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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 08:00

Steven Zaloga, Inside the Blue Berets : A History of Soviet ans Russian Airborne Force, 1930-1995, Presidio, 1995.

 

Une histoire des paras soviétiques

Steven Zaloga est un auteur prolifique spécialisé dans l'histoire militaire de l'Union soviétique. Il livre ici un travail de qualité sur les forces aéroportées de l'URSS et de la Russie eltsinienne. L'originalité du sujet a pour résultat que le lecteur non spécialiste à l'agréable surprise d'apprendre beaucoup de choses. D'abord il est étonné de voir que dans le domaine des opérations aéroportées l'armée rouge est dans les années 1930 largement en avance sur ses homologues occidentales. Mais les purges qui frappent les militaires en 1937-1938 signent la fin des recherches théoriques dans ce domaine et des exercices pratiques.

 

La riche expérience accumulée se perd et les troupes aéroportées soviétiques perdent rapidement de leur efficacité. Cette faiblesse est criante lors des rares opérations aéroportées organisées durant la Seconde Guerre mondiale. Les avions ont des défauts et sont de piètres qualités, les pilotes manquent d'expériences et savent à peine voler de nuit et surtout derrière les lignes allemandes. Si les troupes aéroportées connaissent des succès ils ne sont pas compensés par le niveau élevé des pertes. Ces succès et ces échecs sont racontés en détail.

 

La majorité des troupes aéroportées sont utilisées comme une infanterie légère que ce soit lors de l'encerclement de Kiev en 1941, à Stalingrad ou à Koursk. Chaque fois que des forces parachutistes sont mises sur pied ou reconstituées elles sont aussitôt anéanties dans diverses opérations. Sur ce plan les Soviétiques ne font guère mieux que leur adversaire allemand.

 

Durant la guerre froide si les Américains ont considéré les forces aéroportées comme une infanterie légère les Soviétiques ont eu tendance à les transformer en division mécanisée. Ainsi leur armement a été augmenté tout comme leur puissance de feu tandis que le personnel a vu ses effectifs diminués. L'auteur relate aussi en détail l'utilisation de ses forces que ce soit en Hongrie en 1956, en Tchécoslovaquie en 1968 mais aussi en Afghanistan entre 1979 et 1989.

 

Les amateurs des troupes aéroportées prendront un réel plaisir à la lecture de cet ouvrage clair et bien écrit.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 08:00

Victor Kamenir, The Bloody Triangle: The Defeat of Soviet Armor in the Ukraine, June 1941, Zenith Press, 2009.

Barbarossa en Ukraine

La littérature consacrée à l'opération Barbarossa connaît une inflation galopante, du moins dans la langue de Shakespeare puisqu'en français rien ne point à l'horizon. Parmi les différents titres parus ces dernières années et où se remarque entre autres le travail de David Stahel, les historiens russes ne sont pas les plus négligeables. Parmi les ouvrages qui viennent de Russie et dont seul un petit nombre sont traduits en anglais citons celui de Victor Kamenir qui traite des combats dans le sud de la Russie entre la fin juin et le début de juillet 1941.

 

L'auteur se penche en particulier sur le corps mécanisé du district militaire spécial de Kiev qui comprend les 8e, 9e, 15e, 19e et 22e divisons. Il analyse les forces et faiblesses de cette unité ce qui permet ce mieux comprendre la nature des combats lors de l'opération Barbarossa.

 

L'ouvrage contribue a expliquer ce qui est arrivé à l'armée rouge à l'été 1941. Il montre surtout la formidable résistance des troupes soviétiques qui infligent de sévères pertes aux forces allemandes. Loin de s'effondrer rapidement certaines unités comme la 1ere brigade antichar ou le groupe de combat Lukin organisent des pôles de résistance tenace. La percée des hommes du commissaire Popel à travers les lignes allemandes a Dubno, qui affecte l'avance de la Werhmacht dans le sud de la Russie est décrite en détail. L'auteur montre également que le manque de communication entre les unités soviétiques joue un rôle important. Ainsi le 8e corps mécanisé doit parcourir des centaines de kilomètres avant d'engager le combat car il est déplacé d'un endroit à l'autre dans une confusion totale. Différentes instances de commandements donnent des ordres contradictoires qui provoquent le chaos.

