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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 07:00

Pascal Delwit, Les gauches radicales en Europe, XIXe-XXe siècles, Éditions de l’Université libre de Bruxelles, 2016.

Une histoire de l'Europe rouge

L’ouvrage de Pascal Delwit est un concentré d’érudition, une mine d’informations et une synthèse d’une grande clarté sur l’histoire de la gauche radicale depuis deux siècles.

L’ouvrage est divisé en trois parties, la première, la plus classique, traite de l’apparition du socialisme dans l’Europe au début du 19e siècle, de sa montée en puissance, de son implantation nationale et de son unification au sein des 1e et 2e Internationales. La seconde partie, qui forme le cœur de l’ouvrage et occupe prés des 2/3 du livre, s’intéresse au « court 20e siècle » de 1914 à 1991 et traite exclusivement de l’histoire du mouvement communiste et de ses dissidences trotskistes et maoïstes. La dernière partie, la plus originale, étudie les différentes formes où s’incarne la gauche radicale au lendemain de la chute des pays socialistes en Europe de l’Est et jusqu’à nos jours, que ce soit d’anciennes organisations qui essayent ou non de s’adapter aux temps nouveaux ou de formations nouvelles comme Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce.

Si la dernière partie de l’ouvrage, la plus contemporaine, doit encore passer le cap de la durée pour confirmer ou non certaines hypothèses, la partie sur l’histoire du communisme européen est une véritable référence. L’auteur, par de multiples aller-retours entre sa dimension internationale et nationale, montre à la fois la profonde unité du communisme européen mais également sa diversité dans ses expressions nationales, une diversité qui, à partir de 1956, tend à s’accroître avant son déclin général dans les années 1970-1980. Pour cela, l’auteur s’appuie sur une impressionnante masse de faits et de connaissances ne laissant de côté aucun parti communiste européen, des plus grands comme celui de France ou d’Italie aux plus modestes comme ceux d’Islande ou du Luxembourg.

L’ensemble s’accompagne de nombreuses cartes et tableaux et d’une vaste bibliographie pour faire du livre de Pascal Delwit une excellente synthèse, un instrument de travail, un manuel de qualité pour comprendre et appréhender le destin et la place de la gauche radicale en Europe depuis deux siècles. Un ouvrage indispensable qui a en plus le mérite d’être édité en format de poche à un prix plus que raisonnable pour une telle somme.

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communismeetconflits - dans Communisme en Europe Extrême-gauche
11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 07:00

Carlo Feltrinelli, Senior Service, Christian Bourgeois Editeur, 2001.

Feltrinelli, l’amour de la littérature et de la révolution

En mars 1972, Giangiacomo Feltrinelli, grand éditeur italien et révolutionnaire clandestin trouve la mort au pied d’un pylône électrique dans l’explosion d’une bombe qu’il avait déposée. Dans ans auparavant, il a écrit une lettre à son fils, Carlo qui fête ses 8 ans, pour lui expliquer les raisons de son absence, son combat en faveur des ouvriers et contre l’injustice et le fascisme. Trente ans plus tard, ce fils, après une minutieuse enquête, raconte le destin de ce père, un homme qui fut animé à la fois par la passion des livres et de la révolution.

Feltrinelli voit le jour à Milan en 1926 au sein d’une des familles les plus fortunées d’Italie, son père est un industriel et un financier tandis que sa mère est la fille d’un banquier. Il grandit dans un milieu privilégié, voyage beaucoup et fréquente la famille royale italienne. Il découvre néanmoins la condition ouvrière au contact des employés qui travaillent pour sa famille.

Il rejoint en 1944, les troupes italiennes qui combattent les Allemands et commence à lire Marx. Un an plus tard, il rejoint le Parti communiste italien à qui il fournit des renseignements sur les milieux monarchistes que fréquente sa mère. C’est aussi à cette période qu’il hérite de la fortune de son père ce qui lui permet de faire de généreux dons au PCI et de préparer un grand projet culturel, une bibliothèque rassemblant des documents sur l’histoire du mouvement ouvrier.

Quelque temps plus tard, Feltrinelli fonde une maison d’édition qui connaît rapidement le succès en publiant Lampedusa, Borges, Lessing, Kerouac, Garcia Marquez mais également Che Guevara. Mais ce qui donne à Feltrinelli une renommée mondiale, c’est la publication du Docteur Jivago de Pasternak dont il acquiert les droits pour l’ensemble de la planète à l’exception de l’URSS où le livre ne sera publié qu’en 1989.

