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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 07:56

Norman Naimark, The Russians in Germany : A History of the Soviet Zone of Occupation, 1945-1949, Belknap Press, 1995.

L'occupation soviétique de l'Allemagne

Norman Naimark, professeur à l'Université de Stanford, décrit et analyse un moment d'histoire largement méconnue, l'occupation soviétique en Allemagne depuis la chute de Berlin en mai 1945 à la naissance de la RDA en 1949. Pour cela il s'appuie sur une masse importante de documents issus des archives russes mais également allemandes.

 

L'auteur décrit la mise en place de l'administration militaire soviétique en Allemagne qui vise à la fois à administrer les régions « libérées » mais également a assurer le bien être matériel et culturel des troupes de l'Armée rouge. Pour appuyer leur autorité les Soviétiques favorisent les communistes allemands avec la constitution du Parti socialiste unifié (SED) sous la direction de Walter Ulbricht. Naimark ne fait pas l'impasse sur la question du viol des femmes allemandes par les soldats soviétiques. Il montre que ce phénomène a persisté jusqu'en 1947 et ne fut pas l'apanage des seuls soldats du rang. Résultats d'un manque de contrôle de la troupe par les autorités, Staline a délibérément fermé les yeux sur ces viols de masse, dénonçant la propagande occidentale. Pour Naimark ces viols ont eu des conséquences durables. Dans un pays vaincu, où les femmes sont, du fait des pertes en hommes durant la guerre, largement majoritaires et jouent à ce titre un rôle économique important dans la reconstruction, les viols constituent un traumatisme pour la population masculine. Cette cicatrice devient un héritage durable tout au long de l'histoire de la RDA et, explique selon l'auteur, l'hostilité persistante, faite de haine et de ressentiment, des Allemands de l'Est envers les Soviétiques.

 

Sur le plan politique et économique, les Soviétiques n'ont pas d'objectifs à long terme concernant l'Allemagne orientale. Après la confiscation des terres et le pillage de l'industrie allemande, l'URSS ne propose que la collectivisation comme modèle économique. Sur le plan politique l'alignement systématique du SED sur les positions soviétiques décrédibilise les communistes allemands qui perdent toute légitimité pour la population. L'auteur ne manque pas de décrire le processus de soviétisation dans le domaine de l'art et de l'éducation.

 

Pour Naimark, les Soviétiques ont finalement échoué à gouverner leur zone d'occupation mais surtout à gagner les cœurs et les esprits des Allemands de l'Est. Les bases du régime est-allemand sont donc fragilisées dés sa naissance en raison des erreurs et de l'aveuglement soviétiques. Pour Naimark il ne fait aucun doute que l'effondrement de la RDA en 1989 prend sa source durant l'occupation soviétique de l'Allemagne orientale.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Communisme allemand
15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 07:35
Une revue insurrectionnelle, le Militant rouge.

En novembre 1925 paraît le premier numéro d'une revue intitulée le Militant rouge, sous-titrée « organe théorique et historique des insurrections » éditée à 2 000 exemplaires. Si, aussi bien sur la couverture que dans les articles, il n'est pas fait explicitement mention du PCF, la revue se place d'emblée sous le patronage de la Révolution d'Octobre. La rédaction est d'ailleurs composée uniquement de membres du PCF. Zéphyrin Camélinat, ancien membre de la Commune de Paris en est nommé directeur alors qu'il est âgé de 86 ans. Cette nomination est essentiellement honorifique et vise surtout à contrarier les velléités des pouvoirs publics de lancer des poursuites contre la revue. Paul Hog, venue à la demande d'un responsable de l'appareil du Komintern avec qui il a travaillé en Allemagne au moment de l'occupation de la Rhur, est nommé secrétaire de rédaction mais il quitte ce poste au bout de 3 mois suite à des désaccords avec Camille Larribére qui apparaît comme le véritable dirigeant. Ce dernier semble aussi faire le lien avec la direction du PCF alors que le contenu de la revue fait l'objet de discussions au sein même du bureau politique.

La revue a deux objectifs: servir de bulletin de liaison aux groupes créés pour lutter contre les ligues de droite et fournir des rudiments dans l'art de l'insurrection. Le public visé est celui des cadres communistes en particulier ceux membres des Groupes de défense antifascistes (GDA) et les Jeunes gardes antifascistes (JGA). Ce rôle de revue non-officielle des GDA-JGA apparaît dans la décision du bureau d'organisation de l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC) qui demande que le Militant rouge soit lu et diffusé auprès des groupes.

