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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 07:43

« Stalingrad », film russe de Fiodor Bondartchouk, 2013.

Stalingrad

Après Jospeh Vilsmaier en 1993 et Jean-Jacques Annaud en 2001, c'est le réalisateur russe Fiodor Bondartchouk qui en 2013 propose un film sur la bataille de Stalingrad. Notons d'ailleurs que l'acteur allemand Thomas Kretschmann qui joua un lieutenant de la 6e armée dans le film de 1993 incarne en 2013 un capitaine.

 

L'histoire débute quand les Allemands ne sont plus qu'à quelques centaines de mètres de la Volga dont le contrôle scellerait la défaite des Soviétiques. L'Armée rouge lance un assaut pour contenir son adversaire. C'est un échec mais un petit groupe de survivants parvient à se réfugier dans un immeuble dévasté. Face à eux se trouve un capitaine allemand qui a reçu la mission de prendre ce bâtiment coûte que coûte. Un combat à mort s'engage dans lequel l'ensemble des protagonistes finissent par disparaître.

 

Le film de Bondartchouk montre parfaitement la cruauté de la guerre urbaine entre les corps-à-corps, le feu impitoyable des snipers, les combats d'un étage à un autre, d'une pièce à une autre. Soulignons aussi que le réalisateur montre aussi le quotidien des habitants de Stalingrad qui tentent de survivre comme ils peuvent dans les ruines de leur cité et au milieu des combats. Sur le plan esthétique le film est une réussite. Les images, visiblement retravaillées, sont belles et les ralentis stylisés rappellent le film « 300 ».

 

Le film, hélas, pâtit de nombreuses invraisemblances : des soldats soviétiques en flamme qui continuent à mener l'assaut contre les positions allemandes, d'autres qui, au péril de leur vie, vont chercher une baignoire pour permettre à une civile de prendre un bain sans parler du sniper qui est touché au bras et dont la blessure disparaît dans les scènes suivantes.

 

Si le réalisateur a visiblement souhaité éviter les manichéismes réducteurs en mettant en scène les doutes de l'officier allemand, il ne parvient pas à éviter parfois certains accents patriotiques. Son éloge du courage des soldats russes est parfois caricatural et enlève à ses personnages toute personnalité en les transformant en sorte de super-héros. Surtout, l'esthétisme léché des scènes de combat met parfois mal à l'aise tant il peut laisser croire que la guerre est belle.

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 07:39

« Land and Freedom », film britannique de Ken Loach, 1995.

L'Espagne au coeur

La guerre civile espagnole a peu inspiré les cinéastes. Le film de Ken Loach, sorti en 1995, est donc un objet rare. Le réalisateur, dont l'engagement est bien connu, décrit le parcours d'un jeune chômeur anglais, membre du parti communiste britannique, qui se porte volontaire pour combattre aux côtés des républicains espagnols. Une fois arrivé en Espagne le hasard et une certaine naïveté le conduisent à s’enrôler dans une milice du POUM.

 

Le spectateur suit, à la manière d'un documentaire, la vie du bataillon dans lequel se retrouve le jeune Anglais. L'attente dans les tranchées, le quotidien des volontaires, leur idéalisme, la pauvreté de leur armement. Les quelques scènes de combat montrent l'amateurisme de ces combattants improvisés qui tirent dans tous les sens et ne font pas montre, dans leur progression, de l'organisation qui caractérise les troupes régulières. La prise d'un village par les miliciens est emblématique de cet amateurisme que le réalisateur filme avec naturel et authenticité.

 

L'idéalisme des miliciens se dévoile lors d'une discussion avec des villageois sur la question de la collectivisation des terres. Que faire ainsi du petit paysan pauvre qui veut coûte que coûte garder son petit lopin pour lui ? Ce débat montre les premiers désaccords entre miliciens opposant ceux qui veulent mener de concert guerre et révolution et ceux pour qui la victoire militaire nécessite des sacrifices politiques. La préférence de Ken Loach va au premier puisque le reste du film est un réquisitoire contre le Parti communiste et Staline qui trahissent la Révolution. Il met en scène la question de la militarisation des milices, les journées de Barcelone en mai 1938, la formation d'une armée républicaine qui a tous les attributs d'une armée régulière et finalement le désarmement des miliciens et l'arrestation des membres du POUM. La charge est féroce contre les communistes accusés de trahison.

 

Ken Loach filme donc avec finesse les désillusions de militants idéalistes et pleins d'enthousiasme pris dans les luttes politiques qui se nouent loin du front. Une note d'espoir perce néanmoins : le jeune Anglais, personnage central du film, reste jusqu'à sa mort dans les années 1990, fidèle à ses idéaux de jeunesse.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne Fiction
9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 07:36

Alain Blottière, Le Tombeau de Tommy, Gallimard, 2009.

Thomas Elek et l'Affiche rouge

Depuis quelques années les romanciers cherchent de plus en plus l'inspiration dans des personnages ou des faits historiques bien réels, depuis les Bienveillantes à HHHH. La Seconde Guerre mondiale avec son cortège de drames, ses héros et ses salauds apparaît à ce titre comme un terreau fertile. Alain Blottière se penche dans son livre sur la figure d'un des fusillés de l'Affiche rouge, Thomas Elek.

