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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 07:19

2e Guerre Mondiale n°52, janvier-février 2014.

Batailles de chars à l'été 1941

Le dernier numéro du magazine 2eme Guerre Mondiale ne décevra pas, encore une fois, le lecteur. Le dossier central est consacré aux grandes batailles de chars qui se déroulent lors de l'opération Barbarossa à l'été 1941 dans le triangle Brody-Lutsk-Dubno et qui sont largement méconnues en France. Le récit est clair et l'analyse s'appuie sur des sources solides permettant à l'auteur de montrer que l'invasion de l'URSS ne fut pas la promenade de campagne longtemps décrite. Signalons que pour clore ce dossier, Stéphane Mantoux fait un point historiographique, pour expliquer pourquoi ces combats sont tombés dans l'oubli.

 

Vincent Bernard nous livre un article sur les supplétifs soviétiques au sein de l'armée allemande. Un travail bienvenu sur un sujet assez négligé d'autant que l'auteur prend soin, de manière claire et concise, de montrer les divers types d'engagements possibles et les différentes formations d'Osttruppen. Vincent Bernard publie également un excellent article sur Katyn où, après avoir relaté les circonstances de ce massacre mondialement connu, il décrit la mémoire et l'historiographie si particulière et si brûlante de cet événement dont l'ombre plane toujours sur les relations entre la Pologne et la Russie.

 

Franck Ségrétain démontre, dans un article consacré à la répression allemande en France en 1944, l'élaboration d'une doctrine cohérente au sein de l'armée allemande en matière de ce que l'on nommera plus tard la contre-insurrection. Les bases de cette forme de lutte, qui fera florès par la suite, lors des guerres de décolonisation, de conflits civils notamment en Amérique latine, et plus récemment au Moyen Orient, commencent a être expérimentées en France contre les maquis et la Résistance.

 

Signalons également la seconde partie du travail de Stéphane Mantoux sur la défense japonaise dans le Pacifique et l'article de Paul-Yanic Laquerre sur la collaboration entre les militaires américains et les responsables et scientifiques japonais impliqués dans le programme de guerre bactériologique en Chine dans le Japon d'après-guerre.

 

2e Guerre Mondiale confirme sa place bien particulière dans la presse militaire et historique. Magazine grand public, il n'hésite pas à sortir des sentiers battus pour faire découvrir au lecteur des aspects méconnus du second conflit mondial. Surtout et c'est là sa plus forte originalité, il essaye de montrer ce qui se cache derrière la façon dont on écrit ou l'on montre une période si tragique et si propice aux manipulations. Voici donc de la vulgarisation au meilleur sens du terme, celle qui rend plus intelligente et aiguise le sens critique.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 12:34
Aux origines de la Turquie moderne

Depuis hier se trouve en ligne sur le blog "L'autre coté de la colline" un article sur la guerre d'indépendance turque.

 

De 1919 à 1922, sous la conduite de Mustafa Kemal, les nationalistes turques, refusant les diktats des vainqueurs alliés de l'Empire ottoman, affrontent succesivement les troupes du Sultan, les troupes arméniennes, françaises, britanniques et surtout grecques. Ils peuvent dans ce combat compter sur le soutien de la Russie soviétique qui voit dans ce conflit une lutte contre l'impérialisme, lutte qu'elle conduit elle-même sur les différents fronts de la guerre civile.

 

Victorieux, Kemal, peut s'attacher à construire une Turquie nouvelle et laïque.

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communismeetconflits - dans Divers
30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 07:01

François Godicheau, La Guerre d'Espagne. République et Révolution en Catalogne (1936-1939), Odile Jacob, 2004.

La Guerre d'Espagne, les anarchistes et l’État

La Guerre d'Espagne est un élément central de l'histoire et de la mémoire du mouvement révolutionnaire au 20e siècle. La gauche s'est profondément divisée sur le sujet entre d'un coté une interprétation communiste qui explique la défaite finale par le radicalisme révolutionnaire du POUM et des anarchistes et une interprétation trotskyste et anarchiste qui dénonce Staline comme l'assassin de la révolution en Espagne. Dans son livre, l'auteur veut casser ces interprétations canoniques de l'histoire de la république espagnole en guerre.

