Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 07:45

Ilya Gaiduk, The Soviet Union and the Vietnam War, Ivan R. Dee Publisher, 1996.

L'URSS et la guerre du Vietnam

Ilya Gaiduk, s'appuyant sur des archives essentiellement russes, examine le rôle de l'URSS comme médiatrice entre les États-Unis et le Nord-Vietnam entre 1964 et 1973 pour chercher à déterminer si elle a entravé ou faciliter la fin du conflit. Il éclaire également l'évolution des relations soviéto-américaines à l'aube de la détente. C'est aussi une contribution au débat pour déterminer si la politique étrangère soviétique fut motivée par des considérations géopolitiques ou idéologiques.

 

L'auteur reconnaît que l'URSS fut le principal soutien militaire et économique du Nord-Vietnam, qu'elle a mis à son service sa propagande pour dénoncer l'intervention américaine et qu'elle a refusée publiquement d'assurer une médiation entre les belligérants. Mais pour lui, l'URSS a cherché activement une solution négociée au conflit. Les dirigeants soviétiques craignaient que cette guerre dégénère en conflit nucléaire ou au moins en affrontement direct avec les Américains. Ils cherchaient également à endiguer l'influence grandissante de la Chine en Asie du Sud-Est et voulaient éviter que la poursuite de la guerre freine les perspectives de détentes avec les États-Unis.

 

De 1965 à 1967, les Soviétiques veulent contenir le conflit et amener les Américains et les Nord-Vietnamiens à négocier. Mais les Américains pensent alors pouvoir gagner militairement le conflit tandis que l'influence soviétique sur le gouvernement d'Hanoï est faible. C'est pour remédier à cette dernière faiblesse que l'URSS accroît son aide au Nord-Vietnam. Les Soviétiques sont dans une position difficile car s'ils refusent de jouer les médiateurs c'est pour ne pas s'aliéner les Nord-Vietnamiens et les pousser dans les bras chinois. Mais ils ne cessent de jouer les intermédiaires entre les adversaires.

 

L'année 1968 marque un tournant dans la guerre. Nord-Vietnamiens et Américains prennent conscience que la guerre peut être longue et qu'une solution militaire est difficile à trouver. En mars, Hanoï répond favorablement à l'offre de négociation du président Johnson mais les pourparlers s'enlisent vite.

 

Moscou compte profiter de la nouvelle situation pour maintenir et renforcer les liaisons entrent les belligérants. Ils conçoivent et proposent des solutions aux problèmes qui empêchent les deux parties de progresser. Ils proposent des compromis acceptables ce qui permet d'ouvrir des négociations tripartites à partir de janvier 1969. Jusqu'en 1973, les Soviétiques reviennent à une position plus en retrait, jouant les facteurs entre les parties. C'est alors l'administration de Nixon qui fait des avances à l'URSS. Les Américains veulent mettre fin au conflit vietnamien pour aller de l'avant dans la politique de détente. Ils cherchent donc à impliquer fortement les Soviétiques dans les négociations mais ces derniers refusent le chantage américain qui lie les progrès de la détente à la fin de la guerre du Vietnam. Les Américains se tournent donc vers les Chinois ce qui conduit à la visite de Nixon à Pékin en 1972.

 

L'Union soviétique a donc réussi à aider les Américains à sortir de la guerre tout en permettant le maintien intact du régime nord-vietnamien, en prenant pied en Asie du Sud-Est et en maintenant ouverte les perspectives de détente. L'auteur réussit à donner un exposé clair et précis sur un sujet complexe et apporte une contribution importante à la compréhension de la guerre du Vietnam, des relations soviéto-américaines et des relations entre l'URSS et les mouvements de libération nationale.

Repost 0
communismeetconflits - dans Guerre du Vietnam Union soviétique et Russie
23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 07:58

Thomas P. McKenna, Kontum: The Battle to Save South Vietnam, University Press of Kentucky.

