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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 07:00

Paul Preston, Une guerre d’extermination. Espagne, 1936-1939, Belin, 2016.

La tragédie espagnole

Les guerres civiles sont toujours des tragédies atroces, des conflits totaux propices aux massacres et à la vengeance. Une fois terminée, elles sont également l’objet d’une rivalité des mémoires où les héritiers de chaque camp se disputent sur la responsabilité des crimes commis, leur ampleur et leur légitimité. La guerre civile espagnole n’échappe bien entendu pas à ce tropisme sanglant, ni à cette lutte des mémoires d’autant que le vainqueur a, pendant près de 40 ans, pu imposer sa vision de l’histoire et que la démocratisation post-franquiste du pays s’est construite sur une forme d’oubli du passé et de ses taches sombres.

C’est tout le mérite du livre de Paul Preston, grand historien de l’Espagne contemporaine, de retracer et d’analyser les massacres qui eurent lieu en Espagne à la suite du soulèvement militaire du 18 juillet 1936. Il en retrace la genèse dans la guerre sociale dont les campagnes espagnoles furent le théâtre au début des années 1930, dans le développement et la théorisation d’un racisme social à l’égard des ouvriers et des paysans pauvres qui s’accompagne d’une démonisation de la gauche, symbole d’une anti-Espagne manipulée par la franc-maçonnerie, les juifs et Moscou. Les massacres s’enracinent aussi dans les pratiques utilisées par l’armée espagnole au Maroc contre les populations colonisées.

Ces pratiques coloniales, l’armée de Franco les importent dans la péninsule dès les premiers jours de la guerre civile. Les massacres ont alors deux objectifs complémentaires. Le premier est de terroriser la population, la frapper d’épouvante afin d’asseoir le pouvoir des militaires et d’imposer l’ordre nouveau. Le second est d’éliminer toute opposition, même potentielle, de purifier les zones conquises de ceux et celles qui représentent l’anti-Espagne, en somme les partisans de la République. Cette volonté d’éliminer physiquement l’adversaire prime même les impératifs stratégiques. Ainsi, quand un objectif militaire est atteint, il arrive que les nationalistes, plutôt que de profiter de leur succès pour s’emparer rapidement du suivant, préfèrent ratisser la région conquise pour procéder à l’élimination de leurs adversaires.

La zone républicaine n’est pas exempte de massacres, notamment dans les premiers mois de la guerre. Mais ces derniers ne procèdent pas d’une volonté délibérée des autorités et sont plutôt le résultat de l’effondrement de l’État à la suite du soulèvement militaire. Ce contexte chaotique, incarnée dans le domaine répressif par la multiplication des checas, ces prisons privées aux mains des partis du Front populaire, favorise les vengeances, les fusillades suscitées par la crainte devant l’avancée nationaliste, la peur d’une cinquième colonne. Au fur et à mesure que l’État se reconstruit et se renforce, la violence tend à s’atténuer pour laisser la place à une répression encadrée juridiquement. Cela ne signifie pas, bien sur, la fin des abus et des crimes en zone républicaine que ce soit contre les franquistes ou bien contre les militants du POUM après les journées de Barcelone en mai 1937. Mais l’État républicain cherche dans tous les cas, dans la mesure de ses moyens, à contrôler la répression et n’a jamais une volonté exterminatrice contre ses ennemis. Cette différence profonde explique que le nombre de victimes de la répression en zone républicaine est trois fois inférieur à celui de la zone franquiste que Paul Preston estime à environ 130 000.

Une fois la guerre civile terminée, en avril 1939, la volonté exterminatrice des franquistes se mue en terreur d’État contre les vaincus qui sont asservis dans le cas des prisonniers de guerre, poursuivis devant les tribunaux, emprisonner, dépouiller de leurs biens et impitoyablement traquer y compris dans leur exil avec la complicité de l’Allemagne nazie et de la France de Vichy.

L’ouvrage de Paul Preston, somme de près de 900 pages, avec une abondante bibliographie, des notes, des cartes, des graphiques est un puissant travail de recherche et de vulgarisation, une référence incontournable. Sa lecture, parfois difficile par la succession de massacres et de crimes qu’il relate, est indispensable pour tous ceux qui veulent comprendre l’histoire de l’Espagne contemporaine et d’un conflit qui hante toujours la société espagnole.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne
11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 07:39

« Land and Freedom », film britannique de Ken Loach, 1995.

L'Espagne au coeur

La guerre civile espagnole a peu inspiré les cinéastes. Le film de Ken Loach, sorti en 1995, est donc un objet rare. Le réalisateur, dont l'engagement est bien connu, décrit le parcours d'un jeune chômeur anglais, membre du parti communiste britannique, qui se porte volontaire pour combattre aux côtés des républicains espagnols. Une fois arrivé en Espagne le hasard et une certaine naïveté le conduisent à s’enrôler dans une milice du POUM.

