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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 07:13
L'offensive soviétique d’août 1920.

L'offensive soviétique d’août 1920.

L'offensive soviétique.

Le 5 juin, la cavalerie rouge de Boudienny s'élance sur les lignes polonaises au sud de Kiev. Les unités à cheval s'infiltrent derrière les lignes polonaises pour coupes les communications. La lutte est féroce et quand sur sa route les cavaliers soviétiques s'emparent d'un hôpital militaire rempli de soldats polonais blessés, ils l'incendient. Les troupes polonaises, incapable de contre-attaquer sont obligés de reculer vers l'ouest, vers la Volhynie. Ils abandonnent Kiev le 11 juin, emportant dans leurs fourgons le gouvernement de Petlioura qui laisse définitivement l'Ukraine derrière lui.

 

Mais l'attaque soviétique sur l'Ukraine n'est qu'un aspect de l'assaut soviétique contre la Pologne qui comprend un second volet. Si la cavalerie rouge de Boudienny a pour mission principale de chasser l'armée polonaise d'Ukraine, au nord, les Soviétiques ont rassemblée 4 armées (4°, 15°, 3°, 16° du nord au sud) soit près de 160 000 hommes dont 11 cavaliers, soutenu par prés de 700 canons et 3000 mitrailleuses. Ce front est commandé par le jeune général Mikhail Toukhatchevski alors agé de 27 ans mais déjà auréolé par ses victoires lors de la guerre civile. Il a pris soin de concentrer ses troupes sur quelques secteurs décisifs afin de bénéficier de l'avantage du nombre qui est alors de 4 contre, puis de progresser selon la l'axe Smolensk-Brest Litovsk.

 

Le 4 juillet il lance son flanc droit, commandé par l'arménien Gayk Bzhishkyan, le long de la frontière lituanienne et prussienne et 3° corps de cavalerie caucasien déborde des Polonais obligés de fuir. Les 4°, 15° et 3° armée rouges progressent vers l'ouest soutenu au sud par la 16° armée rouge et le groupe Mozyr. Si les Polonais se battent bravement, ils manquent de ravitaillement, surtout en munitions et ne peuvent donc stopper l'avance soviétique. Pendant trois jours le sort de la bataille paraît incertain mais la supériorité numérique soviétique parvient à l'emporter, non sans mal. Ainsi deux bataillons du 33° régiment d'infanterie polonais parviennent à bloquer pendant une journée deux divisions de l'armée rouge empêchant ces dernières de déborder par le nord le front polonais. Cette défense opiniâtre empêche Toukhatcheski de réaliser son plan initial: pousser les Polonais au sud-ouest dans les marais de Pinsk. Le 12 juillet, Minsk, la capitale de la Biélorussie tombe au main de l'armée rouge.

 

Les Polonais se retranchent finalement sur la ligne dite « des tranchées allemandes », un ensemble de fortifications de campagne construit pendant la Grande Guerre et qui donne une opportunité de stopper l'avance soviétique. La bataille de Vilnius qui se déroule de 11 au 14 juillet montre rapidement les limites de ce système défensif. Les troupes polonaises qui sont toujours en nombre insuffisant pour tenir l'ensemble du front ne peuvent empêcher que les Soviétiques, qui concentrent leur attaques sur les points les moins défendus, finissent par percer obligeant l'ensemble du dispositif polonais a reculé. Le 14 Vilnius est prise par les Soviétiques et les Lituaniens, qui rejoignent à ce moment les Russes dans la guerre, puis c'est au tour de Grodno de tomber le 19. Le 1° aout, Brest-Litovsk est aux mains des Soviétiques. Dans le sud, les troupes de Boudienny continuent à progresser s'emparant de Brodno et s'approchant de Lvov et Zamosc.

 

La route de Varsovie s'ouvre devant l'Armée rouge qui a alors chassée les Polonais d'Ukraine et de Biélorussie. Le 20 juillet, plein de confiance, Toukhatchevski lance son célèbre ordre du jour: « Le sort de la révolution mondiale se décide à l'ouest; la route de l'incendie mondial passe sur le cadavre de la Pologne ! A Varsovie ! » Le sort de la Pologne indépendante est en jeu.

 

 

Une bataille pour l'Europe ?

Face à l'attaque polonaise, les autorités soviétiques se sont appuyées sur le traditionnel patriotisme russe, ralliant à leur cause certains de leurs adversaire, notamment d'anciens officiers tsaristes comme le général Broussilov le dernier commandant en chef de l'armée russe. Mais dès que l'Armée rouge quitte la Biélorussie et l'Ukraine en direction de l'ouest, les dirigeants bolcheviks commencent à croire en la possibilité de vaincre la Pologne, de la transformer en république soviétique. L'armée rouge se retrouverait alors sur la frontière allemande, à environ 200 km de Berlin. Et l'Allemagne, patrie de Marx et nation la plus industrialisé d'Europe, est pour Lénine, le cœur de la Révolution mondiale. Son Parti communiste est d'ailleurs le plus puissant au monde après celui de la Russie soviétique. Le pays se relevant difficilement de sa défaite de 1918, reste encore la proie de troubles. En mars 1920 à la suite d'un putsch ratée organisée par l'extrême-droite contre la république de Weimar, une grève générale a paralysé le pays. Dans le bassin de la Ruhr, une armée rouge composée d'environ 80 000 ouvriers a été organisée et a contrôlée rapidement l'ensemble du bassin minier avant d'être battu par l'armée régulière. Pour Lénine, l'entrée de l'armée soviétique en Pologne ne peut que rallumer les feux de la révolution allemande et si, Varsovie prise, le prolétariat allemand demande la fraternelle assistance des Soviétiques, rien n'empêchera la cavalerie rouge de déferler sur le Reich et pourquoi pas d'atteindre le Rhin. Cela signifierait inévitablement l'instauration du communisme à l'ensemble de l'Europe.

