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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 06:59

Joël Forthoffer, Georges Wodli. Cheminot et résistant, Vent d’Est éditions, 2016.

Une figure du communisme alsacien

Dans un petit livre, Joël Forthoffer retrace les grandes lignes de la vie de Georges Wodli, figure centrale de la mémoire communiste en Alsace. Wodli naît avec le 20e siècle dans une famille modeste de Schweighouse-sur-Moder, près d’Haguenau, une petite ville du Reichsland allemand depuis 1871. Fils de cheminot, il entre comme apprenti aux ateliers ferroviaires de Bischheim près de Strasbourg où il travaille jusqu’à sa mobilisation en 1918 dans l’armée allemande.

 

Affecté comme matelot dans la Kriegsmarine, Georges Wodli participe en novembre 1918 à la mutinerie de la flotte à Kiel qui marque le début de la Révolution allemande. De retour dans une Alsace redevenue française, Wodli est obligé d’effectuer son service militaire dans la marine à Toulon. En 1922, il s’installe en région parisienne afin d’apprendre le français, une langue qu’il ne maîtrise pas comme une grande majorité d’Alsaciens passés par l’école allemande. C’est lors de son séjour en région parisienne que Wodli commence à militer, d’abord au sein de la CGTU avant de rejoindre le PCF après avoir fait la connaissance de Pierre Sémard.

 

De retour aux ateliers ferroviaires de Bischheim en 1925, Wodli poursuit son engagement notamment dans le syndicalisme cheminot. En 1929, lors de la scission qui secoue le communisme alsacien il reste fidèle au PCF et commence à apparaître comme un militant d’importance. Il devient, en 1930, secrétaire de la fédération unitaire des cheminots d’Alsace-Lorraine mais également membre du bureau régional du PC et effectue un premier voyage en URSS. Il intègre le comité central du Parti en 1932.

 

Durant le Front populaire, Wodli participe activement à la réunification syndicale en Alsace. Il devient aussi le pivot des multiples actions de soutien des communistes alsaciens envers leurs camarades allemands. A ce titre il participe à la rédaction de la presse clandestine communiste allemande et à son acheminement vers le Reich.

 

En septembre 1939, Wodli est mobilisé mais en raison de ses responsabilités au sein du PCF il est interné dans différents centres. Il s’évade d’un camp dans l’Isère en septembre 1940 ce qui lui vaut une condamnation par défaut de la part de la justice de Vichy et l’oblige à la clandestinité. A Paris, la direction du PCF lui confie la responsabilité des liaisons avec les régions annexées d’Alsace et de Moselle. Au début de 1941, il retourne en Alsace pour reconstituer l’organisation communiste en tant que délégué interrégional du comité central.

 

Ce ne sont pas les autorités allemandes qui mettent fin à l’activité de Wodli mais la police française qui l’arrête en octobre 1942 alors qu’il loge à Chatou dans les Yvelines. Il est alors remis à la police allemande et transféré en Alsace au camp de Schirmeck. Il meurt sous la torture, début avril 1943, au siège de la Gestapo de Strasbourg et son corps est incinéré dans le crématorium du camp de concentration du Struthof.

 

Le livre de Joël Forthoffer, malgré une iconographie abondante et originale, laisse hélas un peu le lecteur sur sa faim. Le format réduit de la collection dans laquelle cette biographie est éditée ne permet pas en effet d’aller au-delà des grands traits du destin de Wodli. Il a néanmoins le mérite de permettre de redécouvrir le destin de ce responsable communiste et, à travers lui, de ce que fut le communisme alsacien dans la première moitié du 20e siècle, en attendant la publication, un jour, d’une monographie plus ample sur ce sujet.

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 07:29

Frédéric Charpier, L'agent Jacques Duclos. Histoire de l'appareil secret du Parti communiste français (1920-1975), Le Seuil, 2015.

