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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 07:00

« Cuba, une odyssée africaine », documentaire de Jihan El Tahri, 2007, Arte éditions.

L'intervention cubaine en Afrique

Le documentaire de Jihan El Tahri s'ouvre sur une séquence où le spectateur voir Nelson Mandela remercié chaleureusement Fidel Castro pour son aide dans la chute de l'apartheid. Une manière de rappeler que durant 25 ans les Cubains ont apporté une aide constante aux mouvements de libération sur le continent africain.

 

Dans le face à face entre les États-Unis et l'URSS qui domine la période de la Guerre froide, le continent africain devient à partir des années 1960 un enjeu d'importance alors que les anciennes puissances coloniales se retirent peu à peu. Si les Soviétiques se montrent prudents dans leurs interventions, tel n'est pas le cas de Cuba qui se fait la championne de l'anti-impérialisme. Dès 1964, Che Guevara se retrouve en Afrique pour connaître les besoins des mouvements de libération. Le premier champ d'action des Cubains en Afrique est l'ancien Congo belge où la puissance coloniale, avec le soutien des Américains, provoque la chute de Patrice Lumumba, coupable de s’être tourné vers l'URSS pour aider son pays à sortir du chaos post-indépendantiste. Guevara et un petit groupe d'instructeurs cubains entrent clandestinement au Congo en 1965 pour aider la guérilla lumumbiste dirigée par Laurent-Désiré Kabila. L'aventure tourne rapidement au fiasco face aux forces de Mobutu soutenu par des mercenaires payés par les Américains.

 

En Guinée-Bissau, colonie portugaise, le leader indépendantiste Amilcar Cabral reçoit à la fois des armes et des conseillers cubains. La guérilla qu'il mène contre l'armée portugaise est longue mais efficace puisqu'elle conduit les officiers portugais démoralisés à lancer la Révolution des œillets en 1974. La chute de la dictature salazariste au Portugal entraîne rapidement l'accession à l'indépendance des colonies portugaises en Afrique : la Guinée-Bissau, le Mozambique et l'Angola. C'est dans ce dernier pays que se déroule un des plus violents affrontements de la Guerre froide en Afrique.

 

Dans la lutte qui oppose le MPLA pro-soviétique au FLNA et à l'UNITA de Savimbi pour le contrôle de l'Angola, l'intervention cubaine est déterminante. Face à l'avancée des troupes sud-africaines, Castro envoie plus de 35 000 hommes en Angola sans même demander l'accord des Soviétiques plutôt réticents. De la bataille de Kifangondo en 1975 à celle de Cuito Cuanavale en 1988, l'Angola devient, au sens propre du terme, un champ de bataille où s'affrontent Cubains et Sud-Africains. Alors que la Guerre froide tend à s'estomper depuis l'arrivée au pouvoir en URSS de Gorbatchev, les Cubains acceptent finalement de se retirer d'Angola contre l'indépendance de la Namibie protectorat sud-africain. Au final, près de 11 000 Cubains ont perdu la vie en Angola.

 

Le documentaire n'hésite pas à montrer des cartes et à se faire volontairement didactique, s'appuyant sur une enquête rigoureuse, des interviews des protagonistes de chaque camp, une masse de documents d'archives impressionnante afin de débrouiller et de rendre compréhensible l'imbroglio africain et la complexité de la période. Le sujet est parfaitement maîtrisé et les connaissances précises. Le spectateur apprend ainsi que l'intervention cubaine en Angola ne fut pas approuvée par Moscou qui, dans cette affaire, fut mise devant le fait accompli et se montra extrêmement réticente. Cuba fit donc preuve d'une certaine autonomie dans sa politique extérieure et son action joua un rôle considérable dans l'évolution de l'Afrique australe Le film de Jihan el Tahri est donc passionnant et fait souvent penser, par sa rigueur et sa simplicité, aux grands documentaires de Frédéric Rossif. A voir absolument.

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 07:05

Harvey Klehr, John Earl Haynes, Kyrill Anderson, The Soviet World of American Communism, Yale University Press,1998.

Le communisme américain et l'URSS

Pendant longtemps le Parti communiste américain a fait l'objet d'un préjugé favorable. Paradoxalement la croisade anticommuniste lancée par McCarthy, par ses outrances, a favorisé un courant de sympathie envers ce parti de la part d'intellectuels et d'une partie de l'opinion publique de gauche. Ses adhérents sont longtemps considérés comme des idéalistes épris de justice sociale, victimes de la répression politique américaine. Mais l'accès aux archives soviétiques montre que le PC américain était totalement soumis aux Soviétiques.