 

Sa thèse est à la fois simple et iconoclaste: rapidement après le début de la guerre l’État central a rétabli son autorité et l'a même accrue et cela avec l'aide et le soutien des anarchistes de la CNT-FAI. Il ne manque pas d'arguments pour l'appuyer. D'abord il montre l'ambivalence du mouvement anarchiste, partagé avant la guerre entre sa culture révolutionnaire intransigeante et les partisans de négociations sociales pour améliorer la condition ouvrière. Avec la guerre il s’intègre peu à peu aux institutions républicaines. Ce processus ne va pas sans difficulté au sein de l'organisation où la coupure ne se fait pas entre deux courants mais plutôt entre une base favorable à la poursuite d'un processus révolutionnaire et la direction qui se veut responsable face à l'effort de guerre et donc modérée.

 

C'est ce hiatus entre la base et la direction qui conduit aux événements de mai 1937 à Barcelone. Le gouvernement profite de sa victoire pour arrêter les éléments qu'il nomme « incontrôlés ». Soucieux d'affirmer sa légitimité par le biais de la justice il fait juger et condamner de nombreux militants. Mais au fur et à mesure que la situation militaire se dégrade pour la République, l’État, dans sa volonté de mobiliser l'ensemble du territoire, connaît une dérive autoritaire qu'accepte la direction du mouvement anarchiste au nom du primat de la lutte antifasciste.

 

L'auteur montre que si l'efficacité de l'organisation du modèle communiste fascine certains anarchistes, l'ingérence de l'URSS ne joue pas un rôle aussi important que l'historiographie le laisse à penser. François Godicheau montre que l'influence du modèle communiste est si forte qu'elle conduit à une bolchevisation du mouvement anarchiste au fur et à mesure de son intégration au sein de l'appareil d’État républicain.

 

En somme, les communistes sont parvenu à convaincre la direction anarchiste d'épouser le modèle organisationnel bolchevik pour s'intégrer totalement au Front populaire antifasciste et pour la contraindre à combattre une base libertaire réputée trop turbulente et radicale. La fracture produite par cette transformation de la CNT-FAI puis la défaite républicaine en mars 1939 ont donné le coup de grâce à l'anarchisme espagnol, qui jusqu'alors dominait le mouvement ouvrier ibérique, et dont il n'a jamais réussi à se relever. Pour l'auteur cette domestication de l'anarchisme fut le prix à payer pour intégrer politiquement le monde ouvrier et permettre enfin une modernisation de l'État espagnol rendu jusque-là impossible par l'exclusion politique et économique des ouvriers. Mais ce processus aboutit trop tard pour rééquilibrer un rapport de forces qui dès 1937 donnait l'avantage au camp nationaliste.

 

Le livre de François Godicheau est une lecture indispensable pour mieux appréhender la tragédie espagnole, cette révolution qui faillit réussir à l'été 1936 avant de sombrer définitivement corps et biens dans la nuit franquiste.

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communismeetconflits - dans Guerre d'Espagne Anarchisme
27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 07:57

Orlando Figes, La Révolution russe, 1891-1924, la tragédie d'un peuple, Denoël, 2007.

Une somme sur la Révolution russe

Le livre de Figes est au vrai sens du terme un pavé, mais qui se lit comme un roman tant il est passionnant. Couvrant la période de 1891 à 1924 il présente en détail une tranche fondamentale de l'histoire de la Russie.

 

L'auteur dresse d'abord un tableau de la Russie tsariste au début du 20e siècle, un pays qui a eu l'occasion de devenir une monarchie constitutionnelle ce qu'a refusé Nicolas II, tsar faible, attaché à un idéal obsolète d'autocratie de droit divin. Ce monarque d'un autre temps gouverne un peuple de paysans à la vie extrêmement rude et primitive, des paysans qui ne s’intéressent guère à ce qui se passe au-delà de leur village. Dans cet océan rural, les villes deviennent des îlots de modernité bien isolés. C'est dans ces villes que naît et croit un mouvement révolutionnaire qui, comme le montre bien l'auteur, ne joue aucun rôle dans la révolution de Février, cette explosion de colère populaire contre une guerre trop longue et mal menée.

