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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 10:17

Gary Kern, A Death in Washington: Walter G. Krivitsky and the Stalin Terror, Enigma Books, 2004.

 

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Walter Krivitsky est une légende dans le monde de l'espionnage et l'un des plus célèbres transfuges de l'avant-guerre. Le livre de Gary Kern est une biographie de ce personnage et décrit de manière minutieuse le parcours de ce maitre espion nait dans une famille juive de Galicie et qui pendant la guerre civile russe intègre les renseignements militaires soviétiques afin de servir la cause communiste. Krivitsky, véritable bourreau de travail, s'élève dans la hiérarchie du renseignement de l'armée rouge jusqu'en 1937 où il devient le chef du GRU pour l'Europe occidentale. Gary Kern décrit avec précision les différents postes qu'il occupe et les missions qui lui sont confiées lors de ses séjours dans différents pays d'Europe.


Krivitsky parvient à survivre aux purges staliniennes qui sont particulièrement impitoyables au sein de l'armée. En poste à La Haye depuis mai 1937, il essaye alors de retenir son ami d'enfance Poretsky qui, face aux ravages du stalinisme, veut faire défection. Poretsky, de son vrai nom Ignace Reiss, est lui aussi originaire de Galicie et comme Krivitsky il a rejoint le renseignement militaire au début des années 1920 par idéal politique. Le destin des deux est intimement liés jusque dans la mort. Reiss fait défection et le 17 juillet 1937 envoie à Staline une lettre fracassante où il dénonce les crimes du régime. Par ce geste il signe son arrêt de mort. Reiss est assassiné prés de Lausanne par le NKVD en septembre 1937.


Le meurtre de Reiss touche profondément Krivitsky qui décide à son tour de faire défection à Paris en octobre 1937. Il se rapproche alors des trotskystes dont le propre fils de Trotsky, Léon Sedov. Mais le milieu trotskyste parisien est largement infiltré par les agents du NKVD et Krivitsky échappe de peu à des tentatives d'assassinat ou d'enlèvement en France. A la fin de 1938 il se rend aux États-Unis. C'est là avec l'aide de Isaac Don Levine qu'il écrit ses souvenirs qui paraissent en 1939. Krivitsky devient alors la bête noire des communistes mais également d'une partie de l’intelligentsia progressiste, qui le dénoncent comme traitre au socialisme.


Bien qu'il reste un fervent communiste, Krivitsky décide de collaborer avec les autorités américaines. Il est auditionné par la commission Dies de la Chambre des Représentants qui deviendra par la suite la commission sur les activités antiaméricaines en octobre 1939. Au début 1940, il se rend à Londres auprès du MI5 à qui il aurait donné le nom de prés d'une centaine d'agents soviétiques en activité dans le monde dont une soixantaine en Grande-Bretagne ainsi que des indices qui auraient permis de faire tomber le célèbre réseau de Cambridge dirigé par Kim Philby.


Krivitsky est de retour à New-York en novembre 1940. Il envisage alors de s'installer paisiblement en Virginie mais il est retrouvé mort, tué d'une balle dans la tempe, dans son hôtel, le 10 février 1941. Meurtre ou suicide ? Kern cherche à établir la vérité et conclu que la thèse du suicide paraît la plus fondée.


Gary Kern parvient à rendre palpable l'angoisse des transfuges de la génération de Krivitsky, cette première génération du renseignement soviétique qui a mis en place un ensemble de réseaux particulièrement performants, et dont certains membres ont néanmoins acceptés de détruire ce travail parce que Staline a trahi leur espérance dans le communisme. Il parvient ainsi à donner vie, de manière très documentée, à un destin où l'idéalisme se heurte au machiavélisme dans une des périodes les plus dangereuses de l'Histoire.


Les lecteurs que fascine ce jeu du chat et de la souris qu'est l'espionnage ne seront pas déçu par ce livre foisonnant. Quand à ceux qui désireraient aller plus loin ils peuvent lire le compte-rendus des entretiens de Krivitsky avec le MI5 dans Walter Krivitsky, Gary Kern, MI5 Debriefing & Other Documents on Soviet Intelligence, Xenos Books, 2004. En français le lecteur peut se tourner vers le livre de Krivitsky, J'étais un agent de Staline, Paris, Champ Libre, 1979, mais également vers les souvenirs de la veuve d'Ignace Reiss, Elisabeth K. Poretski, Les nôtres, Actes Sud, 1997.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 08:50

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C'est à Tunyogmatolcs dans l'est du royaume de Hongrie que nait le 23 avril 1896, Bela Frankl. Fils d'aubergiste il grandit au sein d'une famille représentative de la petite-bourgeoise juive. Après l'école primaire il part étudier dans la ville proche de Mateszalka au sein d'une école de commerce dont il sort diplômé. Mais quand la guerre éclate à l'été 1914, ce sujet de l'empereur et roi François-Joseph se porte volontaire pour servir dans la cavalerie austro-hongroise. Il est alors versé chez les hussards et devient, en raison de ses études secondaires, sous-officier.


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Bela Frankl est alors envoyé sur le front italien etse bat dans le secteur de l'Isonzo et plus particulièrement à Doberdo del Lago. La violence des combats dont il fait l'expérience dans ce secteur à la limite de l'Italie et de la Slovénie le marque si profondément qu'il en tirera des années plus tard matière à l'écriture d'un roman. Bela Frankl ne continue pas la guerre sur le front italien puisqu'en 1916 il est envoyé sur le front oriental pour combattre les Russes. C'est en Ukraine, prés de Lutsk, qu'après avoir été blessé il est capturé par les troupes russes en juin 1916.

 

_wsb_630x392_AHDoberdo.jpg             Carte postale austro-hongroise sur les combats à Doberdo


Bela Frankl est envoyé comme prisonnier de guerre dans un camp prés de Khabarovsk en Sibérie oriental. Après la révolution de février 1917, lui et d'autres prisonniers hongrois se rapprochent des bolcheviks. Ces prisonniers forment en février 1918 une unité de garde rouge internationaliste et éditent un journal.


En mai 1918, la Légion tchécoslovaque s'établit en Sibérie afin de pouvoir, par le biais de la ligne de chemin de fer du Transsibérien, rejoindre Vladivostok et, de ce port sur le Pacifique, embarquer sur des navires en direction de la France pour continuer la lutte contre les Empires centraux. Mais les difficultés de ravitaillement ralentissent le départ des Tchèques et l'hostilité s'installe entre eux, la population russe et les bolcheviks. Le 25 mai 1918, à Tcheliabinsk des heurts éclatent entre les Tchèques et un convoi de prisonniers hongrois rapatrié dans leur pays. Les Tchèques tuent un soldat hongrois et Trotski ordonne alors le désarmement de la Légion. Mais les troupes rouges sont trop faibles pour faire appliquer cette mesure qui provoque la révolte des Tchèques.


Les Tchécoslovaques s'emparent sans difficulté d'une grande partie de la Sibérie le long du Transsibérien dont Mariinsk et Tomsk mais des combats se déroulent à Irkoutsk et Krasnoyarsk. Pour combattre les Tchèques, les Soviétiques organisent alors deux fronts, celui de Mariinsk à l'ouest et le front de Klyuchevsky à l'est. Selon certains témoignages, repris dans les biographies éditées sous la période communiste, c'est à ce moment que Bela Frankl, en prenant la direction d'une unité soviétique du front de Mariinsk contre les Tchèques en révolte, est devenu Máté Zalka. Toujours selon ces sources, une fois les bolcheviks vaincus dans la région, Zalka aurait été emprisonné à Krasnoïarsk par les Blancs. Mais un historien soviétique a, dans les années 1970, réfuté cette version des faits. Selon Poznanzky, au moment de l'insurrection tchécoslovaque, Zalka n'aurait pas été sur le front de Mariinsk mais à Novo-Nikolayevsk où il aurait reçu une blessure. D'ailleurs pour appuyer sa démonstration il ajoute que dans la liste des prisonniers de la prison de Krasnoïarsk il n'y a aucune trace en 1918 d'un Máté Zalka ou d'un Bela Frankl. Il semble selon lui plus vraisemblable que Zalka soit parti de Novo-Nikolaïevsk pour se diriger vers l'est, certainement dans l'espoir de rejoindre la région du lac Baïkal où des troupes soviétiques se trouvaient, et qu'il ait été fait prisonnier par les troupes blanches durant son voyage.


Máté Zalka, qui reste aux yeux des autorités blanches un prisonnier hongrois, se retrouve interné dans un camp. En juin il est transféré dans un autre camp où il retrouve un certain Ivan Kusnetzov, un ancien garde rouge qui lui confie être en mission clandestine pour les Soviétiques. Il lui apprend alors l'existence dans les environs de bandes de partisans commandées par Alexandre Kravchenko et Pierre Schetinkine.


A l'été 1919, Zalka prend la tête d'un petit groupe de Hongrois que la direction du camp de prisonniers a envoyé à l'extérieur afin de préparer le bois nécessaire à l'entretien du chemin de fer. Le petit groupe parvient à désarmer les gardes russes et, conduit par Zalka, il se transforme en groupe de partisans rouges qui parcourt la taïga. Armé d'une mitrailleuse et de grenades, le groupe de Zalka parvient à Kemchug dans la région de Krasnoïarsk. Mais la petite troupe n'arrive pas à rejoindre les partisans de Kravchenko et Schetinkine qui, après avoir été battu, fuient vers la région d'Uryankhai dans l'actuelle république de Tuva.


Sur les bords de la Mana la troupe que conduit Zalka rencontre d'autres groupes de partisans auxquelles elle s’agrège. Ils mènent alors la vie des partisans, nomadisant sur les bords de L'Ienisseï autour de Kemchug, affrontant les Blancs et même à une occasion, selon Zalka, un détachement de soldats italiens, alors que ces derniers ont quitté la région de l'Ienissei en août 1919. A la fin novembre 1919, les armées blanches de Sibérie que dirige l'amiral Koltchak sont en déroute devant l'offensive de l'Armée rouge. Sur les arrières du front blancs les partisans entrent alors en contact avec les soldats de Koltchak en fuite et les désarment. A Krasnoïarsk les anciens soldats blancs hissent le drapeau rouge. Le groupe de partisans de Zalka est l'une de ses multiples formations qui continuent la lutte contre les Blancs dans le district d'Achinsk entre décembre 1919 et janvier 1920. La légende soviétique veut d'ailleurs que Zalka ait fait partie de ceux qui ont défendu les armes à la main au printemps 1920 le train contenant l'or de Koltchak. Il s'agit des réserves d'or de l'Empire russe, soit 409 millions de roubles-or prit en 1918 à Kazan, détenus ensuite par l'amiral blanc et qui tombent aux mains des Tchécoslovaques en janvier 1920 qui rendent ce trésor aux Soviétiques à Irkoutsk. Ces derniers expédient l'or par voie ferré en direction de Kazan.

