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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 07:37

Peu avant 11 heure du matin le 13 juin 1907 deux fourgons puissamment armés pénètrent sur la place d'Erevan à Tiflis, la capitale de la Géorgie alors province de l'Empire du Tsar de Russie. Les fonds de la Banque d'État se trouvent dans l'un des fourgons tandis que l'autre transporte des policiers et des soldats. Il y a également des cavaliers avec des armes chargées et prêtes à faire feu. La démonstration de force et les précautions prises n'ont rien d'exagérer puisqu'il s'agit de transporter plus d'un million de roubles dans les coffres de la banque.

 

Une telle somme ne passe pas inaperçue au sein de la pègre locale mais également aux yeux de certains militants révolutionnaires. Parmi ces dernier se trouve Joseph Djougachvili, qui porte alors le pseudonyme de Koba et moins souvent celui de Staline. Le jeune militant bolchevik, il a alors 28 ans, est devenue un spécialiste des expropriations. Ce terme est un euphémisme qui sert à désigner les attaques à main armée et les braquages qui servent à financer le mouvement. Le parti bolchevik a besoin en effet de beaucoup d'argent afin de financer les différents journaux de propagande mais surtout pour assurer la survie des militants en exil ou des clandestins à l'intérieur de la Russie. La conception léniniste d'un parti de révolutionnaires professionnels c'est à dire composé de militants qui se consacrent exclusivement à la politique nécessite des fonds importants pour subvenir aux besoins quotidiens de ces professionnels de la Révolution.

 

La question des expropriations est aussi un point de divergence important au sein du mouvement révolutionnaire russe puisque les mencheviks y sont opposés. Lors du congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie en juin 1907 à Londres ces derniers font d'ailleurs voter une résolution condamnant les expropriations et demandant la dissolution des groupes armés. Mais lors de ce même congrès, les dirigeants bolcheviks ont désigné un organe de direction secret, le centre bolchevik, dont font partie Lénine, Krassine et Bogdanov et qui a pour tâche de donner son accord aux expropriations projetées. Le parti bolchevik a en effet déjà prévu des expropriations dans différentes villes de Russie dont Tiflis.

 

En avril 1907 les chefs bolcheviks se réunissent à Berlin pour discuter de cette question. Lénine, Krassine, Bogdanov, Litvinov sont présents ainsi que Koba. Ce dernier reçoit alors pour mission, avec l'aide de Simon Ter-Petrossian, dit Kamo, d'organiser le vol des fonds de la banque de Tiflis.

La fiche de police de Staline en 1911

La fiche de police de Staline en 1911

En Géorgie, Koba organise l'attaque. Il établit d'abord pour cela des contacts avec des hommes installés dans la place. Il s'agit de Gigo Kasradze, un employé de la Banque d'État et de Voznesensky qui travaille au bureau bancaire postal. Ce dernier connait les dates, tenues secrètes, des transferts de fonds. Il informe ainsi Koba qu'un important transfert est prévu pour le 13 juin 1907.

 

Leonid Krassine quant à lui prépare les bombes pour l'attaque, bombes qui sont ensuite dissimulées dans un canapé. Cela n'est d'ailleurs pas sans danger puisque Kamo fait exploser accidentellement une bombe. Il est grièvement blessé à l'œil et doit rester coucher pendant un mois.

 

L'audace du projet nécessite une organisation parfaite et une équipe expérimentée. Koba qui n'est pas à sa première attaque à main armée peut s'appuyer sur une bande fiable pour l'aider. Au matin du 26 juin, une équipe d'une vingtaine de personnes se réunit pour finaliser le plan et recevoir les dernières consignes dans la taverne Tilipoutchouri. Ils attendent l'arrivée du convoi. Quand une jeune femme agite son journal, ils sortent de la taverne pour prendre la place qui leur a été assigné et, déguisés en paysans, ils jouent les badauds sur la place d'Erevan tandis que des guetteurs sont postés sur les toits et aux coins des rues pour surveiller l'arrivée du convoi. Kamo est quand à lui déguisé en officier et conduit un phaéton qui stationne près de la place d'Erevan.

 

Le convoi, qui vient du bureau de poste, se présente sur la place comme prévu. La diligence qui contient les fonds transporte aussi deux gardes armés, un caissier et un comptable. Derrière se trouve un phaéton rempli de policiers. Des cavaliers armés encadrent les deux véhicules qui entrent sur la place bondée de monde.

 

Un membre de la bande de Staline abaisse alors son journal et donne ainsi signal pour le début de l'attaque. Quelques secondes plus tard la place centrale est traversée par un éclair et le bruit de la dizaine de bombes que les hommes de Staline lancent. Le bruit est effroyable et se fait entendre dans toute la ville tandis que les vitres aux alentours sont brisées. Les chevaux qui tirent les fourgons ainsi que les policiers et les militaires chargés de leur protection sont déchiquetés. Les membres de la bande de Staline sortent leurs hommes et tirent sur les policiers présents sur la place qui devient en quelques secondes une scène de carnage.

 

Les hommes de Staline se précipitent alors sur le fourgon contenant l'argent. Mais l'un des chevaux, qui a été seulement blessé, se cabre et commence une folle cavalcade sur la place. Il prend de la vitesse et le risque existe que personne ne puisse le rattraper, donc que l'argent s'échappe. Un des voleurs, Kupriashvili, a alors la présence d'esprit de lancer une grenade sous le cheval. L'animal vole en éclat et le fourgon s'immobilise enfin.

Simon Ter-Petrossian, alias Kamo, en 1922

Simon Ter-Petrossian, alias Kamo, en 1922

Alors que la foule des passants ne comprend pas ce qui est en train de se passer et, prise de panique, se disperse dans tous les sens, Kamo débouche sur la place au volant de son phaéton. Chibriashvili s'empare de l'argent et jette les sacs dans le véhicule de Kamo qui s'éloigne ensuite à toute vitesse. Dans la précipitation, les voleurs laissent derrière eux prés de 20 000 roubles dont s'empare un des conducteurs de la diligence qui sera ensuite arrêté pour vol. Après avoir quitté la place, Kamo croise une voiture de police. Se faisant toujours passer pour un officier il les prévient qu'une attaque vient d'avoir lieu et dupe ainsi les policiers qui le laissent partir. Les voleurs se sont rapidement dispersé. Si l'attaque réussit, elle est d'une extrême violence. Selon certaines sources seules six personnes sont mortes et une quarantaine est blessée. D'autres affirment qu'il y eut une quarantaine de tués.

 

L'attaque du transport de fonds de Tiflis fait la une de tous les journaux dans le monde. Les autorités russes mobilisent l'armée, raflent des suspects, envoient sur place une équipe d'enquêteurs d'élite. Malgré cette mobilisation, les participants à l'attaque ne sont pas retrouvés car les témoignages recueillis sont confus et contradictoires.

 

Le butin pris est d'environ 340 000 roubles, l'équivalent actuel d'environ 3,5 millions d'euros. Mais si 90 000 roubles sont des petites coupures faciles à écouler, le reste de la somme se présente sous la forme de billets de 500 roubles dont les numéros de série sont connus par la police. L'argent est déposé chez des amis de Staline puis cousu dans un matelas pour pouvoir être déplacé facilement. Kamo parvient à en faire transporter une partie en Finlande où réside alors Lénine. Il se rend ensuite en France, en Belgique et en Bulgarie pour acheter des armes et des explosifs. La police tsariste est rapidement informée de ces achats. Elle demande alors aux autorités allemandes d'arrêter Kamo qui se trouve à Berlin. En apprenant cela, Lénine quitte précipitamment la Finlande pour se rendre en Suisse.

Maxim Litvinov en 1917

Maxim Litvinov en 1917

La police russe prévient également ses homologues européennes que les billets de 500 roubles volés portent des numéros précis. De nombreuses personnes sont alors arrêtées en essayant de changer ses billets à Stockholm, Munich ou Genève. C'est le cas de Maxim Litvinov à Paris qui a sur lui 12 billets de 500 roubles qu'il comptait échanger à Londres. Quelques billets sont néanmoins écoulés par Bogdanov aux États-Unis et par Krassine. Le reste de l'argent, rendu inutilisable par la surveillance policière, est brulé sur ordre de Lénine.