Jacques Duclos et la face cachée du PCF

La vie de Jacques Duclos se confond avec l’âge d’or du communisme français. Adhérent du PCF dès le congrès de Tours en 1920, il suit la première école des cadres du Parti à Bobigny en 1924 avant d’être élu député de la Seine et membre du comité central en 1926. À partir de ce moment-là il ne quitte plus la direction du PC jusqu’à sa mort en 1975.

 

Jacques Duclos effectue son premier voyage à Moscou en 1930 où il est remarqué par la direction du Komintern. Il devient dès le début des années 1930, le second de Maurice Thorez mais surtout l'homme du Komintern en France. Fidèle stalinien, il entérine et fait appliquer au sein du PCF les différents tournants politiques imposés par Moscou. Il est à la manœuvre lors du Front populaire avant de soutenir le pacte germano-soviétique et de diriger le PCF clandestin durant la guerre. Après la Libération il appuie successivement la politique d'ouverture du PCF puis le tournant de la guerre froide. Il atteint l'apogée de son influence entre 1950 et 1964 quand la maladie de Thorez oblige celui-ci à de nombreux séjours en URSS. Après 1964, Duclos perd quelque peu de son poids dans le PC avant de se retrouver candidat à l'élection présidentielle de 1969 où il obtient plus de 20 % des suffrages ! Sa mort en 1975 est l'occasion d'une des dernières grandes manifestations communistes en France puisque son cercueil est suivi par une foule de plus de 200 000 personnes et par l'élite du communisme international.

 

Frédéric Charpier, s'il suit les étapes de la carrière de Duclos, met en avant la face cachée de son action politique. Homme de confiance du Komintern, rompu à l'art de la clandestinité, il joue un rôle central dans l'organisation de l'action antimilitariste communiste, dans la formation des groupes de combat, dans la lutte contre le trotskisme puis le titisme après guerre, dans le financement du PCF, dans l'organisation de l'aide à l'Espagne républicaine. Pendant l'occupation, il supervise les négociations avec les Allemands pour la reparution de l'Humanité, puis après l'invasion de l'URSS la lutte armée qui débute avec l'attentat du métro Barbés. Il est également au cœur des purges qui frappent la direction du PCF, notamment dans les années 1950, avec les exclusions de Marty, Tillon et Lecoeur. Œil de Moscou au sein du PCF, l'auteur rappelle que Duclos a lui-même failli être victime des purges stalinienne à la fin des années 1930.

 

Le livre de Frédéric Charpier aurait pu être la biographie de référence sur Jacques Duclos. Hélas presque aucune source n'est citée. Si l'auteur tient à remercier ceux qui lui ont donné accès à des archives des services de renseignements français, britanniques et américains, les documents utilisés ne sont pas signalés et quant à de rares exceptions ils le sont, le plus souvent issu des Archives nationales ou des archives de la Préfecture de police de Paris, il ne prend jamais le soin d'indiquer leur cote. Plus gênant à notre avis, à aucun moment il ne semble que l'auteur a effectué des recherches au sein des fonds du Komintern à Moscou ou même au sein des archives du PCF consultable aux archives départementales de Bobigny.

 

La bibliographie utilisée est quant à elle largement datée, la moitié des titres cités datent d'avant 1990. Pas une mention n'est faite aux travaux de Roger Bourderon, de Franck Liaigre et Jean-Marc Berlière, que l'auteur semble néanmoins connaître, pour la période de l'Occupation ni aux carnets de Marcel Cachin ou au journal de Dimitrov.

 

Ceci est d'autant plus dommageable que Frédéric Charpier fourni des informations sures, c'est le cas notamment pour un sujet que nous connaissons particulièrement bien, les groupes de défense antifascistes et le Front rouge. Il pointe également le projecteur sur des personnages importants de l'histoire du communisme mais qui reste encore dans l'ombre comme Rosa Michel.

 

En ne citant pas ses sources, l'auteur empêche que son ouvrage puisse servir de point de départ pour d'autres chercheurs. A titre personnel, concernant les groupes de combat communistes, que ce soit dans les années 20 ou au temps du Kominform, cela nous interdit d'aller à notre tour consulter ces documents. La recherche historique est essentiellement un travail d'accumulation de connaissances où le chercheur s'appuie sur les travaux de ses prédécesseurs pour aller plus loin, explorer de nouveaux domaines ou interroger les documents déjà connus avec de nouvelles questions. Pour cela, le livre de Frédéric Charpier conduit, hélas, à une impasse.

