Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 09:45

David Stahel, Kiev 1941: Hitler's Battle for Supremacy in the East, Cambridge University Press, 2012.

 

kiev1941large.jpg

 

Le livre de David Stahel est le seul à notre connaissance à donner une étude complète de la bataille de Kiev de septembre 1941. Ce manque devait être comblé puisque Kiev est l'une des plus belles victoires allemandes tandis que pour beaucoup la décision d'Hitler de détourner l'avance sur Moscou pour détruire les forces soviétiques autours de cette ville fut une erreur stratégique lourde de conséquences.


Le livre débute avec une analyse de la situation stratégique dans les deux camps. Il relate ensuite l'ensemble des combats qui se déroulent autour de Kiev d’août à octobre 1941. La bataille est une gigantesque manœuvre d'encerclement qui coûte la vie à près de 650 000 soldats soviétiques. Pour décrire les combats l'auteur s'appuie en particulier sur les rapports des formations tactiques, les journaux des unités engagées ainsi que sur les lettres des soldats.


L’intérêt de la démonstration de Stahel est surtout de replacer cette bataille dans le cadre plus large de l'offensive allemande contre l'URSS. Il montre ainsi comment la Wehrmacht est obligée de jongler avec des forces déclinantes pour atteindre les objectifs fixés et comment la résistance soviétique, qui prend parfois la forme de contre-offensives, affaiblie progressivement le potentiel militaire allemand. Pour Stahel l'étude de la bataille de Kiev sert à démontrer et illustrer la justesse de la thèse qu'il a défendu dans son précédent ouvrage Operation Barbarossa and Germany's Defeat in the East déjà recensé par nos soins c'est à dire que l'épuisement de la Wehrmacht est tel au début septembre 1941 qu'il lui est désormais impossible de remporter la victoire finale. Ainsi le sort de la Seconde Guerre mondiale s'est joué à l'été 1941 dans les plaines de la Russie tandis que le monde entier compte les jours qu'il reste à vivre à l'Union soviétique.


Pour traiter son sujet David Stahel privilégie essentiellement le coté allemand. Cela provient du fait qu'il utilise majoritairement des archives allemandes et que le cœur de sa démonstration réside dans l'idée d'un épuisement précoce du potentiel militaire de la Wehrmacht. Pourtant le camp soviétique n'est pas délaissé ce qui fait également l'attrait de cet ouvrage. Il faut également noter que les notes, index et la bibliographie occupent prés du quart du livre.


Bien écrit, clair, s'appuyant sur une dizaine de cartes, le livre est au service d'une thèse argumentée qu'il illustre: les erreurs d'Hitler, les insuffisances de l'industrie allemande qui ne peut approvisionner le front, les querelles entre généraux scellent rapidement le sort de la Werhmacht. Les arguments sont forts et la démonstration de l'énormité des pertes allemandes est convaincante malgré les redites avec son précédent livre. L'œuvre de Stahel n'est évidemment pas faite pour être consensuelle et produit à la fois ses partisans et ses adversaires. Néanmoins elle est incontournable pour ceux qui souhaitent comprendre la guerre à l'Est.

 

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 09:31

Ben Shepherd, War in the Wild East: The German Army and Soviet Partisans, Cambridge MA., Harvard University Press, 2004.

 

9780674012967_p0_v1_s260x420.jpg

Le livre de Ben Shepherd s'inscrit dans une lignée déjà solide, celle des monographies sur les forces d'occupation allemandes en Russie durant la Seconde Guerre mondiale en s'appuyant sur l'étude d'une unité militaire particulière. Christopher Browning a ainsi étudié le 101° bataillon de police et, en France, Christan Ingrao s'est penché sur la brigade Dirlewanger. Ici c'est la 221° division de sécurité anti-partisane qui est auscultée.


A travers cette unité du groupe d'armée Centre, qui est perçue comme une micro-société, l'auteur analyse la formation, l'évolution et l'application de la doctrine contre-partisane de l'armée allemande, mais également les motivations des soldats qui ont appliqué les ordres brutaux reçus. A la croisée des travaux de Christopher Browning et d'Omer Bartov, pour Shepherd l'étude des actions de cette unité est un moyen d'analyser et de comprendre les ressorts de l'escalade de violence et de brutalités des forces allemandes envers les populations civiles.