L’auteur consacre une grande partie de son livre aux relations compliquées entretenues entre Feltrinelli et Pasternak et donne de larges extraits de leurs correspondances dont une partie fut interceptée par le KGB. Si le Docteur Jivago est un succès mondial, l’obstination et les subterfuges déployés par Feltrinelli pour parvenir à le publier, malgré les réticences des autorités soviétiques, marque une première faille dans les relations entre l’éditeur et le PCI. L’invasion de la Hongrie par les blindés soviétiques en 1956 conduit finalement à la rupture et en 1958, Feltrinelli n’est plus membre du PCI.

En 1959, Feltrinelli se rend à Cuba pour essayer de persuader Fidel Castro de rédiger ses mémoires. Il devient aussi l’ami de Che Guevara et défend les luttes de libération nationale des pays du tiers-monde. Sur le plan éditorial, il publie les auteurs du Groupe 63 qui réunit des écrivains d’avant-garde mais également la revue Tricontinentale. Feltrinelli, devenu l’une des figures du gauchisme culturel des années 1960, son destin bascule en même temps que l’Italie entre dans les années de plomb. Il noue des contacts avec des militants gauchistes dont Renato Curcio l’un des fondateurs des Brigades rouges et alors que l’Italie connaît ses premiers attentats dont Feltrinelli est accusé d’être l’inspirateur.

Persuadé que l’Italie est à la veille d’une prise de pouvoir par le fascisme, il prend le chemin de la lutte armée et devient clandestin. Il vit alors dans la solitude, achetant des armes et des appartements pour en faire des planques et nouant des liens avec de petits groupes clandestins d’extrême-gauche pour lesquelles il fabrique de manière artisanale des bombes. C’est l’une d’entre elles d’ailleurs qui le tue en 1972 dans des circonstances mystérieuses.

Insaisissable et inclassable, le destin de Giangiacomo Feltrinelli rend compte d’une époque marquée par la passion politique où un millionnaire rouge pouvait mourir pour ses idées.

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communismeetconflits - dans Communisme italien Terrorisme Extrême-gauche Italie
23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 07:02

Serge Savoie, RG, La traque d’Action directe, Nouveau Monde Éditions, 2011.

RG contre Action directe

Serge Savoie, policier aux Renseignements généraux, fait le récit de sa participation à l’enquête concernant les activités et le démantèlement du groupe Action directe. Il existe déjà une vaste littérature sur ce sujet, dont de nombreux témoignages, notamment celui de Jean-Pierre Pochon. L’intérêt du livre de Savoie est que ce dernier n’a cessé d’être au cœur de cette poursuite policière depuis les années 1970 jusqu’à l’arrestation des dirigeants du groupe en février 1987.

 

Les faits sont bien connus, Action directe naît à la confluence d’un antifranquisme armé et du bouillonnement du mouvement autonome à la fin des années 1970. Le groupe se signale dès 1979 par des braquages et le mitraillage des façades de bâtiments officiels ou de celui du CNPF. Mais ses principaux dirigeants sont arrêtés dès septembre 1980. L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 entraîne la libération des membres d’Action directe qui organisent de nouveaux attentats dès la fin de 1981. Rapidement le groupe se radicalise et ses actions se font plus violente. En mars 1982, un informateur de la police est abattu, en mai 1983 la fusillade de l’avenue Trudaine où deux policiers sont tués, en janvier 1985 l’assassinat de l’ingénieur général Audran, en novembre 1986 l’assassinat de Georges Besse patron de Renault. L’aventure prend fin avec l’arrestation des quatre dirigeants d’Action directe en 1987.

 

Serge Savoie n’aborde qu’à la marge les motivations politiques et idéologiques d’Action directe, son ouvrage se voulant un récit factuel de l’action policière contre le groupe. Il se lit donc comme un polar passionnant d’autant que l’auteur fournit de nombreuses précisions et ne tombe jamais dans un manichéisme simpliste. Il ne démonise pas les membres d’Action directe et montre même une certaine sympathie pour la personne de Rouillan. A contrario, il ne cache pas les conflits entre services de polices, les rivalités entre les hommes chargés de diriger la poursuite contre Action directe, l’ingérence du politique dans l’enquête. L’arrestation en septembre 1980 de Rouillan et Ménigon a ainsi failli tourné au fiasco sanglant en raison d’une préparation insuffisante et du manque de sang-froid de certains responsables. Autre raté policier, la mort de Chahine, un informateur, abattu par Action directe à la suite d’une indiscrétion d’un inspecteur de police.

