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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 07:00

Figure mythique de la guerre civile russe, héros national, autodidacte qui se hisse dans le haut commandement de l’Armée rouge en dépit de son absence de formation militaire, Tchapaev incarne la figure du chef partisan dans la mythologie communiste.

Tchapaev, le partisan rouge

Sous-officier dans l’armée impériale.

Vassili Tchapaev est né dans une famille paysanne du village de Budaïka dans la province de Kazan. Petit-fils de serfs et fils d’un charpentier, il grandit ensuite dans la ville de Balakovo dans la province de Samara. Sa famille est pauvre et le jeune Vassili ne passe que deux années à l’école paroissiale. Il commence à travailler à l’âge de 12 ans et enchaine les petits emplois chez un marchand, puis dans un restaurant mais également comme assistant d’un joueur d’orgue de barbarie avant d’aider son père dans une menuiserie.

 

Après son service militaire, Tchapaev reprend son emploi de menuisier, se marie, fonde une famille et quand la Première Guerre mondiale éclate, il est déjà père de trois enfants. Mobilisé en 1914, il devient sergent et participe à la fameuse offensive Broussilov de juin 1916 où il est blessé. C’est alors un sous-officier consciencieux qui sait faire preuve de courage et obtient ainsi trois Croix de Saint-Georges et la médaille de Saint-Georges.

 

À l’été 1916, en raison de ses blessures, Tchapaev est envoyé à l’arrière dans la garnison de Saratov. Là, il participe aux troubles révolutionnaires de 1917 et, selon son ami Koutiakov, se montre proche des anarchistes. Preuve de son activisme politique, il est élu président du soviet de sa compagnie et membre du soviet de son régiment. Il adhère finalement au parti bolchevik le 28 septembre 1917 et se retrouve chef militaire du détachement de la Garde rouge de la ville de Nikolaievsk (actuelle Pougatchev).

Tchapaev, sous-officier dans l'armée tsariste

Tchapaev, sous-officier dans l'armée tsariste

Premières armes révolutionnaires.

Après la Révolution d’Octobre, Tchapaev est l’un des militaires professionnels sur lequel les bolcheviks de Nikolaievsk mais aussi de la province de Samara comptent pour réprimer les révoltes de paysans et de cosaques qui éclatent spontanément. Il est donc nommé commissaire militaire du district et au début de 1918, il met sur pied les 1er et 2e régiments de Nikolaievsk qui s’intègrent à l’Armée rouge du soviet de Saratov. En juin, ces deux régiments sont réduits pour former la brigade de Nikolaievsk sous les ordres de Tchapaev.

 

Tchapaev se trouve rapidement confronté à la révolte de la légion tchécoslovaque dont les capacités militaires sont bien plus élevées que celles des cosaques ou des paysans révoltés qu’il a dû affronter jusque-là. Face à ses adversaires redoutables, il montre qu’il est un excellent tacticien, habile à évaluer une situation et à dégager la meilleure solution possible. Il se montre également courageux, dirigeant personnellement la troupe dans les combats et jouit donc d’un grand prestige parmi ses hommes. À l’automne 1918, il dirige la brigade de Nikolaievsk qui en raison de sa petite taille est parfois appelé le détachement Tchapaev.

 

Le commandant de la 4e armée rouge et ancien général de l’armée impériale, AA Baltisk remarque que Tchapaev « manque de formation militaire ce qui affecte son commandement ». Mais il estime que s’il reçoit la formation adéquate, il pourra devenir un commandant de qualité. En novembre 1918 Tchapaev est donc envoyé à Moscou à l’Académie militaire que vient de former l’état-major général de l’Armée rouge.

 

Il semble que la formation reçue ne soit pas au goût de Tchapaev qui au bout de quelques semaines et sans autorisation quitte l’Académie pour retourner sur le front. Il prend alors le commandement du groupe d’Alexandrovo-Gaïsk qui combat les cosaques de l’Oural.

Tchapaev, le partisan rouge

Commandant de la 25e division.

À la fin mars 1919, Tchapaev devient commandant de la 25e division d’infanterie sous les ordres du groupe sud du front oriental commandé par Mikhaïl Frounze. Cette division affronte le gros des troupes blanches qui ont repris leurs offensives sous la direction de l’amiral Koltchak au printemps 1919. La division que commande Tchapaev se distingue dans les opérations sur Bougourouslan, Belebeï et Oufa qui conduisent à l’échec de l’offensive de Koltchak. Dans ces opérations, l’unité de Tchapaev fait preuve d’un grand sens tactique et d’une grande souplesse, des qualités qui sont reconnues par ses adversaires blancs qui soulignent les talents d’organisateur du commandant rouge.

 

Le plus grand succès de la 25e division reste le passage de la rivière Belaïa qui conduit à la prise d’Oufa le 9 juin et à la retraite des armées blanches. Si Tchapaev, qui se trouve en première ligne, est blessé à la tête, il reste sur le front où il reçoit l’Ordre du Drapeau rouge tandis que sa division reçoit un drapeau rouge honorifique.

 

Tchapaev illustre alors la figure de ces sous-officiers de l’ancienne armée qui vont donner de grands chefs militaires à l’Armée rouge comme Boudienny ou Joukov. Aimé de ses hommes, sa division est l’une des meilleures du front oriental. Privilégiant les méthodes de la guérilla, il sait faire preuve d’un grand sens tactique, d’énergie, d’esprit d’initiative, se tenant souvent au plus près des combats. Il possède en outre l’avantage de combattre toujours dans la même zone, sur l’aile droite du front oriental, son excellente connaissance de la région lui permettant ainsi d’illustrer ses talents dans la guerre de partisans.

 

Si l’unité que commande Tchapaev est intégrée au sein de l’Armée rouge, elle accuse des traits qui la rapprochent des unités de partisans telle que les problèmes de discipline ou les mauvaises relations entre commandants et commissaires qui se terminent parfois par des passages à tabac. Les relations sont ainsi houleuses et difficiles entre Tchapaiev et le commissaire politique de sa division, Dimitri Fourmanov.

 

Après l’opération d’Oufa, la division de Tchapaev est renvoyée en première ligne pour affronter les cosaques de l’Oural. La zone d’opération est alors la steppe aux limites de la Russie et du Kazakhstan, loin des grandes voies de communication ce qui gêne l’arrivée du ravitaillement notamment en munitions, dans la chaleur et face à un ennemi redoutable, les cosaques, qui font preuve d’une indéniable supériorité en matière de cavalerie. Ces derniers menacent ainsi constamment les flancs et les arrières de la division de Tchapaev. La lutte est acharnée, les combats sont sans pitié et la brutalité est le lot qui frappe tous les prisonniers.

