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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 07:40

Pascale Nivelle, Histoire du Petit Livre rouge, Tallandier, 2016.

Le missel rouge du maoïsme

Le Petit Livre rouge, ou plutôt les Citations du président Mao selon son titre exact, est certainement l’une des opérations de propagande la plus gigantesque et la mieux réussie du 20e siècle. Pascal Nivelle, ancienne correspondante de « Libération » en Chine, raconte dans un livre plein d’humour l’histoire de ce livre de poche à la couverture plastifiée écarlate, cauchemar de millions de Chinois et missel des petits bourgeois révolutionnaires européens notamment français.

La genèse du Petit Livre rouge a lieu au siège du Quotidien de Tianjin en 1961 quand une documentaliste décide de compiler quelques citations du président Mao afin d’avoir en réserve des paroles du Grand Timonier à publier dans le journal. L’idée et le petit carnet rédigé par cette documentaliste parviennent un jour au directeur du journal de l’Armée populaire de libération qui décide d’enrichir le pensum de sa collègue. L’intérêt de ce militaire pour les paroles de Mao n’est pas innocent. Le président, mis sur la touche après l’échec du Grand Bond en avant, a en effet décidé de reprendre les commandes et d’écarter ses rivaux. Pour cela il souhaite s’appuyer sur l’armée dirigée par son fidèle Lin Biao. La compilation de ces formules mise au point par les militaires plaît à Mao qui décide de la faire publier. La première version sort en 1964 avec une préface de Lin Biao, destinée exclusivement aux soldats. Devant le succès que rencontre le livre, de nouvelles versions sont édités et la diffusion s’élargit à l’ensemble de la population chinoise. Muni d’une couverture rouge en plastique, le Petit Livre rouge est alors diffusé à des millions d’exemplaires dans toutes les provinces du pays. Avec le lancement de la Révolution culturelle en 1966, il devient l’objet d’un véritable culte. Brandi en toutes circonstances comme un talisman, il est lu et récité en boucle avec ferveur par des adolescents qui forment la majorité des Gardes rouges et qui pensent avoir trouvé dans cette lecture les clefs pour révolutionner un pays qui ne leur laisse pas de place.

Très vite, le Petit Livre rouge s’internationalise et devient un objet de fascination pour une frange des intellectuels et de la jeunesse contestataire occidentale qui s’entichent d’une Chine qui leur apparaît plus révolutionnaire et plus dynamique que l’URSS de Brejnev. La Chine est alors à la mode, notamment en France entre le col mao, la chanson de Nino Ferrer « Mao et moa » et « La Chinoise » de Godard. Le maoïsme et son bréviaire en plastique écarlate enflamment les esprits à l’École normale supérieure, à la Sorbonne ou à Saint-Germain des Prés plus sûrement qu’à Billancourt. Les voix isolées qui, comme celle du sinologue belge Simon Leys, essayent de montrer que derrière le Petit Livre rouge se cache une féroce lutte au cœur du pouvoir chinois, accompagnée de persécutions et de crimes causant la mort de centaines de milliers de personnes, sont condamnées et ostracisées.

La mort, en septembre 1971, de Lin Biao, signe le déclin du Petit Livre rouge. Le maréchal a trahi Mao et l’opprobre qui s’abat sur sa mémoire rejaillit sur l’ouvrage dont il fut le concepteur. Les Chinois veulent également tourner la page éprouvante de la Révolution culturelle. En France, la vague maoïste dure encore quelques années avant que ses adeptes ne jettent aux orties leurs idoles de jeunesse pour ne conserver qu’un silence, bien souvent honteux, sur leur passé rouge. Il est vrai que nombre d’entre eux se sont intégrés « comme des poissons dans l’eau » à la société libérale, n’hésitant pas à dénoncer le passé trouble de leurs adversaires.

Le livre de Pascale Nivelle alterne donc entre tragédie et ridicule pour raconter l’histoire d’un livre hors-norme, non pas comme chef-d’œuvre de réflexion ou de littérature, mais comme l’un des plus efficaces instruments de propagande maoïste. Cet évangile selon Mao qui marqua une époque méritait bien un livre que les lecteurs prendront plaisir à découvrir tant il nous replonge dans un passé oublié et pourtant pas si lointain.

