Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 08:11

Alex Butterworth, The World that Never Was, A True Story of Dreamers, Schemers, Anarchists and Secret Agents , Bodley Head, 2010.

Retour sur l'anarchisme de la Belle Epoque

Alors que dans les années 1870 l'anarchisme semblait un concurrent sérieux pour le marxisme naissant, ce courant idéologique est vite apparu comme le grand perdant du XX° siècle. Que peut-il en effet rester d'un mouvement qui lutte pour une société où l'oppression de l'État n'existerait plus dans un monde où après 1918 se développent différents systèmes totalitaires ? Avec 1914 l'age d'or de l'anarchisme s'est éteint et l'idéologie libertaire n'a depuis fait que des retours éclairs sur la scène de l'Histoire, notamment dans l'Espagne de la guerre civile ou en Mai 1968.

 

L'auteur nous plonge ici dans cette période faste de l'anarchisme que fut l'avant guerre, celle de 14, bien sur. Il traite son sujet avec bienveillance, essayant de démêler les fils embrouillés d'un milieu où règne souvent le secret, où les agents provocateurs sont légion et qui subit une répression ininterrompue de la part des autorités. Il montre ainsi que l'anarchisme a fourni une alternative au marxisme et d'ailleurs certaines solutions qu'il propose ont toujours une certaine résonance dans notre société qu'ils s'agissent de la question de Europe fédérale et décentralisée, de l'émancipation des femmes ou de la sécurité sociale basée sur l'entraide et la coopération.

 

Le livre fournit évidemment une galerie de portraits de figures libertaires hautes en couleur. Du journaliste Henri Rochefort qui bascule dans l'antisémitisme à l'indomptable Louise Michel en passant par le prince renégat Pierre Kropotkine ou l'expert en clandestinité et infiltrations policières Vladimir Bourtsev l'anarchisme montre qu'il un courant politique à part entier. Mais l'auteur ne cache pas que non plus que ce dernier oscille entre l'éducation ou la propagande et l'emploi de la violence à travers le terrorisme. Ce dernier a pour résultat final de détourner de nombreux sympathisants du mouvement tandis que l'aggravation de la répression pousse certains libertaires dans une spirale de terreur autodestructrice.

 

Si l'auteur ne manque par de sympathie pour certains théoriciens il montre aussi qu'il est parfois difficile de dissocier les idéaux des actes de violence les plus insensés. Certains anarchistes étaient ainsi si impatients de réaliser l'utopie libertaire et de secouer l'inertie de la société qu'ils en venaient à rendre les simples citoyens complices de cet immobilisme, donc coupables et à ce titre à en faire des cibles. Cela explique le geste d’Émile Henry qui lance en 1894 une bombe dans la foule au café Terminus à Paris. Ce ne fut heureusement qu'une infime minorité.

 

Écrit avec une plume de romancier, le livre de Butterworth fait plonger le lecteur dans un monde d'intrigues et de provocations pour un voyage sans prétention dans ce qui fut l'underground de la Belle Époque.

Partager cet article

Repost 0
communismeetconflits

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")