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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 08:00

« Soleil trompeur », film russe de Nikita Mikhalkov, 1994.

Un grand film sur la tragédie stalinienne

Sous ce titre énigmatique se cache un film qui est une réflexion sur le phénomène révolutionnaire, ce soleil trompeur. Il prend pour cela comme décor l'URSS de la Grande Terreur et pour personnage central un colonel de l'Armée rouge, vétéran de la Révolution et communiste fervent, le colonel Sergueï Kotov.

 

Que l'on ne s'y trompe pas, ce n'est pas d'un film d'action qu'il s'agit ici mais plus d'une pièce à la Tchékhov. Kotov est en villégiature dans sa datcha avec sa famille et ses amis par une belle journée d'été. Le début de sa journée n'est troublé que par l'arrivée d'un groupe qui lui demande d'intervenir afin d'éviter la destruction d'un champ de blé par des chars en manœuvre. Kotov accepte et son prestige suffit largement à faire faire demi-tour aux blindés. Le général retourne alors à sa partie de campagne où les bavardages alternent avec les plaisanteries et les bains de vapeur.

 

Arrive Mitia Arsentiev qui jadis fut l'amant de la femme du général avant de disparaître. C'est en fait un agent du NKVD venue arrêter Kotov. Quand ce dernier apprend le but de cette visite il demande que l'arrestation se déroule à la fin de la journée qui se déroule dans l'insouciance et le bonheur. Puis Mitia et Kotov rejoignent la voiture du NKVD alors que la famille et les amis ne semblent avoir aucune idée de la tragédie qui se déroule. Nous ne dévoilerons pas la fin du film mais le lecteur aura compris qu'elle sera à l'opposé de l'happy-end hollywoodien.

 

Voici un très beau film, mélancolique et poignant, où le réalisateur parvient à rendre compte de l'horreur de l'irruption de la terreur stalinienne. Cette intrusion dans la quiétude d'une belle journée d'été, au milieur du bonheur familiale replace également les purges dans leurs dimensions quotidiennes et ordinaires. Voici un grand film, incontournable, peut être la première tentative soviétique de faire le deuil de ce drame que fut le stalinisme. Signalons pour finir qu'il a reçu le Grand Prix à Cannes en 1994.

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 07:49

Rory Carroll, Comandante: Inside Hugo Chávez's Venezuela, The Penguin Press, 2013

Au pays du commandant-président Chavez

La personnalité du défunt président vénézuélien Hugo Chavez a marquée la première décennie du 21e siècle. Et puis avouons que l'apparition d'un charismatique leader prônant la révolution socialiste dans un pays d'Amérique latine suscite toujours un grand intérêt en Europe de l'ouest. Chavez apparaît comme un nouveau Fidel Castro et comme ce dernier son image est extrêmement brouillée et confuse, à la fois l'ami des pauvres et le despote tropical. Sa vie, sa mort aussi, ont ainsi provoqués des réactions passionnées et extrêmes.

 

Rory Caroll, correspondant d'un grand journal britannique à Caracas, essaye dans son livre de donner un portrait de Chavez plus proche de la réalité, loin des louanges et des anathèmes. Pour cela il décrit de manière nuancée ce qu'est la révolution bolivarienne mise en avant pour Chavez. Mais le plus intéressant est la manière de gouverner de Chavez. Ce dernier agissait comme un tyran classique avec un entourage qui le flattait mais il utilisait également avec maestria les médias modernes et en premier lieu la télévision. Chavez avait sa propre émission télévisée hebdomadaire, Allo Presidente, une émission qui pouvait durer des heures. C'est dans cette émission qu'il annonçait les promotions et les renvois dans l'administration et le gouvernement, mais aussi la suppression de ministères, la confiscation d'entreprises et même la mobilisation de l'armée contre la Colombie.

 

Dans ce système les responsables politiques étaient à la merci d'un coup de tête du presidente qui pouvait les renvoyer par un simple coup de téléphone. Certains compensaient cette précarité de situation en captant une partie de la rente pétrolière du pays ou en se livrant à la corruption un mal endémique au Venezuela.