 

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                                                   Máté Zalka durant la guerre civile russe


Le convoi d'or ne fut jamais victime d'aucune attaque surtout de la part des troupes blanches qui se trouvaient alors bien plus à l'est. Zalka fit néanmoins partie des convoyeurs au sein de la brigade III° Internationale fondée en avril 1920 à Krasnoïarsk et qui regroupe environ 2500 soldats dont les 2/3 sont des Hongrois mais qui comptent également des Autrichiens et des Allemands. La brigade a pour mission d'assurer la protection du convoi d'or qui quitte alors les bords de l'Ienissei. Une fois arrivée à Kazan et la mission confiée à la brigade accomplie, Zalka poursuit sa route jusqu'à Moscou puis l'Ukraine où il participe à quelques combats contre les forces de l'anarchiste Nestor Makhno.


Pendant la guerre contre la Pologne Máté Zalka commande un bataillon d'infanterie composée là encore d'une majorité de volontaires étrangers puis en septembre-décembre 1920 il est envoyé sur le front sud contre les dernières troupes blanches du général Wrangel. En 1921-1923, Zalka commande un régiment de cavalerie de la Tchéka chargé de combattre en Ukraine les rebelles et paysans révoltés.


Il semble qu'en 1923, Máté Zalka retourne à la vie civile et qu'il travaille au commissariat du peuple aux Affaires étrangères. Parallèlement il entame une carrière d'écrivain en devient membre de l'Association internationale des écrivains révolutionnaires. Il publie, aussi bien en russe qu'en hongrois, quelques romans, Rattrapage en 1924 puis Raid de cavalerie en 1929, Les Pommes en 1934 et Doberdo en 1936. L'ensemble des œuvres de Zalka a pour décor soit la Grande Guerre soit la guerre civile russe. Son dernier roman, Doberdo, raconte ainsi les combats contre les Italiens à Monte-Clara. De 1925 à 1928 Zalka est directeur du Théâtre de la Révolution de Moscou, qui deviendra plus tard le Théâtre Maïakovski. A partir de 1929 Zalka travaille pour le comité central du Parti communiste soviétique. Il devient également membre du bureau du Secours rouge international, une organisation fondée en 1924 par le Komintern pour venir principalement en aide aux prisonniers politiques.

2A35C773B31840E59F90EF0740B58DBA-500                                           Máté Zalka dans les années 1930


Peu après la sortie de son dernier livre, Máté Zalka arrive en Espagne sous le nom de général Lukacs. Il s'installe d'abord à Albacete, la base des Brigades internationales où il devient le commandant de la 12° brigade internationale avant de se diriger sur Madrid, le 10 novembre, afin de soutenir les troupes républicaines face à l'armée nationaliste qui tente de prendre la capitale espagnole. Il déclare alors le 22 novembre au journal El Socialista « La 12° Brigade défendra votre capitale comme si elle était sa ville natale ». Il joue alors un rôle important dans les combats à la Cité Universitaire à la tête de sa brigade qui comprend trois bataillons appelés respectivement Thälmann, Garibaldi et André Marty. Son unité appartient alors à la 14° division sous les ordres de l'anarchiste Cipriano Mera. Zalka est secondé dans son travail par le commissaire politique de la brigade, l'écrivain allemand Gustav Regler. Durant la bataille de Madrid, Zalka acquiert une grande popularité parmi la population mais également auprès de ses soldats.


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Avec sa brigade le général Lukacs participe ensuite à la bataille de la Jarama, qui empêche que les communications de Madrid ne soient coupées par les nationalistes, puis à la bataille de Guadalajara où les troupes républicaines remportent la victoire contre les troupes italiennes envoyées en Espagne par Mussolini.

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                                                        Le général Lukacs


En juin 1937 Máté Zalka prend la route de Huesca que les Républicains veulent occuper. Il s'agit également lors de cette opération de soulager le front du nord puisque les nationalistes ont lancé une grande offensive en Biscaye. Zalka planifie minutieusement l'offensive qui doit démarrer le 12 juin. La veille, le 11 juin il se rend avec Regler sur le front pour une inspection au volant d'une Packard décapotable verte. La voiture se dirige vers vers Barbastro où se trouve le général Sebastian Pozas, le chef de l'armée de l'Est. C'est lors de ce trajet alors qu'il est près du front qu'il trouve la mort au Monte Fragon lors d'un bombardement de l'artillerie nationaliste.

zalka_mate.jpg                                 Sur le front


Mais les circonstances de la mort de Zalka apparaissent obscures. Joaquin Morato, chef d'une escadrille nationaliste, affirme, qu'après plusieurs combats aériens contre des appareils républicains, il a remarqué sur la route une grosse voiture noire qu'il a miraillé. Une heure après il a appris que l'offensive républicaine sur Huesca avait cessé tandis que la radio diffusé la nouvelle que Lukacs avait été tué lors du mitraillage de sa voiture par un avion. Pour Morato il ne fait pas de doute que c'est lui qui a tué Zalka. Pourtant cette mort n'a pu arrêter une offensive qui n'a débuté que le lendemain. L'hypothèse, hautement improbable, a été également émise que la voiture de Zalka aurait pu sauter sur une mine ou être l'objet d'une bombe déposée par le NKVD pour éliminer un général devenu trop populaire. Aucun élément ne vient appuyer ces affirmations.

172_001.jpg                               Carte postale hongroise en l'honneur de Zalka (1956)


La mort de Zalka le transforme en héros de la lutte antifasciste et le gouvernement de Valence décide de lui accorder des funérailles solennelles. Selon Valentin Gonzales, le célèbre El Campesino, cet enterrement est organisé par le NKVD qui avait, peu avant sa mort, donné l'ordre d’arrêter Zalka pour l'interroger. Dans le contexte des purges staliniennes qui n'épargnent pas les Soviétiques qui se trouvent en Espagne, qui sont rappelés à Moscou pour être liquidé, si Zalka avait été arrêté par le NKVD il aurait sans doute connu ce sinistre sort à moins d’être envoyé au goulag à l'instar de Manfred Stern, le général Kléber de la 11° brigade internationale. Quelle que soit la vérité, les funérailles de Zalka à Valence réunissent une foule nombreuse ainsi que l'ensemble des responsables politiques et militaires du camp républicain.


Le corps de Máté Zalka reste inhumé en Espagne jusqu'à la fin de la période franquiste. A ce moment son neveu est invité par la famille royale espagnole afin de célébrer la mémoire de la guerre civile. Peu après il fut autorisé à transférer la dépouille à Budapest afin de l'enterrer dans le carré militaire du cimetière de la capitale hongroise.

zalka-m.jpg                                        La tombe de Máté Zalka à Budapest

 

Bibliographie:

-В.С.Познанский, Очерки вооруженной борьбы Советов Сибири с контрреволюцией в 1917-1918 гг, Наука, Новосибирск, 1973. (Vassili Poznianski, Esquisses sur la lutte armée en Sibérie soviétique et la contre-révolution, 1917-1918, Science, Novosibirsk, 1973)

-О. С. Рябухина, А. А. Ходак, Венгерские интернационалисты в Октябрьской революции и Гражданской войне в СССР, Volume 2, Политиздат, Москов, 1968, (O Ryaboukina, A Hodak, Internationalistes hongrois dans la Révolution d'Octobre et la guerre civile en URSS, éditions Polit, Moscou, 1968).

Moscou,1968) .

-Бела Франкл, Матэ Залка — писатель, генерал, человек, Сов. Писатель, Москов, 1968, (Bela Frankl, Máté Zalka- un écrivain, un général, un homme, Les écrivains soviétiques, Moscou, 1968).

-Россиянов О. Матэ Залка Критико-биогр, Худож. лит , Москов , 1964, (O Rossianov, Máté Zalka, biographie critique, Moscou, 1964).

-Peter Foeldes, Zalka Máté élete, Móra Könyvkiadó, Budapest, 1966.

-Anthony Beevor, La Guerre d'Espagne, Calmann-Lévy, Paris, 2006.

 

David FRANCOIS

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 09:20

Miguel Amoros, Durruti dans le labyrinthe, Encyclopédie des Nuisances, Paris, 2007.

 

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Dans ce petit livre, l'auteur s'attache à suivre le parcours de l'anarchiste Buenaventura Durruti durant les premiers mois de la guerre civile espagnole. Le lecteur suit donc la trace du célèbre anarchiste de Barcelone au front d'Aragon puis à Madrid. Mais ce périple, qui expose les difficultés que rencontrent les milices, est surtout pour l'auteur l'occasion de régler des comptes et d'affirmer que contrairement à une légende façonnée par ses adversaires, Durruti, avant de mourir, ne s'est jamais rallié à une politique de militarisation des milices, politique prônée alors par les communistes et soutenue par des dirigeants libertaires que Miguel Amoros voue aux gémonies.


A travers l'action de Durruti, l'auteur donne à voir la création et l'épanouissement des milices en Catalogne et en Aragon dans l'été 1936. Mais rapidement il montre que les nécessités logistiques du combat, notamment en ce qui concerne l'approvisionnement en munitions, sont l'objet de conflits politiques et Durutti doit alors s'aventurer dans un labyrinthe d'intrigues où rapidement ce sont les Soviétiques qui tirent les ficelles puisqu'ils sont les seuls fournisseurs d'armes à la République. Bientôt, l'ensemble des organisations anarchistes va être pris dans ce labyrinthe et va dès lors se mettre à la remorque des communistes au nom des nécessités de la guerre. Cette collaboration avec les staliniens, que symbolise l'entrée de libertaires au sein du gouvernement républicain, signifie la fin des espoirs de révolution.


A travers une documentation particulièrement dense l'auteur montre de manière convaincante l'ampleur des différents qui existent au sein du mouvement libertaire espagnol. Contre une direction de la CNT-FAI qui rapidement prône la nécessité de mettre au premier plan les nécessités de la guerre plutôt que les aspirations révolutionnaires se dressent un Durruti pour qui l'action révolutionnaire est inséparable de la guerre antifasciste. La mort de Durruti, assassiné par ses adversaires selon l'auteur, marque la fin des espérances que portait jusqu'alors l'anarchisme. Pour l'auteur, cette capitulation des principes conduit rapidement les dirigeants libertaires à s'aligner sur les communistes, et cet alignement qui s'opère à l'automne 1936 porte les germes de la défaite militaire.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne
29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 09:16

Alejandro de Quesada, Stephen Walsh (illustrateur), The Bay of Pigs, Cuba 1961, Osprey Publishing, série Elite, Londres, 2009.

