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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 09:03

John Koehler, Stasi: The Untold Story of the East-German Secret Police, Westview Press, 1999.

 

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Aux lendemains de la chute du Mur de Berlin à l'automne 1989 de nombreux dissidents est-allemands se sont battus avec succès pour avoir le droit d’accéder aux dossiers les concernant dans les archives de la police secrète de la RDA, la Stasi. L'ouverture de ces archives a permis la publication de nombreux articles et ouvrages sur cette police politique tant redoutée. Parmi la production pléthorique concernant la Stasi, le livre de John Koehler se veut ambitieux puisqu'il prétend donner une version inédite de l'histoire de cette institution. L'auteur montre que cette police fut une organisation tentaculaire qui s’intéressait à tous les secteurs de la société est-allemande. Elle fut selon lui l'un des plus puissant service de police et de renseignements du monde chargé de protéger le Parti et l'Etat.


Mais disons le d'emblée le livre déçoit car les faits qu'il relate sont déjà bien connus. Il en est ainsi sur les relations entre la Stasi et les réseaux terroristes internationaux mais également sur la surveillance des habitants de la RDA. Pourtant certaines informations collectés lors d'entretien avec d'anciens officiers de la Stasi sont précieuses.


Si les informations donnés dans le livre manquent d'originalité la grande faiblesse de l'ensemble vient surtout du ton éminemment idéologique de l'ensemble. Le livre est plein de généralités et de clichés dignes des pires moments de la guerre froide. Ainsi Koehler prévient le lecteur que la Stasi fut pire que la Gestapo et que ses crimes furent plus brutaux que ceux des nazis. Si la comparaison entre communisme et fascisme est légitime et fait l'objet de débats intellectuels vifs, mettre sur le même pied la Stasi, aussi intrusive et brutale fut-elle, et la SS hitlérienne qui perpétra un génocide est une erreur et surtout n'aide d'aucune manière à la compréhension de ce que fut la RDA. Les considérations de l'auteur pour qui l'ANC de Nelson Mandela fut une organisation terroriste contrôlée par les communistes discréditent largement l'ouvrage.


Si les agissements de la Stasi peuvent mériter une condamnation, l'absence d'examen du contexte social et politique dans lequel elle agit empêche également le lecteur d'appréhender la place qu'elle tient dans l'histoire de la RDA. Rien non plus sur les facteurs qui ont contribués à la chute de la Stasi et du régime qu'elle a fini par incarner.


 Voici un livre dont il est aisé de se passer. Sinon à manier avec précaution.

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communismeetconflits - dans Communisme allemand
22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 09:05

Archie Brown, The Rise and Fall of Communism, Harper Collins, 2009.

 

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Archie Brown est un éminent historien britannique, professeur à Oxford,  spécialiste du communisme qui allie à une connaissance précise des sources et de la littérature sur le sujet une expérience directe de ce dernier grâce à de nombreux voyages au delà du rideau de fer avant 1989. Le livre présenté ici apparaît donc comme la grande synthèse qui couronne une longue et brillante carrière.


L'Union soviétique tient une place centrale dans le livre de Brown, pas seulement parce qu'elle fut le premier pays communiste du monde mais surtout à cause sa puissance et de sa capacité à imposer sa volonté et son système. La figure humaine centrale du livre est Staline puisque les fondements du régime qu'il met en place perdurent jusqu'au milieu des années 1980. Staline a en effet affermis un système totalitaire que Brown prend d'ailleurs soin de distinguer du communisme. Poser ce distinguo est bien tout comme il est correct de montrer que l'idéologie du parti unique ne peut s'imposer sans coercition.


