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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 14:14

"Aux origines des autonomismes alsaciens", Les Saisons d'Alsace, n° 65, septembre 2015.

Le PCF et la question alsacienne

Dans son dernier numéro, la revue Les Saisons d’Alsace propose une histoire de l’autonomisme alsacien et consacre deux articles aux liens entre cet autonomisme et le communisme français.

 

Maurice Carrez et Pierre Krieger montre que dans les années 1920, la majorité des communistes alsaciens ont le regard tourné vers l’Allemagne révolutionnaire, celle des Spartakistes, celle qui a permis l’instauration de conseils de soldats et d’ouvriers en Alsace entre la chute de l’Empire et l’arrivée des troupes françaises. La lutte contre la France impérialiste prend donc une résonance particulière en Alsace.

 

Les communistes alsaciens sont encouragés par le PCF et le Komintern qui prônent une Alsace autonome. Dans une région où l’intégration à la France ne se fait pas sans mal, ce discours rencontre un certain écho qui se traduit par de bons résultats électoraux en 1924 et 1928. Certains communistes alsaciens privilégient le combat autonomiste, comme Charles Hueber, élu maire de Strasbourg en 1929 et se voient exclus du PCF. Ces départs n’entament pas la force du PCF en Alsace où jusqu’en 1936 il prône l’autodétermination et l’utilisation officielle de l’allemand.

 

Le Front populaire marque un tournant puisque disparaît du discours communiste l’idée d’autonomie pour l’Alsace au nom de l’unité antifasciste. Cette position perdure après la Libération mais dès les années 1970, le PCF, sans appeler à l’autodétermination, redevient un défenseur de la spécificité et de la culture alsacienne.

 

François Ingersheim quant à lui, analyse la position autonomiste du PCF de 1920 à 1936. Il rappelle ainsi qu’en 1925 le comité central du PC demande un référendum sur l’Alsace-Lorraine avec la possibilité qu’elle puisse se séparer de la France au nom du droit à l’émancipation nationale. Cette position est réaffirmée par la suite, notamment en 1932, puis en 1933 lors de la venue de Thorez en Alsace.

 

Ces deux articles, trop courts à notre goût, démontrent tout l’intérêt d’une approche locale de l’histoire du PCF, à la fois afin de mieux saisir les raisons de son enracinement et d’en finir avec l’image d’une organisation « monolithique ».

 

Au-delà du seul aspect communiste, Les Saisons d’Alsace offre une passionnante plongée dans l’histoire de l’autonomisme alsacien, depuis la création du Reichsland en 1871 à la contestation de la réforme territoriale de 2015. Une lecture indispensable pour mieux appréhender les spécificités d’une région dont l’histoire au 20e siècle ne fut rien moins que mouvementée. Et l’ensemble est superbement illustré.

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communismeetconflits - dans Communisme français Alsace autonomisme
23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 07:02

Serge Savoie, RG, La traque d’Action directe, Nouveau Monde Éditions, 2011.

RG contre Action directe

Serge Savoie, policier aux Renseignements généraux, fait le récit de sa participation à l’enquête concernant les activités et le démantèlement du groupe Action directe. Il existe déjà une vaste littérature sur ce sujet, dont de nombreux témoignages, notamment celui de Jean-Pierre Pochon. L’intérêt du livre de Savoie est que ce dernier n’a cessé d’être au cœur de cette poursuite policière depuis les années 1970 jusqu’à l’arrestation des dirigeants du groupe en février 1987.

 

Les faits sont bien connus, Action directe naît à la confluence d’un antifranquisme armé et du bouillonnement du mouvement autonome à la fin des années 1970. Le groupe se signale dès 1979 par des braquages et le mitraillage des façades de bâtiments officiels ou de celui du CNPF. Mais ses principaux dirigeants sont arrêtés dès septembre 1980. L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 entraîne la libération des membres d’Action directe qui organisent de nouveaux attentats dès la fin de 1981. Rapidement le groupe se radicalise et ses actions se font plus violente. En mars 1982, un informateur de la police est abattu, en mai 1983 la fusillade de l’avenue Trudaine où deux policiers sont tués, en janvier 1985 l’assassinat de l’ingénieur général Audran, en novembre 1986 l’assassinat de Georges Besse patron de Renault. L’aventure prend fin avec l’arrestation des quatre dirigeants d’Action directe en 1987.