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communismeetconflits - dans Communisme chinois Mao Zedong Maoïsme
23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 07:33

Alain Roux, Chiang Kaï-shek, un destin trop grand, Payot, 2016

Le rival de Mao

Alors que Mao Tsé-toung a été l’objet de nombreuses biographies, il n’en existait pas, en français, de son grand rival, le généralissime Chiang Kaï-shek. Cette absence est aujourd’hui largement comblée avec la belle biographie que lui consacre Alain Roux.

 

Il n’est pas possible de tracer ici, en quelques lignes, le destin de Chiang Kaï-shek qui se confond en grande partie, au moins jusqu’à la fin des années 1950 avec l’histoire de la Chine. Comme de nombreux Chinois de sa génération, notamment Mao, Chiang a particulièrement souffert des humiliations que les puissances occidentales et le Japon infligèrent à son pays au moment de la guerre des Boxers en 1900. Restaurer la puissance et le prestige de son pays devint alors l’aiguillon qui guida son action et sa politique. Obscur militaire nationaliste à ses débuts, il parvint rapidement à se faire un nom auprès de Sun Yat-sen dont il se réclama par la suite l’héritier tout en prenant le contre-pied de sa politique sur certains points. Il en fut ainsi des relations entre nationalistes et communistes. Si Sun avait initié le rapprochement entre ces deux forces, obtenant ainsi le soutien, notamment militaire, de l’URSS, Chiang fut l’homme de la rupture avec les communistes qu’il massacra impitoyablement à Shanghaï en 1927 puis qu’il poursuivit lors de campagnes d’extermination qui faillirent d’ailleurs mettre un terme à l’existence du mouvement communiste chinois.

 

C’est la guerre contre le Japon en 1937 qui sauve Mao et ses partisans en forçant Chiang a tourné toute ses forces contre l’envahisseur et à consentir une alliance précaire avec les communistes qui lui permet d’obtenir le soutien de Moscou contre Tokyo. Chiang affronte seul les armées japonaises avant de recevoir l’aide des alliés occidentaux à partir de la fin 1941. Si la victoire finale de 1945 permet à la Chine d’entrer dans le cercle des Grands avec un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU, la guerre a largement ébranlé son image d’unificateur du pays. Les défaites militaires successives, l’inflation galopante, le développement de la corruption et l’absence de liberté minent le régime de Chiang qui va s’effondrer en quelques années face aux armées communistes.

 

Vaincu, Chiang se réfugie sur l’île de Taïwan dont il entend faire sa base de départ pour reconquérir le continent. S’il bénéficie de la protection militaire américaine contre une attaque de la Chine populaire, son projet de reconquête ne verra jamais le jour. Pire encore, en 1972, Nixon rend visite à Mao tandis que le siège chinois au Conseil de sécurité de l’ONU est retiré à Chiang pour être donné à la Chine populaire. Dernier pied-de-nez de la vie, Chiang ne verra pas mourir son adversaire de toujours puisqu’il décède un an avant Mao.

 

S’appuyant sur le journal intime de Chiang, Alain Roux offre un portrait mesuré et sans complaisance d’un ambitieux qui, une fois arrivé au pouvoir ne se montra pas un grand politique, ni un grand stratège militaire. Son autoritarisme qui parfois se teinte d’une tentation fasciste, ses liens avec le crime organisé, son recours à l’assassinat politique finissent de dessiner un personnage qui paradoxalement est l’objet depuis quelques années d’une relative réhabilitation en Chine. Ce retour en grâce, signe d’un renouveau du nationalisme chinois, doit être surtout mis en parallèle avec le jugement plus mesuré, voire critique, des Chinois envers la politique maoïste. Néanmoins cette revanche posthume de Chiang sur Mao ne doit pas faire oublier que ce dernier surpasse le premier, non pas humainement, mais comme dirigeant politique sachant évaluer correctement un rapport de forces et utiliser les faiblesses et les divisions de ses adversaires pour rebondir quand le pouvoir semble lui échapper.