 

9781846033230

Voici un petit livre, bien écrit, richement illustré à la fois par des photographies et des dessins. La qualité graphique et de mise en page propre aux Éditions Osprey sont bien présentes. Mais le titre est trompeur car il s'agit ici plus d'une histoire de la Brigade d'assaut 2506, dont le seul fait d'armes est certes la tentative de débarquement sur la Baie des Cochons, que d'une histoire proprement dite de cette tentative ratée d'invasion de Cuba.


L'auteur, après avoir retracé rapidement le début du régime castriste et l'existence à l'intérieur du pays d'une opposition solide, décrit l'organisation, au sein de la communauté cubaine des États-Unis, d'une force militaire ayant pour but de chasser Castro du pouvoir. Les efforts des exilés anticastristes rencontrent rapidement la sympathie d'une administration américaine qui voit d'un mauvais œil l'installation à Cuba d'un régime qui mois après mois se rapproche de l'Union soviétique. Pour chasser la menace communiste qui pèse sur les côtes de la Floride, la CIA, avec l'accord du président Eisenhower puis du président Kennedy, arme et entraine au Guatemala, les Cubains anticastristes. Elle met sur pied la Brigade d'assaut 2506 qui doit, après avoir débarqué sur les côtes cubaines, marcher sur La Havane.


Le 15 avril 1961, six bombardiers américains arborant les couleurs cubaines attaquent les bases aériennes de l'ile et détruisent la totalité des avions militaires cubains à l'exception de six appareils. Le 17 avril au petit matin, les hommes de la Brigades 2506 débarquent dans la Baie des Cochons. Mais l'opération commence mal. Des barges de débarquement s'échouent sur les coraux. Mais surtout les 6 avions cubains rescapés des bombardements du 15, décollent et attaquent la tête de pont anticastriste. Ils endommagent également les navires où sont stockés le matériel nécessaire aux combattants qui se voient alors priver de moyens médicaux et de communications et interdisent tout ravitaillement de jour.


Le manque de munitions, l'absence de contrôle du ciel et la mobilisation de l'armée et des milices castristes bloquent l'avancée de la Brigades d'assaut. Les tentatives pour reprendre le contrôle des airs le 19, notamment en utilisant des pilotes américains de la CIA, alors que le président Kennedy a interdit toute participation directe de son pays, échouent. Sans ravitaillement et face à un adversaire supérieur en nombre, la Brigade ne peut se maintenir. Le soir du 19, les castristes ont réduit la tête de pont et les survivants de la Brigade sont soit en fuite, soit capturés.


Après des procès à grands spectacles les prisonniers de la Brigade d'assaut sont, en décembre 1962, relâché contre une rançon en nourriture et médicaments et renvoyé aux États-Unis où ils sont accueillis par le président Kennedy. Depuis, les vétérans entretiennent le souvenir du débarquement sur la Baie des Cochons lors de cérémonies où l'appel au souvenir le dispute aux slogans anticastristes.


L'ensemble de l'ouvrage est intéressant mais l'ensemble des évènements n'est vu qu'à travers le prisme de la Brigade d'assaut et plus généralement de l'anticastrisme militant. Ainsi pour l'auteur l'échec de la Baie des Cochons est essentiellement imputable aux tergiversations américaines, plus particulièrement à celle du président Kennedy qui refuse une aide directe américaine. L'action des forces castristes est négligée. Le lecteur a vite l'impression que ces dernières ne se caractérisent que par leur nombre qui submerge, en faisant fi des pertes humaines, la Brigade d'assaut. Cette image de de rouleau compresseur rappelle inévitablement celle que faisait de l'armée rouge les anciens militaires de la Wehrmacht qui écrivait l'histoire de la guerre contre l'URSS. Ainsi pour l'auteur, pris entre la veulerie de Kennedy et les hordes de Castro, les hommes de la Brigades d'assaut, véritables héros de l'anticommunisme, se sont sacrifié. Rien n'est dit sur les faiblesses et les défauts de la Brigade, ni sur son manque de soutien dans la population.


L'auteur, en avouant à la fin de son livre, être le neveu d'un vétéran de la Brigade, confirme le lecteur dans l'idée qu'il est plutôt favorable au combat anticastriste. Ce bais idéologique gâche ce livre, puisqu'à aucun moment l'action militaire des castristes n'est étudiée. Dommage.

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communismeetconflits - dans Amérique latine
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 14:53

Tyomin VictorSignalons la parution depuis le 23 janvier de la seconde et dernière partie de l'article de Stéphane Mantoux consacré à la bataille de Khalkhin-Gol  vue du coté japonais, Bloody rising sun.


Comme la première partie, cette suite et fin est d'une lecture agréable et permet toujours au lecteur d'apprendre énormément de chose sur un sujet délaissé par l'édition française. Cette lecture est donc vivement conseillée tout comme l'ensemble des écrits de Stéphane Mantoux.

 

L'article est également consultable sur le site de l'Alliance géostratégique.

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communismeetconflits - dans Divers
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 10:24

L'écrasement de la Hongrie (juin-juillet 1919)

La décision de Kun d'accepter l'ultimatum de Clemenceau signe la fin de la République des conseils en Slovaquie. Mais si les Hongrois acceptent de se retirer ils espèrent que les Roumains feront de même au sud. Quand le Conseil allié demande aux Roumains d'évacuer la région à l'est de la Tisza, ceux-ci répondent qu'ils ne le feront que lorsque l'armée hongroise aura démobilisé. Devant l'intransigeance roumaine, Kun répond qu'il ne compte que sur les armes pour reprendre les territoires hongrois. A l'appel du conseil ouvrier central, 44 000 ouvriers prennent alors les armes. Le 12 juillet le gouvernement introduit la conscription obligatoire et accepte l'incorporation d'anciens officiers d'active. Mais la conscription, destinée à renforcer les effectifs, n'atteint pas son objectif et en juillet il y a moins de bataillons qu'en mai au moment où des milliers de volontaires s'enrôlaient par enthousiasme révolutionnaire.

position3mai.jpg                                       Le front sur la Tisza en mai 1919


Le 5 juillet, lord Balfour, le ministre des Affaires étrangères britannique, recommande une action militaire contre la Hongrie et le 17 juillet le conseil suprême allié examine un plan élaboré par Foch et devant mobiliser 100 000 hommes. Mais les Alliés préfèrent laisser faire la besogne par l'armée roumaine. Mais les Hongrois frappent les premiers le 21, jour de la grève générale internationale organisée par le Komintern, en lançant une attaque sur la Tisza dans la région de Szolnok. Les Roumains tiennent là un front de 250 km, de Szeged au sud au contact des Français et des Serbes à Tokaj au nord au contact des Tchèques. L'armée rouge hongroise, dont la majorité de l'encadrement est dorénavant le fait d'officiers de carrière, compte 100 bataillons d'infanterie, soit 50 000 soldats, 10 escadrons de cavalerie, 69 batteries d'artillerie et 9 trains blindés. Mais les unités chargées de l'offensive sont de second ordre et attaquent en terrain découvert tandis qu'au nord les Tchèques avancent en Slovaquie empêchant les Hongrois de rapatrier des troupes vers le sud. L'armée rouge doit alors mener une offensive avec moins de bataillons que Stromfeld n'en disposait contre les Tchèques. Le plan hongrois consiste néanmoins à traverser la Tisza pour marcher sur Statu Mare, Oradea et Arad en espérant que se produisent simultanément un soulèvement communiste en Roumanie et l'attaque de la Bessarabie par les Soviétiques.

artilleurs-hongrois-a-Sabinova-juin-1919.jpg       Artilleurs hongrois en juin 1919


L'armée roumaine compte 92 bataillons d'infanterie soit 48 000 hommes, 58 escadrons de cavalerie avec 12 000 hommes, 80 batteries d'artillerie et deux trains blindés. Ces unités ont été placés le long de trois lignes de défense. La première ligne, plutôt mince, est censée mener des actions de retardement en cas d'attaque hongroise. La deuxième ligne doit stopper les attaquants jusqu'à ce que la contre-attaque des troupes de la troisième ligne débute. La première ligne inclut la 16e division au nord et la 18e division au sud. Dans la deuxième ligne des formations plus puissantes ont été rassemblés comme la 2e division Vanatori autour de Nyiregyháza, et la 1ère division Vanatori dans le sud, autour de Békéscsaba. La troisième ligne comprend les formations les plus puissantes de l'armée et doit servir de masse de manœuvre. Elle est composé des 1ère et 6ème divisions d'infanterie et des 1er et 2e divisions de cavalerie en position le long de la ligne ferroviaire allant de Carei jusqu'à Arad. Deux divisions d'infanterie sont chargées d'assurer la sécurité derrière la troisième ligne.


Entre le 17 et le 20 juillet, les Hongrois commencent par bombarder les positions roumaines et mènent des opérations de reconnaissance. Le 20 juillet, vers 3h00, après un violent bombardement, l'infanterie hongroise traverse la Tisza et attaque les positions roumaines. Au nord, les Hongrois s'emparent de Rakamaz mais les troupes de la 16e division roumaine reprennent la ville le lendemain, avec l'aide de la 2ème division Vanatori. Toutefois, les Hongrois repartent à l'assaut, soutenus par leur artillerie. Ils reprennent la ville, mais ne peuvent sortir de la petite tête de pont qu'ils ont créée. Pour débloquer la situation ils essayent de déborder les positions roumaines à Tiszafüred plus au sud avec des troupes de la 80e Brigade internationale, mais cette tentative est stoppée par les troupes de la 16e division roumaine. Les Roumains contre-attaquent et lancent les troupes de la 20e division d'infanterie au combat. Ils réussissent ainsi à dégager la tête de pont de Tiszafüred le 24 juillet. N'étant toujours pas en mesure de sortir de Rakamaz, les Hongrois commencent à fortifier leurs positions mais le 26 juillet les Roumains attaquent et, après quelques combats violents, mettent fin à l'existence de la tête de pont hongroise. Ils contrôlent alors totalement la rive orientale nord de la Tisza.


Au centre du front, le 20 juillet, les 6° et 7° divisions hongroises ont réussi à établir une solide tête de pont sur ​​la rive orientale de la Tisza à Szolnok, et cela en dépit de l'opposition du 91° régiment roumain. Elles sont même parvenus à franchir la première ligne de défense roumaine. La 6° division hongroise attaquent alors à l'est et s'empare de Törökszentmiklos, tandis que la 7ème division s'avance vers Mezotúr. Dans le même temps, la 5e division a franchi la Tisza et attaque en direction de Túrkeve. Le 22 juillet, les Hongrois s'avancent vers Kunhegyes à environ 20 km au nord de Szolnok et défont le 18e régiment Vanatori. Les troupes roumaines de la 18e division sont alors renforcées avec des formations de la deuxième ligne. Pourtant le 23 juillet, les Hongrois parviennent encore à prendre Túrkeve et Mezotúr. Dans la nuit du 23 au 24 juillet, ils contrôlent un morceau de la rive droite de la Tisza, face à Szolnok sur une largeur de 80 km et une profondeur de 60 km et obligent l'armée roumaine à former un groupe de manœuvre avec des troupes de la troisième ligne de défense le long de la Tisza.

rouge a Szolnok                  Les Hongrois à Szolnok

                                    

Au sud du front, la deuxième division hongroise a besoin de deux jours pour prendre Szentes des mains des 89e et 90e régiments roumains. Les 21 et 22 juillet, la ville de Hódmezovásárhely change plusieurs fois de mains avant que le 23 les Roumains ne la réoccupent définitivement. Ils reprennent également les villes de Szentes et Mindszent, forçant les Hongrois à retraverser la Tisza et mettant ainsi fin aux combats dans ce secteur.