 

Si l'angle d'approche de l'ouvrage est pertinent ce livre souffre néanmoins d'un défaut rédhibitoire. L'auteur signale rarement ses sources. Quand il le fait c'est de manière si succincte que le lecteur est incapable de l'identifier correctement. Sinon il est impossible de savoir d'où proviennent les données, souvent intéressantes, qui nourrissent le texte. Le lecteur qui s'intéresse au front de l'Est peut lire cet ouvrage avec profit, d'autant qu'en focalisant son attention sur les corps mécanisés il donne à voir ce que seront les opérations de l'armée soviétique durant le reste de la guerre. Mais sans citer les sources utilisées, ce livre forme une impasse pour ceux qui voudraient initier de nouvelles recherches ou simplement assouvir leur curiosité.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Barbarossa
14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 08:00

Mark Edele, Soviet Veterans of World War II, A Popular Movement in an Authoritarian Society, 1941-1991, Oxford University Press, 2009.

Les vétérans soviétiques

Les soldats qui retournent à la vie civile une fois les combats terminés sont généralement les grands oubliés de l'histoire. Une exception notable à cet oubli est le remarquable travail qu'Antoine Prost a consacré aux vétérans français de la Grande Guerre, démontrant la place central joué par ces derniers dans l'histoire sociale, culturelle et politique de la France de l'entre-deux guerres.

 

Mark Edel essaye quand à lui de sortir de l'oubli les millions de vétérans soviétiques de la Grande Guerre patriotique. Il suit le destin de ces femmes et de ces hommes depuis les difficultés qu'ils ont rencontrées après leur démobilisation pour se réadapter aux normes de la société, puis sous Krouchtchev, Brejnev, au moment de la Perestroïka de Gorbatchev et même au-delà de la disparition de l'Union soviétique.

 

La première partie du livre s'intéresse à la réinsertion sociale des vétérans dans l'immédiat après-guerre en étudiant le retour en URSS des soldats depuis l'Europe centrale, l'accueil qui leur est réservé et le difficile retour à la vie civile. Les conditions du retour sont extrêmement diverses, en voiture ou en train dans des conditions de conforts précaires. Des soldats rentrent ainsi juchés sur le toit des trains et pour certains en auto-stop.

 

La majorité des vétérans espérait beaucoup de l'accueil que leur réservait la Mére-Patrie à qui ils avaient offert leur jeunesse. Mais cet accueil et le retour à la vie civile ne sont pas uniformes. Les plus chanceux trouvent rapidement un emploi avec l'aide du gouvernement voire de la famille ou de leurs amis tandis que de nombreux autres, dépourvut de compétences professionnelles, face à une bureaucratie qui traîne les pieds pour les aider deviennent des invalides sociaux.

 

La seconde partie du livre est certainement la plus intéressante du destin collectif des vétérans dans la société soviétique. Pour certains le statut de vétérans leur a permis d'entrer dans l'appareil du Parti ou d'accéder à certains emplois qu'ils n'auraient pu avoir. D'autres sont devenu des parias. L'histoire la plus touchante est celle des invalides de guerre. Si beaucoup trouvent un emploi, certains forment des bandes criminelles d'autres deviennent des mendiants professionnels victime des campagnes du régime pour débarrasser les villes des « éléments asociaux parasites ».

 

L'auteur parle aussi du destin des anciens prisonniers de guerre qui, de retour en URSS, passe par des camps de filtrage où ils subissent les interrogatoires du NKVD. Si, contrairement à une légende solidement ancrée, ils ne prennent pas directement le chemin du Goulag, leur statut d'anciens prisonniers agit comme un stigmate qui les empêche parfois d'obtenir un emploi ou de le conserver. Dans les années 1980 des voix se font encore entendre pour que l'État donne un statut spécial à ceux qui ont été fait prisonniers sans avoir été blessés au préalable. Hélas l'auteur passe sous silence le cas des anciens prisonniers qui ont acceptés de servir les Allemands.

 

La dernière partie traite des vétérans en tant que force collective capable de mobilisations telle que la signature de pétitions pour réclamer des droits et avantages sociaux. Ces mobilisations leur attirent des sympathies mais aussi des oppositions au sein de la société et de l'appareil d’État.

