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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 07:24

Edward Sarboni, Une revue entre les deux guerres. Le syndicalisme de La Révolution prolétarienne entre 1925 et 1939, Acratie, 2016.

La Révolution prolétarienne

La revue La Révolution prolétarienne, dont le premier numéro est édité en janvier 1925, perpétue à bien des égards le groupe de la Vie ouvrière du nom de la revue lancée par Pierre Monatte en 1909. En 1925, les proches de ce dernier ont déjà une expérience militante ancienne et ont joué un rôle fondamental dans les bouleversements qui touchent le mouvement ouvrier depuis 1914. Edward Sarboni, rappelle cette histoire née au sein de la CGT en réaction à l’abandon progressif par la direction de la confédération de la ligne syndicaliste-révolutionnaire. En 1914, Monatte et ses amis sont parmi les premiers à dénoncer la guerre et à prôner le retour à l’internationalisme prolétarien. Des membres du groupe participent ensuite à la réunion de Zimmerwald et, en 1917, apportent leur soutien à la révolution bolchevique. Par la suite, ils adhèrent au PCF, et certains comme Monatte et Rosmer intègrent la direction du nouveau parti. De par leur passé syndicaliste, ils sont également à l’œuvre au moment de la scission de la CGT et de la création de la CGTU. Mais rapidement, ils se montrent critiques face aux évolutions qui touchent aussi bien la Russie soviétique et le PCF et finissent, en 1924, par en être exclus.

 

Edward Sarboni, après avoir rappelé ce passé des membres de la Révolution prolétarienne, étudie les relations qu’entretient cette dernière avec le communisme. Il montre que jusqu’en 1930, la revue se considère toujours comme appartenant à la mouvance communiste, plus précisément à l’opposition à la direction stalinienne qui s’incarne alors dans la personne de Trotski. Mais cet attachement fait rapidement place à une critique sévère de ce dernier, notamment pour son rôle dans l’écrasement de la révolte de Kronstadt en 1921. Au début des années 1930, la Révolution prolétarienne a définitivement tourné le dos au communisme. Pour elle, le syndicalisme est redevenu le seul moyen d’arriver à l’émancipation du prolétariat.

 

La Révolution prolétarienne estime donc indispensable le retour à l’unité syndicale. Pour cela, elle fonde en 1926 la Ligue syndicaliste qui vise à rassembler des militants venant de confédérations opposées. Ses efforts pour l’unification rencontrent en définitive peu de succès et la réunification de la CGT en 1935 se réalise sans l’intervention de la Révolution prolétarienne qui se réjouit néanmoins de l’événement. La revue déchante rapidement devant la montée de l’influence communiste au sein de la confédération qui porte en elle le risque d’une subordination du syndicalisme au politique ce qu’elle refuse. A la veille de la guerre, elle accepte même l’idée de nouvelles scissions syndicales, anticipant ainsi son soutien à la formation de Force ouvrière en 1947.

 

La mise en avant de la nécessité de l’indépendance syndicale, la redécouverte de la valeur des principes du syndicalisme-révolutionnaire, le pacifisme affirmé caractérisent la démarche de la Révolution prolétarienne dans les années 1930. Si sur ces différents thèmes, les positions de la revue se rapprochent de celles des anarchistes, aucun rapprochement ne se produit entre ces deux mouvances. Pour Edward Sarboni, s’il y a une constante au sein de la Révolution prolétarienne c’est son hostilité, quasi viscéral, envers les anarchistes. Pour l’auteur, cette hostilité serait le fruit de la mauvaise conscience des animateurs de la revue, responsables par leur compromission avec les communistes, de l’effondrement du syndicalisme-révolutionnaire. Une explication qui n’emporte pas la conviction et qui n’est pas sans parti pris.