Le groupe de manœuvre roumain est alors mobilisé dans le but de stopper l'offensive hongroise. Il attaque le 24 juillet avec la 2e division de cavalerie et la 18° division d'infanterie qui s'emparent de Kunhegyes. La 1ère division d'infanterie roumaine attaque la 6° division hongroise qu'elle repousse parvenant à s'emparer de Fegyvernek. La 6e division roumaine a moins de succès et doit subir les contre-attaques des formations de réserve hongroises. En définitive, le 24 juillet, les Roumains ont réussi à repousser les Hongrois d'environ 20 km et surtout à reprendre l'initiative. Ils renforcent le groupe de manœuvre avec des troupes venues du nord où les combats ont diminué d'intensité. Les troupes roumaines reçoivent alors l'ordre d'attaquer l'ennemi le lendemain sur l'ensemble du front.


Le 25 juillet les combats sont particulièrement violents autour de Fegyvernek, où les Hongrois ont choisi de contre-attaquer. Vers la fin de la journée, le groupe de manœuvre roumain commence à briser les positions hongroises dans le nord tandis que celles dans le sud s'effondrent. Les Hongrois débutent alors une retraite générale en direction de Szolnok et des ponts sur la Tisza qu'ils font sauter le 26 dans l'espoir d'arrêter l'avance roumaine. Dans la soirée du 26, toute la rive orientale de la Tisza est à nouveau sous contrôle roumain.

bataille-Tisza.jpg                     La bataille de la Tisza, juillet 1919


Après avoir repoussé l'attaque hongroise, les Roumains commencent à planifier la traverser de la Tisza pour porter le coup final à la Hongrie soviétique. Ils font venir la 7e division d'infanterie du front de Bessarabie ainsi que la 2e division d'infanterie. Pour traverser la rivière le commandement roumain dispose alors de 119 bataillons, soit 84 000 soldats, 99 batteries d'artillerie avec 392 canons et 60 escadrons de cavalerie. Pendant ce temps les Hongrois n'ont d'autres recours que de pilonner avec leur artillerie les zones de concentration roumaines. Entre le 27 et le 29 juillet, les Roumains testent les défenses hongroises avec de petites attaques. Ils décident finalement de franchir la Tisza dans le voisinage de Fegyvernek, où la rivière fait un coude. Dans la nuit du 29 au 30 juillet, la rivière est franchie. Le principal point de passage à Fegyvernek a été couvert par des opérations de diversion sur d'autres points du front, où d'intenses duels d'artillerie ont eu lieu. Les Roumains ont réussi à surprendre les Hongrois qui, le 31 juillet, abandonnent les bords de la Tisza et battent en retraite vers Budapest.


Une fois la rivière franchie, les troupes roumaines marchent sur la capitale hongroise. La cavalerie est envoyée en avant afin de découvrir les points de concentration ennemie et de couper les liaisons entre les différents corps de l'armée hongroise. Le 1er août, la plupart des combats ont lieu autour de la ville de Szolnok. Mais à la fin de la journée, les Hongrois envoient des représentants négocier la reddition des combattants. Au centre et au nord, les troupes hongroises sont encerclées et, dans la soirée du 3, elles se rendent ou se désintègrent. Le 3 août voit donc la fin définitive de l'armée rouge hongroise. Le même jour trois escadrons du 6° régiment de cavalerie sont les premières troupes roumaines à entrer dans Budapest. Le 4 août, la majeure partie des forces roumaines entre dans la capitale hongroise où un défilé a lieu. Les troupes roumaines poursuivent malgré tout leur avance jusqu'à la ville de Gyor. A ce moment les combats ont cessé et la guerre est définitivement terminée.

roumain.jpg

                  L'armée roumaine dans Budapest


Les Roumains ont perdu dans les affrontements de juillet un total de 123 officiers et 6 434 soldats dont 39 officiers et 1730 soldats sont morts. Jusqu'au 8 août, les Roumains capturent 1 235 officiers et 40 000 soldats hongrois, s'emparent de 350 canons, de 332 mitrailleuses, de 52 000 fusils et de 87 avions. La Hongrie rouge a dû se défendre seule car si le 1° août 1919, à la demande d'Endre Rudniansky, le gouvernement soviétique décide de diriger toutes les unités internationales vers l'ouest pour soutenir les Hongrois, il est déjà trop tard.


Le 2 août 1919, Béla Kun a effet fuit son pays par la frontière autrichienne. Il rejoint par la suite l'Union soviétique où il sera exécuté lors des purges staliniennes. Un gouvernement socialiste sous la direction de Gyula Peidl s'installe alors à Budapest avec l'aide de quelques représentants des Alliés. Les Roumains occupent alors toute la Hongrie, à l'exception d'une parcelle de territoire autour du lac Balaton. Là, un groupe formé autour de l'amiral Horthy, et armé par les Roumains, forme le noyau de la nouvelle armée hongroise et se prépare à prendre la relève des occupants roumains au début de 1920. La terreur blanche est alors à l'ordre du jour, non seulement contre les communistes mais aussi contre la population juive hongroise. Fusillades et pendaisons sont quotidiennes. Et les Français participent à la curée puisque des officiers français, sur ordre de Franchet d'Esperey, font déporter 600 miliciens rouges hongrois en Algérie et au Maroc.

 

Conclusion

La Hongrie soviétique est née de la guerre et de ses conséquences. Les Hongrois vaincus cherchent alors dans le communisme le moyen de faire face à l'Entente et surtout à ses alliés régionaux qui n'aspirent qu'à dépecer l'antique royaume magyar. L'exemple des bolcheviks russes qui tiennent tête au même moment aux Alliés et aux forces russes blanches apparaît comme un modèle crédible. La force du sentiment national explique en grande partie comment le régime soviétique parvient à créer rapidement une armée rouge qui réussit à remporter des succès indéniables et à conquérir l'ensemble de la Slovaquie.


Mais le destin de la Hongrie soviétique est scellé dès sa naissance. Pour les Alliés l'existence d'un État communiste au cœur de l'Europe centrale est inacceptable, à la fois pour des raisons intérieures que pour des raisons extérieures. La Hongrie ne doit pas être un modèle pour l'Allemagne sinon ce serait remettre en cause la victoire de novembre 1918. Dès lors, encerclées par des adversaires puissants et bien armés et ne pouvant recevoir de soutien de la Russie soviétique, la Hongrie rouge est condamnée à se battre jusqu'à son effondrement. Elle relève le défi avec un certain panache et quelques succès mais ne parvient pas à déjouer l'inéluctable.

 

Bibliographie :

En français :

Bertrand Auerbach, La Dictature du prolétariat en Hongrie, 22 mars-31 juillet 1919, Chiron, Paris, 1923.

Ferdinand Joseph Deygas, L'Armée d'Orient dans la guerre mondiale-1915-1919, Payot, Paris, 1932.

Emile Bujac, Campagnes de l'armée roumaine, 1916-1919, Lavauzelle, Paris, 1933.

Lajos Varjassy, Lajos, Révolution, bolchevisme, réaction, histoire de l'occupation française en Hongrie (1918-1919), Jouve, Paris, 1934.

Arpad Szelpal, Les 133 jours de Béla Kun, Fayard, Paris, 1959.

Jean Bernachot, Les armées alliées en Orient après l’armistice de 1918, Vol 1, L’Armée française d’Orient, L’Armée d’Hongrie (11 Novembre 1918 - 10 Septembre 1919), Imprimerie nationale, Paris, 1970.

Roland Bardy, 1919: La Commune de Budapest , La Tete de Feuille, Paris, 1972.

Dominique Gros, Les Conseils ouvriers, espérances et défaites de la révolution en Autriche-Hongrie, thèse de doctorat en science politique, Université de Bourgogne, 1974.

Dumitru Preda, Vasile Alexandrescu, Costica Prodan, La Roumanie et sa guerre pour l'unité nationale : campagne de 1918-1919, Éditions encyclopédiques, Bucarest, 1995.

 

En anglais :

Rudolf Tőkés, Béla Kun and the Hungarian Soviet Republic: the origins and role of the Communist Party of Hungary in the revolutions of 1918–1919, Hoover Institution on War, Revolution, and Peace, Stanford, 1967.

György Borsányi, The life of a Communist revolutionary, Béla Kun, Colorado Social Science Monographs, New York, 1993.

Thomas Sakmyster, A Communist Odyssey: The Life of József Pogány, Central European University Press, Budapest, 2012.

 

En hongrois :

Jozsef Breit A magyarorszagi 1918-1919 evi forradalmak es a voros haboru tortetnete, Magyar Kirazlyi Leveltar, Budapest, 1925.

Erwin Liptai, A magyar Vörös Hadsereg harcai : 1919, Zrínyi, Budapest 1960 (La plupart des illustrations de cet article sont tirées de cet ouvrage paru dans la Hongrie communiste de Janos Kadar).

 

David FRANCOIS

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 09:18

303px-Flag-map of Hungarian Soviet Republic.svgLes premiers combats (Avril-mai 1919)

Fin mars les Alliés restent divisés sur la question hongroise. La Roumanie, qui voit avant tout dans la Hongrie et la Russie deux menaces communistes, demande aux Alliés l'autorisation de chasser les communistes hongrois du pouvoir. Les Américains quant à eux craignent que l'option militaire contre la Hongrie n'encourage les militaires français qui aspirent à une nouvelle guerre contre l'Allemagne et la Russie. Alors que les responsables français sont partisans d'une intervention militaire, les Américains prêchent toujours la négociation. Les Alliés tombent malgré tout d'accord sur l'envoi d'une mission confiée au général sud-africain Smuts qui a pour but de freiner l'avance roumaine et de discuter avec les Hongrois de la question de la zone neutre.

miliceouvrière

                                                      Milice ouvrière hongroise


Les propositions faites alors à Kun sont celles déjà présentées à Karoliy: l'acceptation des conditions de la note Vyx par les Hongrois entraînerait la fin du blocus et l'examen de manière bienveillante des questions territoriales avec les Roumains, les Tchèques et les Serbes. Kun, qui sait que l'armée rouge est encore embryonnaire, accepte de discuter et veut profiter de cette venue pour ouvrir des négociations. Smuts arrive à Budapest le 4 avril. Il défend la création de la zone neutre qui serait sous le contrôle de troupes françaises, britanniques et italiennes tandis que Kun demande l'application stricte de l'armistice de novembre. Devant l'impossibilité de concilier des positions antagonistes, Kun rejette les propositions de Smuts qui quittent alors la Hongrie.