 

Cet espoir révolutionnaire enfièvre le second congrès de l'Internationale communiste qui s'ouvre à Petrograd le 19 juillet. Dans la salle où se déroule les séances du Komintern, une immense carte a été dressée où chaque délégué peut suivre, par le biais de petits drapeaux, l'avance des unités de l'armée rouge en Pologne, et espérer que l'Europe sera soviétique avant Noël.

 

Pourtant à la direction du Parti bolchevik des dissensions se font entendre. Trotsky et Staline refusent en effet l'idée de Lénine, de marcher sur l'Allemagne. Ils bénéficient dans leur opposition du soutien de Karl Radek qui avance l'argument que les populations polonaises et allemandes ne sont pas préparé à accepter le communisme. Mais pour Lénine, c'est le sort de la Révolution en Europe qui se joue sur le front polonais. Appuyé par Kamenev et Zinoviev il l'emporte finalement.

 

La victoire de Lénine se traduit par la création à Byalistok d'un comité révolutionnaire polonais, embryon du futur pouvoir soviétique en Pologne, dirigé par Felix Dzerjinski, le créateur et dirigeant de la Tcheka, Julian Marchlevski et Felix Kon. Le 3 aout ce comité publie un « Manifeste au peuple travailleur polonais des villes et des champs » et se proclame gouvernement révolutionnaire socialiste et se charge d'administrer les territoires polonais conquis par l'armée rouge. Mais il rencontre peu d'écho car il n'a aucun lien avec le monde ouvrier polonais. Bien au contraire, face à la menace russe, les ouvriers polonais se portent volontaires pour défendre Varsovie. Malgré les avis prédisant qu'aucune insurrection prolétarienne dans Varsovie n'est probable ni d'ailleurs n'importe où en Pologne, Lénine exige que la capitale polonaise soit prise le plus rapidement possible. Il ne tient surtout pas compte de l'avis de Trotski qui lui fait remarquer que la prise de Varsovie ne peut se réaliser que par un étirement extrême des lignes de ravitaillement soviétique, étirement qui peut se révéler rapidement dangereux.

 

Face à la perspective d'une chute de Varsovie qui semble inéluctable et qui signifie la mort de la Pologne indépendante, le nouveau chef du gouvernement Wladislaw Grabski se rend à Spa demander l'aide du Conseil suprême des forces alliés. Les critiques envers l'action des Polonais sont sévères et les conditions mises pour une aide sont drastiques. Le protocole de Spa signé le 10 juillet impose que la Pologne se plie enfin aux décisions du Conseil allié concernant ses frontières avec la Tchécoslovaquie et la Lithuanie et qu'elle retire toute ses troupes derrière la ligne Curzon jusqu'à ce qu'un armistice puisse être signé.

 

Malgré cette sévérité les Alliées sont inquiets. Ils craignent que les Soviétiques traversent le Bug et s'emparent de Varsovie. Ils ne peuvent donc rester sourd aux appels à l'aide des Polonais qui réclament des armes et des munitions et n'ont d'autre choix que de les aider. Le gouvernement britannique demande aux Soviétiques de cesser les hostilités et d'accepter la ligne Curzon comme frontière sinon la Grande-Bretagne soutiendra la Pologne par tous les moyens. Sans réponse de la part des Soviétiques, Britanniques et Français envoient en Pologne une mission interalliées qui arrivent à Varsovie le 25 juillet. En son sein se trouve le général Maxime Weygand, le chef d'état-major du maréchal Foch pendant la guerre, accompagné de son aide de camp le capitaine Charles de Gaulle. Les Britanniques sont représenté par le vicomte Edgar d'Abernon et le major-général Percy Radcliffe. Cette mission renforce les importantes missions militaires britanniques et françaises installées en Pologne depuis 1919. En 1920 ce sont prés de 400 officiers français qui sont alors en Pologne en tant qu'instructeurs. Les experts militaires occidentaux se mettent au travail pour aider les Polonais a arrêté les Soviétiques.

 

Cette aide militaire ne fait pas l'unanimité. L'opinion occidentale est en effet généralement hostile aux Polonais, notamment à gauche. Le parti travailliste britannique demande ainsi aux ouvriers anglais de ne pas prendre part au conflit du coté des Polonais. En France, L'Humanité demande que la Pologne réactionnaire ne reçoivent aucun soutien français. En Europe, les organisations communistes appellent les ouvriers à empêcher le départ d'armes et de munitions pour la Pologne. Cheminots allemands et tchèques mais aussi des dockers anglais refusent de charger le matériel destiné aux Polonais. A Dantzig, seul port où peuvent débarquer des cargaisons pour la Pologne, ce sont les dockers allemands qui entravent les déchargements car la propagande nationaliste les a convaincu qu'une victoire des Soviétiques permettrait de rattacher la ville à l'Allemagne. L'infanterie de marine française est donc envoyée dans le port de la Baltique pour accélérer le déchargement des armes et munitions. Seul les Hongrois envisage d'envoyer un corps de cavalerie de 30 000 hommes soutenir les Polonais. Mais ce projet échoue devant le refus du gouvernement tchécoslovaque de laisser ces hommes traverser son territoire.

 

A la mi-aout l'arrivée du matériel allié s'accélère. A l'aéroport Mokotow, les mécaniciens polonais travaillent sans cesse pour assembler d'ancien avions de la RAF destinés à empêcher les reconnaissances aérienne soviétiques.

 

Début août 1920, la situation semble désespérée pour les Polonais. Avançant de prés de 30 km par les jour les soldats de Toukhatchevski traversent le Bug le 22 juillet et pénètrent en territoires indiscutablement polonais. Pilsudski, qui semble surpris que les Soviétiques osent ainsi bafouer la ligne Curzon, comprend alors que leur objectif n'est autre que Varsovie. Il est vrai que le 1° aout les Soviétiques en s'emparant de Brest-Litovsk ne se trouvent plus qu'a 200 km de Varsovie. Et ils continuent à avancer. Le font soviétique du nord-ouest traverse la Narew le 2 août tandis que le front sud-ouest approche de Lvov, important centre industriel du sud de la Pologne.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 07:56
Le général Pilsudski.

Le général Pilsudski.

