Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 07:05

Adrien Fontanellaz, Tom Cooper, Wars and Insurgencies of Uganda 1971-1994, African@War 23, Helion & Company, 2015.

 

Adrien Fontanellaz, Tom Cooper, The Rwandan Patriotic Front 1990-1994, African@War 24, Helion & Company, 2015.

Guerres civiles et insurrections dans la région des Grands Lacs
Guerres civiles et insurrections dans la région des Grands Lacs

Les conflits qui ont agité le continent africain à la fin du 20e siècle sont bien souvent méconnus du grand public, nous en premier. Les deux ouvrages que publient Adrien Fontanellaz et Tom Cooper sur ceux qui ont frappé l’Ouganda et le Rwanda entre 1970 et 1995 sont donc particulièrement bienvenus. Certes, les événements au Rwanda en 1994 ont donné lieu à de nombreuses études mais, selon les auteurs, aucun ne se penche sur l’aspect proprement militaire de ce drame, un vide que le livre d’Adrien Fontanellaz et Tom Cooper vient combler. Surtout l’intérêt de ces deux ouvrages, qui peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre, est de montrer la profonde interaction qui existe entre les conflits en Ouganda et au Rwanda.

 

L’Ouganda, protectorat britannique qui obtient pacifiquement son indépendance en 1962, est dans les années 1960, la proie de luttes politiques qui débouchent sur le coup d’État de Milton Obote en 1966 avant que ce dernier ne soit à son tour renversé par son chef d’état-major Idi Amin Dada. Ce dernier établit une dictature sanglante qui ruine en peu de temps le pays, provoquant des mutineries au sein de l’armée dont certaines unités de mutins n’hésitent pas à se réfugier en Tanzanie renforçant ainsi l’opposition en exil contre Amin Dada. Ce dernier se décide alors à attaquer la Tanzanie en novembre 1978 mais après quelques succès les forces ougandaises sont repoussées et l’armée tanzanienne, appuyée par des groupes armés opposés à Amin Dada, prend le contrôle de la totalité de l’Ouganda, obligeant le dictateur à prendre la fuite en avril 1979.

 

La chute d’Amin Dada ne met pas fin à l’instabilité politique en Ouganda puisque ses opposants se déchirent pour prendre le pouvoir. Mécontent du résultat des élections de 1980, Yoweri Museveni forme l’Armée populaire de la Résistance qui se lance dans la lutte armée contre le gouvernement en février 1981. Débute alors une guerre civile qui ne cesse que début 1986 avec la victoire des rebelles de Museveni. Le pays retrouve alors une certaine stabilité, malgré la présence jusqu’à nos jours de foyers de lutte armée dans le nord de l’Ouganda, notamment avec l’Armée de Résistance du Seigneur.

 

La guerre civile en Ouganda est le creuset où se forment de nombreux militaires rwandais dont Fred Rwigema qui combat Amin Dada au côté d’Obote avant de rejoindre l’Armée populaire de la Résistance de Museveni. La majorité est issue de l’ethnie Tutsi ayant fui les massacres commis au Rwanda par les Hutus en 1959. Ces combattants expérimentés forment l’ossature du Front patriotique rwandais qui naît en Ouganda en 1987 avant de lancer à partir de ce pays, une attaque contre le Rwanda en 1990. Débute alors une violente guerre civile marquée par de nombreuses atrocités dont le génocide de la minorité tutsi avant que le Front patriotique rwandais ne remporte la victoire en 1994.

 

Les auteurs prennent soin de détailler, sans partis pris, les différentes phases des conflits qui affectent l’Ouganda et le Rwanda, sans omettre de passer en revue les forces en présence, ni d’expliquer les contextes politiques où le rôle des interventions étrangères, notamment celle de la France au Rwanda ou de la Libye en Ouganda. Sur ce dernier point, force est de constater que les conflits qui touchent l’Ouganda et le Rwanda sont déconnectés des lignes de fractures de la guerre froide, les belligérants faisant appel pour s’équiper ou entraîner leurs troupes aux puissances aussi bien de l’Ouest que de l’Est.

 

Soulignons pour terminer que l’ensemble du texte des deux volumes s’appuie à la fois sur un appareil de notes et une bibliographie solide mais également sur une riche iconographie et de nombreuses cartes. Deux livres précieux, donc, pour les amateurs d’histoire militaire africaine.