 

L'auteur raconte en parallèle l'histoire du jeune résistant et celle, fictive, d'un jeune acteur amateur chargé de jouer le rôle d'Elek dans le film que tourne le narrateur. Disons-le, la partie totalement fictive du roman, les relations du narrateur avec l'acteur du film et les tourments de ce dernier, n'a pas eu notre préférence. Il n'en est pas de même concernant les pages que l'auteur consacre à Thomas Elek. Alain Blottière s'est solidement documenté pour raconter le parcours d'Elek, son enfance en Hongrie, le départ avec sa famille en France, sa vie avant-guerre, son entrée dans les FTP-MOI, son action au sein de son groupe, son arrestation et son exécution en février 1944.

 

L'auteur ne trace pas le portrait d'un héros mais d'un jeune homme courageux sans jamais occulter ses faiblesses et ses imprudences, notamment concernant son arrestation. Il parvient surtout à faire voir d'une manière cinématographique les actions du groupe Manouchian. Les pages qui décrivent le sabotage d'une voie ferrée dans la région de Troyes en sont le meilleur exemple. L'auteur dresse également des portraits touchant des camarades d'Elek, notamment Josef Bocsov ou Wolf Wajsbrot. Il arrive ainsi à donner chair à une époque et à faire revivre les combattants de l'ombre de la FTP-MOI loin des apologies et des anathèmes.

 

Voici donc un roman qu'il faut lire pour sa précision, sa justesse et son humanité. Et aussi pour ne pas oublier.

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communismeetconflits - dans Seconde Guerre mondiale Résistance Fiction
12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 07:19

Che, 1ere partie : L'Argentin, 2e partie : Guérilla, film franco-américano-espagnol de Steven Soderbergh, 2008.

Che Guevara, de la lumière à l'ombre

La biographie cinématographique est un genre risqué surtout quand elle s'attaque à des figures historiques qui enflamment les passions et sont entrées dans la mythologie politique. Pour raconter l'histoire de Che Guevara, le réalisateur américain Steven Soderbergh s'est éloigné du modèle classique, qui suit le héros de son enfance à sa mort, pour privilégier deux moments forts dans la vie de Guevara: la guérilla victorieuse contre Batista de 1956 à 1959 et l'échec de l'expédition bolivienne en 1967. Chacun formant le sujet d'une œuvre en deux parties. Soulignons d'abord la performance de Benicio del Toro qui incarne à merveille Che Guevara, la ressemblance est troublante et le charisme présent.

 

Le premier opus retrace donc la guérilla contre les troupes du dictateur Batista, depuis le débarquement de la petite troupe conduite par Fidel Castro sur les cotes cubaines jusqu'à la bataille de Santa Clara qui ouvre les portes de La Havane. Le réalisateur sort à deux reprises de ce cadre temporel pour montrer la rencontre entre Castro et Guevara mais également le voyage que le Che effectue en 1965 à New-York pour s'exprimer devant l'ONU. L'image qu'il donne de Guevara est assez conventionnel : instructeur des premiers guérilleros, médecins, théoricien anti-impérialiste, chef de guerre. Les scènes qui relatent la bataille de Santa-Clara sont prenantes d'autant que le réalisateur n'oublie pas d'évoquer la compétition qui s'instaure entre les chefs de la guérilla, dans le film à travers Guevara et Camilo Cienfuegos, pour savoir qui entrera le premier à La Havane.

 

Le second opus apparaît comme une sorte d'image renversée du premier. A l'image de l'élan révolutionnaire à Cuba répondent les embûches et l'échec final de la tentative bolivienne. Le spectateur suit pas à pas l'évolution de ce fiasco depuis le départ de Cuba d'un Guevara grimé à l'exécution du Che. Les réticences du PC bolivien, la méfiance de la population locale, l'efficacité des forces de sécurités boliviennes appuyées par des conseillers militaires isolent les guérilleros qui finissent par tourner en rond, pris dans une nasse. Le dernier combat de Guevara et de ses compagnons contre l'armée est particulièrement bien réussi.

 

Si le spectateur peut regretter que le réalisateur fasse l'impasse sur l'action de Guevara à Cuba de 1959 à 1966, c'est oublier que l’œuvre n'est pas un documentaire mais la vision de l'auteur sur un destin historique. Pour lui, si la guérilla à Cuba débouche sur la victoire de la révolution, l'échec en Bolivie conduit à la victoire posthume du Che puisqu'il le fait entrer dans la légende.

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communismeetconflits - dans Fiction Cuba Biographie
7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 07:52

Robert Littell, Philby. Portrait de l'espion en jeune homme, Éditions Baker Street, 2011, (édition de poche dans la collection Point-policier, 2012).

