Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 07:28

Alain Frerejean, Tito, Truman. Le coup d’arrêt à Staline, La Bisquine, 2014.

Tito et Truman

La biographie parallèle est un genre ancien qui connaît toujours la faveur des auteurs comme le prouve le livre d'Alain Frerejean. Ce dernier n'est d'ailleurs pas à son coup d'essai puisqu'en 2013 il fut l'auteur d'une biographie croisée de Churchill et Staline. Ici il s'attaque à deux personnages moins flamboyants, Tito le chef partisan puis dirigeant de la Yougoslavie et Harry Truman, le 33e président des États-Unis. Leur point commun réside dans leur opposition aux desseins expansionnistes de Staline aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale.

 

L'auteur axe la première partie de son ouvrage sur Tito dont il décrit l'enfance, la jeunesse, les tribulations dans l'Europe en de la Grande Guerre, le parcours de militant communiste et enfin le rôle de chef des partisans. Puis il s'attache à Truman, un homme modeste du Midwest, un petit boutiquier qui connaît la faillite avant de se lancer dans la politique où il se fait remarquer pour son intégrité et son pragmatisme. Voici donc deux destins bien différents. C'est la guerre et l'occupation allemande de la Yougoslavie qui propulse Tito chef des partisans. Il est reconnu par les Alliés occidentaux comme un partenaire ce qui lui permet de marginaliser ses adversaires nationalistes. Lors de l'effondrement de l'Allemagne, ses partisans libèrent la plus grande partie du pays sans l'aide des Soviétiques et Tito prend en main le pays.

 

Pour Truman ce sont les combinaisons de la machine démocrate qui le propulse vice-président des États-Unis lors du 3e mandat de Roosevelt. Il faut le décès de ce dernier pour que Truman devienne, presque accidentellement président. C'est lui qui prend la décision de lancer des bombes atomiques sur le Japon, c'est lui qui négocie avec Staline à Potsdam. Peu à peu la Guerre froide se profile. Si dans un premier temps Truman se montre conciliant, rapidement il prend conscience des desseins soviétiques. Le coup de Prague le décide à s'engager plus avant contre l'URSS. Il soutient le gouvernement monarchiste grec contre les communistes et met sur pied le plan Marshall pour relever les économies de l'Europe. Surtout il affronte avec courage l'épreuve de force avec Staline lors du blocus de Berlin en 1948.

 

Après 1945 Tito impose son pouvoir en Yougoslavie et se montre plus radical que les autres démocraties populaires. Mais rapidement il refuse la tutelle soviétique ce qui conduit en 1948 à la rupture avec Moscou. Si Staline essaye de déstabiliser la Yougoslavie, organise des projets d'attentat contre Tito, il ne recourt pas à la force armée contrairement à ce qui se passera en 1956 à Budapest et en 1968 à Prague. 1948 marque ainsi le rapprochement, au départ improbable entre les États-Unis et la Yougoslavie socialiste. L'auteur retrace ensuite avec détail le reste de la présidence Truman, notamment la guerre de Corée, puis plus succinctement sa vie jusqu'à sa mort en 1972 ainsi que celle de Tito.

 

L’intérêt de ce livre est de se concentrer sur deux personnalités mal connues mais dont le rôle fut essentiel. Néanmoins l'auteur fait preuve d'un certain manichéisme en présentant face à face un Truman bon mari, intègre, voué exclusivement à la défense du monde libre face à un Tito mégalomane, mauvais père, coureur de jupons, retors et criminel. Surtout le lecteur peut regretter que l'auteur ne développe pas plus la question des liens entre Américains et Yougoslaves face aux Soviétiques.

 

Le livre d'Alain Frerejean, d'une lecture agréable et aisée, s'il n'évite pas les clichés et reste trop souvent factuel, est néanmoins une bonne introduction pour ceux qui veulent découvrir la genèse et le début de la Guerre froide.  

Repost 0
4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 07:30

Ben Shepherd, Terror in the Balkans: German Armies and Partisan Warfare, Harvard University Press, 2012.

 

51bQa111pEL SL500 AA300

Après avoir consacré une étude détaillée à l'action anti-partisane de l'armée allemande en Union soviétique à travers l'étude d'une division de sécurité, l'historien britannique Ben Shepherd utilise la même focale mais sur un autre théâtre du conflit les Balkans. Précisons d'emblée que l'auteur ne s'intéresse qu'à la Yougoslavie et n'accorde aucune attention à la Grèce. La période chronologique étudiée ne concerne essentiellement que les années 1941-1942 et laisse de coté 1944, pourtant l'année où la guerre de partisans fut la plus intense. Cette absence vient essentiellement du fait que Ben Shepherd s'intéressent plus aux relations entre les troupes allemandes et la population civile qu'à la guerre contre les partisans proprement dite.


Pourtant la situation yougoslave est particulière puisque dans ce pays le mouvement partisan se structure rapidement et dès 1941 il engage des opérations d'envergure. Il parvient ainsi à s'organiser et à s'armer de telles manières qu'il se transforme vite en une armée conventionnelle. La lutte contre les partisans en Yougoslavie a donc une dimension opérationnelle bien plus forte que dans le reste de l'Europe où elle reste longtemps confinée à de simples opérations de maintien de l'ordre.


L'auteur montre qu'à l'origine de l'attitude allemande envers les populations civiles se trouvent les théories issues du darwinisme social qui détermine un fort mépris envers les populations slaves. De manière plus originale il avance également l'idée que le souvenir de la Grande Guerre joue un rôle non négligeable dans la brutalité de l'occupation allemande. Le sentiment anti-serbe développé dans l'armée autrichienne durant la Première Guerre mondiale aurait selon lui été transmis à la Wehrmacht après l'Anschluss de 1938 et explique la violence des rapports avec les civils. Si l’explication est séduisante aurait-elle eu le meme impact si l'auteur avait intégré la Grèce dans son analyse ?


Le lecteur peut également regretter que l'auteur ne profite pas de la proximité géographique pour comparer l'occupation allemande avec d'autres occupations puisque la Yougoslavie est également occupée par les Italiens, les Hongrois et les Bulgares. Autre critique de taille, l'étude du mouvement partisan est presque inexistante tout comme l'utilisation de sources serbes. La dimension inter-ethnique du conflit en Yougoslavie est aussi complètement négligée alors qu'elle joue un rôle essentielle dans la mémoire collective et dans l'éclatement du pays au début des années 1990.


Si la guerre de partisans est délaissée, le livre est néanmoins une contribution supplémentaire à l'historiographie récentes des crimes de guerre commis par la Wehrmacht. Cette dernière, par son mépris des partisans qu'elle a largement sous-estimé, se borne vis-à-vis des civils à une politique de terreur. Shepherd confirme donc à nouveau que la Wehrmacht fut un acteur majeur des crimes de guerre en essayant de mettre en lumière l'arrière-plan culturel à l'origine de cette participation des militaires à la folie criminelle nazie.

 

Repost 0
communismeetconflits - dans Communisme yougoslave
24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 13:08

 

9781849086011-th2 

David Greentree, Knight's move. The Hunt for Marshal Tito, 1944, Osprey, Oxford, 2012.

Repost 0
communismeetconflits - dans Communisme yougoslave
24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 13:04

51bQa111pEL SL500 AA300

Ben Shepherd, Terror in the Balkans. German Armies and Partisan Warfare, Harvard University Press, Harvard, 2012.

Repost 0
communismeetconflits - dans Communisme yougoslave

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")