La Grande Guerre, par son ampleur, ses destructions incommensurables, son étendue géographique, sa durée, a presque totalement éclipsée le souvenir des multiples petits conflits qui, entre la fin de 1918 et 1920 touchent l'est de l'Europe. C'est le sort que connaît la guerre soviet-polonaise de 1920, souvent traitée comme l'appendice final de la guerre civile russe. Guerre de libération nationale ou croisade révolutionnaire, ce conflit présente un mélange de pratiques obsolètes et d’éléments stratégique novateurs, les charges de cavalerie se font au service d'une tactique qui préfigure la guerre éclair.

 

Le conflit entre la Pologne et la Russie prend racine en 1815 quand le congrès de Vienne entérine les différents partages de la Pologne opérés au XVIII° siècle par la Russie, la Prusse et l'Autriche. Depuis, l'aspiration à la résurrection d'une Pologne indépendante marque profondément l'identité nationale polonaise. Et ce que trois insurrections et des décennies de résistance aux entreprises de russification ou de germanisation n'ont pu accomplir, la guerre de 1914-1918 va le réaliser. En 1916, les Allemands qui ont envahi la Pologne russe acceptent la formation d'un Royaume de Pologne semi-autonome. Les Alliés ne peuvent alors aller aussi loin sans mécontenter la Russie de Nicolas II. Mais quand celle-ci se retire du conflit au début de 1918, le président américain Woodrow Wilson peut inscrire dans ses 14 points, qui deviennent les buts officiels de guerre des Alliés, la création et l'indépendance de la Pologne. En octobre 1918 quand, face à l'effondrement des Puissances centrales, le conseil de régence à Varsovie proclame l'indépendance de la Pologne, les Alliés entérinent la naissance du nouvel État.

 

Il faut pourtant attendre la conférence de Versailles, où les grands vainqueurs de la guerre, redessinent la carte de l'Europe pour connaître le contour du jeune État polonais. Mais les Alliés font alors face à une difficulté de taille. La Russie, devenue depuis 1917, le premier État communiste au monde, n'a pas été invité à participer à la conférence. Si les Alliés ne désespèrent pas de la chute prochaine des Soviets et soutiennent de nombreux efforts en ce sens, ils sont malgré tout incapables de déterminer les frontières à l'est de l'Europe, notamment celle qui doit séparer la Pologne de son voisin russe.

 

Pendant ce temps les Polonais se donne pour chef de l’État, Jozef Pilsudski. Ce dernier, ancien membre du Parti socialiste polonais, fut exilé par les autorités tsaristes pendant 5 ans en Sibérie. Farouchement anti-russe, il devient un fervent nationaliste. Pendant la Grande Guerre, il n'hésite pas à prendre la tête d'une légion polonaise qui combat sur le front oriental au sein de l'armée autrichienne. Refusant de prêter une allégeance totale aux Puissances centrales ils se retrouvent en prison à Magdebourg pour deux ans. Libéré en novembre 1918, il devient le héros national de la Pologne.

 

Pilsudski a alors pour objectif de faire retrouver à la Pologne ses frontières de 1772, frontières qui englobe non seulement la Pologne mais également l'Ukraine, la Biélorussie et la Lithuanie. Il envisage donc de former une fédération des petits États issu de l'éclatement de l'empire tsariste qui puisse freiner les aspirations impérialistes de la Russie et de l'Allemagne. Cette ambition se heurtent à la volonté des Alliés qui veulent imposer comme frontière avec la Russie la ligne fixée par lord Curzon, ministre britannique des Affaires étrangères. Cette ligne qui laisse des milliers de Polonais à l'est du Bug en dehors de la Pologne n'est pas acceptée par cette dernière alors qu'à l'ouest les Alliés hésitent à lui donner la région minière de Silésie pour ne pas mécontenter les Allemands. Les Ukrainiens et les Lithuaniens qui viennent juste d'accéder à une indépendance encore précaire rejette tout autant le projet polonais de fédération que les ambitions territoriales de la Pologne. Les Français et les Britanniques mettent en garde les Polonais contre ces projets impérialistes et leur demandent de se contenter des territoires ethniquement polonais.

 

Au moment où l’État polonais renait, Lénine ordonne à l'armée rouge d'avancer à l'ouest reprendre les territoires occupés jusque là par les armées allemandes. Cette marche vers l'ouest fait face rapidement à l'émergence de pouvoir locaux, expressions des aspirations nationales des peuples de l'ancien domaine des Tsars. Les Soviétiques se heurtent donc aux Ukrainiens, aux Lettons, Estoniens, Lithuaniens et évidemment aux Polonais. Ces derniers affrontent l'armée rouge au printemps 1919. Mais les Soviétiques doivent à nouveau faire face à la menace des armées blanches soutenues par des détachements militaires alliés. La menace de Denikine est plus sérieuse que celle de Pilsudski. Profitant de la faiblesse russe, les Polonais poursuivent leur avance en Biélorussie. Ils s'emparent de Vilnius dont les Lithuaniens avaient fait la capitale de leur jeune république et atteignent la Daugava. Pour les Polonais, il s'agit surtout de mettre les Alliés devant le fait accompli afin qu'ils reconnaissent des frontières orientales polonaises élargies. A la fin de 1919 les Polonais occupent ainsi de larges parties de la Biélorussie, de la Galicie et de l'Ukraine.

 

Au début de 1920, la situation a évoluée. La guerre civile russe connait ses derniers soubresauts au profit des bolcheviks. Ces derniers peuvent de nouveau tourner leur regard vers l'ouest. Ils concentrent prés de 700 000 hommes prés de la Berezina en Biélorussie. Persuadé, à juste titre, que les Russes s'appretent à passer à l'attaque, les Polonais veulent les prendre de vitesse en attaquant les premiers en Ukraine. Ils comptent s'appuyer pour réussir sur le soutien de l'ataman ukrainien Semyon Petlioura. Ce dernier, qui se bat depuis 1918 pour l'indépendance de l'Ukraine signe en décembre 1919 un accord avec la Pologne. Il accorde à celle-ci la Galicie orientale et la Volhynie occidental en échange de son aide afin qu'il puisse reprendre Kiev et étendre l'Ukraine indépendante jusqu'au Dniepr.