 

Les soubresauts de la politique russe sous le gouvernement provisoire, symbolisée par la figure pathétique de Kerensky, entraînent l'échec de la première démocratie russe. C'est donc sans effusion de sang que se déroule la Révolution d'Octobre.

 

La guerre civile qui débute au début de 1918 est une tragédie sans nom qui permet à l'auteur de démonter certains mythes. Il montre ainsi que la Terreur rouge ne fut pas seulement imposée au peuple mais parfois impulsée par ce dernier synonyme d'une revanche sociale contre des siècles d'oppression. C'est aussi le peuple, donc la paysannerie, qui détermina le destin de la guerre civile. Entre les Blancs qui représentaient le retour au passé et la disparition des acquis de la révolution de février, dont la terre, et les Rouges qui leur laissaient un certain contrôle sur le village, il a choisi ce qui lui apparaissait comme le moindre mal.

 

La fin de la guerre civile marque un retournement de la paysannerie. Si elle a choisi les Rouges par défaut pendant la guerre civile, une fois les Blancs éliminés, elle se révolte contre les réquisitions bolcheviks. Dans cette véritable guerre contre la paysannerie, l'armée rouge utilise tout l'arsenal de violence qu'elle a à sa disposition. A partir de 1922, Lénine se voit contraint par la maladie de se retirer peu à peu du pouvoir. Au fur et à mesure que sa décrépitude physique augmente, il assiste désemparé aux défaillances de la Révolution et à la montée de la puissance de Staline, ce dont il essaye d'avertir les autres bolcheviks mais en vain. Finalement il s'éteint en 1924.

 

Le récit est foisonnant, fourmillant de détails qui donnent de la substance et de la vie aux analyses de l'auteur. Ce dernier prend soin également de suivre la destinée de nombreux personnages que ce soit Lénine, Trotsky, Kerenski, Nicolas II, Broussilov ou Gorki mais également des anonymes comme le paysan Serguei Semenov. Il livre ainsi une série pertinente d'analyses et d'interprétations tout en offrant également une véritable compréhension des événements sans jamais sacrifier la lisibilité de l'ensemble.

 

Remercions également l'auteur de ne pas sacrifier à la mode historiographique qui présente le régime soviétique comme une entreprise criminelle. S'il n’exonère personne des violences commises, il montre que les grandes forces sociales russes ne sont pas des victimes mais participent pleinement à la tragédie que furent les années 1914-1922.

 

La somme de Figes, plus de 800 pages, est une lecture incontournable pour comprendre ce que fut réellement la Révolution russe.

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 07:03

Brian Latell, Castro's Secret : Cuban Intelligence, the CIA and the assassination of John F. Kennedy, Palgrave MacMillan, 2012.

Castro et l'assassinat de Kennedy

L'auteur, à la fois professeur et ancien agent de la CIA, s'appuie pour ce livre, sur les témoignages de transfuges cubains et d'anciens officiers de la CIA. Mais les révélations les plus intéressantes viennent de Florentino Aspillaga, un ancien officier de la DGI, les services de renseignements cubains, qui a fait défection en 1987.

 

L'auteur donne une description fouillée et précise de l'organisation et du travail de la DGI, un service particulièrement efficace et qui a le plein soutien de Castro. Durant des décennies, elle surpasse la CIA qu'elle infiltre au plus haut niveau jusqu'à la défection d'Aspillaga.

 

Latell révèle l'existence d'une lettre écrite par Castro le 22 octobre 1962 , le dernier jour de la crise des missiles à Khrouchtchev où il préconise une frappe nucléaire préventive contre les États-Unis. Le dirigeant soviétique refuse et préfère céder aux exigences de Kennedy. Il démonte également le mythe d'une réconciliation imminente entre Castro et Kennedy peu avant la mort de ce dernier. Au contraire les deux hommes ont continué à comploter l'un contre l'autre.