Il montre comment dans la tradition militaire allemande, la guerre de partisans, que ce soit en France en 1871, en Afrique au moment de la conquête coloniale ou en Belgique en 1914, est considérée comme criminelle et doit donc être traitée d'une manière exclusivement brutale. Le Kommissarbefehl de 1941 et l'influence de l'idéologie nazie renforcent cette tendance et donc la propension des militaires allemands a utilisé la force contre les combattants irréguliers, favorisant les atrocités contre les civils.


L'auteur décrit ensuite l'activité anti-partisane de la 221° division à travers trois périodes. La première correspond à l'été 1941 où, dans la perspective d'un conflit de courte durée, l'armée ne cherche qu'à sécuriser ses voies de communication et d'approvisionnement. Mais les moyens consacrés à cette mission sont faibles. Quand la 221° division se voit donc confier la tache de sécuriser un territoire immense autour de Gomel ses effectifs sont insuffisants. Pour pallier cette faiblesse, elle déclenche alors des vagues de violences dans un seul but de prévention. La seconde période que met en évidence l'auteur débute à l'hiver 1941-1942 quand il devient évident que la guerre sera longue. Les cadres de la division mettent alors en place une politique de répression plus sophistiquée, notamment à travers une sorte d'action psychologique, pour reprendre un terme qui fera florès en Indochine ou en Algérie. Les réquisitions de bétails sont limitées tandis que ceux qui désertent les rangs des partisans sont dorénavant considérés comme des prisonniers de guerre et non plus comme des bandits. La dernière période étudiée débute après les défaites de Stalingrad et Koursk et se distingue caractérise par la mise en place d'une politique de terre brûlée systématique. Les forces allemandes balayent alors les zones contrôlées par les partisans, confisquent les ressources disponibles, déportent la main-d'œuvre et détruisent les bâtiments et les infrastructures.


Pour Ben Shepherd, si l'antisémitisme, le mépris des populations slaves, l'anti-bolchevisme déterminent l'attitude allemande, il montre que des facteurs plus matériels influent également sur les comportements. La faiblesse des moyens pour tenir de vastes étendus oblige progressivement les Allemands à élaborer une politique plus constructive que la simple répression brutale. Il montre également le rôle fondamental joué par l'encadrement: si les officiers issus de l'Allemagne orientale sont souvent les plus brutaux, ceux issus des provinces occidentales ou les anciens officiers de l'armée impériale font preuve de plus de retenue dans la répression. Il met également en évidence l'existence d'autres acteurs que l'armée dans la politique d'occupation et les brutalités commises en URSS que ce soit la SS mais aussi les services de la main-d'œuvre de Sauckel dont l'action doit être prise en compte.


Le livre de Shepherd est bien écrit et prend en compte l'historiographie la plus récente. L'auteur a également consulté un nombre important de documents issus des archives allemandes. C'est ici aussi l'un des reproches que l'on peut faire au livre, l'absence d'un point de vue soviétique que ce soit par le biais de témoignages ou de documents d'archives. Le paradoxe de l'ouvrage est en effet que les partisans en sont, à nos yeux, les grands absents.

 

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 09:49

Stuart D. Goldman, Nomonhan, 1939: The Red Army's Victory That Shaped World War II, Naval Institute Press, 2012.

 

511DM1RfSHL._SL500_AA300_.jpg

Il est maintenant largement admis que la Seconde Guerre mondiale débute en réalité en 1931 avec l'agression japonaise contre la Chine. L'attaque nippone se développe vers le sud mais également au nord en Mandchourie où rapidement elle se heurte aux Soviétiques. C'est à cet confrontation périphérique entre Japon et URSS que Stuart Goldman consacre une étude fouillée.


L'auteur expose d'abord la situation dans le nord de la Chine et les ambitions territoriales japonaises qui s'y déploient. Mais rapidement les infiltrations nippones sur le territoire soviétique déclenchent les premiers affrontements. Le premier a lieu en août 1938 autour du lac Khassan où l'armée rouge, malgré des pertes lourdes, met en déroute les Japonais. La confrontation décisive a lieu un an plus tard quand les troupes du général Joukov défont l'armée du Kwantung dan un lieu nommé Nomonhan plus connue en français sous le nom de Khalkhin-Gol.


Le point de départ de l'escalade guerrière dans la région est presque futile: un conflit entre cavaliers mongols, alliés des Soviétiques et des cavaliers du Manchoukouo sur la rivière Halha, conflit qui dégénère rapidement en opération militaire d'envergure. La description de la bataille est particulièrement réussie. L'auteur montre comment l'armée japonaise du Kwantung et l'armée rouge manœuvrent dans les plaines sèches et torrides de la Mongolie. Il démontre surtout que le manque d'appui-feu, une logistique défaillante et un code militaire japonais inadapté à la guerre moderne condamnent les Japonais face à une guerre éclair où les blindés lancent une vaste manœuvre d'encerclement qui a pour résultat l'anéantissement.


