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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 07:17

Andrew Meier, The Lost Spy: An American in Stalin's Secret Service, W. W. Norton and Co, 2008.

Le premier espion américain au service de l'URSS

Voici l'histoire d'un homme dont le destin, longtemps caché, aurait pu rester encore longtemps enfermé dans des archives poussiéreuses. Isaïah Oggins, intellectuel new-yorkais, assassiné en 1947 sur ordre de Staline fut longtemps un inconnu avant qu'en 1992, le président russe de l'époque, Boris Eltsine, ne remette à la Maison-Blanche le dossier le concernant, dossier jusqu'alors conservé dans les archives du KGB.

 

Basé sur 6 ans d’enquête, le livre d'Andrew Meier, révèle les secrets de cet homme qui fut probablement le premier Américain à faire de l'espionnage pour le compte de l'URSS. Oggins, né en 1898 dans le Connecticut et fils d'un immigrant russe, est étudiant à l'université de Columbia, un haut lieu de l'activisme de gauche dans les années 1920. Il rencontre alors sa femme Nerma, une militante communiste de Manhattan. Captivés par l'idéologie socialiste et l'expérience communiste en Russie, il rejoint le Parti communiste des États-Unis avant d’intégrer, par le biais des réseaux clandestins du Komintern, les services secrets soviétiques en 1928. Oggins quitte alors le continent américain pour parcourir le monde au gré des missions qui lui sont confiées, allant de Berlin à Paris pour espionner les membres de la famille Romanov puis en Mandchourie pour recueillir des renseignements sur les agissements japonais. Sous la couverture d'un couple de bourgeois américains indifférents à la politique, le couple Oggins n'éveille pas la suspicion. Après 11 ans de service, Oggins est convoqué en février 1939 à Moscou où il est arrêté et envoyé au Goulag où il reste 8 ans.

 

En 1942, alors que l'URSS et les États-Unis sont alliés dans la guerre contre l'Allemagne, le Département d’État apprend par hasard l'existence d'Oggins. Le secrétaire d’État, Cordell Hull demande confirmation de sa présence en URSS, les raisons de son emprisonnement et la possibilité qu'un représentant américain puisse le rencontrer. Les Soviétiques commencent par ignorer cette demande puis au bout de six mois, ils fournissent à Oggins un meilleur régime alimentaire et des soins médicaux avant de le faire venir à deux reprises au siège du NKVD à Moscou. Lorsque les États-Unis demandent la libération d'Oggins, les Soviétiques refusent simplement. Le malheureux retourne alors au Goulag pour accomplir l'intégralité de sa peine. A l'expiration de celle-ci, il est finalement exécuté par le NKVD d'une manière horrible, une injection de neurotoxique qui paralyse progressivement le corps alors que la victime reste consciente. Nerma, qui a réussi à rejoindre Paris en 1938 avant de rentrer en Amérique, reste seul avec son fils Robin, aujourd'hui professeur à la retraite et qui a confié à Meier une boîte de photos et des documents concernant son père.

 

La vie d'Oggins était destiné à être effacé de l'Histoire s'il n'y avait eu l'ouverture partielle et brève de son dossier au début des années 1990. A partir de ce dossier l'auteur a traqué de nouveaux éléments, des témoignages, des pistes nouvelles afin de faire sortir Oggins du néant de l'histoire.

 

L'auteur retrace précisément le destin d'un couple de jeunes idéalistes attirés par le communisme au nom de la justice sociale qui se retrouve impitoyablement broyée par la machine répressive stalinienne. Ont-ils eu des doutes, des regrets sur le choix qu'ils ont fait de se donner totalement à leur idéal ? Le livre ne donne pas de réponse claire sur ce sujet mais il suggère que Nerma Oggins est morte en 1995 toujours fidèle à la cause communiste.

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communismeetconflits - dans Guerre froide Communisme aux Etats-Unis
10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 07:12

Frederick Taylor, Le mur de Berlin, Perrin, coll. Tempus, 2011

Le Mur de Berlin, point chaud de la Guerre froide en Europe

Le mur de Berlin reste toujours le symbole incontournable de la guerre froide en Europe. Il est surtout celui d'un drame qui affecta pendant prés de 30 ans une ville, séparant des habitants, des familles, des époux, des amis. Dans Berlin divisés c'est avec une clarté aveuglante que se laisse apercevoir les liens multiples qui se tissent entre tragédies personnelles et passions internationales et politiques.

 

Frédéric Taylor s'attache à raconter cette histoire en essayant de faire la part entre le mythe et l'histoire. Par sa présence physique et sa signification concrète, l'interdiction faite aux hommes et aux femmes de se déplacer librement, le Mur fut une abomination. Mais l'auteur montre que sur le plan géopolitique les choses furent plus ambiguës et que pour de nombreux dirigeants occidentaux le Mur apparaissait comme un élément de stabilisation de la situation. Comme les Berlinois, ils apprirent à vivre avec.