 

Le 5 septembre 1919, un raid de la cavalerie cosaque s’abat sur le siège de l’état-major de la 25e division qui se trouve à Lbichtchensk dans un secteur dangereusement éloigné du gros des troupes. C’est en cherchant à fuir les cosaques que Tchapaev trouve la mort durant cette attaque. Selon certaines sources, il aurait péri noyé en cherchant à traverser l’Oural à la nage, selon d’autres, il aurait succombé à ses blessures durant la fusillade. Son corps ne fut jamais retrouvé.

Tchapaev, commandant de l'Armée rouge

Tchapaev, commandant de l'Armée rouge

La légende.

Tchapaev est rapidement entré dans la légende, une légende fabriquée pour servir le régime. Le mythe s’élabore en effet dès le début des années 1920 avec la publication en 1923 du roman de Dimitri Fourmanov. Avec le film des frères Vassiliev en 1934, Tchapaev apparaît comme la figure emblématique choisie par le pouvoir dans la cohorte des héros de la guerre civile, un groupe qui comprend alors quelques dirigeants politiques et certains commandants de l’Armée rouge comme Frounze, Kotovski ou Nikolaï Shchors qui sont pour la plupart déjà morts. Ces héros sont mythifiés par une propagande qui ne cesse d’exalter leurs exploits et leurs caractères positifs.

 

La propagande autour de Tchapaev dépasse le cadre de l’Union soviétique puisque le livre de Fourmanov est traduit dans plusieurs langues et diffusé par des maisons d’édition communistes ou de gauche à travers le monde tandis que le film fait l’objet de projections organisées par les PC. Signe de cette internationalisation du mythe de Tchapaev, en décembre 1936, au sein de la 13e Brigade internationale qui combat en Espagne auprès des républicains se forme un bataillon Tchapaev.

 

Dans le cas de Tchapaev, la mythologie finit par éclipser le personnage historique réel. Ainsi en 1919, selon la légende, ce serait grâce à la fermeté de Frounze et de Tchapaev que les Rouges n’auraient pas abandonné Samara contre l’avis des spécialistes militaires, ce qui ne correspond en rien à la réalité. La légende veut aussi que Trotski fût un adversaire acharné de Tchapaev. Dans la réalité, Trotski remis à ce dernier une montre en or pour le distinguer d’une manière particulière par rapport aux autres commandants. Le mythe est renforcé par le fait que de nombreux anciens compagnons de Tchapaev occupent durant de nombreuses années des postes de direction dans l’armée. Près de 12 généraux soviétiques sont ainsi issus de la division que commandé Tchapaev et forment une sorte de fraternité qui entretient la légende.

 

La figure de Tchapaev pénètre également le folklore populaire en devenant le centre de nombreuses anecdotes et plaisanteries. La croyance est même largement répandue qui veut qu’il ait aussi combattu directement le général Kappel, ce qui est historiquement faux, mais dans la mentalité populaire, seul un héros de la trempe de Tchapaev pouvait vaincre un adversaire de la réputation de Kappel qui apparaît ainsi comme l’alter-ego blanc du chef partisan rouge.

Affiche du film de 1934

Affiche du film de 1934

Bibliographie.

-B. O. Дайнес, Чапаев, [V. O. Daïnes, Tchapaev], Вече, 2010.

-A. Симонов, « Первый отряд Чапаева » [A. Simonov, Le premier détachement Tchapaev], Родина., n°2, 2011, pp. 69-72.

-D. Fourmanov, Tchapaev, Éditions sociales, 1971.

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 11:28
Sergueï Kamenev, commandant en chef de l’Armée rouge.

Figure largement méconnue, Sergueï Kamenev, à ne pas confondre avec le dirigeant communiste Lev Kamenev, fut un des créateurs de l’Armée rouge qu’il commanda à différents postes durant la guerre civile. Ce spécialiste militaire, ancien officier du tsar, fut en effet commandant de l’Armée rouge, une des plus hautes fonctions au sein de la Russie soviétique pour un homme qui n’était pas membre du Parti bolchevik.

 

Noble et officier du Tsar.

Sergueï Sergueïevitch Kamenev est né à Kiev le 4 avril 1881 dans une famille noble. Son père est ingénieur à l’Arsenal de la ville mais également colonel d’artillerie. Si, enfant, Kamenev rêve de devenir chirurgien, il choisit finalement la voie militaire. Il intègre alors le corps des cadets de Vladimir à Kiev puis en 1898 le collège militaire Alexandrov dont il termine troisième en 1900. Il entre ensuite à la prestigieuse Académie d’état-major Nikolaevski qu’il termine en 1907. Parallèlement à ces études, Kamenev sert dans l’armée dès 1900 au sein du 165e régiment d’infanterie de Loutsk qui stationne à Kiev. Ce n’est qu’après avoir terminé sa formation à l’Académie qu’il part servir au sein de l’état-major général.

 

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, Kamenev sert comme adjoint de l’aide de camp principal de l’état-major de la région militaire d'Irkoutsk puis comme aide de camp principal à l’état-major de la 2e division de cavalerie et enfin comme adjoint de l’aide de camp principal de l’état-major de la région militaire de Vilnius. Dans le même temps, il enseigne également la tactique et la topographie dans une école militaire. Durant ces années, il participe à de nombreuses manœuvres et voyagent beaucoup. Il visite ainsi les forteresses de Kaunas et Grodno, ce qui lui permet d’élargir ses horizons et de se former en tant qu’officier d’état-major. Il prend également soin d’étudier les erreurs commises de l’armée russe lors de la guerre contre le Japon en 1904-1905.

Kamenev, officier du tsar

Kamenev, officier du tsar

Entre Grande Guerre et Révolution

Avec le déclenchement de la Grande Guerre, Kamenev, qui est alors capitaine, sert comme aide de camp principal à l’état-major de la 1ere armée et commande le 30e régiment d’infanterie de Poltava. Ses chefs sont élogieux à son égard et le proposent au grade supérieur.

 

À la tête de son régiment, Kamenev sait faire preuve tout à la fois de courage, d’habileté et de sang-froid tout en se souciant du quotidien des officiers et des soldats. Cette attention portée aux conditions de vie de la troupe explique qu’en 1917, après la révolution de février, il soit élu commandant du régiment.