 

L'auteur insiste aussi sur le fait que Chavez ne peut être considéré comme un dictateur. Il a en effet été élu à quatre reprises et le Venezuela n'a jamais été soumis à un régime policier avec des camps et l'emploi de la torture contre les opposants. Pourtant Chavez poursuivait de sa vindicte les critiques. Il a purgé la magistrature, fait licencier tous les fonctionnaires qui en 2003 avaient signé une pétition demandant sa destitution. Caroll expose également les moments forts de la carrière politique de Chavez. Ainsi quand il est brièvement chassé du pouvoir en avril 2002 par un soulèvement populaire et qu'il se retrouve seul au palais présidentiel songeant à mettre fin à ses jours. Il faut un appel énergique de Castro pour qu'il se reprenne. Pourtant le général Baduel qui rallie l'armée à Chavez et lui permet alors de conserver le pouvoir sera ensuite mis en prison sous l'accusation de vol.

 

Autocrate élu selon les mots de l'auteur, le personnage de Chavez était complexe. Il a construit des hôpitaux dans les bidonvilles mais n'a pas hésité non plus à utiliser des procédés peu démocratique pour conserver le pouvoir. Voici l'occasion de se faire une idée plus juste d'un homme dont l'influence sur l'ensemble du continent sud-américain est sans pareil depuis la fin de la Guerre froide.

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 07:33

Depuis samedi nous publions sur le site L'autre coté de la colline un article sur la défaite de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, face à la coalition formée par le duc de Lorraine, René II, et des mercenaires suisses lors de la bataille de Nancy en janvier 1477. Cette bataille change le destin de l'Europe en mettant fin à l'émergence d'un vaste Etat à la charnière du royaume de France et du Saint-Empire germanique. A découvrir !

La fin du Téméraire
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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 07:46

Dominique Durand, Marie-Claude Vaillant-Couturier. Une femme engagée, du PCF au procès de Nuremberg, Balland, 2012.

Marie-Claude Vaillant-Couturier, un destin communiste

Marie-Claude Vaillant-Couturier est une personnalité communiste largement oubliée de nos jours. C'est tout le mérite du journaliste Dominique Durand de retracer le parcours de cette militante dont la vie est intimement liée aux 50 années où le PCF fut l'un des plus grands partis de la vie politique française.

 

Marie-Claude Vogel est issue de la grande bourgeoisie. Son père, un homme de gauche, est le fondateur des magazines Vu et Vogue. La jeune Marie-Claude devient reporter-photographe et en 1933 elle est l'une des premières à photographier les premiers camps de concentration nazis. En 1934 elle adhère aux Jeunesses communistes et c'est à vingt ans qu'elle rencontre Paul Vaillant-Couturier, grande figure du communisme français et international, alors directeur de l'Humanité. Il a 25 ans de plus qu'elle mais elle l'épouse. Cinq ans plus tard il décède et Marie-Claude devient veuve.

 

Elle reste néanmoins fidèle à ses engagements. Elle part ainsi soutenir les Républicains durant la guerre civile espagnole. Durant l'Occupation elle est déportée à Auschwitz et à Ravensbrück où elle se conduit de manière admirable. Cela l'amène en 1945 à témoigner devant le tribunal international de Nuremberg qui juge les criminels nazis.

 

En France Marie-Claude Vaillant-Couturier est élue à plusieurs reprises député communiste. Elle devient une grande figure morale du communisme, le symbole vivant des militantes déportées, une figure intouchable et incontestée. C'est aussi une militante disciplinée qui accepte et justifie tous les tournants et erreurs du camp socialiste comme l'on disait à l'époque. Elle témoigne contre Kravchenko en 1949 et approuve l'existence du goulag. Stalinienne fidèle elle justifie toujours l'existence de l'archipel concentrationnaire en URSS en 1979.

 

Marie-Claude Vaillant-Couturier reste donc fidèle à ses idées, à son engagement et à ses amitiés jusqu'à sa mort en 1996. Voici une biographie bien écrite et claire. Les analyses concernant les contextes dans lesquelles se déroule la vie de Marie-Claude Vaillant-Couturier sont classiques et peu fouillés mais là n'est pas l’intérêt de ce livre qui remet en pleine lumière une figure majeure pour comprendre ce que furent le communisme français et son magistère au temps de sa splendeur. 

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 07:44

"Kozak, les seigneurs de la steppe", film britannique de Sergueï Bondartchouk, 2006.

Pauvres cosaques

Voici un film qui promettait d'être épique ou au moins spectaculaire. Le sujet s'y prête puisqu'il s'agit d'une adaptation du grand livre de Mikhail Cholokhov, Le Don paisible, un Guerre et paix qui a pour décor la Première Guerre mondiale, la Révolution et la Guerre civile russe. Mais le résultat est hélas bien décevant.