 

Dans le jeu compliqué que se livrèrent l'Est et l'Ouest, Berlin fut un pion sur un échiquier dont les joueurs se trouvaient à Moscou et à Washington. Si le Mur fut érigé en une nuit, son origine remonte à la partition de l'Allemagne en 1945 et au développement rapide de la guerre froide qui fait de la question allemande un potentiel déclencheur de conflit mais aussi un problème insoluble. Symbole de cette division, Berlin-Ouest, ilot capitaliste au milieu d'une république stalinienne, focalise les tensions et les crispations de la Guerre froide.

 

La tentative de Staline de déloger les Occidentaux de Berlin par l'instauration d'un blocus en 1948 est un échec qui ouvre une phase de coexistence dans l'ancienne capitale allemande. La population circule à peu prés librement entre les secteurs de la ville et des services publics sont communs à l'ensemble de Berlin. Mais cette situation est précaire notamment en raison des agissements des dirigeants communistes de l'Allemagne de l'Est. Walter Ulbricht réussi ainsi en janvier 1953 à faire accepter par les Soviétiques l'idée de créer une frontière fortifiée pour séparer la RDA de Berlin-Ouest. Mais la mort de Staline remet le projet en question.

 

La révolte des ouvriers de Berlin-Est en 1953, suivi par une vague d'émigration légale et illégale vers l'Ouest remet à nouveau à l'ordre du jour la question de la frontière puisque l'État est-allemand court le risque de se vider de sa population et de s'écrouler. Ce n'est qu'en 1961 que les Soviétiques donnent à nouveau leur accord pour fermer la frontière. La partie la plus intéressante du livre est justement la préparation de ce bouclage, qui reçoit le nom de code de projet Rose. Le plan est audacieux puisqu'il s'agit, dans le plus grand secret de couper toute possibilité de circulation entre Berlin-Est et Ouest. Le moment choisi est un week-end tranquille au cœur de l'été. Ce qui semblait impossible à beaucoup se réalise en quelques heures le 14 aout 1961.

 

Commence alors la période héroïque du Mur comme dit l'auteur. D'un côté les autorités est-allemandes essayent de rendre le Mur le plus étanche possible en remplaçant les premiers barbelés par des constructions en béton de plus en plus perfectionnées. De l'autre des habitants de la RDA tentent par tous les moyens possibles de s'enfuir vers l'Ouest. Pour cela ils peuvent compter sur l'aide de groupes de Berlinois de l'Ouest, souvent des étudiants, qui organisent des passages et construisent des tunnels sous le Mur.

 

Rapidement le Mur devient une barrière infranchissable et s'installe durablement dans le quotidien des Berlinois. Khrouchtchev et Kennedy ne veulent, pour différentes raisons, faire de Berlin le déclencheur d'un nouveau conflit. L'auteur retrace les drames qui émaillent l'existence du Mur mais aussi des moments plus légers comme la venue à Berlin du vice-président américain Lyndon Johnson. L'Occident reconnaît peu à peu l'existence du Mur à l'exemple de Willy Brandt qui se montra violemment opposé à la construction du Mur en 1961 alors qu'il était le maire de Berlin.

 

La situation semble figée dans les années 1980 dans une situation même de détente avec la visite d'Erich Honecker dans sa région natale de la Sarre en 1987. Dans le même temps le Mur devient un système perfectionné quasiment infranchissable et les tentatives d'évasion deviennent rarissimes. L'auteur décrit avec précision et d'une manière passionnante les semaines précédant la chute du Mur en novembre 1989. Événement inattendu, nait en partie lors d'un malentendu lors d'une conférence de presse et qui ouvre les vannes de la débâcle de la RDA.

 

L'auteur a eu la bonne idée de poursuivre son récit au-delà de 1989. Il montre ainsi la sous-estimation par le chancelier Kohl du coût de la réunification et les désillusions des Allemands de l'Est confrontés à un monde capitaliste inconnu. Ironie de l'histoire, dans une Allemagne dont la chancelière est née en RDA, Berlin est de nos jours dirigé par une coalition formée de communistes réformateurs et de sociaux-démocrates. Voici donc un livre précieux pour découvrir l'un des symboles les plus forts de la Guerre froide en Europe.

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communismeetconflits - dans Communisme allemand Guerre froide
7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 07:03

Robert Tombs, Paris, bivouac des révolutions: la Commune de 1871, Libertalia, 2014.

Au coeur de la Commune de Paris

Les livres sur l'histoire de la Commune sont pléthores, avec du bon, comme les travaux de Jacques Rougerie, et du moins bon qui ressort le plus souvent d'une littérature idéologique datée. Ici, les Éditions Libertalia nous proposent un excellent ouvrage. Il s'agit de la version actualisée du livre de l'universitaire britannique Robert Tombs publié en langue anglaise en 1999. La précision concernant l'actualisation est d'importance puisque cette édition française prend en compte les travaux les plus récents de la recherche historique concernant les événements parisiens de 1871.

