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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 10:27

Sebastian Haffner, Allemagne 1918 : une révolution trahie, Complexe, Bruxelles, 2001.

 

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Le livre de Sebastian Haffner, célèbre écrivain et historien allemand qui a fui son pays en 1937 avant de rentrer en 1954 seulement, a été publié en Allemagne en 1968 puis rééditer en 1979. L'édition française parue chez Complexe en 2001, deux ans aprés le mort d'Haffner, permet au lecteur francophone de prendre connaissance d'un ouvrage important sur la révolution allemande de 1918, un ouvrage qui a été sévèrement critique en Allemagne.


Haffner décrit minutieusement ces jours de novembre 1918 où à la lumière de la défaite militaire, les forces de l'ancien régime ont donné à la social-démocratie allemande un pouvoir que cette dernière attendait depuis prés de cinquante ans. Haffner explique que c'est à ce moment que les dirigeants social-démocrates, Friedrich Ebert en tête, se sont retournés contre une révolution populaire d'essence social-démocrate pour d'abord l'étouffer puis ensuite l'écraser par la force.


Cette affirmation de la trahison social-démocrate a provoqué un tollé en Allemagne. Les adversaires d'Haffner dénoncent son manque de sérieux dans ses recherches et sa haine pathologique d'Ebert. Meme s'il faut attendre 1994 pour que les preuves de l'implication du ministre social-démocrate Gustav Noske dans l'assassinat de Karl Liebknechet et Rosa Luxemburg établissent la vérité, ce n'est qu'en 1999 que le porte parole de la fraction SPD du Bundestag reconnaît la responsabilité de son parti sans ses morts. Et le travail d'Haffner a indubitablement sa part dans cette reconnaissance en responsabilité.


Le livre d'Haffner est une charge sans concessions contre les dirigeants social-démocrates qui s'appuie sur une analyse détaillée des évènements de novembre 1918. Haffner montre d'abord que c'est le général Ludendorff, qui depuis 1917 apparaît comme une sorte de dictateur militaire, qui organise de manière méthodique la défaite de l'Allemagne. Son objectif est de maintenir les principaux piliers de l’État, notamment l'armée, afin de garantir les chances d'une possible restauration. Il décide donc de transmettre le pouvoir à l'opposition à charge pour elle de prendre la responsabilité de demander un cessez le feu et d'assumer politiquement la capitulation. Ebert et Scheidemann, les deux dirigeants social-démocrates, sont attirés par la perspective d'accéder enfin aux responsabilités afin, une fois la crise surmontée, d'établir un régime parlementaire et d'initier des réformes sociales.


L'accord passé entre Ludendorff et des chefs social-démocrates qui ne voulaient pas de révolution sociale, se heurte rapidement au réel potentiel révolutionnaire qui existe alors en Allemagne. Il s'exprime par l'instauration des conseils d'ouvriers ou de soldats qui cherchent à former l'ossature du nouvel Etat dans un cadre parlementaire. La Bavière dirigée par Kurt Eisner offre un exemple accompli de cette aspiration révolutionnaire qui n'a rien de communiste mais reste dans la tradition social-démocrate. Mais pour Ebert il n'est pas question d'aller aussi loin. Il n'hésite donc pas à la fin de 1918 et durant l'année 1919 à s'allier avec les forces de la contre-révolution que représentent les corps-francs pour écraser des masses qui ne souhaitaient que l'application du programme traditionnel de la social-démocratie. La contre-révolution n'a pas tardé à se débarrasser de Ebert et des social-démocrates avant de s'incarner dans le Reich hitlérien.


Si la thèse de Haffner peut susciter le débat, la lecture de son ouvrage est indispensable, à la fois pour connaître les arguments de cet historien qui représente bien un courant historiographique critique mais également les différents moments de cette révolution allemande que Sébastian Haffner décrit de manière claire et sans fioritures. D'accès facile, y compris pour le non-spécialiste, le livre d'Haffner permet ainsi d'appréhender un moment clef de l'histoire allemande.

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communismeetconflits - dans Communisme allemand

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")