 

Le livre de Klehr, Haynes et Anderson est essentiellement un recueil de documents et une suite de The Secret World of American Communism, publié en 1995, et qui montrait les liens entre le PC américain et les services de renseignements soviétiques. Le but du présent ouvrage est de montrer que le PC américain fut un satellite du PC soviétique qui le finançait, choisissait les dirigeants et fixait la ligne politique.

 

Les exemples de cette soumission du communisme américain à Moscou sont nombreux. Les 31 mai et 1er juin 1940 se tient ainsi à New-York une conférence spéciale réunissant les cadres du Parti approuve la politique soviétique après la signature du pacte avec Hitler, notamment la disparition de la Pologne condamnée comme un État réactionnaire. Dans les années 1930, les communistes américains justifient la terreur en URSS et à aucun moment ils n'essayent de prendre la défense des Américains rentrés en Union soviétique depuis les années 1920 et victimes des purges en 1936-1938. C'est notamment le cas des communistes américains d'origine finlandaises qui se sont installés en Carélie et sont accusés par le NKVD d'espionnage au profit de la Finlande. Les dirigeants communistes américains, s'ils discutent de leurs cas, c'est uniquement pour envisager l'impact négatif de ces arrestations, jamais pour remettre en cause leur bien-fondé. Au moment de la chasse aux trotskistes, la branche new-yorkaise du PC américain vote une résolution pour les exclure mais elle décide également d'exclure leurs conjoints qui ne peuvent rester au Parti que s'ils se séparent de leurs époux ou épouses renégats.

 

La petite taille du PC américain, le peu de soutien qu'il rencontre au sein du monde ouvrier explique en grande partie cette dépendance à l'égard de l'URSS. Contrairement à certains partis européens, qui en raison de leur influence politique, ont pu faire preuve parfois d'une certaine autonomie, les communistes américains, isolés, en proie à de nombreuses difficultés dans une société imperméable à leurs idées, avaient un besoin vital de l'aide financière et politique soviétique.

 

Le livre de Klehr, Haynes et Anderson met à nu les mécanismes de cette dépendance et la soumission totale du PC américain. Il est souvent à charge oubliant parfois les différences existant entre le noyau des dirigeants et la base du Parti, une base qui se renouvelle souvent en raison du départ de nombreux adhérents. Il n'en représente pas moins une saisissante plongée dans les relations inégales entre le puissant parti soviétique et la petite section communiste isolée au cœur de l'Empire américain.

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communismeetconflits - dans Communisme aux Etats-Unis
17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 07:31

Bernard Lecomte, Gorbatchev, Perrin, 2014.

L'homme de la perestroïka

Il y a quelques semaines des députés russes ont proposé de traduire devant les tribunaux du pays Mikhail Gorbatchev. Son crime ? Avoir mis fin à l'existence de l'URSS. Cette accusation est totalement fausse car, comme le montre Bernard Lecomte dans sa biographie du dernier dirigeant de l'URSS, Gorbatchev fut jusqu'au bout un défenseur acharné du maintien de l'Union soviétique. C'est le parcours de cet homme, un communiste convaincu qui paradoxalement présida à la fin du communisme en Europe, que livre le journaliste Bernard Lecomte.

 

Cette biographie, d'une facture classique, suit les différentes étapes de la carrière de Gorbatchev. Né dans une famille de paysans dont le père, communiste convaincu, fit la chasse aux koulaks tandis que le grand-père fut déporté, le futur dirigeant de l'URSS, bon élève, est remarqué et obtient le droit de faire ses études universitaires à Moscou. C'est dans la capitale qu'il fait la rencontre de sa femme, Raïssa, une intellectuelle qui s’intéresse à l'ethnologie et l'ouvre à la culture.

 

A la fin de ses études, le Parti l'envoie dans sa région natale, à Stavropol, en tant que jeune cadre du Komsomol. Dynamique, efficace, il monte rapidement dans la hiérarchie locale et devient premier secrétaire du district de Stavropol. Ce district étant un lieu de cure apprécié par les dirigeants soviétiques, le jeune Gorbatchev croise de nombreux dignitaires, dont Iouri Andropov, le puissant chef du KGB, qui le remarque et le fait monter à Moscou.