Si l'affrontement est mineur, Goldman montre bien qu'il s'agit malgré tout de la première opération combinée tactique utilisant conjointement l'aviation, des formations blindée, de l’infanterie et de l'artillerie motorisée. La bataille de Nomonhan est ainsi le moment où pour la première fois une masse importante de chars et de véhicules blindés soviétique affrontent une force blindée japonaise moins importantes, se livrant à un test grandeur nature de l'usage de l'arme blindé et préfigurant les grandes opérations soviétiques de la Seconde Guerre mondiale.


La bataille de Nomonhan a été éclipsée par les événements qui au même moment touchent l'Europe sur laquelle les regards du monde sont alors braqués. La bataille est pourtant le point culminant d'une rivalité qui dure depuis plus de cinquante ans entre la Russie et le Japon concernant le contrôle de l'Extrême-Orient. Depuis la guerre de 1904-1905 et l'occupation de la Corée par le Japon, puis l'intervention en Sibérie de ce dernier au moment de la guerre civile russe, la rivalité n'a fait que s’accroître entre les deux puissances. Elle devient explosive avec l'occupation de la Mandchourie en 1931 qui créait prés de 5000 km de frontières communes entre l'URSS et le Japon. La victoire de Joukov à Nomonhan apparaît alors comme un coup d’arrêt aux succès japonais dans la région avant que la reprise des hostilités en 1945 n'impose l'hégémonie soviétique dans une sorte de revanche de la défaite russe de 1905.


Stuart Goldman analyse de manière précise les conséquences politiques et militaires de ce conflit mineur. Il a ainsi, selon lui, poussé Staline à conclure le pacte germano-soviétique tandis que les Japonais ont de leurs cotés privilégiés à partir de ce moment une stratégie navale en direction du Pacifique Sud. La bataille a aussi révélé un talent militaire, celui du futur conquérant de Berlin, le général Joukov. Surtout, conscient du potentiel soviétique, le Japon a décidé de ne plus s'en prendre à l'URSS, même après l'invasion allemande de juin 1941, permettant aux Russes d'éviter une guerre sur deux fronts.


A la croisée de l'histoire diplomatique et militaire, le livre de Stuart Goldman est indispensable pour mieux comprendre le déroulement de la Seconde Guerre mondiale tant en Europe que dans le Pacifique mais aussi pour mieux appréhender l'art de la guerre soviétique.

 

Pour mieux connaitre la bataille de Khalkin-Gol nous ne pouvons que conseiller la lecture d'un article en deux partie de Stéphane Mantoux onsacré à cet affrontement et accesible ici pour la première partie et ici pour la seconde.

 

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 09:15

Robert Stephan, Stalin's Secret War: Soviet Counterintelligence Against the Nazis, 1941-1945, University Press of Kansas, 2011.

9780700612796_p0_v1_s260x420.jpg

C'est une dimension ignorée de la guerre sur le front de l'Est qu’étudie Robert Stephan: les opérations des services de contre-espionnage soviétiques durant la Seconde Guerre mondial et leurs impacts sur le déroulement du conflit. Le détail de ces actions sont ici précisément décrits en s'appuyant sur des sources solides en provenance des archives américaines, allemandes et russes. Si nous savons depuis longtemps que les Soviétiques ont été des maitres dans l’infiltration de l'appareil militaire et politique allemands, pensons au célèbre Orchestre rouge, Stephan privilégie d'étudier ici un combat moins héroïque: la lutte des Soviétiques contre les tentatives d'infiltration allemandes.


L'auteur décrit avec précision l'organisation et les méthodes du contre-espionnage soviétique. Le lecteur apprendra ainsi que le mythe des prisonniers de guerre soviétiques exécutés ou déportés après s'être échappés des griffes allemandes ou ayant rejoint leurs lignes après un encerclement est un mensonge. Après avoir été débriefé par les agents du NKVD, 90% sont renvoyés sur le front, le reste est destiné aux bataillons disciplinaires ou au Goulag.


L'organisation des services de renseignements allemands sur le front de l'Est n'est pas oubliée et un chapitre lui est entièrement consacré. L'auteur relate également les tentatives allemandes pour infiltrer l'armée rouge ou le NKVD par le biais entre autres de prisonniers ce qui pousse les agents de sécurité soviétiques à accroître leurs résultats sous peine d’être soupçonné.