Si la description du régime stalinien est brève elle est néanmoins précise. Elle permet surtout de comprendre la brutalité qui s'abat sur les pays d'Europe de l'Est puisque Staline use des mêmes procédés contre son peuple et ses camarades. Malgré la dénonciation des crimes staliniens par Khrouchtchev le soulèvement hongrois est écrasé par la force en 1956 et la politique étrangère soviétique conduit le monde au bord de la guerre nucléaire en 1962. Quand Brejnev prend le pouvoir en 1964 il comprend que pour maintenir le régime en place il doit avant tout défendre l'héritage stalinien. Ainsi en Tchécoslovaquie en 1968 puis et en Pologne en 1980 l'usage de la force prévaut.


Le livre de Brown offre également une analyse précise du communisme chinois et explique pourquoi, malgré l'apparence d'une société capitaliste, la Chine reste toujours un pays communiste. Concernant Cuba, Brown montre à la fois la corruption du régime de Batista et les énormes progrès apportés par le régime castriste dans le domaine de la santé publique mais aussi l'absence de libertés et la pauvreté endémique de l’île. Il réussit le tour de force, en prés de 600 pages, à écrire l'histoire d'un mouvement politique qui tout au long du XXe siècle embrasse tant de pays, de cultures et de peuples et parvient ainsi avec un certain sens de la mesure à décrire avec justesse les différentes formes de communisme.


L'admiration de Brown pour Gorbatchev ne l’empêche pas de montrer ses erreurs et de fournir une analyse lucide des facteurs politiques et économiques qui conduisent à la chute du communisme et de l'URSS. C'est avant tout l'optimisme excessif des réformateurs qui conduisit à la catastrophe. Ce n'est donc pas Reagan, Jean-Paul II ou le programme de la guerre des étoiles qui entraînèrent la chute du communiste mais les dirigeants soviétiques eux-mêmes.


Voici donc une grande synthèse, riche en informations et agréable à lire. Une excellente plongée dans un monde aujourd’hui disparu mais qui domina le siècle dernier.

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communismeetconflits - dans Général
21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 09:13

Anna Geifman, Death Orders. The Vanguard of Modern Terrorism in Revolutionary Russia, Praeger Security International, 2010.

 

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L'ouvrage d'Anna Geifman repose sur ce qui est devenue depuis une dizaine d'années une véritable tarte à la crème de la pensée néo-conservatrice américaine mais qui s'est largement répandue dans certains cercles intellectuels européens : l'idée que l'islamisme serait le communisme du XXIe siècle avec qui il partagerait les mêmes méthodes de violence et la même haine de la démocratie occidentale.


Pour appuyer cette analogie douteuse, Anna Geifman se propose d'analyser la vague d'attentats terroristes qui secoue la Russie entre 1901 et 1917 pour en conclure que le terrorisme moderne trouve ses racines dans le mouvement révolutionnaire russe et donc qu'il n'y a pas de différence entre ceux qui suivirent Lénine et ceux qui de nos jours s'engagent dans Al Qaida ou le Hamas. Afin de donner une certaine épaisseur à cette affirmation l'auteur entend montrer que les motivations psychologiques sont dans les deux cas (l'auteur inclut également les nazis dans sa démonstration) identiques et reposent sur une fascination pour la mort, ce qu'elle appelle une tanatophilie. De nombreux exemples sont présentés pour asseoir cette affirmation dans un va et vient permanent entre les deux périodes. Ainsi les militantes russes qui lancent des bombes sur les fonctionnaires tsaristes sont présentées comme les ancêtres des femmes kamikazes palestiniennes qui se font exploser dans les rues des villes israéliennes.


Afin de donner un verni scientifique à sa démonstration Geifman s'appuie sur la notion de dislocation historique développée par le psychiatre Robert Lifton. Pour ce dernier la disparition des traditions, des valeurs et des normes est une condition nécessaire pour l'apparition du terrorisme moderne. Le traumatisme psychologique d'individus qui subitement sont déracinés et se retrouvent parqués dans les périphéries urbaines symbole d'une modernisation rapide permet l'apparition d'un terrorisme moderne. Les recruteurs s'appuient sur la solitude et le désespoir de ces gens pour les intégrer dans un groupe avec un objectif subversif qui donne un sens à la vie, les révolutionnaires russes prenant alors comme cible l’État tsariste tandis que les islamistes projettent leurs haines contre l'Occident. Ce qui lie tous ces gens c'est une culture de la mort qui voit dans le sacrifice humain une voie de salut et méprise la vie. Pour les terroristes le sacrifice de la vie serait une manière de suicide camouflé en martyr. Plus que la haine de l'adversaire, c'est celle de la vie qui est au cœur de la psyché terroriste.