 

Robert Tombs ne livre pas un récit chronologique de la Commune. Tout en donnant au lecteur l'essentiel des faits, il entreprend son étude par le biais de 6 chapitres chrono-thématiques, ce qui lui permet d'offrir une approche problématisée de l'histoire de la Commune. Le premier chapitre inscrit Paris et ses évolutions, en tant que centre urbain, dans un temps long. Depuis 1789, la capitale française est une poudrière où bat le cœur de l'idéal révolutionnaire. Dans ce cadre, Tombs, en s'appuyant sur les travaux de sociologues, étudie finement les effets de l'haussmanisation de la ville pour en relativiser l'importance. Il montre surtout la force de l'opposition à l'Empire dans les années 1860 qui se traduit aussi bien dans les urnes que dans la rue. Le contexte social, politique et urbain une fois planté, l'auteur retrace la mobilisation parisienne entre le début de la guerre avec la Prusse à l'été 1870 et le 18 mars 1871, la dureté du siège de Paris, l'effervescence révolutionnaire qui agite la ville notamment autour de la question de la Garde nationale.

 

Dans un troisième temps, Tombs analyse le fonctionnement de la Commune à travers ses institutions, son programme, les mesures qu'elle a prises. Il cherche ainsi à savoir si la Commune fut une révolution sociale et même une révolution culturelle. Dans un quatrième chapitre, l'auteur procède à l'analyse des dynamiques militantes des Communards, des motivations des acteurs de cette révolution. Il étudie le rôle des classes moyennes, des artisans, des femmes dans le mouvement et montre ainsi que la Commune fut plus une révolution populaire qu'une révolution ouvrière. Il accorde également une place aux adversaires de la Commune restés à Paris ainsi que la grande masse des indécis.

 

La cinquième partie du livre, qui traite du siège et de la chute de Paris, examine le versant militaire de la Commune. Il montre les efforts accomplis pour militariser la Garde nationale, pour organiser la défense de Paris. Si les insuffisances sont manifestes et expliquent la facilité avec laquelle les Versaillais pénètrent dans la capitale, la ligne de défense organisée par les fédérés dans l'est parisien démontre la capacité militaire des Communards. Mais quand les troupes de Thiers atteignent cette ligne, il est déjà trop tard et l'auteur relate finement les derniers combats. Il en profite pour s'interroger sur la place de la violence politique dans la France du 19e siècle et sur l'efficacité du modèle insurrectionnel notamment à la suite de l'instauration du suffrage universel en 1848.

 

La dernière partie traite de la Commune après la Commune. L'auteur fait alors le point sur les massacres de la Semaine sanglante, sur les conséquences politiques de la Commune, sur la place de Paris dans l'hexagone après 1871, sur la mémoire de la Commune dans la peinture, la littérature, le cinéma, sur les commémorations de l'événement, notamment à travers l'étude de la montée au Mur des fédérés. Il n'oublie pas d'analyser les interprétations de la Commune que ce soient celles de ses adversaires, des marxistes mais aussi des historiens républicains. Une large place est alors donnée à l'analyse de l'historiographie la plus contemporaine sur le sujet.

 

Didactique, intelligent, documenté, plein de finesse, le livre de Robert Tombs, s'appuyant sur les travaux des grands historiens de la Commune comme Rougerie, Lefevre ou Serman, mais aussi sur les recherches les plus récentes, est une somme à ne pas rater. Signalons aussi la qualité de l'édition. La couverture est graphiquement efficace, la mise en page aérée et agréable, le papier de qualité. N'oublions pas non plus d'indiquer la présence d'une bibliographie fournie et à jour ainsi que d'un index. Un bel objet pour un contenu de haute qualité.

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communismeetconflits - dans Commune de Paris
3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 07:19

« Tigre blanc », film russe de Karen Shakhnazarov, 2012.

Duel de chars sur le front de l'Est.

Le Tigre blanc est un film d'un genre particulier mêlant action, reconstitution historique, mystère et science-fiction. L'histoire débute en 1944 alors que les troupes soviétiques progressent inexorablement en direction de l'Allemagne. Rien ne semble pouvoir arrêter cette avance, néanmoins un char allemand Tigre surgit mystérieusement anéantissant des dizaines de chars soviétiques. S'il ne peut à lui seul inverser le cours de la guerre, il constitue une épine du pied pour les militaires soviétiques. Pour mettre fin aux agissements de ce Tigre, dont même les prisonniers allemands ne connaissent pas l'existence, le maréchal Joukov fait constituer une équipe spéciale. Si le tireur et le chargeur du char T34 amélioré qui doit mettre hors d'état de nuire le Tigre sont des soldats ordinaires, le conducteur ne l'est assurément pas. Il a survécu à une attaque du Tigre blanc, guérissant miraculeusement alors qu'il était brûlé à plus de 90% mais devenant amnésique. Surtout il arrive à communiquer avec les blindés qui le préviennent de l'arrivée du Tigre lui permettant d'esquiver ses tirs. Cette formidable faculté lui est accordée par le Dieu des chars afin qu'il détruise le Tigre blanc, un engin sans conducteur et sans autre vie que son besoin de destruction.

