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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 07:00

Georges Vidal, Histoire des communismes au 20e siècle, Ellipses, 2013.

L'odyssée communiste au 20e siècle.

Si de rares historiens anglo-saxons ont publié ces dernières années de grandes synthèses sur l'histoire du communisme, aucun historien français ne s'était aventuré jusqu'alors sur ce terrain périlleux. Georges Vidal a pris ce risque et relève avec brio ce pari audacieux en livrant une synthèse claire et accessible qui donne une vue globale de l'histoire du phénomène communiste depuis la Révolution russe jusqu'au début des années 2000 sur l'ensemble des continents de la planète.

 

Surtout, Georges Vidal ne livre pas un simple récit linéaire de l'aventure communiste mais réussit à lui donner une cohérence en analysant la tension qui existe tout au long de son histoire entre sa volonté d'intégration internationale et la force d'un polycentrisme qui puise sa source dans les cultures nationales où cherche à s'implanter le mouvement communiste. Pour l'auteur il n'existe donc pas un communisme intemporel mais plutôt, comme l'indique d'ailleurs le titre de l'ouvrage, des communismes. Jusqu'à la mort de Staline, en 1953, la force centripète l'emporte même s'il existe déjà certaines différenciations, notamment en Chine ou en Indochine mais également en France à l'époque du Front populaire. L'Internationale communiste est d'ailleurs le symbole de cette volonté unitaire qui s'exprime avant tout dans l'attachement de l’ensemble des PC envers une URSS isolée sur le plan international et qui craint une éventuelle agression capitaliste.

 

Avec la mort de Staline, les forces centrifuges prennent le dessus. La Yougoslavie de Tito a, dès 1948, rompu avec le grand frère soviétique, mais c'est surtout le schisme sino-soviétique qui marque la division croissante au sein du monde communiste. Au sein du communisme européen, le PC italien prend ses distances avec le PC soviétique pour prendre dans les années 1970 la tête de l’éphémère mouvement de l'eurocommunisme. L'auteur souligne également qu'au sein du bloc de l'Est, l'intégration politique et économique est imparfaite. Ce polycentrisme mine peu à peu le mouvement communiste dont le modèle politique et économique s'épuise rapidement. Pour faire face à ce déclin, les Chinois se tournent vers l'économie de marché mais sans rien céder dans le domaine politique. En URSS, Khrouchtchev n'arrive pas à bousculer le système bureaucratique tandis que les réformes économiques que lui et ses successeurs entreprennent sont des échecs. En Europe occidentale, les transformations structurelles du monde ouvrier entraînent un déclin de l'influence des PC locaux. Ces évolutions profondes conduisent à l'éclatement du bloc soviétique et à la marginalisation des PC européens. De ce naufrage ne subsistent que Cuba et les États communistes asiatiques.

 

Le livre de Georges Vidal est à la fois riche, foisonnant et stimulant. Privilégiant le politique et l'économique, l'auteur accorde une place particulière à la dimension militaire du communisme. Il montre ainsi la place centrale de la guerre civile dans la construction de l’État soviétique, puis celle de la Seconde Guerre mondiale dans l'expansion du communisme. Guerre et communisme apparaissent indissociablement liées à l'issue de ce parcours presque centenaire qui mérite amplement le détour.

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 07:56

Norman Naimark, The Russians in Germany : A History of the Soviet Zone of Occupation, 1945-1949, Belknap Press, 1995.

L'occupation soviétique de l'Allemagne

Norman Naimark, professeur à l'Université de Stanford, décrit et analyse un moment d'histoire largement méconnue, l'occupation soviétique en Allemagne depuis la chute de Berlin en mai 1945 à la naissance de la RDA en 1949. Pour cela il s'appuie sur une masse importante de documents issus des archives russes mais également allemandes.