 

Serge Savoie n’aborde qu’à la marge les motivations politiques et idéologiques d’Action directe, son ouvrage se voulant un récit factuel de l’action policière contre le groupe. Il se lit donc comme un polar passionnant d’autant que l’auteur fournit de nombreuses précisions et ne tombe jamais dans un manichéisme simpliste. Il ne démonise pas les membres d’Action directe et montre même une certaine sympathie pour la personne de Rouillan. A contrario, il ne cache pas les conflits entre services de polices, les rivalités entre les hommes chargés de diriger la poursuite contre Action directe, l’ingérence du politique dans l’enquête. L’arrestation en septembre 1980 de Rouillan et Ménigon a ainsi failli tourné au fiasco sanglant en raison d’une préparation insuffisante et du manque de sang-froid de certains responsables. Autre raté policier, la mort de Chahine, un informateur, abattu par Action directe à la suite d’une indiscrétion d’un inspecteur de police.

 

Le livre de Serge Savoie n’épuise pas, bien entendu, son sujet et il manque encore une étude historique sur Action directe. Mais en tant que témoignage d’un acteur essentiel de cette histoire, il apporte sa part de vérité sur le parcours de l’organisation la plus emblématique du passage à la lutte armée d’une partie de l’extrême-gauche française.

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communismeetconflits - dans Terrorisme Extrême-gauche Lutte armée
18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 07:17

Odd Arne Westad, La guerre froide globale, le tiers-monde, les États-Unis et l’URSS (1945-1991), Payot, 2007.

Le Tiers-monde, champ de bataille de la Guerre froide

Odd Arne Westad, professeur à la London Scholl of Economics de Londres et spécialiste de l’histoire de la guerre froide, livre une vaste étude sur la place du tiers-monde dans le conflit qui opposa les États-Unis et l’URSS dans la seconde moitié du 20e siècle. Un conflit qui repose sur deux messianismes opposés, l’américain qui repose sur la croyance en l’universalité de valeurs comme la liberté individuelle ou l’économie de marché, le soviétique arc-bouté sur l’idée d’un socialisme synonyme de modernité et d’émancipation. L’auteur remarque avec justesse que ce sont là deux héritages différents des Lumières qui s’affrontent.

 

En 1945, les deux superpuissances sont unies dans leur hostilité aux vieux empires coloniaux européens et leur volonté de contrôler et de faire sortir du sous-développement un Tiers-monde qui commence à secouer les chaînes du colonialisme. Les Américains font ainsi pression sur leurs alliés européens pour qu’ils accélèrent la décolonisation notamment sur les Néerlandais en Indonésie ou les Français en Indochine et ils n’hésitent pas à condamner l’expédition de Suez en 1956. Mais l’anticommunisme qui guide la politique internationale américaine pousse aussi les États-Unis à soutenir le colonialisme comme en Malaisie ou à intervenir dans le Tiers-monde comme en Iran et au Guatemala au début des années 1950.

 

L’interventionnisme soviétique dans le Tiers-monde ne se développe réellement qu’après la mort de Staline. De nombreux pays se tournent alors vers l’URSS que ce soit Nasser en Égypte ou Castro à Cuba. Cela ne signifie d’ailleurs nullement que ces pays deviennent des marionnettes de Moscou. Le schisme sino-soviétique ou les critiques du Vietnam ou de Cuba contre l’URSS explique qu’après le départ de Krouchtchev, la direction soviétique se montre plus prudente dans sa politique vis-à-vis du Tiers-monde. Les années 1960 sont donc une période où l’influence américaine progresse avec la chute de Sukarno en Indonésie, l’arrivée de Mobutu au pouvoir au Congo ou la mort de Che Guevara en Bolivie.

 

La situation se renverse au début des années 1970 avec l’échec américain au Vietnam. L’Union soviétique se fait plus offensive dans un Tiers-monde qui se retrouve au cœur de la guerre froide. L’intervention cubaine en Angola à partir de 1975, les conflits entre la Somalie et l’Ethiopie à partir de 1977 minent la politique de détente car l’interventionnisme « rouge » inquiète de plus en plus les Américains. C’est aussi à la fin des années 1970 que l’ingérence sovieto-américaine dans le Tiers-monde connaît de graves revers. La révolution iranienne en 1979 et la désastreuse intervention militaire soviétique en Afghanistan sont en effet des échecs de taille pour les deux superpuissances et annonce la montée en puissance d’un islamisme qui rejette aussi bien le marxisme que le libéralisme occidental.