 

Avec le soutien d'Andropov, Gorbatchev gravit dans les années 1970 tout les échelons de la direction communiste et entre au comité central en 1978. Quand Andropov succède à Brejnev, Gorbatchev apparaît comme son dauphin naturel. Mais il doit céder la place à Tchernenko à la mort de son mentor. En mars 1985 Gorbatchev devient le secrétaire général du PCUS. Sa jeunesse, sa volonté d'aller au contact de la population lui assure rapidement une grande popularité. Il lance rapidement, la perestroïka, une politique de réforme, qui doit sortir l'URSS du marasme économique et de la gabegie. Afin de combattre les résistances de l'appareil il lance peu après la glasnost qui se traduit par un accroissement de la liberté d'expression notamment pour la presse.

 

Ce nouveau cours suscitent débats, enthousiasmes et craintes au sein du PCUS. Face aux conservateurs apparaît une fange du Parti qui souhaite aller plus loin et plus vite dans les réformes et dont Boris Eltsine devient le symbole. Gorbatchev, au centre, doit louvoyer entre ses forces opposées. Si la politique internationale soviétique connaît des succès et redore l'image de l'URSS dans le monde, la situation intérieure tend à se dégrader. Alors que les luttes de fractions s'exacerbent au sein du PCUS et que les forces centrifuges de l'Empire soviétique se réveillent, Gorbatchev cherche à concentrer les pouvoirs afin de garder la situation en main et se fait élire président de l'URSS.

 

En 1989, le glacis soviétique en Europe de l'Est s'effondre tandis que la montée des nationalismes désagrège peu à peu l'URSS. Gorbatchev perd peu à peu la main face à ces opposants, notamment Eltsine. Le coup d’État d’août 1991, un putsch raté des conservateurs, scelle le destin de Gorbatchev qui assiste impuissant à l'éclatement de l'URSS tandis que le PCUS est dissous. Isolé, oublié, il quitte le pouvoir le lendemain du jour où le drapeau rouge laisse la place au drapeau russe sur les coupoles du Kremlin.

 

D'une lecture facile, riche en informations, ce portrait, qui n'est ni à charge, ni à décharge, permet de revivre l'effondrement de l'URSS. Au final le lecteur ne peut être que fasciné par le destin de Gorbatchev, ce communiste convaincu qui voulait réformer l'URSS afin qu'elle puisse continuer à exister, et qui, en vérité, précipita sa disparition. Retenons pour terminer que face à la débâcle de l'Empire soviétique, Gorbatchev eut la sagesse de ne jamais utiliser la force. Pour cela, malgré son échec politique, il mérite amplement sa place parmi les grands hommes du siècle passé.

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communismeetconflits - dans Union soviétique et Russie
12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 07:12

Dagfinn Gatu, Village China at War, the Impact of Resistance to Japan, 1937-1945, University of British Columbia Press, 2008.

Le communisme chinois et la guerre contre le Japon

En juillet 1937, au moment où les troupes japonaises envahissent la Chine, le Parti communiste chinois est isolée au nord-ouest de la Chine autour de la ville de Yanan où il contrôle seulement deux millions de personnes. En 1945, quand le Japon capitule, il domine le nord du pays, un territoire recouvrant plus de 100 millions d'habitants. Le Parti est lui même passé de 40 000 membres à la fin des années 1930 à plus d'un million à la fin de la guerre. Cette croissance rapide permet à Mao Tse-toung de poser les bases lui permettant de vaincre le gouvernement nationaliste dans une guerre civile qui se termine par la création de la République populaire en 1949.

 

Dagfinn Gatu essaye dans son livre de déterminer les raisons qui ont permis cette formidable expansion du communisme chinois en période de guerre. Pour commencer il fait un point historiographique sur le sujet et dégage deux grandes interprétations, celle pour qui le nationalisme paysan exaspéré par l'invasion et les atrocités japonaises joue un rôle clef et une seconde qui insiste sur la politique agraire du PC chinois pour rallier les paysans du nord de la Chine.

 

L'auteur, en s'appuyant sur de nombreuses archives, tant chinoises que japonaises, ne choisit pas entre ses deux interprétations mais se place à mi-chemin et fournit une synthèse entre ses approches. Le livre n'est pas un ouvrage d'histoire militaire, il n'y a là aucun récit de bataille et les campagnes militaires ne sont que rapidement évoquées. Mais la guerre imprègne l'ensemble des analyses puisqu'elle influence fortement les efforts d'organisation des campagnes par les communistes. Ces derniers qui doivent financer la guerre essayent tout à la fois de tirer des paysans les ressources nécessaires pour se battre tout en gagnant leur soutien. Ils réussissent avec brio à maintenir l'équilibre entre ces deux exigences contradictoires.