 

Le spectateur suit, à la manière d'un documentaire, la vie du bataillon dans lequel se retrouve le jeune Anglais. L'attente dans les tranchées, le quotidien des volontaires, leur idéalisme, la pauvreté de leur armement. Les quelques scènes de combat montrent l'amateurisme de ces combattants improvisés qui tirent dans tous les sens et ne font pas montre, dans leur progression, de l'organisation qui caractérise les troupes régulières. La prise d'un village par les miliciens est emblématique de cet amateurisme que le réalisateur filme avec naturel et authenticité.

 

L'idéalisme des miliciens se dévoile lors d'une discussion avec des villageois sur la question de la collectivisation des terres. Que faire ainsi du petit paysan pauvre qui veut coûte que coûte garder son petit lopin pour lui ? Ce débat montre les premiers désaccords entre miliciens opposant ceux qui veulent mener de concert guerre et révolution et ceux pour qui la victoire militaire nécessite des sacrifices politiques. La préférence de Ken Loach va au premier puisque le reste du film est un réquisitoire contre le Parti communiste et Staline qui trahissent la Révolution. Il met en scène la question de la militarisation des milices, les journées de Barcelone en mai 1938, la formation d'une armée républicaine qui a tous les attributs d'une armée régulière et finalement le désarmement des miliciens et l'arrestation des membres du POUM. La charge est féroce contre les communistes accusés de trahison.

 

Ken Loach filme donc avec finesse les désillusions de militants idéalistes et pleins d'enthousiasme pris dans les luttes politiques qui se nouent loin du front. Une note d'espoir perce néanmoins : le jeune Anglais, personnage central du film, reste jusqu'à sa mort dans les années 1990, fidèle à ses idéaux de jeunesse.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne Fiction
9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 07:31

Ramon Rufat, Espions de la République. Mémoires d'un agent secret pendant la guerre d'Espagne, Allia, 1990.

Le service secret de l'armée républicaine espagnole

Voici un livre à la fois original et passionnant. Original puisque l'auteur nous livre une histoire des services de renseignements de l'armée républicaine en Aragon et en Catalogne, un sujet totalement méconnu. Passionnant car l'auteur fut lui-même membre de ces services et parsème donc son récit de ces souvenirs d'espion.

 

Ramon Rufat n'a pas 20 ans quand éclate la guerre civile espagnole. Il rejoint alors le groupe des internationaux de la colonne Durruti en tant que simple soldat. Peu à peu, certains étrangers qui ont une expérience de la guerre mettent en place un service de renseignement et de guérilla à laquelle s'intègre Rufat. Tout se passe dans une incroyable improvisation. Les recrues sont des volontaires qui en dehors de leurs missions continuent à servir comme de simples soldats. Mais peu à peu, un phénomène de spécialisation se fait jour. Les agents suivent des formations dans des écoles spéciales, une différenciation se fait entre espions et guérilleros. Ce processus de militarisation culmine avec la formation en août 1937 du Service d'intelligence spéciale périphérique (SIEP), véritable service de renseignement de l'armée républicaine. Rufat, l'agent R2, décrit avec minutie les succès et échecs du SIEP pour lequel il effectua prés de 50 missions en territoire ennemi d'octobre 1936 à décembre 1938. Il n'oublie pas de traiter du destin de ses agents après la victoire franquiste. Rufat est lui-même arrêté, condamné à mort avant que sa peine ne soit commué. Il passe alors quelques années en prison avant de s'évader en 1944.

 

L'auteur fait également revivre les grands moments de la guerre civile, les événements de mai 1937 à Barcelone, les batailles de Belchite, de Teruel, de l'Ebre, la chute de la Catalogne. Il avance aussi l'idée que la guerre de guérilla a été négligé par les républicains alors qu'elle offrait une arme efficace contre une armée professionnelle et équipée par l'Allemagne et l'Italie. Cette erreur ne fut pas seulement militaire puisqu'en privilégiant la formation d'une armée traditionnelle les dirigeants républicains ont sacrifié l'esprit révolutionnaire qui animait les combattants.

 

Le livre de Rufat est à la fois un livre d'histoire et d'aventure passionnant. Le lecteur sera étonné par l'humilité de l'auteur qui refuse de raconter ses exploits à la première personne et ne tombe jamais dans la caricature. Le ton est toujours juste et neutre. Surtout voici un ouvrage qui éclaire de façon vivante une des facettes mal connues du conflit civil espagnol.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne Espionnage
6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 07:29

Mourir à Madrid de Frédéric Rossif, France, 1963.

La guerre d'Espagne vue par Frédéric Rossif

Pour toute une génération, dont je fais partie, Frédéric Rossif est le réalisateur d'un documentaire incontournable sur l'histoire du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale en Europe, De Nuremberg à Nuremberg, un documentaire dont la diffusion à la télévision fut en événement au début des années 1990. Mais ce réalisateur qui travailla essentiellement pour la télévision est l'auteur d'un documentaire sur la guerre civile espagnole, Mourir à Madrid, qui reçut le prix Jean Vigo en 1963.