 

Le vol de Tiflis a des conséquences politiques moins connues. Les mencheviks sont ainsi furieux de voir que Lénine n'a pas respecté la décision du congrès de Londres. Plekhanov demande alors la rupture tandis que Martov assimile le centre bolchevik à un gang criminel. La méfiance envers les bolcheviks dépasse alors le cercle étroit des révolutionnaires russes et s'étend désormais à l'ensemble des partis socialistes européens rassemblés dans la IIe Internationale. En Géorgie, le carnage provoqué par l'attaque discrédite également les bolcheviks dont l'influence décroit rapidement. Lénine face à ces réactions prend alors ses distances avec Bogdanov, Krassine et Kamo. Surtout jamais il ne revendiquera la paternité du vol. Staline fera de même.

 

Le rôle de Staline dans l'attaque de Tiflis a longtemps été l'objet de débats. Selon Kamo il aurait pris une part active, regardant de loin le déroulement de l'opération. Selon d'autres sources il aurait attendu à la gare durant l'attaque. Sa belle-sœur affirme qu'il serait rentré le soir chez lui en se félicitant du succès de l'attaque. Pour Trotski il n'aurait fait que superviser l'opération de loin. Mais l'historien Miklos Kun, s'appuyant sur des archives, affirme que dès 1905 Staline prend part à l'élaboration des opérations d'expropriations et à ce titre il a organisé le vol de Tiflis. En tout cas il reste suffisamment à l'écart afin de ne pas être directement impliqué dans l'attaque.

Leonid Krassine, l'artificier bolchevik

Leonid Krassine, l'artificier bolchevik

Après son arrestation par la police allemande Kamo est extradé en Russie en 1909 où il est jugé pour le vol de Tiflis. Il est reconnu coupable mais, feignant la folie, il est interné dans un hôpital psychiatrique dont il parvient à s'évader en août 1911. Il est à nouveau arrêté en 1913 alors qu'il préparait une nouvelle expropriation à Tiflis. Il n'est libéré qu'en 1917 à la faveur de la Révolution de février 1917.

 

Après 1917, Litvinov devient diplomate et commissaire du peuple aux Affaires étrangères de 1930 à 1939. Leonid Krassine, après s'être séparé des bolcheviks en 1909, devient représentants commercial soviétique à Londres et commissaire du peuple au Commerce extérieur jusqu'à sa mort en 1926. Kamo travaille à la douane soviétique avant de mourir en 1922 renversé par un camion. Bogdanov, exclu en 1909, sera quant à lui le premier idéologue du Proletkult.

 

Staline aura un destin mondial. Il a montré à l'occasion du vol de Tiflis sa détermination, son sens de l'organisation, son mépris de la vie humaine. Il s'est surtout fait remarquer par Lénine qui n'oubliera pas, au moment de la Révolution de 1917, les qualités montrées par le jeune Géorgien dix ans plus tôt.

Alexandre Bogdanov

Alexandre Bogdanov

Sources :

Simon Sebag Montefiore, Le jeune Staline, Calmann-Lévy, 2008.

Adam B. Ulam, Staline, L'homme et son temps, tome 1 : La Montée, Calmann-Lévy-Gallimard, 1977.

Jacques Baynac, Kamo, l'homme de main de Lénine, Fayard, 1972.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 07:11

Au matin du 21 décembre 1989, le dirigeant de la Roumanie communiste, Nicolae Ceausescu s'adresse à la foule rassemblée au centre de Bucarest alors qu'il vient juste de rentrer d'un voyage officiel en Iran. La situation est grave. Depuis la chute du Mur de Berlin le 9 novembre, le bloc soviétique s'effondre inexorablement en Europe de l'Est. Et la contagion touche désormais la Roumanie que dirige depuis la fin des années 1960 le génie des Carpates, Ceausescu. Les jours précédents ont connu des manifestations et des troubles dans de nombreuses provinces du pays, notamment à Timisoara. Le 21 décembre Ceausescu souhaite plutôt calmer les mécontents par un discours conciliant qui doit annoncer les futures réalisations de la République populaire roumaine. Afin de s'assurer un accueil favorable, des bus remplis d'ouvriers sont conduits, sous peine de perdre leurs emplois, sur la Place du Palais pour applaudir le dirigeant du pays et agiter des drapeaux.

 

Ceausescu commence, devant prés de 100 000 personnes, un discours sans relief, le début d'un de ces longs monologues reprenant les poncifs de la rhétorique communiste. Mais au bout de huit minutes une rumeur venant de la place monte et s'amplifie. La foule scande « Timisoara ! », le nom de la ville qui fut le théâtre de manifestations sur lesquelles les forces de sécurité ont tiré provoquant un carnage quatre jours plus tôt. Ceausescu se tait, stupéfait, lui qui attendait l'habituelle foule des fidèles du Parti. Du fond de la place émergent des drapeaux roumains sur lesquelles ont été arrachés les armoiries communistes. Ceausescu n'est aucunement prêt à affronter un auditoire hostile et une foule en colère. Confus, il commence à paniquer. Il tente alors de faire des concessions mais s'arrête à nouveau au milieu d'une phrase. La foule continue à hurler et des coups de feu se font entendre. Les Roumains prennent alors pleinement conscience de la faiblesse du régime communiste et à contrario de la force du mouvement populaire.

Le dernier discours de Ceausescu

Le dernier discours de Ceausescu

Un garde du corps surgit alors sur le balcon pour faire rentrer Ceausescu dans le bâtiment alors que dehors la situation se dégrade rapidement. A ce moment le dirigeant de la Roumanie peut encore éviter le pire s'il prend la fuite immédiatement. Mais il préfère rester dans le Palais présidentiel tandis que bientôt l'ensemble du pays bascule dans la révolution. Ceausescu passe donc la nuit dans l'immense bâtiment sans bien comprendre vraiment ce qui se passe autour de lui et va se coucher, comme à son habitude, vers 23 heures.

 

Le 22 au matin, la radio annonce le suicide de Milea le ministre de la Défense. La violence s'étend dans Bucarest. Des éléments fidèles de l'armée et de la Securitate, la police politique, tentent par les armes de briser, en vain, la révolte populaire. Ceausescu convoque auprès de lui le général Victor Stanculescu. Ce dernier, qui aurait fait tirer sur la foule à Timisoara commence déjà à se rallier à la révolution, ce qu'ignore Ceausescu. Il arrive au siège du comité central où règnent la peur et la panique. Ceausescu lui annonce alors qu'il le nomme commandant en chef de l'armée avec pour mission de rétablir l'ordre. Mais dès qu'il a quitté le Conducator, Stanculescu ordonne à la troupe de rentrer dans les casernes avant de prendre contact avec les nouvelles autorités par le biais de Ion Iliescu un des membres du Front de Salut national. Néanmoins le général propose à Ceaucescu et à son épouse de les exfiltrer par les airs en direction de la Bulgarie.

 

Le siège du comité central risque en effet de n'être bientôt plus un abri mais surtout une prison cernée par des foules insurgées. Vers 10 heures un groupe de manifestants réussit ainsi à pénétrer dans le bâtiment. Les insurgés parviennent à maîtriser les gardes du corps de Ceausescu avant de se précipiter sur le balcon pour faire face à une foule en ébullition. A ce moment là, Nicolae Ceausescu et son épouse Elena sont toujours dans le Palais et ils ont échappé de peu à la capture en prenant un ascenseur pour se cacher sur le toit de l'immeuble.

 

A 10h20, Vasile Malutan, le pilote de l'hélicoptère personnel de Ceausescu, reçoit l'ordre d'exfiltrer le dirigeant communiste. Il parvient à atterrir, avec difficulté, sur le toit de l'immeuble du comité central et le couple dirigeant réussis rapidement à monter à l'intérieur accompagné de garde du corps pour prendre la direction de Snagov à 40 km au nord de Bucarest.

La fuite en hélicoptère.

La fuite en hélicoptère.