 

La tache des communistes n'est pas facile car ils manquent cruellement de cadres pour encadrer la population. Ces derniers sont loin d'avoir les compétences nécessaires pour assurer ces fonctions d'autant qu'ils sont victimes des purges et de la répression japonaise. Dans les zones contrôlées par le Parti, ils organisent des élections et mettent en place une politique de redistribution des richesses qui se heurtent parfois à de fortes résistances. Le succès des communistes chinois durant la guerre provient au final de leur capacité à faire face aux énormes exigences de la guerre et à mobiliser la population dans une région aux ressources limitées.

 

Le livre est d'une lecture aride en raison de la complexité du sujet. La Chine du nord est un espace contrasté entre les grandes plaines où les Japonais font des raids et les zones montagneuses qui favorisent les combattants communistes. La population chinoise a des réactions diverses face aux belligérants. Dans certaines régions les atrocités japonaises intimident les paysans qui voient dans les soldats communistes les responsables des représailles. Là où les communistes ont les moyens d'assurer la défense des populations cette dernière se rallie au nouvel ordre social. Au final l'auteur insiste sur cette diversité des situations locales pour éviter de donner des conclusions trop générales, ce qui peut frustrer certains lecteurs.

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communismeetconflits - dans Communisme chinois Seconde Guerre mondiale
10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 07:00

Georges Vidal, Histoire des communismes au 20e siècle, Ellipses, 2013.

L'odyssée communiste au 20e siècle.

Si de rares historiens anglo-saxons ont publié ces dernières années de grandes synthèses sur l'histoire du communisme, aucun historien français ne s'était aventuré jusqu'alors sur ce terrain périlleux. Georges Vidal a pris ce risque et relève avec brio ce pari audacieux en livrant une synthèse claire et accessible qui donne une vue globale de l'histoire du phénomène communiste depuis la Révolution russe jusqu'au début des années 2000 sur l'ensemble des continents de la planète.

 

Surtout, Georges Vidal ne livre pas un simple récit linéaire de l'aventure communiste mais réussit à lui donner une cohérence en analysant la tension qui existe tout au long de son histoire entre sa volonté d'intégration internationale et la force d'un polycentrisme qui puise sa source dans les cultures nationales où cherche à s'implanter le mouvement communiste. Pour l'auteur il n'existe donc pas un communisme intemporel mais plutôt, comme l'indique d'ailleurs le titre de l'ouvrage, des communismes. Jusqu'à la mort de Staline, en 1953, la force centripète l'emporte même s'il existe déjà certaines différenciations, notamment en Chine ou en Indochine mais également en France à l'époque du Front populaire. L'Internationale communiste est d'ailleurs le symbole de cette volonté unitaire qui s'exprime avant tout dans l'attachement de l’ensemble des PC envers une URSS isolée sur le plan international et qui craint une éventuelle agression capitaliste.

 

Avec la mort de Staline, les forces centrifuges prennent le dessus. La Yougoslavie de Tito a, dès 1948, rompu avec le grand frère soviétique, mais c'est surtout le schisme sino-soviétique qui marque la division croissante au sein du monde communiste. Au sein du communisme européen, le PC italien prend ses distances avec le PC soviétique pour prendre dans les années 1970 la tête de l’éphémère mouvement de l'eurocommunisme. L'auteur souligne également qu'au sein du bloc de l'Est, l'intégration politique et économique est imparfaite. Ce polycentrisme mine peu à peu le mouvement communiste dont le modèle politique et économique s'épuise rapidement. Pour faire face à ce déclin, les Chinois se tournent vers l'économie de marché mais sans rien céder dans le domaine politique. En URSS, Khrouchtchev n'arrive pas à bousculer le système bureaucratique tandis que les réformes économiques que lui et ses successeurs entreprennent sont des échecs. En Europe occidentale, les transformations structurelles du monde ouvrier entraînent un déclin de l'influence des PC locaux. Ces évolutions profondes conduisent à l'éclatement du bloc soviétique et à la marginalisation des PC européens. De ce naufrage ne subsistent que Cuba et les États communistes asiatiques.

 

Le livre de Georges Vidal est à la fois riche, foisonnant et stimulant. Privilégiant le politique et l'économique, l'auteur accorde une place particulière à la dimension militaire du communisme. Il montre ainsi la place centrale de la guerre civile dans la construction de l’État soviétique, puis celle de la Seconde Guerre mondiale dans l'expansion du communisme. Guerre et communisme apparaissent indissociablement liées à l'issue de ce parcours presque centenaire qui mérite amplement le détour.

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 06:59

Michael Occleshaw, Dances in Deep Shadows: The Clandestine War in Russia, 1917-1920, Carroll and Graf, 2006.

