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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 07:19

Pino Adriano, Une mort de plomb, qui a tué Mauro Brutto ? Vuibert, 2016.

Un journaliste face aux années de plomb

Le 25 novembre 1978, un journaliste du quotidien communiste milanais, L’Unità, Mauro Brutto, trouve la mort dans ce qui semble être d’abord un simple accident de la route. Ce drame est le point de départ d’une fascinante enquête de Pino Adriano qui plonge le lecteur dans les arcanes des années de plomb de l’Italie des années 1970. Brutto n’est pas en effet un journaliste ordinaire mais un véritable enquêteur qui s’est, en particulier, spécialisé dans l’investigation concernant les nombreux enlèvements contre rançon qui ravagent le nord de l’Italie. Et il est doué puisque grâce à ces informations la police appréhende un chef mafieux responsable de nombreuses séquestrations. Il découvre également des trafics d’armes organisés conjointement entre les néofascistes et la Mafia, les relations troubles entre certains autonomes et néofascistes pour le contrôle de la vente de drogues. Et bien sur, au fil de ses enquêtes, il ne cesse de se faire des ennemis, suffisamment pour laisser penser que sa mort n’est pas purement accidentelle, d’autant qu’elle est revendiquée par un groupe gauchiste.

 

Le récit du parcours de Brutto, de sa mort, de l’enquête judiciaire qui suit celle-ci, permet à Pino Adriano de plonger le lecteur dans les arcanes et les entrelacs des années de plomb, expression de la souveraineté limitée de l’Italie dans le contexte de la Guerre froide. Après la chute de Mussolini, les États-Unis, mais également le Vatican, sont en effet obsédés par la crainte que l’Italie ne bascule à gauche alors que le Parti communiste italien est le plus puissant des PC en Europe occidentale. Le maintien de la Démocratie chrétienne au pouvoir devient alors la garantie de l’attachement solide de la péninsule au giron atlantiste. Pourtant, dans le climat de détente du début des années 1960, apparaît au sein de la DC une aile gauche incarnée par Fanfani et Aldo Moro, favorable à un rapprochement avec la gauche. C’est plus que ne peuvent en supporter les Américains qui, s’appuyant sur leurs plus solides soutiens au sein de l’appareil d’État italien, alimentent une stratégie de la tension visant toujours à éloigner la gauche du pouvoir.

 

Tentatives de coups d’État, attentats sanglants, meurtres, enlèvements vont dés lors marquer le quotidien de l’Italie jusqu’aux années 1980. Le paroxysme de cette flambée de violence sera l’enlèvement et le meurtre du président du Conseil, Aldo Moro, en 1978, quelques mois seulement avant la mort de Brutto. La Mafia, les groupes néofascistes, les services de renseignements sont les principaux instigateurs de ces tragédies, n’hésitant pas à infiltrer les organisations gauchistes pour faire retomber sur l’ensemble de la gauche l’horreur légitime que ces violences inspirent. C’est ce que Brutto découvre peu à peu au fil de ces investigations.

 

A travers le destin de ce journaliste mort à seulement 32 ans, Pino Adriano dissèque avec brio les mécanismes de cette stratégie de la tension, ses mobiles, les liens entre ses acteurs. Il réussit surtout à rendre compréhensible une histoire passablement compliquée dont les principaux protagonistes ont cherché à brouiller et effacer leurs traces. Son livre, qui se lit comme un fascinant roman policier, permet ainsi d’appréhender une période charnière de l’histoire italienne et européenne. Une époque de violence qui ne manque pas de rappeler celle que nous vivons.

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communismeetconflits - dans Terrorisme Italie Guerre froide
11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 07:00

Carlo Feltrinelli, Senior Service, Christian Bourgeois Editeur, 2001.

Feltrinelli, l’amour de la littérature et de la révolution

En mars 1972, Giangiacomo Feltrinelli, grand éditeur italien et révolutionnaire clandestin trouve la mort au pied d’un pylône électrique dans l’explosion d’une bombe qu’il avait déposée. Dans ans auparavant, il a écrit une lettre à son fils, Carlo qui fête ses 8 ans, pour lui expliquer les raisons de son absence, son combat en faveur des ouvriers et contre l’injustice et le fascisme. Trente ans plus tard, ce fils, après une minutieuse enquête, raconte le destin de ce père, un homme qui fut animé à la fois par la passion des livres et de la révolution.