 

L'auteur décrit la mise en place de l'administration militaire soviétique en Allemagne qui vise à la fois à administrer les régions « libérées » mais également a assurer le bien être matériel et culturel des troupes de l'Armée rouge. Pour appuyer leur autorité les Soviétiques favorisent les communistes allemands avec la constitution du Parti socialiste unifié (SED) sous la direction de Walter Ulbricht. Naimark ne fait pas l'impasse sur la question du viol des femmes allemandes par les soldats soviétiques. Il montre que ce phénomène a persisté jusqu'en 1947 et ne fut pas l'apanage des seuls soldats du rang. Résultats d'un manque de contrôle de la troupe par les autorités, Staline a délibérément fermé les yeux sur ces viols de masse, dénonçant la propagande occidentale. Pour Naimark ces viols ont eu des conséquences durables. Dans un pays vaincu, où les femmes sont, du fait des pertes en hommes durant la guerre, largement majoritaires et jouent à ce titre un rôle économique important dans la reconstruction, les viols constituent un traumatisme pour la population masculine. Cette cicatrice devient un héritage durable tout au long de l'histoire de la RDA et, explique selon l'auteur, l'hostilité persistante, faite de haine et de ressentiment, des Allemands de l'Est envers les Soviétiques.

 

Sur le plan politique et économique, les Soviétiques n'ont pas d'objectifs à long terme concernant l'Allemagne orientale. Après la confiscation des terres et le pillage de l'industrie allemande, l'URSS ne propose que la collectivisation comme modèle économique. Sur le plan politique l'alignement systématique du SED sur les positions soviétiques décrédibilise les communistes allemands qui perdent toute légitimité pour la population. L'auteur ne manque pas de décrire le processus de soviétisation dans le domaine de l'art et de l'éducation.

 

Pour Naimark, les Soviétiques ont finalement échoué à gouverner leur zone d'occupation mais surtout à gagner les cœurs et les esprits des Allemands de l'Est. Les bases du régime est-allemand sont donc fragilisées dés sa naissance en raison des erreurs et de l'aveuglement soviétiques. Pour Naimark il ne fait aucun doute que l'effondrement de la RDA en 1989 prend sa source durant l'occupation soviétique de l'Allemagne orientale.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Communisme allemand
13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 07:32

Vadim Rogovin, 1937 : Stalin's Year of Terror, Mehring Books, 1998.

La terreur stalinienne

L'année 1937 est d'un intérêt majeur pour tous ceux qui s'intéresse à l'histoire de l'URSS et du communisme en général puisque c'est à ce moment que Staline lance une vaste et sanglante purge qui décime les rangs du Parti communiste et de l'Armée rouge. L'Union soviétique devient alors cet enfer sur terre si bien décrit par Georges Orwell.

Avec minutie, Rogovin, historien russe de tendance marxiste décrit le déroulement de la terreur stalinienne durant l'année 1937. Il met particulièrement en évidence le fait que la terreur a été soigneusement préparée et calculée par Staline pour arriver à ses fins tout en montrant les motivations profondes du dictateur. Pour cela il peut s'appuyer sur une bureaucratie privilégiée mais dont la puissance a été largement surestimée ce qui laisse à penser que le phénomène des purges n'était pas inévitable.

Rogovin donne de nombreuses biographies de victimes des purges et les raisons de leur disparition. C'est certainement là l'un des points le plus intéressant du livre, montrer les victimes et à travers ses portraits, dégager le profil d'une opposition à Staline. Cette dernière est formée de vieux militants qui tiraient une part de leur légitimité de leurs faits d'armes révolutionnaires. Cette menace est assez importante pour que Staline déclenche un processus meurtrier. A coté des anciens militants, l'autre cible de Staline ce sont les militaires avec la figure emblématique du maréchal Toukhatchevsky. Pour Rogovin il ne fait aucun doute que ces oppositions politiques et militaires auraient tôt ou tard déposées Staline. Paradoxalement il donne raison à Staline d'avoir lancé le processus des purges.

L'auteur analyse les ressorts de la répression, du processus de destruction intellectuelle des victimes qui les conduit à signer des aveux et à lancer de fausses accusations. Il détaille également comment la terreur se répandit à l'échelle internationale en particulier dans l'Espagne républicaine mais aussi le courage de nombreuses victimes dont les trotskistes envoyés au Goulag et qui sont tous exécutés au moment de l'invasion allemande de 1941.

