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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 06:41

Anne Applebaum, Rideau de Fer. L'Europe de l'Est écrasée, 1944-1956, Grasset, 2014.

La naissance des démocraties populaires

Voici un livre publié en anglais en 2012. Il vient d'être traduit en français et publié chez Grasset en octobre. Nous reproduisons ici la recension que nous en avions donné en 2013 après la lecture de l'édition originale. Si, après la lecture de la traduction française, nous n'avons rien à modifier sur le fond de notre critique précédente, nous souhaitons ajouter néanmoins une note positive en soulignant que le livre d'Anne Applebaum balaye de nombreux aspects de la vie quotidienne dans les jeunes démocraties populaires. Il fourmille donc d'informations sur des sujets peu ou mal connu et à ce titre là fait œuvre utile et mérite d’être lu. Ajoutons que l'éditeur français n'a pas sacrifié la riche bibliographie déjà présente dans l'édition anglaise.

                                                                  

 

Anne Applebaum est une spécialiste de l'histoire de l'URSS dont le positionnement est bien connu. Elle s'inscrit en effet dans un courant conservateur pour qui Staline n'était qu'un sanguinaire dictateur qui ne désirait qu'asservir l'Europe. Dans ses travaux il n'y a donc aucune place pour les arguments du courant révisionniste qui avance que les États-Unis pourraient être responsables de la division de l'Europe. 

L'histoire racontée dans ce livre est donc pour elle celle d'une tragédie. A partir de 1945 les aspirations à la liberté et à l'indépendance de nombreux peuples sont foulés aux pieds par un État soviétique sans pitié qui s'appuie sur la servilité de sbires locaux. L'histoire commence en mars 1945 avec l'entrée de l'armée rouge en Allemagne par le nettoyage ethnique de millions d'Allemands et se termine par l'intégration de l'Europe orientale dans la sphère soviétique durant les années 1950. 

Pour l'auteur les Occidentaux n'ont rien pu faire pour empêcher ce phénomène et changer le statu-quo ainsi établi en Europe. Comme nous l'avons dit le portrait est à charge et s'inscrit dans une tradition qui prend ses racines en pleine Guerre froide. Le lecteur peut ainsi regretter l'absence d'analyses sur les raisons qui ont permis à l'URSS de maintenir son hégémonie pendant plus de 40 ans sur l'Europe orientale. En effet le contrôle totalitaire a finalement échoué et cela sans intervention extérieure. 

Au final, voici un livre solide quand aux informations données et aux faits décrits et qui se lit assez facilement. Mais l'ensemble est très daté, sans grande originalité et surtout sans nuances, ni recul.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 06:54

Geoffrey Roberts, Les guerres de Staline, de la guerre mondiale à la guerre froide, 1939-1953, Delga, 2014.

Staline, chef de guerre

A l'occasion de la sortie de la traduction française du livre de Geoffrey Roberts, nous republions la recension que nous avions réalisé de l'édition originale. Profitons-en pour saluer cette première traduction d'un ouvrage anglo-saxon sur la guerre germano-soviétique et espérons qu'elle ne fasse qu'ouvrir la voie.

                                                                               

 

Disons le d'emblée, voici un grand livre où l'histoire militaire croise l'histoire politique. L'image d'un Staline sanguinaire et incompétent sur le plan militaire est depuis longtemps devenu un lieu commun de l'historiographie. Pourtant Geoffrey Roberts propose de revenir sur cette image, de la soumettre au questionnement historique sans tomber dans le révisionnisme puisqu'à aucun moment il n'est question de nier que Staline fut directement responsable de la mort de millions d'hommes.

 

L'ouvrage débute avant 1939 puisque l'auteur montre les efforts de l'URSS pour créer des alliances avec la France et la Grande-Bretagne et ainsi se placer dans la meilleure position pour affronter un conflit qui apparaît à tous comme imminent. Le pacte germano-soviétique s'explique alors par cette volonté forcenée de Staline d'éviter que la guerre ne touche son pays. Geoffrey Roberts ne manque pas de montrer que c'est à la suite du refus occidental de la proposition d'alliance faite par Staline et de la mise à l'écart de ce dernier lors de la conférence de Munich que le dirigeant soviétique envisage finalement une alliance allemande. Par la suite Staline fait de son mieux pour éviter la guerre malgré les avertissements. Roberts signale qu'il autorise pourtant les mouvements de troupes et l'appel aux réservistes, mesures qui seront de peu d'utilité au moment de l'invasion de juin 1941.

 

Geoffrey Roberts décrit également avec détails les origines de l'art de la guerre soviétique qui passe d'une conception offensive au moment de la guerre civile russe à une conception défensive dans les années 1930. Il relate également les différentes phases du conflit sur le front de l'Est avec précision et clarté. Le lecteur a ainsi une étude fouillée de l'URSS dans la Seconde Guerre mondiale, aussi profonde et informée que les études de Glantz. Regrettons qu'une synthèse d'une telle qualité sur l'histoire du conflit à l'Est n'existe pas en français.

 

L'auteur montre qu'entre le début de l'attaque allemande et la bataille de Stalingrad, Staline, par ses erreurs, est responsable de la perte de centaines de milliers d'hommes. Mais à partir du moment où l'armée rouge met en œuvre des opérations de grandes envergures comme Uranus ou Bagration, Staline est relégué à n'exercer qu'un rôle de contrôle sur ses généraux et maréchaux. Si l'histoire militaire domine le livre, l'aspect politique n'est pas oublié, et Roberts se penche avec minutie sur les relations entre Staline et les Alliés, notamment concernant le partage des zones d'influence en Europe. Il démontre que pour Staline il est indispensable que l'URSS se dote d'un glacis protecteur pour éviter qu'un nouveau juin 41 n'advienne.

 

Sur de nombreux points où le débat historiographique est tendu, Geoffrey Roberts apportent de précieuses précisions. Ainsi pour lui, l'armée soviétique n'a pu entrer dans Varsovie à l'été 1944 pour des raisons seulement militaires. Sur les origines de la guerre froide, il n'esquive pas les responsabilités de Staline dans la dégradation des relations internationales ou la rupture avec la Yougoslavie de Tito.

 

Le travail de Geoffrey Roberts s'appuie sur de nombreuses archives, notamment soviétiques tel que les agendas de Staline mais aussi sur sa correspondance ainsi que sur des travaux russes récents. D'une grande clarté, sérieux, impartial et bien documenté le livre de Geoffrey Roberts est une référence incontournable sur l'histoire de l'Union soviétique.

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 07:47

Françoise Thom, Beria, le Janus du Kremlin, Éditions du Cerf, 2013.

Beria

Le personnage de Beria est inséparable, dans la mémoire collective, de l'époque la plus sombre du communisme soviétique. Bourreau de Staline, une tenace légende noire continue d'entourer ce personnage mystérieux qui est devenu un des symboles des crimes staliniens. C'est à ce personnage sulfureux que Françoise Thom a consacré une volumineuse biographie qui, disons-le, est une œuvre maîtresse dont l'ampleur dépasse de loin la personne de Beria.

 

L'historiographie khrouchtchévienne est en grande partie responsable de l'image négative de Béria qui apparaît alors comme un exécutant brutal, un dépravé qui ne se distingue de ses prédécesseurs, Yagoga ou Ejov, que par sa ruse et sa capacité à manipuler Staline. Françoise Thom, sans rejeter la part sombre de Beria qui fut un exécutant fidèle des ordres de Staline, dresse le portrait d'un fin politique, d'un réformateur privilégiant le pragmatisme à l'idéologie.

 

Rien ne semble prédestiner Beria au rôle qui sera le sien. Né dans une famille pauvre de Géorgie, ses parents lui font néanmoins faire des études. Il côtoie les cercles socialistes mais sans devenir un militant actif. Après un séjour sur le front pendant la Première Guerre mondiale, il retourne à Bakou en proie à la révolution. Là il travaille pour le service de renseignements du Moussavat, le parti nationaliste azéri. Il rejoint néanmoins les bolcheviks avant d'intégrer la Tcheka au début des années 1920. Intelligent et retors il gravit les échelons de la hiérarchie avant d’être remarqué par son compatriote Staline qui le fait nommer à la tête du PC de Géorgie puis le nomme, en 1938, chef du NKVD. L'après-guerre est difficile pour Beria qui, même s'il dirige le projet nucléaire soviétique, devient la cible de Staline. La mort du dictateur en 1953 semble le sauver mais 3 mois plus tard il est arrêté et exécuté.

 

La mort de Beria est-elle le premier pas de la destalinisation ? Pour Françoise Thom c'est plutôt l'inverse. En effet, Beria, après la mort de Staline, lance toute une série de réformes qui remettent en cause l'hégémonie du PC, desserrent l'étreinte soviétique sur les minorités nationales en URSS mais également sur les démocraties populaires. Beria est même prêt à lâcher la RDA au profit d'une Allemagne unifiée et neutre. Il souhaite également réintroduire la propriété privée. Ces mesures, qui ne sont pas sans rappeler celle de la Perestroïka dans les années 1980. Cette frénésie réformatrice effraye les autres dirigeants soviétiques et scelle la fin de Beria.

 

A travers ce portrait tout en nuances de Beria, qui s'appuie sur de nombreuses archives notamment géorgiennes, l'auteur offre une nouvelle vision de l'histoire de l'URSS stalinienne. La richesse de la documentation est impressionnante et le lecteur, même le mieux averti, découvre des pans mal connus d'une histoire qu'on croyait bien connaître, des liens de l'émigration menchevique géorgienne avec l'URSS aux faiblesses du renseignement soviétique pendant la guerre.

 

Ce livre est donc une référence incontournable, à lire absolument par tous ceux qui s’intéressent à l'histoire de l'Union soviétique.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Biographie
14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 07:34

Jean Lopez, Opération Bagration. La revanche de Staline (été 1944), Economica, 2014.

Bagration

Jean Lopez est un auteur qu'on ne présente plus. Avec son Opération Bagration il signe son 5e ouvrage sur la guerre germano-soviétique. Comme son titre l'indique, ce livre retrace les différentes phases de la destruction du groupe d'armées Centre de la Wehrmacht à l'été 1944. Seulement deux semaines après le débarquement allié en Normandie, les Soviétiques parviennent à détruire 28 divisions allemandes et progressent de plus de 500 km atteignant Varsovie.

 

L'ambition de l'auteur ne se limite pas à une simple description des différentes phases de cette campagne. Il veut montrer que Bagration est un modèle de l'art opératif à la soviétique, c'est à dire le refus de l'encerclement des troupes ennemies au profit d'opérations en profondeur qui visent à détruire sa cohésion et à rendre ainsi impossible la défense du front.