Feltrinelli voit le jour à Milan en 1926 au sein d’une des familles les plus fortunées d’Italie, son père est un industriel et un financier tandis que sa mère est la fille d’un banquier. Il grandit dans un milieu privilégié, voyage beaucoup et fréquente la famille royale italienne. Il découvre néanmoins la condition ouvrière au contact des employés qui travaillent pour sa famille.

Il rejoint en 1944, les troupes italiennes qui combattent les Allemands et commence à lire Marx. Un an plus tard, il rejoint le Parti communiste italien à qui il fournit des renseignements sur les milieux monarchistes que fréquente sa mère. C’est aussi à cette période qu’il hérite de la fortune de son père ce qui lui permet de faire de généreux dons au PCI et de préparer un grand projet culturel, une bibliothèque rassemblant des documents sur l’histoire du mouvement ouvrier.

Quelque temps plus tard, Feltrinelli fonde une maison d’édition qui connaît rapidement le succès en publiant Lampedusa, Borges, Lessing, Kerouac, Garcia Marquez mais également Che Guevara. Mais ce qui donne à Feltrinelli une renommée mondiale, c’est la publication du Docteur Jivago de Pasternak dont il acquiert les droits pour l’ensemble de la planète à l’exception de l’URSS où le livre ne sera publié qu’en 1989.

L’auteur consacre une grande partie de son livre aux relations compliquées entretenues entre Feltrinelli et Pasternak et donne de larges extraits de leurs correspondances dont une partie fut interceptée par le KGB. Si le Docteur Jivago est un succès mondial, l’obstination et les subterfuges déployés par Feltrinelli pour parvenir à le publier, malgré les réticences des autorités soviétiques, marque une première faille dans les relations entre l’éditeur et le PCI. L’invasion de la Hongrie par les blindés soviétiques en 1956 conduit finalement à la rupture et en 1958, Feltrinelli n’est plus membre du PCI.

En 1959, Feltrinelli se rend à Cuba pour essayer de persuader Fidel Castro de rédiger ses mémoires. Il devient aussi l’ami de Che Guevara et défend les luttes de libération nationale des pays du tiers-monde. Sur le plan éditorial, il publie les auteurs du Groupe 63 qui réunit des écrivains d’avant-garde mais également la revue Tricontinentale. Feltrinelli, devenu l’une des figures du gauchisme culturel des années 1960, son destin bascule en même temps que l’Italie entre dans les années de plomb. Il noue des contacts avec des militants gauchistes dont Renato Curcio l’un des fondateurs des Brigades rouges et alors que l’Italie connaît ses premiers attentats dont Feltrinelli est accusé d’être l’inspirateur.

Persuadé que l’Italie est à la veille d’une prise de pouvoir par le fascisme, il prend le chemin de la lutte armée et devient clandestin. Il vit alors dans la solitude, achetant des armes et des appartements pour en faire des planques et nouant des liens avec de petits groupes clandestins d’extrême-gauche pour lesquelles il fabrique de manière artisanale des bombes. C’est l’une d’entre elles d’ailleurs qui le tue en 1972 dans des circonstances mystérieuses.

Insaisissable et inclassable, le destin de Giangiacomo Feltrinelli rend compte d’une époque marquée par la passion politique où un millionnaire rouge pouvait mourir pour ses idées.

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communismeetconflits - dans Communisme italien Terrorisme Extrême-gauche Italie
23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 07:02

Serge Savoie, RG, La traque d’Action directe, Nouveau Monde Éditions, 2011.

RG contre Action directe

Serge Savoie, policier aux Renseignements généraux, fait le récit de sa participation à l’enquête concernant les activités et le démantèlement du groupe Action directe. Il existe déjà une vaste littérature sur ce sujet, dont de nombreux témoignages, notamment celui de Jean-Pierre Pochon. L’intérêt du livre de Savoie est que ce dernier n’a cessé d’être au cœur de cette poursuite policière depuis les années 1970 jusqu’à l’arrestation des dirigeants du groupe en février 1987.

