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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 07:49

Les saisons d’Alsace, n° 68, printemps 2016, « 1936. Des grandes grèves aux premiers congés payés. »

« Frieden, Arbeit und Brot », le Front populaire en Alsace

A l’occasion de l’anniversaire de l’élection du Front populaire, Les saisons d’Alsace publient un excellent dossier sur l’année 1936 dans la région alsacienne. Cette dernière, redevenue française en 1918, est marquée par certaines spécificités issues à la fois de son passé allemand et des modalités de son retour dans le giron français. Les années 1920 ont été marquées par une profonde incompréhension. Les autorités françaises ont en effet essayé de remettre en cause ces spécificités, notamment le régime condordataire, entraînant en retour le développement d’un mouvement autonomiste puissant en Alsace. Le début des années 1930 est marqué par la crise économique qui touche particulièrement la région, notamment avec le rattachement de la Sarre à l’Allemagne en 1935.

 

C’est dans ce contexte particulier que s’organise et se développe le Front populaire en Alsace. Les craintes provoquées par l’avènement du nazisme en Allemagne sont particulièrement sensibles dans une région qui accueille de nombreux antifascistes allemands. Les réseaux d’entraides avec les camarades d’outre-Rhin pour publier et diffuser dans le Reich une propagande antifasciste sont à ce titre un ciment essentiel du Front populaire alsacien. Si ce dernier obtient des succès lors d’élections locales comme lors des cantonales à Colmar en 1934 ou des municipales à Mulhouse en 1935, les élections législatives de mai 1936 sont un échec, la région reste à droite et seul un communiste est élu député à Strasbourg. Le mois de juin 1936 est marqué par une vague de grève avec occupation d’usine sans précédent en France. Si le mouvement touche tardivement l’Alsace, il prend néanmoins un caractère massif, qui s’exprime notamment à l’occasion de grandes manifestations organisées les 14 juin et 14 juillet 1936.

 

L’été 1936 est marqué par les premiers congés payés. Si de nombreux ouvriers alsaciens bénéficient déjà de cet acquis avant 1936, certains depuis des dizaines d’années, sa généralisation inaugure la société des loisirs. Si la grande majorité des ouvriers alsaciens n’est pas partie en vacances durant l’été 1936, ce nouveau temps de repos est vécu comme une libération qui renforce les solidarités populaires et familiales. Les gens se retrouvent dans les Biergarten ou les jardins ouvriers, certains en profitent pour retourner dans leur famille à la campagne et participer aux travaux des champs. Une minorité quitte la ville pour partir en excursion, notamment dans les Vosges, profitant du développement des auberges de jeunesse et d’un réseau d’hébergement mis en place par les mouvements sportifs et de loisirs ouvriers mais également par les organisations catholiques.

 

Après le bel été 36, l’automne 1936 les opposants au Front populaire relever la tête. En Alsace, ce sont les catholiques qui se mobilisent contre le décret du gouvernement qui relève l’age de la scolarité obligatoire. Ils voient dans cette décision une attaque directe à la fois contre l’enseignement de l’allemand et celui de la religion. La figure de Léon Blum est alors l’objet de nombreuses attaques qui flirtent parfois avec un antisémitisme ouvert avant que le conflit ne s’éteigne avec la chute du gouvernement Blum au printemps 1937, prélude à la fin du Front populaire.

 

Au confluent de l’histoire nationale et locale, le dossier des Saisons d’Alsace montre tout l’intérêt qu’il y a à relire les grands événements nationaux dans un cadre régional et d’examiner les interactions qui se produisent entre les deux échelles. Au-delà des aspects sociaux et politiques du Front populaire, il offre également un instantané de la vie en Alsace à la fin des années 1930 explorant aussi bien les spécificités de la société rurale, les innovations dans l’industrie automobile ou le développement du cinéma amateur. L’ensemble est accompagné de nombreuses illustrations qui donnent à voir l’Alsace à la veille de l’immense catastrophe que fut pour elle la Seconde Guerre mondiale.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 14:14

"Aux origines des autonomismes alsaciens", Les Saisons d'Alsace, n° 65, septembre 2015.

Le PCF et la question alsacienne

Dans son dernier numéro, la revue Les Saisons d’Alsace propose une histoire de l’autonomisme alsacien et consacre deux articles aux liens entre cet autonomisme et le communisme français.

 

Maurice Carrez et Pierre Krieger montre que dans les années 1920, la majorité des communistes alsaciens ont le regard tourné vers l’Allemagne révolutionnaire, celle des Spartakistes, celle qui a permis l’instauration de conseils de soldats et d’ouvriers en Alsace entre la chute de l’Empire et l’arrivée des troupes françaises. La lutte contre la France impérialiste prend donc une résonance particulière en Alsace.

 

Les communistes alsaciens sont encouragés par le PCF et le Komintern qui prônent une Alsace autonome. Dans une région où l’intégration à la France ne se fait pas sans mal, ce discours rencontre un certain écho qui se traduit par de bons résultats électoraux en 1924 et 1928. Certains communistes alsaciens privilégient le combat autonomiste, comme Charles Hueber, élu maire de Strasbourg en 1929 et se voient exclus du PCF. Ces départs n’entament pas la force du PCF en Alsace où jusqu’en 1936 il prône l’autodétermination et l’utilisation officielle de l’allemand.

 

Le Front populaire marque un tournant puisque disparaît du discours communiste l’idée d’autonomie pour l’Alsace au nom de l’unité antifasciste. Cette position perdure après la Libération mais dès les années 1970, le PCF, sans appeler à l’autodétermination, redevient un défenseur de la spécificité et de la culture alsacienne.

 

François Ingersheim quant à lui, analyse la position autonomiste du PCF de 1920 à 1936. Il rappelle ainsi qu’en 1925 le comité central du PC demande un référendum sur l’Alsace-Lorraine avec la possibilité qu’elle puisse se séparer de la France au nom du droit à l’émancipation nationale. Cette position est réaffirmée par la suite, notamment en 1932, puis en 1933 lors de la venue de Thorez en Alsace.

 

Ces deux articles, trop courts à notre goût, démontrent tout l’intérêt d’une approche locale de l’histoire du PCF, à la fois afin de mieux saisir les raisons de son enracinement et d’en finir avec l’image d’une organisation « monolithique ».

 

Au-delà du seul aspect communiste, Les Saisons d’Alsace offre une passionnante plongée dans l’histoire de l’autonomisme alsacien, depuis la création du Reichsland en 1871 à la contestation de la réforme territoriale de 2015. Une lecture indispensable pour mieux appréhender les spécificités d’une région dont l’histoire au 20e siècle ne fut rien moins que mouvementée. Et l’ensemble est superbement illustré.

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communismeetconflits - dans Communisme français Alsace autonomisme

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")