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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 09:25

Fernando Morais, Olga, Revolutionary and Martyr, Grove Press, 2005 (la première édition en portugais date de 1985).

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La figure d'Olga Benario est largement inconnue en France. Née à Munich dans une famille de la bourgeoisie la jeune Olga adhère à 15 ans au jeunesse communistes d'Allemagne où elle fait la connaissance de son premier compagnon Otto Braun. En 1928 quand ce dernier est emprisonné à la prison berlinoise de Moabit, Olga prend la tête d'un petit groupe de jeunes communistes et fait évader Otto avec qui elle s'enfuit en Tchécoslovaquie. Elle rejoint ensuite l'Union soviétique pour suivre les cours de l'Ecole léniniste internationale et travaille au sein de l'appareil de l'Internationale communiste des jeunes. C'est à Moscou, en 1931, que le couple qu'elle forme avec Otto Braun se sépare. En 1934, Moscou envoie Braun en Chine où il devient le conseiller politique et militaire de Mao Tsé-toung.


C'est ainsi que débute la biographie que Fernando Morais a consacré à Olga Benario, une biographie qui est le fruit d'une recherche méticuleuse basée sur la consultation d'archives mais également sur les témoignages de ceux qui ont connu Olga Benario. Le livre a été publié au Brésil en 1985, puis traduit en anglais en 1990. Il a fait également l'objet d'une adaptation cinématographique en 2004 de la part d'un réalisateur brésilien.


Si le destin d'Olga Benario est quasiment inconnu en France, la vie de la jeune allemande est devenue une sorte de légende au Brésil. Olga est entré dans l'histoire brésilienne au moment où le Komintern l'a désigné comme garde du corps du militaire communiste Luis Carlos Prestes, en exil à Moscou depuis 1928. Ensemble ils quittent l'URSS pour le Brésil. Ils s'installent à Rio de Janeiro en janvier 1935 et se marient. Mais à la suite de l'insurrection ratée de novembre 1935, l'équipe du Komintern qui entoure Preste au Bréil est pourchassée par la police du régime de Getulio Vargas. Prestes et Olga Benario sont arrétés en janvier 1936.


Enceinte, Olga n'est pas condamnée à une peine de prison mais, en tant que citoyenne allemande, a l'extradition vers l'Allemagne nazie. Les efforts de ses avocats ne parviennent pas à éviter ce qui équivaut à une condamnation à mort pour la militante communiste dont la mère est juive. Elle est livrée à la Gestapo, comme cadeau du Brésil à Hitler et se retrouve au camp de concentration de Ravensbrück. En février 1942 Olga Benario est transféré au centre d’euthanasie de Bernburg où elle est gazée.


Le lecteur peut regretter l'absence quasi-complète d'Olga dans les chapitres qui traitent de l'insurrection de 1935 et de ses suites. Morais justifie cette absence par l'absence de documents concernant l'action d'Olga durant ces événements. Pourtant les chapitres sur l'insurrection ratée sont précieux puisqu'il n'existe presque aucune étude, exceptée en portugais, sur cette tentative de prise du pouvoir.


Au delà de la figure de l’héroïne écrasée et vaincue, la biographie d'Olga Benario, qui se lit comme un roman d'aventures, nous replonge au cœur d'un monde où la violence politique domine. Le récit de l'insurrection communiste de 1935, dont le souvenir est encore vivace au Brésil, et qui est largement inconnu en France, rend la lecture de ce livre indispensable.

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communismeetconflits - dans Amérique latine
29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 09:16

Alejandro de Quesada, Stephen Walsh (illustrateur), The Bay of Pigs, Cuba 1961, Osprey Publishing, série Elite, Londres, 2009.

 

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Voici un petit livre, bien écrit, richement illustré à la fois par des photographies et des dessins. La qualité graphique et de mise en page propre aux Éditions Osprey sont bien présentes. Mais le titre est trompeur car il s'agit ici plus d'une histoire de la Brigade d'assaut 2506, dont le seul fait d'armes est certes la tentative de débarquement sur la Baie des Cochons, que d'une histoire proprement dite de cette tentative ratée d'invasion de Cuba.