 

Le réalisateur Sergueï Bondartchouk est une vieille gloire du cinéma soviétique, remarqué pour une adaptation de Guerre et paix en 1967 mais surtout connu pour son style académique, voire grandiloquent à la mode brejnevienne. En 1992 la télévision britannique lui demande de réaliser une adaptation du roman de Cholokhov, symbole du réalisme socialiste en littérature. En 1994 Bondartchouk décède et le film reste finalement dans un placard. C'est en 2006 que la télévision russe le restaure et le diffuse dans une version longue de 6 heures. La version cinéma destinée à la diffusion hors de Russie ne dure quant à elle que 3 heures. C'est encore trop long.

 

Le film en effet ne convainc pas. C'est avant tout un téléfilm à grand spectacle à qui manque la patte épique propre aux productions cinématographiques. Le film est certes une transcription assez fidèle du roman mais il manque singulièrement de souffle tandis que les longueurs y sont légion. Les scènes de combat et de batailles n'ont rien d'impressionnant et sont dignes seulement d'un bon téléfilm sans plus. L'ensemble n'est d'ailleurs guère servi par des acteurs qui joue à contre-emploi. Ainsi pour incarner le rude cosaque Girgori Melekhov fallait-il choisir le distingué et « so british » Rupert Everett ?

 

Un film décevant qui se laisse néanmoins regarder tant les films sur la guerre civile russe sont rares. Rien de plus.

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 07:40

"L'Armée du crime", film français de Robert Guédiguian, 2009.

Le groupe Manouchian au cinéma

L'Armée du crime raconte l'histoire bien connue du groupe de résistants communistes dirigé par l'Arménien Missak Manouchian, un groupe composé d'immigrés et qui mena la lutte armée contre les Allemands dans Paris occupé.

 

En 1943 Manouchian est en effet chargé par la direction du Parti communiste de former un groupe armé parmi les militants de la Main d’œuvre immigrée, l'organisation qui rassemble les ouvriers communistes étrangers en France. Il rassemble donc autour de lui des Italiens antifascistes, des Espagnols républicains, des Juifs d'Europe de l'Est, des Arméniens. Le rôle du groupe et de ses membres est clair, ils doivent tuer le plus d'Allemands possible, surtout des officiers. L'objectif est double: saper le moral de la Wehrmacht et montrer aux autres Français qu'il est encore possible de combattre l'ennemi les armes à la main. La fin est tragique. Les membres tombent peu à peu avant l'exécution de 23 combattants dont Manouchian le 21 février 1944.

 

Afin d'incarner cette aventure collective le réalisateur s'attache à la destinée de ces combattants à travers trois figures, celle de Manouchian bien sûr mais aussi celle de Thomas Elek et celle de Marcel Rayman. Face aux résistants ce ne sont pas des Allemands que l'on retrouve mais des policiers français comme l'inspecteur joué par Jean-Pierre Darroussin qui, malgré ses problèmes de conscience, se laisse entraîner par ses habitudes professionnelles ou des figures plus sinistres comme celle de jeune arriviste du commissaire David. Le film montre bien que c'est la police de Vichy, une police française qui est à l'origine du martyre du groupe Manouchian dont les membres sont remis ensuite aux Allemands qui les exécutent et montent parallèlement une campagne de propagande dont le symbole reste la célèbre Affiche rouge. D'ailleurs n'est-ce pas eux, les nazis et les policiers français, cette armée du crime qui donne son titre au film ?

 

Les scènes de violence ne tombent jamais dans l'héroïsation et montrent plutôt les actions armées, comme l'exécution d'officier où l'attaque à la grenade d'une patrouille ennemie, comme des moments de souffrance et de peur.

 

Le film prend également certaines libertés avec la vérité historique et bouscule la chronologie, ce qui lui a été d'ailleurs beaucoup reproché à sa sortie en salles. Mais Robert Guédiguian, qui ne cache pas qu'il fait un cinéma militant, préfère quand à lui mettre en avant certaines facettes du combat des FTP-MOI : la force des idées politiques et des luttes collectives, la fraternité des humbles mais aussi la place des étrangers dans la société. Il ne faut donc pas chercher dans ce film une reconstitution minutieuse de la réalité mais une volonté de montrer l'actualité d'un combat qui, contre l'injustice et l'oppression, prend des formes différentes selon les époques.