Le lecteur peut regretter que l'auteur ne s'appuie que sur des sources relativement anciennes, notamment les Mémoires de Khrouchtchev ou les écrits de Trotski. L'explication qu'il donne aux purges n'est pas également neuve. La collectivisation forcée et l'industrialisation à outrance ont provoqué l'impopularité de Staline. La terreur fut donc un moyen radical d'éradiquer et de prévenir toute opposition au régime. Ici aucune nouveauté.

Voici un livre qui a certes des imperfections mais dont la lecture est indispensable pour comprendre comment les Grandes Purges staliniennes ont façonné l'URSS et le communisme mondial.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Stalinisme
9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 07:30

David Glantz, Red Storm over the Balkans : The Failed Soviet Invasion of Romania, Spring 1944, University Press of Kansas, 2006.

L’échec de l'Armée rouge en Roumanie

David Glantz est certainement le spécialiste mondial de la guerre sur le front de l'Est de 1941 à 1945. Avec ce livre il explore un aspect largement méconnu de ce conflit : la progression soviétique dans le sud de l'Europe à partir de 1944. Nous pouvons néanmoins regretter le titre trompeur de l'ouvrage. Ce dernier se borne à faire le récit et à analyser la libération du sud de l'Ukraine et du nord de la Roumanie, un espace restreint loin d'englober l'ensemble des Balkans.

 

Glantz concentre donc son attention sur la campagne qui débute au début de 1944 dans le sud de l'Ukraine puis se déploie jusqu'en juin dans le nord-est de la Roumanie. A partir du mois d'avril, le 2e front dirigé par le général Koniev attaque le long de l'axe Tirgu-Frumos tandis que le 3e front commandé par Malinovski, après la libération d'Odessa, attaque les défenses allemandes le long du Dniestr entre Tiraspol et Grigoriopol. Les Soviétiques sont confiants dans leur chance de succès mais la détermination et l'habileté allemande dans la guerre de mouvement vont rapidement frustrer les espoirs de victoire soviétique.

 

Comme dans ses autres ouvrages, Glantz donne ici un compte-rendu détaillé des opérations militaires. Il décrit avec précision la situation de chaque protagoniste avant le début de la campagne, décrit chaque étape des batailles et de la campagne puis analyse les résultats. Il livre également de larges extraits des rapports remis aux commandants afin de montrer les problèmes auxquels ils sont confrontés et qu'ils doivent surmonter.

 

Pour Glantz, les Soviétiques avaient au départ le potentiel suffisant pour vaincre les Allemands. La résistance acharnée de ces derniers, l'utilisation experte des réserves, notamment la Division Grossdeutschland et la 24e Panzerdivision mais également les excès de confiance et le manque de coordination coté soviétique font de cette campagne un échec pour l'Armée rouge qui ne cesse pourtant d'accumuler les victoires plus au nord lors de l'opération Bagration. Pour les Allemands, ce succès en Roumanie leur permet de reprendre un peu d'air et surtout de remonter le moral de la troupe.

 

Comme toujours, la prose de Glantz est ardue et la lecture assez difficile. L'auteur n'hésite pas à descendre au niveau de la compagnie pour relater les combats, le lecteur court donc le risque de perdre la vision globale des opérations. L'ouvrage comprend 32 cartes mais la plupart sont d'époque et sont difficilement déchiffrables. L'auteur a également pris soin de livrer des biographies des principaux responsables militaires de cette campagne du printemps 1944. Des notes, une bibliographie et un index complètent l'ensemble.

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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 07:25

David King, Le commissaire disparaît, La falsification des photographies et des œuvres d'art dans le Russie de Staline, Calmann-Lévy, 2005.

Staline et la falsification de l'Histoire

Le livre de David King est une formidable plongée dans les méandres de la propagande totalitaire de la Russie stalinienne ainsi que dans les abîmes des purges. La disparition des ennemis du peuple n'est en effet pas seulement physique. Pour Staline, les victimes des purges doivent disparaître totalement de la mémoire des Soviétiques. Et d'abord des photographies.