Nicolae Ceausescu et sa femme sont alors hors de danger. Le chef communiste demande au pilote de prendre contact avec les autorités militaires afin qu'elles lui fournissent d'autres hélicoptères et des gardes armés pour assurer sa protection. Malutan obéit mais il s'entend répondre par son commandant que la révolution est victorieuse et qu'il ne peut plus compter que sur lui seul en terminant par lui souhaiter bonne chance. A ces mots, Ceausescu comprend qu'il est désormais seul. Pris de panique il ordonne au pilote de partir vers Targoviste au sud du pays, une cité industrielle dans la plaine pétrolifère où Ceausescu est persuadé de recevoir le soutien des ouvriers fidèles à l'idéal de la lutte des classes.

 

Mais Malutan, qui a compris que la situation est sans issue, souhaite désormais se libérer du fardeau qu'il transporte. Il entame donc une série de plongées et explique à Ceausescu qu'il essaye ainsi d'éviter des coups de feu. Ceausescu qui craint que l'appareil ne soit abattu, demande alors de se poser. La fuite se fait désormais à terre. Le couple est désormais seul dans la campagne roumaine le long de la nationale 7 à Salcuta. Des paysans s'approchent et les reconnaissent. C'est alors que pour échapper à cette foule hostile ils font arrêter une voiture et s'engouffrent à l'intérieur. Mais les paysans ont déjà prévenu les autorités révolutionnaires.

 

Le conducteur du véhicule « réquisitionné », un médecin, comprend vite à qui il a à faire et prétexte des ennuis de moteur pour affirmer qu'il ne peut aller plus loin. Les Ceausescu interpellent alors une nouvelle voiture conduite par un réparateur de bicyclettes, Nicolae Petrisor. Ce dernier prétend qu'il connaît une cachette dans un institut d'élevage en bordure de Targoviste. Il y conduit les Ceausescu qui pensent être alors en sécurité. Petrisor verrouille la porte de la cachette et s'en va prévenir l'armée. L'ancien dictateur et sa femme sont arrêtés peu après. Ils sont alors détenus dans la caserne d'une unité antiaérienne où il passe la nuit du 22 au 23 décembre.

 

Le 23 décembre, Nicolae Ceausescu tente de corrompre ses geôliers par des promesses d'argents ou d'honneurs en échange de sa libération. Les militaires quant à eux ne savent que faire de lui, craignant tout à la fois que l'ancien dirigeant ne soit lynché par la population ou bien l'objet d'une tentative de libération depuis l'extérieur. Son sort se joue finalement à Bucarest où le Front de salut national se divise sur ce qu'il faut faire de l'ancien Conducator. Finalement les nouvelles autorités optent pour un procès. Le nouveau gouvernement signe alors un décret créant un tribunal militaire extraordinaire. Les Ceausescu sont les premiers à passer en jugement devant ce nouvel organe.  

Les juges du couple Ceausescu.

Les juges du couple Ceausescu.

Le 25 au matin, cinq hélicoptères transportant les juges, les greffiers, des militaires, dont un peloton d'exécution, ainsi que le général Stanculescu décollent de Bucarest. Le procès a lieu dans la journée, en moins d'une heure, en présence de Ion Iliescu. Accusé de génocide, crime contre l'humanité et destruction de l'économie nationale, le procureur du parquet militaire obtient sans peine la condamnation à mort de l'ancien dictateur malgré les protestations de ce dernier sur l'illégalité de la procédure. Sa femme connaît le même sort. 

Les Ceausescu face au tribunal militaire.

Les Ceausescu face au tribunal militaire.

Une heure plus tard, trois parachutistes exécutent Nicolae Ceausescu et sa femme. La besogne est si rapide que les condamnés n'ont même pas les yeux bandés et que le cameraman chargé de filmer l'exécution rate la presque totalité de la fusillade. Les corps sont ramenés dans la capitale, enveloppés dans des toiles de tentes. La confusion est alors telle que les cadavres sont même égarés pendant quelques heures. Le 30 décembre les corps de l'ancien dirigeant de la Roumanie communiste et de sa femme sont enterrés dans le cimetière de Ghencea à Bucarest.

 

Cette justice expéditive ne tarde pas à provoquer un certain malaise en Roumanie. Pour certain, Ceausescu a été éliminé afin de préserver le pouvoir des apparatchiks qui accaparent rapidement la révolution à l'image du général Stanculescu mais surtout de celle de Ion Iliescu. Un vrai procès n'aurait pas manqué d'impliquer des responsables du Parti communiste et de l'armée dans le désastre économique du pays et dans la violente répression de 1989. Mais plus profondément l'absence d'un réel jugement du communisme roumain a empêché le pays de regarder son passé en face. Depuis, le fantôme du Conducator revient périodiquement hanté la mémoire roumaine conduisant à l'exhumation de son corps en 2008, afin de de démentir les doutes concernant son éventuelle survie, et aux accès de nostalgie qui s'emparent régulièrement d'une partie de la population.

La tombe de Nicolae Ceausescu à Bucarest.

La tombe de Nicolae Ceausescu à Bucarest.

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communismeetconflits - dans Roumanie Ceausescu 1989
25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 07:50

Anna Geifman, Entangled in Terror: The Azef Affair and the Russian Revolution, Scholarly ressources, 2000.

Azef, destin d'un indicateur de police

Si la personne d'Evno Azef est inconnue du grand public, ce dernier, après avoir été le symbole du mouvement révolutionnaire russe d'avant 1914, est devenu le symbole du traître corrompu, le Judas de la révolution russe. Azef, chef révolutionnaire, fut un indicateur de la police tsariste et livra de nombreuses informations sur des terroristes impliqués dans l'assassinat de grands hommes d’État. Après la découverte de sa trahison, il devint le symbole mondial de la duplicité. A contre-courant de cette légende noire, Anna Geifman cherche ici a réhabiliter ce personnage et affirme qu'il ne fut jamais un agent double.

 

Pour expliquer la personnalité d'Azef, l'auteur nous livre une véritable biographie de ce chef révolutionnaire. Elle montre un Azef dominé dès l'enfance par la peur. Né dans une famille juive pauvre en 1874, son enfance est placée sous la double menace de la misère et des pogroms. Pourtant Azef suit des études secondaires avant de s’impliquer dans le mouvement révolutionnaire. Par crainte d'une arrestation, il s'exile en Allemagne en 1892. C'est là qu'il accepte de devenir un informateur de l'Okhrana, la police politique tsariste. Il rentre en Russie en 1898 et, à la demande de la police, il se rapproche des mouvements terroristes. Mais en 1902 il prend à nouveau le chemin de l'exil pour informer les policiers sur les révolutionnaires basés à l'étranger.

 

Azef prend peu à peu de l'importance au sein du Parti socialiste-révolutionnaire et de son Organisation de combat. Cette dernière, dirigée par Gershuni, possède une certaine autonomie par rapport au comité central du parti. Azef construit alors sa notoriété en s'attribuant le crédit d'opérations terroristes comme les meurtres d'Alexandrov et de Plevhe, alors qu'il n'a joué presque aucun rôle dans ces opérations. Mais Azef continue toujours de collaborer avec la police. Les informations qu'il livre permettent ainsi d'éviter de nombreux attentats et sèment la discorde entre le comité central et l'Organisation de combat. En 1906 les terroristes sont quasiment réduits à l'impuissance.

 

Azef est néanmoins démasqué en 1908 par un menchevik, Bourtsev, qui s'est fait une spécialité de démasquer les espions et les provocateurs au sein du mouvement révolutionnaire. Pourtant la direction du Parti socialiste-révolutionnaire accuse Bourtsev de diffamation et ce dernier doit produire la confession d'un chef de la police en retraite pour se disculper. Azef est alors confronté aux dirigeants du Parti mais il se montre assez convaincant pour s'en sortir et prendre finalement la fuite.

 

Le scandale Azef est énorme. La première victime de cette affaire est le Parti socialiste-révolutionnaire: son comité central démissionne, la méfiance s'installe dans ses rangs et le désarroi paralyse l'ensemble du mouvement. Les tentatives de Boris Savinkov pour essayer de reconstruire l'Organisation de combat échouent définitivement en 1911.