 

Le livre de Edel, en suivant une catégorie particulière de la population soviétique à travers près de 50 ans livre en creux une histoire de l'URSS et de l'armée rouge. Il permet aussi d'interroger certains mythes notamment sur le destin des anciens prisonniers de guerre. Au final les espérances de ces soldats au retour du front ont été déçus et si certains en ont tiré des bénéfices, nombreux sont ceux qui ont dû se débrouiller seul pour s'intégrer dans la vie civile sans oublier les laissés pour compte, dernières victimes de la guerre.

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 09:00

Hope Hamilton, Sacrifice ont the Steppe : The Italian Alpine Corps in Stalingrad Campaign, 1942-1943, Casemate Books, 2011.

 

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Alors qu'Hitler déclenche l'opération Barbarossa, le royaume d'Italie déclare la guerre à l'URSS et Mussolini décide de mettre sur pied un corps expéditionnaire pour combattre en Union soviétique. C'est ainsi qu'une force de 62 000 soldats italiens se joint à l'opération Barbarossa malgré les réticences d'Hitler. Pour le Duce il s'agit surtout là du meilleur moyen d'assurer à l'Italie sa part du butin dans la future victoire de l'Axe à l'Est.


Le livre de Hope Hamilton nous raconte l'histoire de cette troupe et se penche avant tout sur l'histoire individuelle de ces Italiens partis combattre dans les steppes russes. Le récit s'appuie essentiellement sur des archives, des témoignages et des entretiens avec des vétérans qui ont survécu à la décision tragique de Mussolini qui a d'ailleurs continué à envoyer des renforts en 1942.


L'auteur privilégie donc le quotidien des soldats italiens en URSS au détriment d'une étude approfondie sur le rôle strictement militaire du corps expéditionnaire dans le déroulement du conflit. Il est vrai, comme le souligne à juste titre l'auteur, que les Allemands accordent une confiance très limitée à leur allié italien n'hésitant pas à placer les troupes de montagnes, les fameux Alpini, le long du Don, loin du Caucase où ils pourraient démontrer leur savoir faire.


Hope Hamilton explique auss comment les Alpini ont participé au plan bleu, puis à la prise de Stalingrad à l'automne 1942. Quand les Soviétiques lancent l'offensive qui va conduire à l'encerclement de la ville, les Italiens parviennent à sortir de la nasse qui se referme sur la 6e armée allemande de Paulus et à rejoindre le Don où ils subissent de nouvelles attaques de la part d'une armée rouge qui rêve de s'emparer de Rostov.


L'ouvrage est accompagné de notes abondantes, d'un index et d'une bonne bibliographie. Répétons-le, celui qui recherche avant tout une analyse critique de la campagne militaire des Italiens en URSS sera déçu par cet ouvrage. Au contraire le lecteur qui s’intéresse en premier lieu à la vie des soldats italiens et à leur vision du conflit sera quand à lui comblé. D'une lecture agréable et donnant un point de vue original sur une bataille déjà largement connue, ce livre comble aussi un vide, celui sur la participation italienne à la guerre à l'Est.

 

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 11:17

Stephen G. Fritz, Ostkrieg: Hitler's War of Extermination in the East, University Press of Kentucky, 2011.

 

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Alors que de nombreuses études paraissent qui cherchent à apporter un regard neuf sur l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement du front de l'Est, le livre de Stephen Fritz n'est bien souvent qu'une synthèse d'analyse datée notamment concernant les Soviétiques où s'alignent les stéréotypes de la guerre froide. Ainsi il est sans cesse répété que les effectifs de l'armée rouge étaient de dix à quinze fois supérieurs à ceux de la Wehrmacht et que les succès soviétique sont uniquement le fruit de cette pléthore de soldats et de matériel lancée par vague d'assaut frontale contre les Allemands. L'étude des campagnes militaires est remplie de nombreuses erreurs, notamment pour la bataille de Koursk. Les victoires soviétiques sont présentés comme le fruit d'un fanatisme entretenue par des rations de vodka quand elles ne sont pas tout simplement le fruit de défaillances allemandes face à des Soviétiques incompétents.