L'ancrage communiste de la revue apparaît également dans son contenu puisqu'elle accueille des textes de membres éminents du Komintern comme Piatnistski, Yaroslavski, Varga et Losovski. Elle publie également des extraits des œuvres de Lénine, Marx, Engels, Blanqui et même de Trotski. Parmi les dirigeants communistes français, Jacques Duclos et Paul Vaillant-Couturier sont mis à contribution. Les textes se partagent entre l'étude des liens entre marxisme et insurrection, des récits et analyses des insurrections passés, des articles sur l'organisation du fascisme en Italie, en France et en Allemagne, sur les conflits coloniaux au Maroc, en Syrie et en Chine et essayent ainsi de dégager une véritable doctrine de l'insurrection.

La revue publie douze numéros de novembre 1925 à décembre 1926 puis deux en janvier et février 1927. En octobre de cette année paraît une nouvelle publication qui prend la suite du Militant rouge: Front rouge est édité par l'ARAC, les GDA et les JGA. Elle ne sort qu'un seul numéro et clôt ainsi la tentative de doter le mouvement communiste français d'une revue de vulgarisation insurrectionnelle.

Pour aller plus loin: Frédéric Monier, Le complot dans la République. Stratégies du secret de Boulanger à la Cagoule, La Découverte, Paris, 1998.

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communismeetconflits - dans Communisme français
13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 07:32

Vadim Rogovin, 1937 : Stalin's Year of Terror, Mehring Books, 1998.

La terreur stalinienne

L'année 1937 est d'un intérêt majeur pour tous ceux qui s'intéresse à l'histoire de l'URSS et du communisme en général puisque c'est à ce moment que Staline lance une vaste et sanglante purge qui décime les rangs du Parti communiste et de l'Armée rouge. L'Union soviétique devient alors cet enfer sur terre si bien décrit par Georges Orwell.

Avec minutie, Rogovin, historien russe de tendance marxiste décrit le déroulement de la terreur stalinienne durant l'année 1937. Il met particulièrement en évidence le fait que la terreur a été soigneusement préparée et calculée par Staline pour arriver à ses fins tout en montrant les motivations profondes du dictateur. Pour cela il peut s'appuyer sur une bureaucratie privilégiée mais dont la puissance a été largement surestimée ce qui laisse à penser que le phénomène des purges n'était pas inévitable.

Rogovin donne de nombreuses biographies de victimes des purges et les raisons de leur disparition. C'est certainement là l'un des points le plus intéressant du livre, montrer les victimes et à travers ses portraits, dégager le profil d'une opposition à Staline. Cette dernière est formée de vieux militants qui tiraient une part de leur légitimité de leurs faits d'armes révolutionnaires. Cette menace est assez importante pour que Staline déclenche un processus meurtrier. A coté des anciens militants, l'autre cible de Staline ce sont les militaires avec la figure emblématique du maréchal Toukhatchevsky. Pour Rogovin il ne fait aucun doute que ces oppositions politiques et militaires auraient tôt ou tard déposées Staline. Paradoxalement il donne raison à Staline d'avoir lancé le processus des purges.

L'auteur analyse les ressorts de la répression, du processus de destruction intellectuelle des victimes qui les conduit à signer des aveux et à lancer de fausses accusations. Il détaille également comment la terreur se répandit à l'échelle internationale en particulier dans l'Espagne républicaine mais aussi le courage de nombreuses victimes dont les trotskistes envoyés au Goulag et qui sont tous exécutés au moment de l'invasion allemande de 1941.

Le lecteur peut regretter que l'auteur ne s'appuie que sur des sources relativement anciennes, notamment les Mémoires de Khrouchtchev ou les écrits de Trotski. L'explication qu'il donne aux purges n'est pas également neuve. La collectivisation forcée et l'industrialisation à outrance ont provoqué l'impopularité de Staline. La terreur fut donc un moyen radical d'éradiquer et de prévenir toute opposition au régime. Ici aucune nouveauté.

Voici un livre qui a certes des imperfections mais dont la lecture est indispensable pour comprendre comment les Grandes Purges staliniennes ont façonné l'URSS et le communisme mondial.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie Stalinisme
9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 07:30

David Glantz, Red Storm over the Balkans : The Failed Soviet Invasion of Romania, Spring 1944, University Press of Kansas, 2006.

