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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 07:41

Alexander Rabinowich, Les bolcheviks prennent le pouvoir. La révolution de 1917 à Petrograd, La Fabrique, 2016.

Les bolcheviks et la Révolution d’Octobre

Le centenaire, l’an prochain, de la Révolution russe sera certainement l’occasion de nombreuses publications où le meilleur côtoiera le moins bon. Espérons néanmoins que la majorité puisse avoir la qualité du livre d’Alexander Rabinowitch. Cette étude, devenue un classique de l’histoire de la Révolution russe depuis sa publication en 1976, enfin accessible aux lecteurs francophones, bouscule bien des idées reçues sur la prise du pouvoir par les bolcheviks.

 

L’auteur, s’appuyant sur une documentation ample et diversifiée, concentre son étude sur les événements qui se déroulent à Petrograd de juillet à octobre 1917. Dans les premiers jours de juillet, la capitale de la Russie est la proie d’une tentative insurrectionnelle vite maîtrisée par les autorités qui accusent les bolcheviks d’être à l’origine des désordres. En réalité l’insurrection est largement spontanée et les bolcheviks sont fortement divisés quant à son opportunité. Si la majorité des dirigeants des organisations locales du parti ainsi que l’Organisation militaire bolchevik soutiennent et participent au mouvement, la majorité des dirigeants se montre réservée à l’instar de Lénine qui prône le calme. L’échec de juillet entraîne une violente répression contre les bolcheviks de la part du gouvernement provisoire et une condamnation unanime des partis socialistes du Soviet.

 

L’insurrection ratée de juillet entraîne en réaction une effervescence de la droite qui se cristallise autour de la personne du général Kornilov. À la fin août, ce dernier se sent assez fort face à Kerenski pour déclencher un coup d’État. Devant cette situation et alors que le 6e congrès du parti a vu l’adoption des thèses de Lénine refusant toute coopération avec les autres formations socialistes, les bolcheviks de Petrograd s’allient aux socialistes révolutionnaires et aux mencheviks pour lutter contre Kornilov. Ils jouent un rôle important dans l’échec de l’aventure kornilovienne par l’agitation qu’ils mènent au sein des troupes du général et en paralysant le trafic ferroviaire.

 

Remis en selle par sa participation à la défense de Petrograd contre Kornilov, le parti bolchevik reste encore le champ de divergences. D’abord, Lénine, début septembre, adopte des positions jugées trop modérées par certains avant qu’il ne révise son jugement pour appeler à l’insurrection armée immédiate. Cette position est vivement condamnée par le comité central et Lénine est obligé de se rendre en personne à Petrograd pour imposer le vote d’une résolution prônant l’insurrection immédiate.

 

La conjoncture est favorable aux bolcheviks. Leur influence ne cesse de progresser au sein des soviets ce qui leur permet d’ailleurs de prendre la direction de celui de Petrograd. La crainte d’une offensive allemande contre la capitale mobilise la garnison qui multiplie les résolutions en faveur de la défense de la ville et du soviet et condamne fermement le gouvernement provisoire. Pour organiser la défense de Petrograd, le soviet met sur place un comité militaire révolutionnaire que les bolcheviks transforment peu à peu en organe préparant et dirigeant l’insurrection. Finalement, au moment où s’ouvre le 2e Congrès des Soviets, le 25 octobre, les bolcheviks ont de leur côté les troupes de la garnison et une grande partie des ouvriers de la capitale. Sans défenseurs, le gouvernement provisoire s’écroule dans une certaine indifférence lors d’une journée historique dont l’auteur retrace avec soin tous les détails.

 

Précis et détaillé le livre de Rabinowich est véritable référence pour se guider dans les faits qui conduisent à l’Octobre rouge. Il montre également que le parti bolchevik, loin d’être une organisation monolithique, est traversé de débats, de désaccords où souvent Lénine est en minorité. Surtout il fait un sort à l’idée, trop largement répandue et fausse, que la Révolution d’octobre fut un simple coup d’État organisé par une minorité. Au contraire, les ouvriers et les militaires de Petrograd ont reconnu leurs aspirations dans le programme bolchevik et lui ont accordé leurs soutiens sans lequel la prise du pouvoir aurait été impossible.