Le point fort du livre réside dans l'étude du processus complexe qui a conduit à la mise en œuvre de la solution finale. Mais là aussi le lecteur ne fait que retrouver des analyses issus des travaux de Christopher Browning ou bien des publications sur le rôle de la Wehrmacht dans le génocide à l'Est comme celle d'Omer Bartov. Néanmoins la synthèse sur ces sujets est solide et permet au lecteur d'apprendre beaucoup


Au final il est donc dommage que l'analyse du rôle de la Wehrmacht dans les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité perpétrés sur le front de l'est, si pertinente soit-elle, s'accompagne d'une méconnaissance systématique de l'histoire militaire et opérationnelle du conflit. Les stéréotypes de guerre froide gâchent donc de manière irrémédiables une bonne synthèse sur la politique d'extermination allemande. Mais celui qui connait mal cette histoire ainsi que celle de la guerre germano-soviétique doit poursuivre avec des lectures supplémentaires s'il veut en avoir une compréhension objective.

 

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 11:25

David Glantz, Barbarossa Derailed: The Battle for Smolensk, 10 July-10 September 1941, volume 2, Helion and Company, 2011

 

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Le volume 2 de l'opus de David Glantz reprend là où le premier avait laissé le lecteur. Tout au long de ces deux volumes l'auteur veut montrer qu'avant même l'opération Thyphon, la tentative de s'emparer de Moscou, la Wehrmacht était militairement condamnée. Avec la bataille de Smolensk, le groupe d'armée centre souffre, du coté allemand, des continuelles contre-offensives soviétiques. La combativité de l'armée rouge est alors bien plus élevée que ne l'avait pensée les Allemands. Elle oblige l'armée allemande a opéré l'encerclement de Kiev qui met hors de combat près d'un million de soldats soviétiques, opération indispensable pour sécuriser les flancs du groupe d'armée centre en prévision de l'assaut sur Moscou.


Le pari de Glantz est largement tenu. Il réussit à montrer qu'à de nombreuses occasions, en raison d'ordres données par Staline, l'armée rouge s'est retrouvée dans des situations difficiles, incapable d'accomplir les missions données. Ainsi les meilleurs unités soviétiques qui faisaient face au groupe d'armée centre ont été perdu dans les deux premières semaines de la guerre avec l'encerclement de Minsk. Le reste des troupes est composée de réservistes ou de conscrits qui sont loin d'avoir la même expérience des combats que leurs adversaires. Les Soviétiques développent donc une stratégie d'attrition qui saigne les divisions allemandes notamment lors de tentatives de percées dans la poche de Smolensk. Alors que les divisions de blindées et d'infanteries de la Wehrmacht commencent à avoir besoin de repos pour se remettre en état, elles sont constamment harcelées par des contre-offensives soviétiques qui gagnent en intensité.


C'est là que débute le volume 2 avec l'histoire des offensives lancées sur trois fronts sous les ordres de Timochenko, Joukov et Eremenko. Si la victoire de Joukov à Yelnia est bien connue, Glantz montre que c'est l'opération menée par Timochenko qui provoque le plus de pertes pour les Allemands. A contrario l'action dirigée par Eremenko est la moins performante surtout en raison de l'insistance de Staline a continuellement attaquer ce qui condamne inutilement de nombreuses vies.


Dans sa conclusion Glantz insiste sur le fait qu'il existe encore des lacunes dans l'histoire du front de l'Est notamment pour l'année 1941. Il en donne pour preuve l'ignorance des quelques victoires remportées alors par l'Armée rouge, il est vrai au prix de sévères pertes. Il montre surtout que l'encerclement de Smolensk, qui est trop souvent présentée comme un simple prélude à l'opération Typhon, marque en réalité le début de la défaite allemande devant Moscou. Les pertes que subit la Wehrmacht n'ont pu être réparées avant le déclenchement de l'offensive sur Moscou. Au final le temps gagné par l'Armée rouge a permit aux Soviétiques d'amener sur le front des hommes et du matériel frais pour sauver la capitale. La victoire devant Moscou est donc bien le fruit du sacrifice de ces centaines de milliers de soldats tombés autours de Smolensk de juillet à septembre.