 

Surtout Aspillaga lui a révélé que le poste radio secret de Jaimanitas près de La Havane fut obligé soudainement de réorienter ses antennes en direction du Texas le matin du 22 novembre 1963, trois heures avant l'assassinat du président Kennedy. Pour le transfuge la raison en est simple: Castro savait que Kennedy serait tué. C'est là la seule preuve que Castro a été informé à l'avance du meurtre de Dallas.

 

Ce livre est une source précieuse d'information sur les services de renseignements cubains durant la Guerre froide, que l'auteur considère comme les meilleurs au monde et sur Fidel Castro. Pour les aspects de l'ouvrage concernant l'assassinat de Kennedy les affirmations de l'auteur ne reposent que sur des témoignages et ne s'appuient sur aucun document issu des archives américaines et cubaines. Seul l'ouverture des archives cubaines pourrait confirmer le rôle que Latell prête à Castro dans la fin de Kennedy. Pour l'instant cela ne reste qu'une hypothèse.

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communismeetconflits - dans Cuba Fidel Castro
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 07:00

John Earl Haynes, Harvey Klehr, In Denial: Historians, Communism and Espionage, Encounter Books, 2006.

Espionnage soviétique et communisme américain dans la Guerre froide

Les auteurs sont des spécialistes du communisme américain et de l'espionnage soviétique qui constituent la trame de cet ouvrage. Mais la question centrale concerne la relation entre les intellectuels et la vérité, notamment quand cette dernière est balayée par la réalité. Parfois le livre est une œuvre à charge qui dénonce des méthodes et la manière dont l'idéologie est utilisée par des historiens et des professeurs pour l'histoire des communistes américains impliqués dans l'espionnage soviétique.

 

Le livre, qui s'appuie sur de nombreuses sources, témoignages, enquètes des autorités américaines, documents Venona et archives soviétiques, regorge d'informations sur l'histoire du Parti communiste américain, notamment sur son financement par le Komintern puis directement par le Parti communiste soviétique. Il montre que les communistes américains suivent fidèlement les différentes lignes politiques élaborées par Moscou. Ce lien politique se double de l'envoi de nombreux renseignements fournis par des militants et sympathisants américains vers l'URSS, dont certains concernent les programmes militaires. Le milieu communiste américain devient dans les années 1940 un vivier de recrutements et de contacts pour les services de renseignements soviétiques.

 

Les auteurs affirment que c'est la poursuite énergique de ces réseaux, ce qui conduit à l'affaire Rosenberg, et l'intransigeance de l'administration Truman, qui n'hésite pas à renvoyer les fonctionnaires communistes ou sympathisants qui mettent un terme aux liaisons entre le KGB et les communistes américains. A partir des années 1950, les Soviétiques ne comptent plus que sur l'argent et le chantage pour recruter des informateurs. Les activités d'espionnage de l'URSS aux États-Unis chutent donc tandis qu'elles continuent normalement au Canada et en Europe où la répression est moins intense. Les auteurs reconnaissent les excès du maccarthysme, mais c'est surtout pour regretter que ces outrances permettent d'excuser la trahison de citoyens américains.

 

Voici donc un ouvrage à mi-chemin entre le livre d'histoire et un réquisitoire contre les milieux libéraux et universitaires qui selon les auteurs excusent, minimisent ou pire, justifient, l'espionnage réalisé au nom de l'idéal par des Américains.  

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communismeetconflits - dans Communisme aux Etats-Unis
16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 07:36

Vladislav Zubok, A Failed Empire: The Soviet Union in the Cold War from Stalin to Gorbachev, University of North Carolina Press, 2007.

La guerre froide de l'autre coté du Mur

L'ouverture des archives en Russie et en Europe de l'Est est à la base du livre de Zubok qui se propose de raconter l'histoire de la guerre froide du point de vue soviétique. Il analyse les raisons qui ont conduit l'URSS à affronter les États-Unis et ses alliés en mettant en avant l'héritage impérial de la Russie allié au messianisme révolutionnaire du communisme. Le premier reflète la volonté de Moscou d'améliorer la situation géostratégique du pays tandis que le second reprend la mission léniniste de répandre la révolution mondiale. C'est ce cadre dualiste qui selon l'auteur explique la nature changeante de la politique soviétique entre 1945 et 1991.

