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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 09:00

Hope Hamilton, Sacrifice ont the Steppe : The Italian Alpine Corps in Stalingrad Campaign, 1942-1943, Casemate Books, 2011.

 

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Alors qu'Hitler déclenche l'opération Barbarossa, le royaume d'Italie déclare la guerre à l'URSS et Mussolini décide de mettre sur pied un corps expéditionnaire pour combattre en Union soviétique. C'est ainsi qu'une force de 62 000 soldats italiens se joint à l'opération Barbarossa malgré les réticences d'Hitler. Pour le Duce il s'agit surtout là du meilleur moyen d'assurer à l'Italie sa part du butin dans la future victoire de l'Axe à l'Est.


Le livre de Hope Hamilton nous raconte l'histoire de cette troupe et se penche avant tout sur l'histoire individuelle de ces Italiens partis combattre dans les steppes russes. Le récit s'appuie essentiellement sur des archives, des témoignages et des entretiens avec des vétérans qui ont survécu à la décision tragique de Mussolini qui a d'ailleurs continué à envoyer des renforts en 1942.


L'auteur privilégie donc le quotidien des soldats italiens en URSS au détriment d'une étude approfondie sur le rôle strictement militaire du corps expéditionnaire dans le déroulement du conflit. Il est vrai, comme le souligne à juste titre l'auteur, que les Allemands accordent une confiance très limitée à leur allié italien n'hésitant pas à placer les troupes de montagnes, les fameux Alpini, le long du Don, loin du Caucase où ils pourraient démontrer leur savoir faire.


Hope Hamilton explique auss comment les Alpini ont participé au plan bleu, puis à la prise de Stalingrad à l'automne 1942. Quand les Soviétiques lancent l'offensive qui va conduire à l'encerclement de la ville, les Italiens parviennent à sortir de la nasse qui se referme sur la 6e armée allemande de Paulus et à rejoindre le Don où ils subissent de nouvelles attaques de la part d'une armée rouge qui rêve de s'emparer de Rostov.


L'ouvrage est accompagné de notes abondantes, d'un index et d'une bonne bibliographie. Répétons-le, celui qui recherche avant tout une analyse critique de la campagne militaire des Italiens en URSS sera déçu par cet ouvrage. Au contraire le lecteur qui s’intéresse en premier lieu à la vie des soldats italiens et à leur vision du conflit sera quand à lui comblé. D'une lecture agréable et donnant un point de vue original sur une bataille déjà largement connue, ce livre comble aussi un vide, celui sur la participation italienne à la guerre à l'Est.

 

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 11:17

Stephen G. Fritz, Ostkrieg: Hitler's War of Extermination in the East, University Press of Kentucky, 2011.

 

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Alors que de nombreuses études paraissent qui cherchent à apporter un regard neuf sur l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement du front de l'Est, le livre de Stephen Fritz n'est bien souvent qu'une synthèse d'analyse datée notamment concernant les Soviétiques où s'alignent les stéréotypes de la guerre froide. Ainsi il est sans cesse répété que les effectifs de l'armée rouge étaient de dix à quinze fois supérieurs à ceux de la Wehrmacht et que les succès soviétique sont uniquement le fruit de cette pléthore de soldats et de matériel lancée par vague d'assaut frontale contre les Allemands. L'étude des campagnes militaires est remplie de nombreuses erreurs, notamment pour la bataille de Koursk. Les victoires soviétiques sont présentés comme le fruit d'un fanatisme entretenue par des rations de vodka quand elles ne sont pas tout simplement le fruit de défaillances allemandes face à des Soviétiques incompétents.


Le point fort du livre réside dans l'étude du processus complexe qui a conduit à la mise en œuvre de la solution finale. Mais là aussi le lecteur ne fait que retrouver des analyses issus des travaux de Christopher Browning ou bien des publications sur le rôle de la Wehrmacht dans le génocide à l'Est comme celle d'Omer Bartov. Néanmoins la synthèse sur ces sujets est solide et permet au lecteur d'apprendre beaucoup


Au final il est donc dommage que l'analyse du rôle de la Wehrmacht dans les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité perpétrés sur le front de l'est, si pertinente soit-elle, s'accompagne d'une méconnaissance systématique de l'histoire militaire et opérationnelle du conflit. Les stéréotypes de guerre froide gâchent donc de manière irrémédiables une bonne synthèse sur la politique d'extermination allemande. Mais celui qui connait mal cette histoire ainsi que celle de la guerre germano-soviétique doit poursuivre avec des lectures supplémentaires s'il veut en avoir une compréhension objective.