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 07:18
La Chine en guerre dans les années 1920

Le blog "L'autre coté de la colline" propose un article d'Albert Grandolini sur la réunification par les armes de la Chine de 1925 à 1930.

 

L'auteur décrit les relations qui se nouent dés 1923 entre le Kuomintang et l'URSS, l'aide militaire soviétique, l'émergence du Parti communiste chinois, son role dans les insurrections qui ébranlent le pays et dans la campagne de réunification de la Chine. Il décrit également la rupture entre communistes et nationalistes en 1927 puis la naissance de l'armée rouge chinoise.

 

A article de qualité et largement illustré de cartes et de photos. A lire ici.

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communismeetconflits - dans Communisme chinois
6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 07:49

Rémi Kauffer, Le siècle des quatre empereurs, Perrin, 2014.

Les batisseurs de la Chine moderne

Pour raconter l'histoire de la Chine au 20e siècle, le journaliste Rémi Kauffer a choisi le biais de la biographie ou plutôt de quatre biographies, celles de Sun Yat-Sen de Chiang Kaï-Shek, de Mao Zedong et de Deng Xiaoping. En suivant le destin des 4 grands hommes qui ont marqué le 20e siècle chinois, il retrace la formidable ascension d'un pays millénaire qui d'une semi-colonie en 1900 est devenu cent ans plus tard une puissance mondiale tant politique, militaire qu'économique.

 

Chacun de ces 4 empereurs joua un rôle central dans le redressement chinois. Sun Yat-Sen fut le père de la Révolution chinoise. Chiang Kaï-Shek unifia et modernisa le pays avant que ses efforts ne soient ruinés par l'invasion japonaise. Mao Zedong imposa au pays un modèle communiste désastreux économiquement et effroyable en coût humain mais consolida l'indépendance du pays. Deng Xiaoping sut imposer les réformes économiques nécessaires pour faire de la Chine une grande puissance économique.

 

L'approche de l'auteur permet d'apprécier l'apport de chacun à la construction de la Chine moderne mais aussi leur limite. Les ruptures et les continuités apparaissant entre chaque période, chaque pas en avant se faisant le plus souvent dans les convulsions et les souffrances. Mais au-delà des différences idéologiques et politiques entre les 4 empereurs, ce qui anime leurs actions c'est la volonté de rendre à la Chine sa grandeur et son indépendance.

 

Le livre, clair et bien construit, fourmille d'informations et permet aux lecteurs de suivre, sans se perdre, les multiples péripéties des luttes militaires, politiques et diplomatiques chinoises, l'auteur sachant aller à l'essentiel sans se perdre dans les détails. Surtout il n'affiche pas de préférence pour l'un de ces 4 protagonistes, mettant à nu les qualités et les faiblesses de chacun sans parti pris. Un seul bémol toutefois, l'absence d'une carte de la Chine pour permettre aux lecteurs de se repérer.

 

Voici donc le récit, mené avec talent et un certain souffle, d'une épopée qui a façonné l'histoire mondiale et qu'il est indispensable de connaître pour comprendre et appréhender la Chine contemporaine.

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communismeetconflits - dans Chine populaire Communisme chinois Biographie
4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 07:46

Harold M. Tanner, The Battle for Manchuria and the Fate of China: Siping, 1946, Indiana University Press, 2013.

Une bataille pour la Chine

La guerre civile chinoise, qui opposa de 1945 à 1949 communistes et nationalistes, est très mal connu en France. Il n'existe d'ailleurs à notre connaissance aucun ouvrage en français sur ce conflit obligeant le curieux à se tourner vers l'historiographie anglo-saxonne pour mieux connaître un événement fondateur de la Chine contemporaine. Le livre de Tanner, professeur à l'Université de North Texas, ne traite pas de l'ensemble de cette guerre civile, mais d'une bataille cruciale qui eut lieu au printemps 1946 près de la ville de Siping en Mandchourie.