 

Après 1945 Staline mobilise son peuple au nom de l'idéologie mais dans le but de créer une zone tampon de sécurité. Prendre le contrôle de l'Europe de l'Est doit permettre d’accroître la sécurité de l'URSS. Pour l'auteur Staline ne voulait pas entrer en conflit avec les Américains mais sa politique expansionniste, notamment en Iran et en Turquie c'est à dire en dehors de la zone d'influence accordée à l'URSS à Yalta, rend la confrontation inévitable.

 

L'arrivée au pouvoir de Khrouchtchev en 1953 ouvre une période de détente car le dirigeant soviétique souhaite limiter les effets de la militarisation. Mais pour Zubok, les Soviétiques, solidement installés dans un vaste empire qu'ils ne souhaitent pas abandonner, ne cessent pas de vouloir répandre le communisme. Khrouchtchev accroit son aide au Tiers-Monde, se confronte aux Américains à propos de Berlin mais surtout de Cuba. Cette politique cause de nombreux dommages aux relations entre les deux superpuissances.

 

Pour Zubok, Brejnev est un vrai partisan de la détente. Fort de son expérience durant la Seconde Guerre mondiale il veut éviter la guerre à tout prix en surmontant la politique d'équilibriste de Khrouchtchev par l'établissement de bases solides pour consolider la paix. Cela ne signifie pas que l'URSS abandonne sa politique impériale et révolutionnaire. Brejnev veut assurer une période de stabilité en renonçant à l'usage de la force et en renforçant les relations avec les États-Unis mais sans sacrifier le déploiement militaire ni l'expansionnisme idéologique.

 

En arrivant au pouvoir en 1985 Gorbatchev veut réformer le système soviétique en mettant fin à l'isolement de l'URSS, en démantelant les vieux dogmes idéologiques et en revigorant un pays stagnant. Le projet est ambitieux mais échoue. Gorbatchev ne fait que déstabiliser l'URSS qui n'a plus alors la capacité d'agir en tant que superpuissance. En 1989 le rideau de fer tombe et deux ans plus tard l'URSS cesse d'exister. Pour Zubok c'est Gorbatchev qui a mis fin à la guerre froide. L'effondrement de l'URSS est une implosion: les problèmes économiques forcent le pouvoir à mettre en œuvre des réformes qui érodent le système et les fondements mêmes de la politique impériale et révolutionnaire.

 

Le lecteur peut regretter que Zubok délaisse l'économie ou semble exagérer le rôle des dirigeants soviétiques dans ses analyses. Son point fort est de ne pas se concentrer uniquement sur le conflit entre les superpuissances mais également sur les relations de l'URSS avec d'autres États. Il n'oublie pas non plus de traiter l'impact de la guerre froide à l'intérieur de l'Union soviétique. Surtout il nous montre que la guerre froide sous un angle différents, vu de Moscou.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 07:32

Rolf-Dieter Müller , The Unknown Eastern Front: The Wehrmacht & Hitler’s Foreign Soldiers, I.B. Tauris, 2012.

Les légions étrangères d'Hitler

L'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie à partir de juin 1941 est un grand classique de l'historiographie militaire, notamment anglo-saxonne. Mais généralement elle néglige les troupes finlandaises, roumaines, hongroises, italiennes, slovaques ou les corps de volontaires étrangers qui font de la guerre à l'Est une entreprise multinationale bien que le commandement des opérations soit exclusivement allemand. L'ouvrage ici présenté veut rendre compte de cette participation non-allemande à la guerre à l'Est.