 

Une célèbre photo du début des années 1920 montre Lénine sur un podium en bois devant le théâtre du Bolchoï face à la foule. Sur le coté du podium se trouve Trotski. La photo est publiée dans le monde entier, symbole de la Révolution russe. Mais dés que Staline prend le pouvoir, cette photo est trafiquée pour faire disparaître le créateur de l'Armée rouge et par la suite tout citoyen pris en possession d'une photo de Trotski devient passible de l'arrestation et du goulag.

 

Tout comme Trotski, de nombreux communistes disparaissent des photographies mais également des livres. Et ce funeste destin touche aussi les rangs du NKVD. Le lecteur assiste ainsi à une vaste entreprise de falsification systématique de l'Histoire. David King, à la suite d'une longue enquête, montre de nombreuses photos datant des débuts de l'époque soviétique qu'il juxtapose avec des tirages postérieurs ou des visages ont été effacé à l'aide d'aérographe, à l'encre ou à coups de ciseaux. Les photos sont aussi trafiquées, des slogans sur des banderoles sont modifiés.

 

Le livre de King contient également de nombreux exemples de fabrication de mythes par le biais de la sculpture et de la peinture. Ainsi une peinture de 1937 montre Lénine descendre du train qui, en 1917, le ramène de Suisse. Pour l'accueillir le peintre montre un Staline jeune alors que ce dernier n'a jamais été présent à la gare de Finlande ce jour là. Le Vojd est également représenté comme un homme du peuple, un ami des ouvriers ou une sorte de saints modernes.

 

Le livre de David King présente en grand nombre des photographies avec un texte limité mais qui donne l'essentiel pour comprendre leur sens. Certains trucages sont risibles tant ils sont grossiers mais derrière ces falsifications se trouve un pouvoir despotique absolu qui n'hésitait pas à broyer des millions de gens.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 06:40

Richard Overy, Russia's War: A History of the Soviet Effort: 1941-1945, Penguin Books, 1998.

Pourquoi l'URSS a vaincu l'Allemagne.

Le livre de Richard Overy est une excellente synthèse sur l'histoire de l'URSS en guerre, qui a aussi l'avantage de sortir d'un cadre étroitement militaire. La thèse de l'auteur est simple : la victoire soviétique en 1945 n'est pas due, comme le répète une historiographie datée, à la supériorité numérique écrasante de l'armée soviétique. Il met ainsi en perspective les raisons du succès soviétique dans la guerre contre l'Allemagne sur une période plus longue que les quatre années du conflit. L'auteur consacre en effet ses deux premiers chapitres à montrer que c'est en raison de la crainte d'une attaque étrangère que Staline lance en 1929 la collectivisation des terres et l'industrialisation à marche forcée du pays. Il s'agit pour lui d'augmenter substantiellement la production militaire et alimentaire afin d’être en état de tenir un échec un envahisseur et éviter ainsi un possible renversement du régime qu'il dirige. Il donne également un bon aperçu des manœuvres diplomatiques du Kremlin avant le début des conflits, de la recherche d'alliance avec les démocraties occidentales à la signature du pacte germano-soviétique que l'auteur explique par la découverte par Staline que la Grande-Bretagne ne disposait pas d'armée face à Hitler.

Le passionné d'histoire militaire sera néanmoins déçu par le peu de place laissée aux aspects opérationnels du conflit. Si l'auteur fait un bon résumé sur les batailles de Léningrad, Moscou, Stalingrad, Koursk, Berlin ou l'opération Bagration, il ne parle à aucun moment de la façon dont la guerre est menée au niveau tactique. Notons qu'il ne fait pas mention de l'opération Mars en 1942 et que sur la partie militaire l'ouvrage est largement daté.

Si l'auteur décrit l'état d'impréparation de l'armée soviétique en juin 1941, il s'attarde plus longuement sur la reprise en main de la situation par Staline. Pour Overy, le maître du Kremlin fait un choix judicieux en choisissant Joukov pour diriger les affaires militaires et surtout en lui laissant une certaine marge de manœuvres. Ce dernier point mériterait certes d’être révisé. L'un des chapitres les mieux réussis concerne le sort des populations des territoires occupés par l'armée allemande et leur destin après le retour de l'Armée rouge. Overy n'omet pas de parler de ceux qui ont collaboré avec l'occupant tout en relativisant l'importance du mouvement des partisans.