Geifman soutient ainsi que ce n'est pas l'impérialisme, l'oppression politique et sociale ou le nationalisme qui provoquent le terrorisme puisque les terroristes ne cherchent pas le changement politique et leur proclamation ne visent qu'à dissimuler un activisme mortifère et nihiliste. Mais la mentalité terroriste est intrinsèquement autodestructrice. Quand le terrorisme est contenu et ne peut plus s'exprimer à l'extérieur du groupe la violence dont il est porteur se tourne vers l’intérieur dans un tourbillon de règlement de comptes ou bien, dans le cas de l'URSS stalinienne, la Révolution dévore ses enfants. Pour l'auteur la leçon a tiré de ce phénomène est qu'il est irresponsable de vouloir négocier une paix avec les mouvements terroristes puisque ces derniers sont voués à l'autodestruction.


Un historien sérieux ne peut que douter du caractère scientifique d'une démarche basée sur une approche uniquement psycho-historique du terrorisme qui ne sert qu'à justifier des positions politiques contestables. Ne faut-il pas rappeler qu'une centaine d'années séparent les terroristes russes et islamistes qui évoluent également dans des milieux politiques, sociaux, culturels et idéologiques radicalement différents ? Ajoutons pour terminer que contrairement à ce que laisse entendre le livre, le terrorisme a toujours été condamné par le marxisme y compris dans sa version léniniste.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 08:06

Stéphane Mantoux signe un article intitulé Les vraies Têtes Brulées. La VMF-214, mythe et réalité sur le blog De l'autre coté de la colline.

 

Rendu célébre par la série télévisée des années 1970, l'escadrille des Têtes Brulées est depuis rentrée dans l'imaginaire collectif. C'est à cette légende que s'attaque Stéphane Mantoux en replaçant l'histoire de l'escadrille dans le contexte plus large des combats pour la maitrise du Pacifique. En ligne depuis aujourd'hui, cet article est à ne pas manquer.

 

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communismeetconflits - dans Divers
19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 13:07

La prochaine séance du séminaire du CHS-CNRS, Territoires et militants communistes: approches plurielles et comparées aborde la question du PCF au début de la guerre. La conférence se déroule au 9, rue Malher 75004 (métro Saint-Paul). Bibliothèque Jean Maitron, (6e étage) :


le 23 mars 2013 (10 heures) avec Roger Bourderon auteur de Le PCF à l'’épreuve de la guerre, 1940-1943. De la guerre impérialiste à la lutte armée, Paris, Syllepses, 2012.

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communismeetconflits - dans Colloques et séminaires
19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 07:29

Battle for Honour. La Bataille de Brest-Litovsk, coproduction russe et biélorusse d'Alexandre Kott, 2010, 138 mn.

 

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La bataille de Brest-Litovsk est un épisode peu connu en France de la guerre sur le front de l'Est. L'événement est pourtant d'importance, non pas en raison de ses conséquences opérationnelles sur les suites de la guerre, mais pour la place qu'il tient dans la mémoire historique russe. La forteresse de Brest-Litovsk se trouve en 1941 à la frontière entre l'URSS et la Pologne occupée par l'Allemagne. Quand le 22 juin 1941, la Wehrmacht lance l'invasion de l'Union soviétique, la fameuse opération Barbarossa, et balaye les forces de l'armée rouge, une des premières missions des troupes allemandes est de s'emparer de cette forteresse. Le plan initial prévoit que trois divisions allemandes, soit 20 000 hommes s'en emparent en moins de 12 heures. Mais contre toute attente les 9 000 soldats soviétiques vont tenir tête pendant huit jours. Cette résistance acharnée est rapidement érigée en symbole de la volonté russe de se battre pied à pied et de la ténacité du soldat soviétique.