L’échec de l'Armée rouge en Roumanie

David Glantz est certainement le spécialiste mondial de la guerre sur le front de l'Est de 1941 à 1945. Avec ce livre il explore un aspect largement méconnu de ce conflit : la progression soviétique dans le sud de l'Europe à partir de 1944. Nous pouvons néanmoins regretter le titre trompeur de l'ouvrage. Ce dernier se borne à faire le récit et à analyser la libération du sud de l'Ukraine et du nord de la Roumanie, un espace restreint loin d'englober l'ensemble des Balkans.

 

Glantz concentre donc son attention sur la campagne qui débute au début de 1944 dans le sud de l'Ukraine puis se déploie jusqu'en juin dans le nord-est de la Roumanie. A partir du mois d'avril, le 2e front dirigé par le général Koniev attaque le long de l'axe Tirgu-Frumos tandis que le 3e front commandé par Malinovski, après la libération d'Odessa, attaque les défenses allemandes le long du Dniestr entre Tiraspol et Grigoriopol. Les Soviétiques sont confiants dans leur chance de succès mais la détermination et l'habileté allemande dans la guerre de mouvement vont rapidement frustrer les espoirs de victoire soviétique.

 

Comme dans ses autres ouvrages, Glantz donne ici un compte-rendu détaillé des opérations militaires. Il décrit avec précision la situation de chaque protagoniste avant le début de la campagne, décrit chaque étape des batailles et de la campagne puis analyse les résultats. Il livre également de larges extraits des rapports remis aux commandants afin de montrer les problèmes auxquels ils sont confrontés et qu'ils doivent surmonter.

 

Pour Glantz, les Soviétiques avaient au départ le potentiel suffisant pour vaincre les Allemands. La résistance acharnée de ces derniers, l'utilisation experte des réserves, notamment la Division Grossdeutschland et la 24e Panzerdivision mais également les excès de confiance et le manque de coordination coté soviétique font de cette campagne un échec pour l'Armée rouge qui ne cesse pourtant d'accumuler les victoires plus au nord lors de l'opération Bagration. Pour les Allemands, ce succès en Roumanie leur permet de reprendre un peu d'air et surtout de remonter le moral de la troupe.

 

Comme toujours, la prose de Glantz est ardue et la lecture assez difficile. L'auteur n'hésite pas à descendre au niveau de la compagnie pour relater les combats, le lecteur court donc le risque de perdre la vision globale des opérations. L'ouvrage comprend 32 cartes mais la plupart sont d'époque et sont difficilement déchiffrables. L'auteur a également pris soin de livrer des biographies des principaux responsables militaires de cette campagne du printemps 1944. Des notes, une bibliographie et un index complètent l'ensemble.

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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 07:25

David King, Le commissaire disparaît, La falsification des photographies et des œuvres d'art dans le Russie de Staline, Calmann-Lévy, 2005.

Staline et la falsification de l'Histoire

Le livre de David King est une formidable plongée dans les méandres de la propagande totalitaire de la Russie stalinienne ainsi que dans les abîmes des purges. La disparition des ennemis du peuple n'est en effet pas seulement physique. Pour Staline, les victimes des purges doivent disparaître totalement de la mémoire des Soviétiques. Et d'abord des photographies.

 

Une célèbre photo du début des années 1920 montre Lénine sur un podium en bois devant le théâtre du Bolchoï face à la foule. Sur le coté du podium se trouve Trotski. La photo est publiée dans le monde entier, symbole de la Révolution russe. Mais dés que Staline prend le pouvoir, cette photo est trafiquée pour faire disparaître le créateur de l'Armée rouge et par la suite tout citoyen pris en possession d'une photo de Trotski devient passible de l'arrestation et du goulag.

 

Tout comme Trotski, de nombreux communistes disparaissent des photographies mais également des livres. Et ce funeste destin touche aussi les rangs du NKVD. Le lecteur assiste ainsi à une vaste entreprise de falsification systématique de l'Histoire. David King, à la suite d'une longue enquête, montre de nombreuses photos datant des débuts de l'époque soviétique qu'il juxtapose avec des tirages postérieurs ou des visages ont été effacé à l'aide d'aérographe, à l'encre ou à coups de ciseaux. Les photos sont aussi trafiquées, des slogans sur des banderoles sont modifiés.