Guerre secréte contre la Russie soviétique

L'intervention étrangère dans la guerre civile russe est un phénomène bien connu même s'il est considéré comme relativement mineur, les Alliés cherchant à protéger les dépôts d'armes fournies à la Russie tsariste, à soutenir les forces blanches et à rouvrir la guerre sur le front de l'Est. En se penchant sur le rôle des services secrets britanniques dans l'intervention en Russie, Michael Occleshaw, remet en question certains de ces présupposés. Pour lui l'objectif premier des Britanniques en Russie n'est pas de faire rentrer la Russie dans la guerre ou de protéger des biens anglais mais plutôt de placer l'ancien Empire des tsars dans une situation de dépendance politique et économique afin qu'il forme une sorte de rempart oriental pour l'Empire britannique. La thèse est hardie et finalement peu convaincante. Mais la mise en lumière de la guerre clandestine que livrent les Britanniques à la Russie soviétique justifie la lecture de ce livre.

 

Certaines opérations secrètes frisent le ridicule comme celle prévoyant de mettre à genoux la Russie en prenant le contrôle de ses principales banques par l'achat d'actions. Le projet échoue finalement quand les bolcheviks nationalisent les banques. Tout en négociant avec les bolcheviks, les Britanniques mettent également au point un plan pour la création d'un État cosaque indépendant. L'épisode central du livre d'Occleshaw est constitué par le récit du complot Lockhart qui a visé à retourner un régiment de fusiliers lettons afin d'arrêter et d'exécuter Lénine et Trotsky en septembre 1918. Sydney Reilly, l'espion qui servit de modèle pour le personnage de James Bond, joua un rôle central dans cette opération qui fut un nouvel échec cinglant.

 

Si le livre se lit comme un roman d'aventures, il arrive aussi que le lecteur se trouve perdu entre les différents personnages présentés, les différentes opérations envisagées ou réalisées. Surtout que l'auteur peine parfois à organiser son matériel de façon cohérente ce qui rend la lecture souvent difficile. Néanmoins il offre une vue complète des actions secrètes lancées par les Britanniques contre la jeune Russie soviétique. Il souligne au passage que ces interventions clandestines, qui marquent le début effectif de la guerre froide, ouvrent une époque nouvelle où les services secrets jouent un rôle beaucoup plus important qu'auparavant dans les relations internationales. Surtout Occleshaw montre qu'en finançant et en apportant leur aide aux Blancs, l'intervention alliée fut une entreprise médiocre et sans gloire qui fut payé par la vie de centaines de milliers de Russes.

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communismeetconflits - dans Guerre civile russe.
2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 07:48

« D'une vie à l'autre », film allemand de Georg Maas, 2014.

D'un totalitarisme à l'autre

Il est bien connu que les procédés utilisés par la Stasi pour infiltrer et espionner les pays occidentaux ne s’embarrassaient guère de considérations morales ou éthiques. Le film de Georg Maas le démontre en révélant comment les services est-allemands utilisèrent l'un des héritages les plus sordides du 3e Reich pour envoyer des agents en Norvège.

 

Le film se situe dans cette période incertaine, l'année 1990, entre la chute du Mur et la réunification allemande. L’État est-allemand se désagrège lentement à l'image d'une Stasi qui n'a plus de raison d’être et se sait condamnée. C'est aussi le moment où ses agents, soldats d'un régime vaincu, doivent trouver leur place dans ce monde de l'après guerre froide, craignant par-dessus tout que leurs états de service au sein de la Stasi ne soient mis à jour.

 

L’héroïne du film, Katrin, une jeune grand-mère, femme d'un officier de la Marine norvégienne, voit son destin basculer quand un jeune avocat découvre qu'elle a passé ses premières années dans un Lebensborn. Fille des amours illégitimes d'une Norvégienne et d'un soldat allemand durant la Seconde Guerre mondiale, elle est placée dans un de ces orphelinats nazis où la SS veut faire grandir des enfants aryens capables de régénérer la race. A la fin de la guerre, les enfants des Lebensborn en Allemagne orientale se retrouvent rapidement citoyens de la nouvelle RDA.

 

Ces orphelins, à l'origine et à l'identité incertaine, vont constituer un vivier de choix pour le recrutement au sein de la Stasi. C'est le destin que connaît Katrin qui une fois devenue agent de la Stasi, simule sa fuite à l'Ouest pour retrouver sa mère en Norvège et réussir à trouver un emploi sur une base navale norvégienne, tout en continuant à travailler pour la Stasi. La chute du mur de Berlin et l'ouverture des archives en RDA mettent alors brutalement fin à ce quotidien fait à la fois d'espionnage et d'une banale normalité. La mère de famille espionne prend alors conscience que sa vie peut soudainement basculer. Elle renoue alors avec ses contacts de la Stasi, des hommes qui souhaitent également que leur passé n'émerge jamais au grand jour. Malgré les efforts de Katrin la vérité se dévoile peu à peu, brisant une famille aux fondations apparemment solides, mais qui repose sur un mensonge.

