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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 13:07

 

Sur le blog L'autre coté de la colline nous publions un article sur les dernières années de l'armée soviétique: "L'impossible réforme, l'armée soviétique sous l'ère Gorbatchev, 1986-1991"

 

 

 

 

La fin de l'armée soviétique
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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 07:25

Guillaume Bourgeois, La véritable histoire de l’Orchestre rouge, Nouveau Monde, 2015

L’Orchestre rouge, du mythe à la réalité

Le livre de Guillaume Bourgeois pourrait être sous-titré « histoire d’une mystification historique ». L’histoire de l’Orchestre rouge est entrée dans la mythologie de l’histoire de l’espionnage et de la Seconde Guerre mondiale depuis 1967 avec la parution du livre de Gilles Perrault, objet de nombreuses traductions et éditions ultérieures, la dernière datant de 1989. En 1975, le personnage central de cette histoire, Leopold Trepper livre ses souvenirs dans Le Grand Jeu, là aussi un succès d’édition. Depuis, d’innombrables articles et livre mais aussi des films comme celui de Jacques Rouffio en 1989, perpétuent la mémoire de ce qui fut considéré comme le plus grand réseau d’espionnage soviétique dans l’Europe occupée.

 

Profitant de l’ouverture des archives soviétique dans les années 1990 mais également de la déclassification de dossiers du FBI et du MI5, Guillaume Bourgeois a entrepris il y a une vingtaine d’années de reprendre le sujet en partant de ces sources nouvelles. Reconstruisant méthodiquement l’histoire du mythique Orchestre rouge, il découvre en chemin de nouvelles pistes, de nouveaux protagonistes, de nouveaux témoins. Il découvre surtout la réalité derrière un mythe savamment construit. D’abord l’Orchestre rouge à Bruxelles et Paris n’a jamais livré d’informations stratégiques à Moscou, faute de sources mais également faute de moyens de transmissions. Ensuite certains des membres du réseau, à commencer par son chef lui-même, Trepper, ont fait preuve de légèreté confinant parfois à l’amateurisme. Ainsi, Trepper et Gourevitch n’hésitent pas à se mettre en couple et à avoir des enfants, ce qui ne peut que fragiliser leur sécurité alors qu’ils sont responsables d’un réseau d’espionnage en territoire ennemi.

 

L’auteur démontre que ce sont des imprudences qui font tomber le réseau et que Trepper, une fois pris par les Allemands, n’hésite pas à livrer ce qu’il en reste. La collaboration qu’il conduit avec les Allemands lui vaut un traitement de faveur qu’il utilisera pour s’évader, conscient alors que l’Allemagne va perdre la guerre et qu’il doit se racheter. Il n’en est pas moins responsables de la mort de nombre de ses agents et d’avoir conduit les Allemands bien prés de la direction du PCF. Les Soviétiques en seront parfaitement conscient et le condamneront en 1945 à 10 ans de prison pour haute trahison.

 

Rencontrant Gilles Perrault dans les années 1960, Trepper lui livrera une histoire totalement fausse de son action pendant la guerre mais suffisamment crédible pour apparaître vrai. Fort du succès du livre de Perrault, il écrira son autobiographie, dont certains passages sont de la pure fiction, pour asseoir son image de grands espions capable de berner les Allemands au point que ces derniers livreront des renseignements cruciaux à l’URSS. Jusqu’au travail de Guillaume Bourgeois cette légende fut considérée comme authentique.

 

Le livre de Guillaume Bourgeois est de bout en bout passionnant, tant par les informations qu’il livre, que par l’ampleur de la documentation consultée. Si parfois l’auteur, par manque de sources, reconstruit des faits en s’appuyant sur la logique, l’ensemble est néanmoins solide et marque un réel progrès dans la connaissance des réseaux soviétiques en Europe occidentale où se croisent les Partis locaux, les services de renseignement et le Komintern.

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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 07:16

2e Guerre mondiale, n°59, avril-mai 2015.

De la Pologne au Caucase

Le dernier numéro du magazine 2nde Guerre mondiale, paru début avril, livre un dossier et trois articles sur le front de l’Est.