 

Pilsudski ordonne d'abord a ses troupes de marcher sur le nord, aider l'armée lettone à chasser les Soviétiques des rives de la Dvina. Les Polonais parviennent ainsi à s'emparer du point clé que constitue la forteresse de Dvinski le 3 janvier 1920 obligeant les Soviétiques à négocier. Mais Pilsudski, convaincu que les bolcheviks ne cherchent qu'à gagner du temps, fait trainer les pourparlers sur la définition de la frontière. Durant les mois d'hiver, il prépare son pays à la guerre. Les services de renseignements polonais concentrent l'essentiel de leur activité à suivre les mouvements des troupes soviétiques tandis qu'environ 100 000 soldats polonais sont déployés sur un front de près de 1000 km.

 

Les Alliés, apprenant les préparatifs polonais, mettent en garde Pilsudski. Lord Curzon le prévient le 9 février qu'il ne doit pas compter sur le soutien britannique. Le Conseil suprême Allié transmet une déclaration identique. Mais les services de renseignements polonais ne cessent d'annoncer l'arrivée quotidienne sur le front occidental de nouvelles troupes soviétiques. Pilsudski décide alors de passer à l'attaque. Son plan consiste à d'abord battre les Soviétiques au sud pour permettre la formation d'une République indépendante d'Ukraine sous la direction de Petlioura. L'armée que ce dernier doit mettre sur pied permettra alors aux troupes polonaises de remonter dans le nord où Pilsudski prévoit que doit se dérouler la bataille décisive. Avec la conclusion le 21 avril d'un accord militaire avec Petlioura, les Polonais sont enfin prêts pour passer à l'offensive.

L'avancée polonaise en Russie.

L'avancée polonaise en Russie.

Opération Kiev

Le 25 avril 1920, la 3° armée polonaise, commandé par le général Rydz-Smygli et accompagnée par deux divisions d'infanterie ukrainiennes, s'engage dans une offensive en profondeur en Ukraine. Face à elle se trouvent les 12 et 14° armées rouges commandées par le général Alexandre Iegorov. Les lanciers polonais, après avoir bousculé les troupes frontalières soviétiques, détruisent la 12° armée rouge, foncent en direction du Dniepr et s'emparent facilement de Kiev le 7 mai. Le gouvernement polonais proclame alors qu'il est venu apporter sa protection aux Ukrainiens qui doivent s'armer pour combattre les bolcheviks et gagner leur liberté avec l'aide de la Pologne.

 

Mais les Soviétiques se rassissent rapidement. D'abord ils n'ont pas été battu mais se sont replié en ordre derrière le Dniepr. Les Polonais n'ont d'ailleurs pu établir qu'une petite tête de pont sur la rive orientale du fleuve et dès la fin mai ils doivent affronter les contre-attaques soviétiques. Le 26 mai 1920, des unités soviétiques appuyées par la 1° armée de cavalerie rouge attaquent autours de Kiev. Après une semaine de combat les Polonais rétablissent leurs positions. Au nord la 1° armée polonaise est battu et doit évacuer les territoires entre la Dvina et la Berezina pour stabiliser le front sur la rivière Auta.

 

Les Polonais se montrent rapidement incapable d'être à la hauteur de l'ambitieux plan stratégique de Pilsudski. Leur avance rapide sur Kiev a ainsi démesurément étendu leur ligne de ravitaillement. De plus ils ne trouvent guère de soutien parmi les populations ukrainiennes qui sont autant ant-russe qu'anti-polonaises. Alors que les Polonais espéraient la formation d'une armée ukrainienne nombreuses leurs espérances sont vite déçus. Les forces ukrainiennes sont incapables de tenir le front face aux Soviétiques obligeant les unités polonaises à rester en Ukraine.

 

Les troupes polonaises doivent alors tenir un front de plus de 300 kilomètres avec seulement 120 000 hommes appuyé par 460 pièces d'artillerie. Les généraux polonais s'inspirant de la guerre sur le front occidental souhaitent établir une ligne de défense linéaire couvrant l'ensemble du front. Mais à la différence du front occidental saturé de mitrailleuses, de canons et de troupes, le front polonais est pauvre en homme et en artillerie et ne dispose d'aucun ouvrage fortifié. A cela s'ajoute le fait que les Polonais ne dispose d'aucune réserve stratégique pour pallier une éventuelle percée ennemie.

 

De leur coté les Soviétiques ne cessent de se renforcer. Le fer de lance de l'armée rouge, la première armée de cavalerie rouge, commandé par le général Semyon Boudienny, et qui rassemble prés de 16 000 cavaliers appuyés par 5 trains blindés rejoint ses positions de départ sur le front ukrainien à la fin mai. Au nord, prés de 100 000 soldats rouges sont mobilisés. Il ne fait pas de doute que les Soviétiques veulent frapper un grand coup mais veulent-ils seulement infliger une correction aux Polonais ?

 

Au début de 1920, conscient que la guerre civile est gagnée Lénine développe l'idée d'exporter la révolution en Europe occidentale par le biais des soldats de l'armée rouge. Et le plus court chemin pour atteindre Berlin puis Paris passe par Varsovie. Sinon, la Russie soviétique restera une forteresse isolée, d'autant plus fragile qu'elle est ruinée par des années de guerre.

 

A suivre...

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 07:31

Bernard Lecomte, Gorbatchev, Perrin, 2014.

L'homme de la perestroïka

Il y a quelques semaines des députés russes ont proposé de traduire devant les tribunaux du pays Mikhail Gorbatchev. Son crime ? Avoir mis fin à l'existence de l'URSS. Cette accusation est totalement fausse car, comme le montre Bernard Lecomte dans sa biographie du dernier dirigeant de l'URSS, Gorbatchev fut jusqu'au bout un défenseur acharné du maintien de l'Union soviétique. C'est le parcours de cet homme, un communiste convaincu qui paradoxalement présida à la fin du communisme en Europe, que livre le journaliste Bernard Lecomte.