 

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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 07:42

Krisztian Ungvary, Battle for Budapest, 100 Days inWorld War II, OB. Tauris, 2003.

 

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Voici un livre d'universitaire qui étudie un sujet largement négligé: la prise de Budapest pat les Soviétiques au tournant de l'année 1944-1945. L'Armée rouge progresse alors de manière irrésistible face à une Wehrmacht qui résiste désespérément jusqu'à sa destruction avec ici comme toile de fond le martyre d'une ville qui est une des capitales historiques de la culture européenne. Remarquons d'abord que le travail de l'auteur repose en grande partie sur les témoignages de participants hongrois qui n'ont pu s'exprimer qu'après la chute du régime communiste en 1989.


La Hongrie a été l'alliée de l'Allemagne et des troupes hongroises sont donc partis dès 1941 se battre en Russie au coté de la Wehrmacht. Quand, après Stalingrad, l'éventualité d'une défaite du IIIe Reich, devient de plus en plus probable, la Hongrie se retrouve alors sur la liste noire de Staline avec la Finlande et la Roumanie. Pourtant quand le front atteint Budapest en décembre 1944, le drame de la Hongrie est en partie déjà joué. En effet au début de l'année, quand les troupes soviétiques se rapprochent de la frontière, le régent Horthy, qui gouverne le pays depuis 1919, songe à négocier avec les Alliés occidentaux. Au courant, les Allemands envahissent alors le pays pour mettre fin à toute possibilité d'une défection hongroise. Les nazis profitent aussi de l'occasion pour déporter la communauté juive hongroise, la dernière qui avait échappé jusque là à la Solution finale. En octobre, quand Horthy tente une dernière fois de s'entendre avec les Alliés pour sortir son pays du conflit, les Allemands le renversent et mettent au pouvoir Ferenc Szalasin le chef du mouvement fasciste des Croix fléchées.


En décembre 1944, la bataille de Budapest se joue donc avec des Hongrois spectateurs du drame qui les touche. Les Allemands sont devenus brutaux avec leur ancien allié. Ils se déchirent également pour la primauté entre Wehrmacht et Waffen SS dans un désordre bureaucratique caractéristique de la fin du nazisme. Les Soviétiques quand à eux se battent avec un mélange d'ingéniosité et de brutalité où domine l'absence de considération pour les pertes humaines. Les quelques troupes hongroises qui défendent la capitale sont sous-équipées et totalement subordonnés aux Allemands, ce qui n'est pas fait pour remonter le moral des hommes.


L'auteur décrit particulièrement bien les opérations militaires qui marquent la prise de Budapest. Après une tentative ratée de pénétrer dans la ville à la fin de l'automne, les Soviétiques mènent avec succès en décembre une opération d'encerclement, modèle classique de l'art opérationnel soviétique. Les tentatives allemandes pour porter secours aux assiégés échouent en janvier, de même que la tentative de sortie de février avant la chute de la ville. La description des opérations à l'intérieur de la ville est très détaillé et nécessite même de consulter régulièrement un plan pour suivre le déroulement des combats.


L'auteur décrit bien aussi la confusion qui s'empare de la population de Budapest pour qui la rapidité de l'encerclement menée par les 2e et 3e fronts ukrainiens interdit toute possibilité d'évacuation. Le million d'habitants se cachent alors dans les immeubles que les armées se disputent. Les habitants sont aussi les victimes des atrocités commises par les Croix fléchées puis par des Soviétiques qui se livrent au pillage et au viol.


Le lecteur peut parfois regretter des longueurs mais le livre est d'importance en réhabilitant un épisode peu connu de la fin du Second conflit mondial en Europe. Les sacrifices d'une armée hongroise qui défendait le sol de sa patrie mais qui en réalité ne faisait que jouer les seconds rôles symbolisent parfaitement le drame des petites nations de l'Europe orientale prises dans un conflit titanesque qui les a dépassés du début à la fin.

 

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 07:46

Albert L. Weeks, Russia's Life-Saver: Lend-Lease Aid to USSR in World War II, Lexington Books, 2004.

