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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 07:38

Boris Laurent, Les opérations germano-soviétiques dans le Caucase (1942-1943), Economica, 2014.

Allez-retour de la Crimée à l’Elbrouz

Boris Laurent, auteur d’un gros ouvrage sur l’histoire du front de l’Est, propose un récit complet des opérations germano-soviétiques dans le Caucase en 1942-1943. L’auteur nous montre la genèse de cette tentative d’invasion du Caucase par les Allemands et insiste sur l’erreur que représente la direction n° 45 d’Hitler qui écartèle l’effort allemand entre une offensive dans le Caucase et une offensive en direction de la Volga. Mais il montre également que l’objectif d’Hitler de priver l’URSS de son pétrole, de la couper de l’approvisionnement américain en provenance du corridor persan, et de pousser la Turquie à rejoindre l’Axe n’est pas totalement chimérique.

 

Après avoir présenté les forces en présence, l’auteur raconte dans le détail, les différentes phases des combats dans le Caucase depuis les succès allemands jusqu’à la reconquête soviétique. Si l’ensemble est de facture classique, signalons le chapitre concernant l’utilisation par les Allemands de volontaires caucasiens, dans le cadre de l’opération Chamil, pour s’emparer des puits de pétrole de Grozny ou les pages sur la bataille aérienne du Kouban où pour la première fois, l’aviation rouge l’emporte sur la Luftwaffe.

 

Si l’ouvrage, agréable à lire, est une mine de renseignements pour le néophyte, nous regrettons le manque de cartes. Il est en effet impossible au lecteur de suivre le déroulement des opérations décrites, à moins de se munir au préalable d’un atlas. Sans cartes lisibles, la lecture devient assez pénible et quelque peu frustrante. Ce problème n’est évidemment pas propre au livre de Boris Laurent et touche, hélas, de nombreux autres ouvrages. Concernant l’opération Chamil, l’auteur, à notre étonnement, ne cite pas la biographie de Béria par Françoise Thom qui livre une analyse minutieuse, basée sur les archives russes et caucasiennes, de l’attitude complexe des Caucasiens durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Au-delà de ces quelques remarques, le livre de Boris Laurent s’inscrit avec bonheur dans l’émergence d’une littérature francophone sur l’histoire du front de l’Est. Loin des batailles de Moscou, Stalingrad, Koursk ou Berlin, il procure une sensation de dépaysement aux lecteurs qui souhaitent découvrir le sujet.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 07:38

Brian Moynahan, Le concert héroïque. L'histoire du siège de Leningrad, Lattés, 2014.

Le siège de Leningrad

Seulement quelques semaines après le début de l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie, les panzers allemands se retrouvent aux portes de Leningrad, l'actuelle Saint-Pétersbourg. Commence alors un siège entré dans l'Histoire qui dure un peu plus de 900 jours.

 

A la mi-septembre 1941, les liaisons terrestres entre la ville et le reste du monde sont coupées. Seule demeure ouverte une liaison par bateau à travers le lac Ladoga. Le martyre de la ville débute avec les bombardements allemands qui ne vont plus cesser avant que la famine ne fasse son apparition, puis le froid avec l'arrivée de l'hiver. Le rationnement est en effet insuffisant pour étancher la faim des habitants qui sont réduits à manger les chevaux, les chiens, les chats, les rats, des écorces ou même de la sciure. Le cannibalisme se répand et la mort rode sur l'ensemble de la ville. Près de 800 000 personnes périssent pendant le siège et les survivants sont si faible qu'en hiver les cadavres sont laissés dans les rues où ils gèlent.

 

Brian Moynahan décrit avec précision le calvaire des habitants de Leningrad en s'appuyant sur des témoignages, des journaux intimes. Il n'oublie pas non plus de raconter les infructueuses tentatives de l'Armée rouge pour lever le siège mais également la vie des simples soldats aussi bien du coté soviétique que du coté allemand. Il montre surtout que, malgré les souffrances, les habitants cherchent encore et toujours à se raccrocher à une certaine normalité qui s'exprime le mieux dans la culture. Malgré le siège, des spectacles et des concerts ont lieu dans Leningrad. Et le plus mémorable de ces concerts a lieu en août 1942 quand est joué la 7e Symphonie de Chostakovitch.