 

Le livre de King contient également de nombreux exemples de fabrication de mythes par le biais de la sculpture et de la peinture. Ainsi une peinture de 1937 montre Lénine descendre du train qui, en 1917, le ramène de Suisse. Pour l'accueillir le peintre montre un Staline jeune alors que ce dernier n'a jamais été présent à la gare de Finlande ce jour là. Le Vojd est également représenté comme un homme du peuple, un ami des ouvriers ou une sorte de saints modernes.

 

Le livre de David King présente en grand nombre des photographies avec un texte limité mais qui donne l'essentiel pour comprendre leur sens. Certains trucages sont risibles tant ils sont grossiers mais derrière ces falsifications se trouve un pouvoir despotique absolu qui n'hésitait pas à broyer des millions de gens.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 06:49

Anne Nelson, Red Orchestra: The Story of the Underground and the Circle of Friends Who Resisted Hitler, Randam Hause, 2009.

Des résistants au cœur de l'Allemagne nazie.

Le livre de Anne Nelson, raconte l'histoire de Berlinois privilégiés, officiers, écrivains ou acteurs, qui ont risqué leur vie pour transmettre des plans militaires allemands aux ennemis d'Hitler. Pour suivre ces parcours, l'auteur entraîne le lecteur dans le Berlin artistique des années 1930 où, peu à peu, la floraison culturelle des années 1920 se fane sous l'effet du conformisme nazi qui transforme l'art en simple outil de propagande. Profondément antinazi, ce milieu cosmopolite construit peu à peu un réseau d'informateurs clandestin, plus d'une centaine de personnes à son apogée, dont les informations sont transmises aux services soviétiques.

L'Orchestre rouge fut donc un groupe de résistance, plutôt un groupe de cercles se chevauchant, important et actif, rarement mis en avant, contrairement à la Rose blanche ou aux conjurés qui organisèrent l'attentat du 20 juillet 1944. Son activité ne se borna d'ailleurs pas à la seule transmission de renseignements aux Soviétiques, mais également dans la publication de tracts ou d'affiches. Il faut signaler que le groupe se mit également en rapport avec les services de renseignements britanniques et américains mais ces derniers ne se montrèrent pas intéressés par cette source d'information.

L'auteur se consacre plus particulièrement à suivre le parcours du groupe qui se forme autour d'Arvid Harnack, un économiste de haut rang, et de son épouse, d'origine américaine, Mildred. Parmi ces gens se trouvent Harro Schulze-Boysen, officier de la Luftwaffe, John Sieg, un ancien journaliste communiste, Adam Kuckhoff, un dramaturge et l'épouse de ce dernier Greta. Là aussi, peu de communistes militants et d'ouvriers mais des représentants des classes moyennes et supérieures de la société allemande. La plupart sont par la suite arrêtées, torturées puis exécutées.

Le sacrifice des membres de l'Orchestre rouge est le plus souvent ignoré. Staline ignore ainsi tous les renseignements l'avertissant d'une attaque allemande en juin 1941. Sous le choc de l'opération Barbarossa, le maître du Kremlin purge ceux qui l'ont prévenu de l'invasion. Les meilleurs agents de renseignements sont alors éliminés et remplacés par des individus sans expérience dont les maladresses entraînent la chute du réseau berlinois.

L'auteur explique par ailleurs que les liens de certains des membres de l'Orchestre rouge avec le Parti communiste et son activité en faveur de l'URSS sont à l'origine de l'effacement de sa mémoire principalement pour des raisons politiques tenant au climat de Guerre froide. Le procureur nazi qui a instruit l'affaire et la répression contre les membres de ce réseau, les conduisant ainsi inéluctablement à la mort, échappe ainsi après 1945 à toute condamnation, tandis que l'Orchestre rouge est dénoncé dans les médias comme une organisation de traîtres. Les veuves des membres du réseau se voient donc refuser toute pension en Allemagne de l'Ouest. Si la RDA entretient quant à elle le souvenir de l'Orchestre rouge, elle déforme systématiquement l'engagement de ses membres en les dépeignant comme des communistes convaincus agissant seulement au nom de la lutte des classes.

Voici donc un livre riche, qui se lit presque comme un roman mais qui s'appuie sur une solide documentation comme le montrent les 27 pages de notes et une solide bibliographie. Un vrai travail d'historien puisque l'auteur a utilisé des archives mais également des témoignages. A lire pour nuancer une approche parfois trop simpliste de la résistance allemande au nazisme.

