Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 07:36

David S. Foglesong, America's Secret War Against Bolshevism : US Intervention in the Russian Civil War, 1917-1920, University of North Carolina, 1995.

 

41GQYJ6GCYL._SL500_AA300_.jpg

 

David Foglesong, professeur à la Rutgers University, s'est appuyé à la fois sur des archives américaines et soviétiques pour livrer une étude approfondie sur l'intervention américaine en Russie durant la guerre civile. Pour Foglesong l'historiographie traditionnelle américaine, pour qui l'intervention en Russie résulte d'une volonté de rétablir le front oriental et d'aider le peuple russe à établir un gouvernement démocratique, est à revisiter complètement.


Pour l'auteur, si l'intervention américaine en Russie repose à la fois sur des motifs anti-allemands et anti-bolcheviks, cette dernière composante prédomine rapidement. L’ambiguïté qui entoure alors la politique américaine reflète les contradictions d'un président Woodrow Wilson ambivalent qui à la fois proclame son attachement aux valeurs démocratiques et impulse des opérations militaires clandestines contre les Soviets. Pour Foglesong, qui livre ici un portrait à charge du président américain, la politique de Wilson a un précédent dans l'intervention au Mexique qui sert de terrain d'entraînement à différentes formes d'actions qui seront utilisées plus tard en Russie.


Foglesong montre bien que l'hostilité américaine contre le pouvoir bolchevik est immédiate. Les fonds américains à la Russie tsariste sont coupés et le blocus maritime de l'Allemagne est étendu à la Russie dès que l'annonce de la Révolution d'Octobre arrive à Washington. Cette hostilité est si forte qu'en janvier-avril 1918, au moment où les Français et les Britanniques examinent l'idée d'aider les bolcheviks à combattre les Allemands, Wilson s'y oppose catégoriquement.


L'intervention américaine se fait sous le prétexte d'actions anti-allemandes, un argument plus acceptable pour l'opinion publique. Elle se matérialise notamment par le versement de fonds aux mouvements blancs les plus réactionnaires tandis que les socialistes-révolutionnaires, les seuls véritables démocrates russes, ne reçoivent aucun soutien. Les Américains préfèrent les hommes forts comme l'ataman Semenov puis l'amiral Koltchak et se réjouissent quand ce dernier fait arrêter les socialistes-révolutionnaires. Avec l'armistice du 11 novembre 1918 l'intervention en Russie perd sa justification principale mais rapidement la peur du rouge remplace la peur du boche dans une grande partie de l'opinion américaine. Pourtant aux États-Unis, un sénateur de Californie dénonce l'hypocrisie de Wilson. Mais pour le président américain la crainte d'une propagation du communisme en Europe justifie amplement l'envoie en Russie d'armes et de nourritures pour soutenir des mouvements qui n'ont rien de démocratique.


Foglesong démontre ainsi que c'est une erreur de faire commencer la guerre froide en 1945 et non en 1917. La peur du rouge, la volonté de former un cordon sanitaire autour de la Russie, la répression contre les présumés communistes sur le sol américain, l'organisation d'opérations clandestines contre les Soviétiques, les subterfuges pour éviter de faire voter par le Congrès les crédits nécessaires à ces opérations sont des éléments de la politique américaine dès 1917. Le livre de Foglesong ne peut que provoquer la réflexion du lecteur à la fois sur la façon d'écrire l'histoire mais également sur l'origine et la force de l'anticommunisme américain.

 

Repost 0
communismeetconflits - dans Guerre civile russe.
11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 07:33

Shu Guang Zhang, Mao's Military Romanticism : China and the Korean War, 1950-1953, University Press of Kansas, 1995.

 

zhang.gif

 

Depuis quelques années l'historiographie de la « guerre oubliée » connaît un regain de vigueur qui est le résultat de l'ouverture des archives soviétiques et chinoises. Le livre de Shu Guang Zhang s'inscrit dans ce renouveau des études sur la guerre de Corée en analysant les différents aspects du comportement militaire de la Chine populaire tout au long du conflit. Après avoir exposé le contexte historique et intellectuel qui domine la stratégie militaire chinoise, l'auteur montre que la Chine a essentiellement une position défensive avant le début de la guerre, posture qui change radicalement quand le régime chinois décide de montrer sa force militaire en Corée.