La bataille est vue ici par le biais du destin d'un jeune garçon, Sacha membre de la fanfare de la garnison. Le 21 juin, alors que le garçon et une amie pêchent paisiblement, la Luftwaffe pilonne la forteresse avant que les premiers soldats allemands ne fassent leur apparition. Malgré la soudaineté et la violence de l'attaque, les Soviétiques se ressaisissent et repoussent les premiers assauts. Un siège d'une semaine commence alors où l'espoir d'un secours extérieur s'envole à l'annonce des désastres de l'Armée rouge sur l'ensemble du front. Rapidement l'eau potable vient à manquer chez les assiégés. Les trois unités combattantes soviétiques qui tiennent toujours la forteresse et que le réalisateur suit à travers les trois officiers qui les commandent se résignent à tenter une sortie mais celle-ci échoue. Pour en finir, l'armée allemande fait tomber sur la forteresse une bombe de deux tonnes qui parvient enfin à réduire les derniers bâtiments encore debout. Les troupes allemandes parviennent alors à investir la forteresse, nettoyant systématiquement les ruines et les sous-sols, capturant et exécutant les rares défenseurs survivants.


Le spectateur pourra regretter le ton patriotique de l'ensemble où de courageux et nobles soldats russes affrontent sans peur des Allemands barbares et cruels. Mais La bataille de Brest-Litovsk est surtout un véritable film de guerre avec des scènes de batailles impressionnantes et aussi immersives que l'est le début de Il faut sauver le soldat Ryan. La contre-attaque russe au corps à corps et l'explosion de la bombe géante allemande sont ainsi des moments forts. La fin du film est également émouvante, notamment quand l'un des officiers qui a organisé la défense se dénonce aux Allemands comme juif et commissaire politique se condamnant ainsi à une mort certaine.


La bataille de Brest-Litovsk, tournée sur les lieux même où se sont déroulés les événements, est donc un grand spectacle particulièrement réussie. Le film se regarde avec plaisir et permet au spectateur de découvrir un épisode peu connu de l'opération Barbarossa. Surtout il rappelle la tragédie que fut pour le peuple russe la Seconde Guerre mondiale.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 07:40

James Palmer, The Bloody White Baron, Basic Book, 2011.

 

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Le destin du baron Roman von Ungern-Sternberg est certainement le plus connu parmi les chefs militaires du mouvement blanc puisque même une bande dessinée d'Hugo Pratt lui est consacrée. Issu de la noblesse balte, Ungern devient officier dans l'armée du tsar. Il participe à la guerre russo-japonaise de 1904-1905 puis à la Première Guerre mondiale. Avec la Révolution russe il s'exile en Sibérie-Orientale. Là il lève une armée et aide les Mongols à obtenir leur indépendance face à un pouvoir chinois en déliquescence. A partir de la Mongolie Ungern part ensuite en campagne contre les bolcheviks en Sibérie. Mais il est rapidement trahi et tombe aux mains de l'Armée rouge pour être fusillé.


Le livre de Palmer est particulièrement bien écrit et se lit comme un formidable roman d'aventures. Les campagnes militaires d'Ungern sont bien décrite, de manière extrêmement vivante. L'auteur n'oublie pas non plus de donner un aperçu de la situation en Extrême-Orient à l'époque, de la culture mongole et de la spiritualité bouddhiste ce qui ajoute naturellement à l'exotisme de l'épopée d'Ungern. Il met d’ailleurs en évidence l'existence d'un bouddhisme qui approuve la violence alors que les Occidentaux ont trop tendance à ne voir dans cette religion qu'une philosophie de la non-violence.