 

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Voici un livre sur un sujet peu traité dans l'historiographie de la Seconde Guerre mondiale et qui s'appuie ici sur des archives soviétiques. La thèse de l'auteur est simple: le programme de prêt-bail, Lend-Lease en anglais, a été un facteur important dans la survie de l'Union soviétique et donc de la victoire finale sur le nazisme.


Le livre montre que l'aide américaine a surtout été indispensable sans deux domaines. Avec de grandes régions agricoles aux mains des Allemands et un système de distribution et de transport catastrophique, les Soviétiques se sont vite trouvés au bord de la famine. Sans l'aide occidentale c'est l'ensemble de la population soviétique qui aurait connu le sort des habitants piégés dans Léningrad. Tout aussi importante est la contribution du Lend-Lease dans le domaine des transports. Il aurait en effet été impossible à l'Armée rouge d'acheminer la masse de ses troupes et de ses fournitures vers le front sur des routes primitives sans les camions américains Studebaker. Ces derniers ont aussi servi de rampe de lancement aux fameuses katiouchas si redoutées par les Allemands. L'auteur montre aussi que ces camions ont servi pour des opérations qui avaient peu à voir avec l'effort de guerre notamment la déportation des populations musulmanes du Caucase du nord.


Le matériel militaire livré par les Américains joue un rôle moins important car généralement il est inférieur aux machines allemandes et souvent il est peu adapté aux terrains russes. Pourtant des avions américains pilotés par des Soviétiques sont largement utilisés. C'est le cas du Bell P-39 Aircobra, peu apprécié par les pilotes occidentaux, mais que les Soviétiques utilisent comme chasseur de basse altitude et soutien au sol.


En plus des armes et de la nourriture, le système du prêt-bail a fourni à l'URSS des vêtements et des métaux. Avec le début de la guerre froide cet épisode de la Seconde Guerre a été oublié avant de resurgir à partir de la Glasnost. Grâce aux nombreux travaux réalisés depuis il est possible d'affirmer que le prêt-bail a fourni une aide vitale à l'URSS alors que le pays était dans une situation désespérée. Il a ainsi renforcé la puissance de Staline, ce qui ne dérangeait guère Roosevelt qui voyait dans le maître du Kremlin un contrepoids aux puissances coloniales européennes.


La victoire sur l'Allemagne nazie a été remportée grâce à la puissance économique américaine et aux pertes humaines soviétiques. L'URSS après 1945 avait besoin d'une version nouvelle du prêt-bail pour se reconstruire mais Staline a rejeté le plan Marshall. Il a préféré engager son pays dans une politique impériale dont les coûts dépassaient les capacités soviétiques ce qui a provoqué à terme la chute du régime.

 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 07:46

David Glantz, Barbarossa Derailed: The Battle for Smolensk, 10 July-10 September 1941, volume 1, Helion and Company, 2010.

 

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David Glantz est le grand expert du front de l'Est durant la Seconde Guerre mondiale depuis des années. Si ses ouvrages peuvent porter à discussion il ne fait aucun doute que c'est grace à lui que les études sur le front de l'Est ont atteint le statut qu'elles ont dorénavant. Avec Barbarossa Derailed, Glantz donne du crédit à la thèse déjà posée par certains historiens qui avancent que l'invasion de l'URSS a été une cause perdue dès la bataille de Smolensk.


Avec donc une hypothèse de départ semblable à celle développée par David Stahel, Glantz fait valoir, en apportant de solides arguments, que Smolensk marque la fin du blitzkieg allemand à l'est. Il commence sa démonstration par le récit des premiers jours et semaines de l'invasion allemande. Les carences soviétiques sont alors évidentes avec pour résultat que la majeure partie des meilleures troupes russes sont mises rapidement hors de combat. Pour pallier ces pertes, les autorités instruisent rapidement des réservistes qui sont alors utilisées comme chairs à canon. Mais ces milliers de sacrifiés participent à la réussite d'opérations tactiques mineures mais qui parviennent à interrompre régulièrement l'avance allemande permettant ainsi de gagner du temps pour construire de nouvelles lignes de défense et acheminer des troupes fraiches. La Wehrmacht doit donc faire continuellement face à de nouvelles troupes soviétiques mal entraînées et sous-équipées ce qui ne l'empêche pas de leurs infliger des défaites à grande échelle à Minsk et Smolensk mais l'épuise.