 

La décennie 1980 est marquée par un regain de tension entre Américains et Soviétiques, qui s’exprime en premier lieu dans le Tiers-monde que ce soit en Afghanistan, au Cambodge ou au Nicaragua. Mais la crise en Union soviétique pousse, à partir de 1985, Gorbatchev à se désengager du Tiers-monde pour concentrer son attention sur les problèmes internes tandis que l’amélioration des relations avec les États-Unis à partir de 1987 aboutit à la signature d’accord de paix en Asie du Sud-Est, en Afrique australe et au retrait des Soviétiques en Afghanistan mettant fin à une guerre froide dont le Tiers-monde fut l’un des théâtres les plus sanglants.

 

Le livre de Westad, qui s’appuie sur un ensemble de sources impressionnants, est captivant et passionnant. Il a également une résonance très contemporaine. Westad montre en effet que la guerre froide a particulièrement déstabilisé le Tiers-monde, à la fois économiquement, socialement et culturellement provoquant en retour un large ressentiment des populations du Sud contre un Nord englobant à la fois les Occidentaux et les pays de l’ancien camp socialiste. L’Afghanistan, champs de bataille des superpuissances, livrée à elle-même après 1990 et terreau du djihad global le démontre amplement.

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communismeetconflits - dans Guerre froide Tiers-monde
11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 07:41

Christian Rol, Le roman vrai d’un fasciste français. Vie et mort de l’homme qui tua Pierre Goldman et Henri Curiel, La Manufacture de livres, 2015.

L’assassin de Pierre Goldman et Henri Curiel dévoilé ?

Le 4 mai 1978, Henri Curiel, militant communiste et anticolonialiste, est abattu dans l’ascenseur de son immeuble à Paris. Le 20 septembre 1979 c’est au tour du militant gauchiste Pierre Goldman d’être assassiné en plein cœur de Paris. Jamais la police et la justice ne sont parvenus à résoudre ces crimes, à retrouver les coupables.

 

L’intérêt du livre de Christian Rol est d’avancer un nom, celui d’un même tueur pour les deux meurtres et de reconstituer le parcours de cet assassin. L’homme dont il est question se nomme René Resciniti de Says. Né en 1951 d’un père marquis italien qu’il voit peu, il grandit dans le quartier des Champs-Élysées, à la fois dandy dont on remarque l’élégance et voyou flirtant avec le Milieu. A la fin des années 1960 il s’engage à l’Action française qui le séduit par la solidité de son corpus théorique et comble son besoin d’action.

 

Cette soif d’action Resciniti de Says l’étanche chez les paras puis en partant au Liban en 1976 combattre aux cotés des phalangistes chrétiens. En 1977, il devient mercenaire et travaille pour Bob Denard lorsque celui-ci organise le renversement du pouvoir marxiste qui gouverne le Bénin. Le coup d’État de Cotonou est un terrible fiasco. En France, Resciniti de Says connaît les grandes figures de l’extrême-droite hexagonale mais également européenne comme Stefano Delle Chiaie qu’il fréquente quand ce dernier est clandestin à Paris. Autour de ce milieu gravitent aussi des truands, des policiers ripoux, des barbouzes. C’est par ces contacts, qu’il participe aux assassinats de Curiel et Goldman. Il confiera plus tard à Christian Rol que le donneur d’ordre fut Pierre Debizet, patron du SAC gaulliste, avec des armes venant de la Préfecture de police de Paris.

 

Il est pour l’heure impossible de confirmer l’aveu de Resciniti de Says, aveu qu’il a déjà fait, mais de manière anonyme et le visage flouté dans un documentaire diffusé par Canal Plus en 2010. Aucun document, ni même témoignage ne permettent de l’infirmer ou pas. Mythomanie ou confession sincère, seule l’ouverture de fonds d’archives encore fermés apportera la réponse. Resciniti de Says n’est plus là pour préciser ses déclarations puisqu’il est décédé en 2012 dans un certain dénouement.