 

À l’époque du gouvernement provisoire, Kamenev se retrouve chef d’état-major du 15e corps d’armée, poste qu’il occupe au moment de la Révolution d’Octobre, puis chef d’état-major de la 3e armée. Durant cette période, il s’occupe principalement de la démobilisation des troupes de l’ancienne armée tsariste. Le siège de son état-major se trouvant à Podolsk, Kamenev doit fuir devant l’avance des troupes allemandes et replier sur Nijni-Novgorod où s’achève son service dans l’ancienne armée qui est alors dissoute par le gouvernement bolchevik.

 

Son expérience, plutôt positive, des soviets dans l’armée facilite le passage de Kamenev dans le camp bolchevik assez tôt. Au début de 1918, il s’engage donc comme volontaire dans l’Armée rouge en tant que spécialiste militaire. Ce choix s’explique certainement par sa volonté de continuer le combat contre les Allemands car il ne cherche pas à s’impliquer dans la guerre civile qui débute.

 

Dés avril 1918, Kamenev sert parmi le mince rideau de troupes qui fait face aux troupes allemandes en cas de reprise des combats. Il se retrouve alors adjoint du commandant du détachement de Nevelsk et doit faire face aux débuts difficiles de l’Armée rouge où sévissent la désobéissance, la désertion, la présence d’éléments criminels et une mentalité de partisans.

Kamenev, commandant de l'Armée rouge

Kamenev, commandant de l'Armée rouge

Commandant en chef de l’Armée rouge

En août 1918, Kamenev est nommé adjoint du chef militaire du front occidental et instructeur militaire de la région de Smolensk, son autorité s’étend aussi aux secteurs de Nevelsk, Vitebsk et Roslavl. L’objectif de Kamenev est alors de protéger ces régions contre les Allemands et de former des unités de l’Armée rouge. Il parvient ainsi à mettre sur pied la division de Vitebsk et le détachement de Roslavl qui sont envoyés dans l’Oural renforcer le front oriental contre les troupes blanches.

 

L’ascension de Kamenev au sein de l’Armée rouge débute réellement à l’automne 1918. En septembre, il reçoit un poste clef, celui de commandant du front oriental. Ce front est encore en formation et Kamenev doit bâtir un état-major, l’ancien ayant suivi Vatsetis nommé commandant en chef de l’Armée rouge. Il dirige les combats qui se déroulent dans la région de la Volga et en octobre, il parvient à repousser ses adversaires à l’est du grand fleuve. À la fin de l’année et au début de 1919, il réussit à reprendre Oufa et Orenbourg. Mais l’apparition, au printemps, des armées de Koltchak, l’oblige à abandonner ces conquêtes pour se replier sur la région de la Volga.

 

Durant la campagne de 1919, Kamenev contribue à la victoire soviétique sur les armées de l’amiral Koltchak. Cependant, au milieu des opérations, à la suite d’un conflit avec le commandant en chef Vatsetis, il est démis de son poste et remplacé par Alexandre Samoïlo qui arrive du front nord. Mais ce dernier entre rapidement en conflit avec le conseil militaire révolutionnaire du front ainsi qu’avec ses subordonnés. Il ne reste donc que peu de temps à son poste et Kamenev retrouve son commandement avec l’appui de Lénine.

 

Si Kamenev est un militaire talentueux, il n’a guère de sens politique et ne sait pas s’orienter dans les affrontements politiques qui touchent également la direction l’Armée rouge. Il bénéficie néanmoins sur ce point de l’appui de Sergueï Gousev, un vieux bolchevik membre du conseil militaire révolutionnaire du front oriental, qui l’aide à atteindre le sommet de la hiérarchie militaire. En juillet 1919, à la suite de la destitution et de l’arrestation de Vatsetis et de ses plus proches collaborateurs accusés de complots dans le cadre de luttes politiques au sommet du pouvoir soviétique, Kamenev est nommé commandant en chef de l’Armée rouge. C’est Gousev qui a attiré l’attention de Lénine sur lui pour cette nomination, la plus haute obtenue par un spécialiste militaire non-membre du Parti.

 

Kamenev prend ses nouvelles fonctions au moment où les armées de Denikine, venant du sud, marchent sur Moscou. Alors qu’il était encore commandant du front oriental, Kamenev a établi un plan pour empêcher la jonction entre les forces de Denikine et celles de Koltchak. Quand il est nommé commandant en chef, ce plan se révèle dépassé puisque Koltchak a été vaincu et que sa jonction avec Denikine semble alors improbable. Mais Kamenev continue à défendre son plan initial qui prévoit une offensive sur la région du Don où les Soviétiques attendent une résistance farouche des cosaques. Il reçoit le soutien d’un Lénine dont les connaissances en matère stratégique sont limitées. Le plan de Kamenev tourne au fiasco, l’offensive rouge dans le Don en août est un échec tandis que les Blancs percent le front plus à l’ouest et atteignent Orel et Mtsensk, menaçant Toula et mettant en péril l’existence même de la Russie soviétique. Les plans soviétiques doivent dès lors être changés en toute urgence pour sauver la situation par des actions coordonnées des différents fronts.

 

Par la suite, Kamenev mène la lutte sur différents fronts, prés de Petrograd contre le général Ioudenitch puis contre les Polonais et enfin en Crimée contre le général Wrangel. Sur ce front, il participe à l’élaboration du plan de l’opération Perekop qui ouvre les portes de la Crimée à l’Armée rouge. Après la fin des grandes opérations de la guerre civile, Kamenev dirige la lutte contre les révoltes paysannes, il réprime le soulèvement de la Carélie et combat les Basmatchis au Turkestan.

 

Kamenev fait l’objet d’appréciations divergentes de la part de ses contemporains. Ses détracteurs parlent de lui comme de « l’homme avec une grosse moustache et de petites capacités ». Trotski en donne une vue moins partiale, pour lui Kamenev se distingue par « son optimisme et son imagination stratégique rapide. Mais sa compréhension des facteurs sociaux sur le front sud était relativement étroite : les ouvriers, les paysans ukrainiens, les cosaques, ce n’était pas clair pour lui. » Ensuite, l’ancien commissaire du peuple à la Guerre compare Kamenev et Vatsetis : « Il est difficile de dire lequel des deux colonels était le plus doué. Les deux avaient d’incontestables qualités stratégiques, tous deux avaient l’expérience de la Grande Guerre, les deux se distinguaient par un caractère optimiste sans lequel il est impossible de commander. Vatsetis était têtu, volontaire et subissait l’influence d’éléments hostiles à la révolution. Kamenev était incomparablement plus souple et subissait facilement l’influence des communistes travaillant avec lui S.S. Kamenev était certainement un chef capable avec de l’imagination et la capacité à prendre des risques. Il lui manquait de la profondeur et de la fermeté. Lénine a été fortement déçu par lui et qualifiait durement ses rapports : « un compte rendu stupide et parfois analphabète. »

 

Malgré ses défauts et ses faiblesses, Kamenev est fidèle à Lénine et c’est sous ses ordres que l’Armée rouge a vaincu ses ennemis et a remporté la guerre civile. Il a en effet compris que seule une stratégie offensive pouvait permettre de remporter la victoire dans les conditions de la guerre civile. Il fut également un grand administrateur et sut se montrer extrêmement prudent dans ses rapports avec la direction du Parti afin de gagner ses faveurs.