 

Avouons que si le réalisateur a voulu faire passer un message philosophique en filmant l'affrontement entre une machine déshumanisé et maléfique et un soldat ressuscité et amnésique nous ne l'avons pas saisi. Tigre blanc est donc une sorte de conte où les hommes affrontent une puissance destructrice impossible à vaincre, la guerre. Néanmoins l'ensemble du film est réaliste ce qui lui permet de rester crédible notamment lors des scènes de combat qui sont particulièrement réussies. Soulignons qu'elles ne se complaisent pas non plus dans le sanguinolent où baignent certaines productions.

 

Le film souffre néanmoins de certains défauts. Des scènes n'apportent rien à l'économie générale du film, ainsi celle décrivant minutieusement le déroulement de la signature de la capitulation allemande à Berlin dans la nuit du 8 au 9 mai 1945 ou le dîner entre les généraux allemands vaincus. La scène finale, un long monologue d'Hitler, semble également de trop.

 

Voici au final un film agréable et rythmé où se laissent voir des paysages splendides entre forets de bouleaux et isbas. Surtout le spectateur est loin ici des films qui exaltent le patriotisme et la grandeur des soldats typiques des productions russes modernes. Les amoureux des films de guerre, de fantastique à la manière de X-Files et de contes philosophiques ne peuvent bouder leur plaisir avec ce film unique en son genre.   

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 07:15

Jean Lopez, Lasha Otkhmezuri, Joukov. L'homme qui a vaincu Hitler, Perrin, 2013.

Vie et destin d'un maréchal soviétique.

Les livres en français concernant l'histoire militaire soviétique sont si rares qu'il faut souligner la parution de la biographie de Joukov écrite par Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri. Il n'en existait jusqu'alors qu'une seule mais qui datait des années 1960 et se trouvait depuis largement dépassé.

 

Si le cœur de l'ouvrage est formé par l'immense affrontement entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie, la Grande Guerre patriotique des Russes, les auteurs ne négligent pas de retracer le parcours de Georgui Konstantinovitch Joukov avant et après le second conflit mondial. Issu de la paysannerie moyenne, il s'extrait rapidement de la glèbe pour se retrouver ouvrier fourreur dans la prospère entreprise d'un oncle. Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, le jeune Joukov est mobilisé dans l'armée en 1915 où il devient cavalier. Après un moment d'hésitation, il rejoint les bolcheviks et poursuit sa carrière militaire dans l'Armée rouge, s'illustrant durant la guerre civile mais surtout lors de la terrible répression de la révolte paysanne à Tambov en 1921. Joukov poursuit ensuite sa carrière, gravissant peu à peu les échelons et se faisant remarquer pour ses dons de chef à partir de 1930. Il suit des cours pour accroitre ses connaissances ce qui lui permet de découvrir l'art opératif élaboré par de remarquables théoriciens militaires soviétiques et dont il mettra en application les leçons, avec brio, entre 1939 et 1945. Il échappe aux purges qui déciment l'armée en 1937-1938, purges qui lui permettent de monter rapidement en grade et expliquent qu'à seulement 43 ans il commande en Mongolie les troupes qui affrontent les Japonais. Il remporte alors la victoire de Khalkhin-Gol qui met fin aux ambitions nippones sur la Sibérie.

 

Auréolé de sa victoire contre les Japonais et n'ayant pris aucune part aux désastres de la campagne de Finlande, Joukov est chef d'état-major quand Hitler lance, en juin 1941, son armée contre l'URSS. Il fait alors feu de tout bois pour enrayer l'engrenage de la défaite. Principal conseiller de Staline dans le domaine militaire il réussit à arrêter l'avancée allemande devant Moscou. Par la suite il joue un rôle central dans la victoire de Stalingrad, puis lors de la libération du territoire soviétique et enfin dans la conquête de l'Allemagne que couronne la prise de Berlin.

 

Après la guerre, jaloux de sa popularité et craignant une tentation bonapartiste, Staline place le maréchal Joukov dans une sorte d'exil intérieur. Il n'en sort qu'en 1953 pour permettre à Khrouchtchev de prendre le dessus sur Béria dans la lutte de succession pour le pouvoir après la mort de Staline. Ce retour au sommet est de courte durée car dès 1957 Joukov est mis à la retraite d'office. Il passe les dernières années de sa vie (il décède en 1974) à écrire ses Mémoires, largement expurgées avant publication par la censure brejnévienne.