Repost 0
communismeetconflits - dans Afrique
20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 07:27

Stéphane Mantoux, Les guerres du Tchad, 1969-1987, Lemme Edit, 2015.

Tchad, champs de bataille.

Après un ouvrage sur l’offensive du Têt paru chez Tallandier en 2013, Stéphane Mantoux publie un nouvel opus où il conduit cette fois-ci le lecteur au cœur du continent africain pour étudier la série de conflits qui ébranla le Tchad depuis son accession à l’indépendance.

 

L’auteur prend soin d’abord de présenter l’histoire, mal connue, du Tchad depuis la préhistoire. Le lecteur découvre ainsi que la région a vu se développer des structures étatiques d’ampleur comme l’empire de Kanem-Bornou et une division territoriale entre un nord qui est le domaine de chasseurs guerriers et un sud agricole plus pacifique. C’est sur ce territoire, qui n’a rien d’homogène, qu’à la fin du 19e siècle, la France s’implante et transforme le Tchad en une colonie qui ne prend son indépendance qu’en août 1960.

 

Le premier président du Tchad, Tombalbaye, instaure rapidement un parti unique et favorise les populations du Sud aggravant les tensions qui déchirent le pays. Les opposants s’organisent et s’arment. En 1966 naît le FROLINAT, le Front de libération national du Tchad, qui porte des coups de plus en plus sévère au gouvernement. La montée en puissance du FROLINAT oblige la France à intervenir militairement pour soutenir le pouvoir tchadien avec l’opération Limousin en 1969.

 

Les années 1970 ne voient pas une accalmie dans les conflits qui ensanglantent le Tchad. La situation devient même de plus en plus complexe avec la mort de Tombalbaye, les divisions au sein du FROLINAT, l’intervention de puissance extérieure comme le Zaïre, le Nigeria, le Soudan mais surtout la Libye. Et toujour la France dans le cadre des opérations, Tacaud, Manta et Epervier.

 

Dans les années 1980, le conflit tchadien est devenu un mélange de guerre civile et de guerre international. Le FROLINAT de Oueddeï, soutenu par les Libyens affronte les FANT d’Hissène Habré soutenu quant à eux par la France, l’Égypte et les États-Unis. Un conflit de guerre froide en plein cœur de l’Afrique puisque la Libye est armée et reçoit une aide logistique du bloc de l’Est. La situation semble se débloquer quand les FANT s’empare de la base libyenne de Fada, puis de Ouadi Doum et d’Aouzou en 1987.

 

Le coup de grâce à l’intervention libyenne ne se joue pas au Tchad mais dans le sud de la Libye, près de Koufra, quand la base militaire de Maaten as-Sarra est victime d’un raid des FANT en septembre 1987. C’est l’occasion pour Stéphane Mantoux de montrer les méthodes de combat utilisées avec succès dans cette région sahélienne, la fameuse guerre des Toyotas. Ces véhicules utilitaires sont transformés avec des armes relativement anciennes et parfois équipés de matériels modernes comme les missiles Milan. Ils permettent aux troupes d’organiser des raids au long cours jouant sur l’effet de surprise, la puissance de feu et l’extrême mobilité de ces colonnes motorisées. C’est un raid de ce type qui est mené contre Maaten as-Sarra, poussant la Libye a abandonné ses prétentions sur le Tchad.

 

Le livre de Stéphane Mantoux est une synthèse utile sur l’histoire des conflits tchadiens des années 1960 à la fin des années 1980. S’il s’intéresse aux interventions militaires françaises dans cette ancienne colonie, il ne fait pas l’impasse sur les dissensions qui, au-delà de la colonisation, fracturent ce territoire et conduisent à une guerre civile qui dura plus de 30 ans. Le vainqueur de ce combat, Hissène Habré est encore au pouvoir en 2015 et a réussi à faire de son pays une puissance régionale et un pôle de stabilité dans un environnement de plus en plus incertain.