 

Azef s'est réfugié en Allemagne où il vit confortablement des gains acquis en dénonçant ses camarades. Il est pourtant arrêté en 1915 par la police allemande comme subversif avant d'être libéré en décembre 1917. Il meurt un an plus tard d'une infection contractée en prison. Les socialistes révolutionnaires ne découvriront sa mort qu'en 1925.

 

Pour Geifman, Azef fut surtout un informateur efficace qui contribua à déjouer de nombreux attentats et a toujours cherché à saboter les actions de l'Organisation de combat. Il ne fut jamais un véritable révolutionnaire puisqu'il a choisi délibérément de travailler pour la police. C'est la cupidité et non l'idéalisme qui est à la base de son comportement. Voici un livre utile pour comprendre le mouvement révolutionnaire russe d'avant 1914 et les liens complexes qui unissent ces deux univers ennemis que sont les forces de l'ordre et les organisations subversives.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 07:36
Le maréchal Malinovski et Choybalsan à Oulan-Bator, le 12 juin 1946.

Le maréchal Malinovski et Choybalsan à Oulan-Bator, le 12 juin 1946.

Face au danger chinois.

Au début de 1946, le traité d'amitié et d'assistance mutuelle avec l'URSS est reconduit pour 10 ans. Il s'agit là surtout d'un avertissement adressé à la Chine nationaliste qui revendique toujours sa souveraineté sur la Mongolie au moment où les troupes du Kuomintang s'approchent de zones frontalières disputées dans la région de l'Altaï. Les Soviétiques exploitent en effet des mines d'or et de tungstène dans un territoire que la Chine considère comme faisant partie de la province du Xinjiang. Des rebelles kazakhs ont, avec le soutien soviétique, proclamé l'autonomie de cette région en 1944 mais en 1946 les Chinois rétablissent leur autorité sur ce territoire. La situation reste tendue. En 1947 au cours de l'incident de Pei-ta-shan des cavaliers chinois musulmans, à l'instigation du Kuomintang, attaquent les troupes mongoles. En juin 1947 la cavalerie mongole appuyée par des blindés et l'aviation attaquent les troupes chinoises pour s'emparer des territoires disputés. L'URSS et la Mongolie nient être les agresseurs et prétendent que les Chinois sont entrés en Mongolie. Ces derniers répondent que ce sont les Mongols qui ont pénétrés de 200 km à l'intérieur du Xinjiang. Mais la guerre civile détourne rapidement les nationalistes chinois de ce théâtre d'opération.

La signature du traité d'amitié entre la Mongolie et l'URSS le 27 février 1946.

La signature du traité d'amitié entre la Mongolie et l'URSS le 27 février 1946.

La victoire communiste en Chine en 1949 élimine la menace sur la frontière méridionale de la Mongolie pour une décennie. Cette situation nouvelle permet au pays de réduire son effort militaire. Les effectifs de l'armée diminuent ainsi que le budget de la défense tandis que Choybalsan meurt en 1952. Il est remplacé par Yumjaagiyn Tsedenbal, un économiste moins enclin à garder une armée pléthorique qu'à développer l'économie mongole. L'armée est alors mise au service de ce développement. Les unités sont instruites par des techniciens et des ouvriers soviétiques pour former des équipes de travail. A la fin des années 1950, l'administration militaire des constructions a à son actif la réalisation d'immeubles publics et d'habitations et participe largement à la construction du complexe industriel de Darhan.

 

L'armée mongole continue à se développer et à se moderniser durant les années 1950. Le service militaire de deux ans permet d'inculquer à la jeunesse les fondements du marxisme-léninisme, de l'alphabétiser et de lui donner un enseignement technique. L'armée est modernisée et s'équipe en chars, en canons autoportés, en chasseurs modernes et en missiles sol-air. Les troupes soviétiques continuent à stationner dans le pays jusqu'à 1956. Les conseillers soviétiques sont toujours présents mais de plus en plus l'armée mongole acquiert son autonomie à l'exception de ce qui concerne la production d'armes lourdes.

 

Le conflit sino-soviétique qui débute en 1960 s'accompagne d'une politique de plus en plus hostile de la Chine populaire envers la Mongolie. Cette menace ne fait que renforcer les liens entre les Mongols et les Soviétiques. La présence de troupes l'armée rouge se fait à nouveau plus importante. Les cérémonies officielles deviennent l'occasion de la venue de délégations militaires soviétiques en Mongolie pour des échanges en matière de défense. Ainsi le 18 mars 1961, le maréchal Rodion Malinovski se rend à Oulan-Bator à l'occasion de la journée de l'armée populaire. A cette occasion les militaires soviétiques reçoivent les plus hautes décorations mongoles tandis que les généraux chinois présents n'en reçoivent aucune.

 

Dans cette ambiance de montée des tensions, les autorités, pour mobiliser la population, mettent en avant la figure de Gengis Khan. Pour les 800 ans de sa naissance de grandes cérémonies ont lieu et un monument est inauguré le 31 mai 1962. Mais les Soviétiques désapprouvent ce regain de nationalisme et sa tonalité pan-mongole. La presse de l'URSS ne manque pas alors de condamner Gengis qui est présenté comme un réactionnaire. Rapidement, une purge s'abat sur les responsables militaires mongols. Le commandant militaire d'Oulan-Bator, le ministre de la sécurité publique, le commandant de l'État-Major et le commandant en chef de l'armée en sont les principales victimes. Mais le général Jamyangiyn Lhagbasuren, longtemps ministre des affaires militaires et commandant en chef échappe à la purge dont les victimes sont accusées de nationalisme ou bien d'être favorable à la Chine. Il s'agit également de rappeler que la tradition militaire mongole ne doit pas être celle des guerriers de Gengis mais plutôt chercher ses modèles dans la révolution de 1921 ou dans la lutte contre les Japonais dans les années 1930 et 1940.

 

Les incidents à la frontière avec les Chinois continuent tout au long des années 1960 et s'accompagnent d'une augmentation de la présence des troupes mongoles dans les zones frontalières. En 1966 le traité d'amitié et d'assistance mutuelle avec l'URSS est prolongé pour 20 ans avec une clause permettant le stationnement de troupes soviétiques supplémentaires en Mongolie. Ces étroites relations militaires avec l'URSS montrent le degré de l'influence soviétique et la position subordonnée qu'occupe la Mongolie dans le système de défense du « camp socialiste ».

Tsedenbal le successeur de Choybalsan en 1952.

Tsedenbal le successeur de Choybalsan en 1952.

La fin de l'armée populaire mongole.

En 1988, l'armée mongole compte 24 500 soldats d'actives, dont 3 500 dans l'armée de l'air. Plus de 70% des militaires sont alors membres du Parti révolutionnaire du peuple mongol ou des Jeunesses révolutionnaires. L'armée est renforcée par 200 000 réservistes ainsi que les effectifs de différentes organisations paramilitaires comme la milice qui comprend à la fois les troupes de sécurité intérieure et les gardes-frontières. L'armée est divisée en quatre divisions d'infanterie motorisée équipées avec des armes soviétiques. L'aviation comprend un régiment de chasse, deux escadrons de transport et un escadron d'hélicoptères.

 

Les régimes communistes ont toujours cherché à organiser la population à travers de vastes réseaux d'organisations aux objectifs variés, notamment militaires. Dans les premiers jours de la République populaire mongole, les membres du parti et des jeunesses révolutionnaires reçoivent un entraînement militaire, y compris les femmes. En 1929 est créé, sur décision du comité central du Parti révolutionnaire, la Ligue d'assistance à la défense de l'État mongol. En 1942 cette ligue est réorganisée en Détachements populaires des volontaires pour l'autodéfense dont la tache est d'assurer la défense intérieure contre une éventuelle attaque des Japonais. En 1945 ces détachements sont réorganisés au sein de l'Organisation auxiliaire de défense. Un décret de 1975 du bureau politique lui donne pour mission de stimuler le patriotisme et de soutenir l'armée notamment en organisant des compétitions sportives militaires. Dans les années 1980 l'organisation est également chargée d'organiser des exercices militaires dans les établissements scolaires. Pour faire face à une éventuelle attaque nucléaire l'ensemble de la population est obligée de participer à des exercices de défense civile; en 1982 prés de 600 unités de défense civile existent.