 

Le livre de Serge Savoie n’épuise pas, bien entendu, son sujet et il manque encore une étude historique sur Action directe. Mais en tant que témoignage d’un acteur essentiel de cette histoire, il apporte sa part de vérité sur le parcours de l’organisation la plus emblématique du passage à la lutte armée d’une partie de l’extrême-gauche française.

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communismeetconflits - dans Terrorisme Extrême-gauche Lutte armée
12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 08:01

Stefan Aust, Baader-Meinhof: The Inside Story of the RAF, Oxford University Press, 2009.

Au coeur de la Fraction armée rouge

D'abord publié en 1985 le livre de Stefan Aust a servi de base à la réalisation d'un film allemand en 2008 consacré à l'histoire de la Fraction armée rouge. Journaliste, Aust a travaillé durant trois ans dans les années 1960 avec la revue Konkret où il a côtoyé Ulrike Meinhof et de nombreux représentants de l'extrême-gauche de l'époque. Sa carrière le conduit ensuite à devenir rédacteur en chef du magazine Der Spiegel tout en restant pendant une vingtaine d'années un observateur attentif des actions de la RAF.

 

Utilisant les témoignages de membres ou de proches du groupe, l'auteur montre que les premiers dirigeants de l'organisation, s'ils utilisent un discours maoïste, sont surtout fascinés par les Tupamaros uruguayens et par les vues de Carlos Marighella sur la guérilla urbaine. Mais dans l'ensemble le groupe dédaigne la théorie révolutionnaire et privilégie l'action, pensé sur un mode essentiellement conspiratif. Le passage à la clandestinité correspond d'ailleurs à un état d'esprit répandu à l'époque dans les milieux de la gauche extra-parlementaire mêlant protestation contre l'État et appel à l'action. Mais la clandestinité nécessite des moyens pour louer des logements et le braquage de banques devient rapidement la source principale pour obtenir des fonds. Aust montre que la RAF bénéficie alors de nombreuses complicités dans la société civile. Mais il dit peu de choses des gens qui ont accepté d'aider le groupe et les disculpe sans discussion de toute complicité.

 

Une étape importante sur la voie qui conduit la RAF au terrorisme est la formation de l'OLP en Jordanie. Le groupe noue alors des liens étroit avec cette organisation et surtout avec son aile la plus radicale, Septembre noir. Mais le passage au terrorisme retourne l'opinion publique allemande contre la RAF, une opinion qui demande alors clairement à l'État de mettre fin aux agissements terroristes. Une active collaboration entre la police et les services de renseignements permet rapidement, sous le gouvernement du social-démocrate d'Helmut Schmidt, l'arrestation ou la mort de la première génération de la RAF.

 

En prison à Stammheim, les dirigeants emprisonnés multiplient les textes qui condamnent la société allemande et appellent à continuer à utiliser la violence. Ils deviennent des références pour une seconde génération de militants de la RAF qui souhaitent faire libérer leurs aînés. Mais après l'échec d'un détournement d'avion à Mogadiscio, Andras Baader et Gudrun Ensslin sont retrouvés morts dans leurs cellules. Pour Aust, le responsable de ces décès est le gouvernement ouest-allemand. Pour appuyer cette affirmation il fait références à des dossiers secrets et à des agents du gouvernement mais hélas sans apporter d'éléments vraiment concluant.

 

Aust évite également soigneusement de prendre position au sujet des actions de la RAF et surtout il n'essaye à aucun moment de s'interroger pour savoir si sa connaissance intime du groupe n'altère pas son jugement de journaliste. Il laisse également dans l'ombre le rôle de la RDA dans le soutien à la RAF et se désintéresse des victimes des actions de la RAF. Mais cela n'est pas le plus gênant, bien moins en tout cas que l'absence de date concernant les interviews utilisés, leur caractère anonyme et plus largement l'absence de références concernant les documents cités. Au final voici un livre qui n'est pas un livre d'histoire mais plutôt un témoignage qui peine souvent à convaincre.   

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communismeetconflits - dans Terrorisme Extrême-gauche

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Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")