Shu Guang Zhang décrit alors de manière minutieuse les actions militaires des volontaires chinois entre octobre 1950 et l'été 1952. Il analyse également le travail du Parti communiste chinois parmi ses volontaires ainsi que la stratégie de Pékin lors des négociations de cessez-le-feu. Dans un chapitre qui conclut le livre il montre l'impact de la guerre de Corée sur la politique chinoise.


Le lecteur apprend ainsi que les Chinois ont mis en garde Kim Il-sung contre un débarquement américain à Inchon mais que ce dernier n'a pas voulu prendre en compte l'avertissement. Zhang montre également que si pour les dirigeants chinois l'accusation portée contre les Américains d'utiliser des armes bactériologiques en Corée est avant tout un outil de propagande, ils prennent malgré tout diverses mesures pour parer à une telle éventualité. Surtout l'auteur apporte la preuve que les Chinois n'ont jamais pris vraiment au sérieux la menace américaine d'utiliser l'arme nucléaire. C'est avant tout la crainte d'une opération amphibie américaine sur le territoire chinois qui conduit Pékin à faire des concessions lors des pourparlers de Panmunjon.

 

Pour expliquer le comportement militaire des Chinois lors de la guerre de Corée, Zhang met à jour ce qu'il nomme le romantisme révolutionnaire de Mao. Ce romantisme est selon lui le fruit des conceptions marxistes de la guerre vue comme une lutte des classes, de l'influence de Clausewitz et de l'expérience acquise dans la lutte contre les Japonais et les nationalistes. Il se caractérise par l'idée que, face à un ennemi plus puissant, des facteurs subjectifs comme le moral élevé, la ténacité des troupes et le soutien de la population peuventt corroder la supériorité objective, technologique, de l'adversaire. Pour Zhang la confiance exagérée des dirigeants chinois dans leur capacité militaire explique avant tout l'intervention en Corée plutôt que le franchissement du 38° parallèle par les Américains. D'ailleurs les succès initiaux des volontaires chinois encouragent Mao à accepter que ses troupes franchissent également le 38e parallèle. Mais rapidement ce romantisme révolutionnaire, comparable à l'esprit des soldats de l'an II, montre ses limites. Il est ainsi incapable de venir à bout de la puissance américaine en Corée.


Le livre de Shu Guang Zhang est un instrument précieux à la fois pour le spécialiste que pour l'amateur d'histoire militaire. Sa force réside avant tout dans la relation précise et complète qu'il donne de l'implication militaire chinoise durant la guerre de Corée mais plus largement aussi sur l'art de la guerre maoïste.

Repost 0
communismeetconflits - dans Guerre de Corée
10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 10:38

bannerfans 6509167

Signalons la parution aujourd'hui de l'article d'Adrien Fontanellaz, La bataille de Kinshasa, sur le blog L'autre coté de la colline. Adrien Fontanellaz donne ici un aperçu complet et référencé d'un conflit peu connu en France mais qui marque un tournant dans l'histoire du Congo ex-Zaïre et plus largement de l'Afrique central. A lire absolument.


Nous profitons aussi de l'occasion pour remercier Remy Porte d'avoir sur son blog donner la parole aux initiateurs de L'autre coté de la colline, dont nous sommes partie prenante. Pour mieux connaitre la démarche et les intentions des auteurs de ce jeune blog la lecture de l'interview paru aujourd'hui sur Guerres et conflts est indispensable.

Repost 0
communismeetconflits - dans Divers
8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 07:58

Jonathan D. Smele, Civil War in Siberia : The Anti-Bolshevik Government of Admiral Kolchak, 1918-1920, Cambridge University Press, 1996.

41ZtbU0CF3L. SL500 AA300

 

La guerre civile russe a déjà été l'objet d'une historiographie abondante. Si pendant longtemps les historiens se sont focalisés sur les grands centres comme Petrograd ou Moscou dans le cadre d'études régionales, depuis le milieu des années 1970 une attention accrue pour les régions périphériques de l'Empire russe : l'Ukraine, le Caucase, la Sibérie, l'Extrême-Orient russe s'est faite jour.


Jonathan Smele, maître de conférences en histoire russe à l'Université de Londres, est un spécialiste reconnu de la guerre civile en Sibérie durant la période où l'amiral Koltchak porte les espoirs des blancs. Son livre est donc une somme de plus de 700 pages avec une bibliographie qui ne compte pas moins de soixante-dix pages, un véritable ouvrage de référence.