 

L'édition non censurée de ses Mémoires dans la Russie postsoviétique est une des sources principales de cette biographie. Mais les auteurs ont pris soin de croiser ces documents avec d'autres, comme les agendas de Staline ou les directives prises par l'état-major soviétique, la Stavka, afin de s'approcher au plus prés de la vérité historique. Ces ressources documentaires permettent aux auteurs de faire un portrait tout en nuances de Joukov. Soldat énergique, intelligent, sobre, courageux, hyperactif, n'hésitant pas à tenir tête et à contredire Staline, Joukov possède aussi une face sombre. Vaniteux, orgueilleux, il fait preuve d'une grande brutalité n'hésitant pas à faire fusiller des officiers et des soldats, notamment lors de la débâcle de l'été 1941. Il est également peu économe en vies humaines, n'hésitant pas à sacrifier des milliers d'hommes dans des opérations risquées. Fidèle à la mémoire de Staline jusqu'à sa mort, il organise l'écrasement de la révolte hongroise de 1956. Surtout c'est un piètre politique ce qui explique les nombreux déboires qu'il connait après 1945.

 

Le lecteur peut parfois regretter que les auteurs n'approfondissent pas leurs analyses des rapports entre l'armée et le parti et ne disent mot sur l'économie de guerre et l'organisation de l'ensemble de la société dans le cadre du conflit. Il est vrai que sur ces points on ne peut leur faire grief de l'indigence de l'historiographie française sur l'histoire militaire soviétique qu'une biographie, même celle de l'un des plus prestigieux soldats de l'URSS, ne peut compenser.

 

Cette biographie de Joukov, écrite de manière claire et fluide, doit être saluée comme il se doit. Elle permet de dégager le maréchal soviétique de sa gangue de légende forgée aussi bien par ses partisans que ses adversaires et de mettre en lumière certains points méconnus de son existence et par extension de l'histoire de la guerre à l'Est. Elle est surtout un formidable point de départ pour développer une historiographie française sur l'histoire militaire soviétique. Au travail donc !

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 07:15

« Section spéciale », film franco-italo-allemand de Costa Gavras, 1975.

Vichy et la chasse aux communistes

Le film de Costa-Gavras est un exemple de la remise en cause de la mémoire de l'Occupation au début des années 1970, de ce syndrome de Vichy superbement analysé par l'historien Henry Rousso.

 

Le film se penche en effet sur la création, à l'initiative du gouvernement de Vichy, de tribunaux extraordinaires, les Sections spéciales auprès des cours d'appel. Elles doivent juger directement et sans instruction des personnes arrêtées pour activités communistes ou anarchistes. Les verdicts sont rendus en deux jours sans possibilités d'appels ou de cassation. Surtout les inculpés peuvent être condamnés pour des faits antérieurs à la promulgation de la loi ce qui met fin au principe fondamental dans le droit français de non-rétroactivité des lois. Les condamnations à mort sont exécutables sur le champs. Il s'agit alors pour Vichy de donner aux Allemands, qui veulent fusiller des otages à la suite de l'attentat mené par le colonel Fabien au métro Barbès, des victimes expiatoires et d'affirmer sa souveraineté. Le début du film traite largement de la préparation et de l'exécution de cet attentat où un officier allemand trouva la mort et qui marque le début de la lutte armée communiste en France.

 

Le film montre les résistances qui se font jour face à la création de Sections spéciales qui bafouent les fondements les plus élémentaires du droit en vigueur en France. Le Garde des Sceaux Joseph Barthélemy, joué par Louis Seigner, y est opposé et affronte sur ce point Pierre Pucheu, incarné par Michael Lonsdale, le ministre de l'Intérieur. Au final Pétain tranche pour Pucheu et charge Barthélemy de mettre en place et d'organiser la Section spécial qui doit siéger à Paris. Les magistrats s'exécutent. Pourtant certain font montre de conscience comme le président Cournet, joué par Michel Galabru, qui s'indigne quand il apprend que l'on veut le nommer à la tête de la nouvelle juridiction. C'est Michel Benon, joué par Claude Piéplu, juge arriviste et borné qui prendra cette place. Le film s'attarde aussi sur le comportement du juge Linais, pourtant membre de l'Action française, qui dès le départ refuse de prononcer des condamnations à mort.

 

Alors que la Section spéciale, sur l'ordre de Pucheu, dont donner 6 condamnations à mort pour satisfaire les Allemands, la comparution du journaliste communiste Lucien Sampaix, incarné par Bruno Crémer, fait capoter le scénario prévu. Sampaix se livre à un réquisitoire contre le tribunal et sauve sa tête. Seulement 3 accusés sont condamnés à mort.