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 06:40

Richard Overy, Russia's War: A History of the Soviet Effort: 1941-1945, Penguin Books, 1998.

Pourquoi l'URSS a vaincu l'Allemagne.

Le livre de Richard Overy est une excellente synthèse sur l'histoire de l'URSS en guerre, qui a aussi l'avantage de sortir d'un cadre étroitement militaire. La thèse de l'auteur est simple : la victoire soviétique en 1945 n'est pas due, comme le répète une historiographie datée, à la supériorité numérique écrasante de l'armée soviétique. Il met ainsi en perspective les raisons du succès soviétique dans la guerre contre l'Allemagne sur une période plus longue que les quatre années du conflit. L'auteur consacre en effet ses deux premiers chapitres à montrer que c'est en raison de la crainte d'une attaque étrangère que Staline lance en 1929 la collectivisation des terres et l'industrialisation à marche forcée du pays. Il s'agit pour lui d'augmenter substantiellement la production militaire et alimentaire afin d’être en état de tenir un échec un envahisseur et éviter ainsi un possible renversement du régime qu'il dirige. Il donne également un bon aperçu des manœuvres diplomatiques du Kremlin avant le début des conflits, de la recherche d'alliance avec les démocraties occidentales à la signature du pacte germano-soviétique que l'auteur explique par la découverte par Staline que la Grande-Bretagne ne disposait pas d'armée face à Hitler.

Le passionné d'histoire militaire sera néanmoins déçu par le peu de place laissée aux aspects opérationnels du conflit. Si l'auteur fait un bon résumé sur les batailles de Léningrad, Moscou, Stalingrad, Koursk, Berlin ou l'opération Bagration, il ne parle à aucun moment de la façon dont la guerre est menée au niveau tactique. Notons qu'il ne fait pas mention de l'opération Mars en 1942 et que sur la partie militaire l'ouvrage est largement daté.

Si l'auteur décrit l'état d'impréparation de l'armée soviétique en juin 1941, il s'attarde plus longuement sur la reprise en main de la situation par Staline. Pour Overy, le maître du Kremlin fait un choix judicieux en choisissant Joukov pour diriger les affaires militaires et surtout en lui laissant une certaine marge de manœuvres. Ce dernier point mériterait certes d’être révisé. L'un des chapitres les mieux réussis concerne le sort des populations des territoires occupés par l'armée allemande et leur destin après le retour de l'Armée rouge. Overy n'omet pas de parler de ceux qui ont collaboré avec l'occupant tout en relativisant l'importance du mouvement des partisans.

Overy montre l'énorme mobilisation de l'industrie soviétique qui produit rapidement des armes en grande quantité. Si la majorité des femmes allemandes n'ont pas pris le chemin des usines, prés des 2/3 des femmes soviétiques ont été mobilisé dans l'industrie. Le système concentrationnaire soviétique a quant à lui fourni prés de 15 % des munitions. L'auteur n'oublie pas de traiter du retour à la paix en URSS et montre les raisons qui conduisent peu à peu à la rupture avec les Alliés occidentaux.

L'ouvrage de Richard Overy est une synthèse de qualité pour mieux appréhender la guerre sur le front de l'Est vue du coté soviétique. S'il montre que le succès soviétique est le résultat d'une combinaison de facteurs, ses origines remontent à la politique brutale menée par Staline qui a permis de faire de l'URSS un État beaucoup plus militarisé que ne l'était l'ancienne Russie. Signalons que le livre de Richard Overy est agrémenté de 11 cartes, d'un appareil de notes conséquent ainsi que d'une vaste bibliographie et d'un index.

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 07:29

Leonardo Padura, L'homme qui aimait les chiens, Métailié, 2011.

Trotsky et son assassin.

Voici l'histoire d'un meurtre. Quoi de plus naturel sous la plume de Leonardo Padura, un auteur de polar cubain de talent. Mais ici il ne s'agit pas d'une histoire inventée de toutes pièces, mais d'un meurtre bien réel, d'un meurtre historique. La victime est bien connue puisqu'il s'agit du bâtisseur de l'Armée rouge, Léon Trotski. Le coupable, Ramon Mercader, l'est beaucoup moins. Libéré de prison après 20 ans de détention, il vit quelque temps en URSS avant de finir ses jours en 1978 à Cuba.