La contribution essentielle de l'ouvrage est donc de montrer que la bataille de Smolensk n'est pas une énième défaite soviétique mais plutôt le symbole de la pugnacité de l'armée rouge qui, tout en « saignant » l'armée allemande, apprend peu à peu les rudiments de la guerre moderne. Koniev et Rokossovski symbolisent en particulier cette volonté de retarder la Wehrmacht et de l'épuiser lors des combats qui précèdent et qui suivent l'encerclement de Smolensk. La résistance désespérée des Soviétiques est alors largement responsable des retards que prend le déroulement de l'opération Barbarossa.


Le livre de Glantz est d'une richesse extrême et permet au lecteur d'apprendre beaucoup. Il explique ainsi que Joukov durant Barbarossa préfère toujours l'attaque à l'immobilisme et pour cela qu'iil n'hésite pas à rétrograder des commandants de division qui ne prennent pas d'initiatives. Mais ce livre est aussi ardue, difficile à lire, complexe. Le sens du détail de Glantz rend difficile le suivie des opérations malgré les nombreuses cartes qu'il propose. Pourtant, malgré cette difficulté de lecture ce livre est incontournable pour connaître les débuts de la guerre à l'est et offre un matériel abondant permettant de revisiter ce conflit.

 

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 07:42

Jack Radey, Charles Sharp, The Defense of Moscow 1941: The Northern Flank, Pen and Sword, 2012.

 

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Le livre de Jack Radey et de Charles Sharp se concentre essentiellement sur les combats autour de Kalinine au début de l'opération Typhon. Les affrontements qui se déroulent sur le flanc nord de Moscou ont un impact direct sur les actions de l'armée allemande en vue de s'emparer de la capitale soviétique. Le livre permet ainsi de se faire une idée plus juste du déroulement des opérations militaires sur le front de l'Est en 1941. Il permet surtout de dépasser l'image d'une campagne de 1941 qui se laisse résumer trop souvent à une suite de victoires allemandes avant que la météo, la logistique et le courage de l'armée rouge arrêtent la marée feldgrau aux portes du Kremlin. Si les ouvrages de David Glantz et David Stahel sont précieux pour avoir une vision plus nuancée de l'opération Barbarossa, le livre de Radey et Forte s'inscrit dans ce courant.


En moins de 200 pages l'ouvrage retrace la défense de Kalinine en octobre 1941 en utilisant aussi bien les sources soviétiques que les sources allemandes. Les auteurs montrent ainsi que les Allemands ne souhaitent pas attaquer Moscou de front mais plutôt à encercler la ville. Une fois les forces soviétiques de Viazma et Briansk neutralisées, les généraux allemands estiment que le danger principal ne vient pas des troupes rouges devant Moscou mais de celles qui se trouvent sur les flancs de la Wehrmacht. Pour les auteurs les Allemands cherchent en attaquant Kalinine à encercler à nouveau les forces soviétiques au cours d'une nouvelle grande offensive. De leur coté les Soviétiques, dont les communications sont mauvaises et qui grappillent des unités déjà décimées pour faire face aux Allemands, connaissent de nombreux échecs. Mais cette perpétuelle résistance soviétique épuise petit à petit le potentiel offensif allemand et conduit à son effondrement lors de la contre-offensive russe de décembre.


Telle qu'exposée ci-dessus la thèse de l'ouvrage peut laisser perplexe. Il nous semble qu'elle surestime l'impact de la bataille de Kalinine sur le potentiel de la Wehrmacht alors que l'encerclement de Smolensk a déjà « saigné » l'armée allemande. Il fait pourtant peu de doute que les constantes actions offensives menées par Joukov ou bien Koniev devant Léningrad, Smolensk ou Kalinine ont lentement épuisées les Allemands en chemin pour Moscou.


L'ouvrage s'inscrit bien dans une longue série d'études qui depuis quelques années donnent une vision plus exacte de l'évolution du conflit entre juin et décembre 1941. Le lecteur ne pourra donc que regretter l'absence d'une étude originale qui synthétise l'ensemble des connaissances acquises sur cette période.

 

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")