Il faut pourtant remarquer que l'auteur ne s'appuie que sur des publications issus du mouvement blanc et n'a pas consulté les archives soviétique conservé au GARF à Moscou alors qu'il signale dans le même temps que depuis la fin de l'URSS les historiens russes sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à l'étude du mouvement blancs et à l'amiral Koltchak. Pourtant l'auteur privilégie dans ses sources secondaires la littérature soviétique alors que celle-ci est loin d’être partiale.


Le livre de Smele retrace essentiellement la montée au pouvoir puis le déclin de l'amiral Koltchak dont le contrôle de la Sibérie n'a pas été le tremplin espéré pour conquérir l'ensemble de la Russie. A l'automne 1917, si les bolcheviks contrôlent les grandes villes le long de la voie ferrée du Transsibérien, leur pouvoir est plus diffus dans les campagnes où dominent les socialistes-révolutionnaires. Surtout les bolcheviks sibériens sont divisés, certains demandent une alliance avec les SR et les mencheviks, d'autres refusent le centralisme et le régime du parti unique.


Avec l'insurrection de la légion tchécoslovaque en mai 1918, le pouvoir soviétique s'effondre dans la région où apparaissent de nombreux gouvernements antibolcheviks qui ne parviennent pas à s'unifier. Rapidement deux pouvoirs dominent: le Komuch à Samara où dominent les socialistes-révolutionnaires et le gouvernement provisoire de Sibérie à Omsk sous le contrôle du parti cadet. La rivalité entre les deux gouvernements, mais aussi l'incapacité des SR à gouverner efficacement, facilite le coup d'État que conduit Koltchak le 18 novembre.


Trois chapitres sont consacrés au fonctionnement du gouvernement Koltchak. Ce dernier a été confronté à de multiples problèmes. D'abord l'armée blanche était fragmentée autours de véritables seigneurs de la guerre comme l'ataman Semenov ou le baron Ungern-Sternberg qui ne reconnaissent pas l'autorité de Koltchak. Ce dernier ne gagne jamais véritablement la stature d'un dictateur d'autant qu'il est soumis aux volontés des chefs des missions alliées. L'entourage de Koltchak, plus préoccupé de profiter de la douceur de vivre à Omsk plutôt que de combattre l'armée rouge, forme aussi rapidement un écran entre lui et les réalités. Ce cercle qui se complai dans une sorte d'autosatisfaction militaire provoque finalement l'échec du gouvernement blanc en Sibérie.


En juillet 1919, alors qu'à Omsk le gouvernement blanc célèbre avec faste son premier anniversaire, l'armée rouge écrase les troupes de Koltchak en Sibérie occidentale. C'est le moment où le gouvernement blanc paye son incapacité à mettre en œuvre des réformes politiques et sociales. Détestée par les paysans en raison des réquisitions militaires, des impôts élevés et de la corruption, le mouvement blanc ne survit que tant que dure l'appui des forces étrangères.


En 1919 quand les Tchécoslovaques n'ont plus comme seul désir que de retourner dans leur pays et que les gouvernements alliés, face aux critiques de leur opinion publique évacuent leur troupes, le mouvement blanc se dissous dans la panique. Koltchak est arrêté par les SR d'Irkoutsk et livré aux bolcheviks qui le fusillent le 7 février 1920. Il a ainsi disparu aussi rapidement qu'il était apparu.


Le livre de Smele, magistral aperçu du mouvement blanc en Sibérie, est, malgré quelques défauts, incontournable pour appréhender les mécanisme de la guerre civile russe au delà de l'Oural.

 

Repost 0
communismeetconflits - dans Guerre civile russe.
7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 08:01

Jeno Gyorkei, Miklos Horvath (sld), Soviet Military Intervention in Hungary, 1956, Central European University Press, Budapest, 1999.

 

51YVyAqpijL._SL500_AA300_.jpg

 

Ce livre, paru en hongrois en 1996, se compose de trois parties écrites respectivement par Jeno Gyorkei et Miklos Horvath, Alexandre Kirov et pour terminer Yevgueny Malachenko l'ensemble traitant exclusivement des actions militaires soviétiques et hongroises lors de la crise de 1956. Dans son introduction à l'ouvrage Bela Kiraly montre que l'invasion soviétique fut une véritable opération militaire impliquant prés de 17 divisions, se soldant par 722 tués et 1251 blessés dans les rangs soviétiques et donnant lieu à la remise de 26 médailles de Héros de l'Union soviétique et de prés de 10 000 médailles de combat. Pour Kiraly l'intervention russe est donc bien une véritable opération de guerre contre un autre État socialiste.