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 08:11
Réflexions sur l'histoire-bataille

Depuis hier sur le blog L'autre coté de la colline, les lecteurs peuvent découvrir la nouvelle contribution de Stéphane Mantoux: "Ils ont tué l'histoire-bataille !" Mythe ou réalité ?.

 

Voici donc un article de réflexions historiographiques qui ausculte la notion d'Histoire-bataille et interroge plus largement la relation entretenue par l'école des Annales avec l'histoire militaire

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 08:00

Terence Zuber, The Real German War Plan, 1904-1914, History Press, 2011.

Le plan Schlieffen, mythe ou réalité ?

La stratégie allemande mise en œuvre sur le front occidental en août 1914 est bien connue : un vaste manœuvre d'enveloppement qui passe par la Belgique et le nord de la France pour prendre Paris à revers et surtout détruire le plus vite possible l'armée française. Ce plan est l’œuvre du célèbre comte Alfred von Schlieffen, chef de l'état-major allemand de 1891 à 1906. Son successeur le général von Moltke conserve ce plan, lui apportant quelques modifications minimes, et le met en pratique en 1914.

 

Le plan Schlieffen a toujours été l'objet de débats sur son efficacité, sur ses faiblesses, sur l'impact des modifications apportées par Moltke, sur les conséquences des décisions des chefs d'armée durant la campagne de1914. Mais jusqu'en 1999 l'existence du plan n'est jamais mise en doute. Il faut un article de l'historien Terence Zuber cette année-là pour affirmer qu'il n'y a jamais eu de plan Schlieffen.

 

Pour Zuber le protocole écrit par Schlieffen en 1905 n'est pas un plan pour une attaque allemande à l'ouest mais un document qui doit démontrer la faiblesse numérique de l'armée allemande et demander l'extension du champ d'application de la conscription. Le plan Schlieffen naît en réalité au lendemain de la guerre dans les écrits que membres de l'état-major qui veulent détourner les critiques sur un Moltke décédé qui devient aux yeux de tous coupable d'avoir dénaturé le plan génial de Schlieffen.

 

Pour fonder sa démonstration Zuber s'appuie sur des archives longtemps conservées en RDA et rendues accessibles avec la réunification allemande de 1990. L'article de 1999 ayant été la cible de nombreuses critiques, le livre de Zuber apparaît comme un résumé de ses positions et une réfutation de ces critiques. Derrière ce débat qui peut sembler extrêmement technique se cache en réalité un enjeu plus important: celui de la culpabilité allemande dans le déclenchement de la guerre. L'existence du plan Schlieffen serait la preuve du bellicisme germanique.

 

Zuber met bien en évidence les points forts de sa thèse mais il a parfois une certaine tendance à exagérer les faits qui lui donnent raison voire à les déformer pour les adapter aux arguments qu'il met en avant. Au final voici un livre très technique et peu commode à lire qui ne pourra que satisfaire les passionnés de la campagne de 1914.

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 07:52

Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard 2002.

Le Vieux et ses disciples

Le livre de Chistophe Nick se veut une étude fouillée de cette famille politique éclatée qu'est le trotskisme. Jusqu'aux révélations sur la jeunesse de Lionel Jospin, les trotskistes sont restés largement méconnus, les seuls ouvrages les concernant venant soit de leur camp soit de celui de leurs adversaires acharnés, les communistes orthodoxes.

 

Nick, s'appuyant sur de nombreux témoignages et entretiens, cherche à montrer le développement du trotskisme sur le plan mondial mais aussi en France à travers ses multiples péripéties et ses encore plus nombreuses chapelles. Il y a donc ici deux récits qui se recoupent parfois: celui de la vie de Trostky et de ses héritiers et celui des divisions et querelles parmi ses disciples français.

 

L'auteur résume bien les différentes étapes de la vie de Trostky sans oublier ses aspects les plus sombres, notamment la dissolution de l'Assemblée constituante, la militarisation du travail ou la répression de la révolte de Cronstadt. Le parcours de Trotsky est bien connu notamment grace aux travaux de Pierre Broué et ces chapitres du livre de Nick sont certainement les moins intéressants.