 

L'histoire de ce documentaire est déjà une formidable aventure. Quand Rossif décide de travailler sur la guerre d'Espagne, le régime autoritaire de Franco est toujours solidement en place outre-Pyrénées et le réalisateur ne peut donc compter sur aucun soutien dans ce pays pour son documentaire. Il doit donc chercher des photos et des films d'archives à Londres, Paris, New-York, Berlin, Moscou. Il fait ainsi de belles découvertes comme les films de l'opérateur soviétique Roman Karmen ou des images de la Légion Condor jamais diffusées. Mais Rossif veut, pour les séquences de transition de son film, des images de paysages espagnols. Pour cela il prétexte auprès des autorités espagnoles le tournage d'un court-métrage sur l'Espagne éternelle pour tourner des images sublimes de ce pays et de ses habitants.

 

Le film est donc une suite de séquences tournées en noir et blanc dans l'Espagne du début des années 1960 et d'images d'archives. Rossif livre ainsi un récit chronologique précis et clair des événements qui conduisent à l'éclatement de la guerre civile puis sur son déroulement. Il s'appuie sur un commentaire plein de gravité et de sobriété écrit par Madeleine Chapsal et servi par les voix de grands comédiens comme Jean Vilar, Pierre Vaneck ou Suzanne Flon.

 

Au final voici un documentaire incontournable sur la guerre d'Espagne, alliant beauté esthétique et connaissance du sujet. Le spectateur pourra certes regretter le parti pris du film en faveur des républicains, le peu de place donnée aux conflits qui déchirent les rangs de la République mais cette œuvre est aussi, par elle-même, un témoignage sur la mémoire du conflit espagnol et ne peut être vue sans oublier le contexte dans lequel il fut réalisé. Néanmoins la dénonciation des horreurs de la guerre et de l'absurdité des massacres et des offensives traverse les époques et reste d'actualité.

 

Un film à voir, prélude à De Nuremberg à Nuremberg, par l'un des plus grands documentaristes français.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne
30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 07:01

François Godicheau, La Guerre d'Espagne. République et Révolution en Catalogne (1936-1939), Odile Jacob, 2004.

La Guerre d'Espagne, les anarchistes et l’État

La Guerre d'Espagne est un élément central de l'histoire et de la mémoire du mouvement révolutionnaire au 20e siècle. La gauche s'est profondément divisée sur le sujet entre d'un coté une interprétation communiste qui explique la défaite finale par le radicalisme révolutionnaire du POUM et des anarchistes et une interprétation trotskyste et anarchiste qui dénonce Staline comme l'assassin de la révolution en Espagne. Dans son livre, l'auteur veut casser ces interprétations canoniques de l'histoire de la république espagnole en guerre.

 

Sa thèse est à la fois simple et iconoclaste: rapidement après le début de la guerre l’État central a rétabli son autorité et l'a même accrue et cela avec l'aide et le soutien des anarchistes de la CNT-FAI. Il ne manque pas d'arguments pour l'appuyer. D'abord il montre l'ambivalence du mouvement anarchiste, partagé avant la guerre entre sa culture révolutionnaire intransigeante et les partisans de négociations sociales pour améliorer la condition ouvrière. Avec la guerre il s’intègre peu à peu aux institutions républicaines. Ce processus ne va pas sans difficulté au sein de l'organisation où la coupure ne se fait pas entre deux courants mais plutôt entre une base favorable à la poursuite d'un processus révolutionnaire et la direction qui se veut responsable face à l'effort de guerre et donc modérée.

 

C'est ce hiatus entre la base et la direction qui conduit aux événements de mai 1937 à Barcelone. Le gouvernement profite de sa victoire pour arrêter les éléments qu'il nomme « incontrôlés ». Soucieux d'affirmer sa légitimité par le biais de la justice il fait juger et condamner de nombreux militants. Mais au fur et à mesure que la situation militaire se dégrade pour la République, l’État, dans sa volonté de mobiliser l'ensemble du territoire, connaît une dérive autoritaire qu'accepte la direction du mouvement anarchiste au nom du primat de la lutte antifasciste.

 

L'auteur montre que si l'efficacité de l'organisation du modèle communiste fascine certains anarchistes, l'ingérence de l'URSS ne joue pas un rôle aussi important que l'historiographie le laisse à penser. François Godicheau montre que l'influence du modèle communiste est si forte qu'elle conduit à une bolchevisation du mouvement anarchiste au fur et à mesure de son intégration au sein de l'appareil d’État républicain.