 

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 11:25

David Glantz, Barbarossa Derailed: The Battle for Smolensk, 10 July-10 September 1941, volume 2, Helion and Company, 2011

 

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Le volume 2 de l'opus de David Glantz reprend là où le premier avait laissé le lecteur. Tout au long de ces deux volumes l'auteur veut montrer qu'avant même l'opération Thyphon, la tentative de s'emparer de Moscou, la Wehrmacht était militairement condamnée. Avec la bataille de Smolensk, le groupe d'armée centre souffre, du coté allemand, des continuelles contre-offensives soviétiques. La combativité de l'armée rouge est alors bien plus élevée que ne l'avait pensée les Allemands. Elle oblige l'armée allemande a opéré l'encerclement de Kiev qui met hors de combat près d'un million de soldats soviétiques, opération indispensable pour sécuriser les flancs du groupe d'armée centre en prévision de l'assaut sur Moscou.


Le pari de Glantz est largement tenu. Il réussit à montrer qu'à de nombreuses occasions, en raison d'ordres données par Staline, l'armée rouge s'est retrouvée dans des situations difficiles, incapable d'accomplir les missions données. Ainsi les meilleurs unités soviétiques qui faisaient face au groupe d'armée centre ont été perdu dans les deux premières semaines de la guerre avec l'encerclement de Minsk. Le reste des troupes est composée de réservistes ou de conscrits qui sont loin d'avoir la même expérience des combats que leurs adversaires. Les Soviétiques développent donc une stratégie d'attrition qui saigne les divisions allemandes notamment lors de tentatives de percées dans la poche de Smolensk. Alors que les divisions de blindées et d'infanteries de la Wehrmacht commencent à avoir besoin de repos pour se remettre en état, elles sont constamment harcelées par des contre-offensives soviétiques qui gagnent en intensité.


C'est là que débute le volume 2 avec l'histoire des offensives lancées sur trois fronts sous les ordres de Timochenko, Joukov et Eremenko. Si la victoire de Joukov à Yelnia est bien connue, Glantz montre que c'est l'opération menée par Timochenko qui provoque le plus de pertes pour les Allemands. A contrario l'action dirigée par Eremenko est la moins performante surtout en raison de l'insistance de Staline a continuellement attaquer ce qui condamne inutilement de nombreuses vies.


Dans sa conclusion Glantz insiste sur le fait qu'il existe encore des lacunes dans l'histoire du front de l'Est notamment pour l'année 1941. Il en donne pour preuve l'ignorance des quelques victoires remportées alors par l'Armée rouge, il est vrai au prix de sévères pertes. Il montre surtout que l'encerclement de Smolensk, qui est trop souvent présentée comme un simple prélude à l'opération Typhon, marque en réalité le début de la défaite allemande devant Moscou. Les pertes que subit la Wehrmacht n'ont pu être réparées avant le déclenchement de l'offensive sur Moscou. Au final le temps gagné par l'Armée rouge a permit aux Soviétiques d'amener sur le front des hommes et du matériel frais pour sauver la capitale. La victoire devant Moscou est donc bien le fruit du sacrifice de ces centaines de milliers de soldats tombés autours de Smolensk de juillet à septembre.

 

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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 07:42

Krisztian Ungvary, Battle for Budapest, 100 Days inWorld War II, OB. Tauris, 2003.

 

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Voici un livre d'universitaire qui étudie un sujet largement négligé: la prise de Budapest pat les Soviétiques au tournant de l'année 1944-1945. L'Armée rouge progresse alors de manière irrésistible face à une Wehrmacht qui résiste désespérément jusqu'à sa destruction avec ici comme toile de fond le martyre d'une ville qui est une des capitales historiques de la culture européenne. Remarquons d'abord que le travail de l'auteur repose en grande partie sur les témoignages de participants hongrois qui n'ont pu s'exprimer qu'après la chute du régime communiste en 1989.