 

Le dossier, sous la plume de Vincent Bernard, décrit et compare l’état des forces de la Wehrmacht et de l’Armée rouge au printemps 1941, à la veille de l’opération Barbarossa. Si le traitement du dossier est classique avec force tableaux et organigrammes, l’auteur montre que l’armée soviétique est alors en pleine transformation et dispose d’un potentiel qui s’il n’apparaît pas lors des désastres de l’année 1941 jouera un rôle essentiel dans la suite du conflit.

 

Jean-Baptiste Murez retrace le parcours de la 16e division d’infanterie allemande, l’unité qui fut engagée le plus profondément dans le Caucase.

 

Stéphane Mantoux décrit et analyse un sujet peu connu, l’invasion et l’occupation de la Pologne orientale par l’URSS en septembre 1939. Il montre que cette invasion ne fut pas une simple promenade de santé pour les Soviétiques qui rencontrèrent une certaine résistance et que l’épisode est un premier avertissement sur les faiblesses de l’appareil militaire soviétique seulement deux ans après les grandes purges. Soulignons que l’auteur ne s’arrête pas aux seuls aspects militaires de l’occupation soviétique en Pologne et montre l’imposition par la force du système stalinien à une société polonaise traumatisée.

 

Parmi les rubriques habituelles dans le magazine, soulignons la fiche personnage qui est ici consacrée à Nikolaï Kouznetsov, commissaire du peuple à la marine pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Voici donc un numéro de 2e Guerre mondiale intéressant et stimulant en attendant la parution du prochain opus dans une nouvelle formule qui promet tout à la fois de nouvelles rubriques et des dossiers plus importants.

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 07:38

Boris Laurent, Les opérations germano-soviétiques dans le Caucase (1942-1943), Economica, 2014.

Allez-retour de la Crimée à l’Elbrouz

Boris Laurent, auteur d’un gros ouvrage sur l’histoire du front de l’Est, propose un récit complet des opérations germano-soviétiques dans le Caucase en 1942-1943. L’auteur nous montre la genèse de cette tentative d’invasion du Caucase par les Allemands et insiste sur l’erreur que représente la direction n° 45 d’Hitler qui écartèle l’effort allemand entre une offensive dans le Caucase et une offensive en direction de la Volga. Mais il montre également que l’objectif d’Hitler de priver l’URSS de son pétrole, de la couper de l’approvisionnement américain en provenance du corridor persan, et de pousser la Turquie à rejoindre l’Axe n’est pas totalement chimérique.

 

Après avoir présenté les forces en présence, l’auteur raconte dans le détail, les différentes phases des combats dans le Caucase depuis les succès allemands jusqu’à la reconquête soviétique. Si l’ensemble est de facture classique, signalons le chapitre concernant l’utilisation par les Allemands de volontaires caucasiens, dans le cadre de l’opération Chamil, pour s’emparer des puits de pétrole de Grozny ou les pages sur la bataille aérienne du Kouban où pour la première fois, l’aviation rouge l’emporte sur la Luftwaffe.

 

Si l’ouvrage, agréable à lire, est une mine de renseignements pour le néophyte, nous regrettons le manque de cartes. Il est en effet impossible au lecteur de suivre le déroulement des opérations décrites, à moins de se munir au préalable d’un atlas. Sans cartes lisibles, la lecture devient assez pénible et quelque peu frustrante. Ce problème n’est évidemment pas propre au livre de Boris Laurent et touche, hélas, de nombreux autres ouvrages. Concernant l’opération Chamil, l’auteur, à notre étonnement, ne cite pas la biographie de Béria par Françoise Thom qui livre une analyse minutieuse, basée sur les archives russes et caucasiennes, de l’attitude complexe des Caucasiens durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Au-delà de ces quelques remarques, le livre de Boris Laurent s’inscrit avec bonheur dans l’émergence d’une littérature francophone sur l’histoire du front de l’Est. Loin des batailles de Moscou, Stalingrad, Koursk ou Berlin, il procure une sensation de dépaysement aux lecteurs qui souhaitent découvrir le sujet.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 07:38

Brian Moynahan, Le concert héroïque. L'histoire du siège de Leningrad, Lattés, 2014.