 

Le film est une charge sévère contre le gouvernement de Vichy qui apparaît parfois ridicule, comme lors de la scène de la capture d'une poule en plein milieu des couloirs de l’Hôtel du Parc, mais qui n'hésite pas à aller au-devant des demandes allemandes. Dans une scène saisissante, le film montre d'ailleurs la surprise de l'officier allemand à qui l'ambassadeur de Vichy à Paris annonce que le gouvernement est prêt à fouler les principes de base du droit français.

 

Voici un film qui montre, sans pathos, ni caricature, l'engrenage qui a conduit la justice française sur la voie de l'arbitraire et démonte les ressorts d'une violence d'État institutionnalisée. Un éclairage saisissant sur la servilité mais également la volonté de Vichy de pratiquer une politique terroriste contre ses adversaires.

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communismeetconflits - dans Résistance Communisme français
24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 07:58

2e Guerre Mondiale Thématique, n° 34, février-avril 2014.

Le combat urbain dans la Seconde Guerre mondiale.

Le dernier numéro thématique du magazine 2e Guerre mondiale se penche sur un aspect mal connu de ce conflit, la guerre urbaine. L'ensemble du numéro est signé par Stéphane Mantoux qui privilégie une vue globale du sujet puis donne des coups d'éclairage à travers différents exemples.

 

Une première partie analyse finement comment les différentes armées appréhendent ce type si particulier de combat et avec quelle doctrine elles envisagent la guerre en milieu urbain. Stéphane Mantoux montre les adaptations réalisées face à une réalité jusqu'alors difficilement perceptible puisque les grandes puissances européennes se sont essentiellement préparées à une guerre en rase campagne sur le modèle du Premier conflit mondial. Ces adaptations permettent à certains de connaître le succès tandis que d'autres n'arrivent pas à surmonter les difficultés de la guerre urbaine et subissent soit des échecs, soit des pertes élevées.

 

Dans un second temps, Stéphane Mantoux dissèque des exemples précis de batailles urbaines. Trois concernent le front de l'Est : Stalingrad en 1942, Budapest et Berlin en 1944-1945. Ces batailles sont dans leur globalité bien connues mais l'approche par le biais du combat urbain permet au lecteur de suivre leurs déroulements au ras du sol tout en les insérant dans un contexte plus large celui de la guerre urbaine. L'auteur prend soin de donner également des exemples pris sur l'ensemble des fronts de la Seconde Guerre mondiale : Ortona et Cassino en Italie, Arnhem et Aix-la-Chapelle à l'Ouest mais également Shanghaï, la bataille de Taierzhuang Manille dans le Pacifique. Notons également, avec bonheur, que l'auteur traite aussi de la guerre urbaine dans le cadre d'une insurrection, en l’occurrence celle de Varsovie.

 

Au final voici un numéro des plus intéressants où l'analyse tactique s’insère dans une vision large de la guerre urbaine. L'ensemble est agrémenté de nombreuses illustrations, de cartes mais également de notes et d'une bibliographie.

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communismeetconflits - dans Seconde Guerre mondiale
20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 07:11

« La bataille du Chili », film chilien, français, cubain, vénézuélien de Patricio Guzman, 1973.

Au cœur de la tourmente chilienne

Il est rare de voir un documentaire d'une telle intensité dramatique. Il est vrai qu'il ne repose pas sur des documents d'archives mais sur des séquences tournées par l'équipe du réalisateur au Chili durant la présidence du président Allende de 1970 à 1973. L'opérateur du film, Jorge Müller fut arrêté par la police de Pinochet en 1974 et disparut tandis que Guzman fut également arrêté et passa quelque temps dans le sinistre stade de Santiago. Les bobines du film furent sorties clandestinement du pays après le coup d'État du général Pinochet et Patricio Guzman monta un film qui plonge au cœur de la stratégie du chaos organisée par la droite chilienne, avec l'appui du gouvernement américain, qui conduit au coup d'État.

 

Le réalisateur met en scène le combat de deux protagonistes: d'un coté le petit peuple et de l'autre la droite parlementaire appuyée par l'armée. Au centre de ce conflit se trouvent Allende et son gouvernement. Ces derniers apparaissent bien modestes à coté de ces deux entités qui se livrent une véritable guerre civile froide avant que Pinochet ne tranche en utilisant la violence brute. Le Chili est alors un concentré des grands courants politiques et sociaux qui dominent l'époque: ouvriers contre bourgeois, gauche contre droite, soutiens des États-Unis contre partisans de l'indépendance nationale. La politisation du pays est au paroxysme entraînant une montée aux extrêmes.