Mais le livre souffre d'un certain nombre d'erreurs factuelles assez grossières, ainsi quand il affirme que l'armée de Wrangel évacue la Crimée en novembre 1919 soit un an avant que cette évacuation n'ait réellement lieu ou quand il parle d'un gouvernement Koltchak en novembre 1917 alors qu'il ne voit le jour qu'en novembre 1918. D'ailleurs la bibliographie ne cite aucun ouvrage général sur l'histoire de la guerre civile. L'auteur tombe également dans la facilité lorsqu'il considère qu'Ungern développe par une idéologie alliant antisémitisme et culte du surhomme nietzschéen, ce qui semble plutôt une reconstruction artificielle qui a pour seul but de faire d'Ungern une sorte de précurseur d'Hitler et du nazisme. Surtout Palmer n'hésite pas à imaginer certaines scènes de la vie d'Ungern ce qui oblige à classer son livre dans la catégorie des romans historiques plutôt que dans le rayon des ouvrages d'histoire.


Voici donc un excellent livre pour ceux qui recherchent une histoire d'aventures militaires aux confins des steppes chinoises et russes. Ceux qui au contraire cherchent un travail historique solide devront se tourner vers d'autres références.

 

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communismeetconflits - dans Guerre civile russe.
15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 07:49

L'Amiral, film russe d'Andreï Kravchouk, 2008, 120 mn.

 

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L'Amiral est un film original par le sujet qu'il traite, la vie de l'amiral Alexandre Koltchak, l'homme qui gouverna la Sibérie et fut l'un des principaux chefs de l'armée blanche opposée aux troupes soviétiques de Lénine et Trotski. Tourné en 2008, ce film s'inscrit dans la série des superproductions qui depuis une dizaine d'années, avec l'arrivée de Poutine au pouvoir, revisite l'histoire de la Russie selon des méthodes éprouvées alliant grand spectacle et histoire d'amour impossible. L'Amiral est donc une fresque romanesque sur fond de guerre civile entre rouges et blancs.


Le film a été largement financé par le ministère de la Culture russe et se caractérise donc par son ton patriotique et sa volonté de revisiter la figure de Koltchak. Ce dernier est donc présenté comme un soldat droit, courageux et honnête qui sacrifie par devoir sa famille et sa vie pour le salut de la Russie éternelle. L'amiral Koltchak qui fut pendant 70 ans présenté comme l'archétype du Mal par la propagande soviétique est donc ici pleinement réhabilité, même trop, puisque le film ne parle jamais des idées politiques et des motifs qui le poussent à agir. D'ailleurs le spectateur a dû mal à comprendre la succession des événements qui marquent la vie de Koltchak, notamment après la Révolution d'Octobre. Rien n'est dit sur la façon dont il arrive au pouvoir en Sibérie, son action politique et militaire et le spectateur assiste à sa chute sans bien en comprendre les raisons et les circonstances. En résumé rien ne permet dans ce film de mieux appréhender le contexte historique et celui qui, par hasard ne connaît rien à la guerre civile russe n'en saura pas plus après l'avoir vu.


Autre défaut: la narration est largement manichéenne. Les révolutionnaires sont incarnés par des personnages peu sympathiques qui ne parviennent à entraîner les simples soldats dans la révolution que par le recours à l'intimidation. Même distorsion quand il s'agit de traiter des massacres, et ils furent nombreux, qui marquent la guerre civile. Ceux montrés à l'écran : la chasse et l'exécution des officiers ne sont que le fait des bolcheviks et aucune scène ne montre les atrocités, elles aussi bien réels, dont se rendent coupables les des forces blanches commandées par Koltchak.