Overy montre l'énorme mobilisation de l'industrie soviétique qui produit rapidement des armes en grande quantité. Si la majorité des femmes allemandes n'ont pas pris le chemin des usines, prés des 2/3 des femmes soviétiques ont été mobilisé dans l'industrie. Le système concentrationnaire soviétique a quant à lui fourni prés de 15 % des munitions. L'auteur n'oublie pas de traiter du retour à la paix en URSS et montre les raisons qui conduisent peu à peu à la rupture avec les Alliés occidentaux.

L'ouvrage de Richard Overy est une synthèse de qualité pour mieux appréhender la guerre sur le front de l'Est vue du coté soviétique. S'il montre que le succès soviétique est le résultat d'une combinaison de facteurs, ses origines remontent à la politique brutale menée par Staline qui a permis de faire de l'URSS un État beaucoup plus militarisé que ne l'était l'ancienne Russie. Signalons que le livre de Richard Overy est agrémenté de 11 cartes, d'un appareil de notes conséquent ainsi que d'une vaste bibliographie et d'un index.

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 07:34

Artemy Kalinovsky, A Long Goodbye: The Soviet Withdrawal from Afghanistan, Harvard University Press, 2011.

L'adieu soviétique à l'Afghanistan

Le livre d'Artemy Kalinovsky s'interroge sur les raisons qui ont poussé les Soviétiques à quitter l'Afghanistan en 1989 après 10 ans de présence militaire. Retrait forcé sous la pression de contraintes intérieures et extérieures ou bien choix délibéré de Gorbatchev ? Pour l'auteur ce départ d'Afghanistan ne fut pas imposé par des raisons militaires ou économiques mais une décision consciente du Kremlin qui choisit alors d'abandonner la politique d'expansion initiée par Brejnev.

 

Les deux premiers chapitres de l'ouvrage retracent les étapes de l'intervention soviétique avant 1985. Cette dernière n'était qu'une partie d'un plan plus large afin de répandre le communisme dans le Tiers-Monde même si l'auteur insiste sur le fait que les Soviétiques ne visaient pas à contrôler le Golfe Persique. Il montre qu'à plusieurs reprises l'URSS à envisager de retirer ses troupes comme en 1982 quand le soutien américain aux moudjahidines empêche finalement une solution diplomatique.

 

Lors de sa première année à la tête de l'URSS, Gorbatchev laisse la guerre se poursuivre, agissant avec prudence pour se laisser toutes les portes ouvertes. Il fait néanmoins savoir au régime afghan que la présence soviétique ne sera pas éternelle et laisse se développer dans les médias une critique publique du conflit. De 1986 à 1988 la direction soviétique envisage de plus en plus un retrait à moyen terme. Pour cela les Soviétiques demande au régime afghan de gagner une plus grande légitimité tout en cherchant une solution négociée avec les États-Unis et le Pakistan. A ce moment le Kremlin est surtout préoccupé par les conséquences possibles d'un retrait sur l'attitude des États qui lui sont proches dans le Tiers-Monde.

 

En 1988-1989, bien que la décision de retrait des troupes fût prise, devant la constatation que le régime de Najibullah ne pourrait tenir, des divisions apparaissent dans la direction soviétique entre les tenants d'une ligne dure qui souhaitent une nouvelle intervention et les réformateurs qui veulent un retrait immédiat. Gorbatchev hésite mais résiste finalement aux faucons qui demandent encore une nouvelle intervention après février 1989. Néanmoins les Soviétiques continuent à fournir une aide militaire et civile jusqu'en 1991.