La dernière victoire du Sud-Vietnam

L'offensive du Têt de 1968 ne permet pas aux communistes de s'emparer de Saïgon et d'unifier le Vietnam. En 1972, une nouvelle offensive est lancée mais contrairement à 1968 où seul des unités de Vietcongs ont combattu, l'offensive de Pâques 1972 est menée par trois divisions régulière nord-vietnamiennes. Elles profitent du retrait massif des forces américaines pour affronter l'armée sud-vietnamienne.

 

Thomas McKenna, historien et vétéran de la guerre du Vietnam, examine en détail la bataille de Kontum, un moment clef de cette offensive de 1972. Ayant participé lui meme à l'affrontement, il cherche à replacer la bataille dans le contexte plus large de cette offensive. Pour cela l'auteur utilise de nombreuses sources: témoignages, entretiens, rapports officiels mais également les nombreuses études réalisées sur la période.

 

L'auteur prend soin d'expliquer les actions et les décisions prises par les conseillers américains mais parmi ces derniers il met en relief l'importance du rôle de John-Paul Vann dans la défense du Sud-Vietnam. Ce dernier est présenté comme le seul conseiller ayant véritablement compris les Vietnamiens et la nature de la guerre. Pour l'auteur Vann symbolise le rôle clef joué par les Américains dans la victoire sud-vietnamienne à Kontum.

 

Il n'oublie pas de se pencher sur les atouts de l'armée nord-vietnamienne qui, par exemple, dispose d'un net avantage en artillerie. Si cet avantage est compensée par la puissance aérienne américaine, les nord-vietnamiens disposent également des derniers modèles soviétiques d'armes antiaériennes. Il souligne les faiblesses de l'armée sud-vietnamienne qui manque d'officiers supérieurs de qualité et fiables. Ainsi le lieutenant-colonel Pham Van Dinh n'hésite pas à faire capituler ses troupes pour passer du coté nord-vietnamien. Les forces aériennes du Sud qui n'hésitent pas à rançonner les civils qui sont évacués lors de l'offensive de 1972 sont emblématiques de comportements qui ternissent l'image des forces sud-vietnamiennes aux yeux de la population mais aussi des Américains.

 

L'auteur met aussi en avant l'héroisme et la détermination des soldats sud-vietnamiens, à l'image des unités de rangers ou de la 23e division qui défend Kontum contre trois divisions du Nord. La victoire du Sud repose donc sur la bravoure des hommes sur le terrain qui après avoir résistés à l'assaut ennemi repartent à l'attaque pour reprendre le terrain perdu.

 

Le livre démontre avec force que le Sud-Vietnam avait besoin de l'aide permanente des États-Unis pour résister au Nord-Vietnam. L'auteur décrit avec détail et clarté les différents phases de la bataille de Kontum mais aussi le processus de vietnamisation du conflit et donne un aperçu saisissant de l'état de l'armée sud-vietnamienne. McKenna, acteur de la bataille, livre aussi son propre témoignage faisant ainsi de son livre une source primaire sur un moment clef de la guerre du Vietnam.

Repost 0
communismeetconflits - dans Guerre du Vietnam
11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 07:39

George Veith, Black April : The Fall of the South Vietnam, 1973-1975, Encounter Books, 2011.

Au crépuscule de la guerre du Vietnam

Les deux ans qui vont de la signature des accords de Paris en 1973 à la chute de Saïgon en 1975 sont un triomphe pour le Nord-Vietnam et une tragique agonie pour le Sud. Gorge Veith explore cette période où le sort de la guerre est déjà joué et comble ainsi un vide historiographique. Surtout l'auteur s'appuie sur des sources nord-vietnamienne ainsi que des archives américaines déclassifiées.

En huit chapitres l'auteur aborde en détail les batailles militaires et les conflits politiques internationaux que se mènent les deux adversaires vietnamiens. Il montre le rôle joué par le désengagement progressif des Américains du bourbier vietnamien dans la chute du Sud. Il met en lumière les ressorts de la propagande nord-vietnamienne qui représente le Sud comme le responsable de la poursuite des combats après les accords de Paris. Alors que le Nord multiplie les incursions militaires dans le Sud et accumulent les forces terrestres à sa frontière, aux yeux du monde, à l'époque, Hanoï cherche la paix contrairement à Saïgon. Le Vietnam-Sud apparaît finalement comme le fauteur de guerre alors que son infériorité est manifeste.