Si la contribution de Malachenko repose essentiellement sur ses souvenirs, celle d'Alexandre Kirov, un historien militaire russe, s'appuie sur des documents d'archives ce qui lui permet de fournir des données précises sur les pertes, les unités impliquées dans l'intervention mais également de fournir trois utiles cartes des opérations. Il donne ainsi au lecteur un excellent aperçu des opérations de l'armée rouge avant et pendant la prise de Budapest. Il faut souligner que c'est en tant que lieutenant-colonel d'une unité de parachutistes que Kirov a pu avoir accès aux archives centrales du quartier-général des forces armées, archives fermées aux chercheurs. A la suite de ses travaux il a été limogé et renvoyé de l'armée.


La contribution des deux historiens militaires hongrois Gyorkei et Horvath donne des informations utiles sur le comportement de l'armée populaire hongroise durant les événements de 1956. Ainsi les responsables du Parti communiste hongrois ne donnent jamais l'ordre à l'armée de tirer sur les insurgés, à la fois pour ne pas perdre totalement le soutien de la population mais aussi parce qu’ils sont conscients que les militaires risquent de ne pas obéir à un tel ordre. Dans de nombreux cas en effet les militaires hongrois ont même sympathisé avec les insurgés armés. Les militaires sont également victimes d'ordres contradictoires : ils doivent relâcher des insurgés qu'ils ont précédemment arrêtés tandis que la levée du couvre-feu interdit d'identifier et de désarmer les rebelles. Le trouble est donc profond au sein de l'armée hongroise qui est fortement ébranlée par les événements.


Les contributions traitent tous de la question du rôle du corps spécial en Hongrie, c'est à dire les troupes soviétiques stationnant en permanence dans le pays. Au départ ce corps sert de base arrière pour les troupes soviétiques qui occupent l'Autriche. En 1955, avec l'évacuation de ce pays, l'URSS, pour justifier légalement le maintien de troupes en Hongrie met sur pied le pacte de Varsovie. La contribution de Malachenko, qui fut l'un des responsables du corps spécial est précieuse puisqu'il explique qu'alors les relations sont cordiales avec la population hongroise et qu'au moment où l'ordre d'intervenir est arrivé le général Lachenko, le commandant du corps spécial, a répondu que cette mission devrait revenir à la police et à l'armée hongroise. Mais il faut souligner également la vision, à notre avis, un peu trop irénique de ce témoin sur le rôle de l'armée soviétique en Hongrie.


Malgré les réserves concernant le témoignage ou plutôt l'interview de Malachenko, ce livre s’appuie sur un ensemble documentaire d'importance venant aussi bien des archives hongroises que soviétiques. Les chronologies, les statistiques, les cartes, les notices biographiques en font même un instrument de travail précieux sur un sujet où il existe peu de référence militaire en anglais et aucune en français. Mais ce livre est également ardu et il est parfois bien difficile d’accès pour celui qui n'a pas au préalable une bonne connaissance des événements hongrois de 1956.

 

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 07:29

Carl Richard, When the United States Invaded Russia: Woodrow Wilson's Siberian Disaster, Rownan & Littlefield Publishers, 2012.

 

2370004617176

 

C'est dans le but de mieux comprendre les relations soviéto-américaines au cours du XX° siècle que Carl Richard, professeur à l'Université de Louisiane, étudie l'intervention des troupes américaines en Sibérie en 1918-1920. C'est en effet au lendemain de la Révolution bolchevique que le président Woodrow Wilson envoie en Sibérie une troupe de 8 500 soldats américains. Pour l'auteur il s'agit là avant tout d'un acte politique de la part du président américain, acte destiné à la fois à contrer les craintes face à la perspective d'une guerre sur un seul front contre les Allemands mais aussi à entraver les efforts japonais pour consolider leur position en Sibérie. Wilson décide de surcroît de maintenir cette présence militaire alors que ses conseillers sont persuadés que le bolchevisme s'effondra de lui-même.