La Hongrie a été l'alliée de l'Allemagne et des troupes hongroises sont donc partis dès 1941 se battre en Russie au coté de la Wehrmacht. Quand, après Stalingrad, l'éventualité d'une défaite du IIIe Reich, devient de plus en plus probable, la Hongrie se retrouve alors sur la liste noire de Staline avec la Finlande et la Roumanie. Pourtant quand le front atteint Budapest en décembre 1944, le drame de la Hongrie est en partie déjà joué. En effet au début de l'année, quand les troupes soviétiques se rapprochent de la frontière, le régent Horthy, qui gouverne le pays depuis 1919, songe à négocier avec les Alliés occidentaux. Au courant, les Allemands envahissent alors le pays pour mettre fin à toute possibilité d'une défection hongroise. Les nazis profitent aussi de l'occasion pour déporter la communauté juive hongroise, la dernière qui avait échappé jusque là à la Solution finale. En octobre, quand Horthy tente une dernière fois de s'entendre avec les Alliés pour sortir son pays du conflit, les Allemands le renversent et mettent au pouvoir Ferenc Szalasin le chef du mouvement fasciste des Croix fléchées.


En décembre 1944, la bataille de Budapest se joue donc avec des Hongrois spectateurs du drame qui les touche. Les Allemands sont devenus brutaux avec leur ancien allié. Ils se déchirent également pour la primauté entre Wehrmacht et Waffen SS dans un désordre bureaucratique caractéristique de la fin du nazisme. Les Soviétiques quand à eux se battent avec un mélange d'ingéniosité et de brutalité où domine l'absence de considération pour les pertes humaines. Les quelques troupes hongroises qui défendent la capitale sont sous-équipées et totalement subordonnés aux Allemands, ce qui n'est pas fait pour remonter le moral des hommes.


L'auteur décrit particulièrement bien les opérations militaires qui marquent la prise de Budapest. Après une tentative ratée de pénétrer dans la ville à la fin de l'automne, les Soviétiques mènent avec succès en décembre une opération d'encerclement, modèle classique de l'art opérationnel soviétique. Les tentatives allemandes pour porter secours aux assiégés échouent en janvier, de même que la tentative de sortie de février avant la chute de la ville. La description des opérations à l'intérieur de la ville est très détaillé et nécessite même de consulter régulièrement un plan pour suivre le déroulement des combats.


L'auteur décrit bien aussi la confusion qui s'empare de la population de Budapest pour qui la rapidité de l'encerclement menée par les 2e et 3e fronts ukrainiens interdit toute possibilité d'évacuation. Le million d'habitants se cachent alors dans les immeubles que les armées se disputent. Les habitants sont aussi les victimes des atrocités commises par les Croix fléchées puis par des Soviétiques qui se livrent au pillage et au viol.


Le lecteur peut parfois regretter des longueurs mais le livre est d'importance en réhabilitant un épisode peu connu de la fin du Second conflit mondial en Europe. Les sacrifices d'une armée hongroise qui défendait le sol de sa patrie mais qui en réalité ne faisait que jouer les seconds rôles symbolisent parfaitement le drame des petites nations de l'Europe orientale prises dans un conflit titanesque qui les a dépassés du début à la fin.

 

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 07:46

Albert L. Weeks, Russia's Life-Saver: Lend-Lease Aid to USSR in World War II, Lexington Books, 2004.

 

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Voici un livre sur un sujet peu traité dans l'historiographie de la Seconde Guerre mondiale et qui s'appuie ici sur des archives soviétiques. La thèse de l'auteur est simple: le programme de prêt-bail, Lend-Lease en anglais, a été un facteur important dans la survie de l'Union soviétique et donc de la victoire finale sur le nazisme.


Le livre montre que l'aide américaine a surtout été indispensable sans deux domaines. Avec de grandes régions agricoles aux mains des Allemands et un système de distribution et de transport catastrophique, les Soviétiques se sont vite trouvés au bord de la famine. Sans l'aide occidentale c'est l'ensemble de la population soviétique qui aurait connu le sort des habitants piégés dans Léningrad. Tout aussi importante est la contribution du Lend-Lease dans le domaine des transports. Il aurait en effet été impossible à l'Armée rouge d'acheminer la masse de ses troupes et de ses fournitures vers le front sur des routes primitives sans les camions américains Studebaker. Ces derniers ont aussi servi de rampe de lancement aux fameuses katiouchas si redoutées par les Allemands. L'auteur montre aussi que ces camions ont servi pour des opérations qui avaient peu à voir avec l'effort de guerre notamment la déportation des populations musulmanes du Caucase du nord.


Le matériel militaire livré par les Américains joue un rôle moins important car généralement il est inférieur aux machines allemandes et souvent il est peu adapté aux terrains russes. Pourtant des avions américains pilotés par des Soviétiques sont largement utilisés. C'est le cas du Bell P-39 Aircobra, peu apprécié par les pilotes occidentaux, mais que les Soviétiques utilisent comme chasseur de basse altitude et soutien au sol.