Le siège de Leningrad

Seulement quelques semaines après le début de l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie, les panzers allemands se retrouvent aux portes de Leningrad, l'actuelle Saint-Pétersbourg. Commence alors un siège entré dans l'Histoire qui dure un peu plus de 900 jours.

 

A la mi-septembre 1941, les liaisons terrestres entre la ville et le reste du monde sont coupées. Seule demeure ouverte une liaison par bateau à travers le lac Ladoga. Le martyre de la ville débute avec les bombardements allemands qui ne vont plus cesser avant que la famine ne fasse son apparition, puis le froid avec l'arrivée de l'hiver. Le rationnement est en effet insuffisant pour étancher la faim des habitants qui sont réduits à manger les chevaux, les chiens, les chats, les rats, des écorces ou même de la sciure. Le cannibalisme se répand et la mort rode sur l'ensemble de la ville. Près de 800 000 personnes périssent pendant le siège et les survivants sont si faible qu'en hiver les cadavres sont laissés dans les rues où ils gèlent.

 

Brian Moynahan décrit avec précision le calvaire des habitants de Leningrad en s'appuyant sur des témoignages, des journaux intimes. Il n'oublie pas non plus de raconter les infructueuses tentatives de l'Armée rouge pour lever le siège mais également la vie des simples soldats aussi bien du coté soviétique que du coté allemand. Il montre surtout que, malgré les souffrances, les habitants cherchent encore et toujours à se raccrocher à une certaine normalité qui s'exprime le mieux dans la culture. Malgré le siège, des spectacles et des concerts ont lieu dans Leningrad. Et le plus mémorable de ces concerts a lieu en août 1942 quand est joué la 7e Symphonie de Chostakovitch.

 

Cette symphonie et son compositeur sont le fil rouge du livre de Brian Moynahan. Originaire de Leningrad, le récit de la vie de Chostakovitch permet à l'auteur de retracer l'histoire de la ville avant la guerre, depuis l’assassinat de Kirov en 1934 jusqu'en juin 1941 en passant par les grandes purges de 1937-1938 où disparaissent des proches du compositeur comme Ossip Mandelstam ou le maréchal Toukhatchevski. La répression ne cesse pas avec la guerre et le NKVD continue toujours sa besogne dans Leningrad assiégée. Chostakovitch est évacué de la ville en octobre 1941 et se réfugie à Kouibychev. C'est là qu'il rédige sa symphonie en hommage à sa ville natale et à ses habitants qui désespérément essayent de survivre. L'auteur décrit avec un luxe de détail l'accouchement de ce chef-d’œuvre musical, mais aussi le tour de force que représente son interprétation dans une ville assiégée où les musiciens affamés n'ont plus la force de jouer. Des hauts parleurs permettent sa retransmission sur la ligne de front pour les soldats aussi bien soviétiques qu'allemands.

 

Le récit du siège de Leningrad que fait l'auteur est souvent dantesque. Les anecdotes qui émaillent le texte illustrent le quotidien des habitants fait d'un mélange de sublime, de tragédie et parfois de comique. A travers ce livre, dont le héros principal est la ville de Leningrad et ses habitants, l'auteur montre que l'art peut parfois triompher de l'inhumanité.

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 07:34

Boris Laurent, La guerre totale à l'Est, 1941-1945, Nouveau Monde, 2014.

Découvrir la guerre germano-soviétique

La guerre germano-soviétique, longtemps grande oubliée de l'historiographie française, est l'objet d'une inflation éditoriale depuis quelques années. Après les ouvrages de Jean Lopez, ceux de Philippe Richardot et de Nicolas Bernard, c'est Boris Laurent qui offre une synthèse sur le front de l'Est.

 

Nous n'allons pas résumer ici la trame de l'ouvrage qui expose, de manière chronologique, les différentes opérations militaires où s'affrontèrent la Wehrmacht et l'Armée rouge de 1941 à 1945. L'auteur prend d'ailleurs soin de ne pas oublier des opérations « périphériques » du conflit comme la conquête des Balkans par les Soviétiques, les combats de Petsamo à la frontière norvégienne ou la campagne de Mandchourie à l'été 1945. Mais l'essentiel se concentre sur les quatre temps forts de la guerre à l'Est : Barbarossa, Stalingrad, Koursk, Bagration et la conquête de l'Allemagne.