 

La droite cherche en effet à faire tomber par tous les moyens le gouvernement de l'Unité populaire. Elle utilise d'abord des moyens légaux par le biais des élections législatives. Mais devant son échec, elle durcit son action et organise une grève des transporteurs qui paralyse le pays, privant les usines de matières premières et de pièces détachées et les commerces d'approvisionnement en produits courants. Une stratégie de la tension se met en place pour renverser un gouvernement que la droite juge illégitime. Face à ces tentatives de déstabilisation le peuple s'organise: il confisque les stocks de marchandises pour les redistribuer, les ouvriers prennent le contrôle des entreprises, les paysans occupent les terres des grands propriétaires. Le gouvernement d'Allende est obligé de s'appuyer sur cette mobilisation contre la droite mais il cherche également à la freiner pour éviter la guerre civile.

 

Rapidement la violence politique s'installe. Des groupes de droite fomentent des attentats dont le plus lourd de conséquence est le meurtre du commandant Araya, aide de camp d'Allende, et l'intermédiaire entre le président et les secteurs loyalistes de l'armée. Allende, figure héroïque, devient un personnage dramatique coincé entre sa volonté de respecter la Constitution et la loi qui l'empêche de soutenir complètement le mouvement populaire, notamment en ne lui donnant pas les armes nécessaires à la défense du gouvernement, et une droite allié à l'armée dont les intentions putschistes sont de plus en plus évidentes. Le film se termine sur les images du bombardement par les putschistes du palais présidentiel de la Moneda et sur les dernières paroles d'Allende à la radio.

 

Le spectateur suit chacune des étapes du drame chilien et perçoit cette tension qui monte peu à peu dans le Chili. Il s'enthousiasme aussi pour l'élan et l'inventivité d'un peuple dont on cherche à étouffer les aspirations mais surtout il imagine le destin tragique des hommes et des femmes qui s'expriment à l'écran, des gens ordinaires, dont certains ont dû connaître par la suite les supplices des centres de tortures de la dictature tandis que d'autres furent peut-être des bourreaux.

 

Le film de Patricio Guzman est un monument documentaire, indispensable à voir.  

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communismeetconflits - dans Chili
17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 07:06

Charles Heimberg, Stéfanie Prezioso, Marianne Enckell (sld.), Mourir en manifestant. Répressions en démocratie, Éditions d'en bas, 2008.

Quand le sang coule à Genève.

Ce livre est la publication des différentes contributions d'un colloque international qui s'est tenu à Genève en 2007 à l'occasion du 75e anniversaire de la fusillade du 9 novembre 1932. Cette date n'évoque pas grand chose pour le commun des mortels en dehors de la Suisse. D'ailleurs, la Confédération helvétique n'a-t-elle pas pas l'image d'un pays calme et profondément pacifique tant sur le plan intérieur qu'extérieur. Pourtant ce 9 novembre 1932, l'armée suisse n'a pas hésité à tirer sur une manifestation ouvrière non armée causant la mort de 13 personnes. C'est l'histoire et la mémoire de cet événement qui a marqué la conscience helvétique qui se trouve au cœur de cet ouvrage.

 

Les événements du 9 novembre sont bien connus dans leurs grandes lignes. Alors que la Suisse est touchée par la grande dépression des années 1930, le Parti socialiste genevois, dirigé par Léon Nicolle, accroît son influence et tend à se radicaliser. En réaction se développe une organisation fascisante, l'Union nationale qui décide d'organiser un procès public du dirigeant socialiste à l'occasion d'un meeting. Pour les socialistes il ne s'agit rien de moins qu'une provocation et ils décident en réaction d'organiser une manifestation de protestation. Cette manifestation est interdite par les autorités qui font alors appel à l'armée pour assurer l'ordre et éviter que le meeting de l'Union nationale ne soit empêché par les manifestants. Mais dans la soirée l'armée tire sur la foule.

 

Dès le lendemain les autorités dénoncent une tentative d'insurrection organisée par Léon Nicolle d'autant que l'enquête menée par l'armée, si elle n'arrive pas à établir qui a donné l'ordre de tirer, affirme que les soldats n'ont fait que se défendre. Prends ainsi naissance un mensonge d'État qui va permettre d'inculper et de juger Léon Nicolle en 1933.

 

Les contributions concernant ce drame mettent en avant la peur grandissante de la bourgeoisie et des milieux dirigeants face au développement du mouvement ouvrier considéré comme intrinsèquement bolchevik. Cette peur du rouge, assimilé aux bandits et aux étrangers, plonge ses racines au 19e siècle et se trouve lors de la répression des grèves générales de 1918 et 1919. Au début des années 1930, la figure du socialiste Léon Nicolle devient la cible de toutes les attaques des adversaires du communisme et du socialisme pour qui il est l'organisateur d'une vaste conspiration visant à bolcheviser la Suisse. Il devient l'homme à abattre et il semble que la classe dirigeante genevoise, sachant que Nicolle faisait alors l'objet de fortes critiques de la part de la direction du Parti socialiste suisse, a cherché délibérément à le faire tomber en refusant d'interdire le meeting de l'Union nationale et en faisant appel à l'armée. La manœuvre fut un échec puisqu'en 1933, Nicolle est élu au Conseil d'État.