Généralement les agents allemands capturés sont généralement retournés par les Soviétiques et servent à des opérations offensives. Par ce biais les Soviétiques ont intoxiqué le commandement allemand sur la portée, l'ampleur et la direction des offensives de l'armée rouge, notamment au moment de l'opération Bagration à l'été 1944. Mais pour établir la fiabilité des renseignements transmis à l'ennemi les services soviétiques, avec l'accord de Staline, ont parfois donné de vrais renseignements mettant en péril des opérations comme le plan Mars déclenché par le général Joukov en novembre 1942 en direction de Rjiev et qui finit en fiasco. Sabotage et assassinat font aussi partie des modes d'action employés.


Pour l'auteur, les succès du contre-espionnage soviétique jouent un rôle non négligeable dans la défaite finale allemande. Si cette affirmation est extrêmement hardie il n'en reste pas moins que les Soviétiques ont largement démontré leur maîtrise de l'espionnage et des opérations secrètes. Ils ont incontestablement dans ce domaine surpassé de loin leurs adversaires allemands. Pourtant le lecteur ne doit pas oublier que la sous-estimation de la puissance allemande par les Soviétiques est une des causes des désastres de l'été 1941.

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 09:22

Geoffrey Robert, Stalin's General: The Life of Georgy Zhukov, Random House, 2012.

 

41YirDGKC6L. SL500 AA300

Joukov, le plus décoré et le plus influent des généraux soviétiques de la Seconde Guerre mondiale est aussi celui que le public occidental connaît le mieux. Pourtant la biographie que lui consacre Geoffrey Roberts est la première à prendre en compte la documentation archivistique ouverte à la suite de la chute de l'URSS.


Après avoir décrit l'ascension du fils de paysan, qui s'engage dans l'armée tsariste pour devenir officier de l'armée rouge, l'auteur montre l'importance décisive de la bataille de Khalkhin-Gol en 1939 où Joukov écrase l'armée japonaise. A la suite de cette défaite, le Japon abandonne ses velléités d'expansion vers le nord pour porter ses regards vers le Pacifique sud. Par cette victoire, Joukov sauve l'URSS qui n'aurait pas supporter de lutter sur deux fronts en 1941. Il montre également, en organisant une attaque coordonnée d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, sa maîtrise du champ de bataille.


Robert expose avec minutie le rôle de Joukov durant la Seconde Guerre mondiale et met clairement en évidence le rôle primordial des Soviétiques et de leurs chefs dans la défaite de l'Allemagne nazie. Il ne cache pas non plus les côtés sombres du personnage qui envoient à la mort des milliers de soldats sans armes ni formations et fait exécuter prés de 100 000 hommes pour diverses fautes.


Le lecteur suit ensuite Joukov dans l'URSS de l'après 1945, de la mort de Staline au règne de Brejnev en passant par l’ère de Khrouchtchev, alternant les périodes de disgrâce et celle des faveurs. Le soldat échappe aux purges des années 1930, parvient à plaire à Staline mais sa gloire le fragilise. Si durant la guerre, ce dernier se rend compte qu'il a besoin des talents du militaire, dès la paix revenue il le congédie. Mais la disgrâce ne va pas plus loin tant Joukov est populaire parmi l'armée et dans la population. Le maréchal devient ainsi un acteur et un pion dans la lutte pour le pouvoir, surtout après la mort de Staline. Son envergure est telle qu'il aurait même pu s'en emparer pour établir une dictature militaire.


Mais si Joukov, par sa stature devient un acteur politique après 1945, c'est avant tout l'un des meilleurs généraux du XX° siècle dont l'influence sur l'armée soviétique se fait sentir bien après son départ de la vie militaire et sa mort en 1974.


Geoffrey Roberts livre ici une remarquable biographie de l'un des plus grands généraux de l'Union soviétique, celui qui a joué un rôle clef dans la fin de l'Allemagne nazie. Le personnage est surtout fascinant car il ressemble à une sorte de Cincinnatus soviétique, un général qui aurait pu s'emparer du pouvoir mais préfère rester dans l'ombre. A travers ce destin c'est l'histoire de l'URSS qui défile et du rôle joué par les militaires. A lire.

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 09:12

Geoffrey Roberts, Stalin's Wars: From World War to Cold War, 1939-1953, Yale University Press, 2007.