 

Les faits sont bien connus, Action directe naît à la confluence d’un antifranquisme armé et du bouillonnement du mouvement autonome à la fin des années 1970. Le groupe se signale dès 1979 par des braquages et le mitraillage des façades de bâtiments officiels ou de celui du CNPF. Mais ses principaux dirigeants sont arrêtés dès septembre 1980. L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 entraîne la libération des membres d’Action directe qui organisent de nouveaux attentats dès la fin de 1981. Rapidement le groupe se radicalise et ses actions se font plus violente. En mars 1982, un informateur de la police est abattu, en mai 1983 la fusillade de l’avenue Trudaine où deux policiers sont tués, en janvier 1985 l’assassinat de l’ingénieur général Audran, en novembre 1986 l’assassinat de Georges Besse patron de Renault. L’aventure prend fin avec l’arrestation des quatre dirigeants d’Action directe en 1987.

 

Serge Savoie n’aborde qu’à la marge les motivations politiques et idéologiques d’Action directe, son ouvrage se voulant un récit factuel de l’action policière contre le groupe. Il se lit donc comme un polar passionnant d’autant que l’auteur fournit de nombreuses précisions et ne tombe jamais dans un manichéisme simpliste. Il ne démonise pas les membres d’Action directe et montre même une certaine sympathie pour la personne de Rouillan. A contrario, il ne cache pas les conflits entre services de polices, les rivalités entre les hommes chargés de diriger la poursuite contre Action directe, l’ingérence du politique dans l’enquête. L’arrestation en septembre 1980 de Rouillan et Ménigon a ainsi failli tourné au fiasco sanglant en raison d’une préparation insuffisante et du manque de sang-froid de certains responsables. Autre raté policier, la mort de Chahine, un informateur, abattu par Action directe à la suite d’une indiscrétion d’un inspecteur de police.

 

Le livre de Serge Savoie n’épuise pas, bien entendu, son sujet et il manque encore une étude historique sur Action directe. Mais en tant que témoignage d’un acteur essentiel de cette histoire, il apporte sa part de vérité sur le parcours de l’organisation la plus emblématique du passage à la lutte armée d’une partie de l’extrême-gauche française.

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communismeetconflits - dans Terrorisme Extrême-gauche Lutte armée
11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 07:41

Christian Rol, Le roman vrai d’un fasciste français. Vie et mort de l’homme qui tua Pierre Goldman et Henri Curiel, La Manufacture de livres, 2015.

L’assassin de Pierre Goldman et Henri Curiel dévoilé ?

Le 4 mai 1978, Henri Curiel, militant communiste et anticolonialiste, est abattu dans l’ascenseur de son immeuble à Paris. Le 20 septembre 1979 c’est au tour du militant gauchiste Pierre Goldman d’être assassiné en plein cœur de Paris. Jamais la police et la justice ne sont parvenus à résoudre ces crimes, à retrouver les coupables.

 

L’intérêt du livre de Christian Rol est d’avancer un nom, celui d’un même tueur pour les deux meurtres et de reconstituer le parcours de cet assassin. L’homme dont il est question se nomme René Resciniti de Says. Né en 1951 d’un père marquis italien qu’il voit peu, il grandit dans le quartier des Champs-Élysées, à la fois dandy dont on remarque l’élégance et voyou flirtant avec le Milieu. A la fin des années 1960 il s’engage à l’Action française qui le séduit par la solidité de son corpus théorique et comble son besoin d’action.

 

Cette soif d’action Resciniti de Says l’étanche chez les paras puis en partant au Liban en 1976 combattre aux cotés des phalangistes chrétiens. En 1977, il devient mercenaire et travaille pour Bob Denard lorsque celui-ci organise le renversement du pouvoir marxiste qui gouverne le Bénin. Le coup d’État de Cotonou est un terrible fiasco. En France, Resciniti de Says connaît les grandes figures de l’extrême-droite hexagonale mais également européenne comme Stefano Delle Chiaie qu’il fréquente quand ce dernier est clandestin à Paris. Autour de ce milieu gravitent aussi des truands, des policiers ripoux, des barbouzes. C’est par ces contacts, qu’il participe aux assassinats de Curiel et Goldman. Il confiera plus tard à Christian Rol que le donneur d’ordre fut Pierre Debizet, patron du SAC gaulliste, avec des armes venant de la Préfecture de police de Paris.