 

Cette symphonie et son compositeur sont le fil rouge du livre de Brian Moynahan. Originaire de Leningrad, le récit de la vie de Chostakovitch permet à l'auteur de retracer l'histoire de la ville avant la guerre, depuis l’assassinat de Kirov en 1934 jusqu'en juin 1941 en passant par les grandes purges de 1937-1938 où disparaissent des proches du compositeur comme Ossip Mandelstam ou le maréchal Toukhatchevski. La répression ne cesse pas avec la guerre et le NKVD continue toujours sa besogne dans Leningrad assiégée. Chostakovitch est évacué de la ville en octobre 1941 et se réfugie à Kouibychev. C'est là qu'il rédige sa symphonie en hommage à sa ville natale et à ses habitants qui désespérément essayent de survivre. L'auteur décrit avec un luxe de détail l'accouchement de ce chef-d’œuvre musical, mais aussi le tour de force que représente son interprétation dans une ville assiégée où les musiciens affamés n'ont plus la force de jouer. Des hauts parleurs permettent sa retransmission sur la ligne de front pour les soldats aussi bien soviétiques qu'allemands.

 

Le récit du siège de Leningrad que fait l'auteur est souvent dantesque. Les anecdotes qui émaillent le texte illustrent le quotidien des habitants fait d'un mélange de sublime, de tragédie et parfois de comique. A travers ce livre, dont le héros principal est la ville de Leningrad et ses habitants, l'auteur montre que l'art peut parfois triompher de l'inhumanité.

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 07:46

2e Guerre mondiale n°56 (octobre-novembre 2014), 2e Guerre mondiale-Thématique n° 36.  

De Kharkov à Koursk

Le dernier numéro de la revue 2e Guerre mondiale livre un article sur l'Ukraine durant la Seconde Guerre mondiale par Vincent Bernard. L'essentiel y est. Mais l'article ne faisant que deux pages, le lecteur reste sur sa faim alors que ce sujet est en soi passionnant et trop mal connu. Il aurait fallu, à notre avis, un article plus long afin de montrer la complexité de la situation ukrainienne durant la Seconde Guerre mondiale. Cela aurait aussi permis de mettre en évidence l'instrumentalisation politique dont cette période est l'objet dans le cadre du conflit civil qui embrasse actuellement ce pays.

 

Signalons également dans ce numéro un dossier sur Joachim Peiper par Stéphane Mantoux qui est l'occasion d'un article sur la contre-offensive de Kharkov où s'illustra Peiper. Concernant le front de l'Est, Stéphane Mantoux est l'auteur d'un numéro thématique sur le matériel utilisé lors de la bataille de Koursk. Les amateurs du genre apprécieront d'autant que les profils présentés sont assez réussis et les descriptions de qualité. L'auteur a également pris soin de livrer une copieuse bibliographie, ce qui fait d'ailleurs tout l’intérêt de ce numéro.

De Kharkov à Koursk
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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 07:34

Jean Lopez, Opération Bagration. La revanche de Staline (été 1944), Economica, 2014.

Bagration

Jean Lopez est un auteur qu'on ne présente plus. Avec son Opération Bagration il signe son 5e ouvrage sur la guerre germano-soviétique. Comme son titre l'indique, ce livre retrace les différentes phases de la destruction du groupe d'armées Centre de la Wehrmacht à l'été 1944. Seulement deux semaines après le débarquement allié en Normandie, les Soviétiques parviennent à détruire 28 divisions allemandes et progressent de plus de 500 km atteignant Varsovie.

 

L'ambition de l'auteur ne se limite pas à une simple description des différentes phases de cette campagne. Il veut montrer que Bagration est un modèle de l'art opératif à la soviétique, c'est à dire le refus de l'encerclement des troupes ennemies au profit d'opérations en profondeur qui visent à détruire sa cohésion et à rendre ainsi impossible la défense du front.