 

Au début des années 1980 malgré l'amélioration des relations sino-soviétiques, la Mongolie conserve sa traditionnelle méfiance envers la Chine. Elle refuse donc de réduire les effectifs de ses forces armées ainsi que celles des troupes soviétiques stationnées dans le pays. En 1985 prés de 75 000 soldats soviétiques se trouvent donc toujours en Mongolie dont deux divisions blindées et trois divisions d'infanterie motorisée. Pékin demande le retrait de ses troupes afin de normaliser ses relations avec Moscou. En juillet 1986, Mikhaïl Gorbatchev propose le retrait et reçoit deux semaines plus tard l'accord du gouvernement mongol. Entre avril et juin 1987, l'URSS retire ainsi une division d'infanterie motorisée ainsi que d'autres unités pour ramener sa présence militaire à environ 55 000 hommes.   

 

Dirigeants soviétiques et mongols se rencontrent au Kremlin le 13 mars 1985.

Dirigeants soviétiques et mongols se rencontrent au Kremlin le 13 mars 1985.

Les relations entre la Mongolie et la Chine s'améliorent peu à peu et conduisent à la signature d'un traité définissant les frontières entre les deux pays en novembre 1988. Peu après les autorités soviétiques font savoir qu'elles retirent la totalité de leurs troupes dans les deux ans tandis que le gouvernement mongol annonce en février 1989 la réduction des effectifs de l'armée. A la fin de l'année 1989 des manifestations populaires demandent la fin du régime du parti unique tandis que de nouveaux partis sont créés. Des élections libres ont lieu en juillet 1990 qui sont remportées par les communistes. Des réformes libérales sont mises en œuvre pour aboutir à la Constitution démocratique en 1992: un régime démocratique et libéral voit le jour. Il faut néanmoins attendre 1993 pour que les dernières troupes russes quittent la Mongolie et 1996 pour que, suite aux élections législatives, le Parti révolutionnaire du peuple mongol perde le pouvoir sur le pays.


 

Bibliographie :

Ivor Montagu, Mongolie rouge, pays du ciel bleu, Julliard, 1958.

Robert A. Rupen, Mongols of the Twentieth Century, Indiana University Press, 1964.

Andrew Forbes, Warlords and Muslims in Chinese Central Asia: A Political History of Republican Sinkiang, 1911-1949, Cambridge university Press,1986

Xiaoyuan Liu, Reins of Liberation: An Entangled History of Mongolian Independence, Chinese Territoriality, and Great Power Hegemony, 1911-1950, Stanford University Press, 2006.

Irina Morozova, Socialist Revolutions in Asia: The Social History of Mongolia in the 20th Century, Routledge, 2009.

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 07:24
Sükhe Bator, héros de la Mongolie communiste

Sükhe Bator, héros de la Mongolie communiste

La construction de l'armée populaire mongole.

Au début des années 1920 la frontière mongole reste menacée par les débris de l'armée blanche, des bandes de brigands et les troupes des Seigneurs de la guerre chinois. Pour sécuriser le territoire des détachements de l'armée rouge restent dans le pays jusqu'en 1925. Ensuite jusqu'à la révolte de 1930 et la montée de la menace japonaise, le nombre de militaires soviétiques en Mongolie ne dépasse pas celui des instructeurs et des gardes pour les bâtiments diplomatiques de l'URSS.

 

Le développement et la politisation de l'armée populaire mongole deviennent vite un élément central de la politique soviétique en Mongolie. En août 1921 est établi une administration politique de l'armée chargée de superviser le travail des commissaires politiques et des cellules communistes dans l'armée mais surtout de renforcer les liens entre l'armée et le Parti du peuple mongol. Prés d'un tiers des soldats sont membres du Parti, qui devient en 1924 le Parti révolutionnaire du peuple mongol, et de nombreux autres sont membres des Jeunesses révolutionnaires mongoles. Les membres les plus à gauche du gouvernement, qui sont aussi les dirigeants du Parti, sont étroitement lié à l'armée qui devient ainsi une force politique de poids durant les années 1920. L'armée reçoit alors prés de 60% du budget de l'État et voit ses effectifs passer de 2 500 hommes en 1923, à 4 000 en 1924, puis 17 000 en 1927.

 

Les révolutionnaires et les militaires qui ont combattu les armées blanches sont en réalité plus des nationalistes que de véritables communistes à l'exception de Choybalsan et de ses proches. Ce dernier apparaît beaucoup plus Russe que Mongol par son éducation et sa proximité avec les bolcheviks. Au début des années 1920, au milieu des purges qui touchent ceux qui ne veulent pas devenir communiste, sa collaboration avec les Soviétiques lui permet de gravir les échelons du pouvoir. Mais c'est Horloogiyn Dandzan qui succède en 1923 à Sükhe Bator comme ministre de la guerre et commandant en chef. Alors que les effectifs de l'armée augmentent et que la présence militaire soviétique décroit, Dandzan pense avoir les moyens de mener une politique nationaliste. Mais les remarques anti-soviétiques qu'il tient lors du 3e congrès du Parti en 1924 conduisent à son arrestation par des militants des Jeunesses révolutionnaires conduits par Choybalsan. En moins de 24 heures il est jugé et exécuté. Choybalsan devient alors commandant en chef de l'armée tandis que Sandagdargiyn Majsarjeb, un héros de la révolution de 1921, est nommé ministre de la guerre. Mais la réalité du pouvoir sur l'armée n'est pas entre les mains des commandants mongols mais plutôt des Soviétiques d'origines bouriates qui servent comme conseillers ou administrateurs. Pour diriger la politique de défense un conseil militaire est créé, dirigé par un Bouriate et dont les membres sont proches des Soviétiques, tandis le chef de l'état-major est un général soviétique. Cette mainmise russe sur la direction militaire mongole est contestée par Majsarjeb qui est bientôt exécuté tandis que Choybalsan fait toujours allégeance aux Soviétiques. Il devient donc ministre de la guerre et, en 1926, membre du comité central et du présidium du Parti révolutionnaire du peuple.

 

Malgré l'aide soviétique, la construction d'une armée mongole reste difficile. Si les soldats sont d'excellents cavaliers et tireurs, la grande majorité est illettrée, les maladies sont endémiques tout comme les désertions. Les jeunes nomades sont également rétifs à la discipline militaire et restent influencés par des moines hostiles au service militaire. En 1929 un exercice de mobilisation est organisé qui doit permettre de rassembler 30 000 soldats mais seulement 2 000 hommes se présentent à l'appel. La construction de l'armée se poursuit néanmoins, une armée qui réprime les révoltes dans l'ouest du pays en 1922-1923 et 1925-1926, tout en gardant les frontières contre les bandits chinois et les armées des Seigneurs de la guerre. En mars 1925 une aviation militaire voit le jour avec 4 appareils. L'armée mongole est alors composée exclusivement de 17 000 cavaliers organisés en régiments de 2 000 hommes divisés chacun en 3 escadrons. L'armée comprend également 200 mitrailleuses lourdes, 50 obusiers de montagne, 30 canons de campagne et 2 véhicules blindés. Sa caractéristique première est sa mobilité: de petites unités sont ainsi capables de couvrir plus de 160 km en une journée.

 

Au tournant des années 1920 et des années 1930 l'armée est donc régulièrement appelée pour mater les révoltes populaires menées par des nobles et des moines. Ces soulèvements mêlent sentiments nationalistes, opposition à la politique pro-soviétique et hostilités aux mesures gouvernementales sur la collectivisation et la persécution des moines. Ces révoltes culminent avec le soulèvement de 13 détachements de l'armée, soit environ 3 000 hommes, en avril 1932. Il est écrasé par l'armée avec l'aide de troupes soviétiques. Au milieu des années 1930 les différents foyers d'opposition sont donc réduits.  

