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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 07:37

Christina Morina, Legacies Stalingrad : Remembering the Eastern Front in Germany since 1945, Cambridge University Press, 2011.

 

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Le lecteur qui chercherait dans le livre de Christina Morina une analyse de la bataille ou de ses interprétations dans l'après-guerre ne pourra être que déçu. Ici la guerre est avant tout un outil qui permet d'étudier la mémoire du conflit en Allemagne en concentrant la focale sur la Wehrmacht et les crimes de guerre dont elle est responsable sur le front de l'Est. L'auteur prend d'abord soin d'exposer les contextes politiques qui entourent le souvenir de la guerre contre l'URSS en Allemagne.


Pendant longtemps l'histoire du front de l'Est a été limité aux récits des généraux allemands mais également aux souvenirs de la population à partir du moment où, à la fin de la guerre, elle a été « victime » des Alliés. Un consensus s'est alors réalisé dans les années 1950 autour de l'idée que la Wehrmacht ne s'était pas salie les mains en URSS. Dans la RDA, les anciens combattants ont été rapidement considérés comme des membres de la classe ouvrière, des victimes d'Hitler et du régime nazi. En Allemagne fédérale l'accent est surtout mis sur les crimes de l'armée rouge.


Il faut attendre les années 1980 pour que l'attention commence à se porter sur les victimes et les destructions infligées à l'URSS par l'armée allemande. Et ce n'est que dans les années 1990 que l'Allemagne se confronte réellement au passé de la Wehrmacht. L'auteur montre que si le retard dans la prise de conscience des crimes de l'armée allemande répond essentiellement à des motifs propres à l'Allemagne de l'après-guerre, l'Union soviétique en est également responsable puisque pendant des décennies elle a tenu caché l'ampleur des pertes qu'elle a subies.


Voici donc une monographie qui éclaire de manière subtile et argumentée la mémoire de la guerre à l'Est. Un ouvrage indispensable pour mieux comprendre l'Allemagne contemporaine.

 

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 07:32

Bill Yenne, The White Rose of Stalingrad: The Real Life Adventure of Lidya Vladimirovna Litvyak, the Highest Scoring Female Air Ace of All Time, Osprey Publishing, 2013.

 

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Voici un livre particulièrement décevant. Le lecteur peut croire qu'il s'agit là d'une biographie de Lidyia Litvyak, la pilote de chasse soviétique ayant abattu le plus grand nombre d'appareils allemands. En réalité l'auteur prend prétexte des exploits de Litvyak pour raconter, d'une manière plus que conventionnelle, l'histoire de l'URSS dans la Seconde Guerre mondiale. La biographie proprement dite de la Rose de Stalingrad, aussi intéressante soit-elle, n'occupe au mieux que la moitié de l'ouvrage.


L'auteur s'appuie en outre énormément sur l’œuvre de Soljenitsyne comme source directe, ce qui est loin d’être idéologiquement neutre. Sans compter que si l'auteur de l'Archipel du Goulag tient une place de choix dans l'histoire de l'URSS le lecteur comprend mal pourquoi son témoignage a plus de place que les analyses des historiens de la Grande Guerre patriotique.


Si les licences romanesques que s'autorisent Bill Yenne sont de peu de conséquences, l'absence de note en bas de page ou à la fin du livre est beaucoup plus pénible. Certaines affirmations approximatives de l'auteur, notamment sur le fait qu'en décembre 1941 Moscou aurait pu être facilement prise finissent de discréditer l'ensemble.


Voici donc un livre à éviter surtout si le lecteur cherche à mieux connaître le destin de la Rose blanche de Stalingrad. Au sujet des femmes pilotes soviétiques il pourra utilement, et avec plus de profits, se reporter au livre de Bruce Myles, Les Sorcières de la nuit paru chez Albin Michel en 1993.

 

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 08:44

Roger R. Reese, Red Commanders. A Social History of the Soviet Army Officer Corps, 1918-1991, University Press of Kansas, 2005.