 

En somme, les communistes sont parvenu à convaincre la direction anarchiste d'épouser le modèle organisationnel bolchevik pour s'intégrer totalement au Front populaire antifasciste et pour la contraindre à combattre une base libertaire réputée trop turbulente et radicale. La fracture produite par cette transformation de la CNT-FAI puis la défaite républicaine en mars 1939 ont donné le coup de grâce à l'anarchisme espagnol, qui jusqu'alors dominait le mouvement ouvrier ibérique, et dont il n'a jamais réussi à se relever. Pour l'auteur cette domestication de l'anarchisme fut le prix à payer pour intégrer politiquement le monde ouvrier et permettre enfin une modernisation de l'État espagnol rendu jusque-là impossible par l'exclusion politique et économique des ouvriers. Mais ce processus aboutit trop tard pour rééquilibrer un rapport de forces qui dès 1937 donnait l'avantage au camp nationaliste.

 

Le livre de François Godicheau est une lecture indispensable pour mieux appréhender la tragédie espagnole, cette révolution qui faillit réussir à l'été 1936 avant de sombrer définitivement corps et biens dans la nuit franquiste.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne Anarchisme
30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 07:51
Vladimir Copic en 1937

Vladimir Copic en 1937

Un jeune nationaliste croate.

Vladimir Copic voit le jour le 8 mars 1891 à Senj une ville de la côte Adriatique en Croatie d'un père orthodoxe et d'une mère catholique. Il grandit néanmoins dans la foi orthodoxe, alors que ses sœurs deviennent catholiques. Il développe alors des talents de chanteur dans la chorale de son église orthodoxe. Malgré ses origines mixtes catholiques et orthodoxes, Copic, jeune homme, devient un fervent nationaliste croate et adhère à l'aile radicale du mouvement, la Jeune Croatie. Parmi ses proches camarades nationalistes au lycée de Senj se retrouvent d'ailleurs de futurs dirigeants du mouvement fasciste des Oustachis et de l’État croate entre 1941 et 1945. Après ses études secondaires à Senj, Copic part étudier le droit à Zagreb.

 

Enrôlé dans l'armée austro-hongroise à la déclaration de la guerre en 1914, Copic est fait prisonnier en 1915 dans les Carpates par les Russes et se retrouve dans un camps de prisonniers. Quand le gouvernement tsariste cherche à mettre sur pied la division des volontaires serbes en y incorporant des prisonniers de guerre venant de Croatie et de Bosnie, Copic, toujours nationaliste, refuse de prêter serment au roi Pierre 1er et retourne en captivité.

 

En 1917 après la Révolution d'Octobre, Copic voit dans le bolchevisme le meilleur moyen d'assurer la libération de sa patrie. Il devient alors membre du groupe communiste yougoslave du Parti communiste russe où il milite comme agitateur, journaliste et traducteur. Quand, en mai 1918, en Russie, est fondé le Parti communiste des Serbes, Croates et Slovène il en devient le secrétaire.

 

 

Un dirigeant communiste.

Copic rentre en novembre 1918 à Zagreb dans la nouvelle Yougoslavie. Il y fonde la première section communiste illégale et pousse à la radicalisation du mouvement social-démocrate. Lors du 1er congrès du Parti communiste yougoslave (PCY) qui se tient à Belgrade en avril 1919 il est élu à son comité exécutif. Il se fait ensuite élire en novembre 1920 à l'Assemblée constituante yougoslave comme député de Rijeka et devient le leader du groupe parlementaire communiste.

 

Après l'interdiction du PCY par le gouvernement yougoslace, Copic passe plusieurs fois devant les tribunaux, notamment en 1919 et 1921, en raison de ses activités politiques. Son dernier procès a lieu en 1925 alors qu'il rentre juste de Moscou où il a assisté au 5e congrès du Komintern. Condamné à de la prison, il obtient un transfert à l'hôpital d'où il parvient à s'évader pour retourner en URSS. Après un passage par l'Ecole léniniste internationale, le Komintern l'envoie à Prague pour le représenter auprès du Parti communiste tchécoslovaque en 1931 et 1932.

 

De retour à Moscou, il devient membre du bureau politique du Parti yougoslave en 1932. Il enseigne également au sein de l'Université communiste des minorités nationales d'Occident. En 1934 il représente son parti au sein de la direction du Komintern et participe à ce titre au 7e congrès de l'Internationale en 1935. Il aurait également durant cette période travaillé au sein de la section des cadres du Komintern. Mais Copic entre alors en conflit avec Milan Gorkic le secrétaire du PCY qui parvient à l'évincer du bureau politique et du comité central à la fin de 1936. 

Milan Gorkic

Milan Gorkic

Le commandant de la 15e Brigade internationale.