 

Il faut également noter la présence dans ce livre de contribution sur le maintien de l'ordre dans la République espagnole de 1931 à 1936, sur la fin de la démocratie en Autriche entre 1927 et 1934, sur le phénomène des agents provocateurs au sein des groupes gauchistes dans les années 1960 et 1970 ainsi que sur la répression des manifestations en Italie et en France depuis 1945.

 

Mourir en manifestant est un livre indispensable et de haute tenue pour mieux comprendre un événement majeur de l'histoire sociale et politique suisse mais plus largement pour saisir et réfléchir aux les liens complexes qui existent entre le droit de manifester consubstantielle à tout système démocratique et les nécessités du maintien de l'ordre. Une problématique qui reste toujours d'actualité, notamment en temps de crise.

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communismeetconflits - dans Suisse Violence urbaine Répression
13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 07:03

Korine Amacher, La Russie 1598-191. Révoltes et mouvements révolutionnaires, Infolio éditions, 2011.

Trois siècles d'histoire de la Russie révolutionnaire.

Voici un petit livre que tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la Révolution russe devraient lire. Paru chez un petit éditeur suisse mais écrit par une spécialiste de l'histoire de la Russie à l'Université de Genève, il est passé, à notre avis, injustement inaperçu.

 

L'auteur retrace, dans un style clair et précis, l'histoire des mouvements de contestations de l'ordre tsariste depuis la mort d'Ivan le Terrible en 1598 jusqu'à la révolution de 1917. Korine Amacher prévient d'emblée que cette histoire, largement étudiée mais aussi manipulée au temps de l'URSS, ne converge pas inéluctablement sur la prise du pouvoir par les bolcheviks comme a voulu le montrer tout à la fois l'historiographie soviétique mais aussi occidentale. De ce coté du rideau de fer en effet certains historiens ont présenté les révolutionnaires russes comme les principaux responsables des malheurs qui allaient s'abattre à partir de 1917 sur la Russie, Netchaev annonçant Lénine en quelque sorte. Korine Amacher se tient donc loin de ces reconstructions historiques qui servent avant tout des desseins politiques pour livrer une synthèse objective où défile trois siècles d'histoire de la révolte en Russie.

 

La première grande révolte qui secoue le pouvoir russe est celle du cosaque Stenka Razine en 1670 avant que celle de Pougatchev en 1773 n'ébranle le trône de la Grande Catherine. Il s'agit lors de ces grandes révoltes populaires, non pas de renverser l'ordre social, mais plutôt de réaction de défense face à la présence de plus en plus forte d'un État en formation qui rogne peu à peu les traditions et les libertés des populations, notamment cosaques. Ces révoltes sont donc essentiellement conservatrices et s'inscrivent dans une tendance européenne puisque ce phénomène touche au 17e siècle de nombreuses provinces françaises, dont la Bretagne avec la révolte des Bonnets rouges. C'est d'ailleurs un des mérites de ce livre de replacer le mouvement révolutionnaire russe dans un cadre plus large et de l'inscrire pleinement dans l'histoire de l'Europe.

 

L'auteur raconte l'histoire et analyse les différentes formes que prend le mouvement révolutionnaire en Russie des décembristes en 1825 aux partis sociaux-démocrates et socialiste-révolutionnaires du début du 20e siècle. C'est une histoire riche et foisonnante qui est décrite avec les débats entre occidentalistes et slavophiles, les grandes figures de l'intelligentsia: Belinski, Bakounine, Herzen, Tchernichevsky, Lavrov, Tkatchev. La naissance et le développement des grands courants de pensée contestataires russes sont décrits avec précision que ce soit le nihilisme, le populisme, le libéralisme, l'anarchisme, le marxisme. L'histoire des organisations n'est pas oublié que ce soit Terre et liberté, la Volonté du peuple, les partis bolcheviks, mencheviks ou SR ainsi que celle des modalités de l'action révolutionnaire, la propagande, la marche vers le peuple ou bien le terrorisme qui est l'objet de nombreuses pages.

 

C'est un panorama foisonnant que nous livre Korine Amacher d'un mouvement qui ne regroupe pas seulement des intellectuels, dont les courants ne prônent pas tous la violence, ni une rupture radicale et immédiate avec la société de leur temps. En somme rien n'était écrit d'avance, ni la révolution d'octobre, ni les monstruosités du socialisme réel. Mais l'auteur ne manque pas de rappeler non plus que l'absence de dialogue entre le pouvoir et la société, l'absence d'un espace légal où l'opposition aurait pu s'exprimer ne laissait guère d'espoir de changer les choses par des réformes, ouvrant le chemin à une épreuve de force qui ne pouvait finalement être que violente.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie

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Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")