 

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Le livre de Reese est une source inestimable d'informations et d'analyses sur l'histoire des officiers dans l'armée soviétique. L'auteur étudie de manière pertinente les structures du corps des officiers mais également les caractéristiques des individus qui le composent. Surtout Reese donne toute sa place à Trotski en tant que premier penseur du monde militaire au sein de la direction soviétique quand il analyse au début de son livre l'évolution des rapports entre civils et militaires dans l'URSS.


Pour l'auteur, et c'est la thèse qui est au cœur de son travail, ce qui caractérise la condition des officiers dans l'Union soviétique c'est le lien étroit qui les unit à l'appareil communiste. Cette particularité est d'ailleurs selon lui à la source de la violence et de l'étendue des purges qui s'abattent sur l'armée rouge en 1937-1938. Il est vrai que de nombreux responsables militaires étaient membres du Parti communiste et à ce titre avaient été proches de certains dirigeants tombés en disgrâce comme Zinoviev ou Trotski mais a contrario Reese n'apporte aucun élément qui laissent à penser que les militaires auraient eu dans les années 1930 des velléités bonapartistes.


Reese qui donne à la fois le nombre d'officiers purgés mais également celui des réintégrés montre bien que cet épisode de l'histoire soviétique a eu moins de conséquence que beaucoup le prétendent. Pour lui, c'est avant tout l'insuffisance du nombre des officiers et les manques dans leur formation qui expliquent les faiblesses de ce corps au début de la Grande Guerre patriotique. Là encore l'importance du lien entre institutions militaires et politiques est centrale puisque la fidélité idéologique l'emporte toujours sur la compétence professionnelle. Cette particularité soviétique coûte cher en 1941 et 1942.


Pour Reese, la relation trop étroite entre les officiers et le PCUS est aussi l'un des facteurs de l'effondrement de l'armée rouge en 1991 car elle a empêché la formation d'une armée basée sur le seule critère de la compétence. Si cette affirmation peu prêter à discussion il est indéniable que la glasnost a favorisé la désintégration de l'armée dans un système où le Parti communiste domine tous les aspects de la vie militaire. De plus l'armée était profondément divisée concernant le coup d’État d’août 1991.


Le livre de Reese est au final un grand livre qui donne un aperçu particulièrement pertinent de l'évolution du corps des officiers soviétiques tout au long de l'histoire de l'URSS. C'est une lecture indispensable pour une meilleure connaissance de l'histoire de l'armée rouge et plus généralement du systéme soviétique.

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 09:13

Anna Geifman, Death Orders. The Vanguard of Modern Terrorism in Revolutionary Russia, Praeger Security International, 2010.

 

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L'ouvrage d'Anna Geifman repose sur ce qui est devenue depuis une dizaine d'années une véritable tarte à la crème de la pensée néo-conservatrice américaine mais qui s'est largement répandue dans certains cercles intellectuels européens : l'idée que l'islamisme serait le communisme du XXIe siècle avec qui il partagerait les mêmes méthodes de violence et la même haine de la démocratie occidentale.


Pour appuyer cette analogie douteuse, Anna Geifman se propose d'analyser la vague d'attentats terroristes qui secoue la Russie entre 1901 et 1917 pour en conclure que le terrorisme moderne trouve ses racines dans le mouvement révolutionnaire russe et donc qu'il n'y a pas de différence entre ceux qui suivirent Lénine et ceux qui de nos jours s'engagent dans Al Qaida ou le Hamas. Afin de donner une certaine épaisseur à cette affirmation l'auteur entend montrer que les motivations psychologiques sont dans les deux cas (l'auteur inclut également les nazis dans sa démonstration) identiques et reposent sur une fascination pour la mort, ce qu'elle appelle une tanatophilie. De nombreux exemples sont présentés pour asseoir cette affirmation dans un va et vient permanent entre les deux périodes. Ainsi les militantes russes qui lancent des bombes sur les fonctionnaires tsaristes sont présentées comme les ancêtres des femmes kamikazes palestiniennes qui se font exploser dans les rues des villes israéliennes.