 

Le livre de Christian Rol, qui laisse transpirer une certaine l’indulgence de l’auteur pour les idées professées par Resciniti de Says, est donc à lire avec un regard critique. Néanmoins, d’une lecture agréable, il permet de replonger dans un passé pas si lointain où l’assassinat à l’ombre du pouvoir n’était pas l’apanage des seules dictatures.

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communismeetconflits - dans Guerre froide Terrorisme Fascisme-antifascisme
2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 16:43

Jean-Marie Augustin, Le Plan Bleu, 1947 un complot contre la République, Geste éditions, 2006.

1947, le Plan Bleu

L’année 1947 est celle de l’entrée de plain-pied de la France dans la Guerre froide. Dans un climat de crise économique et de rationnement, le socialiste Paul Ramadier chasse les ministres communistes du gouvernement en mai. La tension sociale et politique est à son comble avec la grève à Renault en avril, puis les grèves de novembre où des émeutes éclatent notamment à Marseille et Saint-Étienne. Pour beaucoup, la France est sur le point de connaître une révolution communiste à l’image de ce qui se passe en Europe de l’Est.

 

C’est dans ce contexte que Depreux, ministre socialiste de l’Intérieur, révèle le 30 juin 1947 la découverte d’un complot d’extrême-droite visant à renverser le régime. Selon le ministre, les initiateurs du Plan bleu visaient à s’emparer de la Bretagne avec l’aide d’officiers et de gendarmes puis d’isoler Paris avec l’aide d’une colonne militaire venant des forces françaises en Allemagne. Une fois au pouvoir les conspirateurs mettraient en place un directoire qui devrait abroger la Constitution de 1947, dissoudre le PCF, suspendre les partis politiques, établir la censure, interdire les grèves et réunions publiques.

 

Rapidement, la presse se rend compte de l’inconsistance du complot qui ressemble plus à une escroquerie qu’à une menace réelle pour la République. À l’origine du Plan bleu se trouve un certain Aurouet dit de Mervelce, aventurier et mythomane, qui profite de la peur du communisme pour essayer de soutirer de l’argent à de riches donateurs comme les producteurs de Champagne, les patrons de la sidérurgie lorraine ou la direction de Michelin. Pour apporter un semblant de crédit à ces propos, notre escroc élabore un plan d’action qu’il conserve dans une pochette de couleur bleue.

 

L’amateurisme d’Aurouet ne l’aide pas à convaincre les éventuels bailleurs de fonds mais il parvient à rassembler autour de lui quelques exaltés de la lutte anticommuniste comme le baron Vulpian. Il agrège aussi quelques organisations anticommunistes locales comme le MAC (mouvement anticommuniste) à Chamalière ou l’AFL (armée française loyale) dans la région de Montbéliard. Au final, 46 inculpés sont jugés en janvier 1949 à Paris.

 

L’auteur, s’appuyant sur des archives, démontre que ce complot, qui n’est rien d’autre qu’une escroquerie, se transforme en affaire politique par la volonté d’un gouvernement qui après avoir chassé les communistes du pouvoir frappe à droite pour rassembler la coalition parlementaire qui le soutient. On est donc bien loin des suppositions de certains auteurs qui voient dans le Plan bleu l’émergence d’un réseau stay-behind, un Gladio français, organisé par la CIA et le MI6 pour mener une « stratégie de la tension » en France.

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communismeetconflits - dans Anticommunisme Complot 4e République
27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 11:32

Benjamin Isitt, De Victoria à Vladivostok. L’expédition sibérienne du Canada, 1917-1919, Presses de l’Université Laval, 2012.

Les Canadiens en Sibérie

L’histoire de la guerre civile russe est l’un des parents pauvres de l’historiographie et de l’édition francophone. C’est donc avec une certaine impatience que nous nous sommes plongés dans la livre de Benjamin Isitt, historien canadien, qui raconte et analyse l’intervention militaire canadienne en Sibérie en 1918-1919. Et la surprise fut bonne.

 

Loin de se contenter d’une histoire militaire classique, l’auteur montre les liens étroits qui existent entre l’agitation sociale au Canada et le déroulement de l’expédition sibérienne et la complexité des rapports entre le monde ouvrier et les militaires en période de guerre. Pour Isitt, les pratiques radicales du mouvement ouvrier canadien favorisent la mutinerie de conscrits québécois en instance de départ pour la Russie. Si cette mutinerie est rapidement réprimée, elle contraint néanmoins les militaires à ne conduire aucune activité opérationnelle en Sibérie et les dirigeants à décider le retour rapide du corps expéditionnaire.