 

Cette biographie, d'une facture classique, suit les différentes étapes de la carrière de Gorbatchev. Né dans une famille de paysans dont le père, communiste convaincu, fit la chasse aux koulaks tandis que le grand-père fut déporté, le futur dirigeant de l'URSS, bon élève, est remarqué et obtient le droit de faire ses études universitaires à Moscou. C'est dans la capitale qu'il fait la rencontre de sa femme, Raïssa, une intellectuelle qui s’intéresse à l'ethnologie et l'ouvre à la culture.

 

A la fin de ses études, le Parti l'envoie dans sa région natale, à Stavropol, en tant que jeune cadre du Komsomol. Dynamique, efficace, il monte rapidement dans la hiérarchie locale et devient premier secrétaire du district de Stavropol. Ce district étant un lieu de cure apprécié par les dirigeants soviétiques, le jeune Gorbatchev croise de nombreux dignitaires, dont Iouri Andropov, le puissant chef du KGB, qui le remarque et le fait monter à Moscou.

 

Avec le soutien d'Andropov, Gorbatchev gravit dans les années 1970 tout les échelons de la direction communiste et entre au comité central en 1978. Quand Andropov succède à Brejnev, Gorbatchev apparaît comme son dauphin naturel. Mais il doit céder la place à Tchernenko à la mort de son mentor. En mars 1985 Gorbatchev devient le secrétaire général du PCUS. Sa jeunesse, sa volonté d'aller au contact de la population lui assure rapidement une grande popularité. Il lance rapidement, la perestroïka, une politique de réforme, qui doit sortir l'URSS du marasme économique et de la gabegie. Afin de combattre les résistances de l'appareil il lance peu après la glasnost qui se traduit par un accroissement de la liberté d'expression notamment pour la presse.

 

Ce nouveau cours suscitent débats, enthousiasmes et craintes au sein du PCUS. Face aux conservateurs apparaît une fange du Parti qui souhaite aller plus loin et plus vite dans les réformes et dont Boris Eltsine devient le symbole. Gorbatchev, au centre, doit louvoyer entre ses forces opposées. Si la politique internationale soviétique connaît des succès et redore l'image de l'URSS dans le monde, la situation intérieure tend à se dégrader. Alors que les luttes de fractions s'exacerbent au sein du PCUS et que les forces centrifuges de l'Empire soviétique se réveillent, Gorbatchev cherche à concentrer les pouvoirs afin de garder la situation en main et se fait élire président de l'URSS.

 

En 1989, le glacis soviétique en Europe de l'Est s'effondre tandis que la montée des nationalismes désagrège peu à peu l'URSS. Gorbatchev perd peu à peu la main face à ces opposants, notamment Eltsine. Le coup d’État d’août 1991, un putsch raté des conservateurs, scelle le destin de Gorbatchev qui assiste impuissant à l'éclatement de l'URSS tandis que le PCUS est dissous. Isolé, oublié, il quitte le pouvoir le lendemain du jour où le drapeau rouge laisse la place au drapeau russe sur les coupoles du Kremlin.

 

D'une lecture facile, riche en informations, ce portrait, qui n'est ni à charge, ni à décharge, permet de revivre l'effondrement de l'URSS. Au final le lecteur ne peut être que fasciné par le destin de Gorbatchev, ce communiste convaincu qui voulait réformer l'URSS afin qu'elle puisse continuer à exister, et qui, en vérité, précipita sa disparition. Retenons pour terminer que face à la débâcle de l'Empire soviétique, Gorbatchev eut la sagesse de ne jamais utiliser la force. Pour cela, malgré son échec politique, il mérite amplement sa place parmi les grands hommes du siècle passé.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 07:00

Georges Vidal, Histoire des communismes au 20e siècle, Ellipses, 2013.

L'odyssée communiste au 20e siècle.

Si de rares historiens anglo-saxons ont publié ces dernières années de grandes synthèses sur l'histoire du communisme, aucun historien français ne s'était aventuré jusqu'alors sur ce terrain périlleux. Georges Vidal a pris ce risque et relève avec brio ce pari audacieux en livrant une synthèse claire et accessible qui donne une vue globale de l'histoire du phénomène communiste depuis la Révolution russe jusqu'au début des années 2000 sur l'ensemble des continents de la planète.

 

Surtout, Georges Vidal ne livre pas un simple récit linéaire de l'aventure communiste mais réussit à lui donner une cohérence en analysant la tension qui existe tout au long de son histoire entre sa volonté d'intégration internationale et la force d'un polycentrisme qui puise sa source dans les cultures nationales où cherche à s'implanter le mouvement communiste. Pour l'auteur il n'existe donc pas un communisme intemporel mais plutôt, comme l'indique d'ailleurs le titre de l'ouvrage, des communismes. Jusqu'à la mort de Staline, en 1953, la force centripète l'emporte même s'il existe déjà certaines différenciations, notamment en Chine ou en Indochine mais également en France à l'époque du Front populaire. L'Internationale communiste est d'ailleurs le symbole de cette volonté unitaire qui s'exprime avant tout dans l'attachement de l’ensemble des PC envers une URSS isolée sur le plan international et qui craint une éventuelle agression capitaliste.

 

Avec la mort de Staline, les forces centrifuges prennent le dessus. La Yougoslavie de Tito a, dès 1948, rompu avec le grand frère soviétique, mais c'est surtout le schisme sino-soviétique qui marque la division croissante au sein du monde communiste. Au sein du communisme européen, le PC italien prend ses distances avec le PC soviétique pour prendre dans les années 1970 la tête de l’éphémère mouvement de l'eurocommunisme. L'auteur souligne également qu'au sein du bloc de l'Est, l'intégration politique et économique est imparfaite. Ce polycentrisme mine peu à peu le mouvement communiste dont le modèle politique et économique s'épuise rapidement. Pour faire face à ce déclin, les Chinois se tournent vers l'économie de marché mais sans rien céder dans le domaine politique. En URSS, Khrouchtchev n'arrive pas à bousculer le système bureaucratique tandis que les réformes économiques que lui et ses successeurs entreprennent sont des échecs. En Europe occidentale, les transformations structurelles du monde ouvrier entraînent un déclin de l'influence des PC locaux. Ces évolutions profondes conduisent à l'éclatement du bloc soviétique et à la marginalisation des PC européens. De ce naufrage ne subsistent que Cuba et les États communistes asiatiques.