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 07:19

Che, 1ere partie : L'Argentin, 2e partie : Guérilla, film franco-américano-espagnol de Steven Soderbergh, 2008.

Che Guevara, de la lumière à l'ombre

La biographie cinématographique est un genre risqué surtout quand elle s'attaque à des figures historiques qui enflamment les passions et sont entrées dans la mythologie politique. Pour raconter l'histoire de Che Guevara, le réalisateur américain Steven Soderbergh s'est éloigné du modèle classique, qui suit le héros de son enfance à sa mort, pour privilégier deux moments forts dans la vie de Guevara: la guérilla victorieuse contre Batista de 1956 à 1959 et l'échec de l'expédition bolivienne en 1967. Chacun formant le sujet d'une œuvre en deux parties. Soulignons d'abord la performance de Benicio del Toro qui incarne à merveille Che Guevara, la ressemblance est troublante et le charisme présent.

 

Le premier opus retrace donc la guérilla contre les troupes du dictateur Batista, depuis le débarquement de la petite troupe conduite par Fidel Castro sur les cotes cubaines jusqu'à la bataille de Santa Clara qui ouvre les portes de La Havane. Le réalisateur sort à deux reprises de ce cadre temporel pour montrer la rencontre entre Castro et Guevara mais également le voyage que le Che effectue en 1965 à New-York pour s'exprimer devant l'ONU. L'image qu'il donne de Guevara est assez conventionnel : instructeur des premiers guérilleros, médecins, théoricien anti-impérialiste, chef de guerre. Les scènes qui relatent la bataille de Santa-Clara sont prenantes d'autant que le réalisateur n'oublie pas d'évoquer la compétition qui s'instaure entre les chefs de la guérilla, dans le film à travers Guevara et Camilo Cienfuegos, pour savoir qui entrera le premier à La Havane.

 

Le second opus apparaît comme une sorte d'image renversée du premier. A l'image de l'élan révolutionnaire à Cuba répondent les embûches et l'échec final de la tentative bolivienne. Le spectateur suit pas à pas l'évolution de ce fiasco depuis le départ de Cuba d'un Guevara grimé à l'exécution du Che. Les réticences du PC bolivien, la méfiance de la population locale, l'efficacité des forces de sécurités boliviennes appuyées par des conseillers militaires isolent les guérilleros qui finissent par tourner en rond, pris dans une nasse. Le dernier combat de Guevara et de ses compagnons contre l'armée est particulièrement bien réussi.

 

Si le spectateur peut regretter que le réalisateur fasse l'impasse sur l'action de Guevara à Cuba de 1959 à 1966, c'est oublier que l’œuvre n'est pas un documentaire mais la vision de l'auteur sur un destin historique. Pour lui, si la guérilla à Cuba débouche sur la victoire de la révolution, l'échec en Bolivie conduit à la victoire posthume du Che puisqu'il le fait entrer dans la légende.

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communismeetconflits - dans Fiction Cuba Biographie
6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 07:49

Rémi Kauffer, Le siècle des quatre empereurs, Perrin, 2014.

Les batisseurs de la Chine moderne

Pour raconter l'histoire de la Chine au 20e siècle, le journaliste Rémi Kauffer a choisi le biais de la biographie ou plutôt de quatre biographies, celles de Sun Yat-Sen de Chiang Kaï-Shek, de Mao Zedong et de Deng Xiaoping. En suivant le destin des 4 grands hommes qui ont marqué le 20e siècle chinois, il retrace la formidable ascension d'un pays millénaire qui d'une semi-colonie en 1900 est devenu cent ans plus tard une puissance mondiale tant politique, militaire qu'économique.