Kamenev et Trotski

Kamenev et Trotski

Après la guerre civile

Pour son rôle dans la guerre civile, Kamenev reçoit l’Ordre du Drapeau rouge. En avril 1920, le comité exécutif central lui remet une épée en or pour sa victoire sur le front oriental et en janvier 1921 il reçoit un pistolet d’honneur Mauser. Pour son action dans le Turkestan, il est décoré de l’Ordre de l’Étoile rouge par la république de Boukhara et de l’Ordre du Drapeau rouge par la république autonome de Khorezm.

 

Après la guerre civile, Kamenev continue à servir dans l’Armée rouge. Dans ses écrits et des conférences, il repense l’expérience de la Grande Guerre et de la guerre civile. Il participe également à la rédaction des nouveaux règlements pour l’Armée rouge. Après son éviction du poste de commandant en chef en mars 1924, il sert comme inspecteur de l’armée en 1924-125, chef d’état-major en 1925, sous-secrétaire au commissariat du peuple pour les Affaires militaires et navales et président du conseil militaire révolutionnaire de 1927 à 1934, dirigeant de l’Académie militaire et finalement chef du département de la défense antiaérienne de 1934 à 1936. Dans ce dernier poste il joue un rôle important pour améliorer la protection du pays en dotant la défense antiaérienne de nouveaux équipements. Kamenev est également l’un des fondateurs de l’Ossoaviakhim, une organisation de préparation militaire pour les civils, et contribue à l’exploration et à la mise en valeur de l’Arctique en tant que président de la commission gouvernementale pour l’Arctique.

 

Colonel dans l’armée tsariste, Kamenev termine sa carrière dans l’Armée rouge avec le grade de commandant de 1er rang. Il adhère au Parti communiste tardivement, en 1930, et échappe au destin funeste qui s’abat par la suite sur ses compagnons d’armes. Kamenev décède en effet d’une crise cardiaque le 25 août 1936, évitant les tourments de la Grande Terreur. Ses cendres sont placées dans une urne dans le mur du Kremlin. Malgré sa mort, Kamenev n’échappera pas aux calomnies et sera déclaré « ennemi du peuple », son nom et son œuvre tombant dans l’oubli avant d’être réhabilité après la mort de Staline.

Sergueï Kamenev, commandant en chef de l’Armée rouge.

Bibliographie :

-Léon Trotski, Staline, Grasset, 1948.

-Ю. Галич, Красный хоровод, [Galitch, Le cercle rouge], Вече, 2008.

-Митюрин Д. В., Гражданская война: белые и красные, [D.V. Mitourine, La guerre civile : blancs et rouges],Полигон, 2004.

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 07:14

Maréchal de l’Union soviétique, figure militaire majeure de l’entre-deux guerres, commandant durant la guerre civile puis dirigeant des forces soviétiques d’Extrême-Orient, Vassili Blücher fut le premier titulaire de l’ordre du Drapeau rouge et de l’Étoile rouge. Un certain nombre d’opérations militaires ont fait sa légende avant qu’il n’incarne la puissance soviétique en Extrême-Orient. Le maréchal Joukov a admis qu’il fut pour lui un modèle tandis que Tchang Kaï-Shek déclara qu’il était l’équivalent d’une armée de 100 000 hommes.

 

 

 

Soldat dans l’armée du tsar

Vassili Kontantinovitch Blücher est né dans une famille paysanne du village de Barchinska dans la province de Iaroslav le 1er décembre 1889. Son nom si particulier lui vient de son aïeul serf à qui il fut donné durant la guerre de Crimée par son propriétaire en l’honneur du maréchal prussien Blücher.

 

Après avoir reçu une instruction primaire à l’école paroissiale, Blücher commence à travailler. Son père le conduit en 1904 à Saint-Pétersbourg où il devient garçon dans la boutique du marchand Klochkova puis ouvrier à l’usine de machines-outils Byrd. En 1906, il rentre finalement dans son village pour reprendre ses études. À l’automne 1909, il se rend à Moscou pour travailler dans un atelier de serrurerie puis comme mécanicien dans une usine de wagons à Mytichtchi. C’est là qu’il prend part à une grève en 1910 qui le fait condamner à trois ans de prison. Libéré, il trouve du travail aux ateliers de chemins de fer de la ligne Moscou-Kazan.

 

Avec le début de la Première Guerre mondiale, Blücher est incorporé au 56e bataillon de réserve puis rejoint le front en novembre 1914 au sein du 19e régiment d’infanterie de Kostroma. Soldat courageux, il devient sous-officier puis officier et reçoit la médaille de Saint-Georges. Il est grièvement blessé par une grande en janvier 1915 et passe plus d’un an en convalescence dans différents hôpitaux du pays. Finalement, en mars 1916, il est démobilisé et trouve du travail dans une usine de construction navale prés de Nijni-Novgorod puis dans une usine de mécanique à Kazan.

 

Vassili Blücher en 1915

Vassili Blücher en 1915

Héros de la guerre civile

En juin 1916, il rejoint le Parti bolchevik qui lui donne en mai 1917 l’ordre de réintégrer l’armée. Blücher intègre le 102e régiment de réserve où il est élu vice-président du soviet du régiment. En novembre 1917, au moment de la Révolution d’Octobre, il est membre du comité militaire révolutionnaire de Samara et participe à la prise de contrôle de la province. Il devient alors commissaire politique de la garnison de Samara.

 

Blücher participe à la formation de l’Armée rouge. À la fin de 1917, il est commissaire d’un détachement de Garde rouge envoyé à Tcheliabinsk pour participer à la lutte contre les cosaques d’Orenbourg commandés par l’ataman Doutov. Blücher agit dans la région de Tcheliabinsk entre janvier et mars 1918 et se voit également chargé de former les organes du nouveau pouvoir soviétique. En mars 1918 il est donc élu président du soviet de Tcheliabinsk et chef de l’état-major de la garde rouge.