Afin de donner un verni scientifique à sa démonstration Geifman s'appuie sur la notion de dislocation historique développée par le psychiatre Robert Lifton. Pour ce dernier la disparition des traditions, des valeurs et des normes est une condition nécessaire pour l'apparition du terrorisme moderne. Le traumatisme psychologique d'individus qui subitement sont déracinés et se retrouvent parqués dans les périphéries urbaines symbole d'une modernisation rapide permet l'apparition d'un terrorisme moderne. Les recruteurs s'appuient sur la solitude et le désespoir de ces gens pour les intégrer dans un groupe avec un objectif subversif qui donne un sens à la vie, les révolutionnaires russes prenant alors comme cible l’État tsariste tandis que les islamistes projettent leurs haines contre l'Occident. Ce qui lie tous ces gens c'est une culture de la mort qui voit dans le sacrifice humain une voie de salut et méprise la vie. Pour les terroristes le sacrifice de la vie serait une manière de suicide camouflé en martyr. Plus que la haine de l'adversaire, c'est celle de la vie qui est au cœur de la psyché terroriste.


Geifman soutient ainsi que ce n'est pas l'impérialisme, l'oppression politique et sociale ou le nationalisme qui provoquent le terrorisme puisque les terroristes ne cherchent pas le changement politique et leur proclamation ne visent qu'à dissimuler un activisme mortifère et nihiliste. Mais la mentalité terroriste est intrinsèquement autodestructrice. Quand le terrorisme est contenu et ne peut plus s'exprimer à l'extérieur du groupe la violence dont il est porteur se tourne vers l’intérieur dans un tourbillon de règlement de comptes ou bien, dans le cas de l'URSS stalinienne, la Révolution dévore ses enfants. Pour l'auteur la leçon a tiré de ce phénomène est qu'il est irresponsable de vouloir négocier une paix avec les mouvements terroristes puisque ces derniers sont voués à l'autodestruction.


Un historien sérieux ne peut que douter du caractère scientifique d'une démarche basée sur une approche uniquement psycho-historique du terrorisme qui ne sert qu'à justifier des positions politiques contestables. Ne faut-il pas rappeler qu'une centaine d'années séparent les terroristes russes et islamistes qui évoluent également dans des milieux politiques, sociaux, culturels et idéologiques radicalement différents ? Ajoutons pour terminer que contrairement à ce que laisse entendre le livre, le terrorisme a toujours été condamné par le marxisme y compris dans sa version léniniste.

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 07:29

Battle for Honour. La Bataille de Brest-Litovsk, coproduction russe et biélorusse d'Alexandre Kott, 2010, 138 mn.

 

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La bataille de Brest-Litovsk est un épisode peu connu en France de la guerre sur le front de l'Est. L'événement est pourtant d'importance, non pas en raison de ses conséquences opérationnelles sur les suites de la guerre, mais pour la place qu'il tient dans la mémoire historique russe. La forteresse de Brest-Litovsk se trouve en 1941 à la frontière entre l'URSS et la Pologne occupée par l'Allemagne. Quand le 22 juin 1941, la Wehrmacht lance l'invasion de l'Union soviétique, la fameuse opération Barbarossa, et balaye les forces de l'armée rouge, une des premières missions des troupes allemandes est de s'emparer de cette forteresse. Le plan initial prévoit que trois divisions allemandes, soit 20 000 hommes s'en emparent en moins de 12 heures. Mais contre toute attente les 9 000 soldats soviétiques vont tenir tête pendant huit jours. Cette résistance acharnée est rapidement érigée en symbole de la volonté russe de se battre pied à pied et de la ténacité du soldat soviétique.