 

Le roman débute là avec la rencontre fortuite sur une plage de l’île, entre Mercader, qui promène ses deux lévriers russes et le narrateur, un jeune écrivain dont les ambitions littéraires ont été étouffées par le carcan idéologique et la censure qui règnent à Cuba. Commence alors un récit qui décrit les années d'exil de Trotski depuis son expulsion d'Union soviétique et la jeunesse de Mercader.

 

Le vieux révolutionnaire, isolée, est à la recherche continuelle d'un refuge sachant que les tueurs de Staline sont sur sa trace et n'attendent que le feu vert pour l'éliminer. Sorte de Don Quichotte, il se démène pour démonter, dans l'indifférence générale, les mensonges staliniens, tandis que ses proches disparaissent peu à peu autour de lui. Le jeune Mercader, milicien idéaliste durant la guerre civile espagnole, se fait happer par les services spéciaux soviétiques à la fois par défi amoureux mais aussi pour prendre le dessus sur une mère écrasante. Il accepte, en conscience, de devenir bourreau mais aussi victime d'un système qui repose sur le mensonge. Entre ces deux destins parallèles émerge également la figure du narrateur et de ses déboires dans le Cuba des années 1970 à 1990.

 

Derrière ses destins différents et qui à un moment donné se croisent, une fois dans le sang, l'autre fois sur une plage autour de l'amour des chiens, l'auteur brosse le portrait d'une idéologie, le communisme, qui rapidement s’abîme dans un stalinisme où dominent la peur et la mort. Pour construire cette fresque, Padura avoue qu'il s'est beaucoup documenté, notamment sur Trotski, mais également sur la guerre d'Espagne et plus généralement l'histoire du communisme. Cela lui permet de mettre en scène des personnages qui ne sont pas des caricatures. Trotski apparaît ainsi comme un homme complexe, un intellectuel brillant mais qui commet des erreurs, un bon grand-père mais qui place l’intérêt de la Révolution avant celui pour sa famille. Mercader est un jeune révolté, avide de combattre le fascisme, un idéaliste qui devient un tueur stalinien fanatique puis un cynique désabusé. Mais comme le livre de Padura est un roman et que la figure de Mercader est encore entourée d'ombres, de nombreux épisodes le concernant sont de la pure fiction comme ceux concernant son entraînement dans un camp spécial du NKVD. Il y a aussi la figure de Leonid Eitingon, le maître d’œuvre de l’assassinat de Trotski, archétype du militant kominternien cosmopolite qui finit néanmoins victime du stalinisme et de son antisémitisme.

 

Voici dont un livre palpitant, une magnifique fiction sur la mort de l'espoir révolutionnaire et ce mélange de cynisme et de désespoir qui l'accompagne et lui succède.

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communismeetconflits - dans Trotsky Stalinisme
22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 07:34

Artemy Kalinovsky, A Long Goodbye: The Soviet Withdrawal from Afghanistan, Harvard University Press, 2011.

L'adieu soviétique à l'Afghanistan

Le livre d'Artemy Kalinovsky s'interroge sur les raisons qui ont poussé les Soviétiques à quitter l'Afghanistan en 1989 après 10 ans de présence militaire. Retrait forcé sous la pression de contraintes intérieures et extérieures ou bien choix délibéré de Gorbatchev ? Pour l'auteur ce départ d'Afghanistan ne fut pas imposé par des raisons militaires ou économiques mais une décision consciente du Kremlin qui choisit alors d'abandonner la politique d'expansion initiée par Brejnev.

 

Les deux premiers chapitres de l'ouvrage retracent les étapes de l'intervention soviétique avant 1985. Cette dernière n'était qu'une partie d'un plan plus large afin de répandre le communisme dans le Tiers-Monde même si l'auteur insiste sur le fait que les Soviétiques ne visaient pas à contrôler le Golfe Persique. Il montre qu'à plusieurs reprises l'URSS à envisager de retirer ses troupes comme en 1982 quand le soutien américain aux moudjahidines empêche finalement une solution diplomatique.

 

Lors de sa première année à la tête de l'URSS, Gorbatchev laisse la guerre se poursuivre, agissant avec prudence pour se laisser toutes les portes ouvertes. Il fait néanmoins savoir au régime afghan que la présence soviétique ne sera pas éternelle et laisse se développer dans les médias une critique publique du conflit. De 1986 à 1988 la direction soviétique envisage de plus en plus un retrait à moyen terme. Pour cela les Soviétiques demande au régime afghan de gagner une plus grande légitimité tout en cherchant une solution négociée avec les États-Unis et le Pakistan. A ce moment le Kremlin est surtout préoccupé par les conséquences possibles d'un retrait sur l'attitude des États qui lui sont proches dans le Tiers-Monde.