 

Il est pour l’heure impossible de confirmer l’aveu de Resciniti de Says, aveu qu’il a déjà fait, mais de manière anonyme et le visage flouté dans un documentaire diffusé par Canal Plus en 2010. Aucun document, ni même témoignage ne permettent de l’infirmer ou pas. Mythomanie ou confession sincère, seule l’ouverture de fonds d’archives encore fermés apportera la réponse. Resciniti de Says n’est plus là pour préciser ses déclarations puisqu’il est décédé en 2012 dans un certain dénouement.

 

Le livre de Christian Rol, qui laisse transpirer une certaine l’indulgence de l’auteur pour les idées professées par Resciniti de Says, est donc à lire avec un regard critique. Néanmoins, d’une lecture agréable, il permet de replonger dans un passé pas si lointain où l’assassinat à l’ombre du pouvoir n’était pas l’apanage des seules dictatures.

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communismeetconflits - dans Guerre froide Terrorisme Fascisme-antifascisme
6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 07:58

Richard Pipes, L'affaire Degaev, De Fallois, 2012.

Plongée au cœur du terrorisme populiste russe.

Richard Pipes, éminent spécialiste américain de l'histoire de la Russie, fait ici le récit d'un épisode peu connu de l'histoire du mouvement révolutionnaire russe, à travers le destin d'un homme qui fut d'abord un terroriste, puis avait trahi ses camarades avant de refaire sa vie, sous un nouveau nom, aux États-Unis en tant que respectable professeur d'université dans le Dakota du Sud.

 

A parti des années 1860, sous le règne du tsar Alexandre II, le terrorisme jouit de la sympathie de larges fractions de la société russe, y compris dans l'armée. Dostoïevski lui-même, qui dans son roman Les Possédés, dénonce la folie des révolutionnaires, avoue qu'il ne dénoncera jamais un terroriste. Serguei Degaev est issu d'une famille de la bourgeoisie qui partage cette sympathie pour l'action des terroristes de l'organisation de la Volonté du Peuple créé en 1880.

 

A 20 ans il adhère à ce groupe qui prépare alors fébrilement le meurtre du tsar. Plein d'ardeur il crée des cercles de révolutionnaires et espère par son activisme devenir membre de la direction de la Volonté du peuple. Mais Degaev n'a pas la trempe d'un martyr révolutionnaire, il a peur du sang et devient un militant de second rang pour qui la direction de l'organisation reste fermée. S'il se sent frustré et insulté par ce refus, il continue néanmoins sont action au sein de la Volonté du peuple. L'attentat réussi contre Alexandre II en mars 1881 provoque une large rafle policière dans les rangs révolutionnaires. Degaev est arrêté puis relâché. En 1882, la Volonté du peuple l'envoie à Odessa pour monter une imprimerie clandestine. Mais repéré par la police à la suite d'imprudences qu'il impute à Vera Figner, Degaev est arrêté en décembre.

 

C'est en prison qu'il fait la connaissance de Gueorgui Soudeïkin, le meilleur policier tsariste, un maître dans le retournement et l'infiltration des révolutionnaires. Degaev accepte de travailler pour la police, livrant des listes de noms et d'adresse. Une fausse évasion permet à Degaev de reprendre contact avec la Volonté du peuple. Cela permet surtout à la police de surveiller et d'arrêter les révolutionnaires dont Vera Figner. L'organisation est rapidement exsangue. Bientôt, Degaev est soupçonné par ses camarades d'être un indicateur. Il avoue et accepte pour se racheter de tuer Soudeïkin. Le maitre policier est tué en décembre 1883. Traqué par la police, abandonné par les révolutionnaires qui ne lui pardonne pas sa trahison, Degaev erre en Europe puis en Amérique du Nord où il s'installe finalement.