 

Concernant la genèse de Bagration, l'auteur montre l'opportunisme des Soviétiques qui profitent de la formation du « balcon biélorusse » suite à une avancée en Ukraine pour organiser leur campagne. Il en résulte que Bagration ne fut pas une opération prévue longtemps à l'avance. Pour sa réussite les Soviétiques peuvent compter sur les progrès réalisés dans de nombreux domaines notamment dans l'aviation, les transmissions, la coopération interarme. Jean Lopez prend également soin de montrer l'environnement politique et diplomatique qui entoure Bagration. Cette opération vise en premier lieu à favoriser l'ouverture du second front en Europe, c'est à dire le débarquement en Normandie. Cette coordination entre alliés est une première, le fruit de la conférence de Téhéran où pour la première fois, Staline, Churchill et Roosevelt se rencontrent.

 

Après avoir présenté les forces en présence, l'auteur fait le récit de Bagration qu'il découpe en 4 phases chronologiques. Au final l'opération est un succès complet. Le territoire de l'URSS est définitivement libéré ainsi qu'une partie de la Pologne. L'Armée rouge pénètre en Prusse-Orientale et encercle les forces allemandes stationnées dans les pays baltes. Ce succès est d'ailleurs facilité par le refus d'Hitler d'ordonner une retraite. Il faut l'arrivée du général Model à la tête des troupes allemandes pour organiser une défense en profondeur qui parvient finalement à stopper les Soviétiques.

 

L'auteur insiste sur le fait que pour les Soviétiques le but de Bagration est d'atteindre la Vistule. Mais Jean Lopez avance l'hypothèse que pour y parvenir, Staline ne compte pas sur une percée en profondeur. Dans cette optique, Bagration n'est pas l'opération principale de la campagne soviétique. Elle oblige les Allemands, en pulvérisant le groupe d'armées Centre, à dégarnir le reste de leur front notamment en Ukraine. Car c'est là que doit se produire l'offensive principale, celle que lance Koniev en juillet sur l'axe Lvov-Sandomir. En un mois les Soviétiques parviennent effectivement à atteindre la Vistule qu'ils franchissent pour former une tête de pont. Une seconde offensive, menée par Rokossovski, s'empare de Lublin, où s'installe le gouvernement communiste polonais, puis prend la direction de Varsovie où la résistance polonaise lance l'insurrection.

 

Jean Lopez n'élude pas la question de la non-intervention de l'Armée rouge lors de cette insurrection. Il montre qu'elle répond avant tout à des considérations militaires même si elle favorise la politique de Staline en Pologne. Quand Rokossovski atteint les faubourgs de Varsovie, il a perdu sa 2e armée de chars, ses lignes d'approvisionnement sont trop étirés et surtout ses hommes sont épuisés. Il n'a plus les moyens de continuer son avance tandis que les Allemands se sont renforcés. L'insurrection est donc écrasée par la Wehrmacht.

 

Le livre de Jean Lopez est une synthèse solide sur l'une des plus grandes victoires soviétiques de la Seconde Guerre mondiale. S'appuyant sur de nombreux travaux anglo-saxons, allemands mais également des sources russes, servi par un style fluide et clair et des cartes nombreuses, cet ouvrage, le premier en français sur cette campagne, démontre l’intérêt à découvrir un front de l'Est trop longtemps négligé par l'historiographie francophone.

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 07:56

Les opérations militaires.

Au matin du 25 août la canonnière britannique HMS Shoreham attaque et coule dans le port d'Abadan le navire iranien des gardes-cotes Palang tandis que les petits patrouilleurs s'enfuient ou se rendent. Protégés par les appareils de la RAF, deux bataillons d'infanterie de la 8e division indienne traversent alors le détroit de Chatt al-Arab lors d'une opération amphibie sans rencontrer d'opposition et s'emparent de la raffinerie et des nœuds de communication d'Abadan. Rapidement le terminal pétrolier et les infrastructures portuaires sont sécurisés tandis que les unités indiennes de l'armée britannique continuent à avancer dans le Khouzistan au nord-ouest de Bassorah. Les 18e, 25e et 10e divisions indiennes entrent également et progressent de Bassorah vers Ahvaz. Au soir du 25 août, l'armée du Shah se retire lentement vers le nord-est sous le harcèlement des avions de la RAF. Les Hurricanes attaquent ainsi l'aérodrome d'Ahvaz détruisant une bonne partie de l'aviation iranienne. Les Britanniques contrôlent donc Abadan et Khorramshahr où une partie de la 6e division iranienne a opposé une certaine résistance.

Plus au nord, sous le commandement du major-général William Slim, huit bataillons progressent le long de la route de Khanaqin à Kermansha. Le 27 août, les Britanniques se heurtent au verrou du col de Paytak ou se sont retranchés les forces iraniennes. Mais après les bombardements de ces positions par des Blenheims, les Iraniens se replient sur Kermanshah. La prise du col Paytak permet alors aux soldats britanniques de s'emparer du champ pétrolifère de Nafti Shah.

A la frontière soviétique le coup principal est porté par la 47e armée du général Vladimir Novikov qui compte plus de 37 000 hommes. Cette armée est composée de la 63e et 76e divisions de montagne, du 236e régiment d'infanterie, de la 23e division de cavalerie, des 6e et 54e régiments blindés et de deux bataillons motocyclistes. C'est l'armée soviétique la mieux préparée pour cette opération puisque son personnel s'est entraîné sur un terrain similaire à celui du nord de l'Iran. Elle s'est également adaptée aux conditions climatiques locales. La 44e armée quand à elle, avec plus de 30 000 hommes, borde la Caspienne prés d'Astara. A l'ouest pour couvrir la frontière avec la Turquie se trouvent les 45e et 46e armées qui rassemblent ensemble plus de 100 000 combattants.

A l'aube du 25 août, les 44e et 47e armées qui le 24 ont pris position le long de la frontière se mettent en marche. Les gardes-frontières entrent sans difficulté en action et coupent les lignes de communications des Iraniens. La flotte aérienne soviétique apparaît aussi dans le ciel de l'Iran où elle largue des tracts alors que le président du parlement iranien prétend qu'elle bombarde Tabriz, Mashhad, Ardabil, Rasht et d'autres villes.

L'armée qui stationne en Arménie soviétique, la 47e, progresse le 25 août de 70 km sur les axes Djoulfa (Azerbaïdjan soviétique)-Khvoy et Djoulfa-Tabriz. Sur ce dernier la 76e division de montagne s'empare de Tabriz dès le 26 août. L'armée et la gendarmerie iranienne n'opposent aucune résistance et reculent. Dès le 26, les hommes de la 47e armée descendent vers le sud le long du chemin de fer Trans-iranien jusqu'à l'ouest de Qavzin.

A l'est du Caucase l'opération la plus délicate dans les premières heures de l'invasion est le contrôle du passage de la rivière au sud d'Astara qui est retardé à cause des pluies. La flotte soviétique de la Caspienne soutient l'avancée des troupes au sol soit les unités de la 44e armée qui prennent Ahmadabad et Ardabil. La 15e division d'infanterie iranienne qui défend le secteur se retire si rapidement que lorsque l'armée rouge s'empare d'Ardabil elle y trouve les autorités et les force de gendarmerie qui n'ont pas eu le temps d'évacuer. Au même moment les Soviétiques lancent une opération amphibie pour débarquer prés de Bandar-e-Pahlavi, le plus important port iranien sur la mer Caspienne. Mais les conditions météorologiques sont là aussi mauvaises et si le 105e régiment d'infanterie de montagne parvient à débarquer ce n'est pas le cas du 563e bataillon d'artillerie qui doit rebrousser chemin avant de pouvoir débarquer ultérieurement. Cette opération amphibie est si mal préparée que des navires de transports sont confondus avec des vedettes iraniennes et deviennent les victimes de tirs amis.

Le ciel de l'Iran est entièrement dominé par la RAF et les forces aériennes soviétiques. Le 28 août l'armée de l'air iranienne est complètement détruite surtout en raison de l'action de la RAF. L'aviation soviétique, outre le lancer de tracts, mène principalement des opérations de reconnaissance et de bombardement d'objectifs militaires. Certaines villes sont également la cible de l'aviation rouge notamment la ville de Maku tandis que les chasseurs ont pour mission d'empêcher l'aviation adverse de menacer Bakou ce qui d'ailleurs ne se produit jamais.

1941, l'invasion de l'Iran (2nde partie)

 A la fin du 27 août les forces soviétiques tiennent la ligne Khvoy-Tabriz-Ardabil au nord-ouest de l'Iran. Ce même jour la 53e armée du général Trofimenko qui stationne en Asie central pénètre en Iran. Cette armée est divisée en trois groupes, à l'ouest agit le 58e corps d'infanterie, au centre la 8e division de montagne et à l'est quatre corps de cavalerie. Le nord-est de Téhéran est défendu par les 9e et 10e divisions d'infanterie iraniennes. Face à l'attaque soviétique, la 10e division, victime de désertions de masse, s'évapore tandis que la 9e recule et se retire pour prendre position sur les lignes de défenses dans les montagnes de Mashhad et Gorgan qui bordent la capitale iranienne. Mashhad est néanmoins prise le soir du 27 par les troupes soviétiques.

Au sud de l'Iran les Britanniques continuent à avancer. Le 28 août la 18e brigade de la 10e division indienne occupe Ahvaz. Plus au nord le major-général Slim s’apprête à s'emparer de Kermanshah le 29 mais le commandant de la garnison dépose les armes sans combattre. Ce qui reste de l'armée iranienne rejoint alors Téhéran pour organiser la défense de la capitale. Les Britanniques continuent à avancer depuis Kermanshah et Ahvaz tandis que les unités soviétiques tiennent la ligne de Mahabad-Quavzin-Sary-Damghan-Sabzevar, c'est à dire l'ensemble du nord-ouest du pays et la zone au nord de Téhéran jusqu'à la frontière afghane. Le Shah n'a alors plus à sa disposition que le 9e division d'infanterie qui reste seule en état de combattre et de défendre la capitale.

Le 28 août le commandement iranien comprend la futilité d'opposer une résistance face à un adversaire plus puissant. L'état-major décide même de dissoudre l'armée au moment où les 3e, 4e, 11e et 15e divisions sont hors de combats. Sous la pression de l'opposition, le 29 août, le Shah congédie le gouvernement d'Ali Mansour et le remplace par un nouveau gouvernement dirigé par Mohammad Ali Foroughi. Britanniques et Soviétiques occupent alors la plupart des grandes villes du pays à l'exception de Téhéran. Ali Foroughi signe un armistice avec les Britanniques le 29 puis avec les Soviétiques le 30. Ce jour là c'est à Sanandaj, dans le Kurdistan irakien, que les armées des deux puissances alliées font leur jonction. Elle se réalise ensuite à Qavzin au pied de l'Elbourz.