En janvier 1937, Copic, dirigeant communiste confirmé, polyglotte et ayant servi dans l'armée austro-hongroise, est envoyé en Espagne pour devenir le commissaire politique de la 15e Brigade internationale qui monte en ligne pour la première fois le 12 février 1937 sur le front de la Jarama. La Brigade est composée de 4 bataillons, le 6-Février composé de Français et de Belges commandés par Gabriel Fort, un bataillon britannique, le bataillon Dimitrov formé de volontaires des Balkans et le bataillon Abraham Lincoln où se retrouvent des Américains, des Irlandais, des Canadiens et des Sud-Américains. Par le suite est adjoint à la Brigade deux bataillons espagnols. La brigade est alors commandé par le général Gal alias Janos Galicz un communiste hongrois naturalisé Soviétique. Au moment où s'engage la bataille de la Jarama, Gal prend la tête d'une division qui regroupe les 11e et 15e Brigades internationales et deux brigades espagnoles. Il est alors remplacé par Copic à la direction de la 15e Brigade le 27 février 1937 avec comme commissaire politique le Français Jean Chaintron. Sous les ordres de Copic la brigade participe donc à la bataille de la Jarama à partir de février 1937 et reste en ligne jusqu'au 29 avril, sans un jour de repos.

 

Copic entre alors en conflit avec les volontaires américains qui lui reprochent d'avoir ordonné une attaque inutile à la Jarama alors qu'il n'a fait qu'obéir aux ordres de Galicz. Il semble qu'à l'origine de ce conflit se trouve plutôt la déception qu'éprouvent les Américains que ce ne soit pas l'un de leurs compatriotes qui commande la brigade. Les reproches contre Copic sont appuyés par Ernest Hemingway qui le rend responsable des pertes subies par les Américains. Il entre ensuite en conflit avec le bataillon franco-belge qu'il considère comme une unité indisciplinée. En mai 1937, de Paris, Gorkic fait part à Moscou du manque de popularité de Copic au sein de la Brigade et envoie un rapport de Balgoje Parovic, le représentant du PCY en Espagne, pour appuyer ses accusations. La position de Copic est rendue plus difficile en raison de son autorité sur le bataillon Dimitrov où se retrouvent de nombreux volontaires yougoslaves. Gorkic prétend en effet que Copic, mécontent de son éviction du bureau politique, essaye de former une fraction au sein de ce bataillon. Prudent, Copic évite le plus possible les contacts avec ses compatriotes au point que certains d'entre eux pensent qu'il est Tchécoslovaque. Vlajko Begovic, un Serbe de Bosnie, qui sert dans son état-major note néanmoins que Copic est un bon organisateur, qu'il inspecte régulièrement les tranchées et prend même le risque d'installer son poste de commandement le plus près du front. Il est d'ailleurs légèrement blessé en juillet 1937 lors de la bataille de Brunete.

 

Dans les combats, Copic dirige avec succès la 15e brigade mais il est néanmoins blâmé pour l'échec de son unité devant Fuentes de Ebro en octobre 1937 lors de la bataille de Brunete. Il se défend avançant que l'échec est surtout le résultat d'une préparation insuffisante de l'opération par ses supérieurs. Au printemps 1938, la 15e Brigade est à nouveau durement éprouvée lors de la bataille de Gandesa qui permet néanmoins aux troupes républicaines en retraite de franchir l'Ebre.

 

 

Une victime des purges.

Copic reste à la tête de la 15e Brigade jusqu'en juin 1938 où il est rappelé à Moscou. S'il est possible que ce rappel soit le résultat de l'échec de Fuentes de Ebro, il semble qu'il réponde avant tout au bouleversement qui affecte alors la direction du PCY. A la mi-1937, Gorkic est démis de toutes ses responsabilités et disparaît dans la Goulag, victimes des purges staliniennes. Mais il ne reçoit pas de successeur. Si Josip Broz Tito se voit attribuer les responsabilités assumées jusque là par Gorkic, il n'est confirmé comme secrétaire générale du PCY qu'en 1939. Cette vacance du pouvoir peut laisser penser à Copic qu'il va pouvoir reprendre la tête du PCY. En 1937, Tito a d'ailleurs écrit à Georgi Dimitrov, le secrétaire du Komintern, pour demander le rappel d'urgence de Copic afin qu'il prenne des responsabilités au sein du PCY. Copic rentre donc à Moscou en passant par Paris en septembre 1938 et commence, en compagnie de Tito, une traduction en croate du Manuel d'histoire du Parti bolchevik. Mais il est bientôt arrêté et condamné à mort par un tribunal militaire soviétique le 19 avril 1939.

 

Peu après, de manière posthume, il est exclu du PCY ainsi que de nombreux autres dirigeants comme Gorkic. Vladimir Copic est réhabilité le 10 juin 1958 sur décision de la Cour suprême de l'URSS.

Copic (au centre) en Espagne

Copic (au centre) en Espagne

Sources:

John Kraljic, « From the ALBA Archives. New Material on Vladimir Copic, Commander of the Xvth Brigade », The Volunteer, Journal of the Veterans of the Abraham Lincoln Brigade, Vol. 21, n° 4, 1999.

Ivo Banac: « Nacionalno pitanje u Jugoslaviji: Porijeklo, povijest, politika », Durieux, Zagreb, 1995.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne
30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 08:05

Judith Keene, Fighthing for Franco. International Volunteers in Nationalist Spain During the Spanish Civil War, Continuum Publishing, 2002.