Les troupes américaines doivent aider les Tchèques et les Russes anti-bolcheviks à renverser le gouvernement des Soviets afin de permettre que se reforme le front oriental contre les Empires centraux. Durant leur bref séjour en Sibérie les soldats américains s'occupent plutôt de garder les voies ferrées et leur engagement guerrier se limite à des escarmouches avec les partisans rouges. Alors que les relations sont mauvaises avec des forces japonaises bien organisées, que la tension monte avec des Alliés mécontents au milieu d'un climat politique russe tumultueux, les Américains se retirent finalement en avril 1920.


L'intervention américaine est ici décrite avec détail et s'appuie sur de nombreuses archives et sources secondaires. L'ouvrage de Richard est donc une excellente introduction sur la politique américaine à la fin de la Première Guerre mondiale qui montre de manière fine les décalages qui existent entre les actions et les discours humanitaires du président Wilson.


Le sujet traité est aussi pour l'auteur l'occasion d'une réflexion sur l'échec américain en matière de contre-insurrection mais également l'incapacité à bâtir un État russe conforme aux idéaux politiques américains. Rapidement les troupes américaines en viennent à soutenir le pouvoir dictatorial et peu démocratique de l'amiral Koltchak. L'intervention a aussi des effets profondément négatifs puisqu'elle compromet les adversaires des bolcheviks. Pour Richard les leçons de cet épisode, largement méconnu en Occident, peuvent s'appliquer à des interventions plus récentes : les résultats sont en complète contradiction avec les intentions initiales.

 

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 08:00

Alexander Statiev, The Soviet Counterinsurgency in Western Borderlands, Cambridge University Pres, 2010.

 

soviet-counterinsurgency-in-western-borderlands-alexander-s.jpg

 

Voici une étude sur un sujet largement ignoré en France: l'histoire des mouvements nationalistes armées des régions occidentales de l'Union soviétique. L'histoire de ces mouvements débute en 1939-1940 quand l'URSS, à la suite de la signature du pacte germano-soviétique, envahit l'est de la Pologne, c'est à dire la Biélorussie et l'Ukraine occidentale, puis en 1940 les trois États balte : Estonie, Lituanie, Lettonie. Même si l'occupation soviétique est de courte durée des mouvements de résistance voient alors le jour, malgré la surveillance impitoyable du NKVD. Alexander Statiev analyse ensuite l'évolution de ces mouvements sous l'occupation allemande puis exposent les différentes facettes de la politique soviétique dans ces régions après 1945 à travers les questions des déportations, des amnisties, de la politique agraire et religieuse mais également des politiques paramilitaires et de sécurité. Il donne ainsi un excellent aperçu des processus d'intégration au sein de l'espace soviétique des régions frontalières occidentales.


La résistance nationaliste n'est pas uniforme dans ces régions et l'auteur montre que la lutte est particulièrement âpre en Ukraine et en Lituanie au contraire de la Biélorussie occidentale. Il démontre surtout qu'au sein des organisations nationalistes, une seule, l'organisation nationaliste ukrainienne possède une idéologie propre, qu'il n'hésite pas à qualifier de proche du fascisme, mais surtout qui peut s'appuyer sur un réseau clandestin étendu dans la société.


Alexander Statiev met en évidence que les habitants des régions frontalières ont, à l'exception des Biélorusses, accueilli de manière favorable les envahisseurs allemands. Si les résistants polonais de l'AK (Armée de l'intérieur) sont farouchement anti-nazis, dans les pays baltes et en Ukraine certains mouvements espèrent que les Allemands vont permettre la création d'armées nationales pour combattre les Soviétiques. Mais les nazis n'acceptent finalement que la constitution d'unités nationales de la Waffen SS.


L'auteur montre avec pertinence que les relations entre les nationalistes et les occupants nazis sont particulièrement complexes. Ainsi quand les nationalistes ukrainiens forment un gouvernement à Lvov le 30 juin 1941, les leaders sont arrêtés et Stepan Bandera passe la plus grande partie de la guerre dans un camps de concentration. Les Allemands n'acceptent finalement que la création d'une division de Waffen SS galicien qui est d'ailleurs envoyée en Italie. A contrario la Lettonie est le pays qui donne, par rapport à sa population, le plus grand nombre de volontaires au sein des troupes allemandes. Beaucoup de ceux qui rejoignent alors les unités de police participent aux atrocités contre les Juifs et certains se retrouvent par la suite dans les unités de partisans nationalistes. Statiev met en évidence qu'à l'exception des Ukrainiens, les nationalistes accordent une confiance trop grande aux Allemands et oublient de créer une alternative politique à la collaboration avec l'occupant. Cet aveuglément n'est pas partagé par tous puisque les Lituaniens et les Ukrainiens se détournent rapidement des nazis pour installer des infrastructures clandestines destinées à affronter les Soviétiques.