Cavaliers de l'armée populaire mongole

Cavaliers de l'armée populaire mongole

La lutte contre les Japonais.

La nécessité d'une armée plus sûre apparaît néanmoins, à la fois pour assurer la sécurité intérieure et faire face à une éventuelle invasion japonaise. Le nombre de recrues augmente tandis que l'armée devient un facteur d'unification de la population. Les soldats apprennent en effet à lire et écrire et reçoivent une éducation politique. L'armement est fourni par les Soviétiques dont des officiers agissent toujours comme instructeurs ou commandants. En novembre 1934 un accord est conclu entre l'URSS et la Mongolie qui prévoit une assistance mutuelle en cas d'attaque contre l'une des parties.

 

L'occupation par le Japon de la Mandchourie en 1931 laisse alors peu de doute sur les intentions nippones sur l'Asie du Nord-Est. Des agents japonais développent l'agitation en Mongolie en s'appuyant sur le sentiment pan-mongol. Entre 1932 et 1934 l'armée japonaise recense 152 incidents mineurs sur la frontière de la Mandchourie. Des escarmouches le long de la frontière avec la Mandchourie éclatent en 1934 et prennent plus d'ampleur en 1935 avec 150 incidents cette année là. Ainsi en janvier 1935 des unités de cavalerie mongoles engagent le combat contre une patrouille de l'armée du Mandchoukuo prés du temple bouddhiste de Halhamiao. Il n'y a que des blessés légers dont un conseiller militaire japonais. Entre décembre et mars 1936 éclatent les incidents d'Orahodoga et de Tauran où les Japonais et les Mongols engagent des véhicules blindés ainsi que des avions militaires. Une conférence débute néanmoins en juin entre Japonais et Mongols mais les négociations échouent. Le 1er mars 1936, Staline doit déclarer publiquement qu'en cas d'attaque contre la Mongolie, l'URSS viendra à son aide. Deux semaines plus tard l'accord d'assistance mutuelle de 1934 est reconduit pour 10 ans. Les troupes soviétiques en Mongolie, c'est à dire principalement le 57e corps d'infanterie, en Mongolie sont renforcées.

 

En 1937, le Japon envahit le nord de la Chine dont les provinces qui bordent la Mongolie. La zone de contact entre les troupes mongoles et japonaises augmentent considérablement ce qui ne fait qu’accroître le nombre d'incidents frontaliers. En juillet 1938 l'armée japonaise du Kwantung organise une infructueuse opération militaire à la frontière soviétique prés de Vladivostok. Frustrés en Sibérie, les Japonais se décident à tourner leurs efforts sur la Mongolie.

 

La partie orientale du territoire mongol forme un saillant dans la Mandchourie. Cette région est le théâtre d'affrontements dès 1935 mais qui deviennent quotidiens à partir de 1938. Début mai 1939, Molotov prévient le Japon de l'intention de l'URSS de défendre par les armes la Mongolie. Le 11 mai 1939, le Japon occupe une partie de la Mongolie entre la frontière et la rivière Khalkin-Gol. Une force soviéto-mongole contre-attaque et réussis à établir une tête de pont sur la rive orientale du Khalkin-Gol. Début juillet, 38 000 Japonais attaquent le flanc nord de cette tête de pont, rejettent les Mongoles et les Soviétiques et parviennent à former une tête de pont sur la rive ouest. Le 5 juillet, une opération soviétique réduit cette tête de pont. De chaque coté de la rivière les adversaires accumulent désormais des forces.

Le général Joukov et Choybalsan en 1939

Le général Joukov et Choybalsan en 1939

En juillet 1939 les forces mongoles et soviétiques sont réorganisées. Un district militaire de Transbaïkalie est formé ainsi qu'un groupe d'armés sous la direction du général Georgi Joukov. Les forces soviétiques se concentrent dans l'est de la Mongolie tandis que 80 000 soldats mongols sont mobilisés. Le 20 août 1939, l'armée japonaise passe à l'attaque. Mais les Soviétiques ont anticipé l'assaut. L'aviation rouge bombarde les positions japonaises tandis qu'une attaque au sol sur les ailes sud et nord perce les lignes japonaises puis se entame un mouvement d'encerclement tandis que la cavalerie mongole protège les flancs extérieurs. Les Japonais se défendent vaillamment mais le 23 août ils sont encerclés. Pendant cinq jours, Mongols et Soviétiques repoussent les assauts des forces de secours japonaises et brisent les tentatives des forces encerclées pour s'échapper. Les poches de résistance sont progressivement réduites et les efforts des forces de secours cessent. Le 31 août les troupes mongoles et soviétiques progressent vers la frontière. Les Japonais reconnaissent alors leur défaite et signent un cessez-le-feu qui prend effet le 16 septembre. Les Soviétiques ont perdu dans ce conflit prés de 10 000 hommes, les Mongols 1 130 et les Japonais plus de 18 000.

Soldats mongols en 1939.

Soldats mongols en 1939.

Le 9 juin 1940 un accord est signé à Moscou fixant les frontières entre la Mandchourie et la Mongolie. Le 13 avril 1941 un pacte de neutralité entre l'URSS et le Japon est conclu qui stipule que les Soviétiques reconnaissant l'intégrité du Mandchoukuo. Les Japonais font de même concernant la Mongolie et tournent alors leur regard vers le sud et le Pacifique.

 

Avec l'invasion de l'URSS par l'Allemagne en juin 1941, la Mongolie reste mobilisée avec 80 000 hommes pour garder ses frontières et décourager d'éventuelles incursions japonaises. La Mongolie, au nom du traité d'assistance mutuelle avec Moscou, approvisionne largement l'URSS en vêtements d'hiver, en laine, nourritures et chevaux. La population se mobilise également pour récolter des fonds qui permettent de mettre sur pied une brigade de chars, la brigade blindée révolutionnaire mongole et un escadron de chasse qui se battent aux cotés des Soviétiques contre les Allemands. En août 1945, une fois l'Allemagne vaincue, les forces mongoles participent à l'invasion de la Mandchourie par les Soviétiques et écartent définitivement le péril japonais.

Choybalsan en 1943 devant un char offert par la Mongolie à l'URSS en guerre

Choybalsan en 1943 devant un char offert par la Mongolie à l'URSS en guerre

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 07:22
Étoile rouge sur la steppe: histoire de l'armée populaire mongole (1920-1990), 1ère partie

La renaissance de l'armée mongole.

La Mongolie a une tradition militaire ancienne. Sous la direction de Gengis Khan et de ses descendants, les tribus mongoles furent unifiées pour devenir un formidable instrument de conquête dominant des territoires allant de l'Océan Pacifique à l'Europe centrale. Quand la puissance des descendants de Gengis décline et que les veilles divisions tribales resurgissent, l'Empire mongol se désagrège peu à peu. L'efficacité de la cavalerie mongole est alors la victime de la puissance des armées à feu que les armées Mandchoues commencent à utiliser à la fin du 17e siècle.

 

A la fin du 16e siècle, des chefs mongols mais surtout les Chinois encouragent la diffusion du bouddhisme tibétain auprès des Mongols. Cette religion pacifiste doit, pour les Chinois, annihiler l'esprit guerrier mongol et encourager une large part de la population masculine à devenir moines. Pour affaiblir le danger mongol les Chinois encouragent également l'établissement d'une théocratie pour gouverner sur le pays et favorisent les divisions entre tribus. Pourtant les dirigeants chinois font toujours appel aux Mongols pour servir de cavalerie légère contre les révoltes et les invasions étrangères. Des unités mongoles participent ainsi à la guerre contre les Français et les Britanniques en 1860, contre les Japonais en 1894-1895 et contre les Boxers en 1900.

 

Dans le même temps le souvenir de Gengis et de sa domination sur l'Asie reste présent dans la mémoire populaire mongole et entretient une opposition contre les oppresseurs étrangers notamment chinois qui s'incarnent dans la figure des usuriers, des militaires et des collecteurs d'impôts.