 

L’ouvrage d’Isitt traite également des rapports entre le Canada, dominion britannique, et Londres et de sa volonté de mener une politique étrangère conforme à ses intérêts propres. Il n’oublie pas de décrire les évolutions politiques qui touchent l’Extrême-Orient russe, les missions dévolues au corps expéditionnaire canadien, les relations de ce dernier avec les autres corps expéditionnaires, notamment américains et japonais.

 

Voici donc un livre passionnant, bien documentée et illustrée, indispensable à la fois pour appréhender l’influence des interventions étrangères en Russie mais également les répercussions de ces interventions dans les pays alliés. Espérons qu’une étude traitant de l’intervention française voit le jour rapidement.

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communismeetconflits - dans Guerre civile russe. Canada
22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 09:16

Florin Aftalion, Alerte rouge sur l'Amérique : Retour sur le maccarthysme, JC Lattés, 2007.

Quand l’Amérique voyait rouge

La peur du rouge, le Red Scare, qui s’empare des États-Unis aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale est au cœur du livre de Florin Aftalion. Loin de voir dans cet épisode une réaction fantasmatique de l’opinion américaine conduisant à une chasse aux sorcières contre des intellectuels coupables d’opinions de gauche, l’auteur insiste plutôt sur la faiblesse des capacités de défense des États-Unis face à l’espionnage soviétique.

 

L’auteur montre que, profitant de la présidence Roosevelt et de l’alliance soviéto-américaine durant la Seconde Guerre mondiale, les Soviétiques infiltrent les milieux intellectuels, l’administration et le monde scientifique américains. Cela aussi bien dans un but d’espionnage que d’influence. Cette infiltration est révélée peu à peu à partir de 1945 notamment grâce aux déclarations de Whittaker Chambers devant la commission sur les activités antiaméricaines. L’auteur décrit de manière claire le déroulement des multiples affaires qui font suite à ces découvertes, de celle concernant Alger Hiss, fonctionnaire au Département d’État, aux enquêtes dans les milieux du cinéma hollywoodiens où s’illustre le jeune Ronald Reagan. Il s’attarde aussi longuement sur l’espionnage atomique, les affaires Fuchs et Rosenberg, montrant la culpabilité de ce dernier.

 

L’hystérie anticommuniste qui s’empare alors de l’Amérique s’incarne bientôt dans la figure du sénateur Joseph McCarthy, un personnage médiocre qui fait carrière en dénonçant l’infiltration de l’administration démocrate par les communistes. Lorsqu’il entre en scène, l’épuration des administrations a déjà été réalisé et les grandes affaires d’espionnage de l’après guerre sont terminés. McCarthy fait malgré tout beaucoup de bruits pour décrédibiliser l’administration Truman mais dès qu’il commence à attaquer l’armée il ne trouve plus seulement face à lui la gauche américaine. L’administration républicaine, après l’élection d’Eisenhower en 1952, décide de se débarrasser de l’histrion dont la carrière est rapidement ruinée et qui meurt prématurément en 1957.

 

L’auteur insiste longuement tout au long de son livre sur la difficulté de combattre l’espionnage dans un État de droit. Les responsables américains ont très vite découvert, grâce au programme Venona de déchiffrement des messages codés soviétiques, l’ampleur de l’espionnage de l’URSS aux États-Unis. Mais le caractère secret-défense de l’opération Venona interdit que le programme ne soit rendu public et surtout que les informations qui en sont issus soient présentés devant des tribunaux. Faute de ces éléments, le FBI peut difficilement traduire en justice et faire condamner les suspects. La publicité des débats, inhérente à une justice démocratique, s’accorde mal avec les nécessités de la guerre secrète. Une situation qui semble toujours d’actualité.

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 07:56

Radu Portocala, L’exécution des Ceaucescu. La vérité sur une révolution en trompe-l’œil, Larousse, 2009.

Retour sur la révolution roumaine de 1989

Le livre de Radu Portocala est pour le moins iconoclaste. Pour l’auteur, la révolution roumaine de décembre 1989 ne fut en effet qu’une énorme manipulation mêlant à la fois un coup d’État local et une opération de désinformation à l’échelle mondiale.