 

La lutte contre les cosaques d'Orenbourg connaît des succès divers. L'ataman Doutov se retrouve dans l'Oural où il est pratiquement encerclé. Il parvient néanmoins à percer pour rejoindre la steppe Tourgaï tandis qu’au printemps débute un vaste soulèvement cosaques que les bolcheviks combattent en lançant des expéditions punitives contre les villages. Blücher participe à ses actions et acquiert une certaine notoriété en raison des mesures drastiques qu’il prend. Dans le même temps il rencontre des représentants cosaques et mène des négociations avec eux. En mai 1918, il dirige un détachement sous Orenbourg où la croissance graduelle des rébellions cosaques favorise en mai 1918 le soulèvement du corps tchécoslovaque contre les bolcheviks.

 

Blücher assoit sa réputation en 1918 quand il mène un raid de 150 km dans les arrières des Blancs. À la suite du soulèvement des cosaques d’Orenbourg, les bolcheviks qui tiennent la ville se retrouvent cernés. Les dirigeants de la Garde rouge décident à la fin juin de briser cet encerclement, une partie doit se diriger vers le Turkestan et une autre sous les ordres de Blücher et des cosaques rouges de Tomine et des frères Kashirine doit prendre la direction du nord afin de trouver du soutien dans leurs villages d’origine. Mais la majorité des villageois cosaques étant hostile aux bolcheviks, ces derniers ne peuvent rester dans leur territoire et doivent trouver refuge dans l’Oural industriel. Durant la marche, des groupes disparates sont réunis sous les ordres de Blücher qui se retrouve élu, le 2 août, commandant de l’unité des partisans du sud de l’Oural doit une force de 10 000 hommes. Il révèle alors ses dons d’organisateurs et de commandant ainsi que son savoir-faire manœuvrier. Régulièrement les hommes de Blücher affrontent les Blancs qu’ils parviennent à neutraliser et réussissent à franchir l’Oural et à rejoindre les lignes de la 3e armée rouge du front oriental, le 12 septembre après une marche de 54 jours. À la suite de cet exploit, Blücher devient, le 28 septembre, le premier récipiendaire de l’Ordre du Drapeau rouge.

Blücher en 1919

Blücher en 1919

Le 20 septembre 1918, Blücher se voit confier le commandement de la 4e division de l’Oural de l’Armée rouge qu’il commande jusqu’en novembre 1918 avant de prendre la tête de la 30e division d’infanterie. À la fin janvier 1919, il est nommé adjoint du commandant de la 3e armée du front oriental et organise la défense de Viatka face à l’offensive des troupes de l’amiral Koltchak. En avril 1919, il se voit confier la tache de former et de diriger la 51e division d’infanterie dans la région de Tioumen et du lac Baïkal. C’est à la tête de cette unité qu’il prend part à l’offensive soviétique à travers l’Oural contre les armées de Koltchak. Sa division s’empare ainsi de Tioumen le 6 août puis de Tobolsk. L’armée blanche est définitivement vaincue à l’automne 1919 et en mars 1920, fait prisonnier, l’amiral Koltchak est fusillé.

 

En août 1920, la division de Blücher est transféré dans le sud de la Russie pour lutter contre les troupes du Wrangel. Blücher défend ainsi la tête de pont de Kakhovka contre laquelle les Blancs utilisent des chars d’assaut britanniques. En octobre, une fois renforcée par des brigades de choc, sa division devient le fer de lance de l’offensive soviétique contre Wrangel en Crimée. Elle atteint Perekop puis le 9 novembre se lance à l’assaut des fortifications blanches qui défendent l’isthme, porte d’entrée de la Crimée. Le 11 novembre le front blanc s’effondre. Le 15, la division de Bulcher s’empare de Sébastopol puis de Yalta le lendemain. Malgré les lourdes pertes dans les rangs de sa division, Blücher reçoit alors un deuxième Ordre du Drapeau rouge puis le commandement en chef de la province d’Odessa.

 

Blücher est ensuite envoyé en Extrême-orient où la guerre civile n’est pas terminée. Là, il occupe le poste clef de ministre de la Guerre de la République d’Extrême-Orient, une entité territoriale créée spécialement afin d’éviter les affrontements directs entre les unités de l’Armée rouge et les troupes japonaises présentes dans la région. Sous la direction de Blücher se forme alors une armée révolutionnaire populaire de la République d’Extrême-Orient qui libère la région des dernières troupes blanches en 1922. Blücher commande ainsi les troupes lors de la bataille de Volochaevska près de Khabarovsk, les 10-12 février 1922, l’une des plus célèbres batailles menées par l’armée de la République d’Extrême-Orient. Cette bataille signe la victoire totale des Soviétiques contre les restes des armées blanches. Mais Blücher quitte l’Extrême-Orient en juillet avant la bataille de Spassk-Dalni en octobre qui met définitivement fin à la guerre civile.

Commandant durant la guerre civile

Commandant durant la guerre civile

Conseiller militaire en Chine

À la fin de la guerre civile, malgré son manque de formation militaire académique, Blücher appartient à l’élite militaire de la Russie soviétique. Il est nommé, en 1922, commandant du 1er corps d’infanterie, puis de la zone fortifiée de Petrograd. En 1924, il est détaché auprès du conseil militaire révolutionnaire de l’URSS pour accomplir des missions délicates.

 

À ce titre il est envoyé de 1924 à 1927 en Chine comme conseiller militaire du gouvernement nationaliste de Sun Yat-Sen, sous le pseudonyme de Galen. Durant cette période, il dirige un groupe de conseillers militaires et politiques qui atteint la centaine de personnes au milieu de 1927 et supervise la réforme de l’armée du Kuomintang. Il organise en 1926-1927, l’expédition du Nord, menée par l’armée révolutionnaire nationale chinoise et qui aboutit à la réunification du pays. Par son talent, Blücher gagne le respect des autorités chinoises et en 1927, quand les nationalistes se retournent contre les communistes, Tchang Kaï-Chek le laisse s’échapper, lui évitant le sort funeste que connaissent certains conseillers soviétiques. Plus tard dans les années 1930, alors qu’il lutte contre le Japon, le chef du Kuomintang n’hésitera pas à déclarer que Blücher vaut à lui seul une armée de 100 000 hommes. Son talent est aussi reconnu par les militaires soviétiques. Le futur maréchal Joukov, qui l’a connu au milieu des années 1920 dira : « J’étais fasciné par la sincérité de cet homme. Combattant intrépide contre les ennemis de la République soviétique, héros légendaire, Blücher était pour beaucoup un idéal. Franchement, j’ai toujours voulu être comme ce grand bolchevik, un ami merveilleux et un commandant de talent. »