Avec le retour de l'armée rouge, la résistance nationaliste ukrainienne se développe et regroupe rapidement entre 25 000 et 40 000 combattants. Statiev analyse en détail les politiques de répression et de pacification soviétiques utilisées contre cette dernière. Cette stratégie contre-insurrectionnelle se traduit surtout par la multiplication des brutalités contre les civils, les partisans capturés et leurs familles. Seule les Biélorusses échappent à cette vague répressive et aux déportations de masse en raison de la faiblesse du nationalisme dans cette région.


Les mouvements nationalistes reçoivent quand à eux peu d'aide de la part des Occidentaux. Ces derniers sont plutôt intéressés par le renseignement et se montrent donc généralement opposés à la stratégie de guérilla. Sans aides extérieures entre 1950 et 1952 les mouvements nationalistes armés disparaissent et laissent la place à la résignation et à la passivité parmi les populations avant que les bouleversements de la fin des années 1980 ne réveillent un nationalisme seulement en sommeil dans ces régions occidentales de l'URSS.

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 07:30

Ben Shepherd, Terror in the Balkans: German Armies and Partisan Warfare, Harvard University Press, 2012.

 

51bQa111pEL SL500 AA300

Après avoir consacré une étude détaillée à l'action anti-partisane de l'armée allemande en Union soviétique à travers l'étude d'une division de sécurité, l'historien britannique Ben Shepherd utilise la même focale mais sur un autre théâtre du conflit les Balkans. Précisons d'emblée que l'auteur ne s'intéresse qu'à la Yougoslavie et n'accorde aucune attention à la Grèce. La période chronologique étudiée ne concerne essentiellement que les années 1941-1942 et laisse de coté 1944, pourtant l'année où la guerre de partisans fut la plus intense. Cette absence vient essentiellement du fait que Ben Shepherd s'intéressent plus aux relations entre les troupes allemandes et la population civile qu'à la guerre contre les partisans proprement dite.


Pourtant la situation yougoslave est particulière puisque dans ce pays le mouvement partisan se structure rapidement et dès 1941 il engage des opérations d'envergure. Il parvient ainsi à s'organiser et à s'armer de telles manières qu'il se transforme vite en une armée conventionnelle. La lutte contre les partisans en Yougoslavie a donc une dimension opérationnelle bien plus forte que dans le reste de l'Europe où elle reste longtemps confinée à de simples opérations de maintien de l'ordre.


L'auteur montre qu'à l'origine de l'attitude allemande envers les populations civiles se trouvent les théories issues du darwinisme social qui détermine un fort mépris envers les populations slaves. De manière plus originale il avance également l'idée que le souvenir de la Grande Guerre joue un rôle non négligeable dans la brutalité de l'occupation allemande. Le sentiment anti-serbe développé dans l'armée autrichienne durant la Première Guerre mondiale aurait selon lui été transmis à la Wehrmacht après l'Anschluss de 1938 et explique la violence des rapports avec les civils. Si l’explication est séduisante aurait-elle eu le meme impact si l'auteur avait intégré la Grèce dans son analyse ?


Le lecteur peut également regretter que l'auteur ne profite pas de la proximité géographique pour comparer l'occupation allemande avec d'autres occupations puisque la Yougoslavie est également occupée par les Italiens, les Hongrois et les Bulgares. Autre critique de taille, l'étude du mouvement partisan est presque inexistante tout comme l'utilisation de sources serbes. La dimension inter-ethnique du conflit en Yougoslavie est aussi complètement négligée alors qu'elle joue un rôle essentielle dans la mémoire collective et dans l'éclatement du pays au début des années 1990.


Si la guerre de partisans est délaissée, le livre est néanmoins une contribution supplémentaire à l'historiographie récentes des crimes de guerre commis par la Wehrmacht. Cette dernière, par son mépris des partisans qu'elle a largement sous-estimé, se borne vis-à-vis des civils à une politique de terreur. Shepherd confirme donc à nouveau que la Wehrmacht fut un acteur majeur des crimes de guerre en essayant de mettre en lumière l'arrière-plan culturel à l'origine de cette participation des militaires à la folie criminelle nazie.