 

L'histoire militaire contemporaine mongole commence en 1911 avec l'autonomie accordée à la Mongolie extérieure par les autorités de Pékin en pleine révolution et sous la pression russe. Après sa défaite contre le Japon en 1905, la Russie souhaite aider à la modernisation de l'armée chinoise mais également renforcer ses liens avec la Chine notamment par le développement de la ligne ferroviaire du Transsibérien. Mais la Russie, pour asseoir son influence sur la région, soutient également les efforts mongols pour se détacher du pouvoir chinois. Nicolas II reçoit donc une délégation mongole en août 1911 et accepte de fournir des armes à ce qui est toujours la province chinoise de Mongolie extérieure. Quand la révolution chinoise éclate renversant le régime impérial, les Mongols prennent aussitôt leur liberté avec le soutien russe. En 1912 une mission militaire russe arrive à Oulan-Bator (alors appelé Ourga) pour former l'armée mongole. Mais en novembre 1913 la Russie reconnaît la souveraineté chinoise sur la Mongolie provoquant en réaction la radicalisation de certains Mongols qui réclament désormais l'indépendance. Pourtant la Russie continue à former des troupes mongoles malgré les désertions et les mutineries.

 

La Première Guerre mondiale détourne la Russie de la Mongolie. En 1915 Moscou est néanmoins à l'initiative de l'accord entre Mongols et Chinois qui limite la présence militaire chinoise à seulement 200 soldats à Oulan-Bator. Mais quand la révolution éclate en Russie, les Chinois en profitent pour renforcer leur garnison à Oulan-Bator en violation du traité de 1915. Le gouvernement blanc de Sibérie, qui s'estime l'héritier du pouvoir tsariste, proteste, mais quand il s'effondre en 1919 sous les coups de l'armée rouge les Chinois envoient 3 000 soldats supplémentaires. En octobre 1919, le général Xu Sucheng fait son entrée dans la capitale mongole avec 4 000 soldats et supprime le gouvernement autonome. L'armée mongole est alors dispersée mais certains soldats démobilisés, formés par les Russes, aspirent à libérer la Mongolie de la domination chinoise. Parmi eux se trouve Sükhe Bator.

Sükhe Bator

Sükhe Bator

La naissance et le début de l'armée populaire mongole.

Sükhe Bator est issu d'une famille pauvre. Il est sans travail quant à l'age de 19 ans il entre en 1912 dans l'armée mongole. Il devient rapidement sous-officier dans une compagnie de mitrailleuses, une arme technique prestigieuse où il est en relation constante avec des instructeurs russes ce qui lui permet d'apprendre la langue. A la fin de 1918, anticipant le retour des Chinois, il rassemble autour de lui d'anciens militaires pour préparer une révolution et appelle les anciens soldats à le rejoindre. En novembre 1919, conseillé par des agents bolcheviks à Oulan Bator son groupe rejoint celui du révolutionnaire Horloogiyn Choybalsan. En 1920. Sükhe, Choybalsan et 15 militants partent en Sibérie pour recevoir une instruction militaire.

 

Avec les victoires de l'Armée rouge en Sibérie, des troupes blanches en retraite pénètrent en Mongolie avec le soutien des Japonais qui occupent alors la Mandchourie et la Sibérie orientale. La plus puissante, avec 5 000 hommes, est celle que commande le baron Roman von Ungern-Sternberg. Ce dernier attaque Oulan Bator pour en chasser les soldats chinois et proclamer l'indépendance de la Mongolie. En février 1921, Sükhe Bator, Choybalsan et leurs compagnons sont rejoints à Irkoutsk par une délégation mongole venant de Moscou. En mars, le groupe se rend à Kyakhta et forme le Parti populaire mongol et un gouvernement national provisoire dans lequel Sükhe est nommé ministre de la guerre. Les partisans mongols, environ 400 hommes, sont alors organisés en une armée révolutionnaire avec Sükhe comme commandant en chef et Choybalsan comme commissaire politique.

 

En mars 1921 la troupe de Sükhe s'empare de Altanbulag qui devient la capitale provisoire du mouvement. Le gouvernement révolutionnaire proclame la conscription de tous les hommes de plus de 19 ans et demande l'aide de l'armée rouge soviétique. L'armée d'Ungern marche à partir du 22 mai 1921 sur Altanbulag défendu par une division de la 5e armée rouge. La ville est attaquée le 6 juin mais résiste. L'armée révolutionnaire et les troupes soviétiques se divisent alors en deux colonnes pour passer à la contre-attaque. Le 6 juillet Oulan-Bator est prise et le 12 juillet le gouvernement révolutionnaire s'y installe. Ungern et les quelques soldats qui l'entourent ont néanmoins réussi à fuir. Ils sont vite capturés par des soldats mongols en août. Ungern est alors remis aux Soviétiques qui le fusille.

 

La victoire de l'armée révolutionnaire mongole s'inscrit dans la mémoire du peuple mongol comme un exploit. Son impact est renforcé par la mort subite de Sükhe Bator qui est vite transformé en héros national, le symbole de la fierté et de la valeur militaire retrouvée des Mongols. L'armée devient également un symbole patriotique et la campagne de 1921 le socle d'une nouvelle tradition militaire.

 

Depuis mars 1921 le gouvernement révolutionnaire a décrété la conscription étendant cette obligation aux moines, traditionnellement exemptés du service militaire. Un accord avec la Russie soviétique est également signé le 5 novembre. Les Soviétiques s'engagent à apporter leur assistance pour organiser et entraîner une armée régulière mongole. Rapidement des spécialistes soviétiques conseillent le gouvernement mongol en matière militaire et débute ainsi une collaboration qui dure jusqu'en 1989. Elle permet à la fois de moderniser la Mongolie et de fournir à Moscou un allié face au Japon et à la Chine.

 

Choybalsan dans les années 1920

Choybalsan dans les années 1920

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 07:53

David Stone, Hammer and Rifle: The Militarization of the Soviet Union, 1926-1933, University Press of Kansas, 2000.

A l'origine du complexe militaro-industriel soviétique

Le livre de Stone examine la politique militaire de l'URSS durant le premier plan quinquennal. Il s'agit pour l'auteur de mettre en relief la place de l'armée rouge dans les plans de Staline pour construire une industrie moderne et de montrer que l'armée fut un facteur qui a largement justifié la nécessité d'une industrialisation rapide. L'Union soviétique n'a jamais été dominé par les militaires, pourtant l'armée devient une force incontournable, notamment dans le domaine économique. Elle a en effet le pouvoir de mobiliser des ressources importantes et surtout de garantir aux industriels avec qui elle est en relation les moyens nécessaires pour leurs productions.

 

Dans les années 1920 l'armée rouge accuse un retard technique important et possède une valeur militaire plus faible de l'armée tsariste. C'est aussi une armée qui a été vaincu aux portes de Varsovie et dont les chefs ont conscience des faiblesses. Mais la NEP a imposé une politique financière destinée à stabiliser le rouble interdisant d'augmenter le budget militaire.

 

Pour les chefs militaires, s'appuyant sur une analyse marxiste, il est nécessaire d'effacer la distinction entre production civile et militaire pour donner une place aux militaires dans l'économie soviétique. Ces derniers doivent même orienter la planification économique afin d'avoir un accès privilégié à la production industrielle. Dans le cadre dans la théorie du socialisme dans un seul pays le réarmement de l'armée rouge devient un élément central de la victoire de Staline sur la droite du Parti qui souhaite conserver la NEP.

 

La crainte bolchevique d'une attaque des pays capitalistes justifie à la fois les demandes de l'armée et muselle les opposants au plan quinquennal. L'invasion japonaise de la Mandchourie en 1931 est ainsi un moteur du réarmement justifiant l'industrialisation. Toute critique devient alors une trahison. A la fin de la période du premier plan, l'armée rouge occupe une place prééminente dans l'économie, place qu'elle continuera à tenir jusqu'à la fin des années 1980.