En plus des armes et de la nourriture, le système du prêt-bail a fourni à l'URSS des vêtements et des métaux. Avec le début de la guerre froide cet épisode de la Seconde Guerre a été oublié avant de resurgir à partir de la Glasnost. Grâce aux nombreux travaux réalisés depuis il est possible d'affirmer que le prêt-bail a fourni une aide vitale à l'URSS alors que le pays était dans une situation désespérée. Il a ainsi renforcé la puissance de Staline, ce qui ne dérangeait guère Roosevelt qui voyait dans le maître du Kremlin un contrepoids aux puissances coloniales européennes.


La victoire sur l'Allemagne nazie a été remportée grâce à la puissance économique américaine et aux pertes humaines soviétiques. L'URSS après 1945 avait besoin d'une version nouvelle du prêt-bail pour se reconstruire mais Staline a rejeté le plan Marshall. Il a préféré engager son pays dans une politique impériale dont les coûts dépassaient les capacités soviétiques ce qui a provoqué à terme la chute du régime.

 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 07:46

David Glantz, Barbarossa Derailed: The Battle for Smolensk, 10 July-10 September 1941, volume 1, Helion and Company, 2010.

 

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David Glantz est le grand expert du front de l'Est durant la Seconde Guerre mondiale depuis des années. Si ses ouvrages peuvent porter à discussion il ne fait aucun doute que c'est grace à lui que les études sur le front de l'Est ont atteint le statut qu'elles ont dorénavant. Avec Barbarossa Derailed, Glantz donne du crédit à la thèse déjà posée par certains historiens qui avancent que l'invasion de l'URSS a été une cause perdue dès la bataille de Smolensk.


Avec donc une hypothèse de départ semblable à celle développée par David Stahel, Glantz fait valoir, en apportant de solides arguments, que Smolensk marque la fin du blitzkieg allemand à l'est. Il commence sa démonstration par le récit des premiers jours et semaines de l'invasion allemande. Les carences soviétiques sont alors évidentes avec pour résultat que la majeure partie des meilleures troupes russes sont mises rapidement hors de combat. Pour pallier ces pertes, les autorités instruisent rapidement des réservistes qui sont alors utilisées comme chairs à canon. Mais ces milliers de sacrifiés participent à la réussite d'opérations tactiques mineures mais qui parviennent à interrompre régulièrement l'avance allemande permettant ainsi de gagner du temps pour construire de nouvelles lignes de défense et acheminer des troupes fraiches. La Wehrmacht doit donc faire continuellement face à de nouvelles troupes soviétiques mal entraînées et sous-équipées ce qui ne l'empêche pas de leurs infliger des défaites à grande échelle à Minsk et Smolensk mais l'épuise.


La contribution essentielle de l'ouvrage est donc de montrer que la bataille de Smolensk n'est pas une énième défaite soviétique mais plutôt le symbole de la pugnacité de l'armée rouge qui, tout en « saignant » l'armée allemande, apprend peu à peu les rudiments de la guerre moderne. Koniev et Rokossovski symbolisent en particulier cette volonté de retarder la Wehrmacht et de l'épuiser lors des combats qui précèdent et qui suivent l'encerclement de Smolensk. La résistance désespérée des Soviétiques est alors largement responsable des retards que prend le déroulement de l'opération Barbarossa.


Le livre de Glantz est d'une richesse extrême et permet au lecteur d'apprendre beaucoup. Il explique ainsi que Joukov durant Barbarossa préfère toujours l'attaque à l'immobilisme et pour cela qu'iil n'hésite pas à rétrograder des commandants de division qui ne prennent pas d'initiatives. Mais ce livre est aussi ardue, difficile à lire, complexe. Le sens du détail de Glantz rend difficile le suivie des opérations malgré les nombreuses cartes qu'il propose. Pourtant, malgré cette difficulté de lecture ce livre est incontournable pour connaître les débuts de la guerre à l'est et offre un matériel abondant permettant de revisiter ce conflit.

 

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 07:42

Jack Radey, Charles Sharp, The Defense of Moscow 1941: The Northern Flank, Pen and Sword, 2012.