Si les Yougoslaves refusent de s'en prendre à la Hongrie pour montrer leur mécontentement concernant le sort que leur réserve la Conférence de la paix, notamment sur les différents qui les opposent aux Italiens, les Tchèques et les Roumains sont quand à eux volontaires pour mettre à exécution la décision des Alliés de mettre la Hongrie au pas. La principale menace pour les Hongrois vient toujours de l'Est, de la Roumanie.


Sur le front roumain, l'armée hongroise passe bientôt de 20 000 à 60 000 hommes et s'essaye à l'amalgame des anciens officiers et troupes d'élite de l'armée austro-hongroise avec les volontaires inexpérimentés. Cette armée possède 5 trains blindés et 137 canons. Face à eux se trouvent 64 divisions d'infanterie roumaines, 28 escadrons de cavalerie, 160 canons, 32 obusiers, un train blindé, 3 escadrilles aériennes et deux bataillons de pionniers. Cette armée roumaine de Transylvanie, commandée par le général Georges Mardarescu est divisée en deux groupes, un au nord et l'autre au sud. Le plan roumain prévoit en effet de frapper avec le plus de force au nord pour s'emparer de Carei et Oradea afin d'isoler la division Szekely, unité d'élite hongroise. Le groupe du sud doit pendant ce temps s'emparer de Radna et Beius et servir de pivot pour la manœuvre de flanc du groupe nord. Le but de l'offensive est d'atteindre la rivière Tisza.


Conscient des préparatifs roumains, les Hongrois se retranchent et dans la nuit du 15 au 16 avril, après une préparation d'artillerie, ils attaquent les 6° et 7° divisions d'infanterie roumaines dans la vallée de Koros. Cette action offensive, qui donne peu de résultats, offre aux Roumains l'occasion de lancer une attaque sur l'ensemble du front. Ils repoussent les Hongrois, s'emparent, après de violents combats, des cols de montagnes, et avancent vers l'ouest. Le 18, le front hongrois est rompu. Les 1° et 2° division d'infanterie légère roumaines s'emparent durant la journée des vallées de la Mures et de Crisu. Carei est prise le 19, Prontea et Salonta tombent le 20. Pendant ce temps les troupes françaises coupent les lignes téléphoniques et télégraphiques entre Budapest et le monde extérieur.


AR                   L'armée rouge hongroise en marche


Bien que les Roumains atteignent alors la ligne de démarcation fixée par la note Vyx, le commandement roumain décide de la dépasser et d'atteindre les rives de la Tisza, plus facile à défendre. Pour empêcher les Hongrois de former une ligne de défense sur l'axe Nyiregyhaza, Debrecen et Békescsaba, la cavalerie roumaine mène des actions de poursuites.


Dans le nord, la cavalerie harcèle la division Szekely en retraite sur Nyiregyhaza qu'elle essaye en vain de défendre. Devant la supériorité des Roumains la division recule en direction de la Tisza. Mais à ce moment la rive orientale du fleuve est déjà contrôlé par les Roumains et seule une tête de pont autour de Rakamaz est encore aux mains des Hongrois. Quand Rakamaz tombe le 29 avril, la division Szekely n'a plus aucune possibilité de rejoindre le reste de l'armée et doit se rendre aux Roumains. Ces derniers s'emparent de Debrecen le 23 avril, puis de Békéscsaba après deux jours de durs combats le 26. Les restes de l'armée hongroise en retraite essayent alors d'atteindre Szolnok sur la Tisza et établissent une ligne de défense sur la rive orientale. Malgré les renforts venant de la rive occidentale, les Roumains parviennent à briser les défenses hongroises et le 1° mai ils contrôlent l'ensemble de la rive orientale de la Tisza. Au sud les Serbes avancent et prennent Mako où ils sont rapidement remplacés par un détachement français. A Szeged, quand des militaires français arrêtent des individus transportant des tracts communistes en français et croates, un groupe de gardes rouges ouvre le feu et un échange de tir a lieu.

avance-sur-Tisza.jpg                   L'offensive roumaine sur la Tisza


Fin avril, quand les troupes roumaines atteignent la Tisza, une crise éclate au sein du gouvernement hongrois entre ceux qui veulent capituler et ceux qui au contraire souhaitent résister. Kun pose le débat devant le Grand conseil révolutionnaire des ouvriers et des soldats de Budapest, sorte de parlement révolutionnaire. Le Grand conseil vote pour la défense armée de la révolution. En 10 jours il parvient à mobiliser et armer les 50 000 hommes qui lancent l'offensive sur la Slovaquie.


Au nord, avec l'accord des Alliés, les troupes tchèques passent à l'attaque le 27 avril. Elles s'emparent de Chop puis de Moukatcheve où s'établit une liaison avec les troupes roumaines. Le 2 mai la mobilisation générale commence en Hongrie. Mais ce même jour les Roumains sont seulement à 100 km de Budapest. Kun est alors obligé de demander la fin des hostilités. Il propose de reconnaître les demandes territoriales roumaines en échange d'un renoncement à toute intervention dans les affaires intérieures hongroises. Sous la pression des Alliés les Roumains acceptent seulement de cesser les hostilités.

 

Le problème de la jonction avec l'Armée rouge soviétique.

Fin mars 1919, quand les communistes prennent le pouvoir en Hongrie, des unités de l'armée rouge soviétique se trouvent en Galicie prés de Brodov, soulevant chez les Hongrois l'espoir d'une prochaine jonction militaire avec l'Ukraine rouge par le biais de la Galicie et de la Bukovine. Lénine et Trotsky pensent d'ailleurs être en mesure à ce moment là de réaliser cette encontre. Ils demandent à Khristian Rakovski, secrétaire du conseil des commissaires du peuple d'Ukraine, et à Vladimir Antonov-Ovseenko, commandant du front ukrainien, que l'armée rouge porte son effort en direction de Czernowitz afin d'établir le contact avec les Hongrois.


Pour les Alliés, la perspective d'une possible jonction entre l'armée rouge soviétique et l'armée rouge hongroise est le pire des scénarios possibles. Pour l'éviter il est nécessaire d'empêcher que les Hongrois ne prennent le contrôle de la Galicie. La géographie semble en effet favorable aux communistes puisque la Ruthénie subcarpatique, la partie orientale du royaume de Hongrie (actuellement en Ukraine) et l'Ukraine soviétique ne sont séparés que par 200 km. Les Hongrois cherchent alors à contrôler la ligne ferroviaire qui partant de l'est de la Hongrie à Szatmar-Nemeti (actuellement Satu Mare en Roumanie) rejoint Cernowitz en Ukraine par Kolomyia. Mais cette région est déjà revendiquée par au moins cinq États : alors que les nationalistes ukrainiens revendiquent la Bukovine et la Galicie occidentale, la Pologne a des prétentions sur la Galicie, la Tchécoslovaquie veut s'emparer de la région de Moukatcheve et la Roumanie de la Bukovine.

international                   Volontaires étrangers de l'armée rouge hongroise


Le 6 avril un plan de jonction entre Soviétiques et Hongrois est établi par Malakhovski, un officier de la 8° armée rouge. Ce plan prévoit une pénétration des troupes soviétiques en Bukovine et en Galicie combinée à une offensive de diversion en Bessarabie qui doit accessoirement appuyer les efforts des révolutionnaires roumains et bulgares. Des unités internationales de l'armée rouge sont spécialement transférées en Ukraine pour participer à ces opérations. Le 20 avril, Antonov-Ovseenko précise ainsi qu'une partie de la 1° armée rouge comprend des unités formées de prisonniers de guerre hongrois chargée de réaliser la jonction.


Mais dès le 21 avril le général Vacetis, chef d'état-major de l'armée rouge, prévient Lénine que l'opération devant mener à cette jonction est en réalité une aventure dangereuse. Ce dernier répond que si l'Armée rouge est amenée à porter son effort principal sur le bassin du Donbass, elle devra alors essayer à tout prix d'établir un contact avec les Hongrois. La jonction n'est plus alors qu'une éventualité secondaire dépendant de la situation militaire dans le sud de la Russie.


Quand, malgré l'existence d'un éphémère gouvernement soviétique en Galicie, Nikolaï Podvoïski, commissaire aux affaires étrangère de l'Ukraine, ordonne le 7 mai de concentrer tous les moyens militaires soviétiques contre la Roumanie afin de reprendre la Bessarabie, il met fin à la possibilité d'une jonction avec les Hongrois. D'ailleurs la situation se détériore pour les communistes en Ukraine occidentale. Le 16 avril l'armée polonaise du général Haller, en provenance de France, rejoint la Pologne avec 70 000 hommes dont une partie se dirige vers la Galicie. Le 7 mai en Ukraine soviétique commence la révolte de l'ataman Grigoriev qui tente de retourner les troupes rouges contre les soviets.


Les 14 et 15 mai les troupes polonaises brisent le front ukrainien. Armées soviétiques et polonaises s'affrontent alors sur un front qui s'étend de Kovel au col de Dukla dans les Carpates tandis que les troupes du nationaliste ukrainien Semyon Petlioura harcèlent les flancs de l'armée rouge. Le 25 mai, ce sont les Roumains qui essayent de s'emparer de la ligne de chemin de fer Kolomea-Ciguet pour empêcher toute possibilité de jonction entre troupes rouges hongroises et ukrainiennes dans la vallée de la Tisza. En juin-juillet 1919, la concentration d'armée blanche dans le sud de la Russie sous la direction du général Denikine et la révolte de l'anarchiste Nestor Makhno rendent impossible la réalisation du plan de jonction.


Il semble que le meilleur moment pour opérer la jonction fut certainement la fin avril 1919 quand la Slovaquie fut occupée par les Hongrois. Par la suite les Soviétiques ne peuvent plus distraire des troupes nécessaires sur les fronts polonais et de Bessarabie. La 6° division qui devait réaliser la jonction se décompose et se révolte tandis que les unités internationales sont immobilisées par la nécessité de mater la rébellion de Grigoriev. A ce moment-là la possibilité d'une jonction est définitivement hors de propos et laisse la Hongrie rouge seule face à son sort.