L'invasion a coûté aux Iranien la perte d'environ 800 soldats et de 200 civils. Deux navires ont été coulés et deux autres endommagés. L'armée rouge a perdu environ 40 hommes, une centaine de blessés et trois avions tandis que les Britanniques comptabilisent 22 morts et 50 blessés. Pour l'armée rouge qui ne connaît que des défaite sur le front allemand l'invasion est un succès opérationnel. A l'exception du débarquement sur la Caspienne les troupes soviétiques ont atteintes la totalité de leurs objectifs et cela sur un terrain particulièrement difficile. Les réussites des unités du génie et des pontonniers soviétiques est un facteur important de ce succès. Il est difficile d'affirmer que le succès en Iran a joué un rôle dans les combats en cours au cœur de la Russie. La plupart des forces soviétiques engagées en Iran sont il est vrai rapidement transférée sur le front allemand. Ainsi la 44e division de cavalerie qui a participé à la campagne d'Iran sera presque entièrement détruite prés de Volokolamsk lors de la défense de Moscou en décembre.

Le 8 septembre un accord est signé entre l'Iran et les Alliés qui entérine la création de deux zones d'occupation. Au nord-ouest la zone de Tabriz et les rives de la Caspienne sont occupées par l'armée rouge tandis que les Britanniques occupent les champs pétroliers d'Abadan et de Kermanshah. Téhéran accepte également d'expulser tous les ressortissants des pays de l'Axe et de faciliter le transit des cargaisons militaires britanniques vers l'URSS. Les concessions pétrolières à l'Anglo-Persian Oil Company sont renouvelés à des conditions plus avantageuses pour cette dernière.

Malgré l'acceptation par Reza Shah de toutes les conditions imposées par les Alliés, le 12 septembre, l'ambassadeur britannique à Moscou, Sir Cripps et Staline se mettent d'accord sur la nécessité de déposer le le souverain iranien et de le remplacer par son fils. Pour appuyer cette ultime exigence, qui prend comme prétexte le fait que le Shah refuse de remettre entre les mains des Alliés les ressortissants de l'Axe, le 15 septembre des troupes britanniques et soviétiques entrent dans Téhéran. Le 16, acculé, le Shah abdique et son fils, qui régnera sans partage jusqu'à la révolution islamique de 1979, lui succède. Ce dernier accepte la situation de son pays et renvoie les représentants diplomatiques de l'Allemagne, de l'Italie et de la Roumanie. Des discussions commencent alors en vue de la conclusion un traité d'alliance avec les Britanniques et les Soviétiques, traité qui est signé en janvier 1942. Finalement le 9 septembre 1943, l'Iran déclare la guerre à l'Allemagne.

 

Char soviétique dans Téhéran

Char soviétique dans Téhéran

Le résultat le plus important de la facile victoire militaire alliée est de permettre d'utiliser le territoire iranien pour acheminer en URSS les fournitures stratégiques livrées par les États-Unis dans le cadre de la loi du prêt-bail. L'Iran ouvre en effet ses ports aux cargos alliés et permet un accès libre par la route et la voie ferrée en direction du Caucase soviétique. Par ce biais c'est plus de 5 tonnes de matériels de guerre qui sont livré à l'URSS entre 1942 et 1945. Les Alliés peuvent également exploiter à leurs profits les immenses réserves pétrolières du Moyen-Orient et faire ainsi tourner à plein la formidable machine industrielle américaine, l'un des facteurs clefs du tournant du conflit en 1943.

L'invasion s’insère aussi dans des stratégies de plus longue durée propres à chaque partenaire. D'ailleurs les motifs officiels avancés pour justifier l'invasion prêtent largement à discussion. En effet il n'y a pas plus d'agents allemands en Iran que dans d'autres parties du monde. Et au sujet du transit de matériels de guerre à travers ce pays, ce trafic existe déjà en juillet 1941 et ne prendra une importance vraiment vitale qu'en 1942 après le drame dans l'océan Arctique du convoi britannique PQ-17. Pour la Grande-Bretagne, l'invasion répond à des considérations géostratégiques particulières à l'Empire de Sa Majesté puisque l'antique Perse fait le lien entre les Indes et la Birmanie d'une part et le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord d'autre part. Pour l'URSS des considérations identiques sont moins évidente. Si pour Staline l'Iran n'est pas une menace sérieuse, comme le montre le rapide effondrement de l'armée du Shah, l'invasion a des raisons essentiellement politiques : d'abord la volonté de renforcer l'alliance avec la Grande-Bretagne mais également la crainte d'une action unilatérale des Britanniques au sud du Caucase et la volonté de poursuivre la politique de retour aux anciennes frontières impériales.

L'occupation alliée qui débute à l'été 1941 n'est pas sans conséquence non plus sur l'Iran. Lors de la conférence de Téhéran en novembre 1943, les trois Grands remercient le pays pour sa contribution à l'effort de guerre allié et s'engagent à nouveau à respecter son intégrité territoriale. Au début de 1946, l'armée britannique évacue sa zone d'occupation. Mais les choses sont plus difficiles avec les Soviétiques qui ont des visées annexionnistes sur l'Azerbaïdjan iranien où ils forment des gouvernements fantoches. Ils n'acceptent, après un crise diplomatique qui réveille le nationalisme iranien, de quitter le pays qu'en mai 1946.

 

Bibliographie :

En russe:

Голуб Ю. Г, « Малоизвестная страница великой войны: советская оккупация Северного Ирана в августе-сентябре 1941 года », Военно-исторические исследования в Поволжье, Вып. 5. Саратов, 2003, (I Golub, « Un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale : l'occupation soviétique du nord de l'Iran en aout-septembre 1941 », Recherche en histoire militaire de la région de la Volga, Saratov, 2003).

Плешаков К. В., « Вступление во Вторую Мировую войну СССР и США и начальный этап антифашистского сотрудничества (июнь 1941 — 1942) », Кризис и война: Международные отношения в центре и на периферии мировой системы в 30-40-х годах, МОНФ, Москва, 1998, (V. Plechakov, « L'entrée dans la Seconde Guerre mondiale de l'Union soviétique et des Etats-Unis et le début de l'alliance anti-nazie (juin 1941-1942) », Crise et guerre : relations internationales au centre et dans la périphérie du système mondial dans les années 30 et 40, Moscou, 1998).

En anglais:

Richard Stewart, Sunrise at Abadan: the British and Soviet invasion of Iran, 1941, Praeger, 1988.

F. Eshraghi, « Anglo-Soviet Occupation of Iran in August 1941 », Middle Eastern Studies, n° 1, janvier 1984, pp. 27-52.

Mohammad Goli Majd, August 1941 : The Anglo-Russian Occupation of Iran and Change of Shahs, University Press of America, 2012.

Miron Rezun, The Soviet Union and Iran : Soviet Policy in Iran from the Beginnings of the Pahlavi Dynasty until the Soviet Invasion in 1941, Westview Press, 1988.

Kaveh Farrokh, Iran at War, 1500-1988, Osprey Publishing, 2011.

 

Soldats soviétiques et britanniques en Iran

Soldats soviétiques et britanniques en Iran

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 07:48

En août 1941, l'Europe est dominée par l'Allemagne hitlérienne. La Wehrmacht a envahi l'Union soviétique le 22 juin 1941. Après Minsk, Smolensk est tombée le 16 juillet et les unités allemandes avancent sur Kiev. A l'autre bout de l'Europe, la Grande-Bretagne est isolée dans son île qu'elle a transformé durant l'été 1940 en forteresse. L'armée de Sa Majesté est alors obligée d'affronter l'ennemi en Afrique du nord où le général Rommel, après avoir repris la Libye à la tête de son Afrika Korps, atteint à la mi-juin 1941 la frontière égyptienne. L'expansion allemande en URSS et en Afrique ressemble alors aux bras d'une tenaille dont les pointes sont destinées à se rejoindre au cœur du Moyen-Orient après avoir respectivement franchit le canal de Suez et les monts du Caucase. Les Britanniques, conscients de ce danger et de la fragilité de leur position en Palestine, décident alors de prendre de gré ou de force le contrôle du Proche et Moyen-Orient. En avril 1941, ils chassent donc d'Irak le gouvernement pro-allemand de Rachid Ali al Gillani. En juin 1941, conjointement avec les Forces françaises libres du général de Gaulle, l'armée britannique s'empare du Liban et de la Syrie. Reste le cas de l'Iran à l'heure où l'invasion de l'URSS bouleverse les grands équilibres internationaux et fait naître de nouvelles coalitions.

 

L'Iran est de nos jours une puissance de premier plan au Moyen-Orient, un pays qui en raison de son programme nucléaire défie la communauté internationale. Il n'en a pas toujours été ainsi et au début du XXe siècle, l'Iran, qui se nomme encore la Perse, est un État semi-féodal où la Russie et la Grande-Bretagne exerce une sorte de co-protectorat. La naissance de l'Union soviétique après 1917 ne change pas cette situation. Mais à partir des années 1930 l'influence allemande vient perturber cet état de fait alors que le régime du Shah semble vouloir s'inspirer du modèle fasciste pour fonder une Iran nouvelle.

Si au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale, l'Iran proclame sa neutralité, elle est néanmoins la victime d'une invasion puis d'une occupation par les troupes soviétiques et britanniques durant l'été 1941. Churchill veut ainsi assurer la sécurité de l'approvisionnement en pétrole des Alliés tandis que Staline cherche à protéger sa frontière caucasienne et le champs pétrolifère de Bakou. Il s'agit aussi, à l'heure où la Wehrmacht déferle sur l'Union soviétique de sécuriser le corridor iranien, une des principales voies de communication permettant aux puissances anglo-saxonnes de ravitailler en armes l'URSS.

L'invasion de l'Iran en août 1941, connu également en anglais sous le nom d'Opération Countenance, est un épisode de la Seconde Guerre mondial largement ignoré alors qu'il revêt une grande importance pour les Alliés, notamment pour Staline. En effet au plus fort de la bataille de Kiev, quand Odessa et Léningrad sont assiégés, que l'Union soviétique mobilise toute ses forces pour une lutte vitale comment expliquer qu'elle détourne trois armées pour une opération militaire de grande échelle. Certainement parce que l'invasion de l'Iran est avant tout un acte éminemment politique : la première action militaire commune entre l'Union soviétique et la Grande-Bretagne alliés dans une coalition anti-hitlérienne.

1941, l'invasion de l'Iran (1ere partie)

L'Iran, une menace pour les Alliés ?