 

Longtemps occupée par les Japonais la Mandchourie tombe entre les mains des Soviétiques en août 1945. Lorsqu'ils s'en retirent, début 1946, après la signature de la paix avec le Japon, ils laissent le contrôle de la région aux communistes chinois de Mao. Cette situation est bien entendu inacceptable pour le gouvernement nationaliste qui commence alors à faire marcher ses troupes pour reprendre le contrôle de la Mandchourie. L'état-major communiste prend la décision d'engager une bataille décisive autour du nœud ferroviaire de Siping afin de briser l'armée nationaliste et de s'assurer le contrôle total de la Mandchourie. L'adoption de cette stratégie de guerre conventionnelle est un tournant sur le plan militaire pour les communistes chinois qui jusqu'alors ne pratiquaient que la guérilla. Ils se retranchent donc dans la ville de Siping mais après des semaines de violents combats, ils sont obligés de se retirer tandis que les troupes nationalistes entrent dans Siping. C'est alors que prend effet le cessez-le-feu négocié sous la pression du général américain Georges Marshall.

 

Les Américains craignent en effet que les communistes ne parviennent à renverser un gouvernement nationaliste gangrené par la corruption et l'incompétence. Ils espèrent que la fin des combats permettra de gagner le temps nécessaire pour renforcer le camp nationaliste et le maintenir en place. Mais le cessez-le-feu est rapidement rompu et l'affrontement reprend. Après plusieurs campagnes les nationalistes sont vaincus tandis que les communistes proclament la République populaire.

 

Au-delà de la description du contexte politique et de la bataille proprement dite, que l'auteur rend parfaitement compréhensible, l’intérêt du livre réside surtout dans les débats concernant l'enjeu et la portée de la bataille de Siping. Cet événement est en effet au cœur de controverses historiographiques et politiques. Pour les nationalistes elle fut une chance de gagner la guerre, chance qui fut gâchée par la signature d'un cessez-le-feu. Coté communiste se pose la question du bien-fondé du changement de stratégie militaire, le passage de la guérilla à la guerre conventionnelle. Sur le premier point Tanner répond clairement que les problèmes de logistiques auraient empêché l'armée nationaliste d'exploiter son succès à Siping. Sur le second l'auteur montre que la décision de Mao s'est soldée par un gaspillage des ressources militaires.

 

Le livre de Tanner, bien documenté et utilisant à la fois des sources communistes et nationalistes, est d'un accès facile et d'une lecture fluide. Une lecture indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à la guerre civile chinoise et plus largement à la naissance de la République populaire.

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communismeetconflits - dans Communisme chinois Guerre civile chinoise
12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 07:12

Dagfinn Gatu, Village China at War, the Impact of Resistance to Japan, 1937-1945, University of British Columbia Press, 2008.

Le communisme chinois et la guerre contre le Japon

En juillet 1937, au moment où les troupes japonaises envahissent la Chine, le Parti communiste chinois est isolée au nord-ouest de la Chine autour de la ville de Yanan où il contrôle seulement deux millions de personnes. En 1945, quand le Japon capitule, il domine le nord du pays, un territoire recouvrant plus de 100 millions d'habitants. Le Parti est lui même passé de 40 000 membres à la fin des années 1930 à plus d'un million à la fin de la guerre. Cette croissance rapide permet à Mao Tse-toung de poser les bases lui permettant de vaincre le gouvernement nationaliste dans une guerre civile qui se termine par la création de la République populaire en 1949.

 

Dagfinn Gatu essaye dans son livre de déterminer les raisons qui ont permis cette formidable expansion du communisme chinois en période de guerre. Pour commencer il fait un point historiographique sur le sujet et dégage deux grandes interprétations, celle pour qui le nationalisme paysan exaspéré par l'invasion et les atrocités japonaises joue un rôle clef et une seconde qui insiste sur la politique agraire du PC chinois pour rallier les paysans du nord de la Chine.