 

Repost 0
communismeetconflits - dans Communisme yougoslave
1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 09:16

 

bannerfans 6509167


C'est avec un grand plaisir que nous annonçons la naissance d'un nouveau blog traitant d'histoire militaire, L'autre coté de la colline. Ce nouveau venu est le fruit d'une collaboration à trois entre l'auteur de ce blog, Stéphane Mantoux d'Historicoblog(3) et d'Adrien Fontanellaz de Militum Historia. A travers la publication d'articles de vulgarisation de qualité s'appuyant sur une démarche historique nous voulons offrir au lecteur des approches nouvelles sur des sujets peu ou pas traités mais également revisiter certains conflits ou batailles déjà connu.

 

Nous nous fixons un rythme de trois articles de fond par mois mais L'autre coté de la colline est ouverte à toutes les contributions qui respectent les quelques règles que se sont données les initiateurs de ce nouvel espace d'histoire militaire.

 

N'hésitez pas à consulter et à rejoindre L'autre coté de la colline.

 


Repost 0
communismeetconflits - dans Divers
28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 09:45

David Stahel, Kiev 1941: Hitler's Battle for Supremacy in the East, Cambridge University Press, 2012.

 

kiev1941large.jpg

 

Le livre de David Stahel est le seul à notre connaissance à donner une étude complète de la bataille de Kiev de septembre 1941. Ce manque devait être comblé puisque Kiev est l'une des plus belles victoires allemandes tandis que pour beaucoup la décision d'Hitler de détourner l'avance sur Moscou pour détruire les forces soviétiques autours de cette ville fut une erreur stratégique lourde de conséquences.


Le livre débute avec une analyse de la situation stratégique dans les deux camps. Il relate ensuite l'ensemble des combats qui se déroulent autour de Kiev d’août à octobre 1941. La bataille est une gigantesque manœuvre d'encerclement qui coûte la vie à près de 650 000 soldats soviétiques. Pour décrire les combats l'auteur s'appuie en particulier sur les rapports des formations tactiques, les journaux des unités engagées ainsi que sur les lettres des soldats.


L’intérêt de la démonstration de Stahel est surtout de replacer cette bataille dans le cadre plus large de l'offensive allemande contre l'URSS. Il montre ainsi comment la Wehrmacht est obligée de jongler avec des forces déclinantes pour atteindre les objectifs fixés et comment la résistance soviétique, qui prend parfois la forme de contre-offensives, affaiblie progressivement le potentiel militaire allemand. Pour Stahel l'étude de la bataille de Kiev sert à démontrer et illustrer la justesse de la thèse qu'il a défendu dans son précédent ouvrage Operation Barbarossa and Germany's Defeat in the East déjà recensé par nos soins c'est à dire que l'épuisement de la Wehrmacht est tel au début septembre 1941 qu'il lui est désormais impossible de remporter la victoire finale. Ainsi le sort de la Seconde Guerre mondiale s'est joué à l'été 1941 dans les plaines de la Russie tandis que le monde entier compte les jours qu'il reste à vivre à l'Union soviétique.


Pour traiter son sujet David Stahel privilégie essentiellement le coté allemand. Cela provient du fait qu'il utilise majoritairement des archives allemandes et que le cœur de sa démonstration réside dans l'idée d'un épuisement précoce du potentiel militaire de la Wehrmacht. Pourtant le camp soviétique n'est pas délaissé ce qui fait également l'attrait de cet ouvrage. Il faut également noter que les notes, index et la bibliographie occupent prés du quart du livre.


Bien écrit, clair, s'appuyant sur une dizaine de cartes, le livre est au service d'une thèse argumentée qu'il illustre: les erreurs d'Hitler, les insuffisances de l'industrie allemande qui ne peut approvisionner le front, les querelles entre généraux scellent rapidement le sort de la Werhmacht. Les arguments sont forts et la démonstration de l'énormité des pertes allemandes est convaincante malgré les redites avec son précédent livre. L'œuvre de Stahel n'est évidemment pas faite pour être consensuelle et produit à la fois ses partisans et ses adversaires. Néanmoins elle est incontournable pour ceux qui souhaitent comprendre la guerre à l'Est.

 

Repost 0
communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie

Présentation

  • : Communisme, violence, conflits
  • Communisme, violence, conflits
  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
  • Contact

L'autre coté de la colline

bannerfans 6509167

Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")