 

Le livre de Georges Vidal est à la fois riche, foisonnant et stimulant. Privilégiant le politique et l'économique, l'auteur accorde une place particulière à la dimension militaire du communisme. Il montre ainsi la place centrale de la guerre civile dans la construction de l’État soviétique, puis celle de la Seconde Guerre mondiale dans l'expansion du communisme. Guerre et communisme apparaissent indissociablement liées à l'issue de ce parcours presque centenaire qui mérite amplement le détour.

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 07:56

Norman Naimark, The Russians in Germany : A History of the Soviet Zone of Occupation, 1945-1949, Belknap Press, 1995.

L'occupation soviétique de l'Allemagne

Norman Naimark, professeur à l'Université de Stanford, décrit et analyse un moment d'histoire largement méconnue, l'occupation soviétique en Allemagne depuis la chute de Berlin en mai 1945 à la naissance de la RDA en 1949. Pour cela il s'appuie sur une masse importante de documents issus des archives russes mais également allemandes.

 

L'auteur décrit la mise en place de l'administration militaire soviétique en Allemagne qui vise à la fois à administrer les régions « libérées » mais également a assurer le bien être matériel et culturel des troupes de l'Armée rouge. Pour appuyer leur autorité les Soviétiques favorisent les communistes allemands avec la constitution du Parti socialiste unifié (SED) sous la direction de Walter Ulbricht. Naimark ne fait pas l'impasse sur la question du viol des femmes allemandes par les soldats soviétiques. Il montre que ce phénomène a persisté jusqu'en 1947 et ne fut pas l'apanage des seuls soldats du rang. Résultats d'un manque de contrôle de la troupe par les autorités, Staline a délibérément fermé les yeux sur ces viols de masse, dénonçant la propagande occidentale. Pour Naimark ces viols ont eu des conséquences durables. Dans un pays vaincu, où les femmes sont, du fait des pertes en hommes durant la guerre, largement majoritaires et jouent à ce titre un rôle économique important dans la reconstruction, les viols constituent un traumatisme pour la population masculine. Cette cicatrice devient un héritage durable tout au long de l'histoire de la RDA et, explique selon l'auteur, l'hostilité persistante, faite de haine et de ressentiment, des Allemands de l'Est envers les Soviétiques.

 

Sur le plan politique et économique, les Soviétiques n'ont pas d'objectifs à long terme concernant l'Allemagne orientale. Après la confiscation des terres et le pillage de l'industrie allemande, l'URSS ne propose que la collectivisation comme modèle économique. Sur le plan politique l'alignement systématique du SED sur les positions soviétiques décrédibilise les communistes allemands qui perdent toute légitimité pour la population. L'auteur ne manque pas de décrire le processus de soviétisation dans le domaine de l'art et de l'éducation.

 

Pour Naimark, les Soviétiques ont finalement échoué à gouverner leur zone d'occupation mais surtout à gagner les cœurs et les esprits des Allemands de l'Est. Les bases du régime est-allemand sont donc fragilisées dés sa naissance en raison des erreurs et de l'aveuglement soviétiques. Pour Naimark il ne fait aucun doute que l'effondrement de la RDA en 1989 prend sa source durant l'occupation soviétique de l'Allemagne orientale.

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 07:32

Vadim Rogovin, 1937 : Stalin's Year of Terror, Mehring Books, 1998.

La terreur stalinienne

L'année 1937 est d'un intérêt majeur pour tous ceux qui s'intéresse à l'histoire de l'URSS et du communisme en général puisque c'est à ce moment que Staline lance une vaste et sanglante purge qui décime les rangs du Parti communiste et de l'Armée rouge. L'Union soviétique devient alors cet enfer sur terre si bien décrit par Georges Orwell.

Avec minutie, Rogovin, historien russe de tendance marxiste décrit le déroulement de la terreur stalinienne durant l'année 1937. Il met particulièrement en évidence le fait que la terreur a été soigneusement préparée et calculée par Staline pour arriver à ses fins tout en montrant les motivations profondes du dictateur. Pour cela il peut s'appuyer sur une bureaucratie privilégiée mais dont la puissance a été largement surestimée ce qui laisse à penser que le phénomène des purges n'était pas inévitable.

Rogovin donne de nombreuses biographies de victimes des purges et les raisons de leur disparition. C'est certainement là l'un des points le plus intéressant du livre, montrer les victimes et à travers ses portraits, dégager le profil d'une opposition à Staline. Cette dernière est formée de vieux militants qui tiraient une part de leur légitimité de leurs faits d'armes révolutionnaires. Cette menace est assez importante pour que Staline déclenche un processus meurtrier. A coté des anciens militants, l'autre cible de Staline ce sont les militaires avec la figure emblématique du maréchal Toukhatchevsky. Pour Rogovin il ne fait aucun doute que ces oppositions politiques et militaires auraient tôt ou tard déposées Staline. Paradoxalement il donne raison à Staline d'avoir lancé le processus des purges.

L'auteur analyse les ressorts de la répression, du processus de destruction intellectuelle des victimes qui les conduit à signer des aveux et à lancer de fausses accusations. Il détaille également comment la terreur se répandit à l'échelle internationale en particulier dans l'Espagne républicaine mais aussi le courage de nombreuses victimes dont les trotskistes envoyés au Goulag et qui sont tous exécutés au moment de l'invasion allemande de 1941.

Le lecteur peut regretter que l'auteur ne s'appuie que sur des sources relativement anciennes, notamment les Mémoires de Khrouchtchev ou les écrits de Trotski. L'explication qu'il donne aux purges n'est pas également neuve. La collectivisation forcée et l'industrialisation à outrance ont provoqué l'impopularité de Staline. La terreur fut donc un moyen radical d'éradiquer et de prévenir toute opposition au régime. Ici aucune nouveauté.