Au début de la Seconde Guerre mondiale, l'Iran, terme qui signifie le pays des Aryens, n'est déjà plus la Perse d'antan. Depuis son coup d’État de 1921, Reza Khan gouverne le pays. Ayant renverser la dynastie Kadjar, il songe d'abord à créer une République avant de se proclamer Shah en 1926 sous le nom de Reza Shah Pahlavi. Il s'inspire alors du modèle de la Turquie de Mustapha Kemal Ataturk pour moderniser son pays en menant une politique d'européanisation. Reza Shah est également fasciné par l'expérience fasciste puis par le nazisme. La volonté de s'inspirer de ces modèles européens se laisse voir dans les organisations de jeunesse qui de développent alors et où la mystique aryenne, directement inspirée des écrits d'Hitler et d'Albert Rosenberg, est propagée. Ce rapprochement idéologique se traduit également sur les terrains diplomatiques et économiques avec la bénédiction d'officier supérieurs dont le général pro-nazi Fazlollah Zahidi.

En 1933, la situation est propice pour que l'Iran se rapproche du III° Reich Outre l'idée aryenne, des intérêts économiques rapprochent les deux pays. L’Allemagne, dès l'époque de la république de Weimar, participe économiquement à la modernisation de l'Iran mais aussi à celle de son armée. En contrepartie avec des livraisons de près de 10 millions de tonne de pétrole en 1938, le Reich est le premier client de l'Iran. Des étudiants iraniens partent également se former dans les universités allemandes où ils sont soumis à la propagande nazie qui les appelle les « fils de Zoroastre ». Par décret spécial, le régime nazi affirme même que les Iraniens sont des purs aryens et ne sont donc pas soumis aux lois raciales de Nuremberg.

Mais la situation géopolitique de l'Iran est particulière et originale. Au début du XXe siècle, les faiblesses de la Perse ont en effet permis à la Russie et à la Grande-Bretagne de se partager des zones d'influence sur le pays. Les Russes s'imposent au nord et les Britanniques au sud à partir de l'actuel Pakistan alors partie de l'Empire des Indes. La Révolution de 1917 change peu les choses. Pourtant en 1920, un mouvement révolutionnaire se développe dans la province de Gilan au nord de la Perse. Les Jangalis dirigés par Mirza Kouchek Khan reçoivent l'aide de l'armée rouge et en mai 1920, une République socialiste soviétique de Perse voit le jour. Dans le sud du pays Reza Khan, à la tête de sa brigade de cosaque, remonte alors vers le nord et, avec le soutien de l'Angleterre, s'empare de Téhéran. Il signe alors un traité d'amitié avec les Soviétiques après que ces derniers ont passés un accord avec les Britanniques. Si L'URSS abandonne certains droits tsaristes, elle reçoit le droit d'intervenir militairement en Iran si elle estime que ses frontières méridionales sont menacés. A la suite de la signature de ce traité, les forces soviétiques se retirent laissant à Reza Khan la possibilité d'écraser les Jangalis, de mettre fin à la République soviétique de Perse et d'asseoir son pouvoir sur le pays.

La position géographique de l'Iran prend une importance nouvelle pour l'Union soviétique après le 22 juin 1941. Son contrôle apparaît en effet indispensable pour assurer la sécurité des champs pétrolifères de Bakou. Elle est aussi un passage obligé pour faire parvenir en URSS le matériel de guerre envoyé par les Occidentaux dans le cadre de la loi prêt-bail. Les autres voies de ravitaillement sont en effet soit trop éloignées du front comme celles à destination du port de Vladivostok ou trop dangereuse comme celles qui arrivent au port de Mourmansk pilonné par les bombardiers de la Luftwaffe tandis que les cargos britanniques sont les victimes des sous-marins de la Kriegsmarine.

La Grande-Bretagne ne peut quand à elle prendre le risque que les infrastructures de transports et l'industrie pétrolière iraniennes, qu'elle a largement financé, ne soient utilisés au profit du Reich. En mai 1939, Londres a signé un accord avec l'Iran qui stipule que les importations britanniques dans ce pays seront payées par un système de crédits reposant sur la livraison de pétroles. Mais la déclaration de la guerre puis la défaite de la France réduisent fortement les exportations britanniques vers l'Iran et déséquilibrent dangereusement les échanges entre les deux pays au détriment de l'Angleterre. Mais à l'heure où la guerre moderne s'appuie sur le binôme blindé-avion, le contrôle des ressources pétrolières est un atout stratégique essentiel. Et l'Iran est déjà un important producteur. En 1940 la seule raffinerie d'Abadan produit ainsi 8 millions de tonnes d'essences tandis que l'ensemble des bases de la RAF au Moyen-Orient sont alors approvisionnés à partir de Bakou et Abadan. L'enjeu pétrolier est donc d'importance pour l'effort de guerre allié. Ainsi la menace vichyste qui pèse sur le pipeline qui traverse la Syrie pour alimenter la flotte britannique en Méditerranée justifient l'invasion du Mandat. Après la Syrie, c'est l'Irak qui tombe sous le contrôle militaire britannique. Reste l'Iran mais la convention de 1921 signée entre ce pays et l'Union soviétique interdit à la Grande-Bretagne d'intervenir dans ce pays. Cette situation est bouleversée par l'opération Barbarossa.

Troupes iranienne

Troupes iranienne

Les préparatifs de l'invasion.

Le Shah a officiellement proclamé la neutralité de son pays le 4 septembre 1939, neutralité qui est réaffirmée par le souverain le 26 juin 1941. Pourtant dès le 22 juin, jour de l'attaque allemande contre l'URSS, l’ambassadeur britannique à Moscou, sir Stafford Cripps demande à Molotov que l'armée rouge pénètre en Iran. Le sujet est rapidement au centre de nombreuses consultations entre les des deux nouveaux alliés. Staline se range vite aux arguments des Britanniques concernant la menace que ferait peser la présence d'agents allemands sur le transit de matériel livrée dans le cadre du prêt-bail américain.

Quand le Shah conformément à son statut de neutre, refuse à Smirnov, l'ambassadeur de Staline à Téhéran, le transit de matériel militaire, il signe sa perte. Il ne donne en effet pas d'autre choix à Staline et Churchill que d'envahir un pays dont la position géostratégique est de première importance. Le 13 août, Britanniques et Soviétiques prennent donc la décision d'envahir l'Iran et de sceller par par la force leur fraîche alliance.

Du coté soviétique c'est une directive du NKVD du 8 juillet 1941 prescrivant de prendre des mesures en vue d’empêcher l'arrivée en Iran d'espions allemands qui est le point de départ pour la préparation de l'invasion de l'Iran. Cette planification est confiée au général Fiodor Tolboukhine qui dirige alors le district militaire de Transcaucasie. Pour les Britanniques, c'est au groupe de l'Iraq Force, qui devient alors le commandement persan et irakien, la Paiforce, sous la direction du lieutenant-général Sir Edward Quinan que revient la tache de préparer l'attaque. Pour cela la Paiforce peut compter sur les 8e et 10e divisions d'infanterie indienne du général William Slim, la 2e brigade blindée indienne du général John Aizlewood, la 4e brigade de cavalerie britannique du général James Kingstone et la 21e division d'infanterie indienne. Trois escadrons de la RAF, le 94e, composé de bombardiers Blenheim IV, le 261e avec des chasseurs Hurricane et le 244e formé de vieux biplans complètent le dispositif britannique.

Le plan anglais prévoit deux axes d'attaque contre l'Iran. Le premier, au sud, doit partir de Bassorah avec la 8ème division d’infanterie indienne en direction des champs pétroliers et du port d’Abadan. Pendant ce temps des navires britanniques et australiens ont pour mission de détruire la flotte iranienne qui mouille dans le port. Au nord les 2e et 9e brigades blindées ont pour tache de marcher sur Téhéran, depuis la frontière irakienne. Enfin, en soutien, venue de Syrie, la 10ème division d’infanterie indienne complète le dispositif britannique.

La conduite de l'invasion est confiée du coté soviétique aux troupes du district militaire de Transcaucasie. Les autorités forment alors sous le commandement du général Dimitri Kozlov, un front de Transcaucasie qui se compose des 44e, 45e, 46e et 47e armées soviétiques soit prés de 250 000 hommes. Pour l'opération contre l'Iran, l'aviation rouge est constituée des 36e et 265e régiments de chasse et du 336e régiment de bombardier. Cette force aérienne représente environ 500 appareils soit 225 chasseurs, 90 avions de reconnaissance et 207 bombardiers. [19].

Sur le Caucase une colonne doit partir de Tbilissi pour s'emparer de Tabriz et une autre de Bakou en direction de Bandar-e-Pahlavi (actuel Bandar-e-Anzali). De l'autre coté de la mer Caspienne, dans les plaines d'Asie centrale, la 53e armée commandée par le général Sergei Trofimenko participe également à l'opération. Cette armée, qui à été créé à partir des forces du district militaire d'Asie centrale et stationne à Achgabat au Turkménistan, doit avancer sur Téhéran par le nord-est.

Alors que les préparatifs militaires progressent, sur le plan diplomatique, Britanniques et Soviétiques accroissent leur pression sur le gouvernement iranien. Le 19 juillet puis le 16 août, les deux pays demandent à l'Iran l'expulsion immédiate de tous les ressortissants allemands. Selon l'ambassade soviétique à Téhéran il y aurait alors prés de 5 000 Allemands en Iran. Les autorités iraniennes répondent qu'en réalité le pays ne compte sur son territoire que 2 500 Britanniques, 390 Soviétiques et seulement 690 Allemands et 310 Italiens. Cette estimation, certainement plus proche de la réalité est de peu de poids face aux volontés conjointes des nouveaux alliés.

Le 19 août, le gouvernement du Shah annule les congés des militaires et mobilise 30 000 réservistes. Les journaux et la radio diffusent des discours patriotiques sur la nécessité de défendre la patrie. Les Iraniens disposent alors de 200 000 soldats, soit 9 divisions d'infanterie appuyées par une soixantaine de chars légers et moyens d'origine tchèque ainsi que d'une petite force aérienne de 80 avions. Cette armée a une faible capacité militaire qui lui permet certes de mettre au pas les tribus rebelles mais lui donne peu de chance face à un adversaire plus sérieux.

Le 21 août les Britanniques font savoir à leur allié russe qu'ils sont prêt passer à l'attaque. Le 25 août, le jour où les Iraniens annoncent enfin l'expulsion des ressortissants allemands, le premier ministre Ali Mansour reçoit une note soviétique qui l'informe que l'URSS s’apprête à prendre des mesures de protection en conformité avec le traité de 1921. Les Anglais font également parvenir une note qui dénonce les agissements des agents allemands en Iran et constatent que cette situation les oblige à agir préventivement.