 

Le réalisateur en cherchant à condamner nazisme et communisme et à mettre en scène à la fois un thriller politique et un drame familial a certainement était trop ambitieux. Sur la forme, le film comporte des longueurs tandis qu'une recherche esthétique un peu trop poussée rend certaines séquences trop artificielles. Tombant parfois dans le mélo psychologique, le réalisateur ne parvient jamais à créer un vrai suspense, une intrigue prenante, de sorte que le dénouement du film est largement prévisible. Saluons malgré tout la qualité de la distribution et le jeu parfait des acteurs notamment du personnage principal incarné par Juliane Kohler.

 

Malgré ces imperfections la force et l’intérêt du film de Georg Maas résident dans le caractère historiquement authentique des faits qui sont mis en scène. Il parvient ainsi à mettre à nu les drames individuels provoqués par les deux grands totalitarismes du 20e siècle.

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communismeetconflits - dans Espionnage Communisme allemand RDA Stasi
29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 07:37

Fabrice Grenard, Une légende du maquis: Georges Guingouin, du mythe à l'histoire, Vendémiaire, 2014.

Vie et destin d'unhéros de la Résistance communiste

Georges Guingouin est depuis longtemps une figure mythique de la Résistance mais qui n'avait jamais été l'objet d'une biographie complète. C'est dorénavant chose faite et de belle manière avec la biographie scientifique que lui consacre Fabien Grenard. Ce dernier, s'appuyant sur de nombreuses archives, retrace le parcours de l'instituteur communiste, faisant voler au passage un certain nombre de mythes.

 

Il montre un Guingouin, jeune instituteur communiste, militant dévoué, qui ne cesse de progresser au sein de l'appareil de la fédération de la Haute-Vienne. Il est d'une fidélité sans failles envers le PCF dont il applique consciencieusement la ligne politique. Cette fidélité s'exprime dès la signature du pacte germano-soviétique et l'interdiction du PCF puisque Guingouin ne rompt pas et n'hésite pas à poursuivre ses activités militantes. Il devient à la fin 1940 le principal animateur des réseaux clandestins communistes de la Haute-Vienne. Repéré par la police il plonge dans la clandestinité dès février 1941. Après un passage par la Corrèze en 1941-1942 il revient en Haute-Vienne pour fonder un maquis au début 1943. Alors qu'il ne possède aucune formation militaire, Guingouin se montre rapidement un chef de guérilla particulièrement efficace. Il fait régner une discipline sévère parmi ses hommes, instaure une hiérarchie dont il est à la tête, parvient à faire armer ses hommes, réussit à tisser tout un ensemble de complicités dans la population civile.

 

Rapidement l'autorité de Guingouin supplante celle de Vichy dans partie de la Haute-Vienne où rayonne son maquis. L'action de la gendarmerie, des GMR et les ratissages organisés par l'armée allemande ne parviennent à l'affaiblir. Avec les combats de la Libération, notamment la bataille du mont Gargan, Guingouin entre dans la légende. Devenu commandant des FFI de son département il est le symbole du héros maquisard. Il profite de cette aura pour se faire élire maire de Limoges en 1945.

 

Si la geste résistante de Guingouin, il est fait Compagnon de la Libération, est cultivé par le héros lui-même, le début de la Guerre froide voit le développement d'une légende noire du maquisard prendre de l'ampleur. Elle le montre comme un chef de bande, un seigneur de guerre impitoyable n'hésitant pas à avoir recours aux détournements de fonds et à l'assassinat politique. Au début des années 1950, Guingouin se retrouve au centre d'une affaire qui tourne autour d'une affaire de droit commun, l'assassinat de deux paysans en 1945. Sans preuves, il est inculpé et emprisonné en 1954. En prison il est victime d'un passage à tabac en règle qui le laisse presque mort. L'épreuve est d'autant plus difficile que ses relations avec le PCF, déjà tendu durant l'Occupation, n'ont cessé de ce dégradé après la guerre jusqu'à son exclusion du Parti. Finalement innocenté, Guingouin reprend son travail d'instituteur dans l'Aube. Jusqu'à sa mort en 2005, il ne cesse de défendre la mémoire de son maquis et son honneur face aux calomnies dont il reste l'objet. Il meurt sans avoir perdu sa foi dans le communisme mais sans reprendre sa carte au PCF qui l'a finalement réhabilité en 1998.