 

L'auteur montre que sans cet apport extérieur la Wehrmacht aurait eu beaucoup de mal à tenir l'ensemble du front et les territoires occupés. Le recrutement de 750 000 volontaires dans les régions envahis de l'URSS est une aide précieuse pour la machine militaire allemande. Il fait également la distinction entre les alliés de l'Allemagne et les volontaires européens dans cet ensemble . Les États alliés ont fourni des armées entières avec leur propre encadrement mais qui furent généralement d'un potentiel militaire moindre que leurs homologues de la Wehrmacht. Les soldats qui combattent dans ces troupes ne sont pas des volontaires ce qui explique en partie leur manque de combativité. C'est pour cela d'ailleurs que les Allemands, dès 1942, essayent d’accroître leur contrôle sur ces troupes. Si certaines se comportent avec vaillance, comme les Finlandais, la plupart, à l'instar des Italiens, ne montrent guère d'entrain pour cette guerre.

 

Les volontaires étrangers forment une catégorie particulière, différente des non-allemands qui servent dans les armées des pays alliés de l'Allemagne. Venu d'Europe occidentale ou de Scandinavie ce sont pour la plupart des fascistes ou des anticommunistes fervents pour qui la guerre contre le judéo-bolchevisme est une nécessité à laquelle ils veulent prendre part. L'auteur note aussi que parmi ces volontaires se trouvent également des aventuriers en quête de gloire dans une armée allemande qui semble invincible. Ces volontaires se montrent généralement de bons combattants et surtout font preuve d'un grand loyalisme jusqu'à défendre Berlin début 1945.

 

La dernière catégorie d'étrangers dans la Wehrmacht est constitué de Soviétiques venant des pays baltes, de l'Ukraine, de Biélorussie ou du Caucase. Ils sont près de 500 000 à se porter volontaires, soit des civils mais aussi des prisonniers de guerre de l'Armée rouge. Ces Hiwis servent dans des unités de lutte contre les partisans, des unités de terrassement pour creuser des tranchées, mais surtout comme gardes dans différents types de camps.

 

Les volontaires qui ont combattu contre l'URSS ne sont pas les bienvenus quand ils retournent dans leur pays. Accusés de collaboration ils sont généralement emprisonnés et condamnés, certains exécutés. Le début de la guerre froide et la montée de l'anticommunisme en Occident permettent néanmoins de les réintégrer progressivement par le biais d'un combat, sous une nouvelle forme, contre l'URSS.

 

Le lecteur peut regretter que l'auteur, qui n'a aucune complaisance pour les combattants qu'il décrit, traite son sujet de manière superficielle. Il donne un aperçu complet et chiffré de la mosaïque des combattants non-allemands sur le front de l'Est mais ne fournit aucune analyse sur les motivations des volontaires, ni sur les formes de coopération qui s'établissent avec les Allemands. Il manque ainsi un examen de l'anticommunisme européen et de son évolution au début des années 1940 pour expliquer le désir de tant de non-allemands pour participer à ce qui est vu comme une croisade.

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communismeetconflits - dans Seconde Guerre mondiale
9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 07:38

Pertti Ahonen, Death at the Berlin Wall, Oxford University Press, 2011.

Mourir sous le Mur de Berlin

La nostalgie pour la défunte RDA prend de nos jours la forme inoffensive d'une mode rétro qui n'est pas éloignée de celles qui affectent les sociétés d'Europe de l'Ouest. Le livre de Pertti Ahonen rappelle avec raison l'un des aspects les plus sombres de la RDA en étudiant ceux qui ont trouvé la mort en essayant de franchir le Mur de Berlin. La première victime fut Günter Litfin en aout 1961 et la dernière fut Chris Gueffroy en février 1989 soit neuf mois avant la chute du Mur. Au total, 136 personnes ont été tué dans leur tentative de fuir la RDA. Certaines des victimes sont bien connu comme Peter Fechter dont l'agonie a provoqué en aout 1962 l'indignation de l'Occident ou la plus jeune victime, Jörg Hartmann, tué à 11 ans au printemps 1966. D'autres victimes sont plus inattendu comme ces gardes frontières tué lors de fusillades avec des policiers de l'Ouest.