 

En 1988-1989, bien que la décision de retrait des troupes fût prise, devant la constatation que le régime de Najibullah ne pourrait tenir, des divisions apparaissent dans la direction soviétique entre les tenants d'une ligne dure qui souhaitent une nouvelle intervention et les réformateurs qui veulent un retrait immédiat. Gorbatchev hésite mais résiste finalement aux faucons qui demandent encore une nouvelle intervention après février 1989. Néanmoins les Soviétiques continuent à fournir une aide militaire et civile jusqu'en 1991.

 

Le travail de Kalinovky est une excellente introduction pour mieux appréhender l'intervention soviétique en Afghanistan et sa place dans la désagrégation de l'URSS. Mais l'auteur lui-même reconnaît que son étude a une portée limitée puisqu'elle néglige le contexte international de ce conflit. Surtout les archives disponibles sur le sujet sont encore limitées et souvent partiales. Le lecteur peut ainsi regretter que Kalinovsky ne dise mot sur les réactions des démocraties populaires d' Europe de l'Est sur l'évolution de la situation en Afghanistan et le dangereux précédent que représente le retrait des troupes soviétiques.

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communismeetconflits - dans Guerre froide Union soviétique et Russie
17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 06:32

2e Guerre mondiale, n° 53, mars-avril 2014.

Nazisme et ésotérisme.

La couverture du dernier numéro de 2e GM a fait couler de l'encre, nous n'y reviendrons pas, même si, avouons-le, elle est légèrement « too much ». L'essentiel se trouve dans le contenu du magazine. Stéphane Mantoux après avoir fait le point entre les relations entre nazisme et ésotérisme, un sujet bien connu, évoquant la société de Thulé, les recherches de l'Ahnenerbe ou la symbolique entourant la SS, se livre à un exercice d'histoire culturelle. Il montre ainsi, de façon argumentée, que ces relations ont, après la guerre, servi de prétexte à certains milieux d'extrême-droite pour essayer de réhabiliter le nazisme, la thématique étant en outre un filon commercialement porteur. Cette réinterprétation du nazisme à travers un ésotérisme de pacotille connaît un certain succès, elle se diffuse largement dans la culture populaire, la saga Indiana Jones dans les années 1980 en est un parfait exemple. Le sujet est donc passionnant puisqu'il explore un des pans de cette fascination pour le nazisme qui irrigue la culture populaire depuis des décennies, pensons à la mode de la nazie sexploitation dans les années 1970 ou la fascination pour la Waffen SS qui irrigue de nombreuses publications depuis les ouvrages de Jean Mabire jusqu'à nos jours. Une approche neuve et stimulante du souvenir de la 2e Guerre mondiale.

 

Signalons également dans ce numéro un article sur le phénomène du limogeage des généraux dans les différentes armées. Cette approche comparatiste est particulièrement bienvenue et doit s'étendre à d'autres domaines, en particulier celui de la répression qui est d'ailleurs l'objet d'un article riche sur celle que déploie les Allemands en France après le 6 juin 1944. L'auteur, au-delà d'un simple catalogue des atrocités allemandes, étudie la dynamique répressive en essayant de cerner ses origines, ses motivations et ses expressions. Terminons par l'article sur le combat de Mtsenk à l'automne 1941 qui montre, s'il en était encore besoin, que dès cette période les Soviétiques font preuve d'une grande pugnacité, ralentissant et usant ainsi le potentiel militaire allemand.

 

Un bon numéro du seul magazine grand public, à notre connaissance, qui ose et sait s'aventurer au-delà des sentiers de la seule histoire militaire sans négliger cette dernière.

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communismeetconflits - dans Seconde Guerre mondiale

Présentation

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  • : Blog destiné à publier des articles et travaux historiques concernant les relations entre communisme et violence au XX°siècle. Ce blog est ouvert à ceux qui voudront publier articles, notes, annonces de publications, de colloques ou autres concernant ce champs d'étude historique.
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L'autre coté de la colline

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Rigueur historienne et clarté du propos. A ne pas manquer !

Recherche

Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")