 

L’auteur débute en retraçant les étapes de l’ascension de Nicolae Ceaucescu, un personnage médiocre, sans grande culture mais aussi un ambitieux brutal et rusé. Rien ne le désigne néanmoins pour prendre la tête de la Roumanie à la mort de Gheorghiu-Dej en 1965. Ceux qui le placent à la direction du pays pensent qu’ils pourront le manipuler facilement mais Ceaucescu est plus fin tacticien et réussit en quelques années à asseoir son pouvoir. Il parvient également à se distinguer sur la scène internationale par son refus de s’aligner systématiquement sur les positions soviétiques et bénéficie ainsi pendant longtemps d’une image positive en Occident.

 

La situation est bien différente en 1989. Le régime roumain est isolé sur la scène internationale alors que, selon Portocala, l’URSS organise sciemment la fin des régimes communistes en Europe oriental. L’ouverture de la frontière hongroise en mai 1989 est, toujours selon lui, le premier acte d’un plan soviétique qui conduit en novembre à la chute du Mur de Berlin. Si l’essentiel de cette désovietisation de l’Europe de l’Est se fait sans heurts et pacifiquement, les Soviétiques savent que tout changement en Roumanie doit passer par l’éviction d’un Ceaucescu hostile à toute remise en cause de son pouvoir.

 

Les Soviétiques organisent donc la chute de Ceausescu. Pour cela ils bénéficient de la complicité d’une partie des services de renseignements militaires roumains et de la police politique, la Securitate qui se livrent à un véritable double jeu, privant peu à peu Ceausescu de tout pouvoir sans que ce dernier s’en rende compte. La relève politique s’organise autours de cadres du PC roumain comme Iliescu mais aussi Militaru, un agent des services de renseignement de l’armée soviétique ou encore Radulescu, un dirigeant proche de Moscou.

 

Portocala raconte ensuite la mise en marche de ce coup d’État qui débute à Timisoara où des « touristes » soviétiques sèment le chaos, poussant les manifestants à devenir agressif pour entraîner une réaction violente des autorités. Les tueries de Timisoara doivent légitimer la suite du coup d’État tandis que l’opération de désinformation autour du charnier de la ville doit rallier l’opinion internationale. La révolution se poursuit ensuite, en direct, dans les studios de la télévision à Bucarest où se retrouvent les instigateurs de l’opération pour former la nouvelle équipe gouvernementale. C’est ce groupe qui décide la mise à mort de Ceaucescu dans une atmosphère étrange où des tireurs de la Securitate, supposés fidèles au dictateur déchu, tirent sur les foules mais sans qu’aucun d’entre eux ne soit jamais arrêté.

 

Au final la « révolution roumaine » apparaît comme une révolte populaire spontanée, provoquée et manipulée pour justifier un coup d’État au sein de l’appareil dirigeant. Et pour Portocala l’ensemble de l’opération a était supervisé par les Soviétiques. Cette relecture de la chute du pouvoir communiste n’est certes pas nouvelle, mais elle permet d’envisager autrement l’histoire des bouleversements en Europe orientale à la fin des années 1980.

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communismeetconflits - dans communisme roumain 1989
24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 07:16

2e Guerre mondiale, n°59, avril-mai 2015.

De la Pologne au Caucase

Le dernier numéro du magazine 2nde Guerre mondiale, paru début avril, livre un dossier et trois articles sur le front de l’Est.

 

Le dossier, sous la plume de Vincent Bernard, décrit et compare l’état des forces de la Wehrmacht et de l’Armée rouge au printemps 1941, à la veille de l’opération Barbarossa. Si le traitement du dossier est classique avec force tableaux et organigrammes, l’auteur montre que l’armée soviétique est alors en pleine transformation et dispose d’un potentiel qui s’il n’apparaît pas lors des désastres de l’année 1941 jouera un rôle essentiel dans la suite du conflit.

 

Jean-Baptiste Murez retrace le parcours de la 16e division d’infanterie allemande, l’unité qui fut engagée le plus profondément dans le Caucase.

 

Stéphane Mantoux décrit et analyse un sujet peu connu, l’invasion et l’occupation de la Pologne orientale par l’URSS en septembre 1939. Il montre que cette invasion ne fut pas une simple promenade de santé pour les Soviétiques qui rencontrèrent une certaine résistance et que l’épisode est un premier avertissement sur les faiblesses de l’appareil militaire soviétique seulement deux ans après les grandes purges. Soulignons que l’auteur ne s’arrête pas aux seuls aspects militaires de l’occupation soviétique en Pologne et montre l’imposition par la force du système stalinien à une société polonaise traumatisée.