Le Shah lance alors une appel désespéré au président des États-Unis, Franklin Roosevelt, afin que ce dernier prenne la défense d'un État neutre au nom de la justice internationale et du droit des peuples. La réponse de Roosevelt est décevante. Il indique au Shah que la progression nazie dans le monde ne peut être arrêtée que par la force et donc que les États-Unis accorde la priorité à la nécessité de sécuriser une voie de communication essentielle pour ravitailler l'URSS en guerre. Roosevelt rassure malgré tout le Shah en indiquant que les Alliés n'ont aucune revendication territoriale sur son pays. S'il est vrai que la Grande-Bretagne n'a pas de visées expansionnistes il n'en est pas de même de Staline qui soutient alors la politique annexionnistes menée par Bagirov Jafar, le premier secrétaire du PC de l'Azerbaïdjan, sur les provinces du nord de l'Iran.

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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 07:17
La bataille de la Vistule vue par la propagande polonaise.

La bataille de la Vistule vue par la propagande polonaise.

La bataille de Varsovie.

La prise de Varsovie par les soldats de l'armée rouge semble alors inéluctable. La seule solution pour sauver la capitale polonaise reste le lancement d'une large contre-offensive. Mais l'ensemble des forces polonaises est déjà sur le front et il n'est pas question pour les généraux de dégarnir le front sud face à Boudienny en faveur d'un front nord où le danger est pourtant plus pressant. Le gouvernement fait donc appels à la conscription et à l'engagement volontaire tout en pressant les Alliés de lui fournir un approvisionnement vital en armes et munitions.

 

Persuadé que les Polonais sont sur le point de s'effondrer, Toukhatchevski s'apprête à porter le coup de grâce. Pour cela il souhaite contourner les défenses nord de Varsovie et attaquer la ville en partant du nord-ouest. Les Soviétiques traversent la Vistule à Plock au nord de la capitale polonaise. Pendant ce temps la 16° Armée rouge avance sur Varsovie par l'est bien que son flanc sud ne soit protégé que par les 8 000 hommes du groupe Mozyr. Si la cavalerie de Budienny commence a quitté le front sud pour rejoindre les troupes de Toukhatchevski, ce dernier ne semble pas préoccuper à renforcer ce flanc sud dangereusement dégarni. Le gros des troupes soviétiques s'est trop avancé vers l'ouest au-delà de la Vistule négligeant de consolider sa jonction avec les troupes de Boudienny, liaison qui repose uniquement sur un groupe Mozyr qui ne compte que 8 000 hommes.

 

Dès la mi-juillet, Pilsudski a perçu les chances qu'il avait de percer le centre du front soviétique, là où se tient le groupe Mozyr au effectif bien faible. Pilsudski veut enfoncer ce centre puis progresser vers le nord dans un mouvement d'encerclement des forces de Toukhatchevski. Les risques associés à ce plan sont importants. Pour qu'il réussisse il faut pouvoir compter sur la résistance des troupes défendant Varsovie face au gros des forces soviétiques et surtout déterminer si les troupes du front sud pourront participer à l'assaut. Le problème qui se pose à Pilusdski est celui de la répartition de ses forces pour mener son opération à bien. Combien de troupes sont-elles nécessaire pour défendre Varsovie ? Combien peut-on retirer d'unité du front sud sans le mettre en péril ? Une fois ces arbitrages fait, restera-t-il suffisamment d'unités pour lancer avec une chance de succès l'attaque contre les Soviétiques ? Pilsudski décide finalement de ramener du front sud des unités afin de former une troupe de 20 000 hommes soit 5 divisions qui forment la 4° armée sous les ordres de Rydz-Smigly. Cette armée a pour mission d'attaquer par le sud et d'écraser le groupe Mozyr puis de se lancer en direction du nord dans un mouvement d'encerclement des troupes de Toukhatchevski. Dix divisions forment les 1° et 2° armées et doivent défendre Varsovie face à l'est. Cinq autre divisions, formant la 5° armée, sous les ordres de Sikorski, doivent défendre la capitale au nord autours de la forteresse Modlin. La réussite du plan nécessite que cette 5° armée tienne fermement ses positions sur la rivière Wrka au nord de Varsovie face aux éléments de pointe de l'armée rouge. Même la mission militaire Allié doute de l'efficacité du plan polonais et va jusqu'à recommander l'organisation d'une solide ligne de défense à l'ouest de Varsovie, signifiant ni plus ni moins l'abandon de la capitale.

 

Pour réussir son entreprise, Pilsudski peut compter sur la levée en masse que connaît son pays. L'armée passe ainsi de 150 000 hommes à 180 000 début août puis à plus de 300 000. Formées hâtivement, mal entraînées et sous-équipées, les nouvelles unités polonaises reçoivent un précieux renfort, celui de l'armée bleue du général Jozef Haller, formée de Polonais émigrés, qui arrive de France où elle s'est battue pendant le Grande Guerre. La mince flotte aérienne polonaise est également renforcée par une escadrille de pilotes volontaires américains, l'escadrille Kosciuzko. Pour parfaire la défense de Varsovie le gouvernement peut s'appuyer aussi sur un ensemble hétéroclite d'environ 80 000 volontaires ouvriers et paysans.

 

Le 13 août, la 3° armée rouge lance l'assaut final contre Varsovie. Les Soviétiques attaquent, percent les lignes polonaises et s'emparent de Radzymin, à 25 km de Varsovie. Les éléments les plus avancés peuvent déjà voir au loin les clochers de la ville. Au même moment la 4° armée rouge attaque par le nord sur la rivière Wkra. La situation devient désespérée pour les Polonais. Le général Haller demande alors à Pilsudski d'avancer son attaque de 24 heures, ce que ce dernier accepte, bien que les préparatifs ne soient pas totalement terminés. La 27° division d'infanterie de l'armée rouge atteint Izabelin à 12 km de Varsovie.

 

Les Polonais contre-attaquent pour reprendre Radzymin et après de dures combats au corps à corps ils reprennent la ville le 15 août. Pendant ce temps, le 5° armée de Sikorski attaque la 5° armée rouge au nord-ouest de Varsovie mais expose dangereusement son flanc. Pourtant les Soviétiques ne profitent pas de cette opportunité qui aurait pu être fatale aux Polonais. La cavalerie de Gayk Bzhishkyan au lieu d'attaquer le flanc gauche de Sikorski et de soutenir la 4° armée préfère en effet couper les lignes de chemin de fer plus à l'ouest. C'est là le résultat d'un manque de communication et de coopération entre les différents commandants soviétiques. Si cette faiblesse touche d'abord les unités de l'armée de Toukhatchevski, elle s'étend aussi à l'ensemble des troupes soviétiques. Ainsi Boudienny refuse que ses cavaliers qui stationnent alors près de Lvov montent vers le nord, ignorant ainsi les appels de Toukhatchevski, peut être sur les conseils de Staline. Ce dernier qui est alors commissaire politique du front sud-ouest veut se voir attribuer le mérite de la prise de Lvov. Sikorski profite ainsi de l'inaction des Soviétiques pour lancer une série de raids. Ces opérations offensives localisés et limités qui reposent sur l'utilisation de chars, de camions et de véhicules blindés permettent de créditer Sikorski d'avoir le premier utilisé la tactique de la guerre éclair. Il parvient ainsi par un coup de main à s'emparer du siège de l’état-major de la 4° armée rouge à Ciechanow s'emparant des plans et des chiffres.

 

Au sud, le 16 août, les cavaliers de Budienny traversent le Bug et progressent en direction de Lvov. Pour empêcher la prise de la ville, les appareils de la 3° division aérienne polonaise bombardent et mitraillent la colonne. Au prix de plus de 190 sorties et de prés de 9 tonnes de bombes, les aviateurs polonais parviennent à faire ralentir la progression des cavaliers, qui tombe même à seulement quelques kilomètres par jour, gagnant un temps précieux pour permettre aux troupes terrestres de se déployer au nord. Au centre la 1° armée polonaise commandée par le général Franciszek Latinik repousse l'assaut sur Varsovie de six divions soviétiques.

 

Le 16, Jozef Pilsudski lance sa contre-offensive. Les troupes polonaises de la 4° armée s'élancent à partir de la rivière Wieprz. Face à elles ne se trouve que le groupe Mozyr composé de la seule 57° division d'infanterie. Les Polonais parviennent à battre les premières lignes soviétiques puis parcourant prés de 120 km en trois jours, elles progressent en direction du nord sans rencontrer de résistance. Le groupe Mozyr en déroute, les Polonais se trouvent face au vide et exploitent au mieux la situation coupant les voies de ravitaillement de la 16° armée rouge.. La 1° division polonaise avance ainsi de plus de 250 km en 6 jours entre Lubartov et Byalistok et participe à deux batailles. Pour franchir les lignes soviétiques, la 4° armée polonaise, reçoit le soutien de 12 chars Renault de type FT-17. Elle parvient à atteindre Brest-Litovsk fermant la nasse où se retrouve la 16° armée rouge. Pendant que les troupes de Sikorski continuent à harceler les Soviétiques, Pilsudski qui suit l'avance de ses troupes dans un camion décide de pousser encore plus au nord.

 

Le 18 aout, Toukhatchevski, installé à Minsk, conscient que ses unités les plus avancées en territoire polonais risque d’être débordé, ordonne la retraite. Une retraite qu'il veut limiter afin de réorganiser son front, d'arrêter l’attaque polonaise puis de reprendre l'initiative. Mais la déroute a déjà commencé. La 5° armée de Sikorski brise le front soviétique à Nasielsk et met en déroute les 3° et 15° armées rouges. Elle avance alors rapidement vers le nord, utilisant des véhicules blindés, des chars et mêmes deux trains blindés, pour encercler la 4° armée rouge dans une véritable opération de guerre éclair. La cavalerie de Gayk Bzhishkyan et la 4° armée sont prises au piège. Malgré de sérieux accrochages avec les Polonais, les cavaliers et certaines unités de la 4° armée parviennent à se réfugier en Prusse orientale. Elles sont désarmées et internées par les autorités allemandes. Mais la majeure partie de la 4° armée rouge, incapable de s’échapper doit se rendre aux Polonais. Seule la 15° armée rouge tente de protéger la retraite. La défaite de cette armée le 19 puis le 20 août a pour résultat de faire cesser toute résistance sur le front nord-ouest. Le 24 aout la défaite soviétique est définitivement consommée. Sur 4 armées du front nord-ouest, les 4° et 15° ont été battu sur le champ de bataille, la 16° s'est désintégrée à Byalistok, seule la 3° a réussi à battre en retraite. Toukhatchevski abandonne 200 pièces d'artillerie, 1000 mitrailleuses, 10 000 véhicules de toutes sortes et plus de 66 000 prisonniers. Le total des pertes soviétiques se monte à prés de 100 000 hommes contre 4500 polonais tués et 21 000 blessés.