Portrait de Blücher

Portrait de Blücher

Commandant de l’armée d’Extrême-Orient

À son retour en URSS, après un commandement en Ukraine, Blücher est nommé en 1929 à la tête du district militaire d’Extrême-Orient, un secteur vital pour la défense soviétique. À peine arrivé à son nouveau poste, il doit lutter contre les seigneurs de la guerre chinois alliés à des Russes blancs pour le contrôle du chemin de fer de l’Est chinois. Victorieux, il signe en décembre 1929 un accord avec le seigneur de la guerre Zhang Zueliang pour résoudre les conflits autours du chemin de fer avant qu’un accord de paix soit signé à Khabarovsk en décembre 1930.

 

En 1930, Blücher est élu membre du comité exécutif central du soviet de l’URSS. Il devient également député au 1er soviet suprême de l’URSS et membre suppléant du comité central du PCUS en 1934 et 1937. Il symbolise la puissance soviétique en Extrême-Orient, étendant son pouvoir au-delà de la sphère militaire pour s’occuper d’économie, participant à la création de kolkhozes ou à l'approvisionnement des villes. Blücher devient alors une légende dans l’Armée rouge. Dans les années 1930 des milliers de parents de conscrits lui écrivent pour lui demander d’incorporer leurs enfants dans l'armée d’Extrême-Orient. Il est le premier récipiendaire de l’Ordre du Drapeau rouge et de l’Ordre de l’Étoile rouge. Il reçoit ainsi deux Ordres de Lénine et cinq Ordres du Drapeau rouge. En 1935 il reçoit le grade le plus prestigieux celui de maréchal de l’Union soviétique.

Les cinq premiers maréchaux de l'URSS en 1935 (Blücher, debout à droite)

Les cinq premiers maréchaux de l'URSS en 1935 (Blücher, debout à droite)

Blücher s’intéresse au développement de la pensée militaire, il cherche à améliorer la formation des commandants. Durant les années 1930, grâce à la direction du renseignement de l’Armée rouge, il se procure des revues militaires étrangères qu’il étudie.

 

Au milieu des années 1930 les tensions avec le Japon s’accroissent suite à l’invasion de la Mandchourie par l’armée nippone. Finalement, en juillet-août 1938, Blücher montre à nouveau ses capacités lors de la bataille du lac Khasan en écrasant les Japonais, préservant ainsi l’intégrité de la frontière soviétique. Il est rappelé à l’automne à Moscou où il arrive le 22 octobre 1938 alors que la Grande Terreur bat son plein.

L'Extrême-Orient soviétique dans les années 1930

L'Extrême-Orient soviétique dans les années 1930

Victime de Staline

Blücher participe activement aux purges qui frappent le commandement de l’Armée rouge en Extrême-Orient. En juin 1937, il est également membre du Tribunal militaire qui condamne à mort le maréchal Toukhatchevsky ouvrant la voie à l’épuration de l’armée. À l’automne 1938, quand il arrive à Moscou sa position est précaire. La victoire au lac Khasan éloigne la menace japonaise et rend donc la présence de Blücher sur ce front moins utile. Surtout, Staline tient alors un prétexte pour l’éliminer. S’il lui reproche d’abord les pertes subies au lac Khasan où il a fallu 10 jours de combats pour l’emporter, son sort a été scellé en juin quand le chef du NKVD en Extrême-Orient, Guenrikh Liouchkov, a fait défection et livrait des documents militaires aux Japonais.

Blücher à Khabarovsk en 1937

Blücher à Khabarovsk en 1937

Blücher est arrêté par le NKVD le 24 octobre 1938, accusé d’espionnage au profit du Japon. Refusant d’avouer, il est torturé pendant 18 jours d’affilée lors d’une instruction où s’implique personnellement Beria. Il meurt sous la torture sans n’avoir rien confessé le 9 novembre 1938. Son corps est incinéré tandis que le NKVD fabrique un faux procès-verbal d’aveux dans lequel Blücher s’accuse d’être le chef d’une organisation anti-soviétique et d’un complot militaire.

 

Sa famille n’est pas épargnée par la répression. Sa fille adoptive est fusillée le 10 mars 1939, sa seconde épouse le 14 mars 1939, sa troisième épouse est condamnée à 8 ans de camps. Le frère de Blücher, Pavel, officier dans l’aviation, est fusillé le 26 février 1939. Le maréchal Blücher est officiellement réhabilité à titre posthume le 12 mars 1956.

Fresque en l'honneur de Blücher

Fresque en l'honneur de Blücher

Bibliographie

-Блюхер В.К. Статьи и речи, [ Blücher V.K, Articles et discours] Воениздат, 1963.

-Великанов Н.Т. Блюхер, [Velikanov N., Blücher] Молодая гвардия, 2010.

-Картунова А.И.В.К, В.К. Блюхер в Китае 1924-1927 гг. Новые документы главного военного советника, [Kartounova A, Blücher en Chine 1924-1927. Nouveaux documents du chef des conseillers militaires] Наталис, 2003.

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 13:07

 

Sur le blog L'autre coté de la colline nous publions un article sur les dernières années de l'armée soviétique: "L'impossible réforme, l'armée soviétique sous l'ère Gorbatchev, 1986-1991"

 

 

 

 

La fin de l'armée soviétique
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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 07:25

Guillaume Bourgeois, La véritable histoire de l’Orchestre rouge, Nouveau Monde, 2015

L’Orchestre rouge, du mythe à la réalité

Le livre de Guillaume Bourgeois pourrait être sous-titré « histoire d’une mystification historique ». L’histoire de l’Orchestre rouge est entrée dans la mythologie de l’histoire de l’espionnage et de la Seconde Guerre mondiale depuis 1967 avec la parution du livre de Gilles Perrault, objet de nombreuses traductions et éditions ultérieures, la dernière datant de 1989. En 1975, le personnage central de cette histoire, Leopold Trepper livre ses souvenirs dans Le Grand Jeu, là aussi un succès d’édition. Depuis, d’innombrables articles et livre mais aussi des films comme celui de Jacques Rouffio en 1989, perpétuent la mémoire de ce qui fut considéré comme le plus grand réseau d’espionnage soviétique dans l’Europe occupée.