 

Chacun de ces 4 empereurs joua un rôle central dans le redressement chinois. Sun Yat-Sen fut le père de la Révolution chinoise. Chiang Kaï-Shek unifia et modernisa le pays avant que ses efforts ne soient ruinés par l'invasion japonaise. Mao Zedong imposa au pays un modèle communiste désastreux économiquement et effroyable en coût humain mais consolida l'indépendance du pays. Deng Xiaoping sut imposer les réformes économiques nécessaires pour faire de la Chine une grande puissance économique.

 

L'approche de l'auteur permet d'apprécier l'apport de chacun à la construction de la Chine moderne mais aussi leur limite. Les ruptures et les continuités apparaissant entre chaque période, chaque pas en avant se faisant le plus souvent dans les convulsions et les souffrances. Mais au-delà des différences idéologiques et politiques entre les 4 empereurs, ce qui anime leurs actions c'est la volonté de rendre à la Chine sa grandeur et son indépendance.

 

Le livre, clair et bien construit, fourmille d'informations et permet aux lecteurs de suivre, sans se perdre, les multiples péripéties des luttes militaires, politiques et diplomatiques chinoises, l'auteur sachant aller à l'essentiel sans se perdre dans les détails. Surtout il n'affiche pas de préférence pour l'un de ces 4 protagonistes, mettant à nu les qualités et les faiblesses de chacun sans parti pris. Un seul bémol toutefois, l'absence d'une carte de la Chine pour permettre aux lecteurs de se repérer.

 

Voici donc le récit, mené avec talent et un certain souffle, d'une épopée qui a façonné l'histoire mondiale et qu'il est indispensable de connaître pour comprendre et appréhender la Chine contemporaine.

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communismeetconflits - dans Chine populaire Communisme chinois Biographie
4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 07:43

Pascal Convert, Raymond Aubrac. Résister, reconstruire, transmettre, Seuil, 2011.

Aubrac: de la Résistance à la décolonisation

La figure de Raymond Aubrac, dans la mémoire collective, est inséparable de l'histoire de la Résistance. Elle occulte en grande partie le rôle joué par Aubrac après 1945, notamment dans les relations Est-Ouest et surtout dans le mouvement de décolonisation. C'est ce que rappelle la biographie que lui consacre Pascal Convert. Une biographie qui n'est pas classique puisqu'elle donne la parole à Aubrac lui-même dans une sorte de dialogue où l'historien expose des faits largement documentés tandis que le « biographié » donne son point de vue, remue ses souvenirs et analyse rétrospectivement ses prises de position.

 

Né en 1914, Raymond Samuel grandit à Dijon avec des parents qui tiennent une boutique de confection. Jeune bourgeois, il fait des études brillantes et entre à l'Ecole des Ponts pour devenir ingénieur. Élevé dans une famille juive où le souvenir de l'affaire Dreyfus reste fort, le jeune Aubrac, lors de ses études, fréquente la mouvance étudiante communiste, ce qui ne l’empêche pas de partir finir ses études dans l'Amérique du New Deal en 1938. Quand la guerre éclate, Aubrac possède donc un bagage politique marxiste mais aussi une bonne connaissance des États-Unis.

 

C'est à la fin 1939 alors qu'il est mobilisé que Raymond Aubrac épouse Lucie. Fait prisonnier en juin 1940, il s'évade peu après et se réfugie à Lyon où commence son aventure dans la Résistance. Aubrac devient rapidement un dirigeant de Libération-Sud où il s'occupe de l'Armée secrète. Arrêté une première fois, il est mis en liberté surveillée avant de tomber à Caluire en même temps que Jean Moulin. Mais grâce à sa femme, qui organise l'attaque commando du fourgon cellulaire qui le transporte, il échappe à la Gestapo. Aubrac rejoint alors Londres puis Alger.