La bataille est vue ici par le biais du destin d'un jeune garçon, Sacha membre de la fanfare de la garnison. Le 21 juin, alors que le garçon et une amie pêchent paisiblement, la Luftwaffe pilonne la forteresse avant que les premiers soldats allemands ne fassent leur apparition. Malgré la soudaineté et la violence de l'attaque, les Soviétiques se ressaisissent et repoussent les premiers assauts. Un siège d'une semaine commence alors où l'espoir d'un secours extérieur s'envole à l'annonce des désastres de l'Armée rouge sur l'ensemble du front. Rapidement l'eau potable vient à manquer chez les assiégés. Les trois unités combattantes soviétiques qui tiennent toujours la forteresse et que le réalisateur suit à travers les trois officiers qui les commandent se résignent à tenter une sortie mais celle-ci échoue. Pour en finir, l'armée allemande fait tomber sur la forteresse une bombe de deux tonnes qui parvient enfin à réduire les derniers bâtiments encore debout. Les troupes allemandes parviennent alors à investir la forteresse, nettoyant systématiquement les ruines et les sous-sols, capturant et exécutant les rares défenseurs survivants.


Le spectateur pourra regretter le ton patriotique de l'ensemble où de courageux et nobles soldats russes affrontent sans peur des Allemands barbares et cruels. Mais La bataille de Brest-Litovsk est surtout un véritable film de guerre avec des scènes de batailles impressionnantes et aussi immersives que l'est le début de Il faut sauver le soldat Ryan. La contre-attaque russe au corps à corps et l'explosion de la bombe géante allemande sont ainsi des moments forts. La fin du film est également émouvante, notamment quand l'un des officiers qui a organisé la défense se dénonce aux Allemands comme juif et commissaire politique se condamnant ainsi à une mort certaine.


La bataille de Brest-Litovsk, tournée sur les lieux même où se sont déroulés les événements, est donc un grand spectacle particulièrement réussie. Le film se regarde avec plaisir et permet au spectateur de découvrir un épisode peu connu de l'opération Barbarossa. Surtout il rappelle la tragédie que fut pour le peuple russe la Seconde Guerre mondiale.

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 08:01

Jeno Gyorkei, Miklos Horvath (sld), Soviet Military Intervention in Hungary, 1956, Central European University Press, Budapest, 1999.

 

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Ce livre, paru en hongrois en 1996, se compose de trois parties écrites respectivement par Jeno Gyorkei et Miklos Horvath, Alexandre Kirov et pour terminer Yevgueny Malachenko l'ensemble traitant exclusivement des actions militaires soviétiques et hongroises lors de la crise de 1956. Dans son introduction à l'ouvrage Bela Kiraly montre que l'invasion soviétique fut une véritable opération militaire impliquant prés de 17 divisions, se soldant par 722 tués et 1251 blessés dans les rangs soviétiques et donnant lieu à la remise de 26 médailles de Héros de l'Union soviétique et de prés de 10 000 médailles de combat. Pour Kiraly l'intervention russe est donc bien une véritable opération de guerre contre un autre État socialiste.


Si la contribution de Malachenko repose essentiellement sur ses souvenirs, celle d'Alexandre Kirov, un historien militaire russe, s'appuie sur des documents d'archives ce qui lui permet de fournir des données précises sur les pertes, les unités impliquées dans l'intervention mais également de fournir trois utiles cartes des opérations. Il donne ainsi au lecteur un excellent aperçu des opérations de l'armée rouge avant et pendant la prise de Budapest. Il faut souligner que c'est en tant que lieutenant-colonel d'une unité de parachutistes que Kirov a pu avoir accès aux archives centrales du quartier-général des forces armées, archives fermées aux chercheurs. A la suite de ses travaux il a été limogé et renvoyé de l'armée.


La contribution des deux historiens militaires hongrois Gyorkei et Horvath donne des informations utiles sur le comportement de l'armée populaire hongroise durant les événements de 1956. Ainsi les responsables du Parti communiste hongrois ne donnent jamais l'ordre à l'armée de tirer sur les insurgés, à la fois pour ne pas perdre totalement le soutien de la population mais aussi parce qu’ils sont conscients que les militaires risquent de ne pas obéir à un tel ordre. Dans de nombreux cas en effet les militaires hongrois ont même sympathisé avec les insurgés armés. Les militaires sont également victimes d'ordres contradictoires : ils doivent relâcher des insurgés qu'ils ont précédemment arrêtés tandis que la levée du couvre-feu interdit d'identifier et de désarmer les rebelles. Le trouble est donc profond au sein de l'armée hongroise qui est fortement ébranlée par les événements.