Les Brigades internationales de Franco

 Il faut d'abord signaler que le livre de Judith Keene délaisse volontairement l'étude des forces allemandes italiennes et portugaises qui se sont battus du coté des forces nationalistes durant la guerre civile espagnole. L'auteur préfère focaliser son attention sur les quelques volontaires étrangers, environ un millier, qui s'engagent dans l'armée de Franco en dehors de toutes initiatives de leurs gouvernements respectifs.

 

Judith Keene, après un chapitre qui présente le contexte de la guerre civile espagnole, analyse les différentes formes de volontariat ou d'engagement au coté des franquistes. Un chapitre d'abord ainsi les récits concernant l'Espagne nationaliste écrit par des écrivains ou de journalistes anglophones qui relatent ce qu'ils ont vu lors de leur séjour dans les zones tenues par les soldats de Franco. des écrivains ou des journalistes. Le chapitre sur l'engagement d'anglophones au sein des troupes nationalistes s'intéresse en premier lieu à la brigade irlandaise dirigée par Eoin O'Duffy, la plus connue des formations de volontaires étrangers en Espagne nationaliste mais l'auteur étudie la trajectoire individuelle de volontaires venus des États-Unis, d'Australie et de Grande-Bretagne. Le chapitre consacré aux volontaires français est particulièrement intéressant puisqu'il apporte des informations peu connues sur l'extrême-droite française des années 1930 et montre, à travers la création et l'existence de la Bandera Jeanne d'Arc, comment les événements espagnols influent sur elle.

 

L'auteur se penche aussi sur le destin des Russes blancs, croisés de l'anticommunisme depuis la Révolution russe. Peu savent que ces derniers forment le dessein de former une nouvelle armée blanche en Espagne qui pourrait servir ensuite à reprendre le combat sur le sol de la Sainte Russie. La Garde de fer, l'organisation fasciste roumaine, est l'objet d'un chapitre qui permet de mieux connaître cette formation et de mesurer le rôle crucial joué par la poignée de militants qui se sont engagés dans les rangs franquistes à leurs retours en Roumanie. Un dernier chapitre, particulièrement original s'attarde sur les femmes qui dans le monde apportent leur soutien public à Franco. Cette démarche est d'autant plus originale que ces femmes font preuve, en exposant leur opinion, d'un comportement « libéré »à l'opposé du modèle de la femme prôné par l'Espagne nationaliste.

 

Nous ne pouvons que recommander la lecture de cet ouvrage. Le sujet est original, peu traité, notamment en français où la production existante est indigente à l'exception des travaux universitaire d'Héléne Dewaele Valderrabano. Bien documenté, possédant une solide bibliographie et un appareil de notes complet le livre de Judith Keene est, dans son domaine, incontournable.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne
14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 07:39

Ronald Radosh, Mary R. Habeck, Grigory Sevostianov, Spain Betrayed. The Soviet Union in the Spanish Civil War, Yale University Press, 2001.

 

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Dans l'imaginaire collectif la guerre civile espagnole se résume bien souvent à un conflit entre le communisme et le fascisme. A gauche, elle a renforcé l'aura et le prestige des communistes qui sont alors apparus comme les plus fermes combattants de l'antifascisme, les seuls à chercher, les armes à la main, à arrêter l'ascension du fascisme en Europe. Spain Betrayed est un livre qui démonte ce mythe Il repose sur 81 documents issus des archives soviétiques, notamment de celles du Komintern, la plupart étant des rapports rédigés par des agents et des conseillers soviétiques en Espagne et qui relatent au quotidien le déroulement de la guerre civile. Chaque document est replacé dans son contexte par les auteurs de l'ouvrage. Ronald Radosh est un ancien communiste qui, après avoir brûlé ce qu'il a adoré, a rejoint les rangs de la droite dure américaine. Les deux autres responsables de cette édition sont des universitaires, Mary Habeck de l'université de Yale et Grigory Sevostianov de l'Institut d'histoire de Moscou.


L'ensemble documentaire présenté vise à montrer que la politique de Staline avait seulement pour but de faire de l'Espagne un satellite soviétique. Pour parvenir ses fins Moscou s'appuie d'abord sur le Komintern qui organise la formation des Brigades internationales mais également sur le ravitaillement en armes et munitions d'une République espagnole victime de la politique de non-intervention initiée par la France et la Grande-Bretagne. Mais pour superviser et matérialiser l'influence soviétique en Espagne, Staline y envoie dans la péninsule ibérique des centaines de conseillers et techniciens.


Le Komintern nomme d'abord l'Argentin Vittorio Codovilla comme son représentant en Espagne avant de le remplacer à la mi-1937 par le secrétaire du Parti communiste italien Palmiro Togliatti. Les Brigades internationales sont alors dirigées par le kominternien français André Marty secondé par des spécialistes militaires comme Manfred Stern, alias le général Kleber ou Mate Zalka, alias le général Lukacs. Des consuls et l'ambassadeur soviétiques complètent le dispositif stalinien.


