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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 07:40

"L'Armée du crime", film français de Robert Guédiguian, 2009.

Le groupe Manouchian au cinéma

L'Armée du crime raconte l'histoire bien connue du groupe de résistants communistes dirigé par l'Arménien Missak Manouchian, un groupe composé d'immigrés et qui mena la lutte armée contre les Allemands dans Paris occupé.

 

En 1943 Manouchian est en effet chargé par la direction du Parti communiste de former un groupe armé parmi les militants de la Main d’œuvre immigrée, l'organisation qui rassemble les ouvriers communistes étrangers en France. Il rassemble donc autour de lui des Italiens antifascistes, des Espagnols républicains, des Juifs d'Europe de l'Est, des Arméniens. Le rôle du groupe et de ses membres est clair, ils doivent tuer le plus d'Allemands possible, surtout des officiers. L'objectif est double: saper le moral de la Wehrmacht et montrer aux autres Français qu'il est encore possible de combattre l'ennemi les armes à la main. La fin est tragique. Les membres tombent peu à peu avant l'exécution de 23 combattants dont Manouchian le 21 février 1944.

 

Afin d'incarner cette aventure collective le réalisateur s'attache à la destinée de ces combattants à travers trois figures, celle de Manouchian bien sûr mais aussi celle de Thomas Elek et celle de Marcel Rayman. Face aux résistants ce ne sont pas des Allemands que l'on retrouve mais des policiers français comme l'inspecteur joué par Jean-Pierre Darroussin qui, malgré ses problèmes de conscience, se laisse entraîner par ses habitudes professionnelles ou des figures plus sinistres comme celle de jeune arriviste du commissaire David. Le film montre bien que c'est la police de Vichy, une police française qui est à l'origine du martyre du groupe Manouchian dont les membres sont remis ensuite aux Allemands qui les exécutent et montent parallèlement une campagne de propagande dont le symbole reste la célèbre Affiche rouge. D'ailleurs n'est-ce pas eux, les nazis et les policiers français, cette armée du crime qui donne son titre au film ?

 

Les scènes de violence ne tombent jamais dans l'héroïsation et montrent plutôt les actions armées, comme l'exécution d'officier où l'attaque à la grenade d'une patrouille ennemie, comme des moments de souffrance et de peur.

 

Le film prend également certaines libertés avec la vérité historique et bouscule la chronologie, ce qui lui a été d'ailleurs beaucoup reproché à sa sortie en salles. Mais Robert Guédiguian, qui ne cache pas qu'il fait un cinéma militant, préfère quand à lui mettre en avant certaines facettes du combat des FTP-MOI : la force des idées politiques et des luttes collectives, la fraternité des humbles mais aussi la place des étrangers dans la société. Il ne faut donc pas chercher dans ce film une reconstitution minutieuse de la réalité mais une volonté de montrer l'actualité d'un combat qui, contre l'injustice et l'oppression, prend des formes différentes selon les époques.

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GuideICSerge Wolikow, Alexandre Courban, David François, Christian Oppetit, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, Archives nationales-MSH Dijon, Paris-Dijon, 2009. 

9782749110356Serge Wolikow (sld), Pierre Sémard, Le Cherche-Midi, Paris, 2007, (Rédaction du chapitre "La mise à l'écart (1929-1932)")