 

Parmi les rubriques habituelles dans le magazine, soulignons la fiche personnage qui est ici consacrée à Nikolaï Kouznetsov, commissaire du peuple à la marine pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Voici donc un numéro de 2e Guerre mondiale intéressant et stimulant en attendant la parution du prochain opus dans une nouvelle formule qui promet tout à la fois de nouvelles rubriques et des dossiers plus importants.

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 06:40

Christian Chevandier, Été 44. L’insurrection des policiers de Paris, Vendémiaire, 2014

Des policiers insurgés.

L’histoire de la police est au cœur de nombreux ouvrages traitant de l’Occupation en France. Instrument de répression au service des autorités de Vichy mais aussi des Allemands, l’institution policière apparaît ainsi fortement compromise. Pourtant à l’été 1944, ce sont les policiers parisiens qui sont les fers de lance de la libération de la capitale.

 

Christian Chevandier montre que cet étonnant retournement s’inscrit dans une évolution souterraine : l’hostilité des policiers contre les Allemands ne cessent de grandir et s’exprime de nombreuses façons. Certains font preuves de mauvaises volontés lors des rafles des Juifs, d’autres n’interviennent pas lors des manifestations du 14 juillet 1944. La Résistance se développe au sein de la police. Des policiers entrent en clandestinité tandis que le 14 août, les représentants des trois principaux mouvement de résistance policier, dont le Front national de la police proche des communistes, lancent une grève générale pour le lendemain, grève qui est largement suivie. Le 19, environ 2 000 policiers en grève occupent la Préfecture de police de Paris et hissent le drapeau tricolore en plein Paris. La police vient de lancer l’insurrection qui conduit à la Libération de la ville. Une course de vitesse s’engage alors entre gaullistes, plutôt hostiles à l’insurrection, et partisans de cette dernière. Chaban-Delmas presse le général Koenig d’envoyer des troupes régulières sur Paris tandis que Parodi, représentant du général de Gaulle, intronise Charles Luizet comme nouveau Préfet de Police.

 

Les policiers combattent aux cotés des FFI puis des soldats français de la division Leclerc. Les combats pour la Libération de Paris font environ 5 000 morts dont 3 200 Allemands et un millier de FFI. La police compte ainsi 152 tués. Le 31 août, le gouvernement s’installe à Paris et a besoin de la police pour asseoir son autorité et mettre au pas les groupes armés issus de la Résistance et souvent proche du PCF.

 

Après la description du rôle de la police dans la Libération de Paris, l’auteur analyse ce groupe particulier, en en dressant un portrait sociologique et politique à travers l’étude des dossiers individuels des 152 policiers résistants tués durant les combats. La plupart sont né dans le nord de la France, dans des familles modestes. Ils sont entrés jeune dans la vie active et ont pour la plupart connu d’autres professions avant d’intégrer la police. Il montre ainsi que ce sont les gardiens de la paix et les petits gradés qui s’engagent le plus massivement dans la résistance, bouleversant au passage les hiérarchies traditionnelles. Leurs motivations ne sont pas idéologiques, la plupart ont subi la défaite et l’occupation comme une humiliation. L’insurrection leur apparaît donc comme un moyen de retrouver une dignité perdue.

 

L’auteur retrace également la mémoire de cette participation policière à la Libération, une mémoire mise à l’honneur par les autorités. De Gaulle a en effet besoin de la police pour assurer le maintien de l’ordre dans un pays en convalescence et cela nécessite d’effacer le souvenir du rôle de la police sous l’occupation pour lui substituer l’image de policiers combattants. La réhabilitation de la police passe par cette exaltation du rôle des policiers dans la Libération.

 

Les policiers français servirent donc à quelques mois d’intervalles à la fois Pétain et de Gaulle et si l’institution policière a collaborée, il est indéniable que des policiers ont résisté. Loin des stéréotypes et des anachronismes, Christian Chevandier met en perspectives et éclaire cette apparente contradiction qui fut alors celle de nombreux Français.

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communismeetconflits - dans Seconde Guerre mondiale Résistance

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L'autre coté de la colline

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Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")