 

L’ouvrage de Stéphane Mantoux, bien illustré et possédant quelques cartes en couleur, est incontournable pour ceux qui souhaitent découvrir l’histoire du Tchad, des conflits dont ce pays fut le théâtre, de l’affrontement entre la France et la Libye qui s’y joua et qui n’était également qu’une partie d’un conflit plus vaste opposant l’Est et l’Ouest.

Repost 0
communismeetconflits - dans Guerre froide Tchad Afrique Libye
23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 07:00

« Cuba, une odyssée africaine », documentaire de Jihan El Tahri, 2007, Arte éditions.

L'intervention cubaine en Afrique

Le documentaire de Jihan El Tahri s'ouvre sur une séquence où le spectateur voir Nelson Mandela remercié chaleureusement Fidel Castro pour son aide dans la chute de l'apartheid. Une manière de rappeler que durant 25 ans les Cubains ont apporté une aide constante aux mouvements de libération sur le continent africain.

 

Dans le face à face entre les États-Unis et l'URSS qui domine la période de la Guerre froide, le continent africain devient à partir des années 1960 un enjeu d'importance alors que les anciennes puissances coloniales se retirent peu à peu. Si les Soviétiques se montrent prudents dans leurs interventions, tel n'est pas le cas de Cuba qui se fait la championne de l'anti-impérialisme. Dès 1964, Che Guevara se retrouve en Afrique pour connaître les besoins des mouvements de libération. Le premier champ d'action des Cubains en Afrique est l'ancien Congo belge où la puissance coloniale, avec le soutien des Américains, provoque la chute de Patrice Lumumba, coupable de s’être tourné vers l'URSS pour aider son pays à sortir du chaos post-indépendantiste. Guevara et un petit groupe d'instructeurs cubains entrent clandestinement au Congo en 1965 pour aider la guérilla lumumbiste dirigée par Laurent-Désiré Kabila. L'aventure tourne rapidement au fiasco face aux forces de Mobutu soutenu par des mercenaires payés par les Américains.

 

En Guinée-Bissau, colonie portugaise, le leader indépendantiste Amilcar Cabral reçoit à la fois des armes et des conseillers cubains. La guérilla qu'il mène contre l'armée portugaise est longue mais efficace puisqu'elle conduit les officiers portugais démoralisés à lancer la Révolution des œillets en 1974. La chute de la dictature salazariste au Portugal entraîne rapidement l'accession à l'indépendance des colonies portugaises en Afrique : la Guinée-Bissau, le Mozambique et l'Angola. C'est dans ce dernier pays que se déroule un des plus violents affrontements de la Guerre froide en Afrique.

 

Dans la lutte qui oppose le MPLA pro-soviétique au FLNA et à l'UNITA de Savimbi pour le contrôle de l'Angola, l'intervention cubaine est déterminante. Face à l'avancée des troupes sud-africaines, Castro envoie plus de 35 000 hommes en Angola sans même demander l'accord des Soviétiques plutôt réticents. De la bataille de Kifangondo en 1975 à celle de Cuito Cuanavale en 1988, l'Angola devient, au sens propre du terme, un champ de bataille où s'affrontent Cubains et Sud-Africains. Alors que la Guerre froide tend à s'estomper depuis l'arrivée au pouvoir en URSS de Gorbatchev, les Cubains acceptent finalement de se retirer d'Angola contre l'indépendance de la Namibie protectorat sud-africain. Au final, près de 11 000 Cubains ont perdu la vie en Angola.

 

Le documentaire n'hésite pas à montrer des cartes et à se faire volontairement didactique, s'appuyant sur une enquête rigoureuse, des interviews des protagonistes de chaque camp, une masse de documents d'archives impressionnante afin de débrouiller et de rendre compréhensible l'imbroglio africain et la complexité de la période. Le sujet est parfaitement maîtrisé et les connaissances précises. Le spectateur apprend ainsi que l'intervention cubaine en Angola ne fut pas approuvée par Moscou qui, dans cette affaire, fut mise devant le fait accompli et se montra extrêmement réticente. Cuba fit donc preuve d'une certaine autonomie dans sa politique extérieure et son action joua un rôle considérable dans l'évolution de l'Afrique australe Le film de Jihan el Tahri est donc passionnant et fait souvent penser, par sa rigueur et sa simplicité, aux grands documentaires de Frédéric Rossif. A voir absolument.

Repost 0

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")