 

A la Libération, Aubrac est nommé commissaire de la République à Marseille où il se fait remarquer par ses méthodes peu orthodoxes comme la réquisition des usines. Puis il se voit confier par le ministère de la Reconstruction la difficile mission d'organiser le déminage du territoire français. Alors que l'ombre de la Guerre froide commence à s'étendre sur l'Europe, Raymond Aubrac milite pour le maintien de relations, notamment économiques, entre l'Ouest et l'Est. Pour cela il fonde la BERIM, un bureau d'études spécialisé dans l'urbanisme, qui participe à la reconstruction en France mais aussi dans les pays d'Europe de l'Est. Compagnon de route du PCF il fréquente alors Jean Jerome ou Doumeng le milliardaire rouge, tandis que la BERIM devient un intermédiaire indispensable pour les relations commerciales avec les pays du bloc de l'Est.

 

Cette proximité avec le PCF explique que c'est chez les Aubrac que s'installe Ho Chi Minh en 1946 lors des négociations à Paris. Une amitié naît entre les deux hommes et c'est naturellement, qu'après une carrière de fonctionnaire international à l'ONU et à la FAO, Aubrac devient, à la demande de Kissinger un intermédiaire entre Nixon et les Vietnamiens à la fin des années 1960.

 

Alors qu'il pourrait goûter une retraite paisible, l'ouverture du procès Barbie en 1987, remet Raymond Aubrac sur le devant de la scène. Jacques Vergès, l'avocat de Barbie, insinue qu'Aubrac a été un agent double dans la Résistance, accusation que reprennent certains comme Gérard Chauvy. Les débats sont violents et certains historiens, pour qui la parole des témoins est suspecte, instruisent le procès des Aubrac.

 

Malgré ces attaques, Raymond Aubrac poursuit, après la mort de Lucie en 2007, son combat pour que la mémoire de la Résistance ne s'éteigne pas, notamment en visitant les établissements scolaires. Il décède en avril 2012 à l'âge de 97 ans quelques mois seulement après la sortie du livre de Pascal Convert.

 

Cet ouvrage, épais, est une plongée dans l'histoire du 20e siècle, de la Résistance à la décolonisation. Il dresse surtout le portrait d'un homme qui fut toujours fidèle à ses convictions de jeunesse, un optimiste de nature, un combattant de la liberté et de la paix. Un homme qui, s'il ne renia rien de son passé, fut également lucide sur ses erreurs.

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 07:28

Alain Frerejean, Tito, Truman. Le coup d’arrêt à Staline, La Bisquine, 2014.

Tito et Truman

La biographie parallèle est un genre ancien qui connaît toujours la faveur des auteurs comme le prouve le livre d'Alain Frerejean. Ce dernier n'est d'ailleurs pas à son coup d'essai puisqu'en 2013 il fut l'auteur d'une biographie croisée de Churchill et Staline. Ici il s'attaque à deux personnages moins flamboyants, Tito le chef partisan puis dirigeant de la Yougoslavie et Harry Truman, le 33e président des États-Unis. Leur point commun réside dans leur opposition aux desseins expansionnistes de Staline aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale.

 

L'auteur axe la première partie de son ouvrage sur Tito dont il décrit l'enfance, la jeunesse, les tribulations dans l'Europe en de la Grande Guerre, le parcours de militant communiste et enfin le rôle de chef des partisans. Puis il s'attache à Truman, un homme modeste du Midwest, un petit boutiquier qui connaît la faillite avant de se lancer dans la politique où il se fait remarquer pour son intégrité et son pragmatisme. Voici donc deux destins bien différents. C'est la guerre et l'occupation allemande de la Yougoslavie qui propulse Tito chef des partisans. Il est reconnu par les Alliés occidentaux comme un partenaire ce qui lui permet de marginaliser ses adversaires nationalistes. Lors de l'effondrement de l'Allemagne, ses partisans libèrent la plus grande partie du pays sans l'aide des Soviétiques et Tito prend en main le pays.