 

9780300136227FS.gif

Disons le d'emblée, voici un grand livre où l'histoire militaire croise l'histoire politique. L'image d'un Staline sanguinaire et incompétent sur le plan militaire est depuis longtemps devenu un lieu commun de l'historiographie. Pourtant Geoffrey Roberts propose de revenir sur cette image, de la soumettre au questionnement historique sans tomber dans le révisionnisme puisqu'à aucun moment il n'est question de nier que Staline fut directement responsable de la mort de millions d'hommes.


L'ouvrage débute avant 1939 puisque l'auteur montre les efforts de l'URSS pour créer des alliances avec la France et la Grande-Bretagne et ainsi se placer dans la meilleure position pour affronter un conflit qui apparaît à tous comme imminent. Le pacte germano-soviétique s'explique alors par cette volonté forcenée de Staline d'éviter que la guerre ne touche son pays. Geoffrey Roberts ne manque pas de montrer que c'est à la suite du refus occidental de la proposition d'alliance faite par Staline et de la mise à l'écart de ce dernier lors de la conférence de Munich que le dirigeant soviétique envisage finalement une alliance allemande. Par la suite Staline fait de son mieux pour éviter la guerre malgré les avertissements. Roberts signale qu'il autorise pourtant les mouvements de troupes et l'appel aux réservistes, mesures qui seront de peu d'utilité au moment de l'invasion de juin 1941.


Geoffrey Roberts décrit également avec détails les origines de l'art de la guerre soviétique qui passe d'une conception offensive au moment de la guerre civile russe à une conception défensive dans les années 1930. Il relate également les différentes phases du conflit sur le front de l'Est avec précision et clarté. Le lecteur a ainsi une étude fouillée de l'URSS dans la Seconde Guerre mondiale, aussi profonde et informée que les études de Glantz. Regrettons qu'une synthèse d'une telle qualité sur l'histoire du conflit à l'Est n'existe pas en français.


L'auteur montre qu'entre le début de l'attaque allemande et la bataille de Stalingrad, Staline, par ses erreurs, est responsable de la perte de centaines de milliers d'hommes. Mais à partir du moment où l'armée rouge met en œuvre des opérations de grandes envergures comme Uranus ou Bagration, Staline est relégué à n'exercer qu'un rôle de contrôle sur ses généraux et maréchaux. Si l'histoire militaire domine le livre, l'aspect politique n'est pas oublié, et Roberts se penche avec minutie sur les relations entre Staline et les Alliés, notamment concernant le partage des zones d'influence en Europe. Il démontre que pour Staline il est indispensable que l'URSS se dote d'un glacis protecteur pour éviter qu'un nouveau juin 41 n'advienne.


Sur de nombreux points où le débat historiographique est tendu, Geoffrey Roberts apportent de précieuses précisions. Ainsi pour lui, l'armée soviétique n'a pu entrer dans Varsovie à l'été 1944 pour des raisons seulement militaires. Sur les origines de la guerre froide, il n'esquive pas les responsabilités de Staline dans la dégradation des relations internationales ou la rupture avec la Yougoslavie de Tito.


Le travail de Geoffrey Roberts s'appuie sur de nombreuses archives, notamment soviétiques tel que les agendas de Staline mais aussi sur sa correspondance ainsi que sur des travaux russes récents. D'une grande clarté, sérieux, impartial et bien documenté le livre de Geoffrey Roberts est une référence incontournable sur l'histoire de l'Union soviétique.

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 09:24

Wendy Slater, The Many Deaths of Tsar Nicholas II: Relics, Remains and the Romanov, Routledge, 2007.

 

9780415427975.jpg

Le livre de Wendy Slater n'est pas une nouvelle version de l'histoire de l’exécution des Romanov mais plutôt l'étude d'un fantôme : celui de la dernière famille impériale qui continuent de hanter les affaires politiques et religieuses de la Russie post-soviétique. Il s'ouvre par le récit, à partir des témoignages des gardes de la maison Ipatiev, aussi bien ceux qui témoignèrent face aux enquêteurs de l'armée blanche qui prit Iekaterinbourg que de ceux qui survirent à la Révolution. A partir de ces différents témoignages Slater écrit un récit unique de la mort des Romanov et du sort qui fut réservé à leurs dépouilles. Puis l'auteur se déplace dans l'URSS de la fin des années 1970 elle montre comment une poignée d'individus s’appuyant sur de rares indices et un peu de chance parvinrent à retrouver les restes des Romanov. La découverte resta secrète car le sort des Romanov restait encore un tabou sous Brejnev. Avec la chute du régime communiste le secret fut révelé et les autorités russes procédèrent à l'exhumation des restes. L'auteur relate alors les conditions peu scientifiques de l'opération et les pérégrinations et polémiques entourant l'identification des corps.