 

Le travail de Kalinovky est une excellente introduction pour mieux appréhender l'intervention soviétique en Afghanistan et sa place dans la désagrégation de l'URSS. Mais l'auteur lui-même reconnaît que son étude a une portée limitée puisqu'elle néglige le contexte international de ce conflit. Surtout les archives disponibles sur le sujet sont encore limitées et souvent partiales. Le lecteur peut ainsi regretter que Kalinovsky ne dise mot sur les réactions des démocraties populaires d' Europe de l'Est sur l'évolution de la situation en Afghanistan et le dangereux précédent que représente le retrait des troupes soviétiques.

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communismeetconflits - dans Guerre froide Union soviétique et Russie
3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 07:19

« Tigre blanc », film russe de Karen Shakhnazarov, 2012.

Duel de chars sur le front de l'Est.

Le Tigre blanc est un film d'un genre particulier mêlant action, reconstitution historique, mystère et science-fiction. L'histoire débute en 1944 alors que les troupes soviétiques progressent inexorablement en direction de l'Allemagne. Rien ne semble pouvoir arrêter cette avance, néanmoins un char allemand Tigre surgit mystérieusement anéantissant des dizaines de chars soviétiques. S'il ne peut à lui seul inverser le cours de la guerre, il constitue une épine du pied pour les militaires soviétiques. Pour mettre fin aux agissements de ce Tigre, dont même les prisonniers allemands ne connaissent pas l'existence, le maréchal Joukov fait constituer une équipe spéciale. Si le tireur et le chargeur du char T34 amélioré qui doit mettre hors d'état de nuire le Tigre sont des soldats ordinaires, le conducteur ne l'est assurément pas. Il a survécu à une attaque du Tigre blanc, guérissant miraculeusement alors qu'il était brûlé à plus de 90% mais devenant amnésique. Surtout il arrive à communiquer avec les blindés qui le préviennent de l'arrivée du Tigre lui permettant d'esquiver ses tirs. Cette formidable faculté lui est accordée par le Dieu des chars afin qu'il détruise le Tigre blanc, un engin sans conducteur et sans autre vie que son besoin de destruction.

 

Avouons que si le réalisateur a voulu faire passer un message philosophique en filmant l'affrontement entre une machine déshumanisé et maléfique et un soldat ressuscité et amnésique nous ne l'avons pas saisi. Tigre blanc est donc une sorte de conte où les hommes affrontent une puissance destructrice impossible à vaincre, la guerre. Néanmoins l'ensemble du film est réaliste ce qui lui permet de rester crédible notamment lors des scènes de combat qui sont particulièrement réussies. Soulignons qu'elles ne se complaisent pas non plus dans le sanguinolent où baignent certaines productions.

 

Le film souffre néanmoins de certains défauts. Des scènes n'apportent rien à l'économie générale du film, ainsi celle décrivant minutieusement le déroulement de la signature de la capitulation allemande à Berlin dans la nuit du 8 au 9 mai 1945 ou le dîner entre les généraux allemands vaincus. La scène finale, un long monologue d'Hitler, semble également de trop.

 

Voici au final un film agréable et rythmé où se laissent voir des paysages splendides entre forets de bouleaux et isbas. Surtout le spectateur est loin ici des films qui exaltent le patriotisme et la grandeur des soldats typiques des productions russes modernes. Les amoureux des films de guerre, de fantastique à la manière de X-Files et de contes philosophiques ne peuvent bouder leur plaisir avec ce film unique en son genre.   

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 07:15

Jean Lopez, Lasha Otkhmezuri, Joukov. L'homme qui a vaincu Hitler, Perrin, 2013.

Vie et destin d'un maréchal soviétique.

Les livres en français concernant l'histoire militaire soviétique sont si rares qu'il faut souligner la parution de la biographie de Joukov écrite par Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri. Il n'en existait jusqu'alors qu'une seule mais qui datait des années 1960 et se trouvait depuis largement dépassé.