 

Jusqu'à la fin de sa vie, cet homme, qui est devenu professeur d'université respecté par ses collègues et apprécié par ses élèves vivra dans la crainte d'une possible vengeance de ses anciens amis révolutionnaires.

 

Pipes, fait revivre d'une manière claire et vivante la lutte souterraine que se livrèrent la police tsariste et les terroristes révolutionnaires, une lutte impitoyable où se devinent déjà les méthodes et les tragédies des combats clandestins du siècle suivant.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Terrorisme
12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 08:01

Stefan Aust, Baader-Meinhof: The Inside Story of the RAF, Oxford University Press, 2009.

Au coeur de la Fraction armée rouge

D'abord publié en 1985 le livre de Stefan Aust a servi de base à la réalisation d'un film allemand en 2008 consacré à l'histoire de la Fraction armée rouge. Journaliste, Aust a travaillé durant trois ans dans les années 1960 avec la revue Konkret où il a côtoyé Ulrike Meinhof et de nombreux représentants de l'extrême-gauche de l'époque. Sa carrière le conduit ensuite à devenir rédacteur en chef du magazine Der Spiegel tout en restant pendant une vingtaine d'années un observateur attentif des actions de la RAF.

 

Utilisant les témoignages de membres ou de proches du groupe, l'auteur montre que les premiers dirigeants de l'organisation, s'ils utilisent un discours maoïste, sont surtout fascinés par les Tupamaros uruguayens et par les vues de Carlos Marighella sur la guérilla urbaine. Mais dans l'ensemble le groupe dédaigne la théorie révolutionnaire et privilégie l'action, pensé sur un mode essentiellement conspiratif. Le passage à la clandestinité correspond d'ailleurs à un état d'esprit répandu à l'époque dans les milieux de la gauche extra-parlementaire mêlant protestation contre l'État et appel à l'action. Mais la clandestinité nécessite des moyens pour louer des logements et le braquage de banques devient rapidement la source principale pour obtenir des fonds. Aust montre que la RAF bénéficie alors de nombreuses complicités dans la société civile. Mais il dit peu de choses des gens qui ont accepté d'aider le groupe et les disculpe sans discussion de toute complicité.

 

Une étape importante sur la voie qui conduit la RAF au terrorisme est la formation de l'OLP en Jordanie. Le groupe noue alors des liens étroit avec cette organisation et surtout avec son aile la plus radicale, Septembre noir. Mais le passage au terrorisme retourne l'opinion publique allemande contre la RAF, une opinion qui demande alors clairement à l'État de mettre fin aux agissements terroristes. Une active collaboration entre la police et les services de renseignements permet rapidement, sous le gouvernement du social-démocrate d'Helmut Schmidt, l'arrestation ou la mort de la première génération de la RAF.

 

En prison à Stammheim, les dirigeants emprisonnés multiplient les textes qui condamnent la société allemande et appellent à continuer à utiliser la violence. Ils deviennent des références pour une seconde génération de militants de la RAF qui souhaitent faire libérer leurs aînés. Mais après l'échec d'un détournement d'avion à Mogadiscio, Andras Baader et Gudrun Ensslin sont retrouvés morts dans leurs cellules. Pour Aust, le responsable de ces décès est le gouvernement ouest-allemand. Pour appuyer cette affirmation il fait références à des dossiers secrets et à des agents du gouvernement mais hélas sans apporter d'éléments vraiment concluant.

 

Aust évite également soigneusement de prendre position au sujet des actions de la RAF et surtout il n'essaye à aucun moment de s'interroger pour savoir si sa connaissance intime du groupe n'altère pas son jugement de journaliste. Il laisse également dans l'ombre le rôle de la RDA dans le soutien à la RAF et se désintéresse des victimes des actions de la RAF. Mais cela n'est pas le plus gênant, bien moins en tout cas que l'absence de date concernant les interviews utilisés, leur caractère anonyme et plus largement l'absence de références concernant les documents cités. Au final voici un livre qui n'est pas un livre d'histoire mais plutôt un témoignage qui peine souvent à convaincre.   

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communismeetconflits - dans Terrorisme Extrême-gauche

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")