 

L'auteur, en s'appuyant sur de nombreuses archives, tant chinoises que japonaises, ne choisit pas entre ses deux interprétations mais se place à mi-chemin et fournit une synthèse entre ses approches. Le livre n'est pas un ouvrage d'histoire militaire, il n'y a là aucun récit de bataille et les campagnes militaires ne sont que rapidement évoquées. Mais la guerre imprègne l'ensemble des analyses puisqu'elle influence fortement les efforts d'organisation des campagnes par les communistes. Ces derniers qui doivent financer la guerre essayent tout à la fois de tirer des paysans les ressources nécessaires pour se battre tout en gagnant leur soutien. Ils réussissent avec brio à maintenir l'équilibre entre ces deux exigences contradictoires.

 

La tache des communistes n'est pas facile car ils manquent cruellement de cadres pour encadrer la population. Ces derniers sont loin d'avoir les compétences nécessaires pour assurer ces fonctions d'autant qu'ils sont victimes des purges et de la répression japonaise. Dans les zones contrôlées par le Parti, ils organisent des élections et mettent en place une politique de redistribution des richesses qui se heurtent parfois à de fortes résistances. Le succès des communistes chinois durant la guerre provient au final de leur capacité à faire face aux énormes exigences de la guerre et à mobiliser la population dans une région aux ressources limitées.

 

Le livre est d'une lecture aride en raison de la complexité du sujet. La Chine du nord est un espace contrasté entre les grandes plaines où les Japonais font des raids et les zones montagneuses qui favorisent les combattants communistes. La population chinoise a des réactions diverses face aux belligérants. Dans certaines régions les atrocités japonaises intimident les paysans qui voient dans les soldats communistes les responsables des représailles. Là où les communistes ont les moyens d'assurer la défense des populations cette dernière se rallie au nouvel ordre social. Au final l'auteur insiste sur cette diversité des situations locales pour éviter de donner des conclusions trop générales, ce qui peut frustrer certains lecteurs.

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communismeetconflits - dans Communisme chinois Seconde Guerre mondiale
13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 07:49

1911, Révolution film chinois de Jackie Chan et Zhang Li, 2012.

1911, entre caricature et propagande

Les films sur la Révolution ou la guerre civile chinoise sont des denrées assez rares sur les écrans occidentaux pour ne pas avoir envie de jeter un coup d’œil sur une superproduction sortie pour le centième anniversaire de la révolution de 1911. C'est en effet en octobre 1911 que des militaires se mutinent à Wuhan donnant le signal de la révolution de Xinhai qui entraîne la chute de la dynastie mandchoue et de la Chine impériale millénaire au profit de la République.

 

Mais quelle déception ! Une histoire brouillonne qui rend incompréhensible le déroulement des événements. Sans parler de l'addition de personnages, dûment présenter à l'écran par leur nom et fonction, mais qui ne font que passer, compliquant la tache du spectateur le plus attentif à essayer de suivre l’enchaînement des faits retracé. Les scènes se succèdent de manière brouillonne sans liens entre elles. D'ailleurs la présence de nombreux écrans explicatifs apparaît comme une bouée de secours indispensable pour ne pas être totalement perdu.

 

Celui qui pourrait croire que la présence de la star Jackie Chan dans ce film permettrait de lui donner un peu de tonus se trompe. Les scènes de bataille sont plutôt rares tandis que se multiplient les discussions politiques et stratégiques sans intérêt. D'ailleurs le personnage qu'incarne Jackie Chan, Huang Xin, un combattant qui se retrouve rapidement commandant de l'armée révolutionnaire et vit la révolution de l'intérieur est vite éclipsée par celui de Sun Yat-Sen qui passe pourtant le plus clair de son temps à l'étranger.

 

D'ailleurs les principaux personnages apparaissent comme des caricatures sans aucun relief à l'image d'un Sun Yat-Sen qui n'a aucune aspérité et incarne le bien. Au contraire l'impératrice douairière est une coquette hystérique tandis que le maréchal Yuan Shikai est un gros militaire qui ne cherche qu'à s'enrichir.

 

Les réalisateurs ont voulu donner une approche générale et didactique de la Révolution mais sans lui donner aucune émotion. Voici un bon film de propagande où les méchants n'ont rien pour eux tandis que les gentils sont des héros qui se sacrifient pour l'indépendance de la Chine. Comme toujours la connaissance historique est la grande perdante de ce genre de réalisation qui néglige de mettre en perspective les faits, de montrer la face sombre de la révolution ainsi que ses échecs.