Le livre prend alors une tournure nouvelle puisqu'au lieu de chercher à expliquer ce qui s'est réellement passé dans la nuit du 17 au 18 juillet 1918 à partir des témoignages et découvertes scientifiques, Wendy Slater étudie les différentes versions données de la mort des Romanov. Une des histoires les plus terrifiantes est celle qui raconte que la tête du tsar, voire de la tsarine, fut envoyé à Moscou pour prouver aux dirigeants bolcheviques la réalité de la mort de Nicolas II puis détruit. Pour expliquer la sauvagerie du massacre de la famille impériale, certains récits n'hésitent pas à évoquer un meurtre rituel, explication qui permet de donner un contenu antisémite puissant à l’événement et qui reste encore populaire dans les milieux nationalistes russes.


Lors de l'exhumation des corps de la famille du tsar en 1991 l'on découvrit qu'il manquait deux corps, celui de l'une des filles de Nicolas et surtout celui de l'héritier le tsarevitch Alexeï, ce qui permit de relancer les spéculations sur sa survie. Wendy Slater montre que les faux héritiers se succèdent au début de la période soviétique, certains finir exécuter ou déporter au goulag. La chute de l'URSS permet un retour, sans risque cette fois, des prétendants, ou plutôt de leurs descendants. Pour Slater la floraison de faux fils ou filles du tsar et la fascination du public pour ces histoires répondent à un besoin de la psyché humaine face aux catastrophes notamment quand elles impliquent des jeunes gens.


Le processus de sanctification de Nicolas et de sa famille est également étudié de façon très fine. Après avoir relaté les miracles liés aux icônes de Nicolas Slater montrent que si la piété et les conditions de la mort de la famille impériale justifient la vénération dont elle est l'objet de la part de l'Eglise orthodoxe, la vie de Nicolas ne fut pas un exemple de sainteté.


Si parfois l'ensemble de l'ouvrage peut sembler décousu, l'auteur a réussi le pari d'une histoire totale de la famille du dernier tsar après 1918 et de son impact culturel par le biais du mythe des survivants, les icônes, photographies et la vénération de la famille comme martyre. L'image romantique et sentimentale de la famille Romanov est largement égratignée. L'auteur n’oublie pas d'indiquer que le destin des Romanov s’insère également dans les luttes politiques qui secouent la Russie post-soviétique.


L'ouvrage est accompagné d'un appareil de note, d'un index et d'une bibliographie conséquente qui permettent d'asseoir une étude originale et stimulante. Depuis la parution du livre de Wendy Slater les corps de Marie et Alexeï ont été retrouvé en 2007 et leurs identités confirmés par des tests ADN en 2008.

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 11:01

David Stahel, Operation Barbarossa and Germany's Defeat in the East, Cambridge University Press, Cambridge, 2011.

 

operation-barbarossa-germanys-defeat-in-east-david-stahel-h.jpg

La thèse que développe l'auteur se veut provocante puisqu'il affirme que l'Allemagne a perdu la guerre en août 1941 lors de la bataille de Smolensk. S'appuyant sur de nombreux documents issus des archives militaires allemandes de Freiburg, il délaisse la description des grandes phases de l'opération Barbarossa pour se concentrer sur le groupe d'armée Centre dirigé par von Bock et plus particulièrement sur trois batailles, celles de la poche de Minsk, celle sur la Dvina et celle de la poche de Smolensk.


En disséquant l'action et la composition des corps de panzers l'auteur montre qu'à la mi-aout  1941 ces unités n'ont plus la puissance nécessaire pour affronter les Soviétiques dans une longue guerre d'attrition. Les pertes en blindés subis par les Allemands et l'insuffisance de la production des usines du Reich condamnent à terme la Wehrmacht. A ces faiblesses s'ajoute le manque de divisions motorisés capable de transporter l'infanterie sans laquelle les panzers peuvent difficilement tenir contre les Soviétiques comme le montre la bataille de Minsk. L'action d'un Guderian qui pousse à aller troujours plus loin en avant sans se préoccuper d'éliminer les poches de résistance a également un effet désastreux en fragilisant les voies de ravitaillements. La sous-estimation du soldat russe et le traitement brutal des populations civiles, qui favorise l'émergence du phénomène partisan, jouent aussi contre la machine de guerre allemande.