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La guerre contre les Tchéques (mai-juin 1919)

Tout au long du mois d'avril 1919, malgré les déconvenues, les communistes hongrois peuvent croire que le vent de l'Histoire souffle dans leur sens. L'élan révolutionnaire en Europe n'est pas stoppé. L'établissement de la République des Conseils en Bavière le 7 avril, la tentative insurrectionnelle qui touche Vienne le 17 avril et la progression soviétique en Ukraine renforcent l'espoir d'obtenir une aide extérieure. Mais la situation de la République des Conseils est précaire après la défaite contre les Roumains. Ces faiblesses encouragent les menées des contre-révolutionnaires hongrois qui se trouvent à Vienne. Le 6 mai, ces derniers forment un gouvernement à Arad, sous la direction de Julius Karolyi, soutenu par l'armée française. Ce gouvernement se transporte rapidement à Szeged et donne pour mission à l'amiral Horthy de former une armée nationale avec l'aide des Français et des Yougoslaves.


Pour renforcer sa position affaiblie par la défaite face aux Roumains, Kun décide alors de passer à l'attaque au nord contre les Tchèques qu'il juge être le maillon faible des forces encerclant la Hongrie. Il est vrai que les Roumains ont déjà prouvé leurs forces tandis qu'au sud les Serbes sont intouchables du fait de la présence de troupes françaises en Serbie. L'attaque au nord doit surtout faciliter l'établissement d'un contact avec les Soviétiques. Il est en effet vital d’empêcher que la jonction des troupes tchèques et roumaines qui se profile ne ferme la trouée de Moukatcheve par où peut s'opérer la rencontre avec les Soviétiques.


La Hongrie rouge mobilise toutes les ressources nécessaires pour son offensive dans le nord. L'ensemble des hommes de 19 à 25 sont enrôlé ainsi que les anciens officiers de l'armée austro-hongroise. Cet effort permet aux Hongrois de concentrer rapidement deux divisions, les 1° et 5°, regroupant prés de 40 bataillons, dans le nord.


Ce n'est pas la première fois que les Hongrois se confrontent aux Tchèques. En décembre 1918 des combats ont opposé prés de Bratislava des troupes hongroises et tchèques. A cette occasion un détachement hongrois, commandé par les communistes Jeno Laszlo et Gabor Kohn, a occupé la ville le 30 décembre et proclamèrent un république des conseils qui fut balayée seulement 23h plus tard par l'avancée de l'armée tchèque. Par la suite les communistes hongrois font de la propagande en Slovaquie obligeant les autorités tchèques à déclarer la loi martiale. Pour empêcher les immixtions hongroises, les autorités tchèques autorisent les généraux Piccione et Hennocque à organiser l'occupation militaire des territoires hongrois attribués par les Alliés aux Tchèques soit la Ruthénie et la Slovaquie du sud.

cavalerie rouge                    Cavalerie rouge hongroise


Le 20 mai, les troupes hongroises dirigées par Aurel Stromfeld attaquent et mettent en déroute les Tchèques à Miskolc. Les Hongrois occupent alors la région minière de Salgotarjan et la ville de Miskolcz. Des unités tchèques sont amenées du reste du pays pour repousser les Hongrois tandis que le commandement l'ensemble des forces tchécoslovaques est confié à des officiers français, notamment le général Mittlehauser mais aussi le général Pellé que le gouvernement tchèque nomme le 4 juin commandant en chef de l'armée tchécoslovaque.


Les Roumains tentent de leur côté de maintenir le contact avec les Tchèques et pour cela attaquent le flanc hongrois. Mais cette opération ne permet pas d'enrayer la déroute tchèque. Les Roumains sont alors obligés de se retirer dans la tête de pont de Tokaj et doivent même se défendre contre des attaques hongroises entre le 25 et le 30 mai. L'avancée magyare en Slovaquie permet aux Hongrois de pouvoir déborder par le nord les Roumains. Ces derniers sont alors obligés d'abandonner Tokaj le 3 juin et de se replier sur la rive orientale de la Tisza. Pour enrayer le risque de débordements ils sont contraints d'étendre leur ligne de défense au nord.


L'armée rouge hongroise continue sa progression en Slovaquie et s'empare le 30 mai de Lucenec puis de Nove Zamky le 2 juin, de Kosice le 6 et de Presov le 9, ainsi que des principaux bourgs des monts Tatra. Alors qu'un régiment hongrois approche de Bratislava, les deux tiers de la Slovaquie sont occupés. Pour les Hongrois la perspective d'une avancée vers l'est à la rencontre des Soviétiques semble à nouveau s'ouvrir.

front nord                    Soldats hongrois sur le front slovaque


Il ne s'agit pas alors pour le gouvernement hongrois d'annexer la Slovaquie mais plutôt de la libérer du joug impérialiste et capitaliste afin qu'elle devienne à son tour une république soviétique. C'est chose faite le 16 juin quand la République des conseils de Slovaquie est proclamée à Presov sous la direction d'Antonin Janousek tandis que Josef Szabo dirige la garde rouge slovaque. La Russie soviétique et le Komintern saluent alors la naissance de la nouvelle république soviétique.


Dans l'immédiat, les Hongrois cherchent d'abord à renforcer l'armée rouge en créant de nouvelles unités en Slovaquie. Les premiers bataillons de volontaires se forment, renforcer ensuite par la conscription à l'intérieur des syndicats. Dans la ville de Kosice plus de 3000 hommes sont ainsi recrutés.


L'armée rouge hongroise atteint alors les frontières de l'ancienne Hongrie au nord-est des Carpates. Cela lui donne une excellente base de départ pour attaquer l'armée roumaine à l'est. Plutôt que de profiter de cette opportunité les Hongrois cherchent à se regrouper afin de continuer à avancer vers l'ouest et atteindre le Hron. Mais le 8 juin Clemenceau exige le retrait des troupes hongroises de Slovaquie. Un second ultimatum le 13 juin est encore plus menaçant.


Les Alliés, mécontents de l'avancée roumaine jusqu'à la Tisza, souhaitent que ces derniers se retirent sur la ligne de démarcation fixée par l'ultimatum de Vyx. Ils font également pression sur Bela Kun afin qu'il cesse son offensive en Slovaquie et le menacent d'une attaque combinée des troupes françaises, serbes et roumaines par le sud et l'est. En échange ils promettent d'être généreux concernant la délimitation des frontières de la Hongrie. Sur ces bases un armistice est signé avec la Tchécoslovaquie le 23 juin et les troupes hongroises se retirent de 15 km pour permettre l'établissement d'une zone neutre.


L'acceptation de l'ultimatum de Clemenceau et le retrait des troupes de Slovaquie sont des coups rudes pour la République des conseils. Alors que le moral de l'armée fléchit, Vilmos Böhm et Aurel Stromfeld, en désaccord avec les décisions de Kun, démissionnent et sont remplacés par Jeno Landler et le général Julier qui ne parviennent pas à redonner une cohésion à l'armée malgré l'arrivée de nombreux communistes dans les rangs. La confiance dans le gouvernement des conseils semble rompue et les soldats ne croient plus en la victoire.

Si la menace d'une invasion alliée a joué son effet, la décision de Kun s'explique également par un contexte international moins favorable aux Hongrois. Alors qu'en mars et avril à Munich les conseils proclamaient leur soutien à la Hongrie et que des cheminots bloquaient les voies ferrées pour empêcher le transport du matériel des Alliés, le 2 mai la république des conseils de Bavière s'effondre. A l'est, le renforcement des armées russes blanches par les Alliés maintient l'encerclement militaire de la Russie soviétique et provoque un regain de la guerre civile qui tempère toutes velléités d'action en direction du Danube, même si en juin arrivent à Budapest deux officiers soviétiques, des proche de Rakovski, chargés d'organiser les prisonniers russes devant servir dans l'armée rouge hongroise.


Afin de soutenir les républiques soviétiques en péril, le Komintern n'a comme moyen d'action qu'un appel à une grève générale mondiale le 21 juillet. Sans effet en France ni en Angleterre, des manifestations ont lieu ce jour là en Autriche et en Italie. La journée rencontre également un grand écho en Roumanie, notamment à Bucarest paralysé par la grève. Dans l'armée des régiments exigent la démobilisation, et en juillet des soldats du 107° régiment d'infanterie d'Alba Julia rejoignent l'armée rouge. Le gouvernement roumain réagi par des arrestations mais la contestation ne parvient pas à disloquer l'armée.

carte

La Hongrie rouge encerclée

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 09:25

303px-Flag-map of Hungarian Soviet Republic.svgL'armistice du 11 novembre 1918 ne signifie pas la fin des combats en Europe. A la Grande Guerre succèdent en effet une multitude de conflits localisés essentiellement en Europe de l'Est. Il s'agit là d'une des conséquences de la Révolution russe. L'effondrement du régime tsariste en 1917 a créé un énorme vide en Europe orientale, un vide que les Puissances Centrales ont tant bien que mal essayé de combler entre la fin 1917 et octobre 1918 avant de s'effondrer elles aussi. De nouveaux États voient le jour et chacun cherche à s'affirmer sur la scène régionale, avant tout en tirant les meilleures parties du dépeçage territorial des Empires déchus. Des conflits éclatent alors entre ces jeunes États sur la question de la détermination des frontières mais également avec les nations vaincues. Surtout l'Europe de l'Est doit faire face à la montée de ce bolchevisme qui, du cœur de l'ancienne Moscovie, appelle à la Révolution mondiale et menace la suprématie des Alliés sur l'Europe et le monde.


Le communisme est, début 1919, de nouveau un spectre qui hante l'Europe et surtout un nouvel adversaire pour l'ordre mondial que les Alliés mettent en place par le biais du traité de Versailles. Si ces derniers espèrent toujours écraser la Russie soviétique, ils sont conscients que le combat sera difficile. L'Armée rouge tient bon devant des forces blanches désunies. Mais si la Russie peut être perdue, il serait inacceptable que la contagion bolchevique progresse plus avant en Europe. Et c'est là que réside le drame de la Hongrie en 1919.


Pays vaincu, cet héritier du défunt empire des Habsbourg est emblématique de la situation en Europe de l'Est après 1918 puisqu'il devient le centre et l'enjeu à la fois des conflits régionaux qui opposent les États des Carpates mais également du combat mondial que mènent les Alliés contre le communisme. Si c'est par sentiment nationaliste que les Hongrois acceptent la dictature du prolétariat, les guerres que mène la République soviétique hongroise mêlent rapidement et inextricablement dimensions régionales et internationales.

 

La Hongrie en ébullition (septembre 1918-mars 1919)

Le 29 septembre 1918 marque le début de la débâcle des Empires centraux sur le front balkanique. Ce jour-là, afin d'éviter l'invasion de son pays, le roi de Bulgarie signe un armistice avec les Alliés. Français, Britanniques et Grecs pénètrent néanmoins dans son pays afin de menacer Constantinople. A l'ouest, les troupes françaises et serbes pénètrent en Serbie pour reprendre Nis le 14 octobre et Belgrade le 1° novembre. Le 28 octobre, une armée d'Orient, composée de deux divisions françaises et commandée par le général Berthelot voit le jour. Elle se dirige vers la Roumanie où se sont regroupés les troupes allemandes en déliquescence. Berthelot entre dans Bucarest le 1° décembre 1918.