 

Si le cœur de l'ouvrage est formé par l'immense affrontement entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie, la Grande Guerre patriotique des Russes, les auteurs ne négligent pas de retracer le parcours de Georgui Konstantinovitch Joukov avant et après le second conflit mondial. Issu de la paysannerie moyenne, il s'extrait rapidement de la glèbe pour se retrouver ouvrier fourreur dans la prospère entreprise d'un oncle. Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, le jeune Joukov est mobilisé dans l'armée en 1915 où il devient cavalier. Après un moment d'hésitation, il rejoint les bolcheviks et poursuit sa carrière militaire dans l'Armée rouge, s'illustrant durant la guerre civile mais surtout lors de la terrible répression de la révolte paysanne à Tambov en 1921. Joukov poursuit ensuite sa carrière, gravissant peu à peu les échelons et se faisant remarquer pour ses dons de chef à partir de 1930. Il suit des cours pour accroitre ses connaissances ce qui lui permet de découvrir l'art opératif élaboré par de remarquables théoriciens militaires soviétiques et dont il mettra en application les leçons, avec brio, entre 1939 et 1945. Il échappe aux purges qui déciment l'armée en 1937-1938, purges qui lui permettent de monter rapidement en grade et expliquent qu'à seulement 43 ans il commande en Mongolie les troupes qui affrontent les Japonais. Il remporte alors la victoire de Khalkhin-Gol qui met fin aux ambitions nippones sur la Sibérie.

 

Auréolé de sa victoire contre les Japonais et n'ayant pris aucune part aux désastres de la campagne de Finlande, Joukov est chef d'état-major quand Hitler lance, en juin 1941, son armée contre l'URSS. Il fait alors feu de tout bois pour enrayer l'engrenage de la défaite. Principal conseiller de Staline dans le domaine militaire il réussit à arrêter l'avancée allemande devant Moscou. Par la suite il joue un rôle central dans la victoire de Stalingrad, puis lors de la libération du territoire soviétique et enfin dans la conquête de l'Allemagne que couronne la prise de Berlin.

 

Après la guerre, jaloux de sa popularité et craignant une tentation bonapartiste, Staline place le maréchal Joukov dans une sorte d'exil intérieur. Il n'en sort qu'en 1953 pour permettre à Khrouchtchev de prendre le dessus sur Béria dans la lutte de succession pour le pouvoir après la mort de Staline. Ce retour au sommet est de courte durée car dès 1957 Joukov est mis à la retraite d'office. Il passe les dernières années de sa vie (il décède en 1974) à écrire ses Mémoires, largement expurgées avant publication par la censure brejnévienne.

 

L'édition non censurée de ses Mémoires dans la Russie postsoviétique est une des sources principales de cette biographie. Mais les auteurs ont pris soin de croiser ces documents avec d'autres, comme les agendas de Staline ou les directives prises par l'état-major soviétique, la Stavka, afin de s'approcher au plus prés de la vérité historique. Ces ressources documentaires permettent aux auteurs de faire un portrait tout en nuances de Joukov. Soldat énergique, intelligent, sobre, courageux, hyperactif, n'hésitant pas à tenir tête et à contredire Staline, Joukov possède aussi une face sombre. Vaniteux, orgueilleux, il fait preuve d'une grande brutalité n'hésitant pas à faire fusiller des officiers et des soldats, notamment lors de la débâcle de l'été 1941. Il est également peu économe en vies humaines, n'hésitant pas à sacrifier des milliers d'hommes dans des opérations risquées. Fidèle à la mémoire de Staline jusqu'à sa mort, il organise l'écrasement de la révolte hongroise de 1956. Surtout c'est un piètre politique ce qui explique les nombreux déboires qu'il connait après 1945.

 

Le lecteur peut parfois regretter que les auteurs n'approfondissent pas leurs analyses des rapports entre l'armée et le parti et ne disent mot sur l'économie de guerre et l'organisation de l'ensemble de la société dans le cadre du conflit. Il est vrai que sur ces points on ne peut leur faire grief de l'indigence de l'historiographie française sur l'histoire militaire soviétique qu'une biographie, même celle de l'un des plus prestigieux soldats de l'URSS, ne peut compenser.

 

Cette biographie de Joukov, écrite de manière claire et fluide, doit être saluée comme il se doit. Elle permet de dégager le maréchal soviétique de sa gangue de légende forgée aussi bien par ses partisans que ses adversaires et de mettre en lumière certains points méconnus de son existence et par extension de l'histoire de la guerre à l'Est. Elle est surtout un formidable point de départ pour développer une historiographie française sur l'histoire militaire soviétique. Au travail donc !