La plupart des hommes de Staline en Espagne sont compétents et possèdent de vrais talents politiques. Mais ils semblent qu'ils ont vite compris la situation désespérée de l'Espagne républicaine, ce qu'ils ont essayé de cacher à Staline au moment où la Terreur faisait rage en URSS. D'ailleurs pour beaucoup l'invitation à rentrer à Moscou était synonyme d'une condamnation à mort. A ce titre l'un des documents les plus fascinants de Spain betrayed est un rapport de décembre 1937 rédigé par le général Kleber ou ce dernier dénonce les querelles, intrigues et jalousies qui expliquent selon lui les défaillances au sein des Brigades internationales. Entre les lignes le lecteur sent bien que derrière ces justifications, Kleber plaide pour rester en vie. Peu après il est pourtant rappelé à Moscou et envoyé au Goulag.


Les documents présentés confirment que Staline ne voulait pas de la révolution en Espagne. Pour cela, comme le montrent des documents du début 1937, ses conseillers forgent l'accusation d'une collusion entre les anarchistes espagnols et les trotskistes. Ils ont également délibérément poussé aux affrontements de mai 1937 à Barcelone entre les anarchistes et les forces gouvernementales comme le montre un rapport d'un agent de Staline. Les conseillers soviétiques intriguent aussi de manière habile afin de renverser le gouvernement de Largo Caballero et de le remplacer par Juan Negrin plus aisément contrôlable.


L'Espagne apparaît, à travers les documents ici présentés, comme une sorte de laboratoire où l'impérialisme soviétique expérimente les mesures qu'il mettra plus tard en pratique dans les démocraties populaires. Si Spain betrayed apporte peu au niveau de l'analyse fournie, il illustre, par le large échantillon documentaire publié, les méthodes politiques en vigueur au sein du monde stalinien.

 

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne
30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 09:20

Miguel Amoros, Durruti dans le labyrinthe, Encyclopédie des Nuisances, Paris, 2007.

 

9782910386252FS

Dans ce petit livre, l'auteur s'attache à suivre le parcours de l'anarchiste Buenaventura Durruti durant les premiers mois de la guerre civile espagnole. Le lecteur suit donc la trace du célèbre anarchiste de Barcelone au front d'Aragon puis à Madrid. Mais ce périple, qui expose les difficultés que rencontrent les milices, est surtout pour l'auteur l'occasion de régler des comptes et d'affirmer que contrairement à une légende façonnée par ses adversaires, Durruti, avant de mourir, ne s'est jamais rallié à une politique de militarisation des milices, politique prônée alors par les communistes et soutenue par des dirigeants libertaires que Miguel Amoros voue aux gémonies.


A travers l'action de Durruti, l'auteur donne à voir la création et l'épanouissement des milices en Catalogne et en Aragon dans l'été 1936. Mais rapidement il montre que les nécessités logistiques du combat, notamment en ce qui concerne l'approvisionnement en munitions, sont l'objet de conflits politiques et Durutti doit alors s'aventurer dans un labyrinthe d'intrigues où rapidement ce sont les Soviétiques qui tirent les ficelles puisqu'ils sont les seuls fournisseurs d'armes à la République. Bientôt, l'ensemble des organisations anarchistes va être pris dans ce labyrinthe et va dès lors se mettre à la remorque des communistes au nom des nécessités de la guerre. Cette collaboration avec les staliniens, que symbolise l'entrée de libertaires au sein du gouvernement républicain, signifie la fin des espoirs de révolution.


A travers une documentation particulièrement dense l'auteur montre de manière convaincante l'ampleur des différents qui existent au sein du mouvement libertaire espagnol. Contre une direction de la CNT-FAI qui rapidement prône la nécessité de mettre au premier plan les nécessités de la guerre plutôt que les aspirations révolutionnaires se dressent un Durruti pour qui l'action révolutionnaire est inséparable de la guerre antifasciste. La mort de Durruti, assassiné par ses adversaires selon l'auteur, marque la fin des espérances que portait jusqu'alors l'anarchisme. Pour l'auteur, cette capitulation des principes conduit rapidement les dirigeants libertaires à s'aligner sur les communistes, et cet alignement qui s'opère à l'automne 1936 porte les germes de la défaite militaire.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne
4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 11:33

Skoutelsky Rémi, L'Espoir guidait leurs pas. Les volontaires français dans les Brigades internationales, 1936-1939, Grasset, 1998.

 

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Les Brigades internationales sont entrées dans la légende de la gauche presque dès leur naissance et ce phénomène n'a cessé de s'amplifier au point qu'elles sont vite devenu objet de polémiques politiques. Quand les communistes écrivaient à leurs sujets des chansons de geste, d'autres dénonçaient la répression sanglante dont elles avaient été le cadre.