 

L'auteur ne fait pas l'impasse sur le chaos, le gâchis, les pertes humaines qui accompagnent l'industrialisation forcée. L'ouvrage fournit ainsi un solide aperçu de la naissance et de l'expansion du secteur économique militaire soviétique qui reste performant jusque dans les années 1980. Il montre surtout que l'armée rouge a joué un rôle de premier plan dans la consolidation du pouvoir stalinien par son soutien sans failles au premier plan quinquennal.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Armée rouge
13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 07:21

Depuis quelques jours, les lecteurs qui veulent s'éloigner un peu de l'histoire contemporaine peuvent plonger au coeur du conflit qui oppose en 359 les Perses et les Romains. Le blog L'autre coté de la colline propose, sous la plume de Stéphane Mantoux, un article permet de comprendre ce qui se passa autour d'Amida une ville d'Anatolie où s'affrontérent les deux grands empires de l'époque. C'est aussi l'occasion d'appréhender l'art de la poliorcétique dans l'Antiquité tardive.

 

Dépaysement assuré. A ne pas manquer.

Perses contre Romains, le siège d'Amida
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communismeetconflits
12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 08:01

Stefan Aust, Baader-Meinhof: The Inside Story of the RAF, Oxford University Press, 2009.

Au coeur de la Fraction armée rouge

D'abord publié en 1985 le livre de Stefan Aust a servi de base à la réalisation d'un film allemand en 2008 consacré à l'histoire de la Fraction armée rouge. Journaliste, Aust a travaillé durant trois ans dans les années 1960 avec la revue Konkret où il a côtoyé Ulrike Meinhof et de nombreux représentants de l'extrême-gauche de l'époque. Sa carrière le conduit ensuite à devenir rédacteur en chef du magazine Der Spiegel tout en restant pendant une vingtaine d'années un observateur attentif des actions de la RAF.

 

Utilisant les témoignages de membres ou de proches du groupe, l'auteur montre que les premiers dirigeants de l'organisation, s'ils utilisent un discours maoïste, sont surtout fascinés par les Tupamaros uruguayens et par les vues de Carlos Marighella sur la guérilla urbaine. Mais dans l'ensemble le groupe dédaigne la théorie révolutionnaire et privilégie l'action, pensé sur un mode essentiellement conspiratif. Le passage à la clandestinité correspond d'ailleurs à un état d'esprit répandu à l'époque dans les milieux de la gauche extra-parlementaire mêlant protestation contre l'État et appel à l'action. Mais la clandestinité nécessite des moyens pour louer des logements et le braquage de banques devient rapidement la source principale pour obtenir des fonds. Aust montre que la RAF bénéficie alors de nombreuses complicités dans la société civile. Mais il dit peu de choses des gens qui ont accepté d'aider le groupe et les disculpe sans discussion de toute complicité.

 

Une étape importante sur la voie qui conduit la RAF au terrorisme est la formation de l'OLP en Jordanie. Le groupe noue alors des liens étroit avec cette organisation et surtout avec son aile la plus radicale, Septembre noir. Mais le passage au terrorisme retourne l'opinion publique allemande contre la RAF, une opinion qui demande alors clairement à l'État de mettre fin aux agissements terroristes. Une active collaboration entre la police et les services de renseignements permet rapidement, sous le gouvernement du social-démocrate d'Helmut Schmidt, l'arrestation ou la mort de la première génération de la RAF.

 

En prison à Stammheim, les dirigeants emprisonnés multiplient les textes qui condamnent la société allemande et appellent à continuer à utiliser la violence. Ils deviennent des références pour une seconde génération de militants de la RAF qui souhaitent faire libérer leurs aînés. Mais après l'échec d'un détournement d'avion à Mogadiscio, Andras Baader et Gudrun Ensslin sont retrouvés morts dans leurs cellules. Pour Aust, le responsable de ces décès est le gouvernement ouest-allemand. Pour appuyer cette affirmation il fait références à des dossiers secrets et à des agents du gouvernement mais hélas sans apporter d'éléments vraiment concluant.

 

Aust évite également soigneusement de prendre position au sujet des actions de la RAF et surtout il n'essaye à aucun moment de s'interroger pour savoir si sa connaissance intime du groupe n'altère pas son jugement de journaliste. Il laisse également dans l'ombre le rôle de la RDA dans le soutien à la RAF et se désintéresse des victimes des actions de la RAF. Mais cela n'est pas le plus gênant, bien moins en tout cas que l'absence de date concernant les interviews utilisés, leur caractère anonyme et plus largement l'absence de références concernant les documents cités. Au final voici un livre qui n'est pas un livre d'histoire mais plutôt un témoignage qui peine souvent à convaincre.   

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communismeetconflits - dans Terrorisme Extrême-gauche
8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 07:45

Ilya Gaiduk, The Soviet Union and the Vietnam War, Ivan R. Dee Publisher, 1996.

L'URSS et la guerre du Vietnam

Ilya Gaiduk, s'appuyant sur des archives essentiellement russes, examine le rôle de l'URSS comme médiatrice entre les États-Unis et le Nord-Vietnam entre 1964 et 1973 pour chercher à déterminer si elle a entravé ou faciliter la fin du conflit. Il éclaire également l'évolution des relations soviéto-américaines à l'aube de la détente. C'est aussi une contribution au débat pour déterminer si la politique étrangère soviétique fut motivée par des considérations géopolitiques ou idéologiques.

 

L'auteur reconnaît que l'URSS fut le principal soutien militaire et économique du Nord-Vietnam, qu'elle a mis à son service sa propagande pour dénoncer l'intervention américaine et qu'elle a refusée publiquement d'assurer une médiation entre les belligérants. Mais pour lui, l'URSS a cherché activement une solution négociée au conflit. Les dirigeants soviétiques craignaient que cette guerre dégénère en conflit nucléaire ou au moins en affrontement direct avec les Américains. Ils cherchaient également à endiguer l'influence grandissante de la Chine en Asie du Sud-Est et voulaient éviter que la poursuite de la guerre freine les perspectives de détentes avec les États-Unis.

 

De 1965 à 1967, les Soviétiques veulent contenir le conflit et amener les Américains et les Nord-Vietnamiens à négocier. Mais les Américains pensent alors pouvoir gagner militairement le conflit tandis que l'influence soviétique sur le gouvernement d'Hanoï est faible. C'est pour remédier à cette dernière faiblesse que l'URSS accroît son aide au Nord-Vietnam. Les Soviétiques sont dans une position difficile car s'ils refusent de jouer les médiateurs c'est pour ne pas s'aliéner les Nord-Vietnamiens et les pousser dans les bras chinois. Mais ils ne cessent de jouer les intermédiaires entre les adversaires.

 

L'année 1968 marque un tournant dans la guerre. Nord-Vietnamiens et Américains prennent conscience que la guerre peut être longue et qu'une solution militaire est difficile à trouver. En mars, Hanoï répond favorablement à l'offre de négociation du président Johnson mais les pourparlers s'enlisent vite.

 

Moscou compte profiter de la nouvelle situation pour maintenir et renforcer les liaisons entrent les belligérants. Ils conçoivent et proposent des solutions aux problèmes qui empêchent les deux parties de progresser. Ils proposent des compromis acceptables ce qui permet d'ouvrir des négociations tripartites à partir de janvier 1969. Jusqu'en 1973, les Soviétiques reviennent à une position plus en retrait, jouant les facteurs entre les parties. C'est alors l'administration de Nixon qui fait des avances à l'URSS. Les Américains veulent mettre fin au conflit vietnamien pour aller de l'avant dans la politique de détente. Ils cherchent donc à impliquer fortement les Soviétiques dans les négociations mais ces derniers refusent le chantage américain qui lie les progrès de la détente à la fin de la guerre du Vietnam. Les Américains se tournent donc vers les Chinois ce qui conduit à la visite de Nixon à Pékin en 1972.

 

L'Union soviétique a donc réussi à aider les Américains à sortir de la guerre tout en permettant le maintien intact du régime nord-vietnamien, en prenant pied en Asie du Sud-Est et en maintenant ouverte les perspectives de détente. L'auteur réussit à donner un exposé clair et précis sur un sujet complexe et apporte une contribution importante à la compréhension de la guerre du Vietnam, des relations soviéto-américaines et des relations entre l'URSS et les mouvements de libération nationale.

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")