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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 08:00

Antonella Salomoni, L'Union soviétique et la Shoah, La Découverte, 2008.

Les Soviétiques et la Shoah

Le déroulement de la Shoah sur le territoire de l'Union soviétique est un sujet dorénavant largement exploré et doté d'une abondante bibliographie. L'approche d'Antonella Salomoni professeur à l'Université de Calabre se distingue néanmoins dans cette pléthore de travaux. Elle cherche en effet à comprendre comment le génocide a été ressenti en URSS. un pays où entre 1 500 000 et 2 500 000 de Juifs qui furent victimes des crimes nazis.

 

A l'époque du pacte germano-soviétique, quand Staline et Hitler se partage la Pologne, l'attitude des autorités soviétiques envers les juifs polonais est plus que contestable. Elles refusent ainsi l'entrée dans les territoires qu'elles contrôlent aux Juifs qui fuient la Pologne occupée par la nazis. Surtout la presse et la radio ne disent pas un mot des persécutions qui s'abattent sur la communauté juive polonaise. Ce silence est d'autant plus grave que les Juifs soviétiques ne verront donc pas la nécessité de fuir l'avance allemande à l'été 1941. D'ailleurs durant l'opération Barbarossa, l’État soviétique ne se préoccupe guère du sort des Juifs. Les massacres sont alors considérés comme des exactions de la soldatesque sans volonté exterminatrice.

 

L'auteur décrit les formes du génocide en URSS, les ghettos, les camps, les grands massacres mais aussi ceux qui ont pour théâtres des villages ou de petites bourgades. Elle rappelle surtout que dans leur entreprise, les Allemands ont reçu l'aide d'une partie de la population locale. Dans les régions annexées par les Soviétiques en 1939-1940, les Ukrainiens, les Baltes reprennent l'ancienne tradition des pogroms avec la bénédiction nazie.

 

Le livre casse aussi le mythe des Juifs résignés à la mort. Nombreux sont ceux qui se suicident pour échapper à l'exécution. Les persécutions entraînent aussi des départs nombreux dans les groupes de partisans. Il ne faut pas non plus oublier les nombreux Juifs qui se battent sur le front dans les rangs de l'Armée rouge. La connaissance des massacres provoque alors un large désir de vengeance au sein de la population juive soviétique qui se mobilise alors fortement pour soutenir l'effort de guerre.

 

C'est l'occasion pour l'auteur de décrire de manières précises la naissance et l'action du Comité antifasciste juif de Moscou. Ce dernier recueille ainsi de nombreux témoignages sur les massacres pour la rédaction d'un livre noir sur l'extermination dans les territoires occupés. Rapidement le comité devient aussi le symbole d'une renaissance de la culture juive en Union soviétique ce qui ne sera pas sans effet aux lendemains de la guerre. Il n'en demeure pas moins que l’œuvre du comité est considérable notamment pour sensibiliser l'opinion américaine au sort des Juifs sous le joug nazi.

 

L'auteur montre également que la persécutions des Juifs soviétiques rencontrent peu d'écho dans la population. L'ampleur des pertes humaines et le traitement des populations slaves par les autorités nazies expliquent en partie ce désintérêt. Il importe également aux autorités soviétiques de ne pas s'aliéner totalement les populations ukrainiennes et baltes qui ont participé aux massacres. Pour cimenter la cohésion de la nation soviétique, la propagande préfère après 1945 montrer un peuple victime de la barbarie nazie et se refuse donc à mettre en avant une souffrance particulière.

 

Le livre d'Antonella Salomoni est bien écrit et largement documenté. Si le lecteur avertis apprendra peu sur la réalisation du génocide en Europe orientale il appréciera en revanche de mieux connaître par ce biais un pan de l'histoire soviétique. Le livre est sur ce point particulièrement éclairant pour appréhender les relations difficiles entre la population juive et l’État soviétique jusqu'en 1990, voire au delà dans les pays issus de l'éclatement de l'URSS.

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9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")