Les contributions traitent tous de la question du rôle du corps spécial en Hongrie, c'est à dire les troupes soviétiques stationnant en permanence dans le pays. Au départ ce corps sert de base arrière pour les troupes soviétiques qui occupent l'Autriche. En 1955, avec l'évacuation de ce pays, l'URSS, pour justifier légalement le maintien de troupes en Hongrie met sur pied le pacte de Varsovie. La contribution de Malachenko, qui fut l'un des responsables du corps spécial est précieuse puisqu'il explique qu'alors les relations sont cordiales avec la population hongroise et qu'au moment où l'ordre d'intervenir est arrivé le général Lachenko, le commandant du corps spécial, a répondu que cette mission devrait revenir à la police et à l'armée hongroise. Mais il faut souligner également la vision, à notre avis, un peu trop irénique de ce témoin sur le rôle de l'armée soviétique en Hongrie.


Malgré les réserves concernant le témoignage ou plutôt l'interview de Malachenko, ce livre s’appuie sur un ensemble documentaire d'importance venant aussi bien des archives hongroises que soviétiques. Les chronologies, les statistiques, les cartes, les notices biographiques en font même un instrument de travail précieux sur un sujet où il existe peu de référence militaire en anglais et aucune en français. Mais ce livre est également ardu et il est parfois bien difficile d’accès pour celui qui n'a pas au préalable une bonne connaissance des événements hongrois de 1956.

 

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 07:29

Carl Richard, When the United States Invaded Russia: Woodrow Wilson's Siberian Disaster, Rownan & Littlefield Publishers, 2012.

 

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C'est dans le but de mieux comprendre les relations soviéto-américaines au cours du XX° siècle que Carl Richard, professeur à l'Université de Louisiane, étudie l'intervention des troupes américaines en Sibérie en 1918-1920. C'est en effet au lendemain de la Révolution bolchevique que le président Woodrow Wilson envoie en Sibérie une troupe de 8 500 soldats américains. Pour l'auteur il s'agit là avant tout d'un acte politique de la part du président américain, acte destiné à la fois à contrer les craintes face à la perspective d'une guerre sur un seul front contre les Allemands mais aussi à entraver les efforts japonais pour consolider leur position en Sibérie. Wilson décide de surcroît de maintenir cette présence militaire alors que ses conseillers sont persuadés que le bolchevisme s'effondra de lui-même.


Les troupes américaines doivent aider les Tchèques et les Russes anti-bolcheviks à renverser le gouvernement des Soviets afin de permettre que se reforme le front oriental contre les Empires centraux. Durant leur bref séjour en Sibérie les soldats américains s'occupent plutôt de garder les voies ferrées et leur engagement guerrier se limite à des escarmouches avec les partisans rouges. Alors que les relations sont mauvaises avec des forces japonaises bien organisées, que la tension monte avec des Alliés mécontents au milieu d'un climat politique russe tumultueux, les Américains se retirent finalement en avril 1920.


L'intervention américaine est ici décrite avec détail et s'appuie sur de nombreuses archives et sources secondaires. L'ouvrage de Richard est donc une excellente introduction sur la politique américaine à la fin de la Première Guerre mondiale qui montre de manière fine les décalages qui existent entre les actions et les discours humanitaires du président Wilson.


Le sujet traité est aussi pour l'auteur l'occasion d'une réflexion sur l'échec américain en matière de contre-insurrection mais également l'incapacité à bâtir un État russe conforme aux idéaux politiques américains. Rapidement les troupes américaines en viennent à soutenir le pouvoir dictatorial et peu démocratique de l'amiral Koltchak. L'intervention a aussi des effets profondément négatifs puisqu'elle compromet les adversaires des bolcheviks. Pour Richard les leçons de cet épisode, largement méconnu en Occident, peuvent s'appliquer à des interventions plus récentes : les résultats sont en complète contradiction avec les intentions initiales.