Jeunesse d'un espion

Robert Littell est un des maîtres contemporains du roman d'espionnage avec un style qui mêle toujours réalité et fiction. A ce titre, la figure mythique de Kim Philby ne pouvait le laisser indifférent. Avec ce roman il en trace un portrait avec la volonté de comprendre les mécanismes qui poussent le jeune anglais à trahir sa patrie et sa classe sociale. Il ne s'agit donc pas ici d'une biographie mais d'une tentative d'expliquer les raisons du comportement et des succès de Philby. En effet, comment un jeune idéaliste, marié à une communiste autrichienne a-t'il pu infiltrer si facilement les services secrets britanniques et n’être démasqué qu'au bout de 30 ans ?

 

De la Vienne en révolte de 1934 à Londres sous les bombes allemandes, en passant par l'Espagne franquiste ou Moscou à l'époque des purges, Littell trace l'histoire de Philby par le biais de récits à la troisième personne de ceux qui l'ont croisé. Ses amis, ses maîtresses, ses collègues du MI6, ses agents traitants et contacts soviétiques livrent ainsi des portraits différents de Philby, un individu complexe qui entretient autour de lui une certaine ambiguïté. Ici donc pas de rebondissement ou de coups d'éclat même si l'auteur avance à la fin du livre une hypothèse séduisante mais hasardeuse, en l'état des connaissances, sur le parcours de Philby.

 

Mais à travers la personne de Philby, Littell dresse le portrait d'une époque, les années 1930, une période où l'engagement et la violence déterminent des destinées, conduisent au sacrifice de soi ou à la trahison des siens au nom d'idéaux. Philby choisit son camp et ne l'abandonnera plus jusqu'à sa mort en 1988.

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communismeetconflits - dans Espionnage Fiction
11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 07:08

Patrick Pécherot, L'homme à la carabine, Gallimard, 2011.

Un perdant magnifique

L'histoire de la bande à Bonnot est entrée dans la légende populaire et il existe depuis longtemps de nombreux ouvrages qui content les exploits des bandits tragiques. Patrick Pécherot, romancier, n'apporte rien de nouveau sur le déroulement de cet épisode, pas de faits nouveaux, ni d'interprétations inédites. Mais son livre, outre ses qualités littéraires, à l’intérêt de braquer le projecteur sur un obscur de la bande, un protagoniste qui n'a ni le charisme de Bonnot, ni le panache de Garnier. Le personnage central de son roman est en effet André Soudy un adolescent tuberculeux poursuivi par les malheurs de l'existence.

 

A travers ce personnage l'auteur nous fait entrer dans cette France populaire du début du 20e siècle où le fait de naître dans un milieu pauvre est un handicap difficile à surmonter. Soudy, après une enfance dans une famille pauvre, quitte l'école à 11 ans pour devenir commis dans une épicerie. Là il est vite confronté à la mesquinerie de ses patrons, à des conditions de travail difficiles pour un salaire de misère. Il se révolte contre ces injustices et découvre l'anarchie au milieu d'une petite bande où militantisme, combine, végétarisme et amour libre s’entremêlent. Mais rapidement, de ce petit groupe, émerge ceux qui basculent dans l'illégalisme et qui autours de Jules Bonnot se lancent dans un parcours sanglant fait de meurtres et de hold-up. Soudy emprunte ce chemin alors que la maladie le ronge. Il devient l'homme à la carabine bien qu'il n'ai tué, durant sa courte vie, personne.

 

Pour raconter l'histoire de Soudy, le « perdant magnifique », l'auteur compose une sorte de collage à travers des chapitres courts où se succèdent récits, interrogatoires de police, lettres. Il retrace ainsi la vie du jeune Soudy, le milieu libertaire de l'époque, les exploits de la bande à Bonnot, la traque policière, la chute de la bande, le procès des survivants et l'exécution de 3 compagnons dont Soudy. Mais le lecteur croise aussi au fil des pages d'autres personnages comme Georges Brassens ou Arletty.

 

Roman court qui se lit d'une traite, le livre de Pécherot transporte littéralement le lecteur dans une autre France, celle des téléphones à manivelle, des autos de Dion-Bouton, des Brigades du Tigre. Il en restitue aussi les mots à travers le parler de ses personnages, la plupart issu du milieu populaire, où les formules rappellent les répliques d'Audiard. C'est surtout une magnifique plongée dans la misère sociale de l'époque, une misère que n'accepte pas Soudy qui rêve d'un monde meilleur où il aurait enfin sa chance et qu'il espère réaliser grâce à l'idée anarchiste. Mal lui en a prit, même si son souvenir reste dans la mémoire collective, contrairement à celle des centaines de milliers de jeunes de son age qui vont disparaître quelques années plus tard sur les champs de bataille, de la Marne à Verdun.

 

Obscur parmi les obscurs, le personnage de Soudy trouble car il n'a pas les épaules d'un bandit, même tragique. Sa fragilité d'adolescent perdu, livré à lui-même, malchanceux nous le rend proche. Ce sentiment est renforcé par les quelques photos de Soudy qui sont reproduites dans le livre où, sans la moustache à la mode avant 1914, il nous apparaît si contemporain.

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communismeetconflits - dans Anarchisme Fiction

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")