L'auteur, après avoir retracé rapidement le début du régime castriste et l'existence à l'intérieur du pays d'une opposition solide, décrit l'organisation, au sein de la communauté cubaine des États-Unis, d'une force militaire ayant pour but de chasser Castro du pouvoir. Les efforts des exilés anticastristes rencontrent rapidement la sympathie d'une administration américaine qui voit d'un mauvais œil l'installation à Cuba d'un régime qui mois après mois se rapproche de l'Union soviétique. Pour chasser la menace communiste qui pèse sur les côtes de la Floride, la CIA, avec l'accord du président Eisenhower puis du président Kennedy, arme et entraine au Guatemala, les Cubains anticastristes. Elle met sur pied la Brigade d'assaut 2506 qui doit, après avoir débarqué sur les côtes cubaines, marcher sur La Havane.


Le 15 avril 1961, six bombardiers américains arborant les couleurs cubaines attaquent les bases aériennes de l'ile et détruisent la totalité des avions militaires cubains à l'exception de six appareils. Le 17 avril au petit matin, les hommes de la Brigades 2506 débarquent dans la Baie des Cochons. Mais l'opération commence mal. Des barges de débarquement s'échouent sur les coraux. Mais surtout les 6 avions cubains rescapés des bombardements du 15, décollent et attaquent la tête de pont anticastriste. Ils endommagent également les navires où sont stockés le matériel nécessaire aux combattants qui se voient alors priver de moyens médicaux et de communications et interdisent tout ravitaillement de jour.


Le manque de munitions, l'absence de contrôle du ciel et la mobilisation de l'armée et des milices castristes bloquent l'avancée de la Brigades d'assaut. Les tentatives pour reprendre le contrôle des airs le 19, notamment en utilisant des pilotes américains de la CIA, alors que le président Kennedy a interdit toute participation directe de son pays, échouent. Sans ravitaillement et face à un adversaire supérieur en nombre, la Brigade ne peut se maintenir. Le soir du 19, les castristes ont réduit la tête de pont et les survivants de la Brigade sont soit en fuite, soit capturés.


Après des procès à grands spectacles les prisonniers de la Brigade d'assaut sont, en décembre 1962, relâché contre une rançon en nourriture et médicaments et renvoyé aux États-Unis où ils sont accueillis par le président Kennedy. Depuis, les vétérans entretiennent le souvenir du débarquement sur la Baie des Cochons lors de cérémonies où l'appel au souvenir le dispute aux slogans anticastristes.


L'ensemble de l'ouvrage est intéressant mais l'ensemble des évènements n'est vu qu'à travers le prisme de la Brigade d'assaut et plus généralement de l'anticastrisme militant. Ainsi pour l'auteur l'échec de la Baie des Cochons est essentiellement imputable aux tergiversations américaines, plus particulièrement à celle du président Kennedy qui refuse une aide directe américaine. L'action des forces castristes est négligée. Le lecteur a vite l'impression que ces dernières ne se caractérisent que par leur nombre qui submerge, en faisant fi des pertes humaines, la Brigade d'assaut. Cette image de de rouleau compresseur rappelle inévitablement celle que faisait de l'armée rouge les anciens militaires de la Wehrmacht qui écrivait l'histoire de la guerre contre l'URSS. Ainsi pour l'auteur, pris entre la veulerie de Kennedy et les hordes de Castro, les hommes de la Brigades d'assaut, véritables héros de l'anticommunisme, se sont sacrifié. Rien n'est dit sur les faiblesses et les défauts de la Brigade, ni sur son manque de soutien dans la population.


L'auteur, en avouant à la fin de son livre, être le neveu d'un vétéran de la Brigade, confirme le lecteur dans l'idée qu'il est plutôt favorable au combat anticastriste. Ce bais idéologique gâche ce livre, puisqu'à aucun moment l'action militaire des castristes n'est étudiée. Dommage.

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")