 

Concernant la genèse de Bagration, l'auteur montre l'opportunisme des Soviétiques qui profitent de la formation du « balcon biélorusse » suite à une avancée en Ukraine pour organiser leur campagne. Il en résulte que Bagration ne fut pas une opération prévue longtemps à l'avance. Pour sa réussite les Soviétiques peuvent compter sur les progrès réalisés dans de nombreux domaines notamment dans l'aviation, les transmissions, la coopération interarme. Jean Lopez prend également soin de montrer l'environnement politique et diplomatique qui entoure Bagration. Cette opération vise en premier lieu à favoriser l'ouverture du second front en Europe, c'est à dire le débarquement en Normandie. Cette coordination entre alliés est une première, le fruit de la conférence de Téhéran où pour la première fois, Staline, Churchill et Roosevelt se rencontrent.

 

Après avoir présenté les forces en présence, l'auteur fait le récit de Bagration qu'il découpe en 4 phases chronologiques. Au final l'opération est un succès complet. Le territoire de l'URSS est définitivement libéré ainsi qu'une partie de la Pologne. L'Armée rouge pénètre en Prusse-Orientale et encercle les forces allemandes stationnées dans les pays baltes. Ce succès est d'ailleurs facilité par le refus d'Hitler d'ordonner une retraite. Il faut l'arrivée du général Model à la tête des troupes allemandes pour organiser une défense en profondeur qui parvient finalement à stopper les Soviétiques.

 

L'auteur insiste sur le fait que pour les Soviétiques le but de Bagration est d'atteindre la Vistule. Mais Jean Lopez avance l'hypothèse que pour y parvenir, Staline ne compte pas sur une percée en profondeur. Dans cette optique, Bagration n'est pas l'opération principale de la campagne soviétique. Elle oblige les Allemands, en pulvérisant le groupe d'armées Centre, à dégarnir le reste de leur front notamment en Ukraine. Car c'est là que doit se produire l'offensive principale, celle que lance Koniev en juillet sur l'axe Lvov-Sandomir. En un mois les Soviétiques parviennent effectivement à atteindre la Vistule qu'ils franchissent pour former une tête de pont. Une seconde offensive, menée par Rokossovski, s'empare de Lublin, où s'installe le gouvernement communiste polonais, puis prend la direction de Varsovie où la résistance polonaise lance l'insurrection.

 

Jean Lopez n'élude pas la question de la non-intervention de l'Armée rouge lors de cette insurrection. Il montre qu'elle répond avant tout à des considérations militaires même si elle favorise la politique de Staline en Pologne. Quand Rokossovski atteint les faubourgs de Varsovie, il a perdu sa 2e armée de chars, ses lignes d'approvisionnement sont trop étirés et surtout ses hommes sont épuisés. Il n'a plus les moyens de continuer son avance tandis que les Allemands se sont renforcés. L'insurrection est donc écrasée par la Wehrmacht.

 

Le livre de Jean Lopez est une synthèse solide sur l'une des plus grandes victoires soviétiques de la Seconde Guerre mondiale. S'appuyant sur de nombreux travaux anglo-saxons, allemands mais également des sources russes, servi par un style fluide et clair et des cartes nombreuses, cet ouvrage, le premier en français sur cette campagne, démontre l’intérêt à découvrir un front de l'Est trop longtemps négligé par l'historiographie francophone.

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 08:00

Roger R. Reese, Why Stalin's Soldiers Fought : The Red Army's Military Effectiveness in World War II, University Press of Kansas, 2011.

A la recherche de l'âme du soldat soviétique

 En essayant de répondre à une question simple qui donne le titre à l'ensemble de cette étude, Roger Reese entame un véritable dialogue avec l'ensemble des historiens spécialistes de la Grande Guerre patriotique aussi bien ceux de la période de la guerre froide que ceux de l'après 1989.