Il a fallu attendre les années 1990 pour qu'apparaissent enfin des universitaires soucieux de revisiter ce monument de l'antifascisme. En France, il revient à Remy Skoutelsky d'avoir ouvert la voie. En 1998, il publie une adaptation de sa thèse soutenue en 1996 sur les volontaires français des Brigades internationales. La force de son travail est de reposer sur un ensemble archivistique impressionnant: archives espagnoles, archives françaises mais également archives de l'Internationale communiste et notamment le fond spécifiquement consacré aux Brigades et dont une partie est maintenant consultable sous forme de microfilms à la BDIC à Nanterre.


Dans son livre il décrit d'abord les réactions de la gauche française à l'annonce du soulèvement nationaliste en Espagne en juillet 1936 et le départ des premiers volontaires. Au début ces initiatives sont individuelles et spontanées. André Malraux met sur pied son escadrille España tandis que des inconnus rejoignent les différentes milices qui se forment en zone républicaine. Des dizaines d'anarchistes français s'intègrent ainsi aux milices libertaires de la CNT.


Si des communistes partent alors en Espagne ils le font encore de manière autonome car jusqu'en septembre les consignes du PCF s'alignent sur la politique de non-intervention acceptée par Staline. En septembre, ce dernier décide, devant les ingérences italiennes et allemandes en Espagne, d'intervenir sous couvert du Komintern. Les Brigades naissent officiellement en septembre 1936 alors que les nationalistes sont déjà aux portes de Madrid. Remi Skoutelsky décrit bien l'improvisation et la pagaie qui entoure la formation des Brigades en Espagne tandis qu'en France se mettent en place les réseaux de recrutement et d'acheminement des volontaires pour l'Espagne.


Rémi Skoutelsky dresse ensuite le portrait des volontaires français, qui forment d'ailleurs le contingent le plus nombreux soit environ 9000 hommes sur les 30 000 que comptent l'ensemble des brigades. Ces Français sont presque tous des ouvriers et viennent pour la plupart des régions les plus urbanisées. La majorité est membre du PC et, en ajoutant les sympathisants, cette sensibilité représente 80% des volontaires, une proportion qui est pourtant moins forte que dans d'autres contingents nationaux.


Cette diversité politique des volontaires français est certainement le résultat de la force d'un antifascisme alors largement développé dans la France du Front populaire. C'est d'ailleurs un mobile largement avancé pour justifier le départ pour l'Espagne. Mais Rémi Skoutelsky présente également d'autres raisons qui poussent à l'engagement: la soif de révolution, la solidarité ouvrière mais aussi, comme pour la Légion étrangère le goût de l'aventure et de l'action, le besoin d'une insertion sociale.


Remi Skoutelsky décrit également la participation aux combats des volontaires français qui sont opérationnelles des novembre 1936 pour défendre la capitale espagnole. Ils participent par la suite à toutes les grandes batailles de la guerre d'Espagne et se couvrent particulièrement de gloire à celle de Guadalajara en 1937. Troupes d'élite, les militaires républicains espagnols ont tendance à utiliser les brigadistes comme chair à canon. Se battant dans des conditions matérielles souvent difficiles les volontaires ont rapidement conscience d’être envoyé dans les zones les plus dangereuses du front. Et Rémi Skoutelsky ne cache pas que sur le front il y eut des désertions et des refus d'obéissance.


En 1938, le gouvernement républicain espagnol accepte, pour des raisons diplomatiques, le départ des brigadistes. Le 28 octobre, les volontaires sont acclamés lorsqu'ils défilent une dernière fois dans Barcelone. Quand ils repassent la frontière française, si les volontaires français ont un sort plus enviable que leurs camarades étrangers, dont beaucoup sont internés, ils sont néanmoins confrontés aux difficultés de la réinsertion dans la société mais aussi au sein du PCF pour les militants.


Très vite les anciens volontaires affrontent de nouveau la guerre et beaucoup vont s'engager dans la Résistance. Après la Libération de nombreux anciens brigadistes dirigeants de la MOI durant l'Occupation rejoignent les démocraties populaires où ils vont être les premières victimes des purges comme ce fut le cas pour Artur London à Prague. En France, André Marty, ancien dirigeant des Brigades est chassée du PCF en 1952 sous l'accusation infamante d'être un indicateur de police. Le passage par l'Espagne est devenue suspect aux yeux des appareils staliniens.


Avec la chute du communisme dans les pays de l'Est et le développement d'une historiographie polémique, largement hostile au communisme, on aurait pu craindre que se développe en retour une vision des Brigades unanimement défavorable, comme c'est le cas d'ailleurs dans le Livre noire du communisme. Heureusement le livre de Rémi Skoutelsky, qui n'est pas seulement une sociologie des Brigades, est passé par là pour redonner chair à ces volontaires et à leur histoire. Loin de l'épopée romantique il montre au contraire le destin de combattants qui se battirent pour beaucoup par idéal et donnèrent leur vie pour un pays qui n'était pas le leur.


Depuis sa sortie en 1998, l'ouvrage de Remi Skoutlsky est une référence incontournable sur la question.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")