 

Profitant de l’ouverture des archives soviétique dans les années 1990 mais également de la déclassification de dossiers du FBI et du MI5, Guillaume Bourgeois a entrepris il y a une vingtaine d’années de reprendre le sujet en partant de ces sources nouvelles. Reconstruisant méthodiquement l’histoire du mythique Orchestre rouge, il découvre en chemin de nouvelles pistes, de nouveaux protagonistes, de nouveaux témoins. Il découvre surtout la réalité derrière un mythe savamment construit. D’abord l’Orchestre rouge à Bruxelles et Paris n’a jamais livré d’informations stratégiques à Moscou, faute de sources mais également faute de moyens de transmissions. Ensuite certains des membres du réseau, à commencer par son chef lui-même, Trepper, ont fait preuve de légèreté confinant parfois à l’amateurisme. Ainsi, Trepper et Gourevitch n’hésitent pas à se mettre en couple et à avoir des enfants, ce qui ne peut que fragiliser leur sécurité alors qu’ils sont responsables d’un réseau d’espionnage en territoire ennemi.

 

L’auteur démontre que ce sont des imprudences qui font tomber le réseau et que Trepper, une fois pris par les Allemands, n’hésite pas à livrer ce qu’il en reste. La collaboration qu’il conduit avec les Allemands lui vaut un traitement de faveur qu’il utilisera pour s’évader, conscient alors que l’Allemagne va perdre la guerre et qu’il doit se racheter. Il n’en est pas moins responsables de la mort de nombre de ses agents et d’avoir conduit les Allemands bien prés de la direction du PCF. Les Soviétiques en seront parfaitement conscient et le condamneront en 1945 à 10 ans de prison pour haute trahison.

 

Rencontrant Gilles Perrault dans les années 1960, Trepper lui livrera une histoire totalement fausse de son action pendant la guerre mais suffisamment crédible pour apparaître vrai. Fort du succès du livre de Perrault, il écrira son autobiographie, dont certains passages sont de la pure fiction, pour asseoir son image de grands espions capable de berner les Allemands au point que ces derniers livreront des renseignements cruciaux à l’URSS. Jusqu’au travail de Guillaume Bourgeois cette légende fut considérée comme authentique.

 

Le livre de Guillaume Bourgeois est de bout en bout passionnant, tant par les informations qu’il livre, que par l’ampleur de la documentation consultée. Si parfois l’auteur, par manque de sources, reconstruit des faits en s’appuyant sur la logique, l’ensemble est néanmoins solide et marque un réel progrès dans la connaissance des réseaux soviétiques en Europe occidentale où se croisent les Partis locaux, les services de renseignement et le Komintern.

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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 07:16

2e Guerre mondiale, n°59, avril-mai 2015.

De la Pologne au Caucase

Le dernier numéro du magazine 2nde Guerre mondiale, paru début avril, livre un dossier et trois articles sur le front de l’Est.

 

Le dossier, sous la plume de Vincent Bernard, décrit et compare l’état des forces de la Wehrmacht et de l’Armée rouge au printemps 1941, à la veille de l’opération Barbarossa. Si le traitement du dossier est classique avec force tableaux et organigrammes, l’auteur montre que l’armée soviétique est alors en pleine transformation et dispose d’un potentiel qui s’il n’apparaît pas lors des désastres de l’année 1941 jouera un rôle essentiel dans la suite du conflit.

 

Jean-Baptiste Murez retrace le parcours de la 16e division d’infanterie allemande, l’unité qui fut engagée le plus profondément dans le Caucase.

 

Stéphane Mantoux décrit et analyse un sujet peu connu, l’invasion et l’occupation de la Pologne orientale par l’URSS en septembre 1939. Il montre que cette invasion ne fut pas une simple promenade de santé pour les Soviétiques qui rencontrèrent une certaine résistance et que l’épisode est un premier avertissement sur les faiblesses de l’appareil militaire soviétique seulement deux ans après les grandes purges. Soulignons que l’auteur ne s’arrête pas aux seuls aspects militaires de l’occupation soviétique en Pologne et montre l’imposition par la force du système stalinien à une société polonaise traumatisée.

 

Parmi les rubriques habituelles dans le magazine, soulignons la fiche personnage qui est ici consacrée à Nikolaï Kouznetsov, commissaire du peuple à la marine pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Voici donc un numéro de 2e Guerre mondiale intéressant et stimulant en attendant la parution du prochain opus dans une nouvelle formule qui promet tout à la fois de nouvelles rubriques et des dossiers plus importants.

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 07:38

Boris Laurent, Les opérations germano-soviétiques dans le Caucase (1942-1943), Economica, 2014.

Allez-retour de la Crimée à l’Elbrouz

Boris Laurent, auteur d’un gros ouvrage sur l’histoire du front de l’Est, propose un récit complet des opérations germano-soviétiques dans le Caucase en 1942-1943. L’auteur nous montre la genèse de cette tentative d’invasion du Caucase par les Allemands et insiste sur l’erreur que représente la direction n° 45 d’Hitler qui écartèle l’effort allemand entre une offensive dans le Caucase et une offensive en direction de la Volga. Mais il montre également que l’objectif d’Hitler de priver l’URSS de son pétrole, de la couper de l’approvisionnement américain en provenance du corridor persan, et de pousser la Turquie à rejoindre l’Axe n’est pas totalement chimérique.

 

Après avoir présenté les forces en présence, l’auteur raconte dans le détail, les différentes phases des combats dans le Caucase depuis les succès allemands jusqu’à la reconquête soviétique. Si l’ensemble est de facture classique, signalons le chapitre concernant l’utilisation par les Allemands de volontaires caucasiens, dans le cadre de l’opération Chamil, pour s’emparer des puits de pétrole de Grozny ou les pages sur la bataille aérienne du Kouban où pour la première fois, l’aviation rouge l’emporte sur la Luftwaffe.