 

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 08:00

Alexander Statiev, The Soviet Counterinsurgency in Western Borderlands, Cambridge University Pres, 2010.

 

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Voici une étude sur un sujet largement ignoré en France: l'histoire des mouvements nationalistes armées des régions occidentales de l'Union soviétique. L'histoire de ces mouvements débute en 1939-1940 quand l'URSS, à la suite de la signature du pacte germano-soviétique, envahit l'est de la Pologne, c'est à dire la Biélorussie et l'Ukraine occidentale, puis en 1940 les trois États balte : Estonie, Lituanie, Lettonie. Même si l'occupation soviétique est de courte durée des mouvements de résistance voient alors le jour, malgré la surveillance impitoyable du NKVD. Alexander Statiev analyse ensuite l'évolution de ces mouvements sous l'occupation allemande puis exposent les différentes facettes de la politique soviétique dans ces régions après 1945 à travers les questions des déportations, des amnisties, de la politique agraire et religieuse mais également des politiques paramilitaires et de sécurité. Il donne ainsi un excellent aperçu des processus d'intégration au sein de l'espace soviétique des régions frontalières occidentales.


La résistance nationaliste n'est pas uniforme dans ces régions et l'auteur montre que la lutte est particulièrement âpre en Ukraine et en Lituanie au contraire de la Biélorussie occidentale. Il démontre surtout qu'au sein des organisations nationalistes, une seule, l'organisation nationaliste ukrainienne possède une idéologie propre, qu'il n'hésite pas à qualifier de proche du fascisme, mais surtout qui peut s'appuyer sur un réseau clandestin étendu dans la société.


Alexander Statiev met en évidence que les habitants des régions frontalières ont, à l'exception des Biélorusses, accueilli de manière favorable les envahisseurs allemands. Si les résistants polonais de l'AK (Armée de l'intérieur) sont farouchement anti-nazis, dans les pays baltes et en Ukraine certains mouvements espèrent que les Allemands vont permettre la création d'armées nationales pour combattre les Soviétiques. Mais les nazis n'acceptent finalement que la constitution d'unités nationales de la Waffen SS.


L'auteur montre avec pertinence que les relations entre les nationalistes et les occupants nazis sont particulièrement complexes. Ainsi quand les nationalistes ukrainiens forment un gouvernement à Lvov le 30 juin 1941, les leaders sont arrêtés et Stepan Bandera passe la plus grande partie de la guerre dans un camps de concentration. Les Allemands n'acceptent finalement que la création d'une division de Waffen SS galicien qui est d'ailleurs envoyée en Italie. A contrario la Lettonie est le pays qui donne, par rapport à sa population, le plus grand nombre de volontaires au sein des troupes allemandes. Beaucoup de ceux qui rejoignent alors les unités de police participent aux atrocités contre les Juifs et certains se retrouvent par la suite dans les unités de partisans nationalistes. Statiev met en évidence qu'à l'exception des Ukrainiens, les nationalistes accordent une confiance trop grande aux Allemands et oublient de créer une alternative politique à la collaboration avec l'occupant. Cet aveuglément n'est pas partagé par tous puisque les Lituaniens et les Ukrainiens se détournent rapidement des nazis pour installer des infrastructures clandestines destinées à affronter les Soviétiques.


Avec le retour de l'armée rouge, la résistance nationaliste ukrainienne se développe et regroupe rapidement entre 25 000 et 40 000 combattants. Statiev analyse en détail les politiques de répression et de pacification soviétiques utilisées contre cette dernière. Cette stratégie contre-insurrectionnelle se traduit surtout par la multiplication des brutalités contre les civils, les partisans capturés et leurs familles. Seule les Biélorusses échappent à cette vague répressive et aux déportations de masse en raison de la faiblesse du nationalisme dans cette région.