Le 4 novembre, l'Autriche-Hongrie demande elle aussi un armistice. Peu après l'empereur Charles 1° abdique. Rapidement l'empire des Habsbourg se désagrège sous la pression conjointe des nationalités qui aspirent à l'indépendance et des ambitions annexionnistes des États balkaniques qui se sont battus aux côtés des Alliés. Le gouvernement hongrois signe un armistice à Belgrade le 13 novembre avec le général Louis Franchet d'Esperey qui représente les Alliés. L'armée roumaine reçoit alors le droit de s'avancer jusqu'à la rivière Mures et les troupes de l'Entente celui d'occuper des points stratégiques et de circuler dans toute la Hongrie.

 

demantelement            Affiche hongroise denonçant le démembrement de la Hongrie


La situation évolue néanmoins rapidement puisque les troupes serbes, roumaines et tchèques s'arrogent le droit d'avancer en territoire hongrois sous le couvert de protéger leurs minorités nationales. La Slovaquie est ainsi officiellement reconnue comme partie du nouvel État tchèque et le 1° décembre 1918 l'assemblée d'Alba Iulia vote le rattachement à la Roumanie de la Transylvanie, du Banat et du Crisana, territoires qui jusque là appartenaient au royaume de Hongrie.


Depuis octobre 1918, le royaume magyar est également la proie de l'agitation révolutionnaire. Si libéraux et sociaux-démocrates se réunissent dans un Conseil national qui réclame la démocratisation et l'indépendance du pays, des conseils de soldats sont simultanément créés à l'initiative de soldats de retour du front russe. Le 30 octobre, tandis que le conseil des ouvriers de Budapest voit le jour, la révolution éclate dans les rues de la capitale envahie par une foule de soldats et de civils en armes qui s'emparent des bâtiments officiels, des casernes, des gares et du central téléphonique. Des milices ouvrières se constituent dans les usines. Le 31, le Conseil national hongrois forme un gouvernement dirigé par le comte Mihaly Karolyi qui adopte un programme libéral, fédéraliste et pacifiste. Le 16 novembre, Karolyi proclame la république tandis que le pays se couvre de conseils jusque dans les villages.


Sur le plan militaire l'ordre de démobilisation qui suit l'armistice laisse la Hongrie sans défense. L'armée hongroise est alors réduite à 6 divisions d'infanterie et deux de cavalerie qui regroupe environ 70 000 hommes fin novembre 1918. Mais le gouvernement de Karolyi doit toujours compter sur le conseil des soldats de Budapest qui exige le droit d'élire les officiers. Le conseil l'emporte dans le bras de fer engagé avec le gouvernement et, en décembre, il fait même nommer Vilmos Böhm secrétaire d'État à la Défense. Ce dernier devint ministre en janvier puis commandant de l'armée rouge.


L'année 1918 est également marquée par le retour au pays des 700 000 soldats hongrois prisonniers de guerre en Russie. Quand la Révolution russe a éclaté certains prisonniers, membre du parti social-démocrate, ont participé aux travaux des soviets locaux. C'est le cas en particulier de Bela Kun, ancien fonctionnaire d'une coopérative ouvrière, qui adhère alors au parti bolchevik de Tomsk en Sibérie. Des organisations révolutionnaires de prisonniers voient également le jour. Après la révolution d'Octobre, les bolcheviks organisent dans plus de 400 villes des unités de garde rouge formés par des prisonniers hongrois. Ainsi à Tomsk, Ferenc Münnich devient commandant des gardes rouges de la ville. Mais la majorité des prisonniers aspire avant tout à rentrer au pays reprendre une vie normale et seulement quelques milliers adhérent en 1918 aux organisations communistes.


Kun, qui a rencontré Karl Radek et Lénine en décembre 1917, est affecté au service de propagande internationale du commissariat du peuple aux affaires étrangères. Si en janvier 1918 est créé auprès du comité militaire du Comité exécutif du conseil des soviets, un bureau des prisonniers qui organise le recrutement massif de volontaires au sein de l'armée rouge, l'action des communistes hongrois est vite entravée par le traité de Brest-Litovsk qui interdit la propagande contre le gouvernement austro-hongrois. Pourtant les communistes hongrois préparent eux aussi leur retour aux pays et c'est le lieutenant Tibor Szamuely qui est chargé d'organiser le rapatriement des soldats qui doivent devenir la garde prétorienne de la révolution.


En octobre 1918, l'heure de ce retour approche. Le rapatriement commence tandis que les unités internationales de l'armée rouge, qui comprennent de nombreux volontaires hongrois, sont dirigées vers l'Ukraine. L'arrivée des anciens prisonniers venant de Russie n'est pas du goût des dirigeants social-démocrates hongrois qui voient d'un mauvais œil croitre le poids de tous ces extrémistes. Ils n'ont pas entièrement tort puisqu'à la suite du retour de Kun, le parti communiste hongrois est créé le 24 novembre 1918.


La sortie de guerre de la Hongrie est également un formidable accélérateur pour les communistes, d'autant que contrairement aux bolcheviks russes, ils apparaissent à l'opinion comme les champions de l'idée nationale hongroise. Les ennemis de la Russie soviétique ne sont elles pas ses forces de l'Entente qui autorisent le dépeçage de la Hongrie millénaire ?


Le sentiment national hongrois, humilié, pousse donc une partie des patriotes à se tourner vers les conseils d'ouvriers et de soldats, à la fois pour faire pression sur l'Entente mais également convaincu que les révolutionnaires ne pourront supporter sans réagir l'invasion du pays par les troupes impérialistes des rois de Serbie et de Roumanie. Les communistes, de leur coté, assurent que les conquêtes de la révolution ne peuvent être préservées dans le cadre territorial de la Hongrie sans une alliance militaire avec la Russie soviétique.


L'agitation révolutionnaire se poursuit notamment à Budapest. En février les communistes appellent à l'armement du prolétariat tandis que le conseil des soldats fait distribuer des armes et que la formation de milices ouvrières est en plein essor. Le 20 février, une manifestation ouvrière dégénère à Budapest faisant 7 morts et donne le prétexte au gouvernement, soutenu par la direction du parti social-démocrate, pour s'attaquer aux communistes dont la direction est emprisonnée.

ouvrier                                   Milice ouvrière à Budapest


C'est la situation internationale qui va mettre à nouveau les communistes sur le devant de la scène. Chez les patriotes hongrois se développe l'idée que seul le prolétariat en armes peut encore sauvegarder l'intégrité du territoire hongrois tandis que certains officiers supérieurs pressent Karolyi de chercher à négocier une alliance militaire avec les Soviétiques contre l'Entente. Face à cette pression qui se fait chaque jour plus forte, le 2 mars, Karolyi menace de reprendre les hostilités si la conférence de paix n'applique pas les principes wilsoniens à la Hongrie. Il s'agit d'abord de mettre un terme aux prétentions et provocations des Roumains.


Les troupes roumaines ont atteint en novembre la rivière Mures, c'est à dire la ligne de démarcation convenue par les représentants de l'Entente et de la Hongrie à Belgrade le 13 novembre. Mais en violation de cet accord, le commandement allié en Orient, sous la direction du général Franchet d'Esperey, permet à l'armée roumaine d'avancer jusqu'à la ligne des Carpates occidentales. La 7e division roumaine dite Vanatori avance alors en direction de Cluj, et le 1er décembre en direction d'Alba-Iulia. Le 24, les unités roumaines entrent dans Cluj. Elles s'assurent ainsi la possession des territoires promis par les Alliés en 1916 : la Transylvanie, la Bukovine et le Banat.


Concernant le nord de la Hongrie, le 23 décembre 1918 une note française fixe la ligne de démarcation avec la Slovaquie, ligne qui se trouve à seulement 40 km au nord de Budapest. Les troupes hongroises doivent évidemment évacuer le territoire slovaque ainsi tracé. Au sud, les forces françaises et serbes tiennent une zone qui part de Baja sur le Danube et passe par Szeged et Arad pour entrer en contact avec les Roumains à Deva. Dans ce secteur les Serbes menacent de s'emparer de Pecs.


Pour freiner les initiatives roumaines, le Conseil des Alliés décident d'établir une zone neutre, occupée par des troupes françaises, britanniques et italiennes, qui fasse tampon entre Hongrois et Roumains. Le 28 février, le Conseil notifie à la Hongrie l'établissement d'une nouvelle ligne de démarcation qui doit permettre une ultime avancée de l'armée roumaine en territoire hongrois. Cette ligne coïncide avec les chemins de fer reliant les villes de Satu Mare, Oradea et Arad. Cependant, l'armée roumaine n'est pas autorisée à entrer dans ces villes. La zone démilitarisée qui doit être créée, s'étend à partir de cette ligne de démarcation jusqu'à 5 km à l'intérieur de la Hongrie. Les Alliés demandent que le retrait de l'armée hongroise derrière la zone neutre commence le 22 mars 1919 et qu'elle abandonne des villes magyares.


Il revient au colonel Fernand Vyx de transmettre le 20 mars au gouvernement hongrois l'ultimatum lui donnant deux jours pour évacuer la zone neutre. Le 21, devant l'ultimatum qu'il juge inacceptable, Karolyi répond qu'il ne peut y donner suite et son gouvernement démissionne. Il souhaite néanmoins former un nouveau gouvernement avec les social-démocrates mais le 21 c'est un Conseil révolutionnaire de gouvernement qui voit le jour comprenant une trentaine de commissaires du peuple issu du parti social-démocrate et du parti communiste. Les deux partis, naguère ennemis, fusionnent dans un Parti socialiste hongrois unifié. Si le chef du gouvernement est un social-démocrate, les postes clefs reviennent aux communistes. Bela Kun est ainsi commissaire aux Affaires étrangères et Tibor Szamuely secrétaire d’État aux affaires militaires afin de seconder le commissaire du peuple à la Défense Joszef Pogany.

Kun                                   Bela Kun (au centre)

 

La naissance de l'Armée rouge hongroise.

Le 27 mars, le maréchal Foch présente au Conseil des Alliés un plan d'intervention militaire immédiate contre la Hongrie dans le but d’accélérer les pourparlers avec les autorités hongroises. C'est pour lui la première étape d'une entreprise plus grande puisqu'il propose également d'organiser une offensive avec des troupes finlandaises, polonaises, tchèques, roumaines, grecques et russes blanches, sous commandement français, contre la Russie soviétique. Si Churchill est favorable au plan Foch, Wilson, Loyd Georges et Clemenceau refusent sachant que les armées alliées ne sont plus totalement sûr comme l'ont montré les mutineries de la mer Noire. Les Américains refusent fermement la proposition et les Alliés décident seulement de soutenir l'armée roumaine qui doit empêcher la contagion bolchevique dans l'Europe danubienne. La Hongrie, pays vaincu, est alors enserrée par l'Entente dans un étau militaire. Sa position est d'autant plus difficile que pour les Alliés l'accession des communistes au pouvoir en Hongrie est une menace sérieuse. Elle peut servir de modèle pour l'Allemagne et ainsi remettre en cause la victoire de 1918.