 

L'ouvrage est une synthèse réussie des différents travaux sur le conflit germano-soviétique publiés ces dernières années, notamment ceux de Jean Lopez coté français, mais surtout ceux de David Glantz et de Earl Ziemke du coté des anglo-saxons. S'appuyant sur ces sources secondaires, Boris Laurent offre un panorama équilibré du conflit dans un style clair, de manière didactique et sans se perdre dans les détails.

 

Si le cœur du livre a trait aux combats et aux opérations militaires, Boris Laurent ne néglige pas les aspects politiques, diplomatiques et économiques de la guerre même s'ils apparaissent trop en retrait à notre goût. Quelques pages sur le mouvement des partisans, la collaboration des populations avec les Allemands ou la mobilisation culturelle en URSS auraient permis de dépasser une vision parfois trop militaro-centrée du propos. Regrettons également le nombre très réduit de cartes, seulement trois, les quelques lacunes de la bibliographie et les nombreuses coquilles.

 

Le livre de Boris Laurent est une synthèse solide pour une première approche du conflit germano-soviétique, un livre grand public didactique, une introduction qui invite à aller voir plus loin pour découvrir les différentes facettes de ce combat de titans.

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 07:26
1919, Makhno contre Denikine

Sur le blog "L'autre coté de la colline" nous publions ce mois-ci un article sur les combats entre les forces blanches du général Denikine et l'armée insurrectionnelle de l'anarchiste Nestor Makhno en Ukraine en 1919.

Cet article, qui nous donne l'occasion de retracer la geste militaire de Makhno dans le guerre civile russe, est consultable ici.

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 07:52

Alexandre Sumpf, La Grande Guerre oubliée, Russie 1914-1918, Perrin, 2014.

La Russie, entre guerre et révolution

Le centenaire du début de la Grande Guerre est l'occasion d'un déferlement de publication où, hélas, le plus mauvais le dispute au meilleur. Dans la seconde catégorie entre indéniablement le livre qu'Alexandre Sumpf consacre à la Russie dans le premier conflit mondial. Bien mieux et avec raison, il élargit le champ de son étude au-delà du cadre chronologique traditionnel qui veut que la Russie sorte du conflit en 1917 ou 1918 pour embrasser également la révolution et la guerre civile qui frappent le pays de 1918 à 1922. Enfin une grande synthèse sur la Russie durant la Grande Guerre, sujet jusqu'alors ignoré par l'édition francophone.

 

La première moitié du livre d'Alexandre Sumpf montre que malgré ses faiblesses et ses difficultés, la Russie impériale parvient à faire face à cet événement inédit qu'est la Première Guerre mondiale. Si la déclaration de guerre ne suscite pas l'enthousiasme de la population, ni une union sacrée autour de la personne du Tsar, la société russe parvient à se mobiliser pour faire face aux défis de la guerre moderne. Les Russes s'organisent pour venir aux secours des blessés et des réfugiés de guerre, pour soutenir et réinsérer les invalides, pour développer une propagande multiforme et efficace, les femmes de mobilisés se regroupent en associations. La guerre permet ainsi un foisonnement de la société civile qui montre ainsi sa capacité à s'organiser.

 

Malgré les efforts du gouvernement, qui parvient à accroître la production de matériels de guerre et les quelques succès militaires du début du conflit, la Russie s'enfonce dans la débâcle. La « Grande Retraite » de 1915 marque profondément la population. La partie occidentale de l'Empire est perdue, les réfugiés, souvent issus des minorités nationales, s'installent tant bien que mal dans le reste de la Russie. Surtout cette retraite démontre les faiblesses de l'armée russe, incapable, malgré les succès de Broussilov en 1916, de remporter la victoire contre les Empires centraux. Les difficultés économiques, l'éloignement du tsar et les blocages du système impériale finissent par provoquer l'explosion sociale de février 1917. Le gouvernement provisoire ne parvient pas à maîtriser une situation qui ne cesse de s'aggraver avant que les bolcheviks ne s'emparent du pouvoir.