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 07:03

Korine Amacher, La Russie 1598-191. Révoltes et mouvements révolutionnaires, Infolio éditions, 2011.

Trois siècles d'histoire de la Russie révolutionnaire.

Voici un petit livre que tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la Révolution russe devraient lire. Paru chez un petit éditeur suisse mais écrit par une spécialiste de l'histoire de la Russie à l'Université de Genève, il est passé, à notre avis, injustement inaperçu.

 

L'auteur retrace, dans un style clair et précis, l'histoire des mouvements de contestations de l'ordre tsariste depuis la mort d'Ivan le Terrible en 1598 jusqu'à la révolution de 1917. Korine Amacher prévient d'emblée que cette histoire, largement étudiée mais aussi manipulée au temps de l'URSS, ne converge pas inéluctablement sur la prise du pouvoir par les bolcheviks comme a voulu le montrer tout à la fois l'historiographie soviétique mais aussi occidentale. De ce coté du rideau de fer en effet certains historiens ont présenté les révolutionnaires russes comme les principaux responsables des malheurs qui allaient s'abattre à partir de 1917 sur la Russie, Netchaev annonçant Lénine en quelque sorte. Korine Amacher se tient donc loin de ces reconstructions historiques qui servent avant tout des desseins politiques pour livrer une synthèse objective où défile trois siècles d'histoire de la révolte en Russie.

 

La première grande révolte qui secoue le pouvoir russe est celle du cosaque Stenka Razine en 1670 avant que celle de Pougatchev en 1773 n'ébranle le trône de la Grande Catherine. Il s'agit lors de ces grandes révoltes populaires, non pas de renverser l'ordre social, mais plutôt de réaction de défense face à la présence de plus en plus forte d'un État en formation qui rogne peu à peu les traditions et les libertés des populations, notamment cosaques. Ces révoltes sont donc essentiellement conservatrices et s'inscrivent dans une tendance européenne puisque ce phénomène touche au 17e siècle de nombreuses provinces françaises, dont la Bretagne avec la révolte des Bonnets rouges. C'est d'ailleurs un des mérites de ce livre de replacer le mouvement révolutionnaire russe dans un cadre plus large et de l'inscrire pleinement dans l'histoire de l'Europe.

 

L'auteur raconte l'histoire et analyse les différentes formes que prend le mouvement révolutionnaire en Russie des décembristes en 1825 aux partis sociaux-démocrates et socialiste-révolutionnaires du début du 20e siècle. C'est une histoire riche et foisonnante qui est décrite avec les débats entre occidentalistes et slavophiles, les grandes figures de l'intelligentsia: Belinski, Bakounine, Herzen, Tchernichevsky, Lavrov, Tkatchev. La naissance et le développement des grands courants de pensée contestataires russes sont décrits avec précision que ce soit le nihilisme, le populisme, le libéralisme, l'anarchisme, le marxisme. L'histoire des organisations n'est pas oublié que ce soit Terre et liberté, la Volonté du peuple, les partis bolcheviks, mencheviks ou SR ainsi que celle des modalités de l'action révolutionnaire, la propagande, la marche vers le peuple ou bien le terrorisme qui est l'objet de nombreuses pages.

 

C'est un panorama foisonnant que nous livre Korine Amacher d'un mouvement qui ne regroupe pas seulement des intellectuels, dont les courants ne prônent pas tous la violence, ni une rupture radicale et immédiate avec la société de leur temps. En somme rien n'était écrit d'avance, ni la révolution d'octobre, ni les monstruosités du socialisme réel. Mais l'auteur ne manque pas de rappeler non plus que l'absence de dialogue entre le pouvoir et la société, l'absence d'un espace légal où l'opposition aurait pu s'exprimer ne laissait guère d'espoir de changer les choses par des réformes, ouvrant le chemin à une épreuve de force qui ne pouvait finalement être que violente.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")