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communismeetconflits - dans Communisme chinois
26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 07:43

Jean-Luc Domenach, Mao, sa cour et ses complots. Derrières les Murs rouges, Fayard, 2012.

Mao et les siens

Jean-Luc Domenach livre ici un ouvrage qui est un pendant à la Cour rouge de Staline de l'anglais Simon Sebag Montefiore. En effet il cherche à montrer que la vie publique et privée des maîtres de la Chine communiste a joué un rôle de premier plan dans l'histoire et les grands événements qui ont marqué ce pays de 1949 à la mort de Mao en 1976.

 

Comme dans chaque tragédie, à l'unité de temps s'ajoute une unité de lieu: le Zhongnanhaï ce quartier qui jouxte la Cité interdite et où vivent, entourées de hautes muraille rouges, les dignitaires de l'État et du parti chinois. Et l'auteur dresse un portrait saisissant de cette nomenklatura qui se décompose en clan, les shantou, basés sur des fidélités liées à l'époque où le PCC luttait pour sa survie. Jianq Qing, Zhu Enlai, Liu Shaoqi, Deng Xiaoping ou Lin Biao deviennent les protagonistes d'une saga où se joue le destin du pays le plus peuplé du monde. Mais il n'oublie pas de décrire le petit monde qui gravite autour de ses dirigeants: les épouses, les enfants, les gardes ou les infirmières.

 

A travers l'histoire de ce cercle étroit, l'auteur réussit le pari de rendre accessible et compréhensible l'évolution tortueuse de la Chine sous le règne de Mao. Ce dernier est le personnage central du livre. Il apparaît comme un Machiavel révolutionnaire, utilisant la rouerie et un sens aigu de la stratégie pour garder et même renforcer son pouvoir sur le pays alors que les grandes orientations qu'il initie, le Grand Bond en avant ou la Révolution culturelle tournent au désastre. L'échec du Grand Bond provoque l'opposition de nombreux dirigeants, poussant Mao à lancer la Révolution culturelle, une violente attaque contre le Parti qui provoque une vague de purges contre les dirigeants. Les excès des Gardes rouges obligent néanmoins Mao à faire appel à l'armée. Dans ce contexte a lieu la tentative ratée de complot de Lin Biao qui meurt en septembre 1971 dans l'accident de son avion qui le conduisait en URSS. Il faut attendre 1972 pour que la situation se stabilise mais le retour à la normale est mis en danger par les velléités gauchistes de la bande des quatre. Lorsque cette dernière est mise en prison quelques mois après la mort de Mao, la voie est libre pour que la Chine prenne un nouveau chemin.

 

Surtout l'auteur n'arrête pas totalement son livre à la mort du Grand Timonier. Il montre que les enfants des compagnons de Mao, qui ont grandis à l'ombre des Murs rouges et ont subi pour la plupart la dure épreuve de la Révolution culturelle, qui tiennent aujourd’hui entre leurs mains les destinées d'un pays devenu la principale économie du monde.

 

Un seul regret: l'absence totale d'iconographie. Pas une seule photo de Zhonganhaï ou des dirigeants dont l'histoire constitue la trame de l'ouvrage. Dommage.

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communismeetconflits - dans Communisme chinois
6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 07:36

Odd Westad, Decisive Encounters : The Chinese Civil War, 1946-1950, Stanford University Press, 2003.

1949, la Chine devient rouge

Voici un livre qui n'est pas un récit détaillé, pour cela il suffit de plonger dans la bibliographie fournie par l'ouvrage. Pourtant l'auteur parvient à fournir un récit de base clair et à présenter une analyse des principales caractéristiques de la guerre civile chinoise.

 

La Chine qui sort de la guerre contre les Japonais est un pays en ruine. Cela est particulièrement vrai dans le nord, lieu des principales batailles contre l'envahisseur japonais. Le parti nationaliste, le Kuomintang, de Tchang Kaï-chek qui était devenu la principale force dans la Chine d'avant-guerre, semble en position de retrouver sa domination sur le pays. Le gouvernement nationaliste est reconnu à l'échelle internationale, y compris par l'URSS, comme le seul pouvoir légitime pour représenter la Chine. Les Américains ont largement équipé les forces nationalistes, ce qui leur permettra de remporter les premières batailles de la guerre civile.

