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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 08:00

Mark Edele, Soviet Veterans of World War II, A Popular Movement in an Authoritarian Society, 1941-1991, Oxford University Press, 2009.

Les vétérans soviétiques

Les soldats qui retournent à la vie civile une fois les combats terminés sont généralement les grands oubliés de l'histoire. Une exception notable à cet oubli est le remarquable travail qu'Antoine Prost a consacré aux vétérans français de la Grande Guerre, démontrant la place central joué par ces derniers dans l'histoire sociale, culturelle et politique de la France de l'entre-deux guerres.

 

Mark Edel essaye quand à lui de sortir de l'oubli les millions de vétérans soviétiques de la Grande Guerre patriotique. Il suit le destin de ces femmes et de ces hommes depuis les difficultés qu'ils ont rencontrées après leur démobilisation pour se réadapter aux normes de la société, puis sous Krouchtchev, Brejnev, au moment de la Perestroïka de Gorbatchev et même au-delà de la disparition de l'Union soviétique.

 

La première partie du livre s'intéresse à la réinsertion sociale des vétérans dans l'immédiat après-guerre en étudiant le retour en URSS des soldats depuis l'Europe centrale, l'accueil qui leur est réservé et le difficile retour à la vie civile. Les conditions du retour sont extrêmement diverses, en voiture ou en train dans des conditions de conforts précaires. Des soldats rentrent ainsi juchés sur le toit des trains et pour certains en auto-stop.

 

La majorité des vétérans espérait beaucoup de l'accueil que leur réservait la Mére-Patrie à qui ils avaient offert leur jeunesse. Mais cet accueil et le retour à la vie civile ne sont pas uniformes. Les plus chanceux trouvent rapidement un emploi avec l'aide du gouvernement voire de la famille ou de leurs amis tandis que de nombreux autres, dépourvut de compétences professionnelles, face à une bureaucratie qui traîne les pieds pour les aider deviennent des invalides sociaux.

 

La seconde partie du livre est certainement la plus intéressante du destin collectif des vétérans dans la société soviétique. Pour certains le statut de vétérans leur a permis d'entrer dans l'appareil du Parti ou d'accéder à certains emplois qu'ils n'auraient pu avoir. D'autres sont devenu des parias. L'histoire la plus touchante est celle des invalides de guerre. Si beaucoup trouvent un emploi, certains forment des bandes criminelles d'autres deviennent des mendiants professionnels victime des campagnes du régime pour débarrasser les villes des « éléments asociaux parasites ».

 

L'auteur parle aussi du destin des anciens prisonniers de guerre qui, de retour en URSS, passe par des camps de filtrage où ils subissent les interrogatoires du NKVD. Si, contrairement à une légende solidement ancrée, ils ne prennent pas directement le chemin du Goulag, leur statut d'anciens prisonniers agit comme un stigmate qui les empêche parfois d'obtenir un emploi ou de le conserver. Dans les années 1980 des voix se font encore entendre pour que l'État donne un statut spécial à ceux qui ont été fait prisonniers sans avoir été blessés au préalable. Hélas l'auteur passe sous silence le cas des anciens prisonniers qui ont acceptés de servir les Allemands.

 

La dernière partie traite des vétérans en tant que force collective capable de mobilisations telle que la signature de pétitions pour réclamer des droits et avantages sociaux. Ces mobilisations leur attirent des sympathies mais aussi des oppositions au sein de la société et de l'appareil d’État.

 

Le livre de Edel, en suivant une catégorie particulière de la population soviétique à travers près de 50 ans livre en creux une histoire de l'URSS et de l'armée rouge. Il permet aussi d'interroger certains mythes notamment sur le destin des anciens prisonniers de guerre. Au final les espérances de ces soldats au retour du front ont été déçus et si certains en ont tiré des bénéfices, nombreux sont ceux qui ont dû se débrouiller seul pour s'intégrer dans la vie civile sans oublier les laissés pour compte, dernières victimes de la guerre.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")