 

Si l’ouvrage, agréable à lire, est une mine de renseignements pour le néophyte, nous regrettons le manque de cartes. Il est en effet impossible au lecteur de suivre le déroulement des opérations décrites, à moins de se munir au préalable d’un atlas. Sans cartes lisibles, la lecture devient assez pénible et quelque peu frustrante. Ce problème n’est évidemment pas propre au livre de Boris Laurent et touche, hélas, de nombreux autres ouvrages. Concernant l’opération Chamil, l’auteur, à notre étonnement, ne cite pas la biographie de Béria par Françoise Thom qui livre une analyse minutieuse, basée sur les archives russes et caucasiennes, de l’attitude complexe des Caucasiens durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Au-delà de ces quelques remarques, le livre de Boris Laurent s’inscrit avec bonheur dans l’émergence d’une littérature francophone sur l’histoire du front de l’Est. Loin des batailles de Moscou, Stalingrad, Koursk ou Berlin, il procure une sensation de dépaysement aux lecteurs qui souhaitent découvrir le sujet.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 07:38

Brian Moynahan, Le concert héroïque. L'histoire du siège de Leningrad, Lattés, 2014.

Le siège de Leningrad

Seulement quelques semaines après le début de l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie, les panzers allemands se retrouvent aux portes de Leningrad, l'actuelle Saint-Pétersbourg. Commence alors un siège entré dans l'Histoire qui dure un peu plus de 900 jours.

 

A la mi-septembre 1941, les liaisons terrestres entre la ville et le reste du monde sont coupées. Seule demeure ouverte une liaison par bateau à travers le lac Ladoga. Le martyre de la ville débute avec les bombardements allemands qui ne vont plus cesser avant que la famine ne fasse son apparition, puis le froid avec l'arrivée de l'hiver. Le rationnement est en effet insuffisant pour étancher la faim des habitants qui sont réduits à manger les chevaux, les chiens, les chats, les rats, des écorces ou même de la sciure. Le cannibalisme se répand et la mort rode sur l'ensemble de la ville. Près de 800 000 personnes périssent pendant le siège et les survivants sont si faible qu'en hiver les cadavres sont laissés dans les rues où ils gèlent.

 

Brian Moynahan décrit avec précision le calvaire des habitants de Leningrad en s'appuyant sur des témoignages, des journaux intimes. Il n'oublie pas non plus de raconter les infructueuses tentatives de l'Armée rouge pour lever le siège mais également la vie des simples soldats aussi bien du coté soviétique que du coté allemand. Il montre surtout que, malgré les souffrances, les habitants cherchent encore et toujours à se raccrocher à une certaine normalité qui s'exprime le mieux dans la culture. Malgré le siège, des spectacles et des concerts ont lieu dans Leningrad. Et le plus mémorable de ces concerts a lieu en août 1942 quand est joué la 7e Symphonie de Chostakovitch.

 

Cette symphonie et son compositeur sont le fil rouge du livre de Brian Moynahan. Originaire de Leningrad, le récit de la vie de Chostakovitch permet à l'auteur de retracer l'histoire de la ville avant la guerre, depuis l’assassinat de Kirov en 1934 jusqu'en juin 1941 en passant par les grandes purges de 1937-1938 où disparaissent des proches du compositeur comme Ossip Mandelstam ou le maréchal Toukhatchevski. La répression ne cesse pas avec la guerre et le NKVD continue toujours sa besogne dans Leningrad assiégée. Chostakovitch est évacué de la ville en octobre 1941 et se réfugie à Kouibychev. C'est là qu'il rédige sa symphonie en hommage à sa ville natale et à ses habitants qui désespérément essayent de survivre. L'auteur décrit avec un luxe de détail l'accouchement de ce chef-d’œuvre musical, mais aussi le tour de force que représente son interprétation dans une ville assiégée où les musiciens affamés n'ont plus la force de jouer. Des hauts parleurs permettent sa retransmission sur la ligne de front pour les soldats aussi bien soviétiques qu'allemands.

 

Le récit du siège de Leningrad que fait l'auteur est souvent dantesque. Les anecdotes qui émaillent le texte illustrent le quotidien des habitants fait d'un mélange de sublime, de tragédie et parfois de comique. A travers ce livre, dont le héros principal est la ville de Leningrad et ses habitants, l'auteur montre que l'art peut parfois triompher de l'inhumanité.

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 07:34

Boris Laurent, La guerre totale à l'Est, 1941-1945, Nouveau Monde, 2014.

Découvrir la guerre germano-soviétique

La guerre germano-soviétique, longtemps grande oubliée de l'historiographie française, est l'objet d'une inflation éditoriale depuis quelques années. Après les ouvrages de Jean Lopez, ceux de Philippe Richardot et de Nicolas Bernard, c'est Boris Laurent qui offre une synthèse sur le front de l'Est.

 

Nous n'allons pas résumer ici la trame de l'ouvrage qui expose, de manière chronologique, les différentes opérations militaires où s'affrontèrent la Wehrmacht et l'Armée rouge de 1941 à 1945. L'auteur prend d'ailleurs soin de ne pas oublier des opérations « périphériques » du conflit comme la conquête des Balkans par les Soviétiques, les combats de Petsamo à la frontière norvégienne ou la campagne de Mandchourie à l'été 1945. Mais l'essentiel se concentre sur les quatre temps forts de la guerre à l'Est : Barbarossa, Stalingrad, Koursk, Bagration et la conquête de l'Allemagne.

 

L'ouvrage est une synthèse réussie des différents travaux sur le conflit germano-soviétique publiés ces dernières années, notamment ceux de Jean Lopez coté français, mais surtout ceux de David Glantz et de Earl Ziemke du coté des anglo-saxons. S'appuyant sur ces sources secondaires, Boris Laurent offre un panorama équilibré du conflit dans un style clair, de manière didactique et sans se perdre dans les détails.

 

Si le cœur du livre a trait aux combats et aux opérations militaires, Boris Laurent ne néglige pas les aspects politiques, diplomatiques et économiques de la guerre même s'ils apparaissent trop en retrait à notre goût. Quelques pages sur le mouvement des partisans, la collaboration des populations avec les Allemands ou la mobilisation culturelle en URSS auraient permis de dépasser une vision parfois trop militaro-centrée du propos. Regrettons également le nombre très réduit de cartes, seulement trois, les quelques lacunes de la bibliographie et les nombreuses coquilles.

 

Le livre de Boris Laurent est une synthèse solide pour une première approche du conflit germano-soviétique, un livre grand public didactique, une introduction qui invite à aller voir plus loin pour découvrir les différentes facettes de ce combat de titans.

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 07:26
1919, Makhno contre Denikine

Sur le blog "L'autre coté de la colline" nous publions ce mois-ci un article sur les combats entre les forces blanches du général Denikine et l'armée insurrectionnelle de l'anarchiste Nestor Makhno en Ukraine en 1919.

Cet article, qui nous donne l'occasion de retracer la geste militaire de Makhno dans le guerre civile russe, est consultable ici.

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  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
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Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")