 

L'auteur analyse surtout les réactions populaires et officielles à ces morts, les conséquences qu'elles eurent sur la guerre froide et la division de l'Allemagne. Il montre l'exceptionnel cynisme dont font preuves les dirigeants de la RDA pour discréditer ceux qui veulent fuir le « paradis socialiste ». D'ailleurs les blessés ne reçoivent que rarement une assistance médicale en urgence, quant aux morts, ils sont souvent incinérés dans l'anonymat tandis que les membres de leurs familles sont persécutés et surveillés.

 

Mais l'auteur place les drames qui entourent le Mur dans le contexte plus large de l'élaboration de règles pour gérer cette division sans précédent de l'Allemagne. Il montre surtout que les réactions aux morts du Mur relèvent, des deux cotés de la frontière, d'un besoin de consensus national dans le cadre d'une construction identitaire autant que des effets des propagandes. Au final le Mur de Berlin ne fut pas seulement une icône, le symbole de la division de l'Europe mais surtout le baromètre des tensions liées à la guerre froide.

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communismeetconflits - dans Communisme allemand
6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 07:30

Matthew Lenoe, The Kirov Murder and Soviet History, Yale University Press, 2010.

Le meurtre de Kirov

L'assassinat de Sergeï Kirov en décembre 1934 est un des grands meurtres mystérieux du 20e siècle et le sujet de nombreuses controverses. Kirov est alors un personnage important. Il dirige le Parti communiste de Léningrad et fait partie du cercle des proches de Staline. Son assassinat par un obscur membre du Parti, Leonid Nikolaev, est un événement majeur de l'histoire de l'URSS. Staline en profite pour accusés ses anciens opposants, Lev Kamenev et Grigori Zinoviev et affirmer que la conspiration qui a débouché sur ce meurtre a des racines profondes dans le PCUS ce qui nécessite une purge massive. Mais les opposants à Staline affirme que le meurtre de Kirov fut organisé par Staline pour à la fois se débarrasser d'un rival et avoir un prétexte pour lancer la Grande Terreur.

 

Cette dernière interprétation prédomina longtemps au sein de l'historiographie occidentale notamment à la suite des ouvrages de Robert Conquest. Malgré le fait que les enquêtes menées à l'époque de Krouchtchev et de Gorbatchev puis celle faites par des historiens russes et occidentaux en s'appuyant sur les archives mises à jour avec la chute de l'URSS n'apportent aucune preuve pour faire de Staline l'instigateur du meurtre, le sujet reste controversés certains accusant les chercheurs de croire un peu trop naïvement les rapports du NKVD.

 

L'auteur, qui a pris soin d'utiliser des documents déclassifier par le FSB, les services de renseignements russes, démontre qu'il n'y a pas eu de complot. Nikolaev a agit seul par désillusion personnelle et politique. Issu d'une famille pauvre, la révolution bolchevique lui offre la possibilité de sortir de sa condition. Il devient un communiste acharné et occupe différentes fonctions administratives. Mais il est querelleur et se trouve rapidement en butte à l'hostilité de ses collègues et de ses supérieurs ce qu'il considère comme une injustice. Quand il est finalement licencié de l'Institut d'Histoire de Léningrad, il songe d'abord à se suicider puis il décide de se venger.

 

L'auteur n'exonère néanmoins pas Staline et replace dans leur contexte les purges. Il rompt avec l'image traditionnelle de purges voulu par un dictateur omnipotent et machiavélique contre des adversaires imaginaires. L'auteur montre bien que Staline n'a pas inventé l'opposition dans une URSS en proie aux tensions sociales. Le meurtre de Kirov est l'occasion idéale pour salir les adversaires même si Lenoe prévient qu'aucune preuve ne démontre que Nikolaev a agit seul. Les interrogatoires du NKVD montre comment les témoins sont intimidés, voire torturés, afin d'impliquer les victimes choisis par Staline. Le cynisme lié à la peur de la sédition explique alors le comportement du chef de l'URSS.

 

Conduit comme un excellent polar historique, ce livre donne un fascinant aperçu de la tension, de la colère et de la peur qui agitent alors la population et les dirigeants. C'est une excellente entrée dans une époque extraordinaire.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie URSS

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  • : Communisme, violence, conflits
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  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
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Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")