Voici un livre qui a certes des imperfections mais dont la lecture est indispensable pour comprendre comment les Grandes Purges staliniennes ont façonné l'URSS et le communisme mondial.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Stalinisme
9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 07:30

David Glantz, Red Storm over the Balkans : The Failed Soviet Invasion of Romania, Spring 1944, University Press of Kansas, 2006.

L’échec de l'Armée rouge en Roumanie

David Glantz est certainement le spécialiste mondial de la guerre sur le front de l'Est de 1941 à 1945. Avec ce livre il explore un aspect largement méconnu de ce conflit : la progression soviétique dans le sud de l'Europe à partir de 1944. Nous pouvons néanmoins regretter le titre trompeur de l'ouvrage. Ce dernier se borne à faire le récit et à analyser la libération du sud de l'Ukraine et du nord de la Roumanie, un espace restreint loin d'englober l'ensemble des Balkans.

 

Glantz concentre donc son attention sur la campagne qui débute au début de 1944 dans le sud de l'Ukraine puis se déploie jusqu'en juin dans le nord-est de la Roumanie. A partir du mois d'avril, le 2e front dirigé par le général Koniev attaque le long de l'axe Tirgu-Frumos tandis que le 3e front commandé par Malinovski, après la libération d'Odessa, attaque les défenses allemandes le long du Dniestr entre Tiraspol et Grigoriopol. Les Soviétiques sont confiants dans leur chance de succès mais la détermination et l'habileté allemande dans la guerre de mouvement vont rapidement frustrer les espoirs de victoire soviétique.

 

Comme dans ses autres ouvrages, Glantz donne ici un compte-rendu détaillé des opérations militaires. Il décrit avec précision la situation de chaque protagoniste avant le début de la campagne, décrit chaque étape des batailles et de la campagne puis analyse les résultats. Il livre également de larges extraits des rapports remis aux commandants afin de montrer les problèmes auxquels ils sont confrontés et qu'ils doivent surmonter.

 

Pour Glantz, les Soviétiques avaient au départ le potentiel suffisant pour vaincre les Allemands. La résistance acharnée de ces derniers, l'utilisation experte des réserves, notamment la Division Grossdeutschland et la 24e Panzerdivision mais également les excès de confiance et le manque de coordination coté soviétique font de cette campagne un échec pour l'Armée rouge qui ne cesse pourtant d'accumuler les victoires plus au nord lors de l'opération Bagration. Pour les Allemands, ce succès en Roumanie leur permet de reprendre un peu d'air et surtout de remonter le moral de la troupe.

 

Comme toujours, la prose de Glantz est ardue et la lecture assez difficile. L'auteur n'hésite pas à descendre au niveau de la compagnie pour relater les combats, le lecteur court donc le risque de perdre la vision globale des opérations. L'ouvrage comprend 32 cartes mais la plupart sont d'époque et sont difficilement déchiffrables. L'auteur a également pris soin de livrer des biographies des principaux responsables militaires de cette campagne du printemps 1944. Des notes, une bibliographie et un index complètent l'ensemble.

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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 07:25

David King, Le commissaire disparaît, La falsification des photographies et des œuvres d'art dans le Russie de Staline, Calmann-Lévy, 2005.

Staline et la falsification de l'Histoire

Le livre de David King est une formidable plongée dans les méandres de la propagande totalitaire de la Russie stalinienne ainsi que dans les abîmes des purges. La disparition des ennemis du peuple n'est en effet pas seulement physique. Pour Staline, les victimes des purges doivent disparaître totalement de la mémoire des Soviétiques. Et d'abord des photographies.

 

Une célèbre photo du début des années 1920 montre Lénine sur un podium en bois devant le théâtre du Bolchoï face à la foule. Sur le coté du podium se trouve Trotski. La photo est publiée dans le monde entier, symbole de la Révolution russe. Mais dés que Staline prend le pouvoir, cette photo est trafiquée pour faire disparaître le créateur de l'Armée rouge et par la suite tout citoyen pris en possession d'une photo de Trotski devient passible de l'arrestation et du goulag.

 

Tout comme Trotski, de nombreux communistes disparaissent des photographies mais également des livres. Et ce funeste destin touche aussi les rangs du NKVD. Le lecteur assiste ainsi à une vaste entreprise de falsification systématique de l'Histoire. David King, à la suite d'une longue enquête, montre de nombreuses photos datant des débuts de l'époque soviétique qu'il juxtapose avec des tirages postérieurs ou des visages ont été effacé à l'aide d'aérographe, à l'encre ou à coups de ciseaux. Les photos sont aussi trafiquées, des slogans sur des banderoles sont modifiés.

 

Le livre de King contient également de nombreux exemples de fabrication de mythes par le biais de la sculpture et de la peinture. Ainsi une peinture de 1937 montre Lénine descendre du train qui, en 1917, le ramène de Suisse. Pour l'accueillir le peintre montre un Staline jeune alors que ce dernier n'a jamais été présent à la gare de Finlande ce jour là. Le Vojd est également représenté comme un homme du peuple, un ami des ouvriers ou une sorte de saints modernes.

 

Le livre de David King présente en grand nombre des photographies avec un texte limité mais qui donne l'essentiel pour comprendre leur sens. Certains trucages sont risibles tant ils sont grossiers mais derrière ces falsifications se trouve un pouvoir despotique absolu qui n'hésitait pas à broyer des millions de gens.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 06:40

Richard Overy, Russia's War: A History of the Soviet Effort: 1941-1945, Penguin Books, 1998.

Pourquoi l'URSS a vaincu l'Allemagne.