 

C’est là le principal défaut du livre d’Edward Sarboni. Sa volonté de démontrer que le syndicalisme-révolutionnaire, pour lequel il ne cache pas sa sympathie, aurait été trahi par les animateurs de la Révolution prolétarienne, au contraire des anarchistes, semble plutôt procéder d’une démarche militante qu’historienne et dessert l’ensemble de son travail. Un autre défaut du livre est sa bibliographie assez datée. Notons néanmoins la présence de reproduction de nombreux documents dont des photos des membres de la Révolution prolétarienne.

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communismeetconflits - dans Communisme français Syndicalisme Anarchisme
5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 06:59

Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage, de la CGT à la Résistance, Perrin, 2016.

Le sabotage, du politique au militaire

L’industrialisation de l’Europe au 19e siècle permet le développement du machinisme, l’apparition et l’extension de réseaux de transports, de communications, d’énergies. La densité et la complexité de ces réseaux sont pour les États, à la fois gage d’efficacité et de puissance tout en constituant leur talon d’Achille. Cette fragilité est bien perçue par deux milieux profondément différents, le mouvement révolutionnaire et l’armée, qui définissent et conceptualisent, dès la fin du 19e siècle, la pratique du sabotage. C’est l’histoire de ce mode d’action que retrace Sébastien Albertelli dans un ouvrage qui étudie la notion et la pratique du sabotage en France de sa naissance au tournant du siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

C’est dans au sein du mouvement syndicaliste-révolutionnaire que la pratique du sabotage est théorisée, notamment par Émile Pouget auteur d’une brochure célèbre sur le sujet. D’abord conçue comme un moyen de rétorsion contre l’exploitation patronale, elle apparaît vite comme une arme au service du projet révolutionnaire et enflamme l’esprit des militants de la CGT mais également des partisans de Gustave Hervé. Mais très rapidement les partisans du sabotage au sein du mouvement ouvrier se retrouvent isolés face à ceux qui prônent l’action de masse comme Jaurès avant 1914 où les communistes durant l’entre-deux-guerres.

 

La pratique du sabotage intéresse également les militaires depuis 1870 et des actions sont prévus en cas de conflit avec l’Allemagne. La Première Guerre mondiale voit donc l’organisation d’opérations de sabotage effectuées par chaque camp avec plus ou moins de succès. Celles menées par les Français préfigurent par bien des points ce qui se passera durant la Seconde Guerre mondiale avec l’utilisation de l’aviation pour déposer des saboteurs derrière les lignes ennemies. Arme du faible contre le fort, les troupes françaises qui occupent la Ruhr en 1923 sont confrontés au sabotage, préfigurant en quelque sorte la situation qui prévaudra dans l’Europe occupée par les armées allemandes à partir de 1939.

 

Sébastien Albertelli accorde une large place à l’étude du sabotage dans la France occupée de 1940 à 1944. Maîtrisant parfaitement son sujet, l’auteur décrit et analyse le rôle des mouvements de Résistance, des services britanniques, notamment le SOE, et de la France libre dans le développement du sabotage, la place qui lui est assignée dans le cadre de la stratégie alliée, son efficacité dans les combats de la Libération. Un ultime chapitre rend compte des tentatives infructueuses du Reich d’organiser à partir de la fin de 1944 l’envoi de saboteurs dans la France libérée.

 

L’émergence du sabotage sur la scène politique et militaire entraîne simultanément l’apparition de la figure du saboteur dont Sébastien Albertelli se fait aussi l’historien. Il montre ainsi que cette figure est utilisée comme un repoussoir pour discréditer la gauche comme le fait Clemenceau en 1906-1908 pour combattre la CGT ou lors de la Drôle de guerre contre les communistes. Si l’image du saboteur politique est donc largement négative, il n’en est pas de même du saboteur patriotique comme le montre l’exemple de la Résistance.

 

Première histoire du sabotage, le livre de Sébastien Albertelli démontre largement l’intérêt et la richesse qu’il est possible de tirer d’un objet d’étude au croisement de l’histoire politique et militaire. D’une lecture agréable et solidement référencé, cet ouvrage qui fait date ne manque pas non plus d’une certaine actualité au regard de la situation sociale tendue que connaît actuellement la France.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")