Si l'ensemble du propos se place du seul coté allemand, Stahel n'oublie pas de mettre en valeur les atouts soviétiques. Il montre ainsi que les armements reçus par les troupes soviétiques à l'été 1941 et la résistance de ces unités ont coûté énormément en temps et en hommes à l'armée allemande. Il décrit ainsi comment l'Armée rouge s'est beaucoup mieux battu qu'on ne l'a répété par la suite. La supériorité technique des KV1 et des T34 jouent également en faveur des Russes.


Le passage en revue des déficiences allemandes est impitoyables et pour l'auteur l'inaptitude des responsables allemands à reconnaître leurs erreurs et à les corriger signent leurs pertes. Il ajoute meme qu'aprés août il est déjà trop tard pour apporter les corrections et les changements nécessaires afin de renverser la situation.


Ce livre est une contribution importante à l'étude du front de l'Est durant la Seconde Guerre mondiale. C'est un outil de travail indispensable puisqu’il dispose d'un impressionnant appareil de note et d'une bibliographie conséquente. Il contient également une centaine de communiqués ou d'extraits de journaux de généraux allemands qui montrent que ces derniers doutent rapidement de la possibilité des forces allemandes à venir à bout de l'Armée rouge.


Pour Stahel, les victoires allemandes de la fin 1941 et de 1942 sont donc trompeuses. Elles affaiblissent toujours un peu plus un potentiel militaire que l'économie et la démographie allemandes sont incapable de reconstituer. Les insuffisances n'apparaissent au grand jour qu'à l'occasion des grandes défaites de Stalingrad et Koursk en 1943.


La thèse que défend Stahel est convaincante. Le seul fait qu'il démontre les faiblesses de l'armée allemande et les causes de son échec en s'appuyant sur un ensemble documentaire riche justifie amplement la lecture de son livre.

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 08:08

Robin Higham, Frederick W. Kagan (sld), The Military History of the Soviet Union, Palgrave Macmillan, New York, 200,. (nouvelle édition en 2011).

 

9780230108219_large.jpg

Robin Higham et Frederick Kagan, deux experts de l'histoire des forces militaires russes et soviétiques ont réuni différentes contributions pour brosser une synthèse de l'histoire militaire de l'ancienne Union soviétique. Cette démarche est aussi à l'origine de l'édition de The Military History of Tsarist Russia paru également en 2002.


Les 17 contributions, écrites par des universitaires, ne cherchent pas à donner une histoire de l'armée rouge mais plutôt à analyser la politique, les institutions et la stratégie de l'URSS du point de vue militaire et cette démarche est appliquée de la guerre civile russe jusqu'à la période qui suit immédiatement la chute de l'Union soviétique.


Il faut signalé deux contributions de Frederick Kagan sur l'art opérationnel particulièrement éclairant qui montre l'essor des discussions sur les doctrines de guerre moderne dans l'URSS des années 1920 qui contraste terriblement avec l'atrophie de la pensée et de l'art militaire soviétique à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le thème du rôle funeste joué par l'idéologie dans les affaires militaires est récurrent tout au long de l'ouvrage. Ainsi c'est l'idéologie qui est à l'origine de la disparition des doctrines sur la guerre de manœuvre avant 1939 et, en dépit des terribles leçons de la Seconde Guerre mondiale où l'art opérationnel a dû être réappris au prix de millions de morts, elle conserve une rôle dominant après 1945. Scott McMichael soutient ainsi de façon convaincante que l'idéologie empêche l'Armée Rouge d'élaborer une véritable doctrine de contre-insurrection en Afghanistan.


Le lecteur peut regretter que la Seconde Guerre mondiale ne fasse pas l'objet d'une partie qui lui soit propre. Le caractère « grandiose » du conflit, l'importance géostratégique de la victoire soviétique et le développement des recherches récentes sur cette période auraient dû justifier un traitement particulier. Au lieu de cela le lecteur doit se contenter de deux contributions qui brossent rapidement le déroulement des opérations. Bien qu'écrites par John Erickson et Frederick Kagan elles ne disent pas un mot sur les grandes batailles de 1944 et 1945 quand l'armée rouge a donné toute la mesure de sa puissance.


L'absence de contributions concernant les forces aériennes soviétiques est à signaler. L'article sur les forces nucléaires stratégiques se résume quand à lui à une chronologie des armements et laisse le lecteur sur sa faim contrairement à l'article sur la marine durant la guerre froide qui montre l'ampleur des débats sur l'utilisation de la flotte au sein de l'amirauté mais également du bureau politique du PC soviétique.