 

Les Polonais doivent encore conjurer la menace que fait peser la cavalerie de Budienny au sud. Le 27 aout, Pilsudski confie à Sikorski le commandement de la 3° armée avec pour mission d'écraser les cavaliers rouges. L'avant-garde de Sikorski, c'est à dire la 13° division d'infanterie et la 1° division de cavalerie commandée par Haller, affronte la cavalerie de Boudienny à Zamarc. Les lanciers à cheval polonais chargent et mettent en pièce les Soviétiques. Après un second engagement à Komarow, Budienny ordonne une action d’arrière-garde pour permettre la retraite et ainsi éviter l'anéantissement de son armée.

 

Pendant ce temps au nord Pilsudski poursuit les troupes de Toukhatchevski en retraite en Biélorussie. Sur le Niémen, les Polonais enfoncent à nouveau les lignes de défense soviétiques le 26 septembre et détruisent la 3° armée rouge avant de s'emparer de Grodno. Le 27 septembre ils affrontent encore les troupes soviétiques démoralisées sur la rivière Szczara. Ces dernières, à nouveau battu, doivent se replier sur Minsk. Lors de cette bataille du Niémen, les Russes ont perdus 160 canons et 50 000 prisonniers. L'armée rouge subit sa défaite la plus cuisante de son histoire. La guerre a fait plus de 150 000 morts coté soviétique et prés de 50 000 du coté polonais.

 

Un armistice est finalement signé le 12 octobre entre Polonais et Soviétiques. De longues négociations s'engagent pour mettre fin aux hostilités et déterminer le tracé de la frontière polono-russe. Le 18 mars 1921 le traité de Riga laisse à la Pologne un ensemble de territoire incluant régions ukrainiennes et biélorusses revendiquées par les Soviétiques. L'URSS devra attendre l’écrasement de la Pologne par l'Allemagne en septembre 1939 pour, conformément au protocole secret du pacte germano-soviétique, récupérer ses territoires.

 

 

Vite oublié en Occident la bataille de Varsovie a évité que le communisme ne s'étende en Europe sur les pas de l'armée rouge dès 1920. Il faudra attendre 1944 pour que le rêve de Lénine se réalise en partie, quand l'armée rouge occupera l'ensemble de l'Europe orientale. Sur le plan militaire, la guerre sovieto-polonaise a de quoi surprendre les observateurs étrangers. Après des années de guerre de tranchées nécessitant des sacrifices immenses pour des avancées dérisoires, ils assistent à une guerre de mouvement rapide où l'arme maitresse est la cavalerie. S'il n'est pas possible de parler de Blitzkrieg, cette guerre réhabilite les stratégies offensives et les attaques en profondeur. Toukhatchevski pourra s'appuyer sur son expérience de ce conflit pour développer son concept d'opération en profondeur qui s'exprimera pleinement lors des grandes offensives soviétiques de 1944-1945. Mal connue, la guerre qui opposa la Pologne et la Russie soviétique, et surtout la contre-attaque polonaise qui détruisit l'armée soviétique restent un chef d’œuvre de tactique.

 

Bibliographie

Norman Davies, White Eagle, Red Star: the Polish-Soviet War, 1919-20, Pimlico, 2003, (première édition: New York, St. Martin's Press, 1972.)

Thomas Fiddick « The 'Miracle of the Vistula': Soviet Policy versus Red Army Strategy », The Journal of Modern History, vol. 45, no. 4, 1973, pp. 626-643.

Thomas C. Fiddick, Russia's Retreat from Poland, 1920, Macmillan Press, 1990

Adam Zamoyski, Warsaw 1920. Lenin's failed Conquest of Europe, Harper Press, 2008.

Maria Pasztor, Frédéric Guelton, « La bataille de la Vistule, 1920 », Nouvelle Histoire Bataille, Cahiers du CEHD, n°9, 1999, pp. 223-250.

Frédéric Guelton, « La France et la guerre polono-bolchevique », Annales de l'Académie polonaise des Sciences- Centre scientifique de Paris, Vol 13, 2010, pp. 89-124.

Orlando Figes, La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d'un peuple, Éditions Denoël, 2007.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 07:13
L'offensive soviétique d’août 1920.

L'offensive soviétique d’août 1920.

L'offensive soviétique.

Le 5 juin, la cavalerie rouge de Boudienny s'élance sur les lignes polonaises au sud de Kiev. Les unités à cheval s'infiltrent derrière les lignes polonaises pour coupes les communications. La lutte est féroce et quand sur sa route les cavaliers soviétiques s'emparent d'un hôpital militaire rempli de soldats polonais blessés, ils l'incendient. Les troupes polonaises, incapable de contre-attaquer sont obligés de reculer vers l'ouest, vers la Volhynie. Ils abandonnent Kiev le 11 juin, emportant dans leurs fourgons le gouvernement de Petlioura qui laisse définitivement l'Ukraine derrière lui.

 

Mais l'attaque soviétique sur l'Ukraine n'est qu'un aspect de l'assaut soviétique contre la Pologne qui comprend un second volet. Si la cavalerie rouge de Boudienny a pour mission principale de chasser l'armée polonaise d'Ukraine, au nord, les Soviétiques ont rassemblée 4 armées (4°, 15°, 3°, 16° du nord au sud) soit près de 160 000 hommes dont 11 cavaliers, soutenu par prés de 700 canons et 3000 mitrailleuses. Ce front est commandé par le jeune général Mikhail Toukhatchevski alors agé de 27 ans mais déjà auréolé par ses victoires lors de la guerre civile. Il a pris soin de concentrer ses troupes sur quelques secteurs décisifs afin de bénéficier de l'avantage du nombre qui est alors de 4 contre, puis de progresser selon la l'axe Smolensk-Brest Litovsk.

 

Le 4 juillet il lance son flanc droit, commandé par l'arménien Gayk Bzhishkyan, le long de la frontière lituanienne et prussienne et 3° corps de cavalerie caucasien déborde des Polonais obligés de fuir. Les 4°, 15° et 3° armée rouges progressent vers l'ouest soutenu au sud par la 16° armée rouge et le groupe Mozyr. Si les Polonais se battent bravement, ils manquent de ravitaillement, surtout en munitions et ne peuvent donc stopper l'avance soviétique. Pendant trois jours le sort de la bataille paraît incertain mais la supériorité numérique soviétique parvient à l'emporter, non sans mal. Ainsi deux bataillons du 33° régiment d'infanterie polonais parviennent à bloquer pendant une journée deux divisions de l'armée rouge empêchant ces dernières de déborder par le nord le front polonais. Cette défense opiniâtre empêche Toukhatcheski de réaliser son plan initial: pousser les Polonais au sud-ouest dans les marais de Pinsk. Le 12 juillet, Minsk, la capitale de la Biélorussie tombe au main de l'armée rouge.

 

Les Polonais se retranchent finalement sur la ligne dite « des tranchées allemandes », un ensemble de fortifications de campagne construit pendant la Grande Guerre et qui donne une opportunité de stopper l'avance soviétique. La bataille de Vilnius qui se déroule de 11 au 14 juillet montre rapidement les limites de ce système défensif. Les troupes polonaises qui sont toujours en nombre insuffisant pour tenir l'ensemble du front ne peuvent empêcher que les Soviétiques, qui concentrent leur attaques sur les points les moins défendus, finissent par percer obligeant l'ensemble du dispositif polonais a reculé. Le 14 Vilnius est prise par les Soviétiques et les Lituaniens, qui rejoignent à ce moment les Russes dans la guerre, puis c'est au tour de Grodno de tomber le 19. Le 1° aout, Brest-Litovsk est aux mains des Soviétiques. Dans le sud, les troupes de Boudienny continuent à progresser s'emparant de Brodno et s'approchant de Lvov et Zamosc.

 

La route de Varsovie s'ouvre devant l'Armée rouge qui a alors chassée les Polonais d'Ukraine et de Biélorussie. Le 20 juillet, plein de confiance, Toukhatchevski lance son célèbre ordre du jour: « Le sort de la révolution mondiale se décide à l'ouest; la route de l'incendie mondial passe sur le cadavre de la Pologne ! A Varsovie ! » Le sort de la Pologne indépendante est en jeu.

 

 

Une bataille pour l'Europe ?

Face à l'attaque polonaise, les autorités soviétiques se sont appuyées sur le traditionnel patriotisme russe, ralliant à leur cause certains de leurs adversaire, notamment d'anciens officiers tsaristes comme le général Broussilov le dernier commandant en chef de l'armée russe. Mais dès que l'Armée rouge quitte la Biélorussie et l'Ukraine en direction de l'ouest, les dirigeants bolcheviks commencent à croire en la possibilité de vaincre la Pologne, de la transformer en république soviétique. L'armée rouge se retrouverait alors sur la frontière allemande, à environ 200 km de Berlin. Et l'Allemagne, patrie de Marx et nation la plus industrialisé d'Europe, est pour Lénine, le cœur de la Révolution mondiale. Son Parti communiste est d'ailleurs le plus puissant au monde après celui de la Russie soviétique. Le pays se relevant difficilement de sa défaite de 1918, reste encore la proie de troubles. En mars 1920 à la suite d'un putsch ratée organisée par l'extrême-droite contre la république de Weimar, une grève générale a paralysé le pays. Dans le bassin de la Ruhr, une armée rouge composée d'environ 80 000 ouvriers a été organisée et a contrôlée rapidement l'ensemble du bassin minier avant d'être battu par l'armée régulière. Pour Lénine, l'entrée de l'armée soviétique en Pologne ne peut que rallumer les feux de la révolution allemande et si, Varsovie prise, le prolétariat allemand demande la fraternelle assistance des Soviétiques, rien n'empêchera la cavalerie rouge de déferler sur le Reich et pourquoi pas d'atteindre le Rhin. Cela signifierait inévitablement l'instauration du communisme à l'ensemble de l'Europe.

 

Cet espoir révolutionnaire enfièvre le second congrès de l'Internationale communiste qui s'ouvre à Petrograd le 19 juillet. Dans la salle où se déroule les séances du Komintern, une immense carte a été dressée où chaque délégué peut suivre, par le biais de petits drapeaux, l'avance des unités de l'armée rouge en Pologne, et espérer que l'Europe sera soviétique avant Noël.