 

Ce qui l'est plus ce sont les parties sur le trotskisme français. Nick parvient à relater de manières relativement claires les querelles de chapelles et à décrire les différents groupuscules sans que le lecteur ne se perde pas trop. Il met en évidence ce qui sépare la Ligue communiste révolutionnaire devenue le Nouveau parti anticapitaliste, du Parti des travailleurs qui lui aussi s'est transformé en Parti ouvrier indépendant sans oublier Lutte ouvrière rendue célèbre par Arlette Laguiller. Il se penche également sur les grands thèmes liés au trotskisme: l'entrisme ou la lutte armée. Concernant l'entrisme le lecteur peut regretter que l'auteur ne voit que l'écume du phénomène. En effet l'ouvrage livre les portraits des personnalités politiques et médiatiques qui sont passés par le moule trotskiste mais l'on aurait aimé qu'il donne, même approximativement, le nombre des gens passé par le trotskisme, ces ex-trotskistes toujours dans l'anonymat. Cela aurait enlevé au trotskisme l'image donnée d'excellente école de formation en sciences politiques ou en communication, un sas pour élite parisienne.

 

Le livre, disons-le, a également mal vieilli. La faute n'en revient pas à l'auteur. Il termine son récit en 2002, à l'aube d'une décennie prolixe en mutation et bouleversement au sein de l'univers trotskiste qui ne sont, bien entendu, pas pris en compte.

 

Le lecteur peut aussi regretter la faible place donner à LO dans l'ouvrage et au contraire un certain favoritisme pour les groupes les moins sectaires et ceux nés après 1968. Malgré ces défauts le livre de Chistophe Nick se lit comme un roman d'aventures, une saga d'un mouvement politique qui a traversé le XXe siècle et ses bouleversements sans rien perdre de son pouvoir de fascination.

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 07:45

Dirk Schumann, Political Violence in the Weimar Republic, 1918-1933, Berghahn Books, 2009

La fin d'une république: Weimar et la violence politique

La République de Weimar fut constamment ébranlée par une violence politique endémique de sa naissance à sa fin. Le livre de Dirk Schumann, paru en allemand en 2001, contrairement à son titre, ne traite pas de la violence politique dans toute l'Allemagne mais uniquement dans la province prussienne de Saxe.

 

En se penchant sur cette province pour étudier les différentes formations paramilitaires de droite et de gauche qui se combattent dans les rues de l'Allemagne durant une décennie, l'auteur permet de se faire une idée plus juste de ce phénomène et de remettre en cause certaines idées. Il montre ainsi que cette violence politique varie par son caractère et son intensité dans le temps. La première phase est celle qui suit la fin de la Grande Guerre quand les actions révolutionnaires entrainent une sévère répression et plonge l'Allemagne à plusieurs reprises au bord de la guerre civile. De 1923 à 1929 la violence politique entre dans une seconde phase. Plus limitée elle se fait aussi plus insidieuse en demeurant un moyen d'action utilisé aussi bien par les groupes de combat de droite et de gauche qui s'affrontent pour contrôler les rues. Avec la crise économique elle prend une ampleur jamais connue opposant le plus souvent les nazis aux communistes.

 

L'auteur montre que l'idée que les violences de l'époque de Weimar sont la conséquence de la révolution bolchevique est largement un mythe. Les communistes allemands sont loin d'avoir la puissance que leur accorde la propagande de la droite qui joue sur la peur d'une insurrection communiste largement improbable et minimise les violences nazies contre la gauche. C'est là une tactique cynique pour justifier l'installation d'un régime autoritaire.

 

Il met à mal la thèse de la brutalisation qui fut en vogue il y a une dizaine d'années. En effet la majorité des personnes impliquées sont trop jeunes pour avoir combattu dans les tranchées. Pour l'auteur c'est plus l'extrémisme idéologique qui explique la violence politique plutot que l'expérience d'une guerre où peu se sont battus. Néanmoins une forme de militarisme se retrouve dans la propagande, les discours et la culture politique de la gauche et de la droite.

 

Pour l'auteur la République de Weimar n'est pas condamnée dès sa naissance. Ce qui l'a tué c'est l'attitude d'une élite de droite qui l'a livré à Hitler et la montée d'une demande d'un pouvoir fort dans une partie de la bourgeoisie notamment en raison d'une peur panique face aux communistes et aux sociaux-démocrates.

 

Si l'ensemble du livre est d'une grande richesse il appelle néanmoins une remarque. Si l'auteur montre que les auteurs des violences politiques n'ont pas combattu durant la Grande Guerre il n'en demeure pas moins que la guerre a brutalisé la société allemande et que le lien avec la culture politique sous Weimar est à nos yeux indéniable. Néanmoins voilà un livre incontournable pour appréhender l'histoire de la République de Weimar et la place de la violence et des formations paramilitaires dans l'Europe de l'entre-deux-guerres.  

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")