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 07:57

Orlando Figes, La Révolution russe, 1891-1924, la tragédie d'un peuple, Denoël, 2007.

Une somme sur la Révolution russe

Le livre de Figes est au vrai sens du terme un pavé, mais qui se lit comme un roman tant il est passionnant. Couvrant la période de 1891 à 1924 il présente en détail une tranche fondamentale de l'histoire de la Russie.

 

L'auteur dresse d'abord un tableau de la Russie tsariste au début du 20e siècle, un pays qui a eu l'occasion de devenir une monarchie constitutionnelle ce qu'a refusé Nicolas II, tsar faible, attaché à un idéal obsolète d'autocratie de droit divin. Ce monarque d'un autre temps gouverne un peuple de paysans à la vie extrêmement rude et primitive, des paysans qui ne s’intéressent guère à ce qui se passe au-delà de leur village. Dans cet océan rural, les villes deviennent des îlots de modernité bien isolés. C'est dans ces villes que naît et croit un mouvement révolutionnaire qui, comme le montre bien l'auteur, ne joue aucun rôle dans la révolution de Février, cette explosion de colère populaire contre une guerre trop longue et mal menée.

 

Les soubresauts de la politique russe sous le gouvernement provisoire, symbolisée par la figure pathétique de Kerensky, entraînent l'échec de la première démocratie russe. C'est donc sans effusion de sang que se déroule la Révolution d'Octobre.

 

La guerre civile qui débute au début de 1918 est une tragédie sans nom qui permet à l'auteur de démonter certains mythes. Il montre ainsi que la Terreur rouge ne fut pas seulement imposée au peuple mais parfois impulsée par ce dernier synonyme d'une revanche sociale contre des siècles d'oppression. C'est aussi le peuple, donc la paysannerie, qui détermina le destin de la guerre civile. Entre les Blancs qui représentaient le retour au passé et la disparition des acquis de la révolution de février, dont la terre, et les Rouges qui leur laissaient un certain contrôle sur le village, il a choisi ce qui lui apparaissait comme le moindre mal.

 

La fin de la guerre civile marque un retournement de la paysannerie. Si elle a choisi les Rouges par défaut pendant la guerre civile, une fois les Blancs éliminés, elle se révolte contre les réquisitions bolcheviks. Dans cette véritable guerre contre la paysannerie, l'armée rouge utilise tout l'arsenal de violence qu'elle a à sa disposition. A partir de 1922, Lénine se voit contraint par la maladie de se retirer peu à peu du pouvoir. Au fur et à mesure que sa décrépitude physique augmente, il assiste désemparé aux défaillances de la Révolution et à la montée de la puissance de Staline, ce dont il essaye d'avertir les autres bolcheviks mais en vain. Finalement il s'éteint en 1924.

 

Le récit est foisonnant, fourmillant de détails qui donnent de la substance et de la vie aux analyses de l'auteur. Ce dernier prend soin également de suivre la destinée de nombreux personnages que ce soit Lénine, Trotsky, Kerenski, Nicolas II, Broussilov ou Gorki mais également des anonymes comme le paysan Serguei Semenov. Il livre ainsi une série pertinente d'analyses et d'interprétations tout en offrant également une véritable compréhension des événements sans jamais sacrifier la lisibilité de l'ensemble.

 

Remercions également l'auteur de ne pas sacrifier à la mode historiographique qui présente le régime soviétique comme une entreprise criminelle. S'il n’exonère personne des violences commises, il montre que les grandes forces sociales russes ne sont pas des victimes mais participent pleinement à la tragédie que furent les années 1914-1922.

 

La somme de Figes, plus de 800 pages, est une lecture incontournable pour comprendre ce que fut réellement la Révolution russe.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")