Le dernier atout du Sud, le soutien aérien américain, disparaît avec le départ de Richard Nixon de la Maison Blanche suite au scandale du Watergate, Le Congrès américain profite de la faiblesse de l'administration Ford pour réduire les crédits destinés au Sud-Vietnam. Ce dernier se retrouve définitivement seul face à un Nord-Vietnam bien armé et déterminé.

L'auteur analyse en détail es équipements qui font la force de l'armée du Nord-Vietnam sans négliger l’héroïsme de l'armée du Sud-Vietnam. Après la signature des accords de Paris, le Nord se prépare à la guerre et organise une force mécanisée pour envahir son voisin. Si les forces communistes sont supérieures les soldats du Sud font preuves de bravoure et parviennent parfois à mettre en échec l'ennemi.

Voici un livre foisonnant qui plonge avec bonheur le lecteur dans la phase finale du conflit vietnamien. Si le récit est passionnant, les analyses des aspects militaires et diplomatiques de cette dernière phase de l'affrontement font de cet ouvrage un outil précieux pour mieux comprendre la guerre du Vietnam.

Repost 0
communismeetconflits - dans guerre du Vietnam
7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 07:26

Stéphane Mantoux L'offensive du Têt, 30 janvier-mai 1968, Taillandier, 2013.

L'offensive du Têt, tournant de la guerre du Vietnam

A l'heure où disparait le général Giap, l'un des plus grands théoriciens militaires du siècle dernier, le moment est venu de porter un nouveau regard sur les conflits qui ont ensanglanté la péninsule indochinoise. Si la guerre d'Indochine est l'objet d'une bibliographie francophone conséquente, il n'en est pas de même de la guerre du Vietnam. Les rares ouvrages sur la question datent ou sont des traductions de livres parus en anglais. Il faut donc saluer l'initiative des éditions Tallandier de publier un ouvrage sur l'offensive du Têt sous la plume de notre camarade du blog L'autre coté de la colline, Stéphane Mantoux.

L'auteur nous livre une utile synthèse de ce moment clef, véritable tournant dans le déroulement du conflit, mais qu'il insère dans le temps plus long de l'intervention américaine dans la guerre. Par son envergure, sa surprise et sa puissance, l'offensive du Têt au printemps 1968 déstabilise profondément les Américains et les Sud-Vietnamiens. Elle met en lumière à la fois la capacité opérationnelle des forces communistes, l'échec de l'intervention américaine dans le conflit et annonce le chute du Sud-Vietnam.

Stéphane Mantoux commence par exposer les modalités de l'engagement américain, puis les débats qui entourent la décision nord-vietnamienne de lancer une offensive d'envergure. Il passe ensuite à la bataille proprement dite, n’omettant aucune opération de diversion, ni les combats dans Saïgon et dans l'ensemble du Sud-Vietnam même s'il donne une place privilégiée au récit et à l’analyse des batailles majeures de Hué et de Khe Sanh. Les effets de l'offensive sur chacun des camps font l'objets d'un chapitre particulier plus analytique.

Le lecteur peut regretter parfois que certains points ne soient pas plus développés, que certains aspects du conflit soient juste évoqués. Mais il faut souligner que l'auteur, malgré le manque de place pour traiter l'ensemble des données qui participent à la bataille, sait tenir la balance égale entre chacun des belligérants. Les Nord-Vietnamiens et Vietcongs ne sont pas, loin de là, les absents ou les fantômes de cette étude et Stéphane Mantoux sait leur donner toute leur place.

Voici un livre qui est une synthèse de qualité, servie par un réel sens du récit. C'est donc un excellent point de départ pour acquérir de solides connaissances sur la guerre du Vietnam dans son ensemble. Et l'auteur fournit une très intéressante mise au point historiographique, fort utile pour ceux qui voudraient approfondir le sujet. Au final, un livre indispensable pour connaître une des grandes batailles du siècle dernier, largement méconnues en France et bien loin des clichés du cinéma ou de la télévision américaine.

Repost 0
communismeetconflits - dans Guerre du Vietnam

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")