 

Pour Truman ce sont les combinaisons de la machine démocrate qui le propulse vice-président des États-Unis lors du 3e mandat de Roosevelt. Il faut le décès de ce dernier pour que Truman devienne, presque accidentellement président. C'est lui qui prend la décision de lancer des bombes atomiques sur le Japon, c'est lui qui négocie avec Staline à Potsdam. Peu à peu la Guerre froide se profile. Si dans un premier temps Truman se montre conciliant, rapidement il prend conscience des desseins soviétiques. Le coup de Prague le décide à s'engager plus avant contre l'URSS. Il soutient le gouvernement monarchiste grec contre les communistes et met sur pied le plan Marshall pour relever les économies de l'Europe. Surtout il affronte avec courage l'épreuve de force avec Staline lors du blocus de Berlin en 1948.

 

Après 1945 Tito impose son pouvoir en Yougoslavie et se montre plus radical que les autres démocraties populaires. Mais rapidement il refuse la tutelle soviétique ce qui conduit en 1948 à la rupture avec Moscou. Si Staline essaye de déstabiliser la Yougoslavie, organise des projets d'attentat contre Tito, il ne recourt pas à la force armée contrairement à ce qui se passera en 1956 à Budapest et en 1968 à Prague. 1948 marque ainsi le rapprochement, au départ improbable entre les États-Unis et la Yougoslavie socialiste. L'auteur retrace ensuite avec détail le reste de la présidence Truman, notamment la guerre de Corée, puis plus succinctement sa vie jusqu'à sa mort en 1972 ainsi que celle de Tito.

 

L’intérêt de ce livre est de se concentrer sur deux personnalités mal connues mais dont le rôle fut essentiel. Néanmoins l'auteur fait preuve d'un certain manichéisme en présentant face à face un Truman bon mari, intègre, voué exclusivement à la défense du monde libre face à un Tito mégalomane, mauvais père, coureur de jupons, retors et criminel. Surtout le lecteur peut regretter que l'auteur ne développe pas plus la question des liens entre Américains et Yougoslaves face aux Soviétiques.

 

Le livre d'Alain Frerejean, d'une lecture agréable et aisée, s'il n'évite pas les clichés et reste trop souvent factuel, est néanmoins une bonne introduction pour ceux qui veulent découvrir la genèse et le début de la Guerre froide.  

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 07:47

Françoise Thom, Beria, le Janus du Kremlin, Éditions du Cerf, 2013.

Beria

Le personnage de Beria est inséparable, dans la mémoire collective, de l'époque la plus sombre du communisme soviétique. Bourreau de Staline, une tenace légende noire continue d'entourer ce personnage mystérieux qui est devenu un des symboles des crimes staliniens. C'est à ce personnage sulfureux que Françoise Thom a consacré une volumineuse biographie qui, disons-le, est une œuvre maîtresse dont l'ampleur dépasse de loin la personne de Beria.

 

L'historiographie khrouchtchévienne est en grande partie responsable de l'image négative de Béria qui apparaît alors comme un exécutant brutal, un dépravé qui ne se distingue de ses prédécesseurs, Yagoga ou Ejov, que par sa ruse et sa capacité à manipuler Staline. Françoise Thom, sans rejeter la part sombre de Beria qui fut un exécutant fidèle des ordres de Staline, dresse le portrait d'un fin politique, d'un réformateur privilégiant le pragmatisme à l'idéologie.

 

Rien ne semble prédestiner Beria au rôle qui sera le sien. Né dans une famille pauvre de Géorgie, ses parents lui font néanmoins faire des études. Il côtoie les cercles socialistes mais sans devenir un militant actif. Après un séjour sur le front pendant la Première Guerre mondiale, il retourne à Bakou en proie à la révolution. Là il travaille pour le service de renseignements du Moussavat, le parti nationaliste azéri. Il rejoint néanmoins les bolcheviks avant d'intégrer la Tcheka au début des années 1920. Intelligent et retors il gravit les échelons de la hiérarchie avant d’être remarqué par son compatriote Staline qui le fait nommer à la tête du PC de Géorgie puis le nomme, en 1938, chef du NKVD. L'après-guerre est difficile pour Beria qui, même s'il dirige le projet nucléaire soviétique, devient la cible de Staline. La mort du dictateur en 1953 semble le sauver mais 3 mois plus tard il est arrêté et exécuté.