Le film a malgré tour l'avantage de souligner en creux les piètres qualités de stratège de Koltchak qui semble au final n'être qu'un jouet aux mains des hommes de la Légion tchécoslovaque et des militaires alliés, représentés ici par le général français Janin (Richard Bohringer à l'écran). Le film ne présente qu'un seul militaire russe d'envergure qui remporte des succès contre l'armée rouge en la personne du général Kappel qui essaye désespérément de sauver l'armée blanche et la vie de l'amiral Koltchak.


L'Amiral a ses bons cotés puisqu'il débute avec un spectaculaire combat naval dans la Baltique entre des bâtiments russes et allemands au milieu des mines sous-marines. Les scènes de combat sont assez impressionnantes et l'immersion du spectateur dans l'action est totale. Pourtant le film, sur la longueur, est plus un film dramatique autour d'une intrigue amoureuse qu'un film de guerre. La romance, véridique sur le plan historique, entre Koltchak et Anna Timiriova est sans originalité, assez mièvre et plutôt ennuyeuse. Elle phagocyte l'ensemble du film où la guerre civile ne devient plus qu'un décor, un arrière-fond permettant de montrer quelques scènes d'action mais guère plus.

 

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communismeetconflits - dans Guerre civile russe.
14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 07:39

Ronald Radosh, Mary R. Habeck, Grigory Sevostianov, Spain Betrayed. The Soviet Union in the Spanish Civil War, Yale University Press, 2001.

 

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Dans l'imaginaire collectif la guerre civile espagnole se résume bien souvent à un conflit entre le communisme et le fascisme. A gauche, elle a renforcé l'aura et le prestige des communistes qui sont alors apparus comme les plus fermes combattants de l'antifascisme, les seuls à chercher, les armes à la main, à arrêter l'ascension du fascisme en Europe. Spain Betrayed est un livre qui démonte ce mythe Il repose sur 81 documents issus des archives soviétiques, notamment de celles du Komintern, la plupart étant des rapports rédigés par des agents et des conseillers soviétiques en Espagne et qui relatent au quotidien le déroulement de la guerre civile. Chaque document est replacé dans son contexte par les auteurs de l'ouvrage. Ronald Radosh est un ancien communiste qui, après avoir brûlé ce qu'il a adoré, a rejoint les rangs de la droite dure américaine. Les deux autres responsables de cette édition sont des universitaires, Mary Habeck de l'université de Yale et Grigory Sevostianov de l'Institut d'histoire de Moscou.


L'ensemble documentaire présenté vise à montrer que la politique de Staline avait seulement pour but de faire de l'Espagne un satellite soviétique. Pour parvenir ses fins Moscou s'appuie d'abord sur le Komintern qui organise la formation des Brigades internationales mais également sur le ravitaillement en armes et munitions d'une République espagnole victime de la politique de non-intervention initiée par la France et la Grande-Bretagne. Mais pour superviser et matérialiser l'influence soviétique en Espagne, Staline y envoie dans la péninsule ibérique des centaines de conseillers et techniciens.


Le Komintern nomme d'abord l'Argentin Vittorio Codovilla comme son représentant en Espagne avant de le remplacer à la mi-1937 par le secrétaire du Parti communiste italien Palmiro Togliatti. Les Brigades internationales sont alors dirigées par le kominternien français André Marty secondé par des spécialistes militaires comme Manfred Stern, alias le général Kleber ou Mate Zalka, alias le général Lukacs. Des consuls et l'ambassadeur soviétiques complètent le dispositif stalinien.


La plupart des hommes de Staline en Espagne sont compétents et possèdent de vrais talents politiques. Mais ils semblent qu'ils ont vite compris la situation désespérée de l'Espagne républicaine, ce qu'ils ont essayé de cacher à Staline au moment où la Terreur faisait rage en URSS. D'ailleurs pour beaucoup l'invitation à rentrer à Moscou était synonyme d'une condamnation à mort. A ce titre l'un des documents les plus fascinants de Spain betrayed est un rapport de décembre 1937 rédigé par le général Kleber ou ce dernier dénonce les querelles, intrigues et jalousies qui expliquent selon lui les défaillances au sein des Brigades internationales. Entre les lignes le lecteur sent bien que derrière ces justifications, Kleber plaide pour rester en vie. Peu après il est pourtant rappelé à Moscou et envoyé au Goulag.


