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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 08:00

Jacques Canaud, Le temps des maquis. De la vie dans les bois à la reconquête des cités, 1943-1944, De Borée, 2011

Une histoire du Maquis

Le livre de Jacques Canaud, largement méconnue, n'est quasiment jamais cité dans les ouvrages ayant trait à l'histoire de l'occupation en France. S'il est vrai que l'appareil critique est léger et ne répond qu'imparfaitement aux critères scientifiques, le livre est une remarquable synthèse. L'auteur, agrégé d'histoire, a soutenu en 1979 une thèse sur les maquis du Morvan.

 

Il a noué pour ce travail de recherche des contacts avec d'anciens maquisards qui lui ont apporté des témoignages mais aussi de nombreuses archives privées, outre le dépouillement des archives publiques. En 2003, il publie aux éditions de l'Armançon, Le temps des maquis réédité sans changement chez De Borée en 2011. Cet ouvrage se veut avant tout une synthèse de l'histoire du phénomène maquisard en France. A travers trois parties l'auteur analyse les différentes facettes d'un mouvement à la vie brève, de l'hiver 1942-1943 à l'automne 1944, aux formes et aux structures si diverses.

 

Jacques Canaud, après avoir rappelé l'histoire des différentes formes de guerres irrégulières en France, des Camisards aux francs-tireurs de 1871, s'attache à donner une définition du maquis. Pour lui le maquis est un phénomène exclusivement rural qui se caractérise par la recherche d'une région isolée et surtout forestière pour se cacher et s'engager dans la lutte armée. Cela explique la forte présence des maquis dans les régions de hautes et moyennes montagnes alors qu'ils sont presque absents en Ile de France ou dans le Nord.

 

Le livre souligne à juste titre que dans la France morcelée de l'Occupation le maquis renoue avec des traditions médiévales: l'importance des « pays » plutôt que des limites administratives comme champs d'action, la présence d'un chef charismatique qui établis avec ses hommes des relations de type féodal. Au départ les premiers maquis naissent souvent de la volonté d'une poignée d'individus, généralement pas plus d'une dizaine, qui mène une vie clandestine et nomade autour d'un chef et face à une population rurale méfiante. Puis l'instauration du STO gonfle les effectifs de ces maquis où de nombreux jeunes cherchent avant tout un refuge pour éviter le départ pour l'Allemagne. Les maquis armés et encadrés peuvent à se stade devenir des acteurs de la lutte armée. Avec le débarquement, les maquis sortent des bois pour passer à l'attaque et libérer villes et villages, parfois des régions entières.

 

Les conditions de vie des maquis sont particulièrement bien étudiées qu'il s'agisse de leurs implantations, de leurs ravitaillements, de l'activité quotidienne. Les relations avec le monde rural sont disséquées de façon à montrer la symbiose qui s'installe progressivement entre le maquis et son milieu. Les paysans ravitaillent, hébergent, aident à la réception des parachutages, les postiers assurent les communications avec l'extérieur, les médecins de campagne soignent les blessés, les maires et employés municipaux fournissent des tickets de ravitaillement. A l'inverse des maquisards aident aux travaux des champs.

 

Après une étude sociologique des maquis l'auteur n'esquive pas la question de leurs rôles dans la guerre. Il expose les thèses qui s'affrontent à l'époque entre les tenants des maquis mobilisateurs à l'image du Vercors et des Glières et ceux qui privilégient des formations plus petites mais extrêmement mobiles. Si dans le nord de la France le maquis n'a été généralement qu'un auxiliaire au service de l'avancée alliée, au sud il joue un rôle central dans la libération du territoire à l'instar du Limousin. D'ailleurs les militaires allemands ne manquent pas de souligner alors l'efficacité des maquis. Jacques Canaud n'oublie pas en effet de livrer un chapitre qui donne à voir le maquis du coté allemand. Combattants irréguliers donc terroristes les maquisards ne sont pas traités par les occupants suivant les conventions de la guerre. La répression est souvent, surtout après le débarquement, l’œuvre de supplétifs issus d'URSS ou des Hindous. Ils doivent éliminer les maquis mais également les étouffer par la destruction des personnes et des villages soupçonnés de les aider. Le martyr des bourgs et villages victimes de persécutions et de massacres car soupçonner d'aider les maquisards n'est pas oublié.

 

Voici donc un ouvrage complet, qui se lit facilement car l'auteur n'hésite pas à s'appuyer sur des réalités concrètes pour illustrer son propos. Une synthèse utile qui donne envie d'en savoir plus sur ce phénomène maquisard au-delà des mythes et d'une mémoire pieusement entretenue.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")