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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 07:49

Chris Harman, La Révolution allemande, 1918-1923, La Fabrique, 2015.

 L’Allemagne en révolution

Les événements révolutionnaires qui secouent l’Allemagne entre 1918 et 1923 sont mal connus alors qu'ils sont fondamentaux pour comprendre l’histoire de ce pays et celle du communisme au 20e siècle. La bibliographie en français sur ce sujet reste, il est vrai, faible et datée avec les travaux de Gilbert Badia et surtout le monument écrit par Pierre Broué au début des années 1970. Elle s’enrichit néanmoins aujourd'hui avec la publication du livre de Chris Harman dont l’édition anglaise date du milieu des années 1980.

 

Après une présentation de la situation sociale et politique de l’Allemagne en 1914 et des débats qui agitent la social-démocratie allemande pendant la guerre, conduisant en 1917 à une première scission, l’auteur décrit les différentes phases de la révolution allemande. Cette dernière éclate début novembre 1918 entraînant la chute de l’Empire, l’instauration de la République et la fin de la guerre. Dès les premiers jours apparaissent les trois acteurs principaux du drame qui va ensanglanter l’Allemagne : la social-démocratie, l’armée, le mouvement révolutionnaire. Les deux premiers s’allient pour écraser les spartakistes à Berlin en janvier 1919 puis la république des Conseils de Bavière. La configuration change en 1920 quand, pour faire échec au putsch de Kapp, la social-démocratie s’allie aux révolutionnaires avant de s’entendre à nouveau avec les militaires pour mettre aux pas les aspirations révolutionnaires notamment dans la Ruhr. En 1921, les communistes se lancent dans une insurrection contestée dans ses propres rangs, l’action de mars, qui est un échec retentissant. La dernière tentative révolutionnaire pour briser le statu-quo qui s’installe progressivement en Allemagne, aura lieu en 1923. En réalité l’Octobre allemand de 1923 ne verra jamais le jour puisqu’à la dernière minute le Parti communiste allemand décommande l’insurrection préparée avec le soutien de Komintern. Cet épisode met fin aux espérances révolutionnaires en Europe occidentale.

 

L’auteur, dans un style clair et avec un véritable sens de la synthèse, retrace avec soin les affrontements, les débats politiques, la complexité sociale et économique de cette période. La focale de l’ouvrage se concentre bien entendu sur les révolutionnaires et particulièrement sur le Parti communiste allemand mais aussi sur le Komintern qui sont encore à ce moment-là des lieux de débats et de confrontations. La place que tient alors l’Allemagne dans la définition de la politique de l’Internationale est si cruciale que la compréhension des événements qui la détermine est fondamentale pour comprendre la politique que mène le mouvement communiste à l’échelle mondiale. C’est là aussi un autre intérêt majeur du livre de Chris Harman.

 

L’auteur, dirigeant d’une formation trotskiste britannique, ne cache à aucun moment qu’il analyse les événements qu’il décrit selon un prisme militant. Selon lui la raison principale de l’échec de la révolution allemande réside dans l’absence dans ce pays d’un véritable parti révolutionnaire de type bolchevik avec des dirigeants déterminés. C’est oublier un peu vite le contexte national particulier de l’Allemagne d’après 1918 où une partie du territoire est occupée par des troupes étrangères. Même si on ne partage pas l’essentiel des analyses de l’auteur, elles fournissent néanmoins un heureux point de départ à la réflexion et au débat.

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 07:11

Martin Malia, Histoire des révolutions, Taillandier, 2008, (version poche : Points Histoire, 2010).

L'ére des révolutions

Martin Malia, décédé en 2004, fut une des figures de proue des historiens conservateurs spécialisés dans l'histoire de l'URSS. Auteur d'un Comprendre la révolution russe paru en France en 1980 puis de La tragédie soviétique en 1995, il ne cache pas que pour lui la Révolution russe fut une catastrophe, non seulement pour la Russie mais aussi pour le reste du monde. Son dernier ouvrage L'Histoire des révolutions, paru en anglais en 2006, ne déroge pas à ce point de vue.

 

L'auteur tente ici d'appréhender sur cinq siècles l'histoire du phénomène révolutionnaire, une histoire essentiellement européenne. Pour Malia la révolution est en effet un concept et une pratique intrinsèque à la civilisation occidentale. Les révolutions extra-européennes ne sont pour lui que le fruit de l'influence de l'Europe sur le reste du monde. C'est aussi essentiellement une histoire politique ou plutôt d'une pensée politique, ce qui permet à l'auteur de trouver des similitudes, des inflexions, des évolutions entre chaque événement qu'il étudie de la révolution hussite à Octobre rouge.

 

L'analyse de Malia débute par l'étude de révolutions qui sont d'abord des hérésies religieuses. La première est la révolution hussite de 1415 à 1436 dont la force provient du fait qu'elle amalgame à la fois idées religieuses et motifs politiques. Pour Malia la question du pouvoir, de sa remise en cause et de sa transformation, est en effet au cœur du phénomène révolutionnaire. Sans cet ingrédient le hussisme ne serait qu'un millénarisme comparable à ceux qui ont déjà embrasés l'Occident médiéval. C'est à partir de ce prisme que l'auteur étudie ensuite la Réforme luthérienne puis le protestantisme français. Il termine cette partie en s'attardant sur la révolte des Pays-Bas de 1566 à 1609 où selon lui la question religieuse, si elle reste présente, passe au second plan derrière celle des libertés politiques.

 

La seconde partie de l'ouvrage traite des révolutions atlantiques des 17e et 18e siècles. La révolution anglaise accomplis pleinement le passage de la révolte religieuse à la révolution politique mais cette dernière reste encore dans un cadre traditionnelle, la défense des libertés anciennes. La révolution américaine débute aussi comme une révolte au nom des libertés traditionnelles contre les empiétements d'une monarchie centraliste. Sa nouveauté réside dans l'établissement d'un gouvernement constitutionnel. La révolution française reprend à l'Amérique l'idée d'une constitution garantissant la liberté du citoyen. Mais le radicalisme qui la caractérise débouche sur l'idée d'une nécessaire égalité entre citoyen.

 

Pour Malia, cette irruption de l'égalité conduit fatalement à la Révolution russe et à son cortège de malheur. Le socialisme se veut en effet le mouvement qui doit conduire à l'égalité politique mais aussi sociale. L'échec des révolutions de 1848 permet au marxisme de devenir hégémonique au sein de la famille socialiste. L'impossibilité de concilier socialisme et libéralisme disqualifie la social-démocratie d'avant 1914 ouvrant ainsi la porte au léninisme.

 

Le livre est clair, bien écrit, d'une lecture agréable et fluide. Les analyses sont brillantes et portent le lecteur à la réflexion. Néanmoins nous ne pouvons que regretter que l'auteur privilégie systématiquement les dimensions idéologiques du phénomène révolutionnaire, négligeant de façon délibéré les facteurs économiques et sociaux. Surtout l'ombre de 1917 recouvre l'ensemble de l'étude comme si le phénomène révolutionnaire devait nécessairement aboutir à cette acmé. Cette posture aboutit à oublier le contexte propre à chaque événement et à privilégier une vision téléologique de l'histoire dans le seul but d'expliquer pourquoi la Révolution russe et le régime soviétique.

 

Un livre avec des qualités et des défauts donc. Mais un livre stimulant et qui pousse à la réflexion, donc un livre à découvrir.

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communismeetconflits - dans Révolution russe Revolutions

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")