 

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Le livre de Jack Radey et de Charles Sharp se concentre essentiellement sur les combats autour de Kalinine au début de l'opération Typhon. Les affrontements qui se déroulent sur le flanc nord de Moscou ont un impact direct sur les actions de l'armée allemande en vue de s'emparer de la capitale soviétique. Le livre permet ainsi de se faire une idée plus juste du déroulement des opérations militaires sur le front de l'Est en 1941. Il permet surtout de dépasser l'image d'une campagne de 1941 qui se laisse résumer trop souvent à une suite de victoires allemandes avant que la météo, la logistique et le courage de l'armée rouge arrêtent la marée feldgrau aux portes du Kremlin. Si les ouvrages de David Glantz et David Stahel sont précieux pour avoir une vision plus nuancée de l'opération Barbarossa, le livre de Radey et Forte s'inscrit dans ce courant.


En moins de 200 pages l'ouvrage retrace la défense de Kalinine en octobre 1941 en utilisant aussi bien les sources soviétiques que les sources allemandes. Les auteurs montrent ainsi que les Allemands ne souhaitent pas attaquer Moscou de front mais plutôt à encercler la ville. Une fois les forces soviétiques de Viazma et Briansk neutralisées, les généraux allemands estiment que le danger principal ne vient pas des troupes rouges devant Moscou mais de celles qui se trouvent sur les flancs de la Wehrmacht. Pour les auteurs les Allemands cherchent en attaquant Kalinine à encercler à nouveau les forces soviétiques au cours d'une nouvelle grande offensive. De leur coté les Soviétiques, dont les communications sont mauvaises et qui grappillent des unités déjà décimées pour faire face aux Allemands, connaissent de nombreux échecs. Mais cette perpétuelle résistance soviétique épuise petit à petit le potentiel offensif allemand et conduit à son effondrement lors de la contre-offensive russe de décembre.


Telle qu'exposée ci-dessus la thèse de l'ouvrage peut laisser perplexe. Il nous semble qu'elle surestime l'impact de la bataille de Kalinine sur le potentiel de la Wehrmacht alors que l'encerclement de Smolensk a déjà « saigné » l'armée allemande. Il fait pourtant peu de doute que les constantes actions offensives menées par Joukov ou bien Koniev devant Léningrad, Smolensk ou Kalinine ont lentement épuisées les Allemands en chemin pour Moscou.


L'ouvrage s'inscrit bien dans une longue série d'études qui depuis quelques années donnent une vision plus exacte de l'évolution du conflit entre juin et décembre 1941. Le lecteur ne pourra donc que regretter l'absence d'une étude originale qui synthétise l'ensemble des connaissances acquises sur cette période.

 

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 07:37

Christina Morina, Legacies Stalingrad : Remembering the Eastern Front in Germany since 1945, Cambridge University Press, 2011.

 

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Le lecteur qui chercherait dans le livre de Christina Morina une analyse de la bataille ou de ses interprétations dans l'après-guerre ne pourra être que déçu. Ici la guerre est avant tout un outil qui permet d'étudier la mémoire du conflit en Allemagne en concentrant la focale sur la Wehrmacht et les crimes de guerre dont elle est responsable sur le front de l'Est. L'auteur prend d'abord soin d'exposer les contextes politiques qui entourent le souvenir de la guerre contre l'URSS en Allemagne.


Pendant longtemps l'histoire du front de l'Est a été limité aux récits des généraux allemands mais également aux souvenirs de la population à partir du moment où, à la fin de la guerre, elle a été « victime » des Alliés. Un consensus s'est alors réalisé dans les années 1950 autour de l'idée que la Wehrmacht ne s'était pas salie les mains en URSS. Dans la RDA, les anciens combattants ont été rapidement considérés comme des membres de la classe ouvrière, des victimes d'Hitler et du régime nazi. En Allemagne fédérale l'accent est surtout mis sur les crimes de l'armée rouge.


Il faut attendre les années 1980 pour que l'attention commence à se porter sur les victimes et les destructions infligées à l'URSS par l'armée allemande. Et ce n'est que dans les années 1990 que l'Allemagne se confronte réellement au passé de la Wehrmacht. L'auteur montre que si le retard dans la prise de conscience des crimes de l'armée allemande répond essentiellement à des motifs propres à l'Allemagne de l'après-guerre, l'Union soviétique en est également responsable puisque pendant des décennies elle a tenu caché l'ampleur des pertes qu'elle a subies.


Voici donc une monographie qui éclaire de manière subtile et argumentée la mémoire de la guerre à l'Est. Un ouvrage indispensable pour mieux comprendre l'Allemagne contemporaine.