Les mouvements nationalistes reçoivent quand à eux peu d'aide de la part des Occidentaux. Ces derniers sont plutôt intéressés par le renseignement et se montrent donc généralement opposés à la stratégie de guérilla. Sans aides extérieures entre 1950 et 1952 les mouvements nationalistes armés disparaissent et laissent la place à la résignation et à la passivité parmi les populations avant que les bouleversements de la fin des années 1980 ne réveillent un nationalisme seulement en sommeil dans ces régions occidentales de l'URSS.

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 09:45

David Stahel, Kiev 1941: Hitler's Battle for Supremacy in the East, Cambridge University Press, 2012.

 

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Le livre de David Stahel est le seul à notre connaissance à donner une étude complète de la bataille de Kiev de septembre 1941. Ce manque devait être comblé puisque Kiev est l'une des plus belles victoires allemandes tandis que pour beaucoup la décision d'Hitler de détourner l'avance sur Moscou pour détruire les forces soviétiques autours de cette ville fut une erreur stratégique lourde de conséquences.


Le livre débute avec une analyse de la situation stratégique dans les deux camps. Il relate ensuite l'ensemble des combats qui se déroulent autour de Kiev d’août à octobre 1941. La bataille est une gigantesque manœuvre d'encerclement qui coûte la vie à près de 650 000 soldats soviétiques. Pour décrire les combats l'auteur s'appuie en particulier sur les rapports des formations tactiques, les journaux des unités engagées ainsi que sur les lettres des soldats.


L’intérêt de la démonstration de Stahel est surtout de replacer cette bataille dans le cadre plus large de l'offensive allemande contre l'URSS. Il montre ainsi comment la Wehrmacht est obligée de jongler avec des forces déclinantes pour atteindre les objectifs fixés et comment la résistance soviétique, qui prend parfois la forme de contre-offensives, affaiblie progressivement le potentiel militaire allemand. Pour Stahel l'étude de la bataille de Kiev sert à démontrer et illustrer la justesse de la thèse qu'il a défendu dans son précédent ouvrage Operation Barbarossa and Germany's Defeat in the East déjà recensé par nos soins c'est à dire que l'épuisement de la Wehrmacht est tel au début septembre 1941 qu'il lui est désormais impossible de remporter la victoire finale. Ainsi le sort de la Seconde Guerre mondiale s'est joué à l'été 1941 dans les plaines de la Russie tandis que le monde entier compte les jours qu'il reste à vivre à l'Union soviétique.


Pour traiter son sujet David Stahel privilégie essentiellement le coté allemand. Cela provient du fait qu'il utilise majoritairement des archives allemandes et que le cœur de sa démonstration réside dans l'idée d'un épuisement précoce du potentiel militaire de la Wehrmacht. Pourtant le camp soviétique n'est pas délaissé ce qui fait également l'attrait de cet ouvrage. Il faut également noter que les notes, index et la bibliographie occupent prés du quart du livre.


Bien écrit, clair, s'appuyant sur une dizaine de cartes, le livre est au service d'une thèse argumentée qu'il illustre: les erreurs d'Hitler, les insuffisances de l'industrie allemande qui ne peut approvisionner le front, les querelles entre généraux scellent rapidement le sort de la Werhmacht. Les arguments sont forts et la démonstration de l'énormité des pertes allemandes est convaincante malgré les redites avec son précédent livre. L'œuvre de Stahel n'est évidemment pas faite pour être consensuelle et produit à la fois ses partisans et ses adversaires. Néanmoins elle est incontournable pour ceux qui souhaitent comprendre la guerre à l'Est.

 

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 09:31

Ben Shepherd, War in the Wild East: The German Army and Soviet Partisans, Cambridge MA., Harvard University Press, 2004.