 

Pour parvenir à rétablir l'autorité de l’État sur l'ensemble du pays, les bolcheviks signent la paix de Brest-Litovsk, combattent leurs différents adversaires intérieures au cours de la guerre civile d'une brutalité incroyable. Ils réussissent finalement, aux prix d'une rare violence, à asseoir l'autorité du nouvel État sur l'ensemble du pays même si celui-ci a été amputé sur ses marges occidentales.

 

Le livre d'Alexandre Sumpf, d'une érudition maîtrisée, balaye de nombreux aspects de la Russie en guerre qu'il n'est pas possible de résumer ici. De l'occupation russe de la Galicie à celle de l'ouest de l'Empire russe par les Allemands, en passant par la vie dans les tranchées, l'agitation révolutionnaire dans l'armée, la situation des prisonniers de guerre ou celle des minorités nationales entre autre, ce livre foisonne de découvertes pour le lecteur. L'auteur n'oublie pas de faire le point sur la mémoire de la Grande Guerre en Russie, un conflit qui fut longtemps éclipsé par le souvenir de la Grande Guerre patriotique.

 

Le livre d'Alexandre Sumpf est une vraie réussite qui permet de comprendre les mutations que connaît la société russe en guerre et de réinsérer l'épisode révolutionnaire de 1917 dans un contexte plus large et spécifiquement russe. Une belle cartographie et une bibliographie finissent d'asseoir la solidité de ce livre qui est d'ores et déjà une référence pour ceux qui s’intéressent à la Russie de la première moitié du 20e siècle.

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 07:43

« Stalingrad », film russe de Fiodor Bondartchouk, 2013.

Stalingrad

Après Jospeh Vilsmaier en 1993 et Jean-Jacques Annaud en 2001, c'est le réalisateur russe Fiodor Bondartchouk qui en 2013 propose un film sur la bataille de Stalingrad. Notons d'ailleurs que l'acteur allemand Thomas Kretschmann qui joua un lieutenant de la 6e armée dans le film de 1993 incarne en 2013 un capitaine.

 

L'histoire débute quand les Allemands ne sont plus qu'à quelques centaines de mètres de la Volga dont le contrôle scellerait la défaite des Soviétiques. L'Armée rouge lance un assaut pour contenir son adversaire. C'est un échec mais un petit groupe de survivants parvient à se réfugier dans un immeuble dévasté. Face à eux se trouve un capitaine allemand qui a reçu la mission de prendre ce bâtiment coûte que coûte. Un combat à mort s'engage dans lequel l'ensemble des protagonistes finissent par disparaître.

 

Le film de Bondartchouk montre parfaitement la cruauté de la guerre urbaine entre les corps-à-corps, le feu impitoyable des snipers, les combats d'un étage à un autre, d'une pièce à une autre. Soulignons aussi que le réalisateur montre aussi le quotidien des habitants de Stalingrad qui tentent de survivre comme ils peuvent dans les ruines de leur cité et au milieu des combats. Sur le plan esthétique le film est une réussite. Les images, visiblement retravaillées, sont belles et les ralentis stylisés rappellent le film « 300 ».

 

Le film, hélas, pâtit de nombreuses invraisemblances : des soldats soviétiques en flamme qui continuent à mener l'assaut contre les positions allemandes, d'autres qui, au péril de leur vie, vont chercher une baignoire pour permettre à une civile de prendre un bain sans parler du sniper qui est touché au bras et dont la blessure disparaît dans les scènes suivantes.

 

Si le réalisateur a visiblement souhaité éviter les manichéismes réducteurs en mettant en scène les doutes de l'officier allemand, il ne parvient pas à éviter parfois certains accents patriotiques. Son éloge du courage des soldats russes est parfois caricatural et enlève à ses personnages toute personnalité en les transformant en sorte de super-héros. Surtout, l'esthétisme léché des scènes de combat met parfois mal à l'aise tant il peut laisser croire que la guerre est belle.

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 06:56

Le croiseur Aurore, immortalisé en 1928 par Sergueï Eisenstein dans son film « Octobre », reste un symbole de la Révolution d'Octobre, malgré le rôle minime qu'il joua dans l'événement. Ses trois cheminées se dressent depuis des décennies au-dessus de la Néva, au cœur de Leningrad redevenue depuis 1991 Saint-Pétersbourg. Passage obligé pour les touristes qui visitent la capitale de la Révolution russe, l'histoire du croiseur Aurore ne se résume pas à uniquement à l'Octobre Rouge mais raconte aussi l'histoire du 20e siècle russe.