Le livre de Richard Overy est une excellente synthèse sur l'histoire de l'URSS en guerre, qui a aussi l'avantage de sortir d'un cadre étroitement militaire. La thèse de l'auteur est simple : la victoire soviétique en 1945 n'est pas due, comme le répète une historiographie datée, à la supériorité numérique écrasante de l'armée soviétique. Il met ainsi en perspective les raisons du succès soviétique dans la guerre contre l'Allemagne sur une période plus longue que les quatre années du conflit. L'auteur consacre en effet ses deux premiers chapitres à montrer que c'est en raison de la crainte d'une attaque étrangère que Staline lance en 1929 la collectivisation des terres et l'industrialisation à marche forcée du pays. Il s'agit pour lui d'augmenter substantiellement la production militaire et alimentaire afin d’être en état de tenir un échec un envahisseur et éviter ainsi un possible renversement du régime qu'il dirige. Il donne également un bon aperçu des manœuvres diplomatiques du Kremlin avant le début des conflits, de la recherche d'alliance avec les démocraties occidentales à la signature du pacte germano-soviétique que l'auteur explique par la découverte par Staline que la Grande-Bretagne ne disposait pas d'armée face à Hitler.

Le passionné d'histoire militaire sera néanmoins déçu par le peu de place laissée aux aspects opérationnels du conflit. Si l'auteur fait un bon résumé sur les batailles de Léningrad, Moscou, Stalingrad, Koursk, Berlin ou l'opération Bagration, il ne parle à aucun moment de la façon dont la guerre est menée au niveau tactique. Notons qu'il ne fait pas mention de l'opération Mars en 1942 et que sur la partie militaire l'ouvrage est largement daté.

Si l'auteur décrit l'état d'impréparation de l'armée soviétique en juin 1941, il s'attarde plus longuement sur la reprise en main de la situation par Staline. Pour Overy, le maître du Kremlin fait un choix judicieux en choisissant Joukov pour diriger les affaires militaires et surtout en lui laissant une certaine marge de manœuvres. Ce dernier point mériterait certes d’être révisé. L'un des chapitres les mieux réussis concerne le sort des populations des territoires occupés par l'armée allemande et leur destin après le retour de l'Armée rouge. Overy n'omet pas de parler de ceux qui ont collaboré avec l'occupant tout en relativisant l'importance du mouvement des partisans.

Overy montre l'énorme mobilisation de l'industrie soviétique qui produit rapidement des armes en grande quantité. Si la majorité des femmes allemandes n'ont pas pris le chemin des usines, prés des 2/3 des femmes soviétiques ont été mobilisé dans l'industrie. Le système concentrationnaire soviétique a quant à lui fourni prés de 15 % des munitions. L'auteur n'oublie pas de traiter du retour à la paix en URSS et montre les raisons qui conduisent peu à peu à la rupture avec les Alliés occidentaux.

L'ouvrage de Richard Overy est une synthèse de qualité pour mieux appréhender la guerre sur le front de l'Est vue du coté soviétique. S'il montre que le succès soviétique est le résultat d'une combinaison de facteurs, ses origines remontent à la politique brutale menée par Staline qui a permis de faire de l'URSS un État beaucoup plus militarisé que ne l'était l'ancienne Russie. Signalons que le livre de Richard Overy est agrémenté de 11 cartes, d'un appareil de notes conséquent ainsi que d'une vaste bibliographie et d'un index.

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 07:34

Artemy Kalinovsky, A Long Goodbye: The Soviet Withdrawal from Afghanistan, Harvard University Press, 2011.

L'adieu soviétique à l'Afghanistan

Le livre d'Artemy Kalinovsky s'interroge sur les raisons qui ont poussé les Soviétiques à quitter l'Afghanistan en 1989 après 10 ans de présence militaire. Retrait forcé sous la pression de contraintes intérieures et extérieures ou bien choix délibéré de Gorbatchev ? Pour l'auteur ce départ d'Afghanistan ne fut pas imposé par des raisons militaires ou économiques mais une décision consciente du Kremlin qui choisit alors d'abandonner la politique d'expansion initiée par Brejnev.

 

Les deux premiers chapitres de l'ouvrage retracent les étapes de l'intervention soviétique avant 1985. Cette dernière n'était qu'une partie d'un plan plus large afin de répandre le communisme dans le Tiers-Monde même si l'auteur insiste sur le fait que les Soviétiques ne visaient pas à contrôler le Golfe Persique. Il montre qu'à plusieurs reprises l'URSS à envisager de retirer ses troupes comme en 1982 quand le soutien américain aux moudjahidines empêche finalement une solution diplomatique.

 

Lors de sa première année à la tête de l'URSS, Gorbatchev laisse la guerre se poursuivre, agissant avec prudence pour se laisser toutes les portes ouvertes. Il fait néanmoins savoir au régime afghan que la présence soviétique ne sera pas éternelle et laisse se développer dans les médias une critique publique du conflit. De 1986 à 1988 la direction soviétique envisage de plus en plus un retrait à moyen terme. Pour cela les Soviétiques demande au régime afghan de gagner une plus grande légitimité tout en cherchant une solution négociée avec les États-Unis et le Pakistan. A ce moment le Kremlin est surtout préoccupé par les conséquences possibles d'un retrait sur l'attitude des États qui lui sont proches dans le Tiers-Monde.

 

En 1988-1989, bien que la décision de retrait des troupes fût prise, devant la constatation que le régime de Najibullah ne pourrait tenir, des divisions apparaissent dans la direction soviétique entre les tenants d'une ligne dure qui souhaitent une nouvelle intervention et les réformateurs qui veulent un retrait immédiat. Gorbatchev hésite mais résiste finalement aux faucons qui demandent encore une nouvelle intervention après février 1989. Néanmoins les Soviétiques continuent à fournir une aide militaire et civile jusqu'en 1991.

 

Le travail de Kalinovky est une excellente introduction pour mieux appréhender l'intervention soviétique en Afghanistan et sa place dans la désagrégation de l'URSS. Mais l'auteur lui-même reconnaît que son étude a une portée limitée puisqu'elle néglige le contexte international de ce conflit. Surtout les archives disponibles sur le sujet sont encore limitées et souvent partiales. Le lecteur peut ainsi regretter que Kalinovsky ne dise mot sur les réactions des démocraties populaires d' Europe de l'Est sur l'évolution de la situation en Afghanistan et le dangereux précédent que représente le retrait des troupes soviétiques.

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communismeetconflits - dans Guerre froide Union soviétique et Russie

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")