 

Mais le Kuomintang échoue à capitaliser ses avantages. Sa prééminence est une source de faiblesses car son incapacité à gérer le pays sape sa légitimité. La corruption, les conflits à l'intérieur du parti nationaliste, l'absence de leadership, l'ignorance économique et l'incompétence générale empêche Tchang Kaï-chek de gouverner efficacement et provoquent des troubles dans les campagnes et les villes.

 

Le Parti communiste chinois débute la guerre civile en position d'infériorité mais avec entre ses mains de nombreux atouts. Il possède une forte cohésion, sa direction est solide, ses cadres sont compétents. Surtout il contrôle la Mandchourie, la partie la plus industrialisée de la Chine et reçoit une aide importante et indispensable de l'URSS, même si elle ne doit pas être surestimée. La direction communiste a su tirer le meilleur parti de ses avantages et exploiter les lacunes des nationalistes. Sur le plan militaire, l'auteur montre que la guerre civile ne prit par la forme d'une insurrection populaire ni d'une guérilla mais d'un conflit classique dans laquelle les communistes s'imposèrent grâce à des chefs militaires compétents, notamment Lin Biao.

 

L'auteur montre le rôle crucial joué par l'expérience de la guerre civile dans l'histoire de la Chine communiste. La victoire de Mao assure sa domination sur le PC jusqu'à sa mort en 1976 tandis que la militarisation du parti, l'accent sur la nécessité de mobiliser la population de manière massive et rapide, l'importance accordée au volontarisme, l'utilisation du modèle soviétique marquent le pays pour de nombreuses décennies.

 

Ce livre donne une vue d'ensemble solide des événements tragiques qu'a connue la Chine à partir de 1945 et qui ont conduit ce pays à devenir le pays communiste le plus peuplé au monde. Il analyse de manière fine les raisons politiques et militaires qui conduisent à la défaite des nationalistes. Voici donc une base solide peur ceux qui découvrent le sujet traité et un bon point de départ pour élargir ses connaissances. Le lecteur peut néanmoins regretter le nombre réduit de cartes pour suivre le déroulement des campagnes militaires.

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communismeetconflits - dans Communisme chinois Guerre civile chinoise
3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 08:02

Héros de guerre, film chinois de Feng Xiaogang (2007)

La guerre civile chinoise sur grand écran

En 1948 la guerre civile chinoise est à un tournant décisif. L'action du film de Feng Xiaogang se situe à ce moment, en pleine offensive de la Huaihai. Au cours des combats le capitaine Gu Zidi enfreint un des préceptes de la guerre populaire maoïste en abattant un prisonnier de l'armée du Kuomintang. Pour racheter sa faute Gu Zidi et les 46 survivants de sa compagnie reçoivent pour mission de défendre jusqu'à la mort une position stratégique sur la rivière Wen jusqu'au moment où, entendant un clairon, ils pourront se retirer.

 

Les scènes de combat sont saisissantes puisqu'à l'instar de Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg, le réalisateur filme ici « caméra au poing ». Le spectateur est au cœur de l'action, pris dans le combat, témoin des atrocités et des mutilations.

 

Mais Héros de guerre ne se caractérise pas seulement par le réalisme des scènes de combat puisqu'il ausculte également la place des vétérans de la guerre civile dans la société chinoise des années 1950. Face à la bureaucratie et à une société en reconstruction qui veut avant tout tourner la page du passé, Gu Zidi ne parvient pas à faire reconnaître le sacrifice de ces hommes que les autorités portent disparus. Il est ignoré, passe pour un fou dans sa volonté de retrouver les corps sur un champ de bataille qui est transformé en zone industrielle de la Chine nouvelle. Le message de ce drame humain est clair : dans toute guerre il n'y a que des victimes.

 

Voici un film universaliste à voir sans hésiter.

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communismeetconflits - dans Communisme chinois

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")