Malgré cette hostilité, Kun envoie le 29 mars un message secret aux Alliés où il leur propose d'ouvrir des négociations sur la base des droits à l'autodétermination des peuples. Il promet en outre ne pas avoir d'intentions belliqueuses. Pourtant dans le même temps les Hongrois mettent sur pied une armée rouge.

enrolement                               Enrolement dans l'armée rouge


Dans le gouvernement des commissaires du peuple, le social-démocrate Joszef Pogany est commissaire à la Guerre assisté par un comité militaire de 5 membres qui comptent en son sein Bela Kun, Vilmos Böhm, Béla Szanto, Reszo Fiedler et Joszef Haubrich. Un décret du 15 avril ordonne à ce comité de mettre sur pied une armée rouge hongroise de 7 divisions dont une doit être composée de Ruthènes. Il faut ajouter à ces divisions la division Szekely composée de Hongrois originaires de Transylvanie. C'est la seule division encore opérationnelle et qui se bat depuis l'automne contre les Roumains.


L'armée rouge hongroise voit officiellement le jour le 24 mars 1919. Ses effectifs progressent rapidement car si le 29 mars elle compte 11 000 volontaires, ils sont 35 000 le 4 avril et 53 000 le 15 avril. A la fin avril ce sont 16 000 soldats rouges qui défilent dans les rues de Budapest.


Le 18 avril, face à de nouvelles offensives roumaines et tchèques, le gouvernement hongrois lance un appel aux armes. Vilmos Böhm devient alors commandant en chef de l'armée rouge avec pour adjoint le colonel Aurél Stromfeld. Le recrutement est réorganisé pour l'élargir au-delà des seuls volontaires tandis que les conseils de soldats renaissent pour former l'ossature de la nouvelle armée. Pour éviter les conflits de compétence entre ces conseils et la hiérarchie militaire, Stromfeld obtient rapidement que l'activité des conseils n'interfère pas avec l'activité de l'état-major. Des mesures énergiques sont prises pour établir une véritable armée et non pas des milices. Ainsi concernant la discipline, le 25 avril, Böhm prévient que la non-obéissance aux ordres est passible de la cour martiale. Mais contrairement aux bolcheviks, les communistes hongrois sont encore trop peu nombreux pour occuper des postes de commandements et de contrôle dans l'armée et ils restent donc dominés au sein de l'état-major.

 

Stromfeld et Bohm                    Aurél Stromfeld et Vilmos Böhm


Les Hongrois peuvent également compter sur l'aide d'unités internationales institués le 4 avril et qui comptent prés de 2000 hommes en juillet 1919 sous le contrôle du communiste Mozes Gabor. Ces unités rassemblent des volontaires venus d'horizons différents. Il y a des anciens prisonniers de guerre russes, serbes mais aussi 300 Italiens, des ouvriers bulgares et polonais émigrés en Hongrie, un millier de volontaires autrichiens issus du 41° bataillon de la Volkswehr et commandé par le communiste Leo Rothziegel, quelques déserteurs serbes, roumains, français et slovaques. Ils forment d'abord trois puis quatre régiments. Le second est commandé par Rothziegel tandis que le troisième, le Bataillon rouge des Balkans, jouera un certain rôle dans la propagande communiste en Yougoslavie.


Un décret du 29 mars précise l'organisation de l'armée. C'est avant tout une armée de classe composé d'ouvriers ayant reçu la recommandation du Parti, des syndicats ou des conseils. Les grades et distinctions sont interdits même si un décret ultérieur rétablit l'ancienne terminologie des grades pour distinguer les échelons du commandement mais sans que cela ne corresponde à des différences de statut ou de solde. Si les officiers d’état-major, les commandants de divisions et de régiments sont désignés par le commissaire à la défense, les autres officiers sont directement élus par les conseils de soldats. Ces officiers doivent néanmoins au préalable faire l'objet d'une évaluation technique par un comité chargé de déterminer leur compétence. Des commissaires politiques sont également institués afin d'assurer l'agitation et la propagande dans l'armée mais cette fonction échappe aux communistes au profit des chefs syndicalistes.

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communismeetconflits - dans Etudes historiques
23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 08:41

Édith Thomas, Rossel, Gallimard, coll. Leurs Figures, Paris, 1967.

 

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Voici une biographie à l'ancienne écrite à une époque où ce genre était largement décrié et méprisé. Mais l'ouvrage d'Édith Thomas, par son sujet, par son talent d'écriture et par la mobilisation de sources inédites utilisées est un outil indispensable pour connaître l'histoire militaire de la Commune de Paris à travers le parcours de l'un des rares officiers de carrières à s'être mis à son service.


La vie de Louis-Nathaniel Rossel se partage en deux de part et d'autres de l'année 1870. Et le livre d'Édith Thomas reprend cette division en traitant d'abord la vie privée de Rossel, avant 1870 puis sa vie publique, en 1870-1871, où il entre dans l'Histoire.


La vie de Rossel avant 1870 est particulièrement bien connue par le biais des archives conservées par la famille de Rossel qui, après la publication de l'ouvrage, seront donnés aux Archives nationales dont Édith Thomas est alors l'une des responsables. Le lecteur suit l'enfance et la jeunesse de Rossel, élevé dans une famille protestante à la fois originaire des Cévennes par le père et d'Angleterre par la mère. Fils d'un militaire de tendance libérale, le jeune Rossel parcourt la France au gré des affections de son père: Saint-Brieuc, Mâcon, Nîmes avant d'entrer au Prytanée militaire de La Flèche en 1855. Puis il entre en 1862 à l'école Polytechnique dont il sort officier du génie. Mais comme le montre Édith Thomas, Rossel n'apprécie guère le milieu militaire et durant ses études à La Flèche il n'a cessé de détester les adjudants chargés de l'encadrement.


En service, la vie de garnison est ennuyeuse pour Rossel qui ne cesse alors de s'intéresser, en autodidacte, à différents sujets dont la philologie mais également l'histoire. En 1868 alors qu'il est en garnison à Metz il participe aux actions de la Ligue de l'Enseignement de Jean Macé. Rossel est un bon officier, bien noté et apprécié par ses chefs et ses camarades. Cette première partie de l'ouvrage dresse ainsi le portrait d'une famille de militaires et la vie d'un jeune officier sous le Second Empire partagée entre un travail administratif routinier et les mondanités de la vie de province.


La seconde partie de l'ouvrage s'ouvre avec la déclaration de guerre d'aout 1870. Rossel qui est alors en garnison à Tours, menace de démissionner s'il n'est pas envoyé dans la zone des combats. Il obtient satisfaction et rejoint l'armée de Bazaine à Metz. Lors du siège de la ville il mesure l'incapacité et la trahison des généraux. Il parvient à fuir la ville pour éviter la capture au moment de la reddition de la ville. Rossel rejoint alors le gouvernement de la Défense nationale pour se mettre au service de Gambetta et prêcher la résistance à l'envahisseur. Il part d'abord dans le Nord pour faire un rapport sur l'état de l'armée. De retour à Tours il est envoyé au camps de Nevers avec le grade de colonel. Mais à ce moment, le camps de la paix, qui a remporté les élections législatives, prend le dessus au sein du gouvernement et Gambetta démissionne.


Quand il apprend que Paris s'est soulevé contre le gouvernement Thiers, Rossel y voit le signe d'une possible reprise des hostilités contre l'Allemagne. Il décide alors de rejoindre la Commune après avoir bruyamment démissionné de l'armée. Le 22 mars il devient chef de la 17° légion de fédérés puis le 3 avril chef d'état-major de la Commune. Il estime que Paris doit d'abord organiser une véritable armée reposant sur une hiérarchie et une discipline stricte pour vaincre les troupes de Versailles. Il doit faire face à l'indiscipline des troupes, à l'inexpérience d'officiers élus, aux empiétements des diverses factions communardes. Sa nomination au poste de délégué à la guerre ne lui permet pas de redresser la situation et il donne sa démission. Proscrit, il se cache dans un appartement de Paris et assiste de sa fenêtre à la Semaine sanglante. Édith Thomas retrace ici dans le détail l'histoire de l'armée communarde et de son incapacité à se transformer en outil militaire efficace.


Rossel est arrêté début juin par les Versaillais. Jugé à deux reprises il est condamné à mort. Malgré les nombreuses demandes de grâce, le président Thiers refuse la clémence car selon lui il faut faire un exemple et Rossel et l'un des rares officiers d'active à avoir rejoint l'insurrection. Rossel est fusillé à Satory le 28 novembre 1871.


A travers le destin de Rossel, tel que le raconte Édith Thomas, se devine les tensions que vont entretenir par la suite les mouvements révolutionnaires avec la question militaire, notamment sur la nécessité de former un outil militaire classique, gage d'efficacité, mais aux dépens des principes révolutionnaires. Le lecteur songe alors que, peut être, Trotski, grand connaisseur de l'histoire révolutionnaire française, a su tirer les leçons de l'échec de Rossel en 1871 parvenir à bâtir l'Armée rouge victorieuse de 1918-1920.

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communismeetconflits - dans Communisme français
22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 15:19

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Depuis le 15 janvier le forum des Savoirs de la Maison des sciences de l'Homme de Dijon (batimet de la MSH sur le campus universitaire de Dijon) est le lieu d'une exposition intitulée "Il y a 70 ans Stalingrad: un tournant de la guerre". Cette dernière est le fruit d'un partenariat entre la MSH de Dijon, le Centre Georges Chevrier, l'ARORM et l'Association Bourgogne-Eurcasie. Elle vise non seulement à retracer la bataille et ses atrocités, mais aussi à mesurer les effets induits de la défaite allemande qui participe au tournant de la Seconde Guerre mondiale. L’espoir renaît au sein des forces qui résistent à la domination nazie. Les Alliés peuvent également attaquer les puissances de l’Axe sur plusieurs fronts à l’échelle mondiale.

 

La page web du Centre Georges Chevrier consacrée à cette exposition permet d'écouter la conférence faite lors de l'inauguration de l'exposition, en présence d'un représentant de l'ambassade de Russie en France, par le professeur Serge Wolikow de l'Université de Bourgogne sur l'impact de la bataille de Stalingrad en France et dans le monde.


Cette exposition, qui devait fermer ses portes le 25 janvier est prolongée jusqu'au 30 janvier. A voir !

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communismeetconflits - dans Divers

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  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")