 

Pourtant à la direction du Parti bolchevik des dissensions se font entendre. Trotsky et Staline refusent en effet l'idée de Lénine, de marcher sur l'Allemagne. Ils bénéficient dans leur opposition du soutien de Karl Radek qui avance l'argument que les populations polonaises et allemandes ne sont pas préparé à accepter le communisme. Mais pour Lénine, c'est le sort de la Révolution en Europe qui se joue sur le front polonais. Appuyé par Kamenev et Zinoviev il l'emporte finalement.

 

La victoire de Lénine se traduit par la création à Byalistok d'un comité révolutionnaire polonais, embryon du futur pouvoir soviétique en Pologne, dirigé par Felix Dzerjinski, le créateur et dirigeant de la Tcheka, Julian Marchlevski et Felix Kon. Le 3 aout ce comité publie un « Manifeste au peuple travailleur polonais des villes et des champs » et se proclame gouvernement révolutionnaire socialiste et se charge d'administrer les territoires polonais conquis par l'armée rouge. Mais il rencontre peu d'écho car il n'a aucun lien avec le monde ouvrier polonais. Bien au contraire, face à la menace russe, les ouvriers polonais se portent volontaires pour défendre Varsovie. Malgré les avis prédisant qu'aucune insurrection prolétarienne dans Varsovie n'est probable ni d'ailleurs n'importe où en Pologne, Lénine exige que la capitale polonaise soit prise le plus rapidement possible. Il ne tient surtout pas compte de l'avis de Trotski qui lui fait remarquer que la prise de Varsovie ne peut se réaliser que par un étirement extrême des lignes de ravitaillement soviétique, étirement qui peut se révéler rapidement dangereux.

 

Face à la perspective d'une chute de Varsovie qui semble inéluctable et qui signifie la mort de la Pologne indépendante, le nouveau chef du gouvernement Wladislaw Grabski se rend à Spa demander l'aide du Conseil suprême des forces alliés. Les critiques envers l'action des Polonais sont sévères et les conditions mises pour une aide sont drastiques. Le protocole de Spa signé le 10 juillet impose que la Pologne se plie enfin aux décisions du Conseil allié concernant ses frontières avec la Tchécoslovaquie et la Lithuanie et qu'elle retire toute ses troupes derrière la ligne Curzon jusqu'à ce qu'un armistice puisse être signé.

 

Malgré cette sévérité les Alliées sont inquiets. Ils craignent que les Soviétiques traversent le Bug et s'emparent de Varsovie. Ils ne peuvent donc rester sourd aux appels à l'aide des Polonais qui réclament des armes et des munitions et n'ont d'autre choix que de les aider. Le gouvernement britannique demande aux Soviétiques de cesser les hostilités et d'accepter la ligne Curzon comme frontière sinon la Grande-Bretagne soutiendra la Pologne par tous les moyens. Sans réponse de la part des Soviétiques, Britanniques et Français envoient en Pologne une mission interalliées qui arrivent à Varsovie le 25 juillet. En son sein se trouve le général Maxime Weygand, le chef d'état-major du maréchal Foch pendant la guerre, accompagné de son aide de camp le capitaine Charles de Gaulle. Les Britanniques sont représenté par le vicomte Edgar d'Abernon et le major-général Percy Radcliffe. Cette mission renforce les importantes missions militaires britanniques et françaises installées en Pologne depuis 1919. En 1920 ce sont prés de 400 officiers français qui sont alors en Pologne en tant qu'instructeurs. Les experts militaires occidentaux se mettent au travail pour aider les Polonais a arrêté les Soviétiques.

 

Cette aide militaire ne fait pas l'unanimité. L'opinion occidentale est en effet généralement hostile aux Polonais, notamment à gauche. Le parti travailliste britannique demande ainsi aux ouvriers anglais de ne pas prendre part au conflit du coté des Polonais. En France, L'Humanité demande que la Pologne réactionnaire ne reçoivent aucun soutien français. En Europe, les organisations communistes appellent les ouvriers à empêcher le départ d'armes et de munitions pour la Pologne. Cheminots allemands et tchèques mais aussi des dockers anglais refusent de charger le matériel destiné aux Polonais. A Dantzig, seul port où peuvent débarquer des cargaisons pour la Pologne, ce sont les dockers allemands qui entravent les déchargements car la propagande nationaliste les a convaincu qu'une victoire des Soviétiques permettrait de rattacher la ville à l'Allemagne. L'infanterie de marine française est donc envoyée dans le port de la Baltique pour accélérer le déchargement des armes et munitions. Seul les Hongrois envisage d'envoyer un corps de cavalerie de 30 000 hommes soutenir les Polonais. Mais ce projet échoue devant le refus du gouvernement tchécoslovaque de laisser ces hommes traverser son territoire.

 

A la mi-aout l'arrivée du matériel allié s'accélère. A l'aéroport Mokotow, les mécaniciens polonais travaillent sans cesse pour assembler d'ancien avions de la RAF destinés à empêcher les reconnaissances aérienne soviétiques.

 

Début août 1920, la situation semble désespérée pour les Polonais. Avançant de prés de 30 km par les jour les soldats de Toukhatchevski traversent le Bug le 22 juillet et pénètrent en territoires indiscutablement polonais. Pilsudski, qui semble surpris que les Soviétiques osent ainsi bafouer la ligne Curzon, comprend alors que leur objectif n'est autre que Varsovie. Il est vrai que le 1° aout les Soviétiques en s'emparant de Brest-Litovsk ne se trouvent plus qu'a 200 km de Varsovie. Et ils continuent à avancer. Le font soviétique du nord-ouest traverse la Narew le 2 août tandis que le front sud-ouest approche de Lvov, important centre industriel du sud de la Pologne.

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 07:56
Le général Pilsudski.

Le général Pilsudski.

La Grande Guerre, par son ampleur, ses destructions incommensurables, son étendue géographique, sa durée, a presque totalement éclipsée le souvenir des multiples petits conflits qui, entre la fin de 1918 et 1920 touchent l'est de l'Europe. C'est le sort que connaît la guerre soviet-polonaise de 1920, souvent traitée comme l'appendice final de la guerre civile russe. Guerre de libération nationale ou croisade révolutionnaire, ce conflit présente un mélange de pratiques obsolètes et d’éléments stratégique novateurs, les charges de cavalerie se font au service d'une tactique qui préfigure la guerre éclair.

 

Le conflit entre la Pologne et la Russie prend racine en 1815 quand le congrès de Vienne entérine les différents partages de la Pologne opérés au XVIII° siècle par la Russie, la Prusse et l'Autriche. Depuis, l'aspiration à la résurrection d'une Pologne indépendante marque profondément l'identité nationale polonaise. Et ce que trois insurrections et des décennies de résistance aux entreprises de russification ou de germanisation n'ont pu accomplir, la guerre de 1914-1918 va le réaliser. En 1916, les Allemands qui ont envahi la Pologne russe acceptent la formation d'un Royaume de Pologne semi-autonome. Les Alliés ne peuvent alors aller aussi loin sans mécontenter la Russie de Nicolas II. Mais quand celle-ci se retire du conflit au début de 1918, le président américain Woodrow Wilson peut inscrire dans ses 14 points, qui deviennent les buts officiels de guerre des Alliés, la création et l'indépendance de la Pologne. En octobre 1918 quand, face à l'effondrement des Puissances centrales, le conseil de régence à Varsovie proclame l'indépendance de la Pologne, les Alliés entérinent la naissance du nouvel État.

 

Il faut pourtant attendre la conférence de Versailles, où les grands vainqueurs de la guerre, redessinent la carte de l'Europe pour connaître le contour du jeune État polonais. Mais les Alliés font alors face à une difficulté de taille. La Russie, devenue depuis 1917, le premier État communiste au monde, n'a pas été invité à participer à la conférence. Si les Alliés ne désespèrent pas de la chute prochaine des Soviets et soutiennent de nombreux efforts en ce sens, ils sont malgré tout incapables de déterminer les frontières à l'est de l'Europe, notamment celle qui doit séparer la Pologne de son voisin russe.

 

Pendant ce temps les Polonais se donne pour chef de l’État, Jozef Pilsudski. Ce dernier, ancien membre du Parti socialiste polonais, fut exilé par les autorités tsaristes pendant 5 ans en Sibérie. Farouchement anti-russe, il devient un fervent nationaliste. Pendant la Grande Guerre, il n'hésite pas à prendre la tête d'une légion polonaise qui combat sur le front oriental au sein de l'armée autrichienne. Refusant de prêter une allégeance totale aux Puissances centrales ils se retrouvent en prison à Magdebourg pour deux ans. Libéré en novembre 1918, il devient le héros national de la Pologne.

 

Pilsudski a alors pour objectif de faire retrouver à la Pologne ses frontières de 1772, frontières qui englobe non seulement la Pologne mais également l'Ukraine, la Biélorussie et la Lithuanie. Il envisage donc de former une fédération des petits États issu de l'éclatement de l'empire tsariste qui puisse freiner les aspirations impérialistes de la Russie et de l'Allemagne. Cette ambition se heurtent à la volonté des Alliés qui veulent imposer comme frontière avec la Russie la ligne fixée par lord Curzon, ministre britannique des Affaires étrangères. Cette ligne qui laisse des milliers de Polonais à l'est du Bug en dehors de la Pologne n'est pas acceptée par cette dernière alors qu'à l'ouest les Alliés hésitent à lui donner la région minière de Silésie pour ne pas mécontenter les Allemands. Les Ukrainiens et les Lithuaniens qui viennent juste d'accéder à une indépendance encore précaire rejette tout autant le projet polonais de fédération que les ambitions territoriales de la Pologne. Les Français et les Britanniques mettent en garde les Polonais contre ces projets impérialistes et leur demandent de se contenter des territoires ethniquement polonais.

 

Au moment où l’État polonais renait, Lénine ordonne à l'armée rouge d'avancer à l'ouest reprendre les territoires occupés jusque là par les armées allemandes. Cette marche vers l'ouest fait face rapidement à l'émergence de pouvoir locaux, expressions des aspirations nationales des peuples de l'ancien domaine des Tsars. Les Soviétiques se heurtent donc aux Ukrainiens, aux Lettons, Estoniens, Lithuaniens et évidemment aux Polonais. Ces derniers affrontent l'armée rouge au printemps 1919. Mais les Soviétiques doivent à nouveau faire face à la menace des armées blanches soutenues par des détachements militaires alliés. La menace de Denikine est plus sérieuse que celle de Pilsudski. Profitant de la faiblesse russe, les Polonais poursuivent leur avance en Biélorussie. Ils s'emparent de Vilnius dont les Lithuaniens avaient fait la capitale de leur jeune république et atteignent la Daugava. Pour les Polonais, il s'agit surtout de mettre les Alliés devant le fait accompli afin qu'ils reconnaissent des frontières orientales polonaises élargies. A la fin de 1919 les Polonais occupent ainsi de larges parties de la Biélorussie, de la Galicie et de l'Ukraine.