 

Fabrice Grenard retrace avec force détails chaque étape de la vie de Guingouin en donnant néanmoins une place de choix aux années de guerre. Surtout il interroge de manière scientifique certains mythes qui entourent la figure de Guingouin. Il montre que ce dernier fut un militant fidèle du PCF, appliquant la ligne, notamment après la signature du pacte germano-soviétique, loin de l'image de dissident qu'il a voulu donner après la guerre. Fabrice Grenard montre également qu'il ne fut pas le premier maquisard de France puisqu'au moment où il fonde son maquis, ces derniers existent déjà en Corrèze mais également en Savoie. Il ne fut pas non plus le chef du maquis limousin puisque cette région compte des maquis qui ne dépendent pas de lui comme ceux de l'Armée secrète. La décision de ne pas attaquer Limoges après le débarquement de Normandie, évitant à la ville le sort de Tulle, n'est pas, comme cela est trop souvent présenté, une initiative de Guingouin mais une décision prise collectivement par l'état-major FFI.

 

Sur le plan militaire, Fabrice Grenard montre que Guingouin ne fut pas un Tito limousin. S'il fut un talentueux chef de guérilla, il évite les affrontements directs avec les Allemands, à l'exception de la bataille du mont Gargan. Il ne possède pas en effet la puissance militaire pour combattre frontalement et avec des chances de succès l'adversaire comme a pu le faire le chef yougoslave.

 

Nous ne pouvons que recommander la lecture de cette biographie stimulante qui redonne à Guingouin toute sa place dans l'histoire de la Résistance, faisant justice aussi bien de la légende dorée que de la légende noire qui l'entoure. Un appareil de notes, des documents d'archives, un index, une belle bibliographie complètent à merveille cet ouvrage qui apparaît déjà comme une référence. Souhaitons que des travaux de ce niveau voient encore le jour afin de donner l'image la plus juste de l'histoire de la Résistance, notamment communiste.

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 07:36

Armel Dirou, La guérilla en 1870: Résistance et terreur, Bernard Giovanangeli éditeurs, 2014.

La guerre de partisans en 1870-1871

La guerre franco-prussienne de 1870-1871 a longtemps été négligé par l'historiographie française, une tendance qui tend à s'inverser depuis quelques années, notamment avec la publication du livre de François Roth. Le livre d'Armel Dirou s'inscrit parfaitement dans cette redécouverte de cette guerre d'autant qu'il traite d'un sujet largement délaissé, l'histoire des formations de francs-tireurs.

 

Dans une première partie, Armel Dirou, se place, pour analyser son sujet, du coté français. Le lecteur découvre ainsi que l'organisation de troupes irrégulières est prévue dans les plans de mobilisation de l'armée impériale à l'occasion de la réforme militaire de 1868. Cela explique l’apparition précoce de formations de francs-tireurs à partir du moment où les troupes allemandes entrent en territoire français. Mais le phénomène prend une ampleur plus vaste avec la proclamation de la République le 4 septembre et la volonté du gouvernement de la Défense nationale de procéder à une levée en masse pour sauver la patrie en danger. L'auteur retrace et analyse de façon méthodique les modalités de formation des groupes de francs-tireurs, leur composition, les motivations des volontaires, les équipements et les tenues de ces troupes. Il souligne aussi les blocages qui empêchent les Français d'organiser une véritable guerre de partisans. L'inefficacité de la nouvelle administration, la médiocrité de certains militaires sont avancées mais Armel Dirou montre finement que c'est surtout la méfiance du pouvoir politique devant une troupe et une forme de guerre jugée trop révolutionnaire, donc dangereuse politiquement, qui pousse Gambetta à placer les francs-tireurs sous la coupe de l'armée pour qui ces derniers ne sont que des troupes auxiliaires.

 

Pourtant les francs-tireurs, s'ils sont d'une valeur militaire médiocre dans des batailles classiques, se montrent particulièrement habile dans le harcèlement des troupes ennemies, obligeant l'armée allemande à immobiliser prés de 100 000 hommes pour faire face à la menace. Ils jouent également un rôle essentiel dans le domaine du renseignement et pour établir des communications avec Paris assiégée.