 

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 07:32

Bill Yenne, The White Rose of Stalingrad: The Real Life Adventure of Lidya Vladimirovna Litvyak, the Highest Scoring Female Air Ace of All Time, Osprey Publishing, 2013.

 

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Voici un livre particulièrement décevant. Le lecteur peut croire qu'il s'agit là d'une biographie de Lidyia Litvyak, la pilote de chasse soviétique ayant abattu le plus grand nombre d'appareils allemands. En réalité l'auteur prend prétexte des exploits de Litvyak pour raconter, d'une manière plus que conventionnelle, l'histoire de l'URSS dans la Seconde Guerre mondiale. La biographie proprement dite de la Rose de Stalingrad, aussi intéressante soit-elle, n'occupe au mieux que la moitié de l'ouvrage.


L'auteur s'appuie en outre énormément sur l’œuvre de Soljenitsyne comme source directe, ce qui est loin d’être idéologiquement neutre. Sans compter que si l'auteur de l'Archipel du Goulag tient une place de choix dans l'histoire de l'URSS le lecteur comprend mal pourquoi son témoignage a plus de place que les analyses des historiens de la Grande Guerre patriotique.


Si les licences romanesques que s'autorisent Bill Yenne sont de peu de conséquences, l'absence de note en bas de page ou à la fin du livre est beaucoup plus pénible. Certaines affirmations approximatives de l'auteur, notamment sur le fait qu'en décembre 1941 Moscou aurait pu être facilement prise finissent de discréditer l'ensemble.


Voici donc un livre à éviter surtout si le lecteur cherche à mieux connaître le destin de la Rose blanche de Stalingrad. Au sujet des femmes pilotes soviétiques il pourra utilement, et avec plus de profits, se reporter au livre de Bruce Myles, Les Sorcières de la nuit paru chez Albin Michel en 1993.

 

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 08:44

Roger R. Reese, Red Commanders. A Social History of the Soviet Army Officer Corps, 1918-1991, University Press of Kansas, 2005.

 

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Le livre de Reese est une source inestimable d'informations et d'analyses sur l'histoire des officiers dans l'armée soviétique. L'auteur étudie de manière pertinente les structures du corps des officiers mais également les caractéristiques des individus qui le composent. Surtout Reese donne toute sa place à Trotski en tant que premier penseur du monde militaire au sein de la direction soviétique quand il analyse au début de son livre l'évolution des rapports entre civils et militaires dans l'URSS.


Pour l'auteur, et c'est la thèse qui est au cœur de son travail, ce qui caractérise la condition des officiers dans l'Union soviétique c'est le lien étroit qui les unit à l'appareil communiste. Cette particularité est d'ailleurs selon lui à la source de la violence et de l'étendue des purges qui s'abattent sur l'armée rouge en 1937-1938. Il est vrai que de nombreux responsables militaires étaient membres du Parti communiste et à ce titre avaient été proches de certains dirigeants tombés en disgrâce comme Zinoviev ou Trotski mais a contrario Reese n'apporte aucun élément qui laissent à penser que les militaires auraient eu dans les années 1930 des velléités bonapartistes.


Reese qui donne à la fois le nombre d'officiers purgés mais également celui des réintégrés montre bien que cet épisode de l'histoire soviétique a eu moins de conséquence que beaucoup le prétendent. Pour lui, c'est avant tout l'insuffisance du nombre des officiers et les manques dans leur formation qui expliquent les faiblesses de ce corps au début de la Grande Guerre patriotique. Là encore l'importance du lien entre institutions militaires et politiques est centrale puisque la fidélité idéologique l'emporte toujours sur la compétence professionnelle. Cette particularité soviétique coûte cher en 1941 et 1942.


Pour Reese, la relation trop étroite entre les officiers et le PCUS est aussi l'un des facteurs de l'effondrement de l'armée rouge en 1991 car elle a empêché la formation d'une armée basée sur le seule critère de la compétence. Si cette affirmation peu prêter à discussion il est indéniable que la glasnost a favorisé la désintégration de l'armée dans un système où le Parti communiste domine tous les aspects de la vie militaire. De plus l'armée était profondément divisée concernant le coup d’État d’août 1991.


Le livre de Reese est au final un grand livre qui donne un aperçu particulièrement pertinent de l'évolution du corps des officiers soviétiques tout au long de l'histoire de l'URSS. C'est une lecture indispensable pour une meilleure connaissance de l'histoire de l'armée rouge et plus généralement du systéme soviétique.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")