 

Au début de 1920, la situation a évoluée. La guerre civile russe connait ses derniers soubresauts au profit des bolcheviks. Ces derniers peuvent de nouveau tourner leur regard vers l'ouest. Ils concentrent prés de 700 000 hommes prés de la Berezina en Biélorussie. Persuadé, à juste titre, que les Russes s'appretent à passer à l'attaque, les Polonais veulent les prendre de vitesse en attaquant les premiers en Ukraine. Ils comptent s'appuyer pour réussir sur le soutien de l'ataman ukrainien Semyon Petlioura. Ce dernier, qui se bat depuis 1918 pour l'indépendance de l'Ukraine signe en décembre 1919 un accord avec la Pologne. Il accorde à celle-ci la Galicie orientale et la Volhynie occidental en échange de son aide afin qu'il puisse reprendre Kiev et étendre l'Ukraine indépendante jusqu'au Dniepr.

 

Pilsudski ordonne d'abord a ses troupes de marcher sur le nord, aider l'armée lettone à chasser les Soviétiques des rives de la Dvina. Les Polonais parviennent ainsi à s'emparer du point clé que constitue la forteresse de Dvinski le 3 janvier 1920 obligeant les Soviétiques à négocier. Mais Pilsudski, convaincu que les bolcheviks ne cherchent qu'à gagner du temps, fait trainer les pourparlers sur la définition de la frontière. Durant les mois d'hiver, il prépare son pays à la guerre. Les services de renseignements polonais concentrent l'essentiel de leur activité à suivre les mouvements des troupes soviétiques tandis qu'environ 100 000 soldats polonais sont déployés sur un front de près de 1000 km.

 

Les Alliés, apprenant les préparatifs polonais, mettent en garde Pilsudski. Lord Curzon le prévient le 9 février qu'il ne doit pas compter sur le soutien britannique. Le Conseil suprême Allié transmet une déclaration identique. Mais les services de renseignements polonais ne cessent d'annoncer l'arrivée quotidienne sur le front occidental de nouvelles troupes soviétiques. Pilsudski décide alors de passer à l'attaque. Son plan consiste à d'abord battre les Soviétiques au sud pour permettre la formation d'une République indépendante d'Ukraine sous la direction de Petlioura. L'armée que ce dernier doit mettre sur pied permettra alors aux troupes polonaises de remonter dans le nord où Pilsudski prévoit que doit se dérouler la bataille décisive. Avec la conclusion le 21 avril d'un accord militaire avec Petlioura, les Polonais sont enfin prêts pour passer à l'offensive.

L'avancée polonaise en Russie.

L'avancée polonaise en Russie.

Opération Kiev

Le 25 avril 1920, la 3° armée polonaise, commandé par le général Rydz-Smygli et accompagnée par deux divisions d'infanterie ukrainiennes, s'engage dans une offensive en profondeur en Ukraine. Face à elle se trouvent les 12 et 14° armées rouges commandées par le général Alexandre Iegorov. Les lanciers polonais, après avoir bousculé les troupes frontalières soviétiques, détruisent la 12° armée rouge, foncent en direction du Dniepr et s'emparent facilement de Kiev le 7 mai. Le gouvernement polonais proclame alors qu'il est venu apporter sa protection aux Ukrainiens qui doivent s'armer pour combattre les bolcheviks et gagner leur liberté avec l'aide de la Pologne.

 

Mais les Soviétiques se rassissent rapidement. D'abord ils n'ont pas été battu mais se sont replié en ordre derrière le Dniepr. Les Polonais n'ont d'ailleurs pu établir qu'une petite tête de pont sur la rive orientale du fleuve et dès la fin mai ils doivent affronter les contre-attaques soviétiques. Le 26 mai 1920, des unités soviétiques appuyées par la 1° armée de cavalerie rouge attaquent autours de Kiev. Après une semaine de combat les Polonais rétablissent leurs positions. Au nord la 1° armée polonaise est battu et doit évacuer les territoires entre la Dvina et la Berezina pour stabiliser le front sur la rivière Auta.

 

Les Polonais se montrent rapidement incapable d'être à la hauteur de l'ambitieux plan stratégique de Pilsudski. Leur avance rapide sur Kiev a ainsi démesurément étendu leur ligne de ravitaillement. De plus ils ne trouvent guère de soutien parmi les populations ukrainiennes qui sont autant ant-russe qu'anti-polonaises. Alors que les Polonais espéraient la formation d'une armée ukrainienne nombreuses leurs espérances sont vite déçus. Les forces ukrainiennes sont incapables de tenir le front face aux Soviétiques obligeant les unités polonaises à rester en Ukraine.

 

Les troupes polonaises doivent alors tenir un front de plus de 300 kilomètres avec seulement 120 000 hommes appuyé par 460 pièces d'artillerie. Les généraux polonais s'inspirant de la guerre sur le front occidental souhaitent établir une ligne de défense linéaire couvrant l'ensemble du front. Mais à la différence du front occidental saturé de mitrailleuses, de canons et de troupes, le front polonais est pauvre en homme et en artillerie et ne dispose d'aucun ouvrage fortifié. A cela s'ajoute le fait que les Polonais ne dispose d'aucune réserve stratégique pour pallier une éventuelle percée ennemie.

 

De leur coté les Soviétiques ne cessent de se renforcer. Le fer de lance de l'armée rouge, la première armée de cavalerie rouge, commandé par le général Semyon Boudienny, et qui rassemble prés de 16 000 cavaliers appuyés par 5 trains blindés rejoint ses positions de départ sur le front ukrainien à la fin mai. Au nord, prés de 100 000 soldats rouges sont mobilisés. Il ne fait pas de doute que les Soviétiques veulent frapper un grand coup mais veulent-ils seulement infliger une correction aux Polonais ?

 

Au début de 1920, conscient que la guerre civile est gagnée Lénine développe l'idée d'exporter la révolution en Europe occidentale par le biais des soldats de l'armée rouge. Et le plus court chemin pour atteindre Berlin puis Paris passe par Varsovie. Sinon, la Russie soviétique restera une forteresse isolée, d'autant plus fragile qu'elle est ruinée par des années de guerre.

 

A suivre...

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 07:31

Bernard Lecomte, Gorbatchev, Perrin, 2014.

L'homme de la perestroïka

Il y a quelques semaines des députés russes ont proposé de traduire devant les tribunaux du pays Mikhail Gorbatchev. Son crime ? Avoir mis fin à l'existence de l'URSS. Cette accusation est totalement fausse car, comme le montre Bernard Lecomte dans sa biographie du dernier dirigeant de l'URSS, Gorbatchev fut jusqu'au bout un défenseur acharné du maintien de l'Union soviétique. C'est le parcours de cet homme, un communiste convaincu qui paradoxalement présida à la fin du communisme en Europe, que livre le journaliste Bernard Lecomte.

 

Cette biographie, d'une facture classique, suit les différentes étapes de la carrière de Gorbatchev. Né dans une famille de paysans dont le père, communiste convaincu, fit la chasse aux koulaks tandis que le grand-père fut déporté, le futur dirigeant de l'URSS, bon élève, est remarqué et obtient le droit de faire ses études universitaires à Moscou. C'est dans la capitale qu'il fait la rencontre de sa femme, Raïssa, une intellectuelle qui s’intéresse à l'ethnologie et l'ouvre à la culture.

 

A la fin de ses études, le Parti l'envoie dans sa région natale, à Stavropol, en tant que jeune cadre du Komsomol. Dynamique, efficace, il monte rapidement dans la hiérarchie locale et devient premier secrétaire du district de Stavropol. Ce district étant un lieu de cure apprécié par les dirigeants soviétiques, le jeune Gorbatchev croise de nombreux dignitaires, dont Iouri Andropov, le puissant chef du KGB, qui le remarque et le fait monter à Moscou.

 

Avec le soutien d'Andropov, Gorbatchev gravit dans les années 1970 tout les échelons de la direction communiste et entre au comité central en 1978. Quand Andropov succède à Brejnev, Gorbatchev apparaît comme son dauphin naturel. Mais il doit céder la place à Tchernenko à la mort de son mentor. En mars 1985 Gorbatchev devient le secrétaire général du PCUS. Sa jeunesse, sa volonté d'aller au contact de la population lui assure rapidement une grande popularité. Il lance rapidement, la perestroïka, une politique de réforme, qui doit sortir l'URSS du marasme économique et de la gabegie. Afin de combattre les résistances de l'appareil il lance peu après la glasnost qui se traduit par un accroissement de la liberté d'expression notamment pour la presse.

 

Ce nouveau cours suscitent débats, enthousiasmes et craintes au sein du PCUS. Face aux conservateurs apparaît une fange du Parti qui souhaite aller plus loin et plus vite dans les réformes et dont Boris Eltsine devient le symbole. Gorbatchev, au centre, doit louvoyer entre ses forces opposées. Si la politique internationale soviétique connaît des succès et redore l'image de l'URSS dans le monde, la situation intérieure tend à se dégrader. Alors que les luttes de fractions s'exacerbent au sein du PCUS et que les forces centrifuges de l'Empire soviétique se réveillent, Gorbatchev cherche à concentrer les pouvoirs afin de garder la situation en main et se fait élire président de l'URSS.

 

En 1989, le glacis soviétique en Europe de l'Est s'effondre tandis que la montée des nationalismes désagrège peu à peu l'URSS. Gorbatchev perd peu à peu la main face à ces opposants, notamment Eltsine. Le coup d’État d’août 1991, un putsch raté des conservateurs, scelle le destin de Gorbatchev qui assiste impuissant à l'éclatement de l'URSS tandis que le PCUS est dissous. Isolé, oublié, il quitte le pouvoir le lendemain du jour où le drapeau rouge laisse la place au drapeau russe sur les coupoles du Kremlin.

 

D'une lecture facile, riche en informations, ce portrait, qui n'est ni à charge, ni à décharge, permet de revivre l'effondrement de l'URSS. Au final le lecteur ne peut être que fasciné par le destin de Gorbatchev, ce communiste convaincu qui voulait réformer l'URSS afin qu'elle puisse continuer à exister, et qui, en vérité, précipita sa disparition. Retenons pour terminer que face à la débâcle de l'Empire soviétique, Gorbatchev eut la sagesse de ne jamais utiliser la force. Pour cela, malgré son échec politique, il mérite amplement sa place parmi les grands hommes du siècle passé.

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")