Les documents présentés confirment que Staline ne voulait pas de la révolution en Espagne. Pour cela, comme le montrent des documents du début 1937, ses conseillers forgent l'accusation d'une collusion entre les anarchistes espagnols et les trotskistes. Ils ont également délibérément poussé aux affrontements de mai 1937 à Barcelone entre les anarchistes et les forces gouvernementales comme le montre un rapport d'un agent de Staline. Les conseillers soviétiques intriguent aussi de manière habile afin de renverser le gouvernement de Largo Caballero et de le remplacer par Juan Negrin plus aisément contrôlable.


L'Espagne apparaît, à travers les documents ici présentés, comme une sorte de laboratoire où l'impérialisme soviétique expérimente les mesures qu'il mettra plus tard en pratique dans les démocraties populaires. Si Spain betrayed apporte peu au niveau de l'analyse fournie, il illustre, par le large échantillon documentaire publié, les méthodes politiques en vigueur au sein du monde stalinien.

 

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne
13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 07:33

Jan Hoffenaar, Dieter Krüger (sld), Blueprints for Battle: Planning for War in Central Europe, 1948-1968, University Press of Kentucky, 2012.

 

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En août 1949, les États-Unis perdent le monopole de l'arme atomique et débute alors une course aux armements qui repose sur les concepts d'équilibre de la terreur ou de dissuasion nucléaire. Mais dans le même temps, les militaires de chaque coté du rideau de fer préparent des plans dans l'éventualité d'un affrontement de type conventionnel en Europe pouvant déboucher sur l'utilisation des armes atomiques.


Si l'affrontement entre les deux blocs se transforme vite en conflits armés en Asie puis à partir des années 1960 en Afrique et en Amérique latine, les États-Unis et l'URSS considèrent toujours l'Europe central comme la scène principale et élaborent en conséquence des plans en vue de ce règlement de comptes final. C'est à l'étude de ses plans que se consacre le recueil de contributions édité sous l'égide de Jan Hoffenaar et Dietrich Krüger. Si les plans opérationnels de l'OTAN pour la période 1949-1968 sont accessibles, peu d'études se sont penchés sur la traduction des orientations stratégiques de l'Alliance atlantique. Au contraire, les plans du Pacte de Varsovie ont été largement rendu public après la chute du Mur de Berlin même si les documents stratégiques élaborés à Moscou n'ont pas été publiés.


Les contributions réunis, issus d'un colloque tenu en 2007, donnent un aperçu complet des objectifs opérationnels développés par les deux blocs. La première campe les enjeux stratégiques propres à chaque alliance et donne un cadre historique et militaire au reste de l'ouvrage. Sept chapitres sont ensuite consacrés au camp soviétique, dont un à l'Allemagne de l'Est, mais aussi aux projets de l'OTAN. Les plans militaires des armées des pays d'Europe de l'Ouest, comme la RFA, la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas sont aussi étudiés. Le lecteur ne pourra d'ailleurs que regretter l'absence d'un chapitre sur la France. Deux contributions finales sont dédiées aux questions de logistique car la mobilisation de millions de soldats, de dizaines de milliers de chars et avions posent d'énormes défis.


Le livre est d'une lecture assez ardue pour un non-spécialiste mais il permet au final d'avoir un tableau complet des aspects opérationnels et logistiques des plans de chaque camp et de pouvoir ainsi opérer des comparaisons. Le lecteur peut également regretter que la limite chronologique finale, 1968, soit celle où l'OTAN commence à adopter la doctrine de la riposte graduée.

 

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communismeetconflits - dans Guerre froide

Présentation

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  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
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L'autre coté de la colline

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Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")