 

Le croiseur Aurore, nommé en l'honneur de la frégate qui défendait la ville de Petropavlovsk-Kamchatski, pendant la guerre de Crimée a été conçu par Konstantin Ratnik, chef du chantier naval de Baltiisk. Sa construction, lancée le 23 mai 1897 à Saint-Pétersbourg, dure prés de 3 ans. Le navire est finalement baptisé dans la capitale des tsars le 11 mai 1900 avant d'entrer officiellement en service en juillet 1903. L'Aurore est un croiseur de 127 mètres de long sur 17m de large pouvant atteindre les 20 nœuds soit près de 40 km/h. L'équipage est alors composé de 20 officiers et 550 matelots.

 

Après un premier voyage en Méditerranée et en mer Rouge, le croiseur rejoint la flotte russe de la Baltique. Après les premières défaites russes lors de la guerre contre le Japon en 1904-1905, l'Aurore fait le voyage de la Baltique à la mer de Chine au sein de la deuxième division de croiseurs de l'escadre du Pacifique sous le commandement du contre-amiral Oskar Enkvist. Durant la bataille de Tsushima des 27 et 28 mai 1905, un désastre pour la flotte russe, l'Aurore, après avoir escorté un convoi, est touché par une torpille. Il est néanmoins l'un des rares navires russes à pouvoir échapper à la destruction sous les coups japonais et parvient à atteindre Manille pour être réparé.

 

A la fin de la guerre contre le Japon, l'Aurore devient un navire-école pour les cadets de la marine. A ce titre il effectue de nombreux voyages, faisant escale en Espagne, en Algérie, en Tunisie, en France, en Italie, en Turquie, en Crète, en Grèce. De l'automne 1909 à l'été 1910, il navigue dans le Pacifique, l'Atlantique, l'océan Indien, la Méditerranée. En novembre 1911 il participe même aux célébrations en l'honneur du couronnement du roi de Siam à Bangkok.

 

En 1914 quand éclate la Grande Guerre, l'Aurore intègre la deuxième escadre de la flotte de la Baltique. Il escorte des convois, réalise des missions de reconnaissance dans les golfes de Finlande et de Botnie, recherche des voies de passage pour contourner le blocus allemand de la Baltique. En 1916, l'Aurore sert une nouvelle fois, provisoirement, de navire-école avant de participer à la défense du golfe de Riga où ses canons servent pour les tirs de barrage à terre. A l'automne, le navire regagne Petrograd pour effectuer des réparations. Au cours de cet hiver 1916-1917 ses machines sont changées et il est armé de 14 canons de 153 mm, 4 canons de 76 mm, 3 lance-torpilles et 35 mines.

 

Stationné à Petrograd, l'Aurore se retrouve au début 1917 au milieu des événements révolutionnaires. Le 12 mars, des matelots se rassemblent pour demander au capitaine la libération de trois ouvriers propagandistes qui sont montés sur le navire. Pour les disperser, le capitaine Nikolski et le premier officier Ogranovitch tirent sur les marins en blessant quelques-uns. Le lendemain, les marins se mutinent et prennent le contrôle du navire. Le capitaine est tué et le premier officier blessé. Un comité révolutionnaire est alors élu où rapidement les bolcheviks dominent. Peu à peu les relations se normalisent entre les officiers et l'équipage. Si les officiers ne se mêlent pas de politique, les marins ne créent pas d'obstacles à la gestion du croiseur pour ce qui concerne le service, la discipline et le fonctionnement du navire.

L'Aurore en Méditerranée avant 1914.

L'Aurore en Méditerranée avant 1914.