Malgré ces lacunes, l'ensemble des contributions est d'une haute tenue et répond aux critères universitaires et scientifiques. Chaque contribution est accompagnée de notes ainsi que d'une liste des principaux ouvrages en anglais. The Military History of the Soviet Union est un ouvrage de référence indispensable à celui qui veut appréhender l'expérience militaire soviétique.

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 08:59

Prit Buttar, Battleground Prussia: The Assault on Germany's Eastern Front 1944-45, Osprey General Military, Osprey Publishing, 2010.

 

001a8dc8_medium.jpeg

Le livre de Prit Buttar raconte la défense du territoire de la Prusse-Orientale par les forces allemandes de la fin 1944 à mai 1945. Les premiers chapitres décrivent l'histoire de cette région allemande, l'impact de la guerre pour ses habitants et dressent un portrait des personnalités qui jouent un rôle important dans sa défense notamment Erich Koch, le gauleiter de la région. Le reste de l'ouvrage raconte en détail les différentes offensives soviétiques pour s'emparer de la Prusse et les efforts désespérés des forces allemandes pour les repousser et permettre à la population civile de fuir et d’échapper aux exactions.


De l'attaque de Memel à la prise de Königsberg, l'auteur décrit également le siège des villes que Hitler a décidé de transformer en forteresses et qui ont reçu l'ordre de tenir jusqu'à leur destruction totale: Königsberg, Elbing, Danzig, Gotenhafen, Heilgenbeil, Lotzen, Kolberg, Konitz, Bromberg, Fischhausen, Samland, Pillau. Prit Buttar prend soin de donner vie à son récit en y intégrant de nombreux témoignages de ceux qui ont vécu cette terrible bataille que ce soit des civils que militaires. Par ce biais l'auteur cherche à placer le lecteur au plus près du champ de bataille et à éviter de se cantonner à une simple description stratégique des combats. Sur ce plan Prit Buttar montre que l'effort de guerre soviétique se fait souvent dans la confusion et que les principaux choix stratégiques répondent plus à des considérations politiques que militaires.


Prit Buttar met en évidence tout au long de son récit les erreurs et les négligences des autorités civiles et militaires allemandes qui n'autorisent l'évacuation des civils qu'au dernier moment alors qu'il est déjà trop tard ou qui refusent d'évacuer les troupes enfermées dans les poches de Courlande, troupes qui permettraient de renforcer le front en Prusse. L'erreur la plus funeste fut certainement de forcer les troupes à défendre jusqu'à la mort une soi-disant forteresse au lieu de les retirer à temps et en bon ordre. Si l'auteur n'avance pas l'hypothèse que cette mesure aurait pu stopper les Soviétiques il montre néanmoins qu'elle aurait pu rendre la conquête de la Prusse plus coûteuse en vie humaine pour les Russes. Les ordres contradictoires d'Hitler jouent aussi un rôle important pour expliquer les pertes humaines de cette défense de la Prusse-Orientale.


Le livre montre aussi l'importance du contrôle de la mer Baltique pour chaque camp. Pour les Allemands la voie maritime représente alors le seul moyen de communication pour ravitailler troupes et les civils coincés en Prusse-Orientale et dans les pays baltes. Les efforts soviétiques pour obtenir la maîtrise de la mer et qui se traduisent par le torpillage de dizaines de navires allemands dont le Wihlelm Gustloff, montrent, côté soviétique l'importance de la guerre navale sur le front de l'Est.


Le livre est d'une lecture facile et extrêmement détaillée. L'auteur quand à lui se veut impartial dans le traitement de son sujet. Ainsi s'il décrit les atrocités soviétiques contre les civils, notamment le massacre de Nemmensdorf, il prend soin de les contextualiser et de ne pas décrire de manière sombre l'ensemble de l'armée soviétique. Pourtant le lecteur ne peut que regretter que le sujet ne soit la plupart du temps vue que du seule côté allemand et rarement côté soviétique, le déséquilibre dans les sources utilisés est aussi patent.


Battleground Prussia est au final un ouvrage qui donne une foule de détails sur un front généralement négligée comparativement au traitement de l'opération Bagration ou de la prise de Berlin. Un regret concerne les cartes qui accompagnent le récit. Une douzaine de carte de piètre qualité c'est bien peu pour suivre les opérations et les combats qui ont pour théâtre une région dont la géographie est largement méconnue du lecteur.

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")