 

Dés le début de la guerre, les Allemands sont conscients du risque que représente la guerre de partisans. Armel Dirou se livre ici à une excellente analyse de l'histoire de la guerre irrégulière depuis la Révolution française, un phénomène qui n'a cessé d’être scruté et analysé par les militaires prussiens, notamment Clausewitz. L'auteur rappelle ici les différentes guérillas que doivent affronter les armées napoléoniennes mais également celles qui se développent après 1815 en Espagne, en Pologne, au Danemark, en Europe centrale pendant les révolutions de 1848, mais aussi en Algérie. Conscient du potentiel militaire de cette forme de guerre, les Prussiens élaborent des règlements particulièrement impitoyables pour lutter contre les partisans. Ces derniers sont exécutés lorsqu'ils sont capturés tandis qu'une politique de terreur contre la population civile doit permettre d'isoler les francs-tireurs. Ces méthodes sont appliquées en France en 1870-1871 alimentant une véritable haine des Allemands qui resurgit en 1914.

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communismeetconflits - dans Guerre de 1870-1871 Guérilla
22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 07:03
L'Insurrection armée: destin d'un manuel de guerre civile.

L'année 1931 est marquée en France par la publication de deux manuels insurrectionnels. Le premier, Technique du coup d'État est l'œuvre de l'écrivain italien Curzio Malaparte; le second, L'Insurrection armée, est signé par un certain A. Neuberg, et publié par le Bureau d'éditions, la maison d'édition au Parti communiste français. Si le premier connait un certain retentissement, le second passe plus ou moins inaperçu. Cela s'explique par le fait que L'Insurrection armée est d'abord un ouvrage communiste destiné aux cadres et qui s'inscrit dans un contexte particulier celui de la période « classe contre classe », formule qui résume la ligne stratégique « gauchiste » élaborée par le Komintern à partir de 1927. A ce titre la rédaction de L'Insurrection armée apparaît comme l'aboutissement des efforts du Komintern pour se doter d'une littérature insurrectionnelle.

 

Le 20 juin 1931 paraît donc, avec une préface du comité central du PCF, L'Insurrection armée. L'auteur, A. Neuberg, est en réalité un pseudonyme qui, selon Erich Wollenberg, dissimule un collectif d'auteur réunissant Hans Kippenberger, Ho Chi Minh, Iosif Unschlicht, Vassili Blücher et Mikhail Toukhatchevski. L'ouvrage se veut un manuel de techniques insurrectionnelles s'appuyant sur l'étude de la révolution d'Octobre et des tentatives d'insurrection en Europe et en Chine dans les années 1920. Ces analyses débouche sur un exposé théorique précisant les conditions techniques idéales pour réussir une insurrection tant sur le plan politique que militaire. Au final l'ouvrage accorde peu de place aux problèmes politiques donnant au contraire une place centrale à la tactique militaire dans l'activité militante.

 

Rapidement le Komintern craint que cette publication n'accroissent les risques de dérives violentes au sein du PCF. André Marty, le représentant français à Moscou écrit alors à Paris que la préface est une erreur dont le comité central doit publiquement se désolidariser. Le Komintern se désolidarise ainsi d'un ouvrage pourtant rédigé par une équipe de kominterniens mais qui symbolise un discours et des méthodes d'action dorénavant condamnées. C'est Albert Vassart, d'abord chargé de la publication qui est chargé d'empêcher sa diffusion au prétexte que la préface fournis une base pour de possibles poursuites judiciaires contre les communistes français. Le livre est pourtant réédité en 1934 à l'initiative de Maurice Tréand qui, critiqué sur ce point, est défendu par le représentant du Komintern en France, Eugen Fried. Il est à nouveau rapidement retiré de la vente.

 

Le destin de L'Insurrection armée ne s'arrête pourtant pas là. Il acquiert rapidement une dimension mythique, devenant le livre de chevet de nombreux dirigeants et militants de l'extrême-droite et de l'extrême-gauche jusque dans les années 1970. Frédéric Monier a ainsi montré le rôle qu'il joue dans la stratégie élaborée par la Cagoule à partir de 1937. Il est de nouveau publié dans différentes langues au tournant des années 1960-1970. L'édition française de 1970, publiée chez Maspéro, est un fac-similé de l'édition de 1931, symbole de l'existence d'un courant insurrectionnel au sein de l'extrême-gauche française qui revient sur le devant de la scène à différents moments, de l'hervéisme des années 1910 aux groupes gauchistes des années 1970 et que le PCF a incarné à la fin des années 1920.

 

Pour aller plus loin: David François, La violence dans le discours et les pratiques du PCF de 1920 à la Seconde guerre mondiale, thèse sous la direction de Serge Wolikow, Université de Bourgogne, 2 vols., 2012.

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communismeetconflits - dans Communisme français Insurrection

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Publications de David FRANCOIS

GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")