En septembre 1917, l'élection du nouveau comité révolutionnaire de l'Aurore donne la majorité aux bolcheviks. Au début novembre, les réparations sur le navire sont terminées et ce dernier doit rejoindre le reste de la flotte. Mais les bolcheviks refusent et le Soviet de Petrograd ordonne que l'Aurore passe sous le commandement du comité militaire révolutionnaire qui prépare alors l'insurrection. Au matin du 7 novembre, les bolcheviks contrôlent les points stratégiques de Petrograd. Seul le Palais d'Hiver, où se trouve le Gouvernement provisoire leur échappe. Antonov-Ovseenko, l'un des dirigeants de l'insurrection, demande alors à l'Aurore de tirer à blanc. A 21h40, le croiseur exécute l'ordre qui donne le signal de l'assaut sur le Palais d'Hiver tout en minant le moral des derniers défenseurs. Pendant ce temps des groupes de matelots se rendent à terre pour assurer l'ordre tandis que la radio du croiseur diffuse sur les ondes un appel de Lénine aux peuples de Russie.

 

Fin novembre 1917, l'Aurore rejoint Helsinki puis Cronstatd en décembre. En juillet 1918, le croiseur et d'autres navires reçoivent la mission de protéger Petrograd contre une éventuelle attaque de la flotte britannique qui soutient le général blanc Youdenitch. Quand il apparaît finalement que les Anglais n'attaqueront pas par la mer, l'Aurore regagne Cronstadt où seulement 40 hommes restent à bord pour entretenir et garder le navire. Au printemps 1919 les 6 canons du croiseur sont même démontés et expédiés à Astrakhan pour armer la flottille de la Volga et de la Caspienne. De décembre 1919 à 1922, l'Aurore mouille à Petrograd dans l'inaction.

 

Après la fin de la guerre civile, quand débute la reconstruction d'une force navale soviétique, les autorités décident juste de rénover le navire dont les travaux de modernisation ont déjà été réalisé en 1916-1917. L'Aurore est alors réarmé et son équipage complété. Le croiseur sert à nouveau de navire-école au sein de la flotte de la Baltique et effectue de nombreux voyages de 1924 à 1930.

 

En 1927, à l'occasion des 10 ans de la Révolution d'Octobre, l'Aurore reçoit l'Ordre du Drapeau rouge pour sa participation à la prise du pouvoir par les bolcheviks mais également pour son rôle dans la formation des officiers de la nouvelle marine soviétique. Le navire retourne alors au chantier naval mais face à l'ampleur des travaux de rénovation nécessaires, l'amirauté soviétique décide qu'il ne naviguera plus. Il sert alors à la formation des cadets de première année de l'Academie navale de Léningrad.

 

Durant la Guerre d'Hiver contre la Finlande en 1939-1940, l'Aurore reprend du service pour effectuer des patrouilles contre les sous-marins. Avec l'invasion de l'URSS par l'Allemagne en 1941, le croiseur, alors ancré dans le port d'Oranienbaum, participe à la défense de Léningrad, mais le 30 septembre 1941 il est gravement endommagé par l'artillerie allemande. Les canons du navire encore utilisables sont retirés et l'Aurore finit la guerre incapable de se déplacer et à moitié couler.

 

Il est néanmoins restauré entre 1945 et 1947 et rejoint de manière permanente son ancrage sur la Néva, au quai Petrogradskaïa, au cœur de Léningrad. Jusqu'en 1961, il est utilisé pour la formation des élèves de l'Ecole navale Nakhimov et fait l'objet de rénovation en 1957-1958, 1966-1968 et 1984-1987 où il retrouve son aspect de 1917. A partir de 1956, il devient un musée flottant et l'une des principales attractions touristiques de Léningrad. En 1968, il est décoré de l'Ordre de la Révolution d'Octobre.

 

Depuis juillet 1992, le drapeau rouge ne flotte plus sur l'Aurore, remplacé par le drapeau de Saint-André, symbole de la nouvelle flotte russe. Bien que musée, le croiseur fait toujours partie de la flotte militaire et possède un équipage qui assure sa garde, son entretien et participe aux cérémonies militaires. En septembre 2014, l'Aurore, le plus ancien navire russe encore en service et symbole de la Révolution d'Octobre, lève l'ancre une fois de plus pour rejoindre Cronstadt afin de subir une nouvelle révision. Il doit retrouver son ancrage sur la Néva en 2016, prêt pour le centenaire de la Révolution russe.

Le croiseur Aurore de nos jours

Le croiseur Aurore de nos jours

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Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")