 

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Le livre de Ben Shepherd s'inscrit dans une lignée déjà solide, celle des monographies sur les forces d'occupation allemandes en Russie durant la Seconde Guerre mondiale en s'appuyant sur l'étude d'une unité militaire particulière. Christopher Browning a ainsi étudié le 101° bataillon de police et, en France, Christan Ingrao s'est penché sur la brigade Dirlewanger. Ici c'est la 221° division de sécurité anti-partisane qui est auscultée.


A travers cette unité du groupe d'armée Centre, qui est perçue comme une micro-société, l'auteur analyse la formation, l'évolution et l'application de la doctrine contre-partisane de l'armée allemande, mais également les motivations des soldats qui ont appliqué les ordres brutaux reçus. A la croisée des travaux de Christopher Browning et d'Omer Bartov, pour Shepherd l'étude des actions de cette unité est un moyen d'analyser et de comprendre les ressorts de l'escalade de violence et de brutalités des forces allemandes envers les populations civiles.


Il montre comment dans la tradition militaire allemande, la guerre de partisans, que ce soit en France en 1871, en Afrique au moment de la conquête coloniale ou en Belgique en 1914, est considérée comme criminelle et doit donc être traitée d'une manière exclusivement brutale. Le Kommissarbefehl de 1941 et l'influence de l'idéologie nazie renforcent cette tendance et donc la propension des militaires allemands a utilisé la force contre les combattants irréguliers, favorisant les atrocités contre les civils.


L'auteur décrit ensuite l'activité anti-partisane de la 221° division à travers trois périodes. La première correspond à l'été 1941 où, dans la perspective d'un conflit de courte durée, l'armée ne cherche qu'à sécuriser ses voies de communication et d'approvisionnement. Mais les moyens consacrés à cette mission sont faibles. Quand la 221° division se voit donc confier la tache de sécuriser un territoire immense autour de Gomel ses effectifs sont insuffisants. Pour pallier cette faiblesse, elle déclenche alors des vagues de violences dans un seul but de prévention. La seconde période que met en évidence l'auteur débute à l'hiver 1941-1942 quand il devient évident que la guerre sera longue. Les cadres de la division mettent alors en place une politique de répression plus sophistiquée, notamment à travers une sorte d'action psychologique, pour reprendre un terme qui fera florès en Indochine ou en Algérie. Les réquisitions de bétails sont limitées tandis que ceux qui désertent les rangs des partisans sont dorénavant considérés comme des prisonniers de guerre et non plus comme des bandits. La dernière période étudiée débute après les défaites de Stalingrad et Koursk et se distingue caractérise par la mise en place d'une politique de terre brûlée systématique. Les forces allemandes balayent alors les zones contrôlées par les partisans, confisquent les ressources disponibles, déportent la main-d'œuvre et détruisent les bâtiments et les infrastructures.


Pour Ben Shepherd, si l'antisémitisme, le mépris des populations slaves, l'anti-bolchevisme déterminent l'attitude allemande, il montre que des facteurs plus matériels influent également sur les comportements. La faiblesse des moyens pour tenir de vastes étendus oblige progressivement les Allemands à élaborer une politique plus constructive que la simple répression brutale. Il montre également le rôle fondamental joué par l'encadrement: si les officiers issus de l'Allemagne orientale sont souvent les plus brutaux, ceux issus des provinces occidentales ou les anciens officiers de l'armée impériale font preuve de plus de retenue dans la répression. Il met également en évidence l'existence d'autres acteurs que l'armée dans la politique d'occupation et les brutalités commises en URSS que ce soit la SS mais aussi les services de la main-d'œuvre de Sauckel dont l'action doit être prise en compte.


Le livre de Shepherd est bien écrit et prend en compte l'historiographie la plus récente. L'auteur a également consulté un nombre important de documents issus des archives allemandes. C'est ici aussi l'un des reproches que l'on peut faire au livre, l'absence d'un point de vue soviétique que ce soit par le biais de témoignages ou de documents d'archives. Le paradoxe de l'ouvrage est en effet que les partisans en sont, à nos yeux, les grands absents.

 

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")