 

Le livre débute par une analyse de la Guerre d'Hiver, cette guerre contre la Finlande à l'hiver 1939-1940, qui met à jour les faiblesses de l'Armée rouge. Reese montre surtout que malgré des pertes soviétiques sévères les Finlandais n'ont capturé qu'environ 6 000 soldats soviétiques. Face aux victoires tactiques de l'armée finlandaise et aux quelques avancées soviétiques qui coûtent cher en vies humaines pour des gains insignifiants, le moral des combattants est resté élevé. Si l'auteur montre que cette guerre a été l'occasion de former des détachements de blocage et des bataillons disciplinaires, les appels au patriotisme et la conviction de mener une guerre juste et nécessaire expliquent la faiblesse des désertions et du passage à l'ennemi.

 

Ensuite Roger Reese interroge les raisons des redditions massives lors des encerclements de 1941. Ici s'engage un véritable débat historique pour savoir si les millions de soldats soviétiques capturés sont le fruit des prouesses militaires allemandes ou de l'explosion d'un sentiment antistalinien qui se traduit par les redditions massives. L'auteur refuse les réponses qui s'inscrivent dans ce schéma binaire. Pour lui si les soldats se rendent ce n'est pas uniquement en raison d'une opposition au régime puisqu'il est impossible d'affirmer que ceux qui luttaient été des partisans de Staline. Les raisons des redditions varient selon les circonstances et les situations. L'hostilité au régime aussi bien que les réussites tactiques de la Wehrmacht jouent leur rôle mais également la faiblesse tactique soviétique, les carences des responsables militaires, l'ingérence des civils dans les affaires militaires où le caractère chaotique du champ de bataille qui laisse souvent des soldats mal armés et désorganisés sans chefs.

 

Au terme de son analyse des batailles d'encerclement de 1941, Reese arrive à la conclusion que ce sont les échecs causés par la doctrine militaire soviétique et les erreurs de commandement qui sont en cause. L'armée rouge n'a jamais été préparé à affronter un encerclement et quand les troupes ont été prises en tenaille, la Stavka leur a interdit de manœuvrer pour échapper au piège. Les tentatives ont toujours eu lieu quand l'encerclement était consommé. L'auteur montre également que contrairement à la Guerre d'Hiver, durant Barbarossa les dizaines de milliers de soldats pris dans les encerclements étaient des troupes de l'arrière tandis qu'en Finlande les cas similaires concernaient les troupes de première ligne. Au final, en 1941 l'armée rouge est plus encline à subir de lourdes pertes, la défaite et les redditions face à une armée qui n'a pas encore rencontré l'échec sur le champ de bataille. Les seuls succès soviétiques ont lieu que de petits groupes commandés par des chefs déterminés conservent leur cohésion et leur discipline. Ces petites formations attirent moins l'attention des troupes allemandes chargées de transporter des milliers de prisonniers, d'essayer de rattraper son retard par rapport à l'avancée de blindés qui préparaient les prochains encerclements.

 

La mobilisation de la société soviétique, la motivation, le moral des troupes et le rôle des femmes soldats constituent le reste de l'ouvrage. L'auteur montre alors que les raisons de combattre du soldat soviétique ont évolué durant le conflit. Le patriotisme a joué un rôle important chez les Russes dont l'État stalinien a su jouer alors qu'il est complètement absent chez certaines minorités nationales. La volonté de vengeance contre un ennemi génocidaire anime une haine particulièrement forte aussi bien chez les femmes que les hommes. Il faut noter que de nombreux segments de la société soviétique attendent des changements à la fin de la guerre. Les paysans espèrent ainsi la fin de la collectivisation, les ouvriers une atténuation de la discipline dans les usines et les intellectuels attendent une plus grande liberté et un contrôle moins strict de l'État.

 

Le livre de Roger Reese est d'une grande richesse. Plus qu'un ouvrage didactique c'est avant tout une œuvre qui alimente une véritable réflexion sur le phénomène guerrier. Il raconte également les peurs, les angoisses et les espoirs de ceux qui rejoignirent alors l'armée rouge attendant que de la guerre naisse un avenir meilleur. La réalité de l'Union soviétique d'après 1945 allait, de ce point de vue, être un moment de désenchantement.

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communismeetconflits - dans URSS Grande Guerre patriotique Armée rouge

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")