 

La mort de Beria est-elle le premier pas de la destalinisation ? Pour Françoise Thom c'est plutôt l'inverse. En effet, Beria, après la mort de Staline, lance toute une série de réformes qui remettent en cause l'hégémonie du PC, desserrent l'étreinte soviétique sur les minorités nationales en URSS mais également sur les démocraties populaires. Beria est même prêt à lâcher la RDA au profit d'une Allemagne unifiée et neutre. Il souhaite également réintroduire la propriété privée. Ces mesures, qui ne sont pas sans rappeler celle de la Perestroïka dans les années 1980. Cette frénésie réformatrice effraye les autres dirigeants soviétiques et scelle la fin de Beria.

 

A travers ce portrait tout en nuances de Beria, qui s'appuie sur de nombreuses archives notamment géorgiennes, l'auteur offre une nouvelle vision de l'histoire de l'URSS stalinienne. La richesse de la documentation est impressionnante et le lecteur, même le mieux averti, découvre des pans mal connus d'une histoire qu'on croyait bien connaître, des liens de l'émigration menchevique géorgienne avec l'URSS aux faiblesses du renseignement soviétique pendant la guerre.

 

Ce livre est donc une référence incontournable, à lire absolument par tous ceux qui s’intéressent à l'histoire de l'Union soviétique.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Biographie
18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 07:05

Franz Mehring, Karl Marx. Histoire de sa vie, Bartillat, 2009.

La vie de Marx

Les éditions Bartillat ont eu la bonne idée de rééditer en 2009 la biographie que Franz Mehring a consacrée à Karl Marx. Le livre paru en allemand en 1918 n'a en effet plus été publié en français depuis 1983. Son auteur fut à la fois historien et journaliste mais également un des dirigeants du Parti social-démocrate allemand avant de devenir l'un des fondateurs du Parti communiste allemand en 1918.

 

Intellectuel marxiste, le lecteur pourrait craindre que la biographie que Mehring consacre à Marx soit une sorte d'hagiographie, au mieux un récit qui épargne le créateur du socialisme scientifique. Il n'en est rien ce qui fait que ce livre demeure toujours un incontournable pour connaître la vie de Marx.

 

Le récit est classique dans sa forme chronologique puisque le lecteur suit Marx de sa naissance en 1818 à Trêves à sa mort en 1883 à Londres. Les grands épisodes de sa vie sont retracés avec soin, sa formation, son exil à Paris, la révolution de 1848, l'exil à Londres, la 1ere Internationale, les grands textes, les controverses, l'amitié indéfectible avec Engels. Surtout l'auteur nous fait également plonger dans l'intimité de Marx, sa vie familiale et ses soucis financiers.

 

Si l'auteur souligne l'incroyable capacité de travail de Marx, sa soif de connaissance, il n'esquive pas son intransigeance qui confine souvent à l'injustice. Sur ce point Mehring, pourtant fervent marxiste, se livre à une réhabilitation de Bakounine qu'il juge injustement malmené par Marx. Il n'oublie pas non plus de souligner les erreurs de jugements et d'analyses de Marx et Engels et à remettre en cause certaine de leurs interprétations. Ici donc pas de culte de la personnalité mais une liberté de ton qui montre les forces et les faiblesses d'un Marx qui n'hésite pas à sacrifier sa santé et sa famille pour la cause qu'il défend, un homme dont l'intransigeance ombrageuse lui aliène de nombreuses amitiés.

 

Certains points de cette biographie sont manifestement dépassés, l'auteur par exemple ne connaît pas les écrits de jeunesse de Marx qui ne seront découvert que dans les années 1920-1930. Mais la force du style et la capacité à brosser en quelques lignes un portrait ou une situation font de ce livre une biographie détaillée accessible à tous. Elle reste donc incontournable pour connaître la vie de Marx et mieux comprendre l'environnement qui a donné naissance à cette œuvre qui a fortement marquée l'histoire du 20e siècle.

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communismeetconflits - dans Biographie

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")