communistes berlinois. Mais trois mois après sa fermeture, la taverne de la Richardstrasse ouvre à nouveau ses portes tandis que la police a arrêté 22 personnes impliquées dans son attaque. Les manifestations du KPD contre ces tavernes sont aussi de plus en plus soigneusement attaquées par les SA et la police. Les communistes sont alors en infériorité tandis que les tavernes nazies prospèrent. Les actions des combattants rouges ne font pas non plus l'unanimité au sein de la direction du KPD et leur utilité ainsi que les méthodes de lutte employées font l'objet de vifs débats.

 

 

La résolution de novembre 1931.

A l'été 1931 la situation du Parti communiste est des plus précaires puisqu'à la limite de la légalité, surtout après le meurtre de deux responsables de la police berlinoise dans le cadre de la campagne pour le référendum demandant la dissolution du gouvernement prussien social-démocrate. La police porte alors des coups de plus en plus rudes au KPD et l'activisme antinazi ne peut qu'inciter un peu plus le gouvernement à jeter les communistes dans une illégalité que refuse la direction. A la suite de rencontres à Moscou entre les dirigeants allemands et ceux du Komintern, la Centrale du KPD adopte la résolution du 31 novembre 1931 qui fait la distinction dans la lutte contre les nazis entre les actions de masse encouragée et la terreur individuelle qui est fortement condamnée. La direction craint en effet que la spontanéité qu’entraîne cette dernière ne finisse par nuire à la discipline militante.

 

La résolution provoque une rupture au sein du mouvement communiste et déjà au sein de la direction. Heinz Neumann y est hostile. Pour lui les actions des groupes locaux n'ont pas besoin de recevoir l'accord des organes centraux pour être efficaces. Un système de commandement trop centralisé ne peut en outre que freiner les actions défensives dans les quartiers ouvriers contre les attaques nazies. Neumann est néanmoins mis en minorité et sera bientôt évincé de la direction. Mais plus grave est la rupture qui se produit avec les militants de base qui affrontent les SA dans la rue et qui accusent de lâcheté et de trahisons les dirigeants. Surtout la résolution ne met pas fin aux actes d'indiscipline et les groupes de combats locaux posent dorénavant un problème politique délicat. Pris dans l'engrenage de la logique œil pour œil contre les nazis ils développent des comportements proches de ceux des gangs, basés sur la défense d'un territoire par la violence. Le KPD en vient donc, contrairement au marxisme orthodoxe, à exercer son hégémonie, non sur les usines, mais sur les marges des quartiers populaires. A coté du militant modèle, le jeune ouvrier politisé, gravite dans les organisations communistes un lumpenprolétariat qui flirte avec la délinquance. Des bandes de jeunes existent depuis longtemps dans les grandes villes allemandes mais avec la crise de 1929 ils tendent à se politiser et rejoignent en particulier des formations paramilitaires, nazies ou communistes. Le mélange explosif né de cette rencontre est condamnée par la direction communiste d'autant qu'elle cherche alors à séduire les ouvriers acquis au nazisme.

 

Les dirigeants communistes sont en effet conscients que les nazis ont brisé le monopole de la contestation ouvrière qu'ils possédaient jusqu'alors. Là où la violence ne donne pas de résultats probants le KPD change donc de tactique et Berlin devient un champ d'application privilégié. Le 1er novembre 1931, la direction communiste de la région de Berlin-Brandebourg salue les « travailleurs nationaux-socialistes » et les partisans ouvriers des nazis qui combattent honnêtement le capitalisme. Les communistes reconnaissent ainsi que les nazis ont réussi à s'implanter dans la classe ouvrière berlinoise contestant leur monopole sur ce terrain. La SA ouvre en effet des soupes populaires et à Noël les militants nazis au chômage sont invités à passer les fêtes chez les militants ayant un emploi.

 

En 1932, le parti nazi fait une percée décisive à Berlin puisqu'il compte près de 40 000 membres. En mars, il réussit à réunir 80 000 personnes dans le parc du Lustgarten. Le 4 avril, 200 000 personnes assistent à un meeting en plein air d'Hitler. L'influence des nazis progresse y compris dans les entreprises. En novembre 1932, ils organisent avec les communistes une grève contre la réduction des salaires des employés des transports publics berlinois. Des piquets de grève communs voient même le jour. Cette action renforce l'implantation nazie dans les quartiers ouvriers de la capitale. Cette année, la SA sous les ordres de Heinrich von Helldorff regroupe à Berlin plus de 16 000 membres. Après une interdiction d'avril à juillet, la SA, sûre d'elle-même, installe la violence dans les rues, contribuant à l'aggravation de la crise politique que vit l'Allemagne à l'hiver 1932-1933.

 

Malgré les détours et tournants de la ligne officielle, largement dictée par Moscou, les militants communistes continuent à vouloir tenir, par la force, la rue. Ils organisent pour cela des formations militaires de tailles variables. Les Rote Betriebswehren ont pour domaine privilégié les entreprises tandis que la rue est celui du Kampfbund gegen der faschismus où se retrouvent d'ailleurs des anciens du RFB. Cette organisation qui connait son apogée au début de 1931 décline par la suite et le flambeau est repris par l'Antifaschistiche Aktion qui naît à Berlin le 12 juillet 1932.

 

Ces groupes poursuivent le combat jusqu'en janvier 1933. Quand les SA fêtent l'arrivée d'Hitler à la Chancellerie par des défilés aux flambeaux, les groupes communistes mènent la résistance notamment dans les quartiers ouvriers. Une fusillade à Charlottenburg cause la mort d'un policier et d'un SA. Mais ce ne sont là que des actes isolés. Le degré de violence de la persécution nazie à travers les arrestations arbitraires et l'ouverture des camps de concentration entraînent rapidement la disparition des résidus des groupes de combat communistes.  

Défilé du Front rouge à Berlin

Défilé du Front rouge à Berlin

Bibliographie.

James M. Diehl, Paramilitary Politics in Weimar Germany, Indiana University Press, 1977.

 

Eve Rosenhaft, Beating the Fascists ? The German Communists and Political Violence, 1929-1939, Cambridge University Press, Cambridge, 1983.

 

Dirk Schumann, Political Violence in the Weimar Republic, 1918-1933: Fight for the Streets and Fear of Civil War, Berghahn Books, 2009 (ce livre est initialement paru en allemand en 2001).

 

Daniel Siemens, The Making of Nazi Hero. The murder and myth of Horst Wessel, I